Dictionnaire de philosophie/A priori
L'expression a priori (littéralement « à partir de ce qui précède » en latin) désigne, en philosophie, ce qui est antérieur à l'expérience sensible et indépendant d'elle. Apparue dans la scolastique médiévale, cette expression a reçu d'Emmanuel Kant, au XVIIIe siècle, sa formulation moderne et systématique, qui oppose ce qui est connu indépendamment de l'expérience (l'a priori) à ce qui provient de l'expérience empirique (l'a posteriori).[1] Comprendre cette distinction permet de saisir comment s'articulent, dans notre connaissance du monde, les contributions respectives de notre esprit et de notre expérience sensible.
Origines historiques de la notion
[modifier | modifier le wikicode]Racines anciennes et médiévales
[modifier | modifier le wikicode]La distinction entre ce que l'on connaît par la seule pensée et ce que l'on connaît par l'observation trouve ses premières formulations dans l'Antiquité. Platon opposait la connaissance sensible, changeante et imparfaite, à la connaissance intelligible des Idées, éternelles et nécessaires.[2][3] Les vérités mathématiques, par exemple, semblaient ne pas dépendre de l'observation : que la somme des angles d'un triangle égale deux angles droits apparaît comme une vérité universelle et nécessaire, que l'on ne découvre pas par la mesure répétée de triangles concrets, mais que l'on saisit par l'intelligence.[4]
Les termes mêmes d'a priori et d'a posteriori n'apparaissent toutefois qu'au Moyen Âge. Ils proviennent du vocabulaire logique de la scolastique, où ils désignaient deux directions du raisonnement : le raisonnement a priori allait de la cause vers l'effet (du « premier » vers le « second »), tandis que le raisonnement a posteriori remontait de l'effet vers la cause.[5] Cette acception est donc très différente de celle que Kant leur donnera plus tard : chez les scolastiques, il ne s'agit pas encore d'un rapport à l'expérience sensible, mais d'un ordre entre causes et effets dans la démonstration. C'est seulement au cours du XVIIe et du XVIIIe siècle que les termes glissent vers leur sens épistémologique moderne, celui d'une opposition entre connaissance indépendante de l'expérience et connaissance tirée de l'expérience.[6]
Le débat entre rationalistes et empiristes
[modifier | modifier le wikicode]Au XVIIe siècle, la philosophie de la connaissance se structure autour d'un débat entre rationalistes et empiristes. Pour les rationalistes — Descartes, Spinoza, Leibniz — la raison possède des idées innées ou des principes indépendants de l'expérience : l'idée d'infini, les principes logiques (principe de contradiction, principe de raison suffisante), les vérités mathématiques.[7][8] Ces vérités seraient universelles, nécessaires, et connaissables par la seule raison. Pour les empiristes — Locke, Berkeley, Hume — toute connaissance provient au contraire de l'expérience sensible : avant toute expérience, notre esprit serait comme une « page blanche » (tabula rasa).[9][10]
Les empiristes ne nient pas qu'il existe des propositions dont la vérité peut être établie sans recourir à l'observation. Mais chaque auteur formule cette idée dans son propre vocabulaire. Locke distingue, au sein de notre connaissance, ce qui repose sur la perception de rapports entre idées (agreement or disagreement of ideas) et ce qui porte sur l'existence réelle des choses : les vérités mathématiques et morales relèvent du premier type et peuvent être connues avec certitude, sans dépendre de l'observation du monde extérieur.[11] Hume, de son côté, oppose les « relations d'idées » (les propositions de la géométrie, de l'algèbre, de l'arithmétique, « découvertes par la seule opération de la pensée ») aux « choses de fait », fondées sur l'expérience.[12] Leibniz, quant à lui — rationaliste mais interlocuteur principal des empiristes — distingue « vérités de raison » (nécessaires, fondées sur le principe de contradiction) et « vérités de fait » (contingentes, fondées sur le principe de raison suffisante).[13]
Il serait toutefois anachronique de projeter sur ces auteurs la grille conceptuelle kantienne. Les distinctions entre a priori et a posteriori, entre analytique et synthétique, entre nécessaire et contingent — que Kant présente comme orthogonales — ne se recoupent pas chez les classiques de la même façon qu'elles le feront plus tard. L'identification systématique de l'a priori avec l'analytique et le nécessaire est surtout caractéristique de certaines formes d'empirisme logique au XXe siècle, notamment chez Alfred Ayer, qui soutient explicitement que les vérités a priori sont des tautologies sans contenu factuel.[14] Les synthèses contemporaines insistent précisément sur la nécessité de séparer ces trois distinctions, qui ne coïncident ni chez les classiques ni, comme Kripke l'a montré, dans la philosophie actuelle.
La systématisation kantienne : les jugements synthétiques a priori
[modifier | modifier le wikicode]C'est Emmanuel Kant (1724-1804) qui, dans la Critique de la raison pure (1781, seconde édition 1787), confère à la distinction a priori / a posteriori son statut philosophique central et sa portée moderne.[15] Kant opère ce qu'il appelle une « révolution copernicienne » en philosophie : au lieu de penser que notre connaissance se règle sur les objets, il propose que les objets se règlent sur notre faculté de connaître. Cette thèse lui permet d'expliquer l'existence de connaissances a priori tout en évitant les impasses du rationalisme dogmatique (qui prétend connaître le réel par la seule raison) et du scepticisme empiriste (qui conteste la possibilité de toute connaissance nécessaire).
