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Chanter les psaumes/Le psaume dans la liturgie dominicale

Un livre de Wikilivres.

« Le psaume est office des Anges, céleste conversation, encens spirituel. Quelle sage disposition de notre Maître, par l’ingéniosité duquel nous pouvons chanter, tout en apprenant ce qui nous est profitable ! Ainsi les enseignements s’impriment davantage en nos âmes. Ce qu’on apprend par contrainte n’a pas coutume de durer, mais ce qui entre en nos âmes avec charme et bonheur s’y fixe plus durablement. »
Saint Basile

Prendre en mains le livre des psaumes, c'est prendre en mains une histoire et une variété de textes émanant de sources différentes. Livre de prières, le Psautier (Sefer Tehillim en hébreu, Livre des Louanges) est une compilation de 150 textes priés par le peuple juif au long des siècles, et par Jésus lui-même. Originellement, ils étaient accompagnés à la cithare.

Un livre, des textes, une histoire

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Le livre des psaumes a été formé par étapes : on fait remonter les psaumes les plus anciens au roi David à qui la Bible prête des dons de musicien et de liturge ; mais certains sont plus récents puisqu’ils évoquent, par exemple, l’exil à Babylone. Il s’agit en fait d’un livre composé et utilisé pour la prière, qui a donc fait l’objet de relectures constantes au long de l’histoire d’Israël, entre le Xe et le IIIe siècles avant J.-C. Des collections de psaumes existaient, comme en témoignent certaines mentions : « de David », mais aussi « des fils de Coré » ou « d’Asaf », qui ont été, après l’exil, rassemblées et organisées en cinq grandes parties (sans doute pour rappeler les cinq livres de la Torah).

  • Livre I : 41 Psaumes (1-41). Cette section est probablement la plus ancienne des Psaumes.
  • Livre II : 31 Psaumes (42-72).
  • Livre III : 17 Psaumes (73-89).
  • Livre IV : 17 Psaumes (90-106)
  • Livre V : 44 Psaumes (107-150)

On a l’habitude de distinguer plusieurs « genres littéraires » dans les psaumes, répondant à des règles de composition assez précises ; on y trouve, par exemple des psaumes de supplication individuelle ou collective, des hymnes de louange, des actions des grâces, des psaumes royaux, etc.

Les psaumes, prière chrétienne ?

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Le livre des psaumes est le livre biblique le plus cité par le Nouveau Testament (368 fois) ; les évangélistes, en particulier, mettent fréquemment des versets de psaumes sur les lèvres de Jésus.

Aussi est-il tout naturellement devenu le livre de prières des premiers chrétiens qui ont prolongé la tradition d’Israël et lui ont ajouté une interprétation christologique des psaumes.

Il forme la base de la prière quotidienne de l’Église, et fait donc entrer dans la communion de tous ceux, juifs et chrétiens, qui l’ont prié depuis 3.000 ans et le prient encore aujourd’hui dans le monde entier.

C’est une prière inspirée, œuvre à la fois des hommes et de l’Esprit de Dieu. Œuvre d’hommes avec leur mentalité, leur culture, leur histoire, ce qui suppose, pour s’approprier les psaumes, un effort d’inculturation, de compréhension de leur langage. Et œuvre de l’Esprit, qui donne de contempler le dessein de Dieu dans la création et dans l’histoire, et permet aussi de trouver l’attitude et les mots justes devant Dieu.

Pourquoi les psaumes sont-ils parfois doublement numérotés ?

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Nos bibles modernes suivent la numérotation hébraïque, de 1 à 150. La traduction latine de saint Jérôme, la Vulgate, unifie les psaumes 9 et 10 en un seul long psaume 9 ; quelques variantes interviennent aussi vers les psaumes 113-115, et la division du psaume 146-147 permet d’arriver finalement au même total de 150 psaumes.

C’est cette numérotation latine que suivent nos livres liturgiques, qui sont donc, globalement, en retard d’une unité, par rapport à la numérotation des bibles. C’est pourquoi les psaumes seront indiqués avec un double numéro : celui de la Bible hébraïque et, entre parenthèses, celui de la liturgie latine.

La place du psaume dans la liturgie dominicale

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Le psaume fait partie de la liturgie de la Parole

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Depuis le Concile Vatican II, dans la célébration dominicale de l’Eucharistie, nous répondons à la lecture de l’Ancien Testament par la cantillation du psaume. Celui-ci est donc une lecture, qui fait partie de la liturgie de la Parole. Un des objectifs assignés par Vatican II à la restauration de la liturgie était de « promouvoir le goût de la Sainte Écriture » (Sacrosanctum Concilium, constitution sur la sainte liturgie, 1963 : n° 24) : en offrant chaque dimanche aux fidèles le trésor des psaumes, l’Église nous permet de mieux nous approprier l’Écriture. En effet, la forme poétique des psaumes facilite leur mémorisation et permet ainsi à chaque baptisé de les faire siens, ensuite, dans sa prière personnelle. La Présentation Générale du Missel Romain nous le rappelle : La première lecture est suivie du psaume responsorial qui fait partie intégrante de la liturgie de la Parole et a une grande importance liturgique et pastorale car il favorise la méditation de la Parole de Dieu. Le psaume responsorial correspond à chaque lecture et se prend d’ordinaire dans le lectionnaire (PGMR n°61) . On veillera donc à ne pas remplacer le psaume par un autre chant, ou un autre texte, même poétique, car nous priverions alors les membres de l’assemblée de la fréquentation hebdomadaire d’une prière essentielle à la vie de l’Église.

