Eclairage muséographique
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[modifier] 1. Lumière vs éclairage.
Dans beaucoup d’esprit il y a encore cette confusion entre les termes « lumière » et « éclairage ». On assimile trop facilement lumière avec naturel, et éclairage avec artificiel. La réalité est tout autre : la lumière, en fait toutes les radiations électromagnétiques que notre système visuel est capable de détecter, est le matériau qu’il faut maîtriser ; l’éclairage représente cette maîtrise de la lumière qu’elle soit naturelle ou artificielle. De là découle qu’il n’existe pas de source plus dangereuse qu’une autre mais bien un usage correct ou non de cette source, avec la prise en compte de tous les moyens à mettre en œuvre.
[modifier] 1.1. L’éclairage muséographique.
L’éclairage muséographique représente la technique de la maîtrise de la lumière à des fins, muséographiques c’est-à-dire relatives aux fonctions dévolus à l’institution muséale qui sont l’étude, la conservation et la diffusion des témoins matériels de l’activité de l’homme et de la nature. L’éclairage fera découvrir les caractéristiques d’un objet par le choix de sa direction, de son intensité et de sa composition spectrale des ultraviolets aux infrarouge. Un éclairage équilibré permettra d’observer, voire de restaurer l’œuvre si besoin est. Enfin l’éclairage, complétera sa mise en exposition.
[modifier] 1.2. L’éclairage d’exposition.
Etudier et conserver les témoins de l’activité de l’homme et de la nature n’a se sens pour une institution muséale que si ils ne sont que le support d’un savoir, d’une émotion, d’une expérience à transmettre. L’exposition est ce moyen par excellence. L’éclairage d’exposition repose sur les trois grands principes suivant : 1. Etre en phase avec les autres « contenants » de la scénographie ; 2. Respecter les besoins de l’ergonomie visuelle; 3. Suivre les recommandations de la conservation préventive.
[modifier] 1.2.1. Eclairage et signification
L’éclairage résulte de choix, à ce titre il n’est donc pas dénué de sens et possède toutes les caractéristiques d’un système sémiotique. Il en est de même des autres contenants de la mise en espace comme le parcours, la couleur, le son, etc. Travailler les contrastes, les ombres, la dureté d’un ensemble repose sur une réflexion. L’éclairage est un co-langage, avec sa propre syntaxe, qui s’inscrit dans le langage scénographique tout entier. Il participe au transfert d’une idée, d’un scénario dans l’espace. En exemple un éclairage en « lèche-mur » c’est-à-dire dirigé et éclairant tout un panneau sur lequel est accroché une œuvre donnera à celle-ci une autre interprétation que si elle n’était éclairée par un éclairage cadré, l’isolant de son environnement.
[modifier] 1.2.2. Eclairage et ergonomie
Voir pour en profiter pleinement d’un objet, d’une œuvre, demande non seulement une lumière de qualité mais aussi un certain niveau d’éclairement. Si à 20 ans 50 lux nous permettait une vision correct des détails à 60 ans c’est au moins le double qu’il nous est nécessaire. De plus il nous faut éviter tout bruits visuels comme les reflets et les divers cas d’éblouissement. Si on fait certains choix pour s’inscrire dans une scénographie et que ces derniers ne plaisent pas à tous pourquoi pas, mais au niveau de l’ergonomie il ne peut être question de choix sémantiques il s’agit bel et bien de fautes d’un caractère uniquement pragmatique.
