Photographie/Thèmes/Le portrait

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[modifier] Généralités

« Le portrait, c'est nous-mêmes, et c'est pour cela qu'il nous intéresse si profondément », écrivait en 1968 le regretté Daniel Masclet.
Et il ajoutait : « Jetons un coup d'œil sur un kiosque à journaux ou sur la devanture d'une librairie : nous y voyons des centaines, si ce n'est des milliers de magazines, périodiques, revues de toutes sortes, et que constatons-nous ? Que neuf fois sur dix la "couverture", c'est-à-dire la page principale, est recouverte d'un portrait, et huit fois sur neuf, d'un portrait de jolie femme ! Qu'est-ce à dire ? Est-ce que ce ne seraient pas là des portraits, et souvent même des meilleurs ? Oh ! Certes, ce ne sont plus des portraits à l'ancienne manière : appel au photographe, allô, je voudrais avoir des portraits, pourrais-je prendre un rendez-vous, etc. Cela se passait à une époque où le photographe, collé dans son atelier comme le papier sur les murs, se bornait à "attendre" les clients éventuels ! Non ! Ce portrait-là, rituel et classique en 1900, est à peu près mort, en effet, aujourd'hui ... Aujourd'hui, on continue, certes, à faire des portraits, mais on les prend partout, ici, là, ailleurs : en avion, dans une boîte de nuit, sur une plage, dans une chambre d'hôtel, sur un "plateau", ou dans la rue ! Et il y en a des milliers ainsi pris chaque jour. Non, le portrait n'est pas mort ! Mais il est influencé par le cinéma, la mode, le reportage, et ce sont là de bonnes influences, animées, vivantes, pas décrépites comme le "portrait professionnel classique" ! Celui-ci a eu son temps et ses gloires. Le nouveau portrait a les siennes, et il est plus vivant et plus nombreux que jamais ».

Nous avons ici l'un des thèmes photographiques favoris de nombreux photographes. Même les débutants armés d'appareils photo « à usage unique » trouveront probablement beaucoup de portraits parmi leurs travaux. C'est simple : nous voulons tous conserver la mémoire des êtres chers et pour ce faire, la photographie est un moyen privilégié. Le portrait peut également être une activité lucrative car beaucoup de gens souhaitent obtenir d'eux-mêmes des images de bonne qualité. La photographie de portrait peut donc être une activité simple ou au contraire très élaborée, selon le but poursuivi, et avec un peu de pratique on peut obtenir d'excellents résultats.

Lorsque l'on presse le déclencheur pour enregistrer l'image d'une personne, la prise de vue peut être spontanée ou au contraire soigneusement préparée, tout dépend des circonstances. La personne photographiée peut poser de façon très formelle, regardant directement dans l'objectif, ou au contraire être saisie à son insu au cours d'une de ses activités favorites, de façon très informelle. En studio les photographies restent le plus souvent formelles, les défauts ne peuvent guère être pardonnés puisque le photographe a normalement tous les éléments ou presque en main, si l'on peut dire, mais des photos prises sur le vif peuvent donner des résultats très intéressants et souvent inattendus, ce qui leur donne un autre charme malgré d'éventuelles imperfections.

La photographie de portrait au niveau professionnel impose de posséder un studio et des équipements de qualité aussi bien pour la prise de vue que pour l'éclairage. Ce dernier est essentiel pour un bon rendu des tons de la peau et surtout pour une bonne répartition des ombres et des lumières. Une lumière mal dirigée peut provoquer l'apparition d'ombres désagréables, donner l'impression que la personne photographiée a vieilli ou même aboutir à de véritables caricatures. Cependant, l'éclairage et plus généralement la technique, s'ils sont indispensables, ne permettent pas à eux seuls de conférer à l'image les qualités émotionnelles sans lesquelles il n'existe guère de portrait de qualité. C'est ici que la créativité et la sensibilité du photographe deviennent primordiales.

La photographie de portrait peut relever du défi lorsque l'on doit représenter des personnes qui n'aiment pas leur propre apparence. Souvent, les photos que préféreront ces personnes ne sont pas celles que le photographe considérera comme étant les meilleures d'une séance de prise de vues et ces dernières devront parfois être détruites sur demande des modèles, dont le choix doit être respecté malgré la frustration qu'il peut entraîner. Comme dans d'autres domaines, la photographie numérique apporte ici un grand avantage, puisque l'on peut montrer les photographies aux modèles pendant la prise de vue elle-même. On gagne du temps en évitant de photographier les modèles sous des angles qu'ils, ou elles, n'apprécient pas et cela permet de discuter et d'affiner le « cahier des charges ». Qu'elle soit pratiquée au niveau amateur ou au niveau professionnel, la photographie de portrait peut devenir une activité passionnante ...

