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Dictionnaire de philosophie/Émergence

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※ Émergence ※

La notion d'émergence désigne une relation entre un tout et ses parties selon laquelle le tout manifeste des propriétés nouvelles qui, tout en dépendant ontologiquement des propriétés de ses parties et de leurs relations, ne peuvent néanmoins être réduites à celles-ci. Cette notion occupe une place centrale dans les débats contemporains en philosophie de l'esprit, en philosophie de la biologie et en métaphysique générale, où elle offre une voie médiane entre le réductionnisme strict et le dualisme.

Origines et formulation classique

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John Stuart Mill et la distinction fondatrice

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Bien que le terme « émergence » lui-même n'apparaisse qu'ultérieurement, on attribue généralement à John Stuart Mill la première articulation philosophique claire de l'idée qui la sous-tend. Dans son Système de logique déductive et inductive (1843), Mill établit une distinction décisive entre deux types de lois causales : les lois homopathiques et les lois hétéropathiques[1]. Les premières obéissent au principe de « composition des causes », selon lequel les effets s'additionnent de manière prévisible et proportionnelle (comme l'addition vectorielle des forces en mécanique classique). Les secondes, en revanche, produisent des effets qui ne peuvent être déduits par simple addition ou composition des causes séparées, même lorsqu'on dispose d'une connaissance exhaustive de ces dernières.

Mill observe que les propriétés de l'eau — sa transparence, sa liquidité, son pouvoir solvant — ne peuvent être déduites des propriétés de l'hydrogène et de l'oxygène considérés isolément. Bien qu'on connaisse parfaitement les propriétés chimiques et physiques des atomes constituants, rien dans ces propriétés n'aurait permis de prédire ou de comprendre les propriétés macroscopiques de l'eau. Cette observation pose les fondations conceptuelles de ce qui deviendra l'émergentisme : l'idée que certains phénomènes naturels, bien qu'issus de constituants élémentaires, possèdent une autonomie explicative et peut-être ontologique qui les rend irréductibles aux lois gouvernant ces constituants[2].

L'émergentisme britannique classique et ses figures majeures

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C'est George Henry Lewes qui, dans ses Problems of Life and Mind (1875), introduit véritablement le terme « émergent » pour qualifier précisément ces effets qui ne sont pas de simples résultantes additives[3]. Selon Lewes, une entité peut résulter de l'action d'entités plus fondamentales tout en étant radicalement nouvelle et irréductible par rapport à ces dernières. L'émergence n'est pas une illusion épistémique, mais une caractéristique réelle de la nature.

L'émergentisme atteint sa maturité philosophique systématique avec trois grandes figures du début du vingtième siècle : Samuel Alexander, Conwy Lloyd Morgan et Charlie Dunbar Broad. Chacun élabore une métaphysique d'envergure fondée sur le concept d'émergence, bien qu'avec des emphases et des développements distincts.

Samuel Alexander : la cosmologie émergentiste

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Dans son œuvre monumentale Space, Time, and Deity (1920), Samuel Alexander construit une cosmologie émergentiste selon laquelle l'univers se déploie selon une hiérarchie strictement stratifiée de niveaux d'organisation[4]. À la base se trouve l'Espace-Temps (Space-Time), substance primordiale ou matrix à partir de laquelle émergent successivement la matière brute, la vie, l'esprit ou conscience (mind) et, ultimement, la déité (Deity). Chaque niveau supérieur conserve les propriétés du niveau inférieur tout en manifestant des « qualités émergentes » entièrement nouvelles et inexplicables à partir du niveau inférieur seul.

La déité, pour Alexander, ne représente pas une réalité actuelle mais plutôt une qualité émergente vers laquelle tend l'évolution cosmique — c'est une qualité en devenir, une puissance orientant l'univers sans y être pleinement réalisée. Cette conception théologique insolite place l'émergence au cœur même de la métaphysique du divin[5].

Alexander conçoit l'émergence comme un processus cosmique gouverné par ce qu'il nomme le nisus — une tendance intrinsèque de la matière vers la complexification, l'organisation et l'apparition de qualités radicalement nouvelles. Cette conception lie étroitement émergence et évolution, faisant de la première non pas un phénomène statique ou mécanique mais un processus dynamique inscrit dans le devenir temporel du cosmos. L'univers n'est pas une machine statique mais un processus créatif continuel.

Conwy Lloyd Morgan : l'évolution émergente

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Biologiste et psychologue de formation, Conwy Lloyd Morgan publie en 1923 Emergent Evolution, ouvrage fondateur dans lequel il élabore l'idée d'une évolution procédant non par gradations continues mais par « sauts » qualitatifs véritables[6]. Cette thèse s'oppose directement au gradualism darwinien strict, affirmant que l'histoire naturelle connaît des moments de discontinuité qualitative où surgissent de véritables nouveautés irréductibles.

