Étymologie de la langue française/Commentaire d un mail

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Voici un e-mail réellement envoyé, à quelques mots près. Les mots en gras sont ceux qui font l'objet d'un commentaire.

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[modifier] texte de l'e-mail

Cet après-midi, réunion de cadres : laïus soporifique de Raphaële sur le contrôle interne, mémo de Nadine sur la Net-Etiquette car Renée a traité Sabine de conne sur sa messagerie, mon topo sur l'apport des nanotechnologies. Le patron a enchaîné sur l'avenir de l'entreprise.

Mercredi et jeudi, je serai à Zurich pour élaborer la synthèse des travaux de juillet. J'emporterai dans ma valise trois hauts dont deux sans manches, deux pantalons (le blanc et le kaki), mon combishort avec mes bottines blanches, un pyjama et mon ours en peluche. Il faudra que je pense à prendre des francs suisses et montre beaucoup de gentillesse à ma correspondante Samantha qui ne fume plus qu'un paquet de cigarettes par jour.

Bisous. Caresses à mon caniche préféré.

[modifier] Commentaire

[modifier] Laïus

Au XVIIIème siècle, on ne demandait pas aux élèves de disserter sur un sujet littéraire ou philosophique comme de nos jours mais de rédiger le discours (éventuellement intérieur) de personnages historiques ou mythologiques dans des circonstances bien connues de leur vie (César décidant de franchir le Rubicon, Hannibal se demandant s'il devait marcher sur Rome après la victoire de Cannes où il avait écrasé les Romains supérieurs en nombre mais mal commandés, etc.) Lors de la création de l'Ecole Polytechnique, la première composition en français (et non en latin, ce qui constituait une innovation), en 1804, eut pour sujet Laïus, roi de Thèbes qui avait bien des raisons de s'interroger sur son sort. Un oracle lui ayant prédit qu'il serait tué par son fils, il décida d'abandonner celui-ci, Oedipe, dans la montagne, dès sa naissance. Recueilli, le bébé fut élevé à Corinthe. Devenu adulte, il se querella avec un voyageur et le tua. Ce voyageur se révéla être Laïus. Oedipe, toujours sans le savoir, épousa ensuite sa mère Jocaste (d'où le complexe d'Oedipe marqué par une dépendance affective excessive d'un fils vis à vis de sa mère). Pour finir, Jocaste se pendit et Oedipe se creva les yeux puis erra dans le désert guidé par sa fille Antigone.

[modifier] Soporifique

Qui fait dormir. Sopor est le sommeil en latin. Le suffixe "fique" (ficus en latin) signifie qui fait , qui rend d'où magnifique (qui rend grand), bénéfique (qui rend bon). Soporifique, attesté dès 1680, a remplacé soporifère (du latin fero = apporter) soit qui apporte le sommeil, son aîné de deux siècles. Existaient aussi deux termes médicaux : soporeux (construit sur le modèle de liquoreux) et soporatif (construit sur le modèle de roboratif). Bénéfique, aujourd'hui employé couramment, a été forgé par Rabelais mais est resté d'un emploi rare jusqu'au XXème siècle. Dans le champs sémantique du sommeil, to dream, traumen (= rêver, respectivement en anglais et en allemand)et dormir ont la même origine : un radical indo-européen (dhreugh)signifiant faire illusion, tromper.

Le verbe fero (= porter en latin) est très répandu : fertile (= qui apporte des fruits avec son équivalent allemand fruchbar). Le f passant à b, l'on rencontre, toujours en allemand, Bahre (la civière) que l'on retrouve en français avec bard (sorte de brancard sur lequel on portait des graviers, de la terre comme des céréales) quin'est plus guère employé de nos jours où des moyens mécaniques de transports l'ont concurrencé maqi qui subsiste dans l'expression "une bardée de", c'est à dire le contenu de tout un bard. Les gens que l'on transporte sur une civière étant blessés, feriti (mot à mot les transportés) signifie, en italien, les blessés comme - avec équivalence du f et du h entre les deux langues - herridos en espagnol.

[modifier] Contrôle interne

Il s'agit d'un faux ami anglais car il n'est pas question d'un contrôle au sens policier ou scolaire mais d'une aptitude à maîtriser sa gestion comme dans le self-control. Mot apparu en 1610, contrôle est la contraction de contre - rôle, connu dès le XIVème siècle pour désigner un registre tenu en double. Ce sens de "doublure" se retrouve dans le grade de"contre amiral" qui double l'amiral.

[modifier] Memo

C'est l'abréviation de memorandu, mot latin passé en français qui signifie "ce dont il faut se souvenir". Un mot proche est memento, impératif du même verbe latin memini (= se souvenir)et signifiant don "souviens toi". Andum est la marque d'un gérondif que l'on retrouve dans "agenda" qui signifie "ce qu'il faut faire" ou dans "référendum" qui désigne ce qui doit être rapporté (referre = rapporter en latin) au choix du peuple. Memini est de la famille de mens qui signifie l'esprit (d'où l'expression mens sana in corpore sano = un esprit sain dans un corps sain)que l'on retrouve dans mental (calcul mental).Un dément est un être privé de raison : de/dé est ce que l'on appelle un préfixe privatif, issu du latin "dis" qui marque une idée de séparation (comme dans disjoint, démembré)que l'on retrouve dans dépressif (privé d'énergie) et dont le correspondant grec est le préfixe "a" comme dans asexuée (reproduction sans gamètes), asocial, asepsie (sêpsis = putréfaction en grec) ou asphyxie (sphuxis = palpitation en grec). Monter et mentir appartiennent aussi à la famille de mens. Un mensonge, pour être crédible, exige une certaine intelligence. Démontrer, c'est utiliser son cerveau pour établir rationnellement la vérité d'une hypothèse ou, au contraire, établir qu'elle est sans fondement.

[modifier] Etiquette

De la même famille que ticket, ce mot est né dans la sphère du droit. L'étiquette était initialement une pancarte fixée à un pieu auquel on attachait plus particulièrement les sacs contenants les documents d'un procès. Cette pancarte mentionnait les noms des parties. Les juristes ont été procéduriers de tous temps. Le mot en est ainsi venu à désigner l'ensemble des règles à respecter pour instruire correctement un procès puis un ensemble de codifications de la vie en société édictées dès Philippe le Bel mais portées à leur apogée par Louis XIV qui y trouvait un moyen de discipliner la cour. Par la suite le mot s'est étendu à tout système de convenances sociales.

[modifier] Con et quelques autres gros mots

Comme les autres, les "gros" mots ont une étymologie. Au cas particulier, le terme désigne initialement le sexe de la femme comparé à un terrier. En effet, en latin, cuniculus est le lapin qui donne coniglio en italien moderne et Kaninchen en Allemand (qui n'est pas le caniche) et konijl en néerlandais. En ancien-français on parlait de conil avant que le mot lapin n'apparaisse au XVème siècle.