[modifier] Catégories de portraits

Cadre plan.png

Qu'il s'agisse d'un plan large ou d'un plan serré, la « mission » d'un portrait est avant tout de montrer une ou plusieurs personnes de façon que l'on puisse les reconnaître. En conséquence, les photographies de portraits montrent toujours au moins les visages des personnes représentées.

  • portrait en pied ou équivalent : le modèle figure entièrement sur la photographie, « des pieds à la tête ».
  • plan « italien » : les pieds sont supprimés au cadrage.
  • plan « américain » : le modèle est coupé à mi-cuisse.
  • plan « taille » : la coupure se fait au niveau des hanches.
  • plan « poitrine » : la coupure est faite en-dessous du thorax, ce qui correspond à peu près aux « bustes » des sculpteurs, à ceci près que les bustes ne montrent pas les bras.
  • gros plan : on ne voit plus que le visage, le cou et l'amorce des épaules, c'est ce que les anglo-saxons appellent « head-shot ».
  • très gros plan : le visage est cadré très serré et parfois on ne le montre qu'en partie.

[modifier] Portraits où les personnes sont représentées en totalité

Nous atteignons ici les limites du sujet : par exemple, un nu académique où la mise en valeur du visage est explicitement recherchée relève encore du portrait mais pas un nu où le visage serait caché ou maintenu dans la pénombre. Le décor prend toujours une certaine importance et joue un rôle variable selon la volonté du photographe et/ou du modèle.

Le portrait « en situation », que les anglo-saxons appellent « environmental portrait », montre la personne dans un cadre où elle joue un rôle, se consacre à un travail ou se livre à une activité ludique. De tels portraits « racontent véritablement des histoires » ; ils sont communément utilisés dans le domaine du photojournalisme pour montrer des aspects de la vie de personnages intéressants et se prêtent très bien à la photographie en noir et blanc car la couleur apporte des éléments perturbateurs qui tendent à détourner le regard de l'essentiel.

Portrait de groupe de la famille du tsar Nicolas II, 1910
Portrait en pied du professeur Emanuel Olde, par Mats Hansen, vers 1885
Portrait en pied de la chanteuse d'opérette Fritzi Massary, 1909
Portrait de l'architecte Frank Gehry par Susan King, 1987. Le point de vue abaissé renforce la prestance du personnage
Le champion de ski nautique Giancarlo Cosio en pleine action, par Matteo Luzzeri, 2007
Le modèle gallois Lexy Johnson, 2007. Il s'agit évidemment d'un nu, mais le spectateur rencontre inévitablement le regard intense de la jeune femme, ce qui en fait aussi un portrait.

[modifier] Plans moyens

Les anglo-saxons parlent de « upper body shots » ou de « midrange portraits ». L'image est un peu moins centrée sur la personne elle-même que pour les gros plans et il est plus facile d'obtenir de bons résultats que dans le cas de gros plans, car le modèle est placé plus loin de l'appareil et l'on peut donner une certaine importance au fond. Celui-ci doit être particulièrement soigné et ne présenter aucun défaut qui, en attirant le regard, nuirait aux intentions qui sont avant tout de représenter une personne. Là encore un petit téléobjectif assez lumineux est souvent le meilleur choix mais lorsque des portraits en plan moyen incluent un couple ou plusieurs personnes il est souvent nécessaire de raccourcir quelque peu la focale.

double portrait en buste par Jason Regan, 2006


[modifier] Visages ou « gros plans »

C'est ce que l'on appelle « close-ups » dans les pays anglo-saxons. Le cadrage est fait sur le visage et les épaules, ou sur le visage seul. C'est évidemment le visage qui constitue le sujet principal et il est primordial d'obtenir les meilleures expressions possibles de la part du modèle, qui doit avant tout se sentir à l'aise devant l'appareil. Quand les gens essaient de sourire ou de se donner telle ou telle expression, cela donne en général des portraits qui ne sont pas « naturels ».

Il est nécessaire de capturer, de « prendre » au sens littéral du terme, ce qui fait l'essence même de la personne photograhiée, et cela marche mieux lorsque celle-ci cesse de concentrer son attention sur l'appareil. Les photographes ont diverses méthodes pour arriver à ce résultat. L'une d'elles consiste à prendre une image lorsque le modèle fait un effort pour sourire, puis plusieurs autres lorsqu'il se relâche. Une autre est de raconter des blagues qui détendent l'atmosphère. L'idéal est d'arriver à déclencher lorsque le modèle regarde le photographe et oublie un peu l'appareil.

