Photographie/Thèmes/Le portrait
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[modifier] Généralités
« Le portrait, c'est nous-mêmes, et c'est pour cela qu'il nous intéresse si profondément », écrivait en 1968 le regretté Daniel Masclet.
Et il ajoutait : « Jetons un coup d'œil sur un kiosque à journaux ou sur la devanture d'une librairie : nous y voyons des centaines, si ce n'est des milliers de magazines, périodiques, revues de toutes sortes, et que constatons-nous ? Que neuf fois sur dix la "couverture", c'est-à-dire la page principale, est recouverte d'un portrait, et huit fois sur neuf, d'un portrait de jolie femme ! Qu'est-ce à dire ? Est-ce que ce ne seraient pas là des portraits, et souvent même des meilleurs ? Oh ! Certes, ce ne sont plus des portraits à l'ancienne manière : appel au photographe, allô, je voudrais avoir des portraits, pourrais-je prendre un rendez-vous, etc. Cela se passait à une époque où le photographe, collé dans son atelier comme le papier sur les murs, se bornait à "attendre" les clients éventuels ! Non ! Ce portrait-là, rituel et classique en 1900, est à peu près mort, en effet, aujourd'hui ... Aujourd'hui, on continue, certes, à faire des portraits, mais on les prend partout, ici, là, ailleurs : en avion, dans une boîte de nuit, sur une plage, dans une chambre d'hôtel, sur un "plateau", ou dans la rue ! Et il y en a des milliers ainsi pris chaque jour. Non, le portrait n'est pas mort ! Mais il est influencé par le cinéma, la mode, le reportage, et ce sont là de bonnes influences, animées, vivantes, pas décrépites comme le "portrait professionnel classique" ! Celui-ci a eu son temps et ses gloires. Le nouveau portrait a les siennes, et il est plus vivant et plus nombreux que jamais ».
Nous avons ici l'un des thèmes photographiques favoris de nombreux photographes. Même les débutants armés d'appareils photo « à usage unique » trouveront probablement beaucoup de portraits parmi leurs travaux. C'est simple : nous voulons tous conserver la mémoire des êtres chers et pour ce faire, la photographie est un moyen privilégié. Le portrait peut également être une activité lucrative car beaucoup de gens souhaitent obtenir d'eux-mêmes des images de bonne qualité. La photographie de portrait peut donc être une activité simple ou au contraire très élaborée, selon le but poursuivi, et avec un peu de pratique on peut obtenir d'excellents résultats.
Lorsque l'on presse le déclencheur pour enregistrer l'image d'une personne, la prise de vue peut être spontanée ou au contraire soigneusement préparée, tout dépend des circonstances. La personne photographiée peut poser de façon très formelle, regardant directement dans l'objectif, ou au contraire être saisie à son insu au cours d'une de ses activités favorites, de façon très informelle. En studio les photographies restent le plus souvent formelles, les défauts ne peuvent guère être pardonnés puisque le photographe a normalement tous les éléments ou presque en main, si l'on peut dire, mais des photos prises sur le vif peuvent donner des résultats très intéressants et souvent inattendus, ce qui leur donne un autre charme malgré d'éventuelles imperfections.
La photographie de portrait au niveau professionnel impose de posséder un studio et des équipements de qualité aussi bien pour la prise de vue que pour l'éclairage. Ce dernier est essentiel pour un bon rendu des tons de la peau et surtout pour une bonne répartition des ombres et des lumières. Une lumière mal dirigée peut provoquer l'apparition d'ombres désagréables, donner l'impression que la personne photographiée a vieilli ou même aboutir à de véritables caricatures. Cependant, l'éclairage et plus généralement la technique, s'ils sont indispensables, ne permettent pas à eux seuls de conférer à l'image les qualités émotionnelles sans lesquelles il n'existe guère de portrait de qualité. C'est ici que la créativité et la sensibilité du photographe deviennent primordiales.
La photographie de portrait peut relever du défi lorsque l'on doit représenter des personnes qui n'aiment pas leur propre apparence. Souvent, les photos que préféreront ces personnes ne sont pas celles que le photographe considérera comme étant les meilleures d'une séance de prise de vues et ces dernières devront parfois être détruites sur demande des modèles, dont le choix doit être respecté malgré la frustration qu'il peut entraîner. Comme dans d'autres domaines, la photographie numérique apporte ici un grand avantage, puisque l'on peut montrer les photographies aux modèles pendant la prise de vue elle-même. On gagne du temps en évitant de photographier les modèles sous des angles qu'ils, ou elles, n'apprécient pas et cela permet de discuter et d'affiner le « cahier des charges ». Qu'elle soit pratiquée au niveau amateur ou au niveau professionnel, la photographie de portrait peut devenir une activité passionnante ...
