Philosophie/Dissertation
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La dissertation est l'exercice philosophique par excellence. Elle permet d'évaluer l'assimilation des connaissances par l'élève, et sa capacité à s'en servir pour une reflexion à la fois personnelle et rigoureuse. Ces deux aspects font que la dissertation ne se réduit pas à un simple exercice scolaire. De grands philosophes ont écrit des dissertations, qui sont aussi de grandes œuvres. Mais on ne peut demander à un élève de produire de telles dissertations ; il est en effet nécessaire de commencer par apprendre l'exercice de la dissertation en tant qu'exercice purement scolaire, et, dans ce but, il est bon de formuler des règles certes assez formelles, mais qui permettent de guider la réflexion, en lui donnant le plus de rigueur possible.
Pour réussir une dissertation en philosophie, il faut tout d'abord savoir qu'il existe toujours plusieurs possibilités de construire une bonne argumentation et qu'il n'y a donc pas une méthode conduisant infailliblement à la réussite : il y a plusieurs bonnes méthodes parmi lesquelles le rédacteur doit choisir. Ce choix d'un plan se fait en fonction du traitement que l'on donne au sujet ; un bon choix exprime donc la compréhension, bonne ou mauvaise, du sujet.
Mais s'il n'y a pas a priori de méthode applicable à tout sujet, il reste néanmoins possible de formuler certaines règles générales.
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[modifier] Forme générale d'une dissertation
Une dissertation est un texte argumentatif qui présente et développe des questions à partir d'un sujet donné, et qui propose des réponses à ces questions.
Une dissertation de philosophie comportera donc les trois parties suivantes : une introduction, qui présente le sujet en expliquant quels problèmes vont être examinés ; un développement, dans lequel le rédacteur analyse le sujet et les notions du sujet, et pose les problèmes qui sont spécifiques au sujet ; une conclusion qui récapitule les résultats obtenus et qui répond explicitement au sujet.
Il existe des règles à suivre pour chacune de ces parties : ces dernières demandent en effet une structure minimale dont on peut énoncer les règles. Bien que souvent très formelles et scolaires, ces règles permettent d'encadrer la réflexion et de la guider, et elles sont de ce fait très utiles pour éviter de se perdre en cours de rédaction. Loin d'être un obstacle à la pensée, elles lui servent de tuteurs.
[modifier] Le sujet
[modifier] Règle d'or
Cela peut sembler une évidence, mais les nombreux hors-sujets faits par les élèves nécessitent de le rappeler :
- un travail de dissertation a pour point de départ un sujet donné. Ce sujet est incontournable : on ne modifie pas le sujet, on ne fait pas non plus une dissertation entière pour le critiquer. Le sujet est pour le rédacteur une contrainte qui va lui permettre de mettre en œuvre ses facultés intellectuelles et ses connaissances. La non-liberté du sujet est la condition de la liberté de la pensée. D'où cette règle d'or :
- Traiter le sujet, tout le sujet, seulement le sujet.
Bien des erreurs peuvent être évitées grâce à cette règle. Un élève qui écrit sa dissertation dans l'état d'esprit que suppose cette règle est déjà sur la voie d'un bon travail : concentration de la pensée sur le sujet, exploration des notions du sujet, élimination des hors-sujet.
[modifier] Formes du sujet
En philosophie, il existe plusieurs forme de sujet :
- Question : la forme de la question, rappelons-le, exige que l'on donne une réponse, même si cette réponse est l'aveu d'un échec. En philosophie, il est permis et parfaitement valable d'admettre que l'on est arrivé à rien, mais ce n'est jamais une solution de facilité : il faut toujours justifier l'échec de l'argumentation. Chaque type de question exige un certain type de réponse (mais ceci peut varier selon la problématique que l'on traite). En voici les principaux types :
- Qu'est-ce que... ? : il s'agit de chercher une définition. Par conséquent, la conclusion doit donner cette définition.
- Peut-on... ? Non pas si cela existe, mais est-ce possible ? Dans certains cas = Doit-on ?
- Doit-on... ?
- Attention à ces deux dernières questions : il faut repérer dans quel domaine la réponse est exigée. Posez-vous la question : cela concerne-t-il la morale, l'action humaine en général.
- Notion ou groupe de notions : ce type de sujet demande que l'on analyse des notions et que l'on exprime explicitement les problèmes qui se posent quant on les confronte.