Critères de l'a priori : nécessité et universalité
[modifier | modifier le wikicode]Pour Kant, une connaissance est a priori si elle possède deux caractéristiques indissociables : la nécessité (elle ne peut pas être autrement) et l'universalité rigoureuse (elle vaut pour tous les cas sans exception possible).[16] Si l'on dit « tous les corps observés jusqu'à présent tombent », cette proposition est universelle empiriquement, mais non nécessaire : rien ne garantit absolument qu'un corps ne pourrait pas ne pas tomber. En revanche, « tout changement doit avoir une cause » est, selon Kant, une proposition à la fois nécessaire et universelle : on ne peut concevoir un changement sans cause.
Une connaissance a posteriori, au contraire, provient de l'expérience sensible, comme « cette rose est rouge » ou « l'eau bout à 100 °C sous pression normale ». De telles connaissances sont contingentes (elles auraient pu être autrement) et leur universalité n'est que provisoire, fondée sur l'accumulation d'observations.
Distinction entre analytique et synthétique
[modifier | modifier le wikicode]Kant introduit une seconde distinction, qu'il conçoit comme orthogonale à la première : celle entre jugements analytiques et jugements synthétiques.[17] Un jugement analytique est celui dans lequel « le prédicat est contenu dans le concept du sujet » : par exemple, « tout corps est étendu » — l'extension fait partie de la définition même du corps. Ces jugements sont purement explicatifs : ils clarifient ce que nous pensions déjà confusément, mais n'étendent pas notre connaissance. Ils sont toujours a priori, car on peut les établir par simple analyse conceptuelle, sans recourir à l'expérience.
Un jugement synthétique, à l'inverse, « ajoute au sujet un prédicat qui n'y était pas contenu » : par exemple, « tous les corps sont pesants ». Le concept de pesanteur n'est pas inclus dans celui de corps ; c'est une information qui accroît notre connaissance. Les jugements synthétiques sont le plus souvent a posteriori, fondés sur l'expérience empirique.
Les jugements synthétiques a priori
[modifier | modifier le wikicode]La thèse fondamentale de Kant est qu'il existe des jugements synthétiques a priori : des propositions qui étendent notre connaissance (synthétiques) tout en étant universelles, nécessaires et indépendantes de l'expérience (a priori).[18] Cette catégorie, inattendue puisqu'elle combine deux traits ordinairement dissociés, constitue selon Kant la clé de la connaissance scientifique.
Les exemples fondamentaux sont les jugements mathématiques. La proposition « 7 + 5 = 12 » n'est pas analytique, soutient Kant, car le concept de « 12 » n'est contenu ni dans « 7 » ni dans « 5 » ni dans celui de somme : pour parvenir à « 12 », il faut effectuer une synthèse mentale, une construction dans l'intuition. Pourtant, ce jugement est a priori : il est universel et nécessaire, valable indépendamment de toute observation empirique.[19] De même, les principes fondamentaux de la physique, comme « tout changement a une cause », sont synthétiques (ils étendent notre connaissance du monde) et a priori (ils sont nécessaires et universels).
Formes a priori de la sensibilité et de l'entendement
[modifier | modifier le wikicode]Comment expliquer la possibilité de ces jugements synthétiques a priori ? Kant répond que notre esprit impose des structures a priori à l'expérience. Ces structures sont de deux types, correspondant à deux facultés de connaissance distinctes.
L'espace et le temps : formes a priori de la sensibilité
[modifier | modifier le wikicode]Dans l'Esthétique transcendantale (première partie de la Critique de la raison pure), Kant soutient que l'espace et le temps ne sont pas des propriétés des choses en elles-mêmes, mais des formes a priori de notre sensibilité — c'est-à-dire des conditions sous lesquelles seulement quelque chose peut nous être donné comme objet.[20] L'espace est la forme du « sens externe » : tout ce qui nous apparaît comme extérieur se présente nécessairement dans l'espace. Le temps est la forme du « sens interne » : toutes nos représentations, qu'elles soient externes ou internes, se succèdent dans le temps. Ces formes ne dérivent pas de l'expérience ; au contraire, elles sont les conditions de possibilité de toute expérience.
Kant insiste sur le fait que la sensibilité possède ses propres structures a priori qui organisent toute réception d'objets. L'a priori n'est donc pas l'apanage de l'intellect : il concerne aussi notre capacité intuitive et sensible.
Cette thèse explique, pour Kant, la nature a priori de la géométrie : celle-ci étudie les propriétés nécessaires de l'espace en tant que forme de notre sensibilité. Les vérités géométriques sont donc synthétiques (elles étendent notre connaissance de l'espace) et a priori (elles découlent de la structure spatiale que notre esprit impose aux phénomènes).
Les catégories : formes a priori de l'entendement
[modifier | modifier le wikicode]Dans l'Analytique transcendantale, Kant identifie les catégories ou concepts purs de l'entendement : substance, causalité, unité, pluralité, nécessité, possibilité, etc.[21] Ces catégories sont a priori : elles ne dérivent pas de l'expérience, mais structurent toute expérience possible. Par exemple, nous ne pouvons faire l'expérience d'une succession temporelle sans y introduire des relations de causalité : c'est notre entendement qui impose a priori la catégorie de cause et effet.
Les catégories permettent de transformer les données sensibles en objets de connaissance. Sans elles, l'expérience serait un chaos d'impressions désordonnées. Kant formule ce point dans une phrase célèbre : « Des pensées sans contenu sont vides, des intuitions sans concepts sont aveugles. »[22] Les deux ensembles de structures a priori — formes de la sensibilité (espace et temps) et catégories de l'entendement — sont nécessaires l'un et l'autre pour que la connaissance soit possible.
Idéalisme transcendantal et limites de l'a priori
[modifier | modifier le wikicode]Cette doctrine a un corollaire important : nous ne connaissons que les phénomènes (les objets tels qu'ils nous apparaissent, structurés par nos formes a priori), jamais les choses en soi (les objets tels qu'ils sont indépendamment de notre faculté de connaître).[23] L'a priori gagne en universalité et en nécessité ce qu'il perd en portée métaphysique : nous ne pouvons connaître a priori que ce que notre esprit a lui-même mis dans les choses, non ce que les choses sont en elles-mêmes.
Cette limitation a des conséquences considérables pour la métaphysique traditionnelle. Les catégories, bien qu'a priori, ne s'appliquent légitimement qu'aux objets d'expérience possible. Toute tentative de les appliquer au-delà — par exemple pour démontrer l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme ou la liberté absolue — constitue un usage illégitime de la raison, qui engendre des contradictions insolubles : les « antinomies » de la raison pure.[24]
L'a priori après Kant : critiques, reprises, transformations
[modifier | modifier le wikicode]La théorie kantienne a suscité d'intenses débats qui se poursuivent jusqu'à nos jours.
La critique empiriste : Quine et le holisme
[modifier | modifier le wikicode]Au XXe siècle, le philosophe américain Willard Van Orman Quine (1908-2000) attaque frontalement la distinction entre analytique et synthétique. Dans son article « Deux dogmes de l'empirisme » (1951), Quine soutient que la frontière entre propositions analytiques et propositions synthétiques, loin d'être nette, est indéfendable : aucune définition satisfaisante de l'analyticité ne résiste à l'examen.[25] Quine propose à la place une conception holiste de la connaissance : nos croyances forment un « réseau » solidaire où chaque élément, y compris les vérités logiques et mathématiques, peut en principe être révisé face à l'expérience. Il n'y aurait donc pas de vérités absolument à l'abri de toute révision empirique. La critique de Quine ne porte pas directement sur le concept d'a priori au sens épistémologique (le mode de justification indépendant de l'expérience), mais elle sape la distinction analytique/synthétique qui, depuis Kant, servait de cadre pour penser l'a priori. Elle a ouvert un débat considérable, notamment avec la réponse de Grice et Strawson, qui défendent la distinction contre Quine en montrant qu'elle repose sur une pratique linguistique stable et partagée.[26]
Le positivisme logique du Cercle de Vienne (années 1920-1930) avait déjà, avant Quine, cherché à réduire l'a priori au domaine analytique, en rejetant les jugements synthétiques a priori kantiens.[27] Pour des philosophes comme Carnap, les vérités dites a priori — en logique et en mathématiques — sont des vérités purement linguistiques, résultant de conventions concernant le cadre linguistique adopté.
L'a priori matériel : la phénoménologie
[modifier | modifier le wikicode]À l'opposé de la tradition empiriste, la phénoménologie, initiée par Edmund Husserl (1859-1938), défend l'existence d'un a priori matériel.[28] Pour Husserl, il existe des structures essentielles non formelles, accessibles par l'intuition eidétique (c'est-à-dire par la saisie directe des essences) : par exemple, les lois d'essence qui régissent les rapports entre couleur et étendue (toute couleur suppose une surface colorée), ou entre promesse et obligation. Ces vérités ne se réduisent ni à des conventions linguistiques ni à des tautologies formelles ; elles portent sur le contenu même des phénomènes.
Max Scheler (1874-1928) prolonge cette idée en éthique : les valeurs morales (le noble, le sacré, l'utile, l'agréable) possèdent selon lui un ordre hiérarchique qui n'est ni conventionnel ni empirique, mais donné dans une intuition émotionnelle a priori.[29] Cette conception élargit considérablement le champ de l'a priori en y incluant des domaines que Kant avait exclus : l'esthétique, l'éthique matérielle, la sphère affective.
Plus tard, Mikel Dufrenne (1910-1995) parle d'un « a priori matériel » pour désigner des structures de sens qui, sans être dérivées de l'expérience empirique individuelle, sont inscrites dans la culture et l'histoire.[30] Cet a priori perd son caractère strictement formel et universel pour devenir variable selon les époques et les cultures, tout en conservant une certaine nécessité au sein de chaque configuration historique.
Nécessité, a priori et modalité : Kripke
[modifier | modifier le wikicode]Le philosophe américain Saul Kripke (1940-2022), dans La logique des noms propres (1980), a montré que les notions de nécessité, d'a priori et d'analyticité, souvent confondues, doivent être soigneusement distinguées.[31] La nécessité est une propriété métaphysique : elle concerne ce qui ne peut pas être autrement, dans tous les mondes possibles. L'a priori est une propriété épistémologique : il concerne le mode par lequel on connaît ou justifie une proposition (indépendamment de l'expérience). L'analyticité est une propriété sémantique : elle concerne les propositions vraies en vertu de la signification de leurs termes. Or ces trois propriétés ne coïncident pas nécessairement.
Kripke donne deux types de contre-exemples frappants. Premièrement, certaines vérités sont a priori sans être nécessaires. La proposition « le mètre étalon de Paris mesure un mètre » est connaissable a priori (par stipulation : c'est cet objet qui fixe la définition du mètre), mais contingente (ce morceau de métal aurait pu avoir une longueur légèrement différente dans d'autres circonstances). Deuxièmement, certaines vérités nécessaires ne sont connaissables qu'a posteriori. L'identité « l'étoile du soir est l'étoile du matin » (toutes deux étant Vénus) est nécessaire — dans tout monde possible où ces objets existent, ils sont identiques — mais elle a été découverte par l'observation astronomique, non par la réflexion pure.
Ces résultats ont profondément transformé le débat sur l'a priori en montrant qu'il est impossible de traiter comme équivalentes les questions « cette proposition est-elle nécessaire ? », « est-elle connaissable a priori ? » et « est-elle analytique ? ». La philosophie contemporaine doit travailler avec ces trois distinctions séparées.
Le néo-kantisme et la relativisation de l'a priori
[modifier | modifier le wikicode]Les néo-kantiens du XIXe siècle et du début du XXe siècle — Hermann Cohen, Paul Natorp, Ernst Cassirer — ont cherché à adapter la théorie kantienne aux transformations scientifiques : les géométries non euclidiennes, la théorie de la relativité, la mécanique quantique semblaient contredire l'idée d'un a priori fixe et définitif.[32] Pour Cassirer, les formes a priori ne sont plus des structures immuables de l'esprit, mais des « fonctions symboliques » qui évoluent avec le développement scientifique, tout en conservant un rôle constitutif : chaque théorie scientifique présuppose un cadre de principes a priori qui rendent possible l'interprétation de l'expérience, mais ce cadre peut lui-même changer lors des grandes transformations théoriques.
Michael Friedman, dans la lignée de Cassirer, a développé l'idée d'un a priori « relativisé » ou « constitutif » : les principes a priori d'une théorie physique ne sont pas révisables de la même manière que les hypothèses empiriques ordinaires, mais ils ne sont pas non plus absolument à l'abri de toute révision.[33] Cette position tente de conserver l'intuition kantienne d'un rôle constitutif de l'a priori tout en acceptant la leçon des changements scientifiques.
L'a priori dans la philosophie contemporaine
[modifier | modifier le wikicode]La notion d'a priori demeure au cœur de plusieurs débats importants. La section qui suit distingue les principales lignes de discussion, en commençant par les questions épistémologiques les plus fondamentales, souvent absentes des présentations introductives.
La justification a priori : nature, sources et faillibilité
[modifier | modifier le wikicode]L'un des débats les plus vifs de l'épistémologie contemporaine porte sur la nature même de la justification a priori. Dire qu'une croyance est justifiée a priori, c'est dire que sa justification ne repose pas sur l'expérience — qu'il s'agisse de la perception sensible, de l'observation empirique, de l'introspection ou de toute autre forme d'évidence tirée du contact avec le monde.[34] Mais sur quoi repose alors cette justification ?
Le rationalisme modéré, défendu notamment par Laurence BonJour, soutient que la justification a priori repose sur l'« intuition rationnelle » ou l'« évidence intellectuelle » : lorsque nous saisissons que la proposition « rien ne peut être entièrement rouge et entièrement vert au même moment » est vraie, nous nous appuyons sur une sorte de « voir » intellectuel, analogue (mais non identique) à la perception sensible.[35] George Bealer parle d'« intuitions » au sens technique — des états mentaux où une proposition nous apparaît vraie sans que cette apparence repose sur l'inférence, la mémoire ou la perception — et soutient que ces intuitions constituent une source irréductible de justification a priori.[36]
Une question centrale est celle de la faillibilité : la justification a priori peut-elle être erronée ? Le rationalisme infaillibiliste traditionnel (attribué, peut-être un peu vite, à Descartes) répondait non : ce qui est connu a priori est connu avec certitude. Mais la plupart des épistémologues contemporains adoptent un rationalisme faillibiliste : une croyance peut être justifiée a priori tout en étant révisable, voire fausse.[37] L'histoire des mathématiques offre des exemples instructifs : des propositions longtemps tenues pour évidentes a priori (comme l'axiome des parallèles d'Euclide, ou certaines intuitions ensemblistes) se sont révélées contestables ou fausses.
Se pose alors le problème de la défaisabilité (defeasibility) : la justification a priori peut-elle être défaite par des considérations empiriques ? Si un mathématicien croit a priori avoir trouvé une démonstration correcte, mais qu'un ordinateur vérifie les calculs et signale une erreur, la justification a priori initiale est-elle annulée par cette donnée empirique ? Albert Casullo distingue plusieurs manières dont l'expérience peut interagir avec la justification a priori : l'expérience ne fonde pas cette justification, mais elle peut la confirmer, la renforcer ou l'affaiblir.[38] Cette discussion prolonge et nuance la critique quinienne en montrant que même les défenseurs de l'a priori peuvent reconnaître des formes d'interaction avec l'expérience, sans pour autant dissoudre la notion.
Timothy Williamson a récemment proposé une critique d'un autre genre : selon lui, la distinction entre a priori et a posteriori est moins nette qu'on ne le suppose, car la plupart des processus cognitifs réels mêlent des éléments expérientiels et non expérientiels de manière inextricable.[39] Plutôt que de demander si une connaissance est a priori ou a posteriori, Williamson suggère de s'intéresser à la fiabilité et à la robustesse des méthodes cognitives employées, quelle que soit leur classification.
A priori, analyticité et modalité : le paysage après Kripke
[modifier | modifier le wikicode]Les résultats de Kripke ont ouvert un espace de recherche très actif sur les rapports entre a priori, analyticité et nécessité. David Chalmers et Frank Jackson ont développé le « bidimensionnalisme sémantique », qui tente de restaurer un lien systématique entre a priori et nécessité en distinguant deux dimensions de signification (le contenu « primaire » et le contenu « secondaire » d'un énoncé).[40] Selon cette approche, les nécessités a posteriori de Kripke (comme « l'eau est HModèle:SubO ») ne sont pas de vraies exceptions : leur contenu primaire (ce que l'énoncé dit dans le monde actuel) est en réalité a priori, tandis que leur contenu secondaire (ce qu'il dit dans tous les mondes possibles) est nécessaire. Le bidimensionnalisme est discuté et contesté, mais il témoigne de la vitalité du débat.
Paul Boghossian a distingué deux conceptions de l'analyticité — la conception « métaphysique » (les propositions analytiques sont vraies en vertu de la signification seule) et la conception « épistémologique » (les propositions analytiques sont celles dont la compréhension suffit à justifier leur acceptation) — et a soutenu que seule la seconde résiste aux critiques quiniennes.[41] Ce travail montre que la question du rapport entre analyticité et a priori reste ouverte et féconde.
L'a priori, les sciences cognitives et la question de l'innéité
[modifier | modifier le wikicode]La question de l'a priori réapparaît dans les sciences cognitives sous la forme du débat sur l'innéisme : existe-t-il des structures cognitives innées, indépendantes de l'expérience individuelle ? Le linguiste Noam Chomsky défend l'existence d'une « grammaire universelle » innée qui structure l'acquisition du langage.[42] Certains psychologues du développement, comme Elizabeth Spelke, ont identifié des « systèmes de connaissance fondamentale » (core knowledge) chez le nourrisson — une appréhension intuitive des nombres, des objets physiques, de la géométrie — qui semblent précéder toute instruction.[43]
Cependant, il est important de ne pas confondre innéité et a priori. L'a priori est d'abord une notion épistémologique : il concerne le mode de justification d'une proposition ou d'une croyance — le fait qu'elle puisse être justifiée indépendamment de l'expérience (au sens large : perception, observation, évidence empirique sous toutes ses formes). L'innéité, en revanche, est une notion portant sur la genèse ou l'origine d'une structure cognitive : elle dit que cette structure n'a pas été acquise par apprentissage individuel, mais est présente dès la naissance (ou dès un stade très précoce du développement). Une structure cognitive peut être innée sans que les croyances qu'elle produit soient justifiées a priori ; inversement, une justification a priori peut en principe ne reposer sur aucune structure innée identifiable.[44]
L'épistémologie évolutionniste, issue notamment des travaux du biologiste Konrad Lorenz (1903-1989), illustre cette distinction de manière éclairante.[45] Lorenz propose de comprendre les structures kantiennes de perception et de cognition — notre appréhension de l'espace, du temps, de la causalité — comme des adaptations évolutives : elles seraient a priori pour l'individu (présentes avant toute expérience personnelle), mais a posteriori pour l'espèce (résultant d'une longue sélection naturelle). Cette perspective est suggestive, mais elle transpose la question de l'a priori du plan épistémologique (comment une croyance est-elle justifiée ?) au plan génétique (comment une structure cognitive est-elle acquise ?). Or ce sont deux questions distinctes. Le fait qu'une capacité cognitive ait une origine évolutive ne dit rien, en tant que tel, sur le statut justificatif des croyances qu'elle produit : une capacité innée peut engendrer des croyances fausses, et une croyance justifiée a priori peut n'avoir aucun fondement biologique identifiable.
Philosophie morale et politique
[modifier | modifier le wikicode]L'a priori joue également un rôle en éthique. Kant lui-même fonde sa philosophie morale sur un principe a priori : l'impératif catégorique, qui prescrit d'agir uniquement selon une maxime que l'on pourrait vouloir ériger en loi universelle.[46] Ce principe ne dérive pas de l'expérience, mais de la raison pratique pure.
Parmi les contemporains, Christine Korsgaard défend encore une conception kantienne de la moralité fondée sur des principes a priori de la raison pratique.[47] La tradition phénoménologique, dans la lignée de Scheler, explore de son côté un a priori matériel des valeurs : l'existence de hiérarchies axiologiques (le noble supérieur à l'agréable, le sacré supérieur à l'utile) qui, sans être dérivées de l'expérience empirique, structurent notre vie morale et affective.
Conclusion
[modifier | modifier le wikicode]La distinction entre a priori et a posteriori, loin d'être une simple classification scolaire, engage toute une conception de la connaissance humaine et de ses limites. Elle pose la question suivante : qu'est-ce que notre esprit apporte à la connaissance du réel, et qu'est-ce qu'il reçoit de l'expérience ?
Si la réponse kantienne — avec ses formes a priori de la sensibilité et ses catégories de l'entendement — n'est plus acceptée telle quelle, elle a durablement marqué la philosophie en montrant que la connaissance n'est jamais une simple réception passive de données, mais implique toujours une activité structurante du sujet connaissant. Les débats contemporains sur la nature de la justification a priori, sa faillibilité, les rapports entre a priori, analyticité et nécessité, le rôle de l'intuition rationnelle, le statut des principes scientifiques ou les structures cognitives innées s'inscrivent tous, d'une manière ou d'une autre, dans l'héritage de cette distinction.
Comprendre la notion d'a priori, c'est saisir l'un des fils conducteurs de l'histoire de la philosophie : la tentative de délimiter ce qui, dans notre connaissance du monde, relève de la constitution propre de notre esprit et ce qui provient de l'expérience sensible — autrement dit, de comprendre comment nous connaissons et quelles sont les conditions de possibilité de notre savoir.
Notes et références
[modifier | modifier le wikicode]- ↑ Kant, E., Critique de la raison pure, 1781/1787, trad. A. Renaut, Garnier-Flammarion, 2006, Introduction, B1-B6.
- ↑ Platon, La République, VI-VII (allégorie de la Ligne et de la Caverne), trad. G. Leroux, Garnier-Flammarion, 2004.
- ↑ Platon, Ménon, 80d-86c (le passage de la réminiscence géométrique), trad. M. Canto-Sperber, Garnier-Flammarion, 1993.
- ↑ Brisson, L. et Ofman, S., « Comprendre les mathématiques pour comprendre Platon – Théétète (ged147d-148b) », Archives de philosophie, 2014, t. 77, n° 4, p. 621-640.
- ↑ Cf. Albert le Grand, Analytica posteriora, I, 2 ; Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, q. 2, a. 2.
- ↑ Kauppi, R., « Über die Begriffe "a priori" und "a posteriori" », in R. Kauppi, Sehen und Denken, University of Tampere, 1990 ; sur cette évolution sémantique, voir aussi Ferrarin, A., « Construction and Mathematical Schematism : Kant on the Exhibition of a Concept in Intuition », Kant-Studien, vol. 86, 1995, p. 131-174.
- ↑ Descartes, R., Méditations métaphysiques, 1641, III (idée d'infini), éd. J.-M. Beyssade et M. Beyssade, Garnier-Flammarion, 2011.
- ↑ Leibniz, G. W., Nouveaux essais sur l'entendement humain, 1765, Préface et I, 1, éd. J. Brunschwig, Garnier-Flammarion, 1990.
- ↑ Locke, J., Essai sur l'entendement humain, 1689, II, 1, § 2, trad. J.-M. Vienne, Vrin, 2001.
- ↑ Hume, D., Enquête sur l'entendement humain, 1748, IV, trad. A. Leroy, rév. M. Beyssade, Garnier-Flammarion, 2006.
- ↑ Locke, J., Essai sur l'entendement humain, IV, 3, § 18-20 ; IV, 9, § 1.
- ↑ Hume, D., Enquête sur l'entendement humain, IV, 1.
- ↑ Leibniz, G. W., Monadologie, 1714, § 33.
- ↑ Ayer, A. J., Language, Truth and Logic, Gollancz, 1936, chap. 4.
- ↑ Kant, E., Critique de la raison pure, 1781/1787, trad. A. Renaut, Garnier-Flammarion, 2006.
- ↑ Kant, E., Critique de la raison pure, Introduction, B3-B4.
- ↑ Kant, E., Prolégomènes à toute métaphysique future, 1783, § 2, trad. J. Gibelin, rév. J. Rivelaygue, Vrin, 1986.
- ↑ Kant, E., Critique de la raison pure, B19.
- ↑ Kant, E., Critique de la raison pure, Introduction, B15-B16.
- ↑ Kant, E., Critique de la raison pure, A22/B37 sq.
- ↑ Kant, E., Critique de la raison pure, A80/B106.
- ↑ Kant, E., Critique de la raison pure, A51/B75.
- ↑ Kant, E., Critique de la raison pure, Bxxvi.
- ↑ Kant, E., Critique de la raison pure, A405-567/B432-595.
- ↑ Quine, W. V. O., « Two Dogmas of Empiricism », The Philosophical Review, vol. 60, n° 1, 1951, p. 20-43 ; repris dans From a Logical Point of View, Harvard UP, 1953, chap. 2.
- ↑ Grice, H. P. et Strawson, P. F., « In Defense of a Dogma », Philosophical Review, vol. 65, n° 2, 1956, p. 141-158.
- ↑ Carnap, R., Der logische Aufbau der Welt, 1928 ; Schlick, M., « Is There a Factual A Priori? », in H. Feigl & W. Sellars (éds.), Readings in Philosophical Analysis, Appleton-Century-Crofts, 1949.
- ↑ Husserl, E., Recherches logiques, 1900-1901, III (théorie des touts et des parties), trad. H. Élie, A. L. Kelkel et R. Schérer, PUF, 1961-1963.
- ↑ Scheler, M., Le formalisme en éthique et l'éthique matériale des valeurs, 1913-1916, trad. M. de Gandillac, Gallimard, 1955, Ire partie.
- ↑ Dufrenne, M., L'inventaire des a priori. Recherche de l'originaire, Christian Bourgois, 1981 ; rééd. PU de Caen, 2018.
- ↑ Kripke, S., Naming and Necessity, Harvard UP, 1980 ; trad. fr. P. Jacob et F. Recanati, La logique des noms propres, Minuit, 1982.
- ↑ Cassirer, E., Substance et fonction, 1910, trad. P. Caussat, Minuit, 1977 ; Cassirer, E., La théorie de la relativité d'Einstein, 1921, trad. J. Seidengart, Cerf, 2000.
- ↑ Friedman, M., Dynamics of Reason, CSLI Publications, 2001, chap. 2-3.
- ↑ Les formulations varient selon les auteurs : certains parlent d'indépendance à l'égard de l'« expérience perceptive » (BonJour), d'autres de l'« expérience » tout court (Casullo), d'autres encore de l'« évidence empirique » (Kitcher). Sur ces variations, voir Casullo, A., A Priori Justification, Oxford UP, 2003, chap. 1, p. 27-38.
- ↑ BonJour, L., In Defense of Pure Reason. A Rationalist Account of A Priori Justification, Cambridge UP, 1998, chap. 4.
- ↑ Bealer, G., « The Incoherence of Empiricism », Proceedings of the Aristotelian Society, suppl. vol. 66, 1992, p. 99-138.
- ↑ Casullo, A., A Priori Justification, Oxford UP, 2003, chap. 2-3.
- ↑ Casullo, A., A Priori Justification, Oxford UP, 2003, chap. 3-4 ; voir aussi Kitcher, P., The Nature of Mathematical Knowledge, Oxford UP, 1983, chap. 4.
- ↑ Williamson, T., The Philosophy of Philosophy, Blackwell, 2007, chap. 5.
- ↑ Chalmers, D., « Does Conceivability Entail Possibility? », in T. Gendler et J. Hawthorne (éds.), Conceivability and Possibility, Oxford UP, 2002, p. 145-200 ; Jackson, F., From Metaphysics to Ethics, Oxford UP, 1998.
- ↑ Boghossian, P., « Analyticity Reconsidered », Noûs, vol. 30, n° 3, 1996, p. 360-391.
- ↑ Chomsky, N., Règles et représentations, 1980, trad. A. Kihm, Flammarion, 1985.
- ↑ Spelke, E. S. et Kinzler, K. D., « Core Knowledge », Developmental Science, vol. 10, n° 1, 2007, p. 89-96.
- ↑ Casullo, A., A Priori Justification, Oxford UP, 2003, p. 145-150 ; Boghossian, P. et Peacocke, C. (éds.), New Essays on the A Priori, Oxford UP, 2000, Introduction.
- ↑ Lorenz, K., « Kants Lehre vom Apriorischen im Lichte gegenwärtiger Biologie », Blätter für deutsche Philosophie, vol. 15, 1941, p. 94-125.
- ↑ Kant, E., Fondation de la métaphysique des mœurs, 1785, trad. A. Renaut, Garnier-Flammarion, 1994, Deuxième section.
- ↑ Korsgaard, C., Creating the Kingdom of Ends, Cambridge UP, 1996, chap. 1-3.
Bibliographie
[modifier | modifier le wikicode]Sources primaires classiques
[modifier | modifier le wikicode]- Platon, La République, trad. G. Leroux, Garnier-Flammarion, 2004.
- Platon, Ménon, trad. M. Canto-Sperber, Garnier-Flammarion, 1993.
- Descartes, René, Méditations métaphysiques, 1641, éd. J.-M. Beyssade et M. Beyssade, Garnier-Flammarion, 2011.
- Leibniz, Gottfried W., Nouveaux essais sur l'entendement humain, 1765, éd. J. Brunschwig, Garnier-Flammarion, 1990.
- Leibniz, Gottfried W., Monadologie, 1714, éd. É. Boutroux, Delagrave, 1991.
- Locke, John, Essai sur l'entendement humain, 1689, trad. J.-M. Vienne, Vrin, 2001-2006 (2 vol.).
- Hume, David, Traité de la nature humaine, 1739, trad. Ph. Baranger et Ph. Saltel, Garnier-Flammarion, 1993-1999 (3 vol.).
- Hume, David, Enquête sur l'entendement humain, 1748, trad. A. Leroy, rév. M. Beyssade, Garnier-Flammarion, 2006.
- Kant, Emmanuel, Critique de la raison pure, 1781/1787, trad. A. Renaut, Garnier-Flammarion, 2006 ; trad. A. Tremesaygues et B. Pacaud, PUF, coll. « Quadrige », 2012.
- Kant, Emmanuel, Prolégomènes à toute métaphysique future, 1783, trad. J. Gibelin, rév. J. Rivelaygue, Vrin, 1986.
- Kant, Emmanuel, Fondation de la métaphysique des mœurs, 1785, trad. A. Renaut, Garnier-Flammarion, 1994.
Développements post-kantiens et XXe siècle
[modifier | modifier le wikicode]- Ayer, Alfred J., Language, Truth and Logic, Gollancz, 1936 ; rééd. Penguin, 2001.
- Husserl, Edmund, Recherches logiques, 1900-1901, trad. H. Élie, A. L. Kelkel et R. Schérer, PUF, 1961-1963 (3 vol.).
- Scheler, Max, Le formalisme en éthique et l'éthique matériale des valeurs, 1913-1916, trad. M. de Gandillac, Gallimard, 1955.
- Carnap, Rudolf, Der logische Aufbau der Welt, 1928 ; trad. angl. The Logical Structure of the World, Open Court, 2003.
- Cassirer, Ernst, Substance et fonction, 1910, trad. P. Caussat, Minuit, 1977.
- Quine, Willard Van Orman, « Two Dogmas of Empiricism », The Philosophical Review, vol. 60, n° 1, 1951, p. 20-43 ; repris dans From a Logical Point of View, Harvard UP, 1953.
- Quine, Willard Van Orman, Word and Object, MIT Press, 1960.
- Grice, Herbert P. et Strawson, Peter F., « In Defense of a Dogma », Philosophical Review, vol. 65, n° 2, 1956, p. 141-158.
- Kripke, Saul, Naming and Necessity, Harvard UP, 1980 ; trad. fr. P. Jacob et F. Recanati, La logique des noms propres, Minuit, 1982.
- Dufrenne, Mikel, L'inventaire des a priori. Recherche de l'originaire, Christian Bourgois, 1981 ; rééd. PU de Caen, 2018.
Épistémologie contemporaine de l'a priori
[modifier | modifier le wikicode]- Boghossian, Paul et Peacocke, Christopher (éds.), New Essays on the A Priori, Oxford UP, 2000.
- Boghossian, Paul, « Analyticity Reconsidered », Noûs, vol. 30, n° 3, 1996, p. 360-391.
- BonJour, Laurence, In Defense of Pure Reason. A Rationalist Account of A Priori Justification, Cambridge UP, 1998.
- Casullo, Albert, A Priori Justification, Oxford UP, 2003.
- Casullo, Albert (éd.), A Priori Knowledge, Oxford UP, 2012 (anthologie de textes classiques et contemporains).
- Chalmers, David, « Does Conceivability Entail Possibility? », in T. Gendler et J. Hawthorne (éds.), Conceivability and Possibility, Oxford UP, 2002, p. 145-200.
- Kitcher, Philip, The Nature of Mathematical Knowledge, Oxford UP, 1983.
- Williamson, Timothy, The Philosophy of Philosophy, Blackwell, 2007.
Études et manuels sur Kant
[modifier | modifier le wikicode]- Benoist, Jocelyn, L'a priori conceptuel. Bolzano, Husserl, Schlick, Vrin, 1999.
- Friedman, Michael, Kant and the Exact Sciences, Harvard UP, 1992.
- Friedman, Michael, Dynamics of Reason, CSLI Publications, 2001.
- Gueroult, Martial, La Critique de la raison pure de Kant, Collège de France, 2022.
- Guillermit, Louis, Leçons sur la Critique de la raison pure de Kant, Vrin, 2008.
- Guyer, Paul, Kant, Routledge, 2006.
- Pascal, Georges, Pour connaître la pensée de Kant, Bordas, 1996.
- Vuillemin, Jules, Leçons sur Kant, PUF, 1967.
Philosophie morale, sciences cognitives, perspectives complémentaires
[modifier | modifier le wikicode]- Chomsky, Noam, Règles et représentations, 1980, trad. A. Kihm, Flammarion, 1985.
- Korsgaard, Christine, Creating the Kingdom of Ends, Cambridge UP, 1996.
- Lorenz, Konrad, « Kants Lehre vom Apriorischen im Lichte gegenwärtiger Biologie », Blätter für deutsche Philosophie, vol. 15, 1941, p. 94-125.
- Spelke, Elizabeth S. et Kinzler, Katherine D., « Core Knowledge », Developmental Science, vol. 10, n° 1, 2007, p. 89-96.
- Jackson, Frank, From Metaphysics to Ethics, Oxford UP, 1998.