Photographie/10 - Physicochimie des émulsions photographiques/La sensibilisation chromatique

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Chapitre 10 - Physicochimie des émulsions photographiques

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Les émulsions ordinaires ne sont naturellement photosensibles que dans la zone de longueur d'ondes correspondant à l'absorption de la lumière par les halogénures d'argent. Elles ne sont donc capables d'enregistrer que les radiations ultraviolettes, violettes et bleues. La sensibilisation aux autres radiations nécessite l'incorporation aux couches sensibles de colorants spéciaux appelés sensibilisateurs.


Le phénomène de la sensibilisation chromatique a été découvert par Vogel, en 1873, sur des plaques teintées à la coralline. Plus tard, Becquerel utilisa la chlorophylle, mais c'est surtout l'éosine, colorant rouge absorbant le vert, qui permit à Taillefer et Clayton, à la suite des travaux de Waterhouse, de mettre en vente les premières émulsions sensibles au vert. L'érythrosine, introduite en 1884 par Eder, marqua un progrès décisif et fut pendant fort longtemps le seul colorant utilisé dans la fabrication des plaques dites orthochromatiques, c'est-à-dire sensibles au violet, au bleu et au vert.


La fabrication des premières émulsions panchromatiques sensibles a toutes les couleurs a été rendue possible par les travaux d'Homolka qui a introduit en 1905 le premier colorant sensibilisateur pour le rouge, le pinacyanol. Depuis, des progrès considérables ont encore été accomplis et l'on utilise toute une série de colorants dérivés de la cyanine : isocyanines, pseudocyanines, carbocyanines, merocyanines, etc. qui permettent une sensibilisation générale jusque dans le proche infrarouge ou encore une sensibilisation dans un domaine spectral spécifique comme celles que l'on pratique pour les différentes couches des émulsions en couleurs.


Les colorants sont des composés qui comportent dans leurs molécules un certain nombre de groupements d'atomes dits chromophores, capables de déplacer les bandes d'absorption de la molécule de base. De tels groupements peuvent être par exemple le groupement azoïque -N=N-, le groupement nitro -NO2, etc. Lorsque plusieurs groupements chromophores sont unis dans la même molécule, leur action est généralement renforcée. On appelle chromogènes les molécules colorées contenant des groupes chromophores, et auxochromes les groupements d'atomes non chromogènes mais capables de renforcer l'action de ces derniers. La profondeur de la couleur est généralement d'autant plus grande que la molécule de base est plus alourdie. On distingue ensuite dans les séries de colorants ceux qui sont acides et ceux qui sont basiques.


Sans entrer dans le détail du mécanisme de la sensibilisation chromatique, on peut indiquer qu'un colorant bleu, par exemple, dont la bande d'absorption se situe essentiellement dans le rouge, ne pourra être éventuellement un sensibilisateur actif que pour cette dernière couleur. Toutefois, le maximum de la région de sensibilisation est en général décalé vers les grandes longueurs d'onde par rapport au maximum d'absorption.

Chapitre 10 - Physicochimie des émulsions photographiques