[modifier] Catégories de portraits et notions fondamentales
[modifier] Visages ou « gros plans »
C'est ce que l'on appelle « close-ups » dans les pays anglo-saxons. Le cadrage est fait sur le visage et les épaules, ou sur le visage seul. C'est évidemment le visage qui constitue le sujet principal et il est primordial d'obtenir les meilleures expressions possibles de la part du modèle, qui doit avant tout se sentir à l'aise devant l'appareil. Quand les gens essaient de sourire ou de se donner telle ou telle expression, cela donne en général des portraits qui ne sont pas « naturels ».
Il est nécessaire de capturer, de « prendre » au sens littéral du terme, ce qui fait l'essence même de la personne photograhiée, et cela marche mieux lorsque celle-ci cesse de concentrer son attention sur l'appareil. Les photographes ont diverses méthodes pour arriver à ce résultat. L'une d'elles consiste à prendre une image lorsque le modèle fait un effort pour sourire, puis plusieurs autres lorsqu'il se relâche. Une autre est de raconter des blagues qui détendent l'atmosphère. L'idéal est d'arriver à déclencher lorsque le modèle regarde le photographe et oublie un peu l'appareil.
La qualité de la lumière est primordiale pour la réussite d'un portait. En général la source lumineuse est placée latéralement et un peu plus haute que le visage. En extérieur il vaut mieux opérer à l'ombre ou par temps nuageux car la lumière directe du soleil donne souvent des expressions plus ou moins grimaçantes et des ombres brutales. La lumière diffuse estompe les petits défauts et donne du modelé aux visages.
D'une manière générale le sujet doit être plus lumineux que le fond et celui-ci gagne à être flou, de cette manière les visages sont mieux mis en valeur. On recherchera donc une faible profondeur de champ. Les objectifs de courte focale ont tendance à exagérer les proportions des éléments les plus proches, ce qui donne facilement « un gros nez et des petites oreilles perdues dans les lointains ». Un petit téléobjectif (90 mm par exemple pour le 24 x 36) donne en général les meilleurs résultats, pourvu qu'il soit suffisamment lumineux et de bonne qualité dès la pleine ouverture, afin de pouvoir ouvrir le diaphragme pour faire chuter la profondeur de champ sans que l'image soit dégradée.
[modifier] Plans moyens
Les anglo-saxons parlent de « upper body shots » ou de « midrange portraits ». L'image est un peu moins centrée sur la personne elle-même que pour les gros plans et il est plus facile d'obtenir de bons résultats que dans le cas de gros plans, car le modèle est placé plus loin de l'appareil et l'on peut donner une certaine importance au fond. Celui-ci doit être particulièrement soigné et ne présenter aucun défaut qui, en attirant le regard, nuirait aux intentions qui sont avant tout de représenter une personne. Là encore un petit téléobjectif assez lumineux est souvent le meilleur choix mais lorsque des portraits en plan moyen incluent un couple ou plusieurs personnes il est souvent nécessaire de raccourcir quelque peu la focale.
[modifier] Portraits en pied ou équivalents
Celle fois la personne est représentée en totalité, le décor prend encore davantage d'importance et joue un rôle variable selon les intentions. Nous atteignons ici les limites du sujet : par exemple, un nu académique où l'expression du modèle est explicitement recherchée relève encore du portrait mais pas un nu où le visage serait caché. Le portrait « en situation », que les anglo-saxons appellent « environmental portrait », montre la personne dans un cadre où elle joue un rôle, se consacre à un travail ou se livre à une activité ludique. De tels portraits « racontent véritablement des histoires » ; de tels portraits sont communément utilisés dans le domaine du photojournalisme pour montrer des aspects de la vie de personnages intéressants, ils se prêtent très bien à la photographie en noir et blanc car la couleur apporte des éléments perturbateurs qui tendent à détourner le regard de l'essentiel.
[modifier] Quel objectif faut-il choisir ?
On le sait, les règles sont faites pour être transgressées, mais ce n'est peut-être pas une bonne idée quand on débute.
Le portrait fait partie des rares domaines photographiques où le choix des distances focales que l'on peut utiliser commodément n'est pas vraiment libre. En effet, la plupart des portraits sont réalisés avec des optiques de type « petit téléobjectif », avec des focales qui varient, par exemple, de 70 à 100 mm pour le format 24 x 36. D'ailleurs, les objectifs dont la focale est de l'ordre de 85 mm sont appelés parfois « objectifs à portrait ».