Morgan distingue précisément les propriétés « résultantes » — qui sont simplement additives, prévisibles et réductibles — des propriétés « émergentes » — qui apparaissent lorsqu'un certain seuil critique de complexité organisationnelle est franchi et qui ne peuvent être ni prédites ni expliquées à partir de la seule connaissance des niveaux inférieurs. Il propose une image pyramidale de la réalité, structurée en niveaux hiérarchiques où chaque niveau supérieur possède des propriétés émergentes véritablement irréductibles aux propriétés des niveaux inférieurs.

Remarquablement, Morgan maintient que cette émergence véritable s'inscrit entièrement dans le cadre d'un naturalisme scientifique, sans invoquer de forces vitales, d'énergies occultes ou de principes surnaturels. Il rejette explicitement le vitalisme cartésien autant que le mécanisme réductionniste, offrant une troisième voie[7].

Morgan introduit en particulier le concept de « relationnalité » (relatedness) pour caractériser l'essence de l'émergence : ce qui émerge à un niveau donné constitue « un nouveau genre de relationnalité dont il n'existe aucune instance aux niveaux inférieurs »[8]. L'émergence consiste précisément en l'apparition de nouveaux modes d'organisation relationnelle entre les composants d'un système — modes qui n'existaient pas avant, même potentiellement. C'est la transformation des relations, plus que l'apparition de nouveaux éléments, qui constitue l'émergence.

C. D. Broad : analyse rigoureuse et lois trans-ordinales

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Charlie Dunbar Broad offre dans The Mind and its Place in Nature (1925) l'analyse philosophique la plus rigoureuse et méthodique de la notion d'émergence[9]. Broad formule un critère épistémologique d'une grande clarté : une propriété P d'un système S est émergente si et seulement si, même un « archange mathématique » possédant une connaissance logiquement complète des propriétés des parties de S, des lois gouvernant le comportement de ces parties prises isolément, et des lois gouvernant leur composition, ne pourrait malgré tout prédire ou déduire P avant son apparition effective dans le système composé.

Cette impossibilité de prédiction, insiste Broad, ne reflète pas simplement des limitations épistémiques humaines contingentes. Elle témoigne plutôt d'une structure ontologique réelle du monde : certaines propriétés et certaines lois sont fondamentales dans l'architecture de la réalité et ne peuvent être dérivées d'autres propriétés ou lois plus basiques. Broad parle de « lois trans-ordinales » (trans-ordinal laws) ou « lois sui generis » qui gouvernent l'apparition de propriétés émergentes lorsque des composants s'organisent selon certaines configurations complexes[10]. Ces lois doivent être « simplement avalées entières », selon sa formule évocatrice, avec cette « piété naturelle » dont parle Alexander — c'est-à-dire acceptées comme des faits ultimes de la nature auxquels toute explication scientifique doit finalement aboutir.

Broad applique cette analyse systématique au problème central de la philosophie de l'esprit : les qualités phénoménales de l'expérience consciente (les qualia — la rougeur de la perception du rouge, la douleur vécue de la douleur) constituent selon lui des propriétés émergeantes qui ne peuvent être logiquement déduites de la connaissance complète des processus neurophysiologiques, aussi exhaustive soit-elle. C'est là un argument majeur en faveur de l'irréductibilité phénoménale du mental.

Le déclin de l'émergentisme britannique : causes historiques

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L'émergentisme britannique connaît un déclin considérable à partir des années 1930, déclin qui s'accélère après la Seconde Guerre mondiale. Ce déclin ne résulte pas d'une réfutation philosophique décisive mais plutôt de convergences entre développements scientifiques et difficultés conceptuelles apparentes.

Sur le plan scientifique, les progrès spectaculaires de la chimie quantique — culminant dans l'explication réductive de la liaison chimique par Linus Pauling et d'autres — ont semblé aux physiciens et chimistes démontrer que ce que les émergentistes considéraient comme des propriétés chimiques irréductibles pouvait en fait être déduit des lois de la mécanique quantique appliquées aux atomes constituants[11]. Cette réussite réductionniste spectaculaire dans un domaine que les émergentistes présentaient comme paradigmatique — la chimie inorganique — a considérablement ébranlé la crédibilité de leur programme.

Sur le plan philosophique, l'émergentisme se heurtait à des difficultés conceptuelles majeures et apparemment insurmontables concernant la causalité. Si les propriétés émergentes possèdent de véritables pouvoirs causaux autonomes (la « causalité descendante » ou downward causation), comment ces pouvoirs s'articulent-ils consistemment avec les pouvoirs causaux des propriétés de base ? Comment éviter la surdétermination causale ou la violation de la clôture causale du physique ? Ces questions, déjà problématiques pour les émergentistes classiques, trouveront leur formulation la plus aiguë dans l'« argument d'exclusion causale » de Jaegwon Kim au tournant des vingt-et-unième siècles.

Reformulations contemporaines

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Émergence faible et émergence forte : une distinction cruciale

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Dans les débats contemporains, il est devenu usuel et utile de distinguer deux conceptions radicalement différentes de l'émergence : l'émergence « faible » (weak emergence) et l'émergence « forte » (strong emergence)[12][13].