[modifier] 1.2.3. Eclairage et conservation
Exposer c’est bien, respecter son public aussi, mais il est tout aussi important de veiller à la conservation des témoins matériels dont nous avons la charge pour que ces derniers témoignent tout autant pour les générations futures. Une prise en compte de l’éclairage dans le cadre de l’exposition demande : 1. de connaître la sensibilité à la lumière des objets exposés 2. de connaître les caractéristiques des sources de lumière utilisé 3. de maîtriser les techniques de l’éclairage
[modifier] 1.2.3.1. Sensibilité des matériaux aux rayonnements optiques
Les rayonnements optiques tels le visible, les ultraviolets et les infrarouges sont tous porteurs d’énergie. Les matériaux n’existent que par les rapports d’énergie existant entre leurs constituants : atomes et molécules. Certains matériaux sont plus sensibles que d’autres comme ceux d’origine organiques par rapport à ceux d’origine minérale. Mais un objet est souvent composite (dessin ou gravure sur papier avec une encre minéralogique) et a subit des traitements qui peuvent influencer sa résistance (comme les premiers tirages photographiques). Le « fadomètre », un microcolorimètre qui permet la mesure de la détérioration d’une aire minuscule d’un objet par une exposition lumineuse intense (cf. article suivant), que possède le CRCC, trouve ici toute sa pertinence. Connaissant le degré de sensibilité de l’objet (de son matériau le plus fragile) on peut prendre comme recommandations les doses d’exposition lumineuses suivantes :
Matériaux Niveau test laine bleue* Matériau insensible > 8 Matériau peu sensible 7 Matériau relativement sensible 5, et 6 Matériau sensible 4 Matériau très sensible 3 Matériau extrêmement 1 et 2
* Déduit du test de la laine bleu pour déterminer la sensibilité dans l’industrie textile
[modifier] 1.2.3.2. Caractéristiques des sources lumineuses
Une source lumineuse se caractérise par de nombreux facteurs : Puissance, distribution, durée de vie, etc. Celui qui nous semble le plus important est, notamment pour des raisons de conservation préventive, mais pas uniquement, sa composition spectrale, puis suivra son intensité. D’une manière générale on peut se baser sur les ordres de grandeurs suivantes :
Sources lumineuses Rayonnement ultraviolet Rayonnement visible Rayonnement infrarouge Rayonnement global Lumière du jour 6% 44% 50% 100% Lampe tungstène-halogène 1% 9,5% 90% 100% Tube fluorescent 3000K 1% 89% 10% 100% Tube fluorescent 5000 K 2% 88% 10% 100% Diode électroluminescente 0% 99% 1% 100%
[modifier] 1.2.3.3. Maîtrise des techniques
Connaissant les caractéristiques spectrales, spatiales et énergétiques d’une source il est maintenant possible d’apporter les action correctives suivantes : 1. suppression du rayonnement ultraviolet 2. réduction du rayonnement infrarouge 3. contrôle du rayonnement visible C’est sur ces 3 points que résidera la maîtrise de la lumière et non uniquement sur le choix d’une source. Si le choix d’une source est le premier pas vers une conception d’un éclairage le second réside dans les moyens de trouver une parade aux problèmes liés à la sensibilité à la lumière des objets exposés
[modifier] 1.2.3.3.1. Suppression du rayonnement ultraviolet
Rien de plus simple que d’éliminer le rayonnement ultraviolet d’une source qu’il s’agisse de la lumière du jour ou d’une source artificielle comme les tubes fluorescents. Dans le cas de la lumière naturelle la première, et suffisante, est d’équiper toutes les ouvertures de vitrages feuilletés. Lorsqu’il s’agit d’une rénovation la pose d’un film sur les vitres d’une fenêtre ou d’une laque pour une verrière reste une solution qui est loin d’être très coûteuse si en plus ces matériau peuvent aussi remplir d’autres fonctions. Avec les tubes fluorescents une gaine fabriquée à partir d’un filtre anti-UV reste le plus simple et le moins cher. Pour les halogènes, on les choisira avec l’option « UV stop » sinon comme pour les lampes à iodures métalliques la solution est beaucoup plus coûteuse car les filtres ne pourront plus être des matériaux organiques mais seront obligatoirement, pour des problème de dégagement calorifique, des matériaux d’origine minérale.