La plupart des gros mots ont des origines liées au sexe, aux excréments (et par assimilation, en anglais, au sang menstruel d'où les bloody day, bloody guy) et, pour les plus anciens, au blasphème.

Leur grossièreté relative est fluctuante. Enfoiré est aujourd'hui imprimé sur des carnets de titres restaurant alors qu'il figurait dans le top 5 de la grossièreté à l'époque de nos parents. Le français connaît deux mots 'foire' : un latin et un d'origine franque. Le mot latin est de la famille de férié. Comme on ne travaille pas un jour férié, on en profite pour aller au marché et le marché des jours fériés est un peu plus fourni ; de là, la notion de foire. Le mot franc signifie diarrhée. On le retrouve dans l'expression "le projet a foiré" c'est-à-dire "est parti en diarrhée". Lorsque Molière met en scène les Dr Purgon et Diafoirus tous les spectateurs de l'époque comprennent immédiatement qu'il s'agit des Dr Purge et Diarrhée. En ce sens, un enfoiré est quelqu'un qui a fait caca-culotte ; à ceci près que le mot inclut la cause de cet accident : une dilatation du sphincter anal supposée liée à la pratique régulière de la sodomie (entre garçon) à une époque où elle était très réprimée tant par les autorités civiles que religieuses. A la même époque, était également grossier le mot bougre (aujourd'hui en voie de disparition) qui signifiait Bulgare car l'on prêtait les mêmes conduites aux habitants de la Bulgarie.

Faire la foire au sens de s'amuser vient de ce que le Moyen-Age n'ayant rien d'une société de consommation, les foires annuelles ou semestrielles étaient l'occasion de mieux manger qu'à l'ordinaire, de se coucher plus tard et de dépenser ses maigres économies en plaisirs variés.

Plus intéressants pour l'historien sont les gros mots transitoires issus de circonstances particulières. Par exemple, lorsqu'au début du XXème siècle un puceron, le phylloxéra (mot à mot : feuille séchée) anéantit quasiment toutes les vignes du Languedoc qui en constituaient la principale richesse, "phylloxéra" resta quelque temps une interjection de rage ou de colère. Plus avant dans le temps, la pomme de terre, importée du Nouveau Monde, fut mal accueillie par la population qui la réservait aux animaux - notamment au porc - et n'en consommait qu'en période de disette alors que certains agronomes tentaient d'en faire une nourriture de base. La pomme de terre s'appelait alors, par assimilation à la truffe (puisque toutes les deux poussent dans le sol), tartifle (étymologie conservée dans l'allemand moderne Kärtofel à partir d'une forme originale cartofle). Appliqué à autre chose qu'une pomme de terre, tartifle était une grossièreté.

Pourquoi le mot lapin a-t-il remplacé le mot conil ? Jusqu'au XVème siècle, il y avait relativement peu de lapins en France. Au XVème siècle, nos ancêtres connurent une pénurie de gibier et importèrent, pour y remédier, des lapins d'Espagne où ils étaient nombreux, car les lapins se reproduisent vite et sont faciles à attraper. Avec l'animal, ils importèrent son appellation ibérique de lapere (d'où lapereau) qui est une déformation de leporis (le lièvre en latin). Lapere donna vite lapin. Les lapins s'endorment sous les diligences et partent avec elles. De là une vielle expression "voyager en lapin" pour dire "voyager sans payer". Parfois la fraude se caractérise par un arrangement entre le cocher et le client ; le lapin est alors le passager ou le colis que le cocher ne déclare pas. Ce passager non déclaré est, en quelque sorte, inexistant d'où l'expression apparue à la fin du XIXème siècle de poser un lapin, c'est à dire se montrer inexistant comme un passager clandestin.

[modifier] Topo

En grec topos c'est le lieu, l'endroit, d'où topographie (description d'un lieu), toponymie (étude des noms de lieux) ou topologie (étude des propriétés mathématiques d'une figure qu'elles que soient les déformations qui lui sont progressivement appliquées, comme sur les écrans de veille des ordinateurs). Un croquis topographique est ainsi un relevé sommaire d'un lieu qui en retrace le plan général et en donne les principaux repères ou caractéristiques (arbre, pente plus ou moins prononcée, escalier, poteau,...). Par analogie un topo est une présentation succinte d'un sujet qui en donne un périmètre global ainsi que les principaux traits. La distinction entre laïus, mémo et topo est la suivante : le laïus est verbeux et ne sert pas à grand chose, le mémo doit déboucher sur une action et le topo informe.

[modifier] Nanotechnologies

Les nanotechnologies s'attachent à la conception et à la fabrication de structures physiques ou biologiques en se rapprochant du niveau atomique. Les préfixes qui expriment les multiples et sous-multiples du mètre sont les suivants:

Pour les multiples, avec leur signification en grec et leur valeur : kilo (mille en grec), giga (géant = 1 milliard), tera (monstrueux = 1000 milliards), peta (1000 tera) forgé sur le grec "penta" qui signifie 5 car 1 peta s'écrit avec un 1 suivi de cinq groupes de trois zéros : 1 000 000 000 000 000.

Pour les sous-multiples : milli (= 0,001), micro (petit en grec d'où micron, micromètre = 0,000 001)[dimension de la taille des bactéries], nano (nain en grec) [dimension de la taille des molécules, équivaut à un cheveux divisé en 100.000 dans le sens de la longueur], Angström du nom d'un physicien suédois [niveau de l'atome], pico (de l'italien piccolo, petit), fento (du danois '15' car c'est l'exposant de la puissance négative de 10) [dimension de la taille des nucléons : protons et neutrons], atto (du danois '18', exposant de la puissance négative de 10) [dimension de la taille des quarks]. Zepto (10 puissance moins 21) est utilisé en spectrométrie; ce nom a été imaginé par le Comité International des Poids et Mesures et évoque le grec hepta (7) car la puissance 21 est égale à trois fois 7, soit 7 séries de trois zéros. Dans la foulée a été forgé yocto qui rappelle octo (8) car il correspond à la puissance 24 soit trois fois 8 ; pour l'instant il n'a encore rien mesuré à ma connaissance.(Abréviations officielles à partir du pico : pm - fm - am - zm - ym).

A propos des mesures, les marins expriment la vitesse des navires en noeuds car pendant longtemps pour mesurer les déplacements on laissait filer une corde le long de laquelle on avait fait des noeuds à intervalle régulier et l'on comptait le nombre de noeuds déroulés par intervalle de temps mesuré avec un sablier ou outil analogue.

[modifier] Patron

A Rome, le patronus est le défenseur. Le mot dérive de pater, le père, qui donne patrimoine et patrie car un bon père doit défendre son bien et son pays. Cette idée de protection explique l'expression "saint patron" (sainte Cécile pour les Musiciens, Sainte Barbe pour les pompiers et les métallurgistes qui ont tous les deux à faire avec le feu).