L'émergence faible caractérise les phénomènes de niveau macroscopique qui, bien que dérivant causalement et ontologiquement de processus de niveau microscopique selon des lois déterministes, ne peuvent néanmoins être prédits ou compris de manière effective et pratique qu'en suivant littéralement l'évolution dynamique du système dans le temps. L'émergence est ici principalement et fondamentalement de nature épistémique : elle reflète des limites pratiques et peut-être des limites de principe de notre capacité computationnelle et conceptuelle à déduire le comportement macroscopique à partir des lois microscopiques seules.

Les exemples paradigmatiques d'émergence faible proviennent de la théorie des systèmes complexes : les motifs et patterns qui émergent dans les automates cellulaires (comme le fameux « Jeu de la Vie » de Conway), les structures auto-organisées spontanément dans les systèmes physiques loin de l'équilibre thermodynamique, ou les comportements collectifs complexes dans les systèmes multi-agents (essaims, trafic routier, foules). Dans tous ces cas, les phénomènes macroscopiques sont « en principe » réductibles et déterminés par les lois microscopiques, mais « en pratique » ou « effectivement » irréductibles.

L'émergence forte, en revanche, désigne une relation métaphysique d'une tout autre nature : elle affirme que des propriétés de haut niveau ne sont pas déductibles, même en principe ou logiquement, des propriétés et lois de bas niveau, indépendamment de considérations épistémiques concernant nos capacités de calcul. De plus, les propriétés fortement émergentes posséderaient des pouvoirs causaux autonomes véritables, irréductibles aux pouvoirs des propriétés de base. C'est précisément cette conception qu'incarnaient les émergentistes britanniques classiques. Les propriétés fortement émergentes seraient fondamentales dans l'architecture ontologique du réel, ne pourraient être réduites ontologiquement aux propriétés de leur base de survenance, et constitueraient de véritables innovations dans le tissu causal de l'univers.

Cette distinction éclaire considérablement les débats académiques : de nombreux phénomènes considérés aujourd'hui comme « émergents » dans les sciences (notamment en sciences de la complexité, en biologie des systèmes, en neurosciences cognitives, en sciences sociales) relèvent principalement, sinon exclusivement, de l'émergence faible. L'émergence forte, quant à elle, demeure hautement controversée et son existence même est contestée par une majorité de philosophes analytiques.

L'émergence dans la philosophie de l'esprit contemporaine

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C'est en philosophie de l'esprit et de la conscience que la notion d'émergence forte a connu son regain d'intérêt le plus significatif depuis les années 1970. Face aux difficultés redoutables du dualisme cartésien (le problème d'interaction : comment des substances radicalement hétérogènes peuvent-elles interagir causalement ?) et du réductionnisme physiciste strict (qui semble éliminer ou nier la dimension phénoménale irréducible de l'expérience consciente), l'émergentisme offre une position intermédiaire séduisante : le « physicalisme non réductionniste » ou plus précisément le « dualisme des propriétés »[14].

Selon cette approche émergentiste, les propriétés mentales (croyances, désirs, intentions, expériences conscientes) sont des propriétés émergentes qui superviennent sur des états physiques — particulièrement les états neurobiologiques du cerveau — sans pour autant s'y réduire ou en être logiquement dérivables. Les propriétés mentales dépendent ontologiquement de leur base physique (il n'y a aucun changement mental possible sans changement physique correspondant dans le cerveau), mais possèdent néanmoins une autonomie explicative et probablement causale propre.

L'argument d'exclusion causale de Jaegwon Kim : le défi central

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Jaegwon Kim a formulé l'objection la plus redoutable et la plus influente contre cette forme de physicalisme émergentiste non réductionniste : l'« argument d'exclusion causale »[15][16]. Cet argument, présenté sous plusieurs formes au cours de la carrière de Kim, repose sur trois prémisses apparemment plausibles et difficilement contestables :

1. Clôture causale du domaine physique : tout événement physique qui possède une cause suffisante a une cause physique suffisante. Aucun événement physique n'est causé par quelque chose de non-physique.

2. Efficacité causale du mental : les propriétés mentales causent parfois des événements physiques. Nos croyances, désirs, intentions causent nos comportements corporels et ont ainsi un rôle causal réel.

3. Pas de surdétermination causale systématique : les événements physiques ne sont pas systématiquement « surdéterminés » — c'est-à-dire n'ont pas régulièrement plusieurs causes complètes et indépendantes suffisantes pour les produire.

De ces trois prémisses, qui semblent chacune très raisonnables, Kim conclut que si les propriétés mentales ne sont pas strictement identiques aux propriétés physiques (comme l'affirme le physicalisme non réductionniste en admettant leur irréductibilité), alors ces propriétés mentales ne peuvent avoir de réelle efficacité causale : elles deviennent des épiphénomènes purs — des accompagnements casuels, sans pouvoir causal véritable, des véritables processus physiques qui font le travail causal.