[modifier] 1.2.3.3.2. Réduction du rayonnement infrarouge
On évitera une entrée directe du soleil par des stores extérieurs et la réduction des ouvertures particulièrement au sud et à l’ouest. Pour des bâtiments neufs on recherchera d’emblée le vitrage le plus adéquat non seulement pour bloquer le rayonnement ultraviolet, mais rejeter un maximum de rayonnement infrarouge, et de fait réduire aussi le flux du visible. En rénovation la solution « films et laques » est à envisager ; ce type de films et de laques aura très souvent une fonction anti-ultraviolet. Avec les sources artificielles le plus important est d’éviter l’usage de sources à fort dégagement calorifique dans des lieux confinés comme des salles de petites dimensions et encore plus à l’intérieur des vitrines. L’usage des systèmes à fibres optique représente une solution à la seule condition que le générateur de lumière soit correctement ventilé et hors de l’espace d’exposition. Aujourd’hui les diodes électroluminescentes, sous certaines conditions, peuvent représenter une solution tout à fait pertinente.
[modifier] 1.2.3.3.3. Contrôle du rayonnement visible
Le rayonnement visible est lui aussi cause de dégradations photochimiques, il faut donc le contrôler avec une grande attention. On reteindra que les dégradations dues à la lumière sont cumulative et que l’important est la dose reçue. Pour des raisons de facilité on travaillera avec les unités visuelles de niveau et de dose que sont le Lux et le Lux heure (par an). La mesure se fera avec un luxmètre. Pour la mesure cumulée il existe des capteurs intégrateurs. On peut aussi pour des mesures de doses se servir de dosimètres chimiques à usage unique tel que le Lightheck développé avec le CRCDG dans le cadre d’un programme européen. Le tableau ci-dessous donne les grandes lignes à prendre en compte. Ces valeurs peuvent être différentes suivant les auteurs mais l’important est l’ordre de grandeur.
Matériaux Dose d’éclairement Matériau insensible - Matériau peu sensible 1000 Kluxh/a* Matériau relativement sensible 600 Kluxh/a Matériau sensible 150 Kluxh/a Matériau très sensible 75 Kluxh/a Matériau extrêmement 15 Kluxh/a
- 1 Kluxh/a représente un éclairement de 1000 lux durant 1 heure pour 1 année d’exposition soit 3000 heures.
Le concept de dose met l’accent sur la place importante que représente la durée d’exposition. Réguler la durée d’exposition est la solution à rechercher pour l’éclairage des objets les plus sensibles. Les solutions techniques des plus simples aux plus sophistiquées sont donc à mettre en œuvre.
[modifier] = 1.2.3.3.3.1. Le cas particulier de la lumière du jour =
Dans la littérature de la conservation préventive la lumière du jour a très mauvaise presse. Pour l’exposition des objets sensibles à la lumière est tout simplement interdite. Il est vrai que la lumière du jour peut atteindre des niveaux de 120 000 lux de plus accompagnée d’une grande quantité de rayonnement ultraviolet et encore d’une plus grande quantité d’infra rouge représente, utilisé tel quel un indéniable moyen de dégradation. C’est un peu vite oublier qu’il est possible de la maîtriser. On peut arguer aussi de cette impossibilité par son caractère changeant : la lumière du matin est plus faible que celle du midi et d’une saison à l’autre les quantités reçues sont énormes. Mais ce phénomène est cyclique et d’une année à l’autre, en un point donné du globe, les quantités sont similaires. En s’aidant d’une grandeur, appelé facteur de lumière du jour, qui peut être calculée en tout points désiré d’un bâtiment il est possible de simuler la quantité annuelle d’éclairement et de prendre les décisions nécessaires en y mettant les moyens comme la réductions des ouvertures, la pose de films de protection, la durée d’exposition. La lumière du jour est une source comme une autre qui doit être maîtrisée pour répondre à nos besoins.