L'idée de protection se retrouve dans celle de patronage. Initialement le mot désigne l'association de bienfaisance constituée pour protéger les enfants puis il s'étend aux réalisations de ces associations. Au sens figuré on parle aussi d'une conférence ou d'une revue éditée sous le patronage d'un chercheur de renomée internationale.

De patron au sens de personne qui commande à des apprentis ou des employés on est passé à l'idée de modèle (le patron doit être un modèle pour son personnel) d'où le patron utilisé en couture et dans bien d'autres domaines.

Le singe, mot par lequel on désigne parfois le patron, est une trace du compagnonnage dans lequel chaque grade, de l'apprenti au maître, avait une correspondance animale. Au Maître correspondait le singe, le plus proche de l'homme et le plus malin.

[modifier] Avenir

Contraction dès le XVème siècle de la locution "temps à venir" comme

  • vinaigre est la contraction de vin aigre,
  • charcutier de "chair cuitier" (qui vend de la chair cuite = de la viande cuite)
  • tambouille est celle de "pot en bouille",variante régionale pour l'Ouest de la France de pot bouille où pot où l'on fait bouillir les aliments par opposition aux aliments rôtis. L'opposition sociale entre ces deux types de cuisson a été fondamentale jusqu'aux Trente Glorieuses : le bouilli étant la nourriture pauvre que l'on consommait soi-même et le rôti la nourriture riche que l'on offrait à ses invités de marque.

[modifier] Mercredi et le jours de la semaine

Un radical indo-européen que l'on note habituellement dyeu désigne le ciel bleu et clair. Il donne à la fois le mot jour (dies en latin), le mot dieu et le nom grec Zeus (principal dieu de l'Olympe). Les mot dies correspond au -di que l'on retrouve dans les noms des jours de la semaine : lundi ou jour de la lune, mardi ou jour de Mars, Mercredi ou jour de Mercure, Jeudi ou jour de Jupiter, Vendredi ou jour de Vénus, Samedi ou jour de Saturne. Dimanche est le jour du Seigneur : dies dominica qui donne diemenche par disparition du second d, passage du 'c' à "ch" et du 'a' à 'e', évolutions phonétiques habituelles.

L'étymologie est semblable dans la plupart des pays européens où day (anglais), tag (allemand) sont le résultat d'évolutions phonétiques de dies. Ainsi Monday ou Montag correspondent-ils à Lundi puisque Moon désigne la lune. Dans Friday et Freitag (vendredi) le nom de Vénus déesse de l'Amour a été remplacé par Frigga, nom de l'épouse du Dieu Odin (=Wotan, le Soleil, créateur du Monde) et dont la racine indo-européenne Pri qui désigne l'amour (parallèlement à la racine Wen d'où Vénus), se retrouve dans free, friend (freie t freund en allemand). Free et frei signifient libre. Friend et Freund, ami. L'idée directrice est que les gens que l'on aime sont les membres de ma famille (au sens de l'Antiquité qui est très élargi) et qui leur est permis d'agir librement. Avant de désigner des amis, le mot Friend/freund désignait d'ailleurs les parents. Dans Thursday et Donnerstag (jeudi), le nom du dieu de 'référence' est celui du tonnerre dans le panthéon germanique (cf. thunder (anglais), Donner (allemand) = le tonnerre). Toutefois, en allemand, Mittwoch (le mercredi) signifie le 'milieu de la semaine'.

[modifier] Synthèse

Tithêmi c'est poser en grec. Syn est l'équivalent grec de cum en latin, qui signifie 'avec'. La thèse est l'argument que l'on propose. L'antithèse est l'argument que ladversaire oppose, la synthèse l'ensemble des arguments que l'on pose ensemble soit qu'on les ait puisés pour partie dans la thèse et pour partie dans l'antithèse, comme dans les examens soit que l'on ait réuni des éléments de différentes branches, par exemple les aspects scientifiques, techniques, juridiques et financiers d'un projet. La prothèse (dentaire ou mammaire) est ce que l'on pose à la place de l'organe malade où 'pro' signifie 'à la place de ' comme dans procuration où l'on s'occupe (curo) de quelque chose à la place de quelqu'un d'autre. La métathèse est un changement de position d'une lettre à l'intérieur d'un mot (= une lettre que l'on pose ailleurs) comme le font les personnes qui déplacent le 'r' d'infarctus en disant infractus et comme l'on fait nos ancêtres en passant du formage ou fromage (production laitière qui se caractérisait par l'usage d'une forme). La justice étant ce qui pose les règles de vie en société, sa déesse est Thèmis, nom conservé par une collection de manuels de base pour les étudiantes en droit.

Thèque est l'endroit où l'on pose et plus particulièrement le coffre d'où :

  • bibliothèque = coffre à livres puis meuble puis rayonnages puis salle de consultation puis l'ensemble du bâtiment voire des bâtiments comme dans la Très Grande Bibliothèque
  • discothèque où l'on rangeait les disques de vinyle puis où on les écoute puis où on danse sur leur musique
  • pinacothèque :Musée de peinture, de pinax = tableau en grec.

Apothèque, en grec, est l'endroit où l'on pose pour échanger c'est à dire le magasin. Le mot donne apothicaire qui s'est spécialisé dans le sens de pharmacien (dont le nom moderne reste Apotek en allemand) car c'est l'une des professions qui détenait le plus de stocks de produits différents. Le mot initial, mal prononcé par des générations de clients et de vendeurs, a donné bottega en italien (d'où boutique en français) et bodega en espagnol.

Syn (= avec, ensemble) est également présent dans nombre de mots européens :

  • la sympathie est ce que l'on exprime quant on partage les souffrances (= pathos d'où pathétique) de quelqu'un donc lorsque l'on souffre avec elle
  • synchroniser deux choses c'est faire qu'elles se produisent ensemble (chronos = le temps)
  • la syncope (mot à mot maladie avec arrêt) caractérise un arrêt cardiaque
  • symbole est ce que l'on envoie avec. Initialement le symbole était l'équivalent de nos ID et mots de passe. Un texte était gravé sur une plaque de bois ou de terre cuite qui était cassée en deux. Chaque signataire emportait la moitié du texte. Pour rétablir le texte complet il fallait rapprocher les deux morceaux. Le procédait prévenait ainsi les falsifications et les usurpations. Par la suite le mot a désignait tout ce qui était lié comme les deux parties du morceau de bois ou de la tablette : le lion est le symbole du roi car dans tous les textes de notre culture il est associé au roi.

[modifier] Elaborer - Travail

En latin, le travail se dit labor. Ce mot est à l'origine de labour, laboureur, laborantin, laboratoire, labeur, collaborateur, laborieux et élaboré. Initialement tout travailleur, autre qu'artisan, avait de fortes chances d'être un laboureur mais comme la société était essentiellement agricole, le mots'est spécialisé dans le sens actuel.