Pour Kim, cette conclusion inconfortable invite à abandonner purement et simplement le physicalisme non réductionniste. Il faut opter soit pour un réductionnisme plus franc et complet (identifiant les propriétés mentales à des propriétés physiques et acceptant ainsi leur réductibilité complète), soit pour une forme d'« émergentisme » qui reconnaît honnêtement l'impuissance explicative de la physique concernant les phénomènes mentaux — position que Kim lui-même juge très difficile à concilier avec le naturalisme scientifique standard[17].

Cet argument de Kim demeure au centre de tous les débats contemporains sur l'émergence et le physicalisme, et il reste profondément divisif : certains le considèrent comme démolisseur de toute forme de physicalisme non réductionniste viable, tandis que d'autres proposent diverses contre-stratégies.

Émergence et sciences de la complexité

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Parallèlement aux débats en philosophie de l'esprit, le concept d'émergence (principalement au sens faible et épistémique) a connu un développement vigoureux et fécond dans les sciences de la complexité depuis les années 1970-1980. Les systèmes complexes — qu'ils soient physiques (turbulence, transitions de phase loin de l'équilibre, phénomènes critiques), chimiques (réactions oscillantes de Belousov-Zhabotinsky, structures dissipatives), biologiques (morphogenèse, dynamiques écosystémiques, réseaux neuronaux), ou sociaux (dynamiques de foules, marchés financiers, systèmes politiques) — manifestent tous des comportements collectifs émergents remarquables qui ne peuvent être compris par l'analyse réductionniste isolée de leurs composants[18].

Les caractéristiques typiques de ces systèmes complexes incluent : (1) des interactions hautement non-linéaires entre un nombre élevé de composants ; (2) des boucles de rétroaction multiples, positives et négatives ; (3) l'auto-organisation spontanée de structures ordonnées à partir de conditions initiales désordonnées ou chaotiques ; (4) la sensibilité accrue aux conditions initiales ; et (5) l'apparition de propriétés globales, de patterns et de régularités qui ne se manifestent qu'au niveau macroscopique collectif.

L'auto-organisation constitue le processus paradigmatique à travers lequel émergence et complexité s'interpénètrent : ce processus par lequel un système, soumis à des contraintes énergétiques et matérielles et maintenu loin de l'équilibre thermodynamique, développe spontanément une structure ordonnée, une organisation complexe, sans aucune direction ou programmation externe[19]. Les exemples classiques incluent les cellules de Bénard (structures hexagonales apparaissant spontanément dans un fluide chauffé), les motifs réguliers de Turing en morphogenèse biologique, les comportements collectifs d'insectes sociaux (construction élaborée de termitières par des termites individuellement simples, optimisation des chemins par les colonies de fourmis).

Remarquablement, cette conception scientifique de l'émergence met l'accent prioritaire sur la relationnalité et l'organisation plutôt que sur les propriétés intrinsèques individuelles des composants. Ce qui émerge au niveau macroscopique n'est pas tant une nouvelle substance ou une nouvelle force naturelle qu'un nouveau régime d'organisation dynamique, un nouveau mode de structuration des relations entre composants. Cette perspective rejoint l'intuition profonde de Lloyd Morgan concernant la « relationnalité » comme essence véritable de l'émergence.

Enjeux épistémologiques et métaphysiques fondamentaux

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Émergence et réductibilité scientifique

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La notion d'émergence s'articule étroitement avec la question philosophique majeure de la réductibilité scientifique. Traditionnellement, en philosophie des sciences, on considère qu'une théorie scientifique T₁ est réduite à une théorie scientifique T₂ si et seulement si les lois et concepts de T₁ peuvent être logiquement dérivés de ceux de T₂, éventuellement enrichis par des « lois de correspondance » ou « lois-ponts » établissant des connexions systématiques entre les vocabulaires des deux théories[20].

L'émergence forte implique l'échec de principe de cette réduction : certaines lois ou propriétés fondamentales de T₁ ne peuvent être logiquement dérivées de T₂, quelles que soient les richesses ou enrichissements apportés à cette dernière. C'est précisément ce que les émergentistes britanniques classiques défendaient : les lois biologiques et psychologiques ne sont pas en principe réductibles aux lois physico-chimiques, même si les systèmes biologiques et mentaux sont entièrement composés de matière physico-chimique.

L'émergence faible, en revanche, demeure compatible avec la réductibilité de principe tout en soulignant les limites pratiques insurmontables de la dérivation effective : même si les phénomènes macroscopiques « découlent » logiquement et causalement des lois microscopiques, leur compréhension et explication effectives requièrent des concepts, des modèles et des explications autonomes au niveau macroscopique. Il s'instaure ici une forme d'« irréductibilité épistémique » ou d'« autonomie explicative » sans irréductibilité ontologique stricte.

Cette distinction éclaire profondément les débats contemporains sur le statut des sciences spéciales (biologie, psychologie, sociologie, neurosciences) vis-à-vis de la physique fondamentale. Même si l'on admet le physicalisme ontologique strict (tout ce qui existe est, en dernière analyse, physique), cela n'implique pas logiquement le réductionnisme explicatif intégral : les sciences spéciales peuvent légitimement conserver une autonomie méthodologique et conceptuelle durable[21].

