ConTeXt/Édition critique et lemmatisation
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Part. III, ch. 9 • Édition critique et lemmatisation • Sommaire |
Édition critique et lemmatisation avec ConTeXt
[modifier | modifier le wikicode]Cette page propose une démarche progressive pour reproduire, avec ConTeXt pur, un dispositif d’édition critique inspiré d'un paquet LATEX (ekdosis), crée par Octavie Hans et Robert Alessi, projet qui combine LATEX avec LuaTeX. Ici on a pris le parti de montrer comment on peut obtenir une sortie PDF montrant : un texte principal, muni de son apparat critique en bas de page, page de sigles des sources en début de texte, numérotation de lignes, séparation claire des langues, etc.
L’objectif n’est pas ici de réimplémenter ekdosis, mais de montrer comment ConTeXt permet, à lui seul, de construire un tel dispositif étape par étape, sous une forme stable, modulaire et facilement documentable (Wikilivre / ConTeXt Garden).
Ce chapitre montre comment structurer et afficher, grâce à ConTeXt, les éléments fondamentaux d’une édition critique : identification des lemmes, renvois au texte source, numérotation, indexation et choix typographiques adaptés. Il propose un point d’entrée pratique pour maîtriser ces outils avant de passer à l’intégration TEI et aux apparats critiques complexes.
Avertissement
Cette méthode ne remplace pas une chaîne TEI complète. Elle constitue une étape intermédiaire : on solidifie d’abord la mise en page et la logique de composition, puis on envisagera un flux de données structurées.
Que cherche-t-on à faire, et pourquoi ?
[modifier | modifier le wikicode]Le point de départ est un besoin simple et très fréquent en édition critique :
- un texte (parfois multilingue : latin + grec),
- une numérotation de lignes pour référencer précisément le texte,
- un apparat critique (lemmes, variantes, interventions éditoriales),
- une page de sigles (témoins, sources manuscrites, abréviations),
- un résultat lisible, et facile à illustrer (PNG) pour la documentation.
ConTeXt est particulièrement adapté à cette approche, car il distingue fortement :
- l’assemblage du document (product),
- les règles typographiques et macros (environment),
- les blocs de contenu (components).
Pourquoi choisir la méthode « environment » plutôt qu’XML-TEI ?
[modifier | modifier le wikicode]Un flux XML-TEI impose immédiatement :
- un modèle de données (balises, schémas, conventions),
- une logique de transformation (routage XML, styles, extraction),
- et souvent une couche d’outillage externe (validation, scripts, etc.).
Pour documenter une méthode et pour construire un MWE robuste, il est souvent plus efficace de commencer par :
- stabiliser la mise en page (composition du texte, apparat, page de sigles),
- clarifier la logique (où est le texte ? où est la règle ? où est l’assemblage ?),
- seulement ensuite préparer un passage au TEI.
À retenir La méthode « environment » isole les choix typographiques et les macros dans un seul fichier : c’est idéal pour stabiliser un MWE et expliquer une démarche.
Schéma ASCII de l’architecture
[modifier | modifier le wikicode]Le projet suit un schéma minimal et modulaire exposé ci-dessous :
project/
│
├── main-context.tex → product : assemblage
│
├── environment/
│ └── env-edition.tex → environment : règles typographiques + macros
│
└── components/
├── sigla-sources.tex → component : page des sigles
└── edition-apparat.tex → component : texte + apparat
Quels fichiers devons-nous consruire ? Leur rôle et contenu
[modifier | modifier le wikicode]1) main-context.tex (product)
[modifier | modifier le wikicode]Comme son nom l'indique, ce fichier main-context.tex est le fichier qui va coordonner les autres fichiers de la méthode 'environment' (vous pouvez lui donner le label que vous souhaitez, en rapport avec votre projet. Le label main est ici arbitraire : c'est un truc mnémonique. Ce fichier assemble les fichiers dont nous avons besoin et qui sont assignés à une tâche précise: ce fichier main déclare l’environnement, puis inclut les composants dans l’ordre voulu.
% main-context.tex
\startproduct main-context
\environment environment/env-edition
\component components/sigla-sources
\page
\component components/edition-apparat
\stopproduct
2) le fichier env-edition.tex (environment)
[modifier | modifier le wikicode]Ce fichier regroupe :
- la police principale et ses fallbacks (grec polytonique),
- le réglage de la numérotation de lignes,
- les éléments de base de l’apparat (séparateur, macro d’entrée).
Avertissement
Attention aux polices que vous allez employer, notamment pour le grec polytonique. Les polices peuvent parfois entrer en conflit entre elles. Testez les d'abord sur un MWE simple.