Le laboratoire est le lieu où l'on travaille ; le mot s'est également spécialisé dans les domaines techniques et scientifiques mais il désigne encore quelques lieux de travail non nécessairement humains comme la chambre d'un fourneau où la matière se transforme. La référence à une hygiène parfaite dans les laboratoires pharmaceutiques a conduit, ces dernières années, à appeler laboratoires les cuisines de restaurants ou de traiteurs manipulant des produits alimentaires sensibles à des risques de contamination. Le mot laborantin puise à la même source mais n'est entré dans la langue française qu'au XXème siècle par emprunt à l'allemand d'où sa terminaison en tin quicaractérise les professions en allemand alors que le français utilise plutôt "ier / eur" (instituteur, épicier, chausseur, vendeur, cordonnier, pâtissier,...)

De même si labeur ne désigne plus aujourd'hui qu'un travail pénible et long, il avait autrefois un sens plus large. Le secteur de l'imprimerie insiste sur ce caractère de pénibilité en distinguant les travaux de labeur (impression d'ouvrages ou d'imprimés en un grand nombre d'exemplaires pour les Administrations) et les travaux dits 'de ville', en petites séries et sans difficultés majeures également appelés bibelots voir bilboquets pour souligner leur 'légèreté'.

Laborieux a caractérisé le travail (très fatiguant) deux siècles avant de qualifier le travailleur susceptible de fournir l'effort correspondant. Le premier sens est encore présent dans l'expression familière 'c'est laborieux !'. Un style laborieux est un style embarrassé au travers duquel on sent que l'auteur a éprouvé des difficultés pour exposer ses idées.

Elaboré est la résultante du travail (mot à mot : ce qui sort du travail : ex labore en latin). L'idée contenue dans cet 'ex' est celle d'un processus lent, réfléchi, non immédiat que l'on retrouve dans des expressions comme 'une coiffure compliquée' ou 'une cuisine élaborée' qui peut utiliser une sauce 'élaborée' qui, elle, n'est pas nécessairement compliquée à faire mais emploie des substances qui vont mettre du temps à se mélanger intimement.

Travil est une métaphore. Palus est le poteau ou le pieu en latin. Pour entraver les animaux, les maréchaux - ferrants avaient imaginé un dispositif constitué de tris pieux montés en faisceau ou tripalium (= trois pieux). La souffrance des animaux (le fer est porté au rouge avant d'être rivé sur le sabaot et les maréchaux - ferrands marquaient aussi le bétail par une brûlure au fer rouge) fait que, par comparaison, on a aussi parlé de travail au sens de supplice ou de torture pour les hommes. Le sens de douleur importante est encore présent dans "le travail de l'accouchement". Il en est de même de l'expression "ça me travaille" en parlant d'un problème ou d'une situation qui revient sans cesse à l'esprit. Par analogie on dit aussi que l'on travaille quelque chose lorsqu'on la malaxe comme l'argile en poterie ou la pâte en cuisine.

Travail fait au pluriel travaux comme cheval fait chevaux alors que chacal fait chacals. A l'origine, travail (ou cheval) faisait travails (chevals) au pluriel comme tous les autres mots de la langue française. Cependant les copistes, pour gagner du temps, utilisaient des ligatures, c'est à dire, pour simplifier, des signes destinés à remplacer des syllabes ou des groupes de lettres. Un de ces signes qui correspondait à "ls" ressemblait à un x. Mal compris il entraina le pluriel travax, chevax. Phonétiquement la syllabe "ax" est instable et passe à "aux" d'où les travaux et les chevaux. Lorsqu'au XVIème siècle on se rendit compte de l'erreur on se garda de l'appliquer aux noms des "nouveaux" animaux que l'on découvrait comme le chacal entré en France et en français vers 1646.

En grec, le travail se dit ergon que l'on retrouve dans

  • ergonomie (= la loi du travail) ensemble des règles qui permettent de travailler en minimisant l'effort - physique ou mental - du travailleur
  • ergothérapie (traitement par le travail).

En grec un atelier s'appelait ergastêrion, mot repris par les Romains pour désigner une ... prison. Toujours en grec, allos c'est l'autre d'où l'allergie qui est le 'travail que fait l'autre' : en effet l'allergie est l'ensemble des réactions d'un organisme en présence d'un agent pathogène avec lequel ila déjà été mis en contact et qui l'a déjà 'travaillé'.

Latin (laVOR) et grec (ERG)comme anglais et allemand (work et werk) ont un radical indo-européen commun : werg qui signifie lui même travailler.

Trimer et turbiner sont deux mots familiers qui rappellent deux fleurons de l'expansion économique françasie de jadis : le textile et la métallurgie. La trime est un élément du métier à tisserqui ne cesse d'être en mouvement, la turbine (d'où turbo) tourne très vite d'où le passage à la description d'une activité soutenue.

[modifier] Juillet

Juillet est le mois de Jules (César) qui, au demeurant, réforma le calendrier en usage jusque là en créant un calendrier fondé sur une année solaire de 365,25 jours et dénommé de ce fait 'calendrier julien'.

Le nom de Jules César est à l'origine de nombreuses légendes :

  • pour les uns, son nom viendrait de ce qu'il serait né par césarienne (de caedo, couper) mais cette hypothèse peu vraisemblable n'est pas confirmée par les historiens latins ; inversement, c'est cette légende qui fait que nous parlons de césarienne,
  • pour d'autres, César tirerait son nom d'un de ses ancêtres qui, au péril de sa vie et témoignant d'une force hors du commun, aurait tranché la patte d'un malheureux éléphant enrôlé par les troupes carthaginoises contre Rome car Kesar désigne l'éléphant en punique.

Ce qui est certain c'est que le titre de César au sens d'Empereur s'est répandu dans toute l'Europe puisqu'on le retrouve dans l'allemand Kaiser ou le russe Tzar.

Août est le mois d'Auguste, le nom pris par Octave, le fils adoptif de Jules César. Auguste a pour racine un mot indo-européen qui traduit une idée de croissance que 'lon retrouve dans auteur, auxiliaire (un moteur auxiliaire renforce le principal), autorité (un projet mené avec autorité se développe plus vite qu'un projet non dirigé), autoriser (la personne autorisée dispose d'un pouvoir accru) et, bien sûr, augmenter.

[modifier] Valise

Comme toute science, l'étymologie a ses limites. l'origine de certains mots reste inconnue (indication 'o.i.' dans les dictionnaires) ; pour d'autres, seules des hypothèses peuvent être bâties. Ainsi en est-il de valise, emprunté à l'italien valiglia en 1560 et que certains rapprochent de l'arabe walïha (sac de blé). Initialement, il s'agissait d'un long sac de cuir que l'on transportait sur la croupe des chevaux. L'aspect que nous connaissons depuis le dernier tiers du XIXème n'est que l'aboutissement de transformations.