Holisme méthodologique et émergence

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L'émergence entretient des liens complexes et ambigus avec le holisme — la doctrine selon laquelle « le tout est plus que la somme de ses parties ». Il convient cependant de distinguer plusieurs formes distinctes de holisme pour éviter les confusions terminologiques.

Le holisme ontologique affirme que certains touts possèdent une réalité propre et autonome, irréductible à celle de leurs parties constituantes. Cette position se heurte à des difficultés conceptuelles : si le tout est vraiment distinct et séparable de ses parties, qu'est-ce qui garantit et explique la dépendance manifeste du tout vis-à-vis de ses parties ? L'émergence offre une voie médiane conceptuellement cohérente : le tout dépend ontologiquement strictement de ses parties et de leur organisation (aucun changement dans le tout sans changement correspondant dans les parties ou leurs relations), mais manifeste néanmoins des propriétés et des pouvoirs causaux véritablement nouveaux.

Le holisme épistémologique ou méthodologique soutient que la compréhension et l'explication de certains systèmes et phénomènes requièrent intrinsèquement une approche synthétique au niveau global qui ne peut être remplacée ou dérivée de l'analyse réductive des parties isolées. Cette position est largement compatible avec l'émergence faible : même si le système « n'est ontologiquement rien d'autre que » ses parties en interaction, sa compréhension effective et pratique nécessite des concepts, des modèles et des outils propres au niveau macroscopique collectif.

Le holisme sémantique (défendu notamment par Quine et Donald Davidson dans sa théorie de l'anomalisme du mental) concerne la signification et la référence des termes linguistiques et affirme que celle-ci dépend de la totalité du réseau conceptuel et théorique dans lequel s'insère le terme. Cette forme de holisme sémantique demeure relativement indépendante des questions d'émergence ontologique et causale[22].

Niveaux de réalité et stratification ontologique

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La notion d'émergence implique conceptuellement une vision stratifiée ou hiérarchisée de la réalité naturelle, organisée en niveaux distincts — niveau physique, chimique, biologique, psychologique, social. Chaque niveau supérieur « repose sur » ou « supervient sur » le niveau inférieur dans des relations de dépendance robustes, tout en manifestant potentiellement des propriétés et des lois émergentes propres.

Cette image hiérarchisée soulève cependant plusieurs questions philosophiques épineuses. Comment précisément individuer et délimiter les niveaux distincts ? Qu'est-ce qui définit réellement un « niveau » : la nature ontologique des entités considérées, les lois spécifiques qui les gouvernent, les échelles spatiales ou temporelles caractéristiques, ou simplement les domaines disciplinaires de compétence des sciences particulières ? La stratification en niveaux est-elle objective et découverte dans la nature elle-même, ou reflète-t-elle simplement notre organisation pragmatique et conventionnelle de la connaissance scientifique ?

De plus, la relation de « survenance » entre niveaux — formellement définie comme : le niveau supérieur supervient sur le niveau inférieur si et seulement si aucune différence au niveau supérieur n'est possible sans différence correspondante au niveau inférieur — n'implique pas automatiquement la réduction explicative ni l'émergence ontologique. La survenance établit simplement une dépendance ontologique forte, mais laisse ouverte la question de la réductibilité explicative et de l'autonomie causale[23].

Causalité descendante : possibilité conceptuelle et défis

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L'une des caractéristiques les plus controversées attribuées aux propriétés émergentes est la « causalité descendante » (downward causation) : la capacité supposée des propriétés de haut niveau à influencer et à causer des changements dans les processus de bas niveau qui les réalisent matériellement.

Les exemples invoqués par les défenseurs de la causalité descendante sont nombreux et intuitifs : la sélection naturelle opérant au niveau des organismes et des populations contraint effectivement l'évolution au niveau génomique et génétique ; les états mentaux volontaires — croyances, intentions, désirs — causent les comportements corporels en influençant causalement les processus neuronaux du cerveau ; la structure organisationnelle et les normes d'une institution sociale contraignent et canalisent les comportements individuels de ses membres.

Cependant, l'argument d'exclusion causale de Kim vise précisément à montrer que la causalité descendante devient problématique — et peut-être impossible — dans le cadre d'une ontologie physicaliste acceptant la clôture causale du domaine physique. Si tout événement physique possède déjà une cause physique suffisante au niveau microstructurel, quel rôle ou pouvoir causal genuine reste-t-il pour les propriétés de niveau macroscopique ?

Plusieurs philosophes contemporains ont tenté de défendre la viabilité conceptuelle de la causalité descendante en la redéfinissant ou en la réinterprétant. Selon une approche proposée notamment par Carl Gillett, les propriétés émergentes ne causent pas leurs effets de manière indépendante ou supplémentaire par rapport à leur base de réalisation physique. Au contraire, elles causent leurs effets précisément en vertu de, et par l'intermédiaire de, leur réalisation physique : c'est en étant réalisées par certains états physiques complexes que les propriétés mentales acquièrent réellement des pouvoirs causaux sur d'autres états physiques. Il s'agirait d'un mode de causalité réelle mais « médiatisée » par le physique — distinct de la causalité « productrice » classique supposée entre événements séparés[24].