La qualité de la lumière est primordiale pour la réussite d'un portait. En général la source lumineuse est placée latéralement et un peu plus haute que le visage. En extérieur il vaut mieux opérer à l'ombre ou par temps nuageux car la lumière directe du soleil donne souvent des expressions plus ou moins grimaçantes et des ombres brutales. La lumière diffuse estompe les petits défauts et donne du modelé aux visages.

D'une manière générale le sujet doit être plus lumineux que le fond et celui-ci gagne à être flou, de cette manière les visages sont mieux mis en valeur. On recherchera donc une faible profondeur de champ. Les objectifs de courte focale ont tendance à exagérer les proportions des éléments les plus proches, ce qui donne facilement « un gros nez et des petites oreilles perdues dans les lointains ». Un petit téléobjectif (90 mm par exemple pour le 24 x 36) donne en général les meilleurs résultats, pourvu qu'il soit suffisamment lumineux et de bonne qualité dès la pleine ouverture, afin de pouvoir ouvrir le diaphragme pour faire chuter la profondeur de champ sans que l'image soit dégradée.

[modifier] Quelques trucs en vrac

[modifier] Choisissez le bon objectif et la bonne focale

On le sait, les règles sont faites pour être transgressées, mais ce n'est peut-être pas une bonne idée quand on débute. Le portrait fait partie des rares domaines photographiques où le choix des distances focales que l'on peut utiliser commodément n'est pas vraiment libre. En effet, la plupart des portraits sont réalisés avec des optiques de type « petit téléobjectif » dont les focales varient, par exemple, de 70 à 100 mm pour le format 24 x 36. D'ailleurs, les objectifs dont la focale est de l'ordre de 85 mm, toujours en 24 x 36, sont parfois appelés « objectifs à portrait ».

En utilisant une focale trop courte par rapport au format de votre surface sensible, vous obtiendrez de votre modèle une image grotesque avec un gros nez et de petites oreilles perdues dans le lointain. Vous ne le remarquez pas dans la vie courante car votre cerveau corrige vos sensations au fur et à mesure, mais lorsque vous regardez une personne de très près, son image fait apparaître un gros nez et de petites oreilles au loin. L'appareil, lui, ne corrige rien, et comme une image réalisée avec un objectif de courte focale est presque toujours regardée de trop loin par rapport à la distance orthoscopique correspondant aux conditions de prise de vue, la perspective n'est pas respectée et le visage semble déformé, dilaté, voire boursouflé. Cet effet est particulièrement marqué en-dessous de 50 mm avec un appareil 24 x 36 et s'atténue beaucoup à partir de 70 mm.

Si vous avez du mal à vous débarrasser d'un modèle devenu un peu trop « collant », essayez de l'immortaliser à bout portant avec un super grand angulaire ;-)). Ça ne marche sûrement pas à tous les coups, mais à l'ère du numérique ça ne coûte rien d'essayer. Bonne chance !

Une focale trop longue vous éloignera trop de votre modèle, rendra la mise au point plus difficile et augmentera le risque de flou de bougé. Dans certains cas, elle donnera en outre un effet assez désagréable de tassement des plans. Malgré tout, certains photographes tiennent à augmenter la distance qui les sépare de leur modèle et en conséquence ils choisissent des focales de 150 ou même 200 mm.

En 24 x 36 les focales considérées comme étant les mieux adaptées au portrait peuvent aller de 75 à 120 mm, elles correspondent à la plus longue focale de la plupart des appareils compact munis d'un zoom d'amplitude x3. Si vous avez ce type d'appareil, allongez la focale au maximum, regardez ce que cela donne et si nécessaire réduisez un peu. Si le zoom a une amplitude beaucoup plus grande, utilisez-le à mi-course. Si cette gamme de focales (il vaudrait mieux parler d'une gamme d'angles de prise de vue) est sans aucun doute la plus utilisée, ce n'est évidemment pas par hasard. D'une part elle conduit le photographe à garder une certaine distance par rapport à son modèle, ni trop petite, ni trop grande, disons de 2 à 4 m selon le cadrage choisi ; d'autre part, et c'est sans doute le plus important, elle élimine les déformations apparentes des visages regardés de trop près aussi bien que l'effet de tassement des plans que l'on peut reprocher à des focales trop longues.