[modifier] L'introduction
Une introduction se compose de plusieurs parties :
- L'introduction du sujet : le sujet peut être amené par une observation générale, un exemple, une citation. Certains défauts sont à éviter absolument :
- ne pas user de généralités absolues et intemporelles : il y a de fortes chances pour que de telles généralités soient fausses ou creuses (ex : De tous temps, les hommes...). Une observation générale est en revanche tout autre chose : par exemple, un proverbe, une observation psychologique, etc.
- il est préférable d'éviter les citations : « Kant a dit que : etc. » Il faut les éviter car des citations demandent en général à être expliquées, et ce n'est pas le but d'une introduction, ni même d'une dissertation, mais d'une explication de texte.
- éviter les exemples trop particuliers : pas d'exemple personnel. Votre travail dans une dissertation philosophique est de vous efforcer de répondre d'une manière aussi complète que possible à une ou plusieurs questions. Les exemples personnels sont rarement de bons appuis pour la pensée !
- Définissez les mot-clés du sujet d'une façon générale mais développez la définition la plus en rapport avec le sujet.
- Problématiser : la problématisation consiste à poser des difficultés sous la forme de questions auxquelles il vous faudra répondre au cours de votre travail. Ces questions mettent en crise les notions examinées. Par exemple : vous travaillez sur la connaissance de soi. Il paraît évident que la conscience de soi nous renseigne sur nous-même. Mais la conscience n'est pas la connaissance ; voilà donc une problématique que l'on peut formuler ainsi : la conscience que nous avons de nous-mêmes nous permet-elle de nous connaître ?
- Annoncer le plan : évitez les annonces scolaires du type : dans une première partie... dans une autre... Vous pouvez annoncer votre plan sous forme de questions : ceci est-il cela, ceci est-il un problème pour ce que nous examinons ; nous verrons ensuite s'il est possible ; puis nous chercherons ceci ou cela. Vous n'êtes pas obligé de dévoiler tout votre plan : indiquez les grandes lignes et cela suffira.
[modifier] Le développement
Il existe plusieurs types de plan. Avant de connaître ces types, la question essentielle est : selon quels critères dois-je construire un plan ? La réponse est très simple : le plan doit correspondre à l'articulation des problèmes que vous posez d'après le sujet.
Le plan le plus simple que vous pouvez adopter si vous ne trouvez pas d'autres solutions, est le plan dialectique répondant surtout à un sujet sous forme de question :
- Première partie : examen de la thèse
- Deuxième partie : examen des limites de la thèse
- Troisième partie : résolution du conflit
Il faut prendre cependant garde à ne pas adopter un plan contradictoire : dire "oui" puis "non" puis "oui et non" n'est pas valable dans une dissertation. Tout en ayant sa propre unité, chaque partie doit présenter une certaine continuité avec ce qui la précède et ce qui la suit : la dissertation doit être progressive.
Mais ce plan comporte néanmoins des pièges difficiles à éviter pour un débutant : le plus important se trouve dans la troisième partie, où il s'agit de produire une véritable synthèse, ce qui demande une solide réflexion ; par exemple : peut-on réduire l'amour à une pulsion animale ?
- oui, car l'amour est la spiritualisation de l'instinct ;
- non, car il existe de nombreuses formes d'amour (amour intellectuel, amour de Dieu, etc) ;
- résolution : l'amour a bien une origine animale, mais les formes qu'il prend ne sauraient se comprendre uniquement d'après cette origine.
Comme vous pouvez le voir, la réponse n'est ni oui, ni non, mais n'est pas non plus un peut-être évasif : elle reprend certains aspects du oui et du non, et produit une synthèse qui est une véritable réponse.
[modifier] La conclusion
- Récapituler : une brève synthèse de ce que vous avez aquis au cours de votre réflexion :
- qu'avons-nous trouvé ?
- par exemple : nous avons commencé par examiner telle question, et nous avons trouvé que la conscience diffère de la connaissance dans la mesure où etc.
- quelles questions avons-nous résolues, quelles questions demeurent sans solutions ?
- qu'avons-nous trouvé ?
- Conclure en répondant à la question : relisez l'introduction, et répondez aux questions que vous avez posées et répondez au sujet.
- Attention : une réponse ne veut pas dire que vous devez avoir la solution de tous les problèmes : une réponse peut être un constat d'aporie, i.e. que l'on ne sait pas comment répondre à la question. C'est une réponse philosophique à part entière. Mais surtout, expliquez bien pourquoi vous ne pouvez répondre. Par exemple : cela dépasse nos capacités de connaissance (mais alors, de quelle manière).