D'autres philosophes (notamment Donald Campbell) ont proposé de concevoir la causalité descendante moins en termes de production causale que comme exercice de contraintes ou de sélection : les structures de haut niveau ne produisent pas directement ou efficacement les événements de bas niveau, mais elles contraignent de manière réelle l'espace des trajectoires possibles au niveau microstructurel, sélectionnant parmi les possibilités ce qui peut effectivement se réaliser[25].

Perspectives et prolongements contemporains

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Émergence et neurosciences contemporaines de la conscience

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Les neurosciences contemporaines de la conscience constituent un domaine de recherche d'une fertilité exceptionnelle pour l'application empirique et la discussion philosophique du concept d'émergence. La question centrale reste : comment l'expérience consciente phénoménale — avec ses aspects qualitatifs irréductibles, sa subjectivité, sa dimensionnalité phénoménale — émerge-t-elle de l'activité matérielle et électrochimique du cerveau ?

Plusieurs théories neuroscientifiques d'envergure proposent des mécanismes explicatifs distincts. La théorie de l'espace de travail neuronal global (Global Neuronal Workspace), élaborée par Stanislas Dehaene, Jean-Pierre Changeux et Lionel Naccache, postule que la conscience correspond à l'accès de l'information sensorielle et cognitive dans un réseau anatomiquement distribué de neurones à longue distance permettant la diffusion globale et rapide de l'information à travers tout le cerveau[26]. L'émergence de la conscience serait ainsi intrinsèquement liée à un certain régime d'activité collective neuronale caractérisé par une intégration et une diffusion d'information à grande échelle transhémisphérique.

La théorie de l'information intégrée (Integrated Information Theory ou IIT), proposée par Giulio Tononi et collaborateurs, caractérise la conscience ou la « capacité phénoménale » d'un système par le degré d'intégration informationnelle que le système génère : un système possède une conscience phénoménale d'autant plus riche et intense que l'information qu'il génère intrinsèquement est à la fois hautement différenciée (capable d'un nombre immense d'états distincts) et fortement intégrée (chaque partie du système est informationnellement contrainte par toutes les autres)[27]. L'émergence de la conscience correspondrait au franchissement de seuils critiques d'intégration informationnelle.

Ces théories neuroscientifiques, bien que divergentes dans leurs détails mécanistiques, partagent une conception fondamentale de la conscience comme propriété émergente systémique collective — une propriété qui résulte de l'organisation complexe et de la dynamique collective d'ensembles neuronaux massifs, plutôt que des propriétés de neurones individuels isolés.

Reste ouverte la question philosophique cruciale et peut-être irrésolvable : ces théories rendent-elles véritablement compte de l'émergence de la conscience au sens fort (impliquant l'irréductibilité véritable des qualia phénoménaux) ou seulement au sens faible (expliquant causalement et neurobiologiquement les corrélats matériels de la conscience et les fonctions cognitives associées, tout en laissant complètement inexpliqué le « fossé explicatif » entre propriétés physico-chimiques et expérience phénoménale vécue) ?[28]

Émergence en biologie : de la biochimie moléculaire à l'écologie

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La biologie contemporaine offre de multiples exemples tangibles de phénomènes et de processus émergents à différentes échelles organisationnelles. Au niveau moléculaire, les propriétés fonctionnelles remarquables des protéines émergent du repliement tridimensionnel complexe des longues chaînes polypeptidiques. Au niveau cellulaire, le métabolisme énergétique et l'homéostasie physiologique émergent des réseaux intriqués d'interactions biochimiques catalytiques. Au niveau organismique, les comportements complexes coordonnés émergent de l'activité intégrée des systèmes nerveux distribués. Au niveau écologique, les dynamiques de populations et l'équilibre ou l'instabilité des écosystèmes émergent des interactions multiples entre organismes et avec leur environnement physique.

Le débat philosophique historique entre « mécanisme biologique » strict et « vitalisme » qui a structuré la biologie du dix-neuvième et du début du vingtième siècle peut être réconsidéré et rééclairé à travers le prisme de l'émergence. Les mécanistes soutenaient rigoureusement que tous les phénomènes biologiques s'expliquent entièrement par réduction aux lois physico-chimiques ; les vitalistes invoquaient des principes ou forces vitales irréductibles, surnaturelles. L'émergentisme, en particulier dans la version sophistiquée de Broad, offrait une troisième voie conceptuellement médiane : les organismes vivants sont entièrement constitués de matière physico-chimique ordinaire gouvernée par les lois de la physique et de la chimie, mais manifestent néanmoins des propriétés biologiques et obéissent à des lois biologiques qui, bien qu'en continuité naturelle avec les lois physiques, ne s'y réduisent pas entièrement[29].