% environment/env-edition.tex
\startenvironment env-edition
% --- Famille principale : EBGaramond + fallback grec Gentium Plus
\definefontfamily[mainface][rm][EB Garamond]
\definefontfamily[mainface][ss][EB Garamond]
\definefontfamily[mainface][tt][Latin Modern Mono]
\definefallbackfamily
[mainface][rm][Gentium Plus]
[range={greekandcoptic,greekextended},force=yes,check=yes]
\setupbodyfont[mainface,10pt]
\setupinterlinespace[line=2.6ex]
% --- Numéros de lignes
\setuplinenumbering
[location=outer,
style=\tfxx,
align=flushright,
step=1]
% --- Apparats
\unexpanded\def\AppSep{\hskip0.5em{\tfxx\textbar\textbar}\hskip0.5em}
\unexpanded\def\AppEntry#1#2#3{%
\noindent{\tfxx #1}\quad #2\AppSep #3\par
}
\stopenvironment
Astuce
Un environment ne contient aucun contenu (pas de texte). Il ne doit contenir que des réglages et des macros réutilisables.
3) Le fichier sigla-sources.tex (component : page des sigles)
[modifier | modifier le wikicode]Ce composant produit une page autonome, destinée à :
- lister les manuscrits (témoins),
- identifier les versions différentes des manuscrits (m¹, m²),
- donner les abréviations,
- et préparer le lecteur à l’apparat.
- Voici ce que donne la sortie PDF de notre travail (4 pages) :
-
Figure 1 - Méthode 'environment' - édition critique et lemmatisation
-
Figure 2 - Méthode 'environment' - édition critique et lemmatisation (sigles)
-
Figure 3 - Méthode 'environment' - édition critique et lemmatisation (texte)
-
Figure 4 - Méthode 'environment' - édition critique et lemmatisation (texte et traduction)
4) Le fichier edition-apparat.tex (component : texte + apparat)
[modifier | modifier le wikicode]Ce composant contient :
- le texte principal (latin / grec),
- la traduction (si souhaitée sur la même page),
- la collecte de l’apparat critique,
- et l’impression de l’apparat en bas de page.
Le principe retenu ici est volontairement simple :
- l’apparat est stocké dans une boîte,
- imprimé dans le footer,
- réinitialisé à chaque unité de texte.
Objectif typographique Avoir un texte lisible, numéroté, avec un apparat placé systématiquement en bas de page, sous un filet.
Collecte de l’apparat + impression en footer
[modifier | modifier le wikicode]% --- Boîte de collecte de l’apparat (imprimé dans le footer)
\newbox\AppBox
\setbox\AppBox=\vbox{} % vide au départ
\unexpanded\def\ResetApp{%
\global\setbox\AppBox=\vbox{}%
}
\unexpanded\def\AddApp#1#2#3{%
\global\setbox\AppBox=\vbox{%
\unvbox\AppBox
\noindent{\tfxx #1}\quad #2\AppSep #3\par
}%
}
% --- Footer : filet + apparat
\setupfootertexts[][\vbox{\hrule height .4pt \blank[small]\box\AppBox}]
Pourquoi ne pas injecter les interventions « dans le mot » dans le texte ?
[modifier | modifier le wikicode]Dans certains passages, l’édition critique indique des restitutions ou corrections internes au mot, par exemple : p<e>cuniae.
Important On évite de « polluer » le texte principal avec des marques techniques. On garde le texte lisible, et on reporte l’intervention à l’apparat :
- texte principal :
pecuniae - apparat :
A : p<e>cuniae
Exemple complet : unité de texte + apparat
[modifier | modifier le wikicode]\startsubject[title={⟨CAESARI SVO FRONTO⟩}]
\blank[small]
\ResetApp
\startlinenumbering
\startlines
mittam igitur tibi quantum pote librum hunc descriptum.\hfill{\tfxx A93}\crlf
Vale, Caesar, et ride et omnem vitam laetare et parentibus optimis et eximio ingenio tuo fruere.\crlf
se quid somnus fecit? βουλὴ δὲ κακὴ νίκησεν ἑταίρων\crlf
\blank[small]
ἀσκὸν μὲν λῦσαν, ἄνεμοι δ᾽ ἐκ ἅπαντες ὄρουσαν\crlf
...\crlf
quid rursum apud insulam Trinacriam\crlf
\stoplines
\stoplinenumbering
% Apparats (footer)
\AddApp{5}{βουλὴ}{A : βουλὴ \AppSep B : βουλαί}
\AddApp{6}{ἑταίρων}{A (prima manus) : ἑταίρων \AppSep A (secunda manus) : ἑταίρων}
\stopsubject
Conseils pour un MWE « canonique »
[modifier | modifier le wikicode]Un MWE destiné à de la documentation didactique doit être :
- court (quelques lignes de texte suffisent),
- compilable en une fois,
- lisible sans dépendances externes,
- et stable : pas d’astuces fragiles ou d’extensions inutiles.
À retenir
Un bon MWE ne vise pas l’exhaustivité. Il vise la reproductibilité : une idée, une preuve que ça compile, un rendu clair.
Étapes suivantes
[modifier | modifier le wikicode]Une fois le dispositif stabilisé, on peut :
- automatiser partiellement la relation texte ↔ apparat (lemmes et repères),
- introduire une structuration plus formelle (par exemple XML-TEI),
- publier une variante plus technique pour tester la reproductibilité sur des documents plus longs.
Navigation
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