Si cette gamme de focales (il vaudrait mieux parler d'une gamme d'angles de prise de vue) est sans aucun doute la plus utilisée, ce n'est évidemment pas par hasard. D'une part elle conduit le photographe à garder une certaine distance par rapport à son modèle, ni trop petite, ni trop grande, disons de 2 à 4 m selon le cadrage choisi ; d'autre part, et c'est sans doute le plus important, elle élimine les distorsions apparentes des visages regardés de trop près aussi bien que l'effet de tassement des plans que l'on peut reprocher à des focales trop longues.
Nous n'entrerons pas ici dans le débat stérile qui consiste à opposer les tenants du 85 mm à ceux qui ne jurent que par le 100 mm, d'autant que les petits télé-zooms dont beaucoup de photographes sont équipés permettent d'obtenir de bons résultats et de choisir à tout instant la focale la mieux appropriée. Les focales fixes gardent cependant un avantage par rapport à ces petits télé-zooms, dans la mesure où leur plus grande ouverture maximale permet de diminuer la profondeur de champ pour isoler le sujet sur le fond, lorsque celui-ci est trop riche en détails susceptibles de perturber le regard et de détourner l'attention de l'essentiel. Naturellement, vous n'obtiendrez de bons résultats que si vous disposez d'optiques capables de fournir des images de bonne qualité dans la gamme de focales et d'ouvertures que vous comptez utiliser.
[modifier] Quelques trucs en vrac
[modifier] Soignez l'éclairage
[modifier] Utilisez au maximum la lumière naturelle
À moins que vous ne disposiez d'un studio très bien équipé, c'est la lumière naturelle qui vous donnera presque toujours les meilleurs résultats si vous savez bien l'utiliser. Autant que possible, préférez le matin ou le soir car la lumière solaire directe en milieu de journée est généralement trop brutale. En opérant en plein soleil, il est probable que votre modèle gêné par la lumière trop intense va plus ou moins faire la grimace et en prime vous vous retrouvez avec des images présentant de vastes zones sur-exposées et/ou sous-exposées dont vous ne tirerez rien de bon. Si possible, opérez plutôt à l'ombre, la lumière sera beaucoup plus douce et diffuse ; dans ce cas, si vous ne photographiez pas en mode RAW, pensez alors à régler la balance de couleur de votre appareil sur la position « ombre » (shade), ou mieux, faites une mesure plus précise sur un papier blanc, car la qualité de la lumière peut varier très sensiblement selon que le ciel est bleu intense ou laiteux.
[modifier] Utilisez intelligemment le flash
Le petit flash des appareils compacts ne donne jamais de bons résultats, il faut surtout le considérer comme un éclairage de secours ou une lumière d'appoint. L'idéal est évidemment de disposer d'une installation de flash dans un studio mais ce n'est évidemment pas toujours possible. Il faut de toute manière éviter la lumière directe du flash et, si l'on dispose d'un modèle dont le réflecteur est orientable, il faut en utiliser la lumière réfléchie sur un mur clair ou sur le plafond.
En intérieur, l'usage d'un flash unique, surtout s'il est intégré à l'appareil, vous donnera un éclairage à la fois très plat et très dur qui transformera très probablement le visage de votre dulcinée en fromage blanc, avec d'un côté ou de l'autre des ombres très marquées et désagréables. C'est vraiment une situation qu'il faut éviter à tout prix !
En revanche, si vous photographiez en extérieur, et surtout en plein soleil, l'usage d'un flash est hautement recommandable. En éclaircissant les ombres trop dures, il donne un peu plus de modelé aux visages et permet d'éclaircir légèrement le sujet principal par rapport au fond, ce qui le met mieux en valeur. Encore faut-il que l'appareil permette de faire le bon dosage entre l'éclair et la lumière ambiante.
Pour photographier au flash avec un appareil compact, on recommande parfois de tenir l'appareil à l'envers, de façon que la lumière ne vienne pas par-dessus, mais par-dessous. Les yeux sont alors mieux éclairés, les cernes très fréquents sont estompés. Certains visages se prêtent mieux que d'autres à cette méthode, il faut faire des essais.
[modifier] Mettez le modèle à l'aise
Une personne photographiée peut se sentir intimidée, surtout si elle a l'impression que l'on veut lui « voler » son image. Il n'est pas mauvais qu'un photographe essaie de se faire tirer le portrait, histoire de comprendre ce que peut ressentir son modèle. Mettre la personne photographiée à l'aise est certainement la première chose à faire si l'on veut obtenir des poses naturelles et des expressions spontanées. L'idéal serait que le photographe puisse se faire oublier mais ce n'est pas toujours facile, surtout dans le cas de photos posées en studio.