La biologie contemporaine des systèmes dynamiques réactualise et valide cette perspective émergentiste en étudiant intensément les propriétés émergentes des réseaux biologiques complexes (réseaux métaboliques, réseaux de régulation génétique, réseaux de signalisation cellulaire, réseaux neuronaux) : ces propriétés réseau ne peuvent être comprises par l'analyse réductionniste isolée des composants (gènes, protéines, récepteurs) mais requièrent des approches systémiques intégratives modélisant la dynamique des interactions multiples[30].

Émergence et philosophie des sciences sociales

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Les sciences sociales posent de manière aiguë et centrale la question de l'émergence. Les phénomènes sociaux macroscopiques — institutions formelles, marchés économiques, langues naturelles, systèmes culturels — « émergent » causalement et temporellement des actions et interactions d'innombrables individus particuliers. Mais possèdent-ils réellement une réalité objective et une autonomie causale propres, ou ne constituent-ils que des façons commodes et pragmatiques de parler d'agrégats d'individus ?

L'« individualisme méthodologique » classique soutient rigoureusement que tous les phénomènes sociaux doivent s'expliquer ultimement par réduction aux propriétés, préférences et actions d'individus particuliers. Le « holisme méthodologique » affirme en revanche que certains faits sociaux cruciaux ne peuvent s'expliquer que par d'autres faits sociaux au niveau collectif, sans réduction aux individus. L'émergence offre une position médiane philosophiquement cohérente : les phénomènes sociaux dépendent ontologiquement strictement des individus et de leurs interactions (il n'y a pas de société sans individus, pas de marché sans acteurs économiques), mais possèdent néanmoins des propriétés structurelles et suivent des régularités causales qui ne se manifestent qu'au niveau collectif et exercent en retour une influence causale ou constitutive réelle sur les comportements individuels[31].

Émile Durkheim, dans son ouvrage fondateur Les Règles de la méthode sociologique (1895), défendait déjà une forme perspicace d'émergentisme social : il affirmait que les faits sociaux constituent « un ordre de faits spécifiques et irréductibles », émergeant de la combinaison et de l'interaction d'éléments individuels mais manifestant des propriétés « complètement étrangères » et inaccessibles à ces derniers pris isolément[32].

Conclusion : bilan et perspectives d'avenir

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La notion d'émergence occupe une position singulière et fertile dans le paysage philosophique et scientifique contemporain. Elle est à la fois profondément attirante conceptuellement et problématique philosophiquement, offrant une voie médiane intuitive entre réductionnisme strict et dualisme, tout en soulevant des difficultés conceptuelles sérieuses et peut-être insurmontables.

L'ambiguïté fondamentale entre émergence faible (principalement épistémique et computationnelle) et émergence forte (ontologiquement et causalement réelle) traverse l'ensemble des débats actuels et structure profondément les positions antagonistes.

L'émergence faible est largement acceptée et trouve de nombreuses applications fécondes et empiriquement validées dans les sciences de la complexité, la biologie des systèmes, les neurosciences cognitives, la physique des systèmes loin de l'équilibre. Elle correspond à une stratégie explicative scientifiquement légitime et importante, reconnaissant que certains phénomènes naturels, bien que dérivant causalement de processus de bas niveau réductibles en principe, requièrent pour leur compréhension effective et leur explication des concepts et des outils propres au niveau macroscopique.

L'émergence forte demeure hautement controversée. L'argument d'exclusion causale de Kim soulève des difficultés conceptuelles sérieuses et apparemment graves pour toute tentative de concilier physicalisme non réductionniste authentique et autonomie causale véritable des propriétés émergentes. Cependant, certains philosophes persévérants maintiennent que l'irréductibilité apparente de l'expérience consciente phénoménale — le « fossé explicatif » entre propriétés physico-chimiques et qualia — constitue un argument empirique et conceptuel puissant en faveur de l'émergence forte, même si cela implique de réviser certains présupposés du naturalisme physicaliste standard[33].

Au-delà des controverses métaphysiques persistantes, la notion d'émergence invite à une réflexion profonde sur la structure même de la réalité naturelle, l'organisation hiérarchique effectivement observable des sciences particulières, et les modes véritables d'explication et de compréhension scientifiques. Elle rappelle que la complexité remarquable du monde naturel ne se laisse peut-être pas entièrement capturer par le projet réductionniste classique de ramener toute réalité à un niveau fondamental unique et d'expliquer tous les phénomènes par ses seules lois microscopiques. Au contraire, la reconnaissance de niveaux d'organisation distincts avec leurs propriétés et leurs régularités propres, leur autonomie explicative et potentiellement causale, peut constituer non pas un échec de l'explication scientifique mais une caractéristique incontournable et peut-être inévitable de celle-ci.