Sac a une origine qui n'est pas indo-européenne mais sémitique, d'une langue que l'on parlait en Cilicie (Turquie) avant la conquête grecque et à laquelle les Grecs empruntèrent le mot. Initialement, il s'agissait d'une étoffe grossière. Le premier sac a donc été désigné par la nature de son tissu. Par la suite, le mot s'est centré sur l'idée de contenant et sur sa forme.

On retrouve ce mot, bien plus au Nord, dans l'allemand Sakman (= homme de sac) pour désigner le sac d'une ville où les soldats triomphants emportent le maximum de richesses dans des sacs.

Après avoir empli un sac on en ressort le contenant. S'il est mal rangé ou trop rempli, il faut parfois tirer pour obtenir l'objet désiré come c'est parfois le cas dans nos sacs à mains. L'action de retirer un objet d'un sac c'est, en espagnol, le sacar qui va donner, en français, saccade et saccader qui insistent sur les efforts à fournir pour extraire l'objet recherché. L'idée de tirer violemment donne aussi un verbe 'sachier' puis 'saquier' qui signifie précisément 'tirer violemment' et qui connaîtra différentes prononciations selon les provinces, surtout au Nord de la Loire. Sacquer qulequ'un, expression familière de la fin du XIXème siècle, est probablement un mixte de cette violence et de l'image de l'ouvrier licencié qui reprend son sac pour partir. Initialement, l'expression signifiait uniquement "licencier" puis l'idée de mésentente l'a emporté, d'où la multiplicité des situations où deux personnes (voire deux chiens) ne peuvent pas se sacquer.

Au Moyen - Age, les malfaiteurs étaient soit enfermés dans des sacs soit pendus. Un 'homme de sac et de cordre" était donc un malfrat ; parfois l'aspect aventureux du gredin l'emportait sur l'aspect immoral et l'expression en vint à désigner quelqu'un prêt à tout.

[modifier] Manche

Au Moyen-Age où le tissu coûtait cher, on avait observé que les manches se salissaient (et s'usaient) plus vite que le reste du vêtement. On les fit donc amovibles pour pouvoir les changer sans remplacer l'habit dans son entier. Les artisans donnaient ainsi des manches en cadeau à leurs ouvriers d'où l'expression française 'faire la manche' (demander quelque chose comme l'ouvrier qui sollicitait une nouvelle paire de manches) ou le mot italien moderne 'macia' qui signifie officiellement 'pourboire'.

Au XIXème siècle, les fonctionnaires et les employés aux écritures usaient encore leurs manches sur les bureaux. Ils les protégeaient donc par des "sur - manches" en lustrine qui étaient régulièrement brocardées par les chansonniers. Comme ils étaient également fort sédentaires et que la nourriture n'était pas équilibrée, il craignaient les hémorroïdes et s'en protégeaient en plaçant sur leur siège une espèce de mince bouée de cuir qui évitait une pression trop importante propice à la formation de stases veineuses. Ce peu glorieux accessoire leur valut le nom de ronds de cuir, encore utilisé de nos jours dans le langage familier.

[modifier] Pantalon

Les mots qui désignent les vêtements sont de ceux qui changent le plus rapidement. Jupe est ancien mais n'a pas toujours décrit la même chose. Emprunté à l'arabe (djubba) au XIIème siècle, le mot désigne initialement un long vêtement de laine que portent garçons et filles sous les vêtements de dessus. Jupon apparaît en 1319 et conserve encore ce sens de vêtement de dessous en français moderne. Jupe-culotte date de 1935, jupette de 1952 et mini-jupe des années 1970. L'idée d'un vêtement qui va de la taille à une certaine distance du sol a d'abord été reprise par les ingénieurs pour désigner le carénage en tôle ajouté au bas des wagons pour améliorer leur aérodynamisme puis par l'industrie automobile pour l'appliquer aux voitures. Les tôliers se sont, quant à eux, inspirés de l'aspect globalement cylindrique du vêtement pour désigner par jupe la partie cylindrique des cuves.

Pantalon est le nom d'un vieillard de la comedia dell'arte italienne vêtu à la mode vénitienne de l'époque, c'est à dire d'un habit unique couvrant tant le torse que les jambes. Les premiers pantalons, composés d'un haut de chausse étroit lié aux bas, rappelaient cet habit et prirent le nom du personnage.

Tout le monde sait que short veut dire court en anglais et qu'il s'agit donc d'un raccourci et même, à l'origine, le plus souvent purement et simplement coupé. Bien qu'associé au tennis chez la plupart des locuteurs d'aujourd'hui, c'est le sport où il est apparu en dernier. Dès la seconde moitié du XIXème siècle, les boxeurs ou les rugbymen portaient des shorts qui ressemblaient globalement à ceux que portent ces sportifs aujourd'hui. Les footballeurs l'adoptèrent autour de 1900. Le tennis ayant l'Angleterre pour patrie et l'Angleterre Mary pour reine, celle-ci assistait aux principaux tournois mais comme elle s'offusquait à la vue du moindre pouce carré de peau nue ce ne fut qu'en 1933 qu'un premier joueur eût le courage de se présenter ainsi sur les courts devant la Cour. A la fin des années 1950 on trouvait encore quelques joueurs qui n'avaient pas adopté le short. Mini-short date des années 1970, micro-short est un mot du XXIème siècle et combi-short se situe entre les deux (vers 1990) par contraction de combinaison (au sens de combinaison de plongée ou de garagiste) et de short.

Combinaison a pour origine le latin combinare (=assembler deux, puis plusieurs, éléments). Combiner un plan c'est organiser des éléments d'une façon efficace. Le mot était neutre à ses origines (le duc a combiné un plan de bataille); un bon plan comportant toutefois une part de ruse, le mot prit au fil des temps un sens péjoratif d'où une combine et un combinard. En russe, les combinats sont des industries qui associent plusieurs secteurs d'activité, si possible en synergie. A propos des co-générateurs nucléaires (réacteurs produisant à la fois de l'électricité et de la chaleur pour l'industrie chimique par exemple) on parle de production combinée. Le combiné téléphonique des vieux appareils fixes associait l'émission et la réception de la voix d'où son nom. Associant un haut et un bas, la combinaison - dont les ventes diminuent ce qui risque d'entraîner une 'mise à la retraite' du mot - justifie son nom.

Pull over est le mode d'emploi : on le tire (pull) par dessus (over) la tête. L'étymologie de chandail tient de la facétie. A une époque où la publicité lumineuse n'existait pas, les marchands des foires hurlaient le nom de leurs produits : marchand d'ail, marchand d'huile, marchand d'eau, souvent abrégés en "chand d'ail", "chand d'eau",.... L'épais vêtement qu'ils portaient a donc été appelé d'après leur cri. A noter qu'à l'époque l'ail constituait un produit beaucoup plus important que de nos jours.