Les appareils numériques permettent de multiplier les prises de vues sans alourdir les budgets. Ne restez pas trop longtemps sans déclencher, au contraire, prenez périodiquement des photos même si vous savez que vous ne les garderez pas par la suite. En effet, plus l'intervalle entre les prises de vue s'allonge, plus le modèle est tendu ; des déclenchements fréquents contribuent donc à rendre l'ambiance plus conviviale. Il faudra bien sûr trier plus sévèrement par la suite, mais le bon photographe se reconnaît, entre autres, à ses capacités de discernement.
La possibilité de cadrer en utilisant l'écran à la place du viseur permet d'opérer « à visage découvert », comme on pouvait le faire avec les appareils reflex à deux objectifs ; les rapports avec le modèle s'en trouvent grandement facilités. Depuis 2007 la plupart des appareils reflex numériques offrent cette possibilité auparavant réservée aux appareils numériques compacts et aux « bridges » (mode « live view »).
[modifier] Choisissez la bonne focale
Une focale trop courte donnera de votre modèle une image grotesque avec un gros nez et de petites oreilles perdues dans le lointain. Une focale trop longue vous éloignera trop de votre modèle, rendra la mise au point plus difficile et augmentera le risque de flou de bougé. En 24 x 36 les focales les mieux adaptées au portrait peuvent aller de 75 à 120 mm, elles correspondent à la plus longue focale de la plupart des appareils compact munis d'un zoom d'amplitude x3. Si vous avez ce type d'appareil, allongez la focale au maximum, regardez ce que cela donne et si nécessaire réduisez un peu. Si le zoom a une amplitude beaucoup plus grande, utilisez-le à mi-course.
[modifier] Réduisez la profondeur de champ
Lorsque l'on fait un portrait, la « star » est le modèle et pas le décor qui l'entoure. Une faible profondeur de champ permet d'isoler le sujet principal lorsque l'environnement est trop riche en détails susceptibles de nuire à la lisibilité de l'image. La seule façon de faire consiste à ouvrir le diaphragme au maximum, de façon que le fond devienne flou. Le mode « portrait » des appareils numériques joue beaucoup sur cet effet mais il faut surveiller la mise au point pour éviter qu'elle se fasse ailleurs que là où vous voulez. Depuis 2007 beaucoup d'appareils sont capables de reconnaître les visages, ce qui à cet égard facilite grandement les choses.
Naturellement, les éléments que l'on veut rendre flous ne doivent pas se trouver dans le même plan que le modèle, sans quoi ils seraient mis au point en même temps que lui. D'une manière générale, il faut éloigner le modèle du fond, surtout si l'on opère avec un appareil équipé d'un capteur de petites dimensions qui a tendance à augmenter la profondeur de champ.
Si l'on ne dispose pas d'un mode portrait, alors il faut passer en mode « priorité au diaphragme » de façon à utiliser une ouverture relativement grande, éventuellement proche de l'ouverture maximale permis par l'objectif. Cette façon de faire évite bien des corrections lors du traitement ultérieur des images, il est toujours préférable de passer plus de temps à travailler ses prises de vue sur le terrain qu'à s'abîmer les yeux sur un écran d'ordinateur.
[modifier] Supprimez ou atténuez les reflets
Malgré toutes les précautions prises, il est probable que vous ne pourrez pas éviter quelques petits reflets désagréables et autres zones trop claires sur le visage de votre modèle. N'hésitez pas à les corriger à l'aide de votre logiciel de traitement d'image préféré. L'outil tampon vous permet de récupérer de la « matière » dans les zones correctement exposées pour la décalquer là où c'est souhaitable. Pour éviter que l'opération soit trop brutale, un peut conseiller de régler l'opacité ou la transparence aux environs de 50 %, valeur que l'on pourra bien entendu faire varier en plus ou en moins selon les nécessités locales.
[modifier] Bibliographie
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Biographies, portfolios, publications, etc. |
- LOAËC, Ronan .- Le ballet aérien d'un photographe « sculpteur » [photos en noir et blanc de Gérard Cimetière]. In : Photofan, n° 16, 9 juillet 2007, pp. 82-89.
- MASCLET, Daniel .- Le visage humain. In : Photo-Revue, avril 1968, pp. 183-185.
- MIELE, Pascal .- Portraits, l'Asie en gros plan [photos de voyage en noir et blanc d'Alain Gaymard]. In : Photofan, n° 12, octobre-novembre 2006, pp. 42-49.
[modifier] Images en attente
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