Nous n'entrerons pas ici dans le débat stérile qui consiste à opposer les tenants du 85 mm à ceux qui ne jurent que par le 100 mm, d'autant que les petits télé-zooms dont beaucoup de photographes sont équipés permettent d'obtenir de bons résultats et de choisir à tout instant la focale la mieux appropriée. Les focales fixes gardent cependant un avantage par rapport à ces petits télé-zooms, dans la mesure où leur plus grande ouverture maximale permet de diminuer la profondeur de champ pour isoler le sujet sur le fond, lorsque celui-ci est trop riche en détails susceptibles de perturber le regard et de détourner l'attention de l'essentiel. Naturellement, vous n'obtiendrez de bons résultats que si vous disposez d'optiques capables de fournir des images de bonne qualité dans la gamme de focales et d'ouvertures que vous comptez utiliser.

Sur les appareils reflex numériques de format APS-C ou voisin, un objectif standard pour le format 24 x 36, par exemple un 50 mm f/1,8, peut être un excellent choix. La focale équivalente de l'ordre de 75 à 80 mm, bien que considérée comme un peu courte, permet de trouver de bons angles de prise de vue tandis que la luminosité élevée facilite le « floutage » du fond. La qualité optique est en général très bonne et le prix reste modéré. Toutefois, la qualité du flou d'arrière-plan, le bokeh, est assez variable selon les modèles.:

Il existe actuellement très peu d'objectifs spécialement conçus pour les portraits et adaptables sur les reflex APS-C.

[modifier] Trouvez le bon éclairage

[modifier] Utilisez au maximum la lumière naturelle

À moins que vous disposiez d'un studio très bien équipé, c'est la lumière naturelle qui vous donnera presque toujours les meilleurs résultats si vous savez bien l'utiliser.

Autant que possible, préférez le matin ou le soir car la lumière solaire directe en milieu de journée est généralement peu favorable. Vers midi, en été, les rayons du soleil tombent de très haut sur votre modèle, ce qui engendre des ombres aux contours nets, souvent très disgracieuses. Les contrastes beaucoup trop importants donnent des images qui présentent de vastes zones sur-exposées et/ou sous-exposées dont on ne peut rien tirer de bon. En prime, il est probable que votre modèle ébloui ou au moins fortement gêné par la lumière trop intense va plus ou moins faire la grimace.

La plus efficace et la moins chère des boîtes à lumière est un gros cumulus bien blanc ou même un temps carrément couvert. Recherchez cet éclairage diffus qui vous donnera les clichés les plus doux et les ombres les plus agréables. Vous pourrez également obtenir de votre modèle des expressions beaucoup plus naturelles. En l'absence de nuages, essayez d'opérer dans des conditions d'« ombre découverte » ; si vous ne photographiez pas en mode RAW, pensez alors à régler la balance des couleurs de votre appareil sur la position « ombre » (shade) ou mieux, faites une mesure plus précise sur un papier blanc, car la qualité de la lumière peut varier très sensiblement selon que le ciel est bleu intense ou plus ou moins laiteux.

Si vous ne pouvez pas éviter la lumière solaire brutale, soignez avant tout l'orientation du visage de votre modèle de façon à limiter les dégâts provoqués par les ombres brutales. Essayez pas tous les moyens de trouver des surfaces servant de réflecteurs, un mur blanc par exemple, une grande feuille de carton, un panneau de polystyrène, une camionnette de livraison ou encore un réflecteur du commerce. En portant une chemise blanche, comme faisait Jean Dieuzaide, vous serez vous-même un réflecteur relativement efficace. On recommande parfois une disposition telle que le photographe ait le soleil dans le dos, mais il faut alors que le modèle regarde plutôt de côté que dans l'objectif. Un petit coup de flash permet aussi de déboucher les ombres et d'augmenter la luminosité moyenne de votre modèle par rapport à l'environnement, mais il ne faut sans doute pas abuser de cet expédient.

[modifier] Utilisez intelligemment le flash

Le petit flash des appareils compacts ne donne jamais de bons résultats, il faut surtout le considérer comme un éclairage de secours ou une lumière d'appoint. L'idéal est évidemment de disposer d'une installation de flashes dans un studio mais ce n'est évidemment pas toujours possible. Il faut de toute manière éviter la lumière directe du flash et, si l'on dispose d'une torche dont le réflecteur est orientable, il faut en utiliser la lumière réfléchie sur un mur clair ou sur le plafond.