La ceinture est ce qui ceint (= entoure, du verbe ceindre) comme les enceintes autrefois et les boulevards de ceinture de nos jours entourent les villes. Ceindre n'est plus guère utilisé aujourd'hui que pour les rois (ceindre la couronne), les maires (l'écharpe tricolore) et les Académiciens (l'épée dont le fourreau est cousu sur une sorte de ceinture).

En italien, le string se nomme perizoma où zoma vient de zone, mot grec pour ceinture. En géométrie, une zone est une surface allongée comme une ceinture puis, par extension, toute sorte de surface. La zone industrielle est la partie qui entoure la ville.

[modifier] Bottines

L'origine du mot 'bottes' est incertaine.

[modifier] Pyjamas

Pyjamas est apparu dans le 'Journal des jeunes personnes' de 1837 avec l'orthographe pyjaamah via l'anglais pyjamas. Le mot est d'origine hindî pae-jama où pae = de jambes et jama = vêtement. Il s'agit initialement d'un vêtement ample et bouffant mais qui ne se porte pas spécialement la nuit.

[modifier] Ours

L'ours en peluche est né d'une belle histoire. En 1897, Théodore Roosevelt, président des Etats-Unis, participait à une chasse comme cela se faisait à l'époque où les ours constituaient une menace encore réelle pour les habitants de certains états de l'Union. Au cours de cette chasse, il épargna un jeune ourson. La presse s'empara de ce fait divers qui témoignait d'une grande sensibilité pour son temps et des artisans mirent sur le marché des petits ours en peluche qui illustraient cet événement. En anglais, ours en peluche se dit aussi teddy boy ou teddy bear où teddy est le diminutif de Théodore.

Ours est à l'origine d'oursin que l'on appelait au XVIème siècle orsin de mar (= ours de mer). Ce fut une question théologique et scientifique majeure du XVIème au XVIIIème siècle de savoir si les animaux marins étaient spécifiques ou s'ils étaient la transcription des animaux terrestres. Cette seconde hypothèse prévalait et les savants recherchaient une analogie entre les êtres terrestres et marins dont il reste des traces dans le vocabulaire comme :

  • le lion de mer
  • l'araignée de mer (un crabe)
  • le marsouin, déformation de maris suin c'est à dire cochon de mer
  • l'otarie, soit également ours marin (l'otarie rappelle l'ours par sa masse, l'oursin par son aspect revêche)
  • la langouste, c'est à dire sauterelle de mer. Langouste vient du latin locusta qui désigne la sauterelle et le mot langouste désigne cet insecte jusqu'au XIIIème siècle. Par la suite le mot provençal sauterelle (exactement salterele) qui le concurrençait depuis 1120, le remplaça pour l'insecte terrestre car il était plus imagé ; langouste se spécialisa alors pour l'espèce marine.

[modifier] Blanc - Kaki

Les indo-européens connaissent trois couleurs : le blanc, le rouge et le noir. Pour chacune d'elles, leur vocabulaire distinguait de nombreuses nuances en fonction de leur intensité et de leur brillance. Pour le blanc, les Romains utilisaient les mots 'albus' (blanc mat) et 'candidus' (blanc brillant).

Albus reste présent dans de nombreux mots français :

  • aube (la blancheur du ciel lorsque le soleil se lève), aubépine (l'arbuste aux épines blanches).
  • aube, la tunique blanche des communiantes
  • l'ablette : la petite able ou poisson blanc
  • l'albumine protéine essentielle du blanc d'oeuf dont la désignation officielle est albumen (au XVIème siècle, on appelait encore 'aubin' le blanc d'oeufs dans la langue courante).
  • albinos et albinisme. Est qualifié d'albinos un animal au pelage blanc et aux yeux bleus très clairs du fait d'une altération génétique qui se traduit par l'absence de mélanine. Ces animaux voient très mal. A son apparition, en portugais en 1665, le mot s'appliquait aux hommes et, plus particulièrement, à une tribu africaine de Noirs blancs.
  • le mot de la famille le plus fréquemment employé aujourd'hui est album, d'illustre naissance puisqu'il s'agissait à l'origine d'une sorte de tableau blanc où l'on inscrivait le nom des grands personnages de l'Etat (romain). La notion se perdit puis des érudits allemands, à la charnière des XVII et XVIIIème siècles la réssuscitèrent en créant un album amicorum où ils demandaient à leurs amis d'écrire quelques mots (c'était l'ancêtre de ce que nous appelons un livre d'or). Par la suite, l'usage du support s'élargit aux notes de voyage (= carnet de voyage) puis se généralisa à bien d'autres activités avant de désigner le support indépendamment du contenu d'où un album philatéliste (pour les collections de timbres poste), un album photo...
  • passé en russe, le radical y donna biely d'où bieluha introduit en 1575 en français pour désigner un poisson sous la forme béluga puis, en 1775, un dauphin etplus particulièrement un grand dauphin blanc (l'orthographe bélouga est recommandée).

Le descendant français d'albus fut rapidement remplacé par le francique blank qui désignait originellement le blanc brillant que les Romains dénommaient candidus, issu d'une racine indo-européenne "cand" signifiant "brûler" et plus particulièrement "chauffer à blanc un métal pour le forger". Cette idée de brillance (une ampoule électrique classique chauffe à blanc le filament) aboutit à des blancheurs concrètes ou symboliques :

  • chandelle (cierge vient, quant à lui, de cera la cire que l'on retrouve dans cérumen, sécrétion de l'oreille externe),
  • encens (mot à mot : chose allumée qui brille). A noter, à propos de ce mot, l'expression 'encenser' en parlant d'un cheval qui remue sa tête de bas en haut comme l'enfant de choeur qui secoue l'encensoir.
  • candeur, blancheur éclatante et symbole de pureté d'où le candidat qui se doit d'être moralement parfait (les candidats aux fonctions électives romaines devaient d'ailleurs s'y présenter vêtus de blanc et cette pureté allait très loin puisque ne pouvait y participer un citoyen qui avait été "souillé" par la mort d'un proche parent dans l'année).
  • canitie : c'est le fait d'avoir des cheveux blancs.
  • incendie est de la même famille.

Kaki. Le fruit a une couleur qui rappelle le kaki. Pourtant les deux mots n'entretiennent aucune parenté. Le fruit est d'origine japonaise : il fut importé en 1873, en même temps que le mot qui signifie "plante" en japonais. La couleur apparut 25 ans plus tard en français ; le mot est hindî et signifie "poussière". Les hommes de l'armée anglaise des Indes furent les premiers à porter un uniforme de cette teinte qui s'est d'abord écrit khakee en anglais.

