Dictionnaire de philosophie/Absolutisme
L'absolutisme est une forme de gouvernement dans laquelle le souverain revendique une autorité suprême et indivisible, sans contre-pouvoir institutionnel régulier capable de limiter l'exercice de son pouvoir législatif et exécutif. Dans la terminologie du droit romain, qui a joué un rôle central dans plusieurs constructions savantes de l'absolutisme continental, le souverain est legibus solutus : délié des lois qu'il édicte lui-même. Cette formule, on le verra, n'implique pourtant pas l'absence de toute contrainte doctrinale ou coutumière. L'absolutisme désigne principalement les monarchies européennes, et en particulier celles de France, d'Espagne, de Russie et de Prusse, du milieu du XVIe siècle à la fin du XVIIIe siècle, étant entendu que la chronologie varie selon les pays : l'absolutisme brandebourgeois-prussien et l'absolutisme russe relèvent surtout des XVIIe et XVIIIe siècles.[1] Toutefois, une forme d'absolutisme a existé dans presque tous les États européens jusqu'à la fin du XVIIIe siècle.
Le mot et la chose
[modifier | modifier le wikicode]Une catégorie forgée après coup
[modifier | modifier le wikicode]Le terme « absolutisme » lui-même est récent : forgé à la toute fin du XVIIIe siècle, on le relève dès 1796 dans la France postrévolutionnaire, où il sert à qualifier, et surtout à disqualifier, le régime politique qui avait précédé la Révolution française. Son usage ne se répandit vraiment qu'au cours du XIXe siècle, et le mot ne figure dans le Dictionnaire de l'Académie française qu'à partir de 1878. Bien que le terme soit récent, le concept lui-même et les pratiques auxquelles il se réfère ont marqué plusieurs siècles d'histoire européenne.
La difficulté d'une définition univoque
[modifier | modifier le wikicode]Comme la plupart des termes politiques, l'absolutisme n'est pas un concept univoque. L'historiographie contemporaine a souligné la difficulté qu'il y a à en faire une catégorie homogène : le mot recouvre des réalités institutionnelles très diverses et sert autant à décrire des pratiques de gouvernement qu'à désigner un discours de légitimation du pouvoir royal.[2] Plutôt qu'un système doctrinal figé, l'absolutisme se laisse mieux décrire comme un faisceau de questions liées : la nature de la souveraineté, le fondement de l'autorité du souverain, les limites de son pouvoir et son effectivité historique. C'est en suivant ces quatre questions que l'on peut en restituer les articulations.
Le problème de la souveraineté : qu'est-ce qu'un pouvoir « absolu » ?
[modifier | modifier le wikicode]La première question porte sur le concept même de pouvoir absolu, c'est-à-dire sur ce que signifie, pour une autorité, d'être souveraine.
Une autorité suprême, indivisible et perpétuelle
[modifier | modifier le wikicode]C'est Jean Bodin (1530-1596) qui, dans Les six livres de la République (1576), donne à la souveraineté sa première théorisation systématique.[3] Pour Bodin, l'État, qu'il nomme la « République », était le gouvernement légitime de plusieurs familles. Le souverain occupait la même position vis-à-vis de la société que le père vis-à-vis des membres de sa famille, ce qui lui conférait un pouvoir absolu et incontesté sur eux. La souveraineté, qui allait devenir le terme clé dans toutes les discussions ultérieures sur l'autorité royale, pouvait ainsi être définie comme « la puissance de donner loi aux sujets en général sans leur consentement ».[4] L'autorité légale et l'État lui-même devenaient ainsi une expression de la volonté législative du roi. Toutefois, comme l'ont montré Quentin Skinner et Julian Franklin, la théorie bodinienne de la souveraineté ne se réduit pas à une apologie du pouvoir sans bornes : Bodin distingue soigneusement la monarchie « royale » ou « légitime » de la monarchie « tyrannique », et maintient que le souverain, tout en étant au-dessus des lois civiles, reste lié par le droit naturel, le droit des gens et les lois fondamentales du royaume.[5]
Le souverain et la loi : le roi est-il la source du droit ?
[modifier | modifier le wikicode]L'absolutisme désigne avant tout une pratique de gouvernement et une théorie de l'autorité législative. Dans sa prétention doctrinale, il soutient que le souverain possède une autorité exécutive et législative exclusive, et que par conséquent les lois qu'il édicte constituent une expression de sa volonté. Dans la formule utilisée par le juriste romain Ulpien et reprise sous diverses formes par les monarques absolus : « ce qui plaît au prince a force de loi » (quod principi placuit, legis habet vigorem).[6]
Les principales constructions juridiques de l'absolutisme affirment, en substance, que les rois modernes possèdent la même autorité (fréquemment décrite par le terme imperium) que celle autrefois exercée par les empereurs romains. Pour soutenir cette prétention, le droit coutumier local, fondé sur les usages de la communauté, a été progressivement concurrencé en Europe continentale aux XVIe et XVIIe siècles par le droit romain savant, reçu dans les universités et les cours de justice sous le nom d'ius commune.[7] L'Angleterre constitua moins une exception marginale qu'un véritable contre-modèle. La tradition de la common law, adossée à la doctrine de l'Ancient Constitution, y refusait que le roi pût être la source unique du droit : le souverain restait tenu par un ensemble de coutumes immémoriales que les juges, et non lui seul, avaient charge d'interpréter. C'est sur ce terrain que l'ambition des Stuarts se heurta à une résistance qui culmina dans l'exécution de Charles Ier en 1649.
L'absolutisme représentait donc une tentative de renverser les théories largement contractualistes de l'autorité qui s'étaient développées après l'effondrement de l'Empire romain. Ces théories soutenaient que le roi tirait son autorité d'un contrat avec le peuple, à qui Dieu avait directement accordé le pouvoir. Les lois étaient faites par les assemblées représentatives du peuple et administrées par le roi, dont le rôle était celui d'un magistrat et non d'un juge. Bien qu'en pratique le peuple ait eu peu de moyens pour se débarrasser d'un souverain, il existait des garanties substantielles pour leurs droits collectifs.
Dans les versions les plus strictement absolutistes, la limite supérieure du pouvoir législatif du monarque était constituée par les lois divines et naturelles qui, puisqu'il n'existait personne d'autre que Dieu pour les faire respecter, ne fournissaient que les contraintes les plus ténues. Les lois positives du roi pouvaient encore faire l'objet d'une interprétation par les magistrats et les juristes, dans des limites étroites que les souverains absolus, de Justinien à Napoléon, cherchèrent à réduire par la codification ; elles n'en demeuraient pas moins impératives.[8]
Le problème du fondement : d'où vient l'autorité du souverain ?
[modifier | modifier le wikicode]Définir la souveraineté ne dit pas encore d'où le souverain tient son autorité. Sur ce point, les théoriciens de l'absolutisme se partagent entre plusieurs réponses.
Le droit divin (Bossuet)
[modifier | modifier le wikicode]Malgré son noyau essentiellement juridique, l'absolutisme n'était nullement une théorie unique ou unitaire. Dans sa forme la plus extrême, il maintenait que le pouvoir du souverain dérivait directement de Dieu, en tant que source de toutes les choses créées. Cette doctrine, connue sous le nom de droit divin, trouva son représentant le plus puissant en Jacques-Bénigne Bossuet (1627-1704). Bossuet faisait dériver le pouvoir du souverain directement de Dieu, source de toute autorité : les rois sont les lieutenants de Dieu sur la Terre et ne sont, à ce titre, responsables que devant lui seul.[9]
Bossuet définit quatre caractères de l'autorité royale de droit divin. Le pouvoir royal est, premièrement, sacré : « Dieu établit les rois comme ses ministres et règne par eux sur les peuples. Les princes agissent comme ministres de Dieu et ses lieutenants sur la Terre. C'est par eux qu'il exerce son empire. Le trône royal n'est pas le trône d'un homme, mais le trône de Dieu même ».[10] Deuxièmement, le pouvoir royal est paternel : le roi est le père de ses sujets et doit gouverner pour leur bien. Troisièmement, l'autorité royale est absolue : « Il est absolu par rapport à la contrainte, n'y ayant aucune puissance capable de forcer le souverain, qui en ce sens est indépendant de toute autorité humaine ». Enfin, l'autorité royale est soumise à la raison : le roi doit gouverner selon la loi de Dieu et sa conscience chrétienne est censée l'empêcher de s'égarer vers la tyrannie.
Le contrat et le transfert (Hobbes)
[modifier | modifier le wikicode]Cependant, la plupart des théories, y compris celle de Hobbes lui-même, dépendaient d'une version de la théorie du contrat originel. Ces théories se divisaient en deux catégories principales. La première soutenait que l'autorité royale dérivait, comme le pensaient les contractualistes, d'un accord entre le souverain et son peuple, mais que, puisqu'il s'agissait d'un contrat, il impliquait un transfert irréversible de pouvoir. Le peuple pouvait être autorisé dans certaines conditions à résister à ses souverains, mais il ne possédait plus l'autorité de le remplacer.
La construction la plus rigoureuse de cette première branche est celle de Thomas Hobbes (1588-1679), qui l'élabore dans le Léviathan (1651). Pour Hobbes, les hommes vivent à l'état de nature dans une « guerre de tous contre tous » marquée par l'insécurité et la peur. Afin d'assurer leur sécurité, ils décident de passer un contrat mutuel créateur de l'État. Ce contrat est passé entre les hommes de l'état de nature, c'est un contrat interindividuel, mais il est passé au profit d'un tiers bénéficiaire qui devient le souverain, le Léviathan, à la fois souverain, État et gouvernement.[11]
Dans ce contrat, chacun renonce non pas à toute liberté, mais à l'exercice individuel des droits dont la jouissance privée rendait impossible la paix commune, dans l'espoir que l'État ainsi créé apportera la paix et la sécurité. Le contrat créateur de l'État est irrévocable, sauf dans deux hypothèses : si l'État se trouve détruit par une grande défaite militaire ou par une guerre civile. La souveraineté de l'État est absolue : par le pacte, les hommes ont transféré au Léviathan la quasi-totalité des droits dont l'exercice individuel rendait impossible la paix commune, à l'exception du droit inaliénable de se conserver. Il n'y a aucune réciprocité : le souverain n'est pas partie au contrat et ne s'engage à rien envers les cocontractants. Son autorité demeure pourtant intelligible par la fin pour laquelle elle est instituée, la paix et la sécurité.
La souveraineté de l'État n'est limitée par aucune autorité humaine supérieure ni par aucune loi civile extérieure au souverain. Pour Hobbes comme pour Bodin, la marque essentielle de la souveraineté est le fait de donner ou de casser les lois. Il n'y a de lois que par le consentement exprès ou tacite du souverain. Le souverain est donc maître absolu de la loi et c'est dans la loi que le souverain fixe le juste et l'injuste. Hobbes esquisse ainsi une forme de positivisme juridique : le droit civil n'existe que par l'autorité souveraine, même s'il maintient une distinction entre le droit naturel, la loi naturelle et la loi civile.
La délégation populaire : Suárez, un cas limite
[modifier | modifier le wikicode]La seconde théorie se situe à la frontière de l'absolutisme et des doctrines de la souveraineté populaire. Son représentant le plus puissant, le théologien et juriste jésuite espagnol Francisco Suárez (1548-1617), soutenait que l'autorité de tous les souverains dérivait d'une délégation de pouvoir consentie par le peuple.[12] Bien que, comme le droit divin, cela conférât au souverain une autorité législative et exécutive absolue, cela signifiait que le peuple pouvait, en dernier recours ou si le trône devenait vacant, récupérer cette autorité. Pour cette raison, Suárez, comme la plupart des jésuites, acceptait que le tyrannicide pût être un moyen acceptable de se débarrasser d'un souverain injuste, une position qui conduisit à l'autodafé public de ses écrits, en particulier de sa Defensio fidei catholicae (1613), tant à Londres qu'à Paris. Par ces traits (réversibilité du pouvoir, légitimité conditionnelle, admission du tyrannicide), Suárez relève moins de l'absolutisme au sens strict que d'une scolastique de la souveraineté déléguée, dont Bodin, Bossuet et Hobbes s'écartent nettement.
Le problème des limites : l'absolu est-il l'arbitraire ?
[modifier | modifier le wikicode]Reste à savoir si un pouvoir absolu est, pour autant, un pouvoir sans bornes. Les théoriciens de l'absolutisme ont constamment refusé cette équivalence.
Absolutisme et despotisme
[modifier | modifier le wikicode]Sur ces deux conceptions, qu'il s'agisse du droit divin ou du contractualisme, le peuple conservait certains droits en tant qu'individus, notamment celui de la légitime défense, et, pour Bodin, le droit de propriété. Ayant abandonné, dans la formulation de Hobbes, à la fois leur volonté et leur jugement à leurs souverains, ils étaient entièrement soumis à eux, mais ils restaient des agents libres. De plus, bien que sa personne et l'État soient devenus une seule entité, le souverain n'avait pas de droits de propriété sur l'État et ne pouvait donc en aliéner aucune partie. Il existait donc une distinction, bien que des théoriciens juridiques ultérieurs comme Montesquieu la rejettent comme illusoire, entre absolutisme et despotisme. Même Bossuet était prêt à le concéder : le gouvernement d'un roi devait être absolu, mais jamais, comme on pensait que celui des sultans ottomans l'était, arbitraire.[13]
Les lois fondamentales, le droit naturel et la loi divine
[modifier | modifier le wikicode]Contrairement à l'opinion commune et malgré les théories de ses principaux penseurs, l'absolutisme monarchique comportait dans la pratique certaines limites. La France de la monarchie absolue n'était pas un pur régime d'arbitraire : elle demeurait structurée par un ordre juridique, coutumier et institutionnel que le roi ne pouvait ignorer sans fragiliser la légitimité de sa charge. C'est d'ailleurs l'un des paradoxes centraux de l'absolutisme que les historiens du droit ont le plus travaillé : le prince pouvait être pensé à la fois comme « absolu », c'est-à-dire délié des lois civiles, et comme « limité » par un ensemble de normes qu'il ne pouvait enfreindre sans sortir de l'exercice légitime de sa charge.[14]
Les lois fondamentales du royaume constituaient un ensemble de règles non écrites mais reconnues qui encadraient l'exercice du pouvoir royal. Ces lois, issues de la tradition et de la coutume, définissaient notamment les règles de succession au trône (loi salique excluant les femmes et leur descendance), l'inaliénabilité du domaine de la Couronne (le roi ne pouvait vendre les terres du royaume), et la catholicité du roi (le souverain devait être catholique).
Pour Bodin, une monarchie réglée était fondamentalement différente d'une monarchie tyrannique. La théorie absolutiste de Bodin indiquait que dans une monarchie réglée, le roi se devait de respecter la propriété des biens de ses sujets et les lois fondamentales. Le roi était « absolu » au sens où il ne dépendait d'aucune autorité supérieure à lui dans l'ordre temporel, mais il n'était pas pour autant délié de toute contrainte juridique ou morale.
Néanmoins, le roi, soumis aux lois divines, devait se conformer au droit naturel, c'est-à-dire à l'ensemble des règles qui déterminent la nature humaine et sa place dans l'ordre de la création. Cette limite, certes théorique puisqu'aucune instance humaine ne pouvait la faire respecter, n'en était pas moins constamment rappelée par les théoriciens de l'absolutisme eux-mêmes.
Bossuet insistait sur le fait que le pouvoir absolu n'était pas le despotisme : « Le gouvernement est absolu, mais il n'est pas arbitraire ». Le roi devait gouverner selon la loi de Dieu et sa conscience chrétienne était censée l'empêcher de s'égarer vers la tyrannie. Bossuet utilisait la métaphore paternelle pour envisager le pouvoir royal : le roi, en tant que père de ses sujets, devait veiller à leur salut et à leur bien-être. Il devait respecter les propriétés de ses sujets ainsi que l'ordre juridique dont il était lui-même une source.
Dans la tradition scolastique espagnole, représentée notamment par Suárez, la limitation du pouvoir royal par le droit naturel était encore plus marquée. Bien que le pouvoir provienne de Dieu, il passe par le peuple qui le délègue au roi. Le monarque exerce donc une fonction au service du bien commun et son autorité trouve sa limite dans la loi naturelle qui s'impose à tous les hommes, y compris aux souverains.
La nécessité et la raison d'État
[modifier | modifier le wikicode]Ces limites avaient cependant leur revers. En pratique, le roi devait, autant que possible, consulter les représentants de ses sujets, mais il n'était pas obligé de suivre leurs conseils. Il devait aussi se conformer à ses propres lois et respecter la coutume locale. Mais tous les absolutistes admettaient que de telles contraintes pouvaient être mises de côté en cas de nécessité. Le concept de necessitas, qui autorisait à suspendre l'ordre juridique ordinaire et que l'on rattachait étroitement aux théories de la raison d'État, devint ainsi un terme clé dans le vocabulaire de l'absolutisme.
Le problème de l'effectivité : l'absolutisme a-t-il existé ?
[modifier | modifier le wikicode]Ces constructions doctrinales décrivent un pouvoir de droit. Reste à mesurer ce qu'il en fut dans les faits.
Les origines : crise féodale et formation de l'État
[modifier | modifier le wikicode]En tant que théorie, l'absolutisme émergea en Europe, et en particulier en France, à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle, en réponse aux longues guerres civiles entre la Couronne et la noblesse connues sous le nom de guerres de Religion. Si les origines de l'absolutisme font encore débat parmi les historiens, plusieurs familles d'interprétation rattachent sa formation à une crise de l'ordre féodal qui aurait pris forme à partir du XVe siècle.
Dans une première famille d'interprétations, d'inspiration plutôt intellectualiste et culturelle, l'absolutisme aurait été la réponse à une crise intellectuelle et morale. Le foisonnement intellectuel de la Renaissance, la Réforme protestante et la révolution scientifique auraient remis en question la conception du monde féodal, causant une crise de légitimation de l'autorité qui aurait à son tour contribué à l'instabilité politique et favorisé les guerres. L'absolutisme aurait alors été la réponse à cette crise intellectuelle ayant remis en question l'ordre politique féodal et ses processus de légitimation, en affirmant la nécessité d'une autorité souveraine centralisée d'origine divine.
Un deuxième type d'explication met l'accent sur une crise de l'ordre international et les impacts d'un processus de militarisation au centre de la dynamique de formation des États modernes. Dans ce modèle, défendu notamment par Perry Anderson dans une perspective marxiste, les élites politiques contrôlant l'État auraient cherché à accroître leur pouvoir de taxation au détriment des nobles et des paysans en construisant un appareil militaire leur permettant de concentrer plus de ressources dans leurs mains. Anderson interprète l'État absolutiste comme un « appareil de domination féodale recomposé », c'est-à-dire non pas comme le signe d'une bourgeoisie montante, mais comme la réponse de la noblesse à la crise du servage. Ce processus aurait été favorisé par des changements importants dans les technologies militaires : l'apparition de la poudre à canon notamment aurait contribué à rendre obsolètes les fortifications qui permettaient à de petits groupes de nobles armés d'exercer un contrôle militaire et politique sur de petits États fragmentés.[15] À ces lectures d'ensemble s'opposent des approches plus institutionnelles, souvent dites révisionnistes, qui insistent moins sur une logique globale que sur les pratiques concrètes du gouvernement : vénalité des offices, réseaux de clientèle, négociation fiscale et administration quotidienne.
Malgré ses habits archaïques, l'absolutisme relevait pour l'essentiel d'une conception moderne de l'autorité publique. Comme le souligne Anthony Pagden, des auteurs aussi différents que Bodin, Hobbes, Suárez ou Bossuet pensaient déjà la fonction législative comme un instrument destiné à protéger l'intérêt de la communauté tout entière, et non comme le simple privilège d'une personne. Chacun à sa manière tirait la même conclusion : faute d'une instance dont l'autorité fût reconnue et localisée sans ambiguïté, une société resterait exposée aux déchirements qui avaient ravagé la France au XVIe siècle et l'Angleterre au XVIIe.[16]
De nombreux historiens ont soutenu que, malgré le vaste corpus de littérature théorique soutenant le gouvernement absolu, le pouvoir des monarques du début de l'époque moderne n'a jamais été en fait complet.[17] Mais aucun pouvoir d'État ne l'est jamais. La théorie de la souveraineté absolue concernait le pouvoir de jure et non de facto. À la fin du XVIIe siècle, néanmoins, les souverains d'Espagne, de France, de Suède, de Russie et de grandes parties de l'Allemagne avaient obtenu un contrôle effectif sur toutes les forces armées et les communications à l'intérieur de leurs territoires. Leurs sujets pouvaient les défier, mais ils ne contestaient jamais systématiquement leur droit de gouverner.
L'absolutisme cherchait à établir de cette manière le pouvoir incontesté de l'État sur les nombreux intérêts factionnels et régionaux qui avaient gouverné les sociétés médiévales. Aux XVIe et XVIIe siècles, ce pouvoir était incarné dans les rois. Mais, comme le disait Hobbes, peu importait vraiment si le souverain était un ou plusieurs.
L'écart entre le discours et le gouvernement
[modifier | modifier le wikicode]L'historiographie contemporaine a souligné l'écart important qui pouvait exister entre le discours que la monarchie tenait sur elle-même et le fonctionnement effectif de l'État. Cosandey et Descimon ont montré que l'absolutisme français relevait autant d'une construction symbolique et discursive que d'une réalité institutionnelle homogène. Plutôt que de parler d'un absolutisme monarchique comme d'un système achevé, il conviendrait ainsi de reconnaître la persistance d'une collégialité dans la direction des affaires provinciales et le maintien de nombreux corps intermédiaires (parlements, états provinciaux, corps de ville) qui négociaient en permanence avec le pouvoir central.[18]
Sur le plan institutionnel, l'absolutisme niait aux assemblées représentatives tout pouvoir législatif ou exécutif. Dans la Castille des Habsbourg, les Cortes avaient été réduites à un simple organe de vote de l'impôt dès le milieu du XVIe siècle. La monarchie hispanique demeurait toutefois une monarchie composite, où les institutions d'Aragon, de Catalogne, de Valence ou de Navarre conservaient des libertés (les fueros) que le pouvoir castillan ne parvint pas à réduire au même modèle. En France, les États généraux tombèrent en désuétude après 1614, et en 1673 le Parlement de Paris fut tenu d'enregistrer les édits royaux avant de pouvoir présenter ses remontrances, ce qui privait celles-ci de tout effet. L'historien Joël Cornette a toutefois montré que cette mise à l'écart des corps intermédiaires ne fut ni linéaire ni complète. L'affirmation de la souveraineté royale passait aussi par la guerre et la fiscalité extraordinaire, c'est-à-dire par des pratiques qui supposaient elles-mêmes des négociations permanentes avec les pouvoirs locaux.[19]
Le fonctionnement complexe de l'État absolutiste impliquait, de la part du roi, de composer en permanence avec des pouvoirs en place. La centralisation était sinueuse plutôt que linéaire. L'envoi d'intendants, agents par excellence du renforcement du pouvoir royal, apparaît certes comme un outil efficace : leur mission extraordinaire sous Louis XIII devient ordinaire avec Colbert. Mais doit-on opposer strictement officiers et commissaires ? Ils sont issus du même milieu ; et, avec les pouvoirs locaux, la monarchie joue sur deux plans : modernisateur et autoritaire d'un côté, traditionnel et conciliant de l'autre. Ce constat a conduit certains historiens à préférer au terme « absolutisme » des expressions plus prudentes comme « monarchie administrative » ou « monarchie tempérée par la pratique », afin de mieux rendre compte de la distance entre la prétention du discours royal et les contraintes effectives du gouvernement.
Critiques et postérité
[modifier | modifier le wikicode]L'édifice absolutiste fut contesté de l'extérieur par les penseurs libéraux, réformé de l'intérieur par certains souverains, puis transformé par la Révolution, qui lui légua une part de ses instruments.
Les critiques libérales et les Lumières
[modifier | modifier le wikicode]Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l'absolutisme est progressivement critiqué par les théoriciens libéraux et les philosophes des Lumières. Ces penseurs remettent en cause les fondements théologiques et juridiques de l'absolutisme au nom de la raison, de la liberté et des droits naturels de l'homme.
John Locke (1632-1704), dans ses Deux traités du gouvernement civil (vers 1680), propose une alternative libérale à l'absolutisme hobbesien. Pour Locke, les hommes possèdent à l'état de nature des droits naturels inaliénables, la vie, la liberté et la propriété, que le contrat social a pour fonction de protéger et non d'abolir. Le pouvoir politique légitime est donc nécessairement limité par ces droits fondamentaux. Locke affirme explicitement un droit de résistance lorsque le gouvernement viole de manière manifeste les droits des citoyens.[20]
Montesquieu (1689-1755), dans De l'Esprit des lois (1748), élabore la théorie de la séparation des pouvoirs qui constitue l'une des critiques les plus influentes de l'absolutisme. Il critique la concentration monarchique des pouvoirs et voit dans la séparation, ou la distribution, des fonctions politiques une garantie contre le despotisme. Son analyse l'amène à justifier un modèle de société où les nobles, comme lui, retrouveraient un plus grand rôle politique. Le but de la séparation des pouvoirs est d'empêcher qu'une seule personne ou un groupe restreint de personnes concentre excessivement en leurs mains tous les pouvoirs de l'État : « C'est une expérience éternelle, que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; il va jusqu'à ce qu'il trouve des limites ».[21]
Voltaire (1694-1778) n'est pas un adversaire de tout pouvoir monarchique fort, puisqu'il peut soutenir le despotisme éclairé. Sa critique vise plutôt le fanatisme religieux, l'intolérance et l'arbitraire judiciaire. Il plaide pour la tolérance et la liberté d'expression, ainsi que pour une réduction du pouvoir politique de l'Église et une subordination des autorités religieuses à l'autorité civile. Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) préconise dans Du Contrat social (1762) une forme de souveraineté populaire absolue, dont certains lecteurs ont soutenu qu'elle pouvait à son tour engendrer un despotisme d'un genre nouveau. Il n'en affirme pas moins que la légitimité politique ne peut provenir que de la volonté générale du peuple, et non de la volonté arbitraire d'un monarque.[22]
Le despotisme éclairé
[modifier | modifier le wikicode]À la fin du XVIIIe siècle, certains souverains européens tentèrent de concilier le maintien du pouvoir absolu avec les idées des Lumières. Cette forme de gouvernement, connue sous le nom de despotisme éclairé, représentait une tentative de réformer l'absolutisme de l'intérieur. Les principaux despotes éclairés (Frédéric II de Prusse, Catherine II de Russie, Joseph II d'Autriche) entretenaient une correspondance suivie avec les philosophes des Lumières et mettaient en œuvre certaines réformes inspirées de leurs idées : amélioration de l'éducation, tolérance religieuse relative, codification des lois, modernisation de l'administration.
Cependant, la structure même du pouvoir politique et de la société n'était pas modifiée par ces régimes qui se rapprochaient des autres absolutismes de l'époque.
De l'absolutisme monarchique à la souveraineté nationale
[modifier | modifier le wikicode]Le rapport entre la Révolution française et l'absolutisme est plus complexe qu'une simple rupture. Une interprétation influente, défendue par Tocqueville dans L'Ancien Régime et la Révolution (1856), soutient que la Révolution, loin de constituer un renversement complet de l'ordre ancien, en prolongea sous certains aspects la dynamique centralisatrice. Selon Tocqueville, la centralisation administrative et la concentration du pouvoir, loin d'être abolies par la Révolution, furent en réalité renforcées : l'État révolutionnaire puis napoléonien hérita des instruments de pouvoir forgés par la monarchie absolue et les perfectionna.[23]
Dans cette lecture, les révolutionnaires, en remplaçant le monarque par une assemblée représentant la nation, assurèrent la transformation de la société française en un État moderne dont la souveraineté, désormais populaire, n'en demeurait pas moins absolue dans son principe. La Révolution aurait ainsi consacré le triomphe de l'idée de souveraineté indivisible, mais transférée du roi à la nation.
Cette thèse tocquevillienne de la continuité est cependant contestée. D'autres historiens insistent sur la profondeur de la rupture opérée par la Révolution : l'abolition des privilèges, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, la mise en place d'un ordre constitutionnel fondé sur la séparation des pouvoirs marquent, selon eux, une transformation qualitative du rapport entre gouvernants et gouvernés qui interdit de réduire la Révolution à un simple prolongement de l'absolutisme monarchique. La question reste ouverte et constitue l'un des débats les plus durables de l'historiographie française.
Portée philosophique
[modifier | modifier le wikicode]L'absolutisme occupe une place singulière dans l'histoire de la pensée politique. Il représente à la fois l'aboutissement d'une longue réflexion sur la souveraineté et la puissance publique, et le point de départ des théories modernes de l'État. En affirmant l'existence d'un pouvoir suprême, indivisible et perpétuel, les théoriciens de l'absolutisme ont posé les fondements conceptuels de l'État moderne, tout en suscitant les critiques qui conduiront au constitutionnalisme et au libéralisme politique.
Dans une lecture marxiste, illustrée notamment par Perry Anderson, l'absolutisme peut être analysé comme une idéologie de légitimation au service d'une classe dominante, et plus précisément comme une recomposition de la domination nobiliaire. Les théories du droit divin, du contrat social absolutiste ou de la raison d'État y apparaissent comme autant de justifications intellectuelles d'un rapport de forces favorable à la monarchie et à la noblesse de cour.
Il serait pourtant réducteur de n'y voir qu'une mystification idéologique. Ses théoriciens ont eu à répondre à des problèmes politiques réels, l'ordre public, la coordination des actions collectives, la résolution des conflits, et leurs solutions ont contribué à la formation de l'État moderne. De là l'ambivalence durable de son héritage : l'absolutisme a permis la construction d'États centralisés et d'administrations efficaces, mais il a aussi légitimé la concentration du pouvoir et étouffé les libertés individuelles et collectives. Les démocraties modernes se sont construites en partie contre lui, tout en héritant de certaines de ses structures, la centralisation administrative, l'idée d'une souveraineté indivisible, la primauté de la loi, qu'elles ont dû adapter au principe de la souveraineté populaire et de l'État de droit.
Références
[modifier | modifier le wikicode]- ↑ Anthony Pagden, « Absolutism », in Edward Craig (ed.), Routledge Encyclopedia of Philosophy, Volume 1, London and New York, Routledge, 1998, p. 28-32
- ↑ Fanny Cosandey et Robert Descimon, L'Absolutisme en France. Histoire et historiographie, Paris, Seuil, collection « Points Histoire », 2002, p. 7-15
- ↑ Jean Bodin, Les six livres de la République, Paris, Jacques du Puys, 1576. Édition critique bilingue par Mario Turchetti, texte établi par Nicolas de Araujo, Paris, Classiques Garnier, 2013 pour le Livre premier
- ↑ Bodin, Les six livres de la République, livre I, chapitre 10 (« Des vrayes marques de souveraineté ») ; la définition de la souveraineté comme « puissance absolue et perpétuelle » figure au chapitre 8
- ↑ Quentin Skinner, The Foundations of Modern Political Thought, vol. 2 : The Age of Reformation, Cambridge, Cambridge University Press, 1978, p. 284-301 ; Julian H. Franklin, Jean Bodin and the Rise of Absolutist Theory, Cambridge, Cambridge University Press, 1973
- ↑ Anthony Pagden, art. cit., p. 28
- ↑ Quentin Skinner, The Foundations of Modern Political Thought, vol. 2 : The Age of Reformation, Cambridge, Cambridge University Press, 1978, p. 113-123
- ↑ Anthony Pagden, art. cit., p. 29
- ↑ Jacques-Bénigne Bossuet, Politique tirée des propres paroles de l'Écriture Sainte, édition critique avec introduction et notes par Jacques Le Brun, Genève, Droz, 1967 [posthume 1709]
- ↑ Bossuet, Politique tirée de l'Écriture sainte, livre III, article 2, édition Jacques Le Brun, Genève, Droz, 1967
- ↑ Thomas Hobbes, Leviathan, London, 1651, en particulier les chapitres XVII et XVIII. Édition de référence : Richard Tuck (ed.), Leviathan, Cambridge, Cambridge University Press, 1996
- ↑ Francisco Suárez, Tractatus de legibus ac Deo legislatore, Coimbra, 1612
- ↑ Anthony Pagden, art. cit., p. 30
- ↑ Arlette Jouanna, Le Prince absolu. Apogée et déclin de l'imaginaire monarchique, Paris, Gallimard, 2014, p. 9-25
- ↑ Perry Anderson, Lineages of the Absolutist State, London, New Left Books, 1974, p. 15-42
- ↑ Anthony Pagden, art. cit., p. 31
- ↑ Cette thèse révisionniste est notamment développée par Nicholas Henshall, The Myth of Absolutism. Change and Continuity in Early Modern European Monarchy, London, Longman, 1992.
- ↑ Fanny Cosandey et Robert Descimon, L'Absolutisme en France. Histoire et historiographie, Paris, Seuil, collection « Points Histoire », 2002, p. 135-178
- ↑ Joël Cornette, Le Roi de guerre. Essai sur la souveraineté dans la France du Grand Siècle, Paris, Payot, 1993
- ↑ John Locke, Two Treatises of Government, London, circa 1680, publié en 1689 ; voir notamment, dans le Second traité, le chapitre II (sur l'état de nature et les droits naturels) et le chapitre XIX (sur la dissolution du gouvernement et le droit de résistance). Édition critique : Peter Laslett (ed.), Cambridge, Cambridge University Press, 1988
- ↑ Montesquieu, De l'Esprit des lois, Genève, Barrillot & Fils, 1748, livre XI, chapitre 4
- ↑ Jean-Jacques Rousseau, Du Contrat social ou Principes du droit politique, Amsterdam, Marc Michel Rey, 1762
- ↑ Alexis de Tocqueville, L'Ancien Régime et la Révolution, Paris, Michel Lévy frères, 1856, en particulier le livre II, où est développée la thèse de la continuité centralisatrice
Bibliographie
[modifier | modifier le wikicode]Sources primaires
[modifier | modifier le wikicode]- Jean Bodin, Les six livres de la République, Paris, Jacques du Puys, 1576 ; édition critique bilingue par Mario Turchetti, texte établi par Nicolas de Araujo, Paris, Classiques Garnier, 2013 (Livre premier)
- Thomas Hobbes, Leviathan, London, 1651 ; édition critique : Richard Tuck (ed.), Cambridge, Cambridge University Press, 1996
- Jacques-Bénigne Bossuet, Politique tirée des propres paroles de l'Écriture Sainte, posthume, 1709 ; édition critique avec introduction et notes par Jacques Le Brun, Genève, Droz, 1967
- Francisco Suárez, Tractatus de legibus ac Deo legislatore, Coimbra, 1612
- Francisco Suárez, Defensio fidei catholicae adversus anglicanae sectae errores, Coimbra, 1613
- Montesquieu, De l'Esprit des lois, Genève, Barrillot & Fils, 1748
- John Locke, Two Treatises of Government, London, 1689 ; édition critique : Peter Laslett (ed.), Cambridge, Cambridge University Press, 1988
- Jean-Jacques Rousseau, Du Contrat social ou Principes du droit politique, Amsterdam, Marc Michel Rey, 1762
- Alexis de Tocqueville, L'Ancien Régime et la Révolution, Paris, Michel Lévy frères, 1856
Études contemporaines
[modifier | modifier le wikicode]- Perry Anderson, Lineages of the Absolutist State, London, New Left Books, 1974 ; rééd. Verso, 2013
- William Beik, Absolutism and Society in Seventeenth-Century France. State Power and Provincial Aristocracy in Languedoc, Cambridge, Cambridge University Press, 1985
- J. H. Burns (ed.), The Cambridge History of Political Thought, 1450-1700, Cambridge, Cambridge University Press, 1991
- Joël Cornette, Le Roi de guerre. Essai sur la souveraineté dans la France du Grand Siècle, Paris, Payot, 1993
- Fanny Cosandey et Robert Descimon, L'Absolutisme en France. Histoire et historiographie, Paris, Seuil, collection « Points Histoire », 2002
- John H. Elliott, « A Europe of Composite Monarchies », Past and Present, n° 137, 1992, p. 48-71
- Julian H. Franklin, Jean Bodin and the Rise of Absolutist Theory, Cambridge, Cambridge University Press, 1973
- Nicholas Henshall, The Myth of Absolutism. Change and Continuity in Early Modern European Monarchy, London, Longman, 1992
- Arlette Jouanna, Le Prince absolu. Apogée et déclin de l'imaginaire monarchique, Paris, Gallimard, 2014
- Alain Milhou, Pouvoir royal et absolutisme dans l'Espagne du XVIe siècle, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 1999
- John Miller (ed.), Absolutism in Seventeenth-Century Europe, Basingstoke, Macmillan, 1990
- Roland Mousnier, Les Institutions de la France sous la monarchie absolue, 1598-1789, 2 volumes, Paris, Presses Universitaires de France, 1974-1980
- Anthony Pagden, « Absolutism », in Edward Craig (ed.), Routledge Encyclopedia of Philosophy, Volume 1, London and New York, Routledge, 1998, p. 28-32
- David Parker, The Making of French Absolutism, London, Edward Arnold, 1983
- Quentin Skinner, The Foundations of Modern Political Thought, 2 volumes, Cambridge, Cambridge University Press, 1978
Voir aussi
[modifier | modifier le wikicode]- Souveraineté
- État
- Monarchie
- Contrat social
- Droit divin
- Despotisme éclairé
- Lumières
- Raison d'État