- Evitez les ouvertures en fin de conclusion. Ces ouvertures sont trop souvent des pièges où l'on tombe dans des généralités qui affaiblissent la qualité de la conclusion.
[modifier] Comment s'organiser ?
Il n'y a pas d'organisation incontournable. Mais des conseils de bon sens peuvent être donnés :
- Lire le sujet :
- S'il s'agit d'un ensemble de notions, le premier travail consiste à noter l'ensemble des notions qui s'y rattachent. Exemple : conscience > esprit > pensée > sujet, etc. Mais il faut noter également les contraires : inconscient, inconscience, etc. Cela vous évitera de commettre des contre-sens, et vous permettra de traiter un sujet de la manière la plus complète possible.
- Travailler au brouillon : bien souvent, le plus pratique consiste à écrire les grandes lignes du développement, puis à rédiger soigneusement l'introduction une fois seulement que votre travail de réflexion est achevé.
- Rédiger proprement une introduction : une bonne introduction montre votre compréhension du sujet. C'est pourquoi vous pourrez avoir la moyenne, alors même que votre développement serait médiocre.
- Rédiger le développement directement sur votre copie à partir du plan développé au brouillon.
[modifier] Notation et progression
[modifier] Objectivité de l'évaluation
Contrairement à une idée reçue, l'évaluation d'une dissertation philosophique n'est pas le fruit du hasard, de l'humeur du professeur, ou de tout autre critère arbitraire et extérieur au devoir qui est corrigé. Les notes ne présentent pas non plus de grandes variations selon le professeur qui fait l'évaluation, à supposer bien entendu que celui-ci fasse bien son travail. Pour s'en convaincre, il suffit d'interroger les membres d'un jury de philosophie : ceux-ci notent séparément les mêmes copies, puis se réunissent pour harmoniser les notes. L'expérience prouve que ces notes sont rarement très différentes. Cette observation peut être également confirmée par tout élève qui rédige des dissertations : si vous avez bien assimilé les règles de la dissertation, et si vous vous exercez à porter un regard critique sur votre travail, vous serez en mesure de dire approximativement quelle note vaut votre devoir.
[modifier] Les remarques du professeur
L'évaluation de la dissertation ne se traduit pas seulement par une note, mais aussi par des commentaires écrits en marge par le professeur. Ces commentaires peuvent être critiques ou au contraire souligner ce qui est réussi. Il est donc important de faire deux choses pour progresser :
Se relire en cherchant à comprendre pourquoi un passage est mauvais d'après le professeur ; au besoin, allez le voir et lui demander des explications ;
Relire régulièrement les bons passages et les prendre pour modèle.
Dans tous les cas, relire des copies corrigées est un exercice à part entière qui permet de progresser très vite.
[modifier] Barème
Puisque la notation en philosophie n'est pas arbitraire, on peut fournir un barème qui se retrouve à peu de choses près du lycée à l'université. En voici les grandes lignes.
En dessous de 8/20, la copie est mauvaise. Le rédacteur ne maîtrise pas l'exercice, a commis un hors-sujet massif tout au long de son travail ou n'a pas compris le sujet, ce qui revient souvent au même.
De 8 à 10, la copie témoigne d'une faible maîtrise de l'exercice et comporte des lacunes ou des erreurs graves, comme un sujet mal posé, même s'il est à peu près compris, quelques passages hors-sujet, une argumentation trop succincte, ou encore des analyses de notions insuffisantes ou inexistantes.
De 10 à 12, la copie est médiocre, mais présente quelques bonnes qualités. Par exemple, le sujet est bien compris, mais l'argumentation manque de clarté, présente quelques lacunes ou n'est pas suffisamment développée. Bien souvent, l'obtention d'un 12 signifie que l'on a commis des erreurs faciles à corriger.
De 12 à 14, c'est une bonne copie. 12 devrait être la note minimale d'un élève qui maîtrise bien la méthode et qui ne commet pas de fautes graves. 14 suppose qu'en outre le sujet soit bien posé et bien traité tout au long du devoir, même quelques petits défauts ponctuels peuvent se trouver. 14 est une très bonne note et un étudiant qui se situerait à ce niveau tout au long de ses études possède une maîtrise de l'argumentation et une intelligence philosophique qui le situent parmi les meilleurs élèves.
Les notes au dessus de 14 témoignent d'une complète maîtrise de tous les aspects de la dissertation et d'un traitement solide du sujet.
Les notes au dessus de 16 sont très rares, et on touche ici à l'excellence : connaissance approfondie d'un sujet et sans faute.