[modifier] Pied

Le mot latin pes / pedis a donné pied en français, foot en anglais et Fuss en allemand. Dans les premières années, les officiers ne se distinguaient pas tant par leurs capacités stratégiques que par la possession d'un cheval. On distinguait ainsi les cavaliers et les piétons (= les fantassins qui vont à pieds) qui constituaient le gros des troupes, mal payées et intermittentes (souvent on ne se battait pas en hiver et les soldats n'étaient pas payés pendant cette période de chômage forcé). Les piétons formaient la piétaille. Le mot se transforma en peon puis en pion (d'où le pion du jeu d'échec qui a moins de valeur que les pièces) et le morpion (= un pou qui mord les pions dont les conditions de vie ne facilitaient pas l'hygiène). Quant au péage, il représente la taxe que les piétons devaient payer pour employer un pont et éviter de franchir la rivière à gué (les chars devaient aussi payer le péage mais ils étaient bien moins nombreux).

[modifier] Franc et autres monnaies ou termes associés

Lors des premières transactions commerciales, la contrepartie était constituée par du bétail, pecus en latin qui reste présent dans le français pécuniaire. Les Indous utilisent, de la même façon, la roupie qui trouve sa source dans rupâ, le troupeau.

Vers 400 avant J.C., les Romains imaginèrent un système d'échange plus simple à base de morceaux de bronze. En latin, bronze se dit aes d'où les as (monnaie que l'on rencontre au hasard des films peplum) et l'airain (vieux mot pour bronze qui est un alliage de cuivre et d'étain).

L'Antiquité classique connaissait déjà la dévaluation en ce sens que le poids de métal de chaque pièce diminuait lentement. Constantin, entre 311 et 313 mit en oeuvre un premier contrôle des prix en fixant par décret le prix de quasiment tous les biens et services en usage dans l'empire. En parallèle, il décida une nouvelle dévaluation, en fondant 72 pièces au lieu de 60 avec la même quantité d'or mais en affirmant que ce serait la dernière et que la monnaie serait désormais stable. Stable se dit solidus en latin d'où le mot sou, après un passage par sol. Le franc est né de la même idée : une monnaie franche (au sens de constante).

Le florin qui fut une monnaie forte de l'Europe du XIII au XVIème siècle doit son nom à la fleur de lys qui le distinguait des autres monnaies et rappelait ses origines florentines (la fleur de lys est le symbole de Florence). Le commerce du textile avec le Nord fait, qu'avant l'euro, les Hollandais utilisaient le florin et que les Hongrois emploient toujours le florint. Le zloty polonais a aussi cette filiation.

La livre (comme la lire) est une unité de poids : c'est celle qui sert de référence pour le découpage des pièces de plus petite valeur et c'est elle qui explique la monnaie anglaise (et d'autres pays du Commonwealth) comme de l'Italie avant l'euro.

Le thaler était une monnaie allemande forgée à partir de l'argent extrait des mines de Joachimsthale (aujourd'hui en République Tchèque). Frappé dès 1518, il fut très apprécié dans la seconde partie du XVIIIème siècle et devint la monnaie des U.S.A. sous le nom de dollar. Lorsqu'il se prononça sur la langue nationale à retenir, le nouveau peuple américain était divisé entre tenants de l'anglais et tenants de l'allemand ; les premiers ne l'emportèrent que d'une voix.

Quant au rouble, il signifie haché en russe, les premières pièces ayant été découpées à la hache dans des lingots de métal précieux. Enfin, le leu (unité monétaire de la Roumanie jusqu'en 2012 où ce pays 'migrera' à l'euro) vient de ce que les premières pièces représentaient un lion (leu en roumain).

Le mot soldat vient de la solde qui le rémunère c'est à dire des sols (sous) qui lui sont donnés. Les fonctionnaires civils perçoivent un traitement, les artistes un cachet : au XVIIIème siècle les professeurs, essentiellement de professions dites aujourd'hui artistiques, étaient déjà payés à la leçon ; ils avaient une carte sur laquelle les élèves, en appliquant leur cachet, attestaient de la réalité du cour et s'engageaient à les payer.

Initialement le bénéfice (de bien et faire donc faire du bien) était une faveur que l'on accordait à quelqu'un. Ce sens demeure en français moderne dans des expressions comme 'le bénéfice du doute' ou 'des circonstances atténuantes'. Ce fut ensuite une faveur très concrète sous forme d'une concession de terres accordée par le roi ou un seigneur puis, par glissement de sens, le patrimoine attaché à une fonction ecclésiastique. A partir du XVIIème siècle, avec le développement du commerce, le bénéfice désigna le gain tiré d'une opération commerciale ou financière, d'où le sens actuel.

Le revenu est, comme l'indique le mot, ce qui revient. Initialement le terme ne s'appliquait qu'aux revenus agricoles puisque les fruits, les céréales ou les bébés des animaux domestiques reviennent tous les ans, puis il y eut extension aux loyers - appelés d'ailleurs fruits du produit loué - puis extension à toute source financière qui paraît constante dans le temps comme les salaires ou les retraites (impôt sur le revenu).

Le mot salaire vient de sel. Le sel est indispensable à la vie (et à la conservation des aliments). Aujourd'hui grâce à nos moyens de transport c'est un produit très peu coûteux. Il en était différemment à une époque où il fallait le transporter sur des chariots tractés par des boeufs depuis des marais salants ou des mines jusque sur les lieux de consommation. Une des principales voies romaines (de Rome à Brindisi) s'appelait d'ailleurs, mot à mot, la voie du sel car elle servait au précieux approvisionnement de la capitale.

L'expression de mauvais aloi est d'origine monétaire. La plupart des pièces a toujours été fait d'alliage (alloy en ancien français comme en anglais) et il était tentant de tricher sur les quantités respectives de métal noble et de métal vil. La fausse monnaie était au demeurant un des crimes les plus sévèrement punis au Moyen Age avec dans les cas les plus grave immersion du contrevenant dans un baquet d'eau bouillante.

Le mot monnaie vient du lieu de frappe des premières pièces romaines proche du temple de Juno Moneta c'est à dire Junon (l'épouse légitime de Jupiter) l'Avertisseuse. Monéo se retrouve dans moniteur (celui qui avertit l'apprentie de ce qu'il faut faire ou ne pas faire).

Patraque, mot familier en désuétude (sauf dans le Sud Est)pour désigner un état de mal être physique a une histoire très liée à l'argent : un mot arabe (bâ-tâqua) a été introduit en espagnol sous la forme pataco, abrégée en patac, pour désigner une pièce d'argent qui était souvent altérée d'où patard puis patraco en provençal et patraque en français pour désigner une monnaie usée ou plus ou moins faussée et, par analogie, un état de mal-être.

Argent est un terme générique car s'il y eut des pièces en bien des matières (par exemple en cuir chez les Carthaginois) et même si, parfois, la pénurie de métal conduisit à utiliser d'autres suports pour monnayer les échanges (comme les grains de poivre), l'argent est resté le métal le plus prisé, après l'or, pour les monnaies d'importance.

