Aller au contenu

Dictionnaire de philosophie/Abstraction

Un livre de Wikilivres.
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
※ Abstraction ※


Définition et problématique générale

[modifier | modifier le wikicode]

L'abstraction désigne à la fois un processus mental et son résultat : l'opération par laquelle l'esprit isole certaines caractéristiques d'un objet ou d'une pluralité d'objets en négligeant les autres, et le concept général ainsi obtenu. Cette notion occupe une place centrale dans toute théorie de la connaissance depuis l'Antiquité, car elle pose la question fondamentale des rapports entre le particulier et l'universel, entre l'expérience sensible et la pensée conceptuelle.[1]

Le terme vient du latin abstractio, dérivé du verbe abstrahere (« tirer de », « séparer »), qui traduit le grec aphairesis. Cette étymologie révèle la dimension essentielle du processus : il s'agit d'extraire quelque chose d'un ensemble plus vaste, de faire un prélèvement sur la richesse du donné pour ne retenir que certains aspects.[2] L'abstraction apparaît ainsi comme un mouvement de simplification qui écarte volontairement certaines particularités pour saisir ce qui est commun à plusieurs objets ou situations.

Cette capacité d'abstraction constitue l'un des traits distinctifs de la cognition humaine. Elle permet de former des concepts généraux à partir d'expériences singulières, de classer les objets en catégories, de formuler des lois scientifiques et de développer des raisonnements mathématiques.[3] Sans elle, toute pensée serait enfermée dans l'immédiateté du particulier et ne pourrait s'élever vers la compréhension des structures et des régularités qui organisent le réel.

Pourtant, l'abstraction soulève des difficultés philosophiques considérables. Comment ce qui est général peut-il exister, alors que seuls les objets individuels semblent avoir une réalité concrète ? Les concepts abstraits correspondent-ils à quelque chose dans le monde, ou ne sont-ils que des constructions mentales ? Le processus d'abstraction nous éloigne-t-il de la vérité en nous faisant perdre la richesse du concret, ou nous en rapproche-t-il en nous permettant de saisir l'essentiel ?

Avant d'entrer dans l'histoire de la notion, il importe de distinguer plusieurs sens de l'abstraction qui, bien que liés, relèvent de problèmes hétérogènes et ne peuvent être confondus sans dommage. Premièrement, l'abstraction désigne une opération psychologique de généralisation par laquelle l'esprit dégage, à partir d'expériences particulières, des représentations communes à plusieurs objets : c'est le sens qu'explorent principalement la tradition empiriste, de Locke à Hume, et la psychologie cognitive contemporaine. Deuxièmement, elle renvoie à une question ontologique portant sur le statut des universaux (genres, espèces, propriétés) et, plus largement, des « objets abstraits » (nombres, ensembles, propositions) dont la réalité fait l'objet de controverses entre réalistes, conceptualistes et nominalistes. Troisièmement, elle peut désigner une condition transcendantale ou eidétique de la connaissance : chez Kant, les formes pures ne sont pas abstraites du sensible mais le structurent a priori ; chez Husserl, l'intuition eidétique suppose une variation imaginative libre qui ne se réduit pas à l'omission de traits particuliers au sens lockéen. Quatrièmement, comme le montrera Marx, l'abstraction peut être saisie comme forme sociale historiquement déterminée, produite par les rapports marchands avant même toute réflexion philosophique.[4] Ces quatre registres mobilisent des méthodes différentes (psychologie, ontologie, philosophie transcendantale, critique sociale) ; les confondre revient à traiter comme un seul problème ce qui engage en réalité des champs conceptuels distincts. La suite de cet article s'efforce de les articuler sans les confondre.

Histoire philosophique de la notion

[modifier | modifier le wikicode]

Antiquité : Platon et Aristote

[modifier | modifier le wikicode]

La réflexion sur l'abstraction prend naissance avec la philosophie grecque, qui affronte pour la première fois le problème des universaux de manière systématique. Platon (428-348 av. J.-C.) développe sa théorie des Formes (ou Idées) pour expliquer comment il peut exister une connaissance stable et universelle alors que le monde sensible est en perpétuel changement.[5] Les Formes platoniciennes sont des réalités transcendantes, éternelles et immuables qui existent dans un monde intelligible séparé du monde sensible. La Forme du Beau, par exemple, existe indépendamment de tous les objets beaux particuliers et constitue leur cause formelle : c'est parce qu'ils participent à cette Forme que les objets sensibles peuvent être dits beaux.

Dans cette perspective, l'abstraction n'est pas une construction de l'esprit mais une réminiscence : connaître, c'est se souvenir des Formes que l'âme a contemplées avant sa chute dans le corps.[6] Le processus de connaissance consiste à s'élever du sensible vers l'intelligible, du particulier changeant vers l'