Notes et références

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  1. Mill, John Stuart (1843). A System of Logic, Ratiocinative and Inductive, livre III, chapitre 6, Londres, John W. Parker
  2. McLaughlin, Brian P. (1992). "The Rise and Fall of British Emergentism", dans Beckermann, Ansgar; Flohr, Hans; Kim, Jaegwon (dir.), Emergence or Reduction?, Berlin, De Gruyter, p. 49-93
  3. Lewes, George Henry (1875). Problems of Life and Mind, 2 volumes, Londres, Trübner, vol. 2, p. 412
  4. Alexander, Samuel (1920). Space, Time, and Deity, 2 volumes, Londres, Macmillan
  5. Alexander, Samuel (1920). Space, Time, and Deity, vol. 2, livre IV, chapitres 44-46, p. 345-361
  6. Morgan, C. Lloyd (1923). Emergent Evolution, Londres, Williams & Norgate
  7. Morgan, C. Lloyd (1923). Emergent Evolution, p. 1-36
  8. Morgan, C. Lloyd (1923). Emergent Evolution, p. 15
  9. Broad, C. D. (1925). The Mind and its Place in Nature, Londres, Kegan Paul, réédition 1960
  10. Broad, C. D. (1925). The Mind and its Place in Nature, p. 55-79
  11. McLaughlin, Brian P. (1992). "The Rise and Fall of British Emergentism", p. 85-90
  12. Chalmers, David J. (2006). "Strong and Weak Emergence", dans Clayton, Philip; Davies, Paul (dir.), The Re-Emergence of Emergence, Oxford University Press, p. 244-256
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  14. Kim, Jaegwon (2000). "L'émergence, les modèles de réduction et le mental", Philosophiques, vol. 27, n° 1, p. 11-26
  15. Kim, Jaegwon (1998). Mind in a Physical World, Cambridge, MIT Press
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  29. Broad, C. D. (1925). The Mind and its Place in Nature, p. 43-79
  30. Kitano, Hiroaki (2002). "Systems Biology: A Brief Overview", Science, vol. 295, n° 5560, p. 1662-1664
  31. Sawyer, R. Keith (2005). Social Emergence: Societies as Complex Systems, Cambridge, Cambridge University Press
  32. Durkheim, Émile (1895). Les Règles de la méthode sociologique, 2nd édition, Paris, Félix Alcan, préface et introduction, p. xvi-xxv
  33. Chalmers, David J. (2006). "Strong and Weak Emergence", p. 244-256

Bibliographie sélective

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Textes classiques fondateurs :

  • Alexander, Samuel (1920). Space, Time, and Deity, 2 volumes, Londres, Macmillan.
  • Broad, C. D. (1925). The Mind and its Place in Nature, Londres, Kegan Paul; réédition 1960.
  • Mill, John Stuart (1843). A System of Logic, Ratiocinative and Inductive, Londres, John W. Parker.
  • Morgan, C. Lloyd (1923). Emergent Evolution, Londres, Williams & Norgate.

Études historiques et systématiques :

  • McLaughlin, Brian P. (1992). "The Rise and Fall of British Emergentism", dans Beckermann, A.; Flohr, H.; Kim, J. (dir.), Emergence or Reduction? Essays on the Prospects of Nonreductive Physicalism, Berlin, De Gruyter, p. 49-93.
  • McLaughlin, Brian P. (1997). "Emergence and Supervenience", Intellectica, vol. 25, p. 25-43.
  • O'Connor, Timothy; Wong, Hong Yu (2020). "Emergent Properties", Stanford Encyclopedia of Philosophy, édition d'été 2020.

Débats philosophiques contemporains :

  • Bedau, Mark A.; Humphreys, Paul (dir.) (2008). Emergence: Contemporary Readings in Philosophy and Science, Cambridge, MIT Press.
  • Chalmers, David J. (2006). "Strong and Weak Emergence", dans Clayton, P.; Davies, P. (dir.), The Re-Emergence of Emergence, Oxford, Oxford University Press, p. 244-256.
  • Gibb, Sophie; Hendry, Robin; Lancaster, Tom (dir.) (2019). The Routledge Handbook of Emergence, Londres, Routledge.
  • Kim, Jaegwon (1998). Mind in a Physical World, Cambridge, MIT Press.
  • Kim, Jaegwon (2005). Physicalism, or Something Near Enough, Princeton, Princeton University Press.
  • Kim, Jaegwon (2006). "Being Realistic about Emergence", dans Clayton, P.; Davies, P. (dir.), The Re-Emergence of Emergence, Oxford, Oxford University Press, p. 189-202.
  • Wilson, Jessica M. (2021). Metaphysical Emergence, Oxford, Oxford University Press.

Applications scientifiques empiriques :

  • Dehaene, Stanislas; Changeux, Jean-Pierre (2011). "Experimental and Theoretical Approaches to Conscious Processing", Neuron, vol. 70, n° 2, p. 200-227.
  • Gillett, Carl (2016). Reduction and Emergence in Science and Philosophy, Cambridge, Cambridge University Press.
  • Kitano, Hiroaki (2002). "Systems Biology: A Brief Overview", Science, vol. 295, n° 5560, p. 1662-1664.
  • Sawyer, R. Keith (2005). Social Emergence: Societies as Complex Systems, Cambridge, Cambridge University Press.