[modifier] Gentil - Débonnaire - Ingénu - Méchant

Gens est un mot latin très prolifique. Il désigne la famille au sens large et, plus précisément, la lignée noble. Ainsi est gentil quelqu'un de bien né, de bonne famille, d'illustre naissance comme on disait autrefois. Un 'gentil homme' est un noble et le titre de Molière "le bourgeois gentilhomme" était bien compris comme une incompatibilité par la Cour de Versailles. De l'idée de noblesse on passe à celle de justice, de hauteur de vue, de magnanimité, de pardon et de clémence (les vertus, au moins théoriques, du prince). De cette dernière idée on glisse à celle de gentillesse au sens actuel. On remarquera que 'être gentille avec' est une des rares expressions actuelles qui n'a pas le même sens selon qu'elle a pour objet une fille ou un garçon.

Débonnaire a une histoire curieuse. A l'origine, il y a le mot aire (= surface) que l'on retrouve dans l'aire géométrique. Un faucon de bonne aire était un faucon qui "régnait" sur une grande surface. Par analogie un seigneur de bonne aire était un seigneur de qualité et donc vertueux puis il y eut une évolution semblable à celle de gentil.

Un ingénu c'est aussi, initialement, celui qui est né libre. Cette naissance libre l'empêche de nuire, de faire du mal (c'est le deuxième sens) mais cette incapacité à faire le mal a été perçue comme le signe d'une certaine niaiserie (c'est le sens actuel)... les gens sont méchants...

Quant au méchant c'est initialement celui qui a de la malchance (XIIème siècle). Malchanceux il devient miséreux. Misérable, il est prêt à tout pour survivre et devient 'enclin à faire du mal' (XIVème siècle) puis le mot a acquis son sens actuel.

[modifier] Cigarette

Cigaro est un mot espagnol d'origine inconnue né vers 1680 qui ne se répandit en France qu'après les expéditions militaires françaises en Espagne de 1823 et ce sous trois formes : cigarette, cigareto et cigaret. Ces trois mots se firent une âpre concurrence de 1830 à 1840 où cigarette l'emporta définitivement sur ses deux rivaux.

Les différents noms familiers ou populaires donnés à la cigarette illustrent les différents modes de création lexicologique.

Cibiche : c'est un jeu phonétique populaire classique du style "Cool Raoul" avec recherche d'assonance

Pipe de 9 ou Tube de 9 : c'est la marque de la France industrielle où la cigarette est comparée à un outil (la pipe est ici la clef recourbée des garagistes) de 9 millimètres de diamètre (le diamètre standard des cigarettes)

Une séche. Les premières cigarettes étaient confectionnées par les fumeurs eux-mêmes en roulant du tabac dans une feuille de papier à cigarette qu'ils léchaient pour la coller sur elle-même. La cigarette était donc 'mouillée' de salive. Par opposition, une cigarette industrielle était sèche.

[modifier] Caresse

Carus, en latin, signifiait cher avec le même double sens affectif et financier qu'a ce mot en français, d'où les enchères où l'objet de la vente revient à celui qui le paie le plus cher. En italien, carus a donné caro de même sens et un verbe carezzare qui signifiait chérir mais désignait aussi les gestes de tendresse correspondants et, plus particulièrement les caresses. Le substantif latin correspondant à l'adjectif carus est caritas qui a donné charité, le prochain devant être cher au cœur du chrétien.

[modifier] Caniche - Fox - Teckel - Epagneul - Berger allemand

Caniche vient de cane, les caniches étant jadis dressés pour ramener sur le bord des étangs les canards tués ou blessés par les chasseurs. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle on les tondaient partiellement afin qu'ils ne risquent pas de se noyer sous l'effet de l'eau que leur fourrure absorbe comme une éponge.

Plusieurs noms de races de chiens sont liés à l'espèce qu'ils chassaient avec le plus de succès. Ainsi le fox est-il un chien pour la chasse au renard (fox en anglais) et le teckel pour la chasse au blaireau (Dachs en allemand, avec la correspondance habituelle entre le d et le t). Le schnauzer est un mot suisse-allemand qui désigne les moustaches, caractéristique de ce chien. Ces deux derniers mots sont entrés dans la langue française au XXème siècle seulement. L'épagneul est un chien de chasse introduit d'Espagne. Quant au berger allemand il doit son nom à ce qu'un officier allemand ait été le premier à en entreprendre le dressage ; à sa mort, tout son élevage fut conduit sur sa tombe et tous les chiens aboyèrent ensemble pendant une minute (de silence).

[modifier] Préféré et autres dérivés du verbe latin fero

Avec préféré on retrouve le verbe fero (= porter) qui donne entre autres :

  • avec ad (vers) = afférents : les vaisseaux afférents apportent le sang aux muscles
  • avec cum (avec) = conférence : se porter ensemble en un même lieu
  • avec de (en dehors) = déferrer (devant le juge) mais aussi déférence ou attention en dehors (au delà) du commun
  • avec prae (mettre devant) = préféré
  • avec pro (mettre en avant) = proférer (dans proférer une injure l'image est que l'on jette violemment l'injure sur l'adversaire comme un javelot)
  • avec sub (sous) = souffir c'est à dire porter une charge bien lourde sur ses épaules

et aussi

  • conifères ou arbres qui portent des fruits en forme de cônes
  • aurifère : qui contient (porte) de l'or.

Enfin puisque le voleur emPORTE les bien qu'il dérobe le vol se disait furtum en latin, mot dont il reste une trace dans le français furtif (qui se fait à la dérobée).



[modifier] Généralité des mécanismes illustrés ci-dessus

L'ensemble des mécanismes illustrés ci-dessus se retrouve peu ou prou dans toutes les langues, y compris des langues non européennes. Par exemple si l'on se penche sur le japonais on observe

  • que le signe qui signifie repos est à l'origine un homme couché au pied d'un arbre avec son chien couché à coté de lui
  • que la neige est ma juxtaposition des symboles de la pluie et la main, la neige étant la pluie que l'on attrape avec la main
  • que lumineux, brillant est la conjonction (non l'éclipse) du soleil et de la lune, les deux principales sources de clarté
  • que le mois de février est celui où l'on porte plusieurs vêtements et
  • le mois d'août celui des feuilles comme avril est celui des lapins
  • que lundi est aussi le jour de la lune (mardi celui du feu)
  • que le signe qui signifie noir est originellement le dessin du fond d'une marmite (avec ses deux anses, vue de dessous) noirci par le feu de la cuisson
  • et que le feu est symbolisé par un volcan.

Le mot dispute est très sexiste puisqu'il a pour étymologie deux femmes.

Enfin l'appellation des maffieux (yakuza) signifie mot à mot "8 - 9 - 3", combinaison perdante d'un jeu de cartes. En effet, à l'origine, ces criminels étaient recrutés parmi les plus pauvres et les exclus, c'est à dire les "perdants" de la société.