La dimension pédagogique : les psaumes sont « service de l’union avec Dieu et de l’unité du genre humain »

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(F. Patrick PRÉTOT, « La prière des psaumes : service de l’union avec Dieu et de l’unité du genre humain », in La Maison-Dieu, n° 259, 2009)

Union avec Dieu

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Le nom du Psautier en hébreu est sepher tehillim, le livre des louanges : chanter la gloire de Dieu est donc bien la fonction première que les hébreux ont assignée à ces poèmes. Mais les chrétiens, ensuite, y ont reconnu la voix du Christ

« il est là présent lorsque l’Église prie et chante les psaumes » (Sacrosanctum Concilium, n° 7)

. Comme l’eucharistie, la Parole est réellement présence divine. Si les fidèles participent eux-mêmes à cette proclamation de la Parole, ils deviennent donc vraiment le Corps du Christ. Enfin, le psaume responsorial nous offre la chance inouïe de faire nôtres les mots que le Christ lui-même a utilisés pour prier : à de nombreuses reprises dans les Évangiles, on voit Jésus prier les psaumes, comme tous les juifs pieux de son temps. Quel bonheur nous est donné, chaque dimanche, de mettre nos mots dans ceux du Sauveur !

Unité du genre humain

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Les juifs du temps de Jésus, comme ceux de 2016, prient quotidiennement les psaumes : en les priant à notre tour, nous nous replaçons dans la longue histoire du peuple de Dieu, en communion avec nos « frères aînés dans la foi », selon les mots de Jean-Paul II. Chaque dimanche, les psaumes nous permettent aussi de faire Église, avec tous les chrétiens qui prient au même moment, avec les mêmes mots. Mais au-delà de cette union des seuls croyants, les psaumes évoquent des expériences très humaines comme la joie, la douleur, le doute… : ils parlent à l’homme dans ce qu’il a d’universel et de concret. Chaque dimanche, c’est bien à nous unir à toute la Création, que le Psautier nous appelle.

En conséquence, quelles mises en œuvre souhaitables, et possibles ?

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Il importe que le psaume responsorial soit chanté, au moins pour ce qui est de la réponse du peuple. Le psalmiste, ou chantre du psaume, exécute les versets du psaume à l’ambon ou à un autre endroit approprié, tandis que l’assemblée est assise et écoute ; habituellement celle-ci participe par un refrain, à moins que le psaume ne soit dit de manière suivie, c’est-à-dire sans reprise d’un refrain (PGMR n°61) .

Favoriser la participation de l’assemblée

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La constitution sur la liturgie de 1963, Sacrosanctum Concilium, souligne la nécessité d’une « participation pleine, consciente [...] active » et «  fructueuse » (Sacrosanctum Concilium, n° 11 et 14) des fidèles (qui peut être silencieuse, cependant). D’autre part, l’invitation à la forme responsoriale se trouve dans de nombreux psaumes eux-mêmes : « Criez de joie pour le Seigneur, hommes justes ! » (Psaume 32). Trois mises en œuvre sont possibles pour que l’assemblée participe à la proclamation du psaume.

La forme responsoriale : l’assemblée chante l’antienne

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Cette forme est attestée chez les chrétiens dès le IVe siècle et c’est aujourd’hui la forme la plus pratiquée. L’antienne est reprise après chaque strophe par l’assemblée.

La forme antiphonée : la psalmodie alternée

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Le chantre donne le ton, que l’assemblée répète, l’alternance pouvant se faire par verset ou par strophe. Cette forme permet aux fidèles de « mâcher » réellement le texte sacré, de s’en nourrir. À condition de respecter quelques règles pratiques (ton très simple, feuille de chants adaptée…), et de pratiquer assez régulièrement pour dépasser la timidité des fidèles, c’est une expérience de prière très riche. Il ne s’agit pas de le faire chaque dimanche (jamais rien de systématique en liturgie !), mais de varier les mises en œuvre, pour se laisser saisir à nouveau par des textes pourtant familiers.

La lecture alternée

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Cette forme est à privilégier « si le psaume ne peut pas être chanté » (PGMR n°61) Le psaume peut alors être proclamé sur un fond musical, par exemple, mais il convient surtout qu’il soit proclamé en alternance : soit entre le chantre et l’assemblée, soit entre deux parties de l’assemblée. Dans tous les cas, la PGMR préconise de le réciter « de la manière la plus apte à favoriser la méditation de la Parole de Dieu »

Le rôle du chantre

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Le psaume étant une lecture, le premier point d’attention du chantre doit être sa diction, pour que la proclamation soit parfaitement reçue par l’assemblée. À cet égard, il est indispensable d’avoir répété la psalmodie pour être parfaitement à l’aise. Le choix du ton est également important : privilégier une mélodie dans une tessiture medium, assez proche de la voix parlée. Éviter les mélodies trop aigues : le chant en voix de tête, parfois détimbré, fait alors perdre toute consistance au texte.

D’autre part, le chantre a la responsabilité, par son interprétation, de mettre en valeur le texte : pas de surenchère d’effets vocaux ou de pathos, il s’agit ici, sobrement, de donner à entendre aux fidèles le rythme et l’architecture du texte, qu’ils ne peuvent pas voir.

Enfin, si on choisit une forme antiphonée, le psalmiste sert de guide à l’assemblée qui cantille. Son rôle est alors fondamental pour donner aux fidèles le goût de la psalmodie : non seulement il donne le ton du psaume, mais par son modèle de respiration apaisée, de débit fluide, il aide également les fidèles à rentrer dans cette forme de prière.