En intérieur, l'usage d'un flash unique, surtout s'il est intégré à l'appareil, vous donnera un éclairage à la fois très plat et très dur qui transformera très probablement le visage de votre dulcinée en fromage blanc, avec d'un côté ou de l'autre des ombres très marquées et désagréables. C'est vraiment une situation qu'il faut éviter à tout prix !

En revanche, si vous photographiez en extérieur, et surtout en plein soleil, l'usage d'un flash est hautement recommandable. En éclaircissant les ombres trop dures, il donne un peu plus de modelé aux visages et permet d'éclaircir légèrement le sujet principal par rapport au fond, ce qui le met mieux en valeur. Encore faut-il que l'appareil permette de faire le bon dosage entre l'éclair et la lumière ambiante.

Pour photographier au flash avec un appareil compact, on recommande parfois de tenir l'appareil à l'envers, de façon que la lumière ne vienne pas par-dessus, mais par-dessous. Les yeux sont alors mieux éclairés, les cernes très fréquents sont estompés. Certains visages se prêtent mieux que d'autres à cette méthode, il faut faire des essais.


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[modifier] Occupez-vous du modèle

[modifier] Tentez de traduire sa vraie personnalité

Pour certains portraitistes professionnels, le but principal est de gagner de l'argent. Pour les artistes photographes, le but est de faire apparaître la vraie personnalité du modèle. Les très grands portraitistes ont toujours su capturer cette personnalité, « prendre » les bonnes expressions, et vivre de ce travail.

  • renseignez-vous : avant de commencer les prises de vues, posez des questions à votre modèle et prenez le temps d'écouter attentivement les réponses. Est-il du genre tranquille ou agité ? Préfère-t-il la lecture ou les sports violents ? Est-il pudique ou un brin exhibitionniste ? Cela vous aidera à trouver un décor et un style appropriés aux prises de vues.
  • sachez observer : en discutant avec votre modèle, essayez de déceler des indices révélateurs de ses préférences ou de sa manière d'être. Vous montre-t-il plutôt l'un des côtés de son visage plutôt que l'autre ? A-t-il tendance à baisser le regard ou à cligner des yeux ? Préfère-t-il une expression sérieuse ou plus souriante ?
  • prenez vos responsabilités : l'expression « prendre une photographie » dit bien ce qu'elle veut dire, mais vous ne réussirez à prendre d'un modèle que ce que celui-ci voudra bien vous donner. C'est à vous de faire en sorte qu'il donne le meilleur de lui-même ; il faut donc susciter les émotions que vous souhaitez traduire, parler et rire avec votre modèle, l'amuser, maintenir son attention et le mettre à l'aise pour qu'il puisse apparaître tel qu'il puisse aimer sa représentation photographique.

Cette démarche est fondamentalement différente de celle des photographes de mode. Observez les photographies sur papier glacé des magazines, en particulier féminins, vous verrez que les modèles ne laissent généralement rien transparaître de leur personnalité. C'est normal, car le but est de montrer des vêtements ou des accessoires pour lesquels les mannequins ne sont que de simples porte-manteaux, agréables à regarder certes, mais porte-manteaux tout de même. Nous sommes là aux antipodes du portrait.


Le modèle Fiona montre un visage vide de toute expression lors d'un défilé de mode. C'est le vêtement que l'on doit remarquer, pas la jeune femme qui le remplit.
C'était vrai, déjà, en 1914 !
Des goûts et des couleurs, on ne discute pas, c'est bien connu ! On peut donc aimer passionnément cette photographie, son style, ou au contraire la détester, lui trouver des défauts techniques, etc. Mais force est de constater que ce portrait particulièrement dynamique est plein de vie.

[modifier] Mettez votre modèle à l'aise

Une personne photographiée peut se sentir intimidée, surtout si elle a l'impression que l'on veut lui « voler » son image. Il n'est pas mauvais qu'un photographe essaie de se faire tirer le portrait, histoire de comprendre ce que peut ressentir son modèle. Mettre la personne photographiée à l'aise est certainement la première chose à faire si l'on veut obtenir des poses naturelles et des expressions spontanées. L'idéal serait que le photographe puisse se faire oublier mais ce n'est pas toujours facile, surtout dans le cas de photos posées en studio.

Les appareils numériques permettent de multiplier les prises de vues sans alourdir les budgets. Ne restez pas trop longtemps sans déclencher, au contraire, prenez périodiquement des photos même si vous savez que vous ne les garderez pas par la suite. En effet, plus l'intervalle entre les prises de vue s'allonge, plus le modèle est tendu ; des déclenchements fréquents contribuent donc à rendre l'ambiance plus conviviale. Il faudra bien sûr trier plus sévèrement par la suite, mais le bon photographe se reconnaît, entre autres, à ses capacités de discernement.

La possibilité de cadrer en utilisant l'écran à la place du viseur permet d'opérer « à visage découvert », comme on pouvait le faire avec les appareils reflex à deux objectifs ; les rapports avec le modèle s'en trouvent grandement facilités. Depuis 2007 la plupart des appareils reflex numériques offrent cette possibilité auparavant réservée aux appareils numériques compacts et aux « bridges » (mode « live view »).

[modifier] Réduisez la profondeur de champ

Lorsque l'on fait un portrait, la « star » est le modèle et pas le décor qui l'entoure. Une faible profondeur de champ permet d'isoler le sujet principal lorsque l'environnement est trop riche en détails susceptibles de nuire à la lisibilité de l'image. La seule façon de faire consiste à ouvrir le diaphragme au maximum, de façon que le fond devienne flou. Le mode « portrait » des appareils numériques joue beaucoup sur cet effet mais il faut surveiller la mise au point pour éviter qu'elle se fasse ailleurs que là où vous voulez. Depuis 2007 beaucoup d'appareils sont capables de reconnaître les visages, ce qui à cet égard facilite grandement les choses.

Naturellement, les éléments que l'on veut rendre flous ne doivent pas se trouver dans le même plan que le modèle, sans quoi ils seraient mis au point en même temps que lui. D'une manière générale, il faut éloigner le modèle du fond, surtout si l'on opère avec un appareil équipé d'un capteur de petites dimensions qui a tendance à augmenter la profondeur de champ.

Si l'on ne dispose pas d'un mode portrait, alors il faut passer en mode « priorité au diaphragme » de façon à utiliser une ouverture relativement grande, éventuellement proche de l'ouverture maximale permis par l'objectif. Cette façon de faire évite bien des corrections lors du traitement ultérieur des images, il est toujours préférable de passer plus de temps à travailler ses prises de vue sur le terrain qu'à s'abîmer les yeux sur un écran d'ordinateur.

[modifier] Supprimez ou atténuez les reflets

Malgré toutes les précautions prises, il est probable que vous ne pourrez pas éviter quelques petits reflets désagréables et autres zones trop claires sur le visage de votre modèle. N'hésitez pas à les corriger à l'aide de votre logiciel de traitement d'image préféré. L'outil tampon vous permet de récupérer de la « matière » dans les zones correctement exposées pour la décalquer là où c'est souhaitable. Pour éviter que l'opération soit trop brutale, un peut conseiller de régler l'opacité ou la transparence aux environs de 50 %, valeur que l'on pourra bien entendu faire varier en plus ou en moins selon les nécessités locales.

[modifier] Soignez la composition et faites attention aux « détails »

[modifier] Les épaules et le cou

Les épaules ne sont généralement pas essentielles pour donner une expression à un portrait, mais cela ne les empêche pas d'occuper une surface souvent très importante sur les photographies. Lorsque vous réalisez des gros plans, mieux vaut généralement que les épaules se trouvent en biais par rapport à l'appareil, plutôt qu'elles soient placées de face, dans un plan perpendiculaire à l'axe optique. En tournant ainsi le corps du modèle par rapport à la direction de la prise de vue, vous obtiendrez un meilleur relief et des photographies moins « figées » ; il vous faudra toutefois faire attention à ne pas provoquer la formation de plis disgracieux au niveau du coup, à moins que vous choisissiez de les cacher par quelques mèches de cheveux.

Veillez toutefois à ce que l'une des épaules ne paraisse pas plus basse que l'autre et donc méfiez-vous quelque peu des prises de vues en plongée ou en contre-plongée. Attention aussi qux épaules nues en premier plan. Quand la focale de l'objectif est trop courte, elles semblent exagérément grossies par rapport au reste du corps. De plus elles sont souvent d'une tonalité plus claire que le visage du modèle car elles sont moins exposées à la lumière dans la vie courante et si elles se trouvent trop éclairées, alors on obtient une grande tache claire qui tend à éclipser le visage.

Portrait de l'actrice états-unienne Clara Bow par Nicholas Murray. Le haut du corps est orienté en biais et le visage tourné vers la droite. Cette position crée facilement des plis au niveau du cou lorsque l'angle de rotation est trop fort
Portrait de l'actrice états-unienne Alicia Silverstone par Jerry Avenaim. L'épaule gauche est certes au premier plan, mais son importance est quelque peu limitée à l'avant par une zone d'ombre assez large et vers l'arrière par une bretelle. Un léger pli apparaît au niveau du coup et d'autres sont peut-être dissimulés sous les cheveux.
Portrait de Charles Baudelaire par Étienne Carjat. La position est parfaitement classique et l'accent est mis habilement sur l'expression du visage
L'actrice Debra Marshall. Les plis du cou sont particulièrement visibles mais heureusement situés un peu dans l'ombre. L'épaule et le dos forment une large surface qui serait vraiment gênante si elle n'était pas un peu moins éclairée que le visage
L'actrice de films pornographiques Isabel Ice, par Aaron Jacob. L'épaule la plus proche de l'appareil semble beaucoup plus basse que l'autre, en raison d'une prise de vue en plongée.
Anine Bing, modèle et chanteuse danoise, par « Magazine Café ». Les épaules vues de face ne sont généralement pas recommandées, mais cela peut être évidemment un choix délibéré. Attention, selon la position des bras, on peut donner assez facilement dans le genre déménageuse de choc.

[modifier] Le portrait en studio

[modifier] Le portrait à l'extérieur

Contrairement à ce qui se passe dans un studio, où le photographe doit en principe tout maîtriser, la prise de vue à l'extérieur suppose que l'on apprenne davantage à compter avec des paramètres aléatoires et plus difficiles à maîtriser. En revanche, les décors et les espaces extérieurs sont plus vastes et surtout plus variés que ceux que l'on peut trouver lorsque l'on est enfermé entre quatre murs. Même si l'on peut lui associer l'éclair d'un flash, il faut bien sûr avant tout compter avec la lumière naturelle et les contrastes parfois très élevés qu'elle engendre.

  • Sélectionnez avec soin la zone de mise au point :
Le fonctionnement des systèmes autofocus est très différent selon les appareils et les options choisies. Dans beaucoup de situations, l'appareil va repérer certains éléments et calculer ses réglages de telle façon que la mise au point soit réalisée sur une distance moyenne pour que tous lesdits éléments soient nets, ce qui va distraire l'attention du spectateur. C'est au photographe, et non à l'appareil, de maîtriser ces éléments.
  • Faites toujours la mise au point sur les yeux :
Dans les diverses langues, les yeux sont le « miroir de l'âme », une « fenêtre vers l'esprit », etc. C'est vers eux que l'on dirige immédiatement le regard lorsque l'on rencontre quelqu'un, surtout si l'on veut engager une conversation avec cette personne. Ils sont toujours les éléments les plus contrastés d'un visage et donc ceux qui paraissent les plus nets. Il doit en être de même pour un bon portrait.
Les meilleurs objectifs pour les portraits sont toujours très ouverts, encore faut-il qu'ils soient bons dès la pleine ouverture. Une ouverture de f/2,8 ou f/4 est hautement souhaitable et ne peut généralement pas être obtenue avec les objectifs à focale variable de bas de gamme réglés sur une focale relativement longue. En opérant à pleine ouverture, le flou d'arrière-plan ou bokeh sera le plus agréable possible et vous éviterez, le cas échéant, les taches polygonales reproduisant la délimitation des faisceaux lumineux par les lamelles du diaphragme.
  • Utilisez le format RAW :
Les fichiers RAW contiennent les données brutes fournies pas le capteur et contiennent donc un maximum d'informations concernant vos images. On peut dire d'une certaine manière que le format RAW est l'équivalent du négatif d'une photographie argentique ; toute conversion dans un autre format, JPEG ou autre, correspond à un développement pas forcément optimum, et faisant généralement perdre une partie des informations. Les dégâts sont encore plus importants lorsque l'on corrige une image JPEG pour la réenregistrer dans le même format, par exemple après avoir fait une correction de la balance des blancs pour supprimer une dominante disgracieuse. L'image RAW autorise toutes les corrections nécessaires de la façon la meilleure et la plus simple possible, après quoi il sera facile de convertir l'image en JPEG afin de l'imprimer ou de la projeter.
Contrairement aux éclairages de studio, la lumière du soleil varie beaucoup selon la saison, l'heure, les conditions météorologiques, etc. À ces variations s'ajoutent celles provoquées par l'environnement : à l'ombre, notre modèle sera éclairé par le ciel bleu, mais aussi peut-être par la lumière jaune renvoyée par un mur crépi ou par la lumière verte provenant d'un rideau d'arbres situé à proximité. Laisser l'appareil se débrouiller en utilisant la balance des blancs automatique est rarement la bonne solution, et les préréglages autres que « lumière du jour » seront rarement adaptés à vos conditions de prise de vue. Si votre appareil ne permet pas d'obtenir des fichiers RAW, la moins mauvaise solution est de rester sur la position « lumière du jour », la meilleure est évidemment d'utiliser l'option « blanc mesuré » offerte par tous les appareils numériques sérieux, en particulier si toute la série de prises de vue doit être réalisée au même endroit.
Les fichiers RAW contenant les données brutes du capteur, ils ne sont pas affectés par les corrections chromatiques provoquées par le réglage de la balance des blancs. Si vous changez à diverses reprises de lieu de prise de vues, commencez chaque série de photographies par une image de réglage où votre modèle tiendra le carton gris à proximité de son visage, de façon qu'il soit éclairé de la même façon que ce dernier. En cliquant sur cette partie de l'image, qui doit évidemment être traduite par du gris, vous équilibrerez les couleurs de vos images de façon quasi immédiate et vous économiserez ainsi des heures de travail fastidieux.


  • Utilisez la bonne vieille « règle du diaphragme 16 » ou un posemètre indépendant :
Elle est rappelée à diverses reprises dans cet ouvrage : en plein soleil à midi, si votre diaphragme est réglé sur f/16, alors le temps de pose de base est l'inverse de la sensibilité ISO du capteur ou de la pellicule. Par exemple, avec 100 ISO, il faut régler la pose sur 1/100 s, pour 800 ISO il faudra adopter 1/800 s, etc. Dans une même série de photographies, d'une image à l'autre, le rendu pourra être différent selon les réactions du système de détermination de l'exposition. En opérant en mode manuel, le rendu sera au contraire identique sur toutes les images. Dans d'autres conditions de lumière, l'usage d'un posemètre indépendant peut se révéler intéressant. Si ce posemètre ne peut travailler qu'en lumière réfléchie, il faut lui donner à mesurer la lumière renvoyée par la charte grise. S'il peut travailler en lumière incidente, il faut l'orienter vers la source lumineuse. Dans les deux cas, le réglage obtenu sera reporté sur l'appareil, qui doit bien entendu être réglé en mode manuel.
  • Emportez un vieux drap et quelques pinces à ressort :
Un bon photographe est presque toujours un bon bricoleur. Une grande pièce de tissu blanc tendue en plein soleil constitue une boîte à lumière excellente et bon marché. Tous les supports sont bons, une branche, une clôture, une voiture éventuellement, ... Des pinces, un peu de ficelle, des pierres trouvées sur place ou tout autre objet pouvant servir au calage est bon à prendre. Si l'on peut, ce drap sera disposé au-dessus du modèle et donnera ainsi une « ombre claire » particulièrement favorable aux prises de vues.
  • Soignez la composition des images et les arrière-plans :
C'est le modèle qui doit être mis en valeur, pas le décor. Veillez donc à éliminer du cadre tous les éléments qui pourraient contribuer à distraire le regard du spectateur, en particulier les lignes fortement marquées, les zones brillantes ou vivement colorées et naturellement tous les objets ou personnages perturbateurs qui n'ont rien à faire dans la composition. Évitez en particulier les éléments verticaux situés juste au-dessus des têtes, qui donnent l'impression d'objets sortant des crânes ou cherchant à y entrer.
  • Prenez du plaisir... :
Même si vous êtes en « service commandé », veillez à ce que la séance de prise de vue ne devienne jamais une tâche contraignante, ni pour vous, ni surtout pour votre modèle. Une séance de portait doit être une partie de plaisir, et cela se sentira immanquablement dans les expressions que vous réussirez à capter !

[modifier] Bibliographie

Index des noms de personnes

Biographies, portfolios, publications, etc.

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  • LOAËC, Ronan .- Le ballet aérien d'un photographe « sculpteur » [photos en noir et blanc de Gérard Cimetière]. In : Photofan, n° 16, 9 juillet 2007, pp. 82-89.
  • MASCLET, Daniel .- Le visage humain. In : Photo-Revue, avril 1968, pp. 183-185.
  • MIELE, Pascal .- Portraits, l'Asie en gros plan [photos de voyage en noir et blanc d'Alain Gaymard]. In : Photofan, n° 12, octobre-novembre 2006, pp. 42-49.

[modifier] Images en attente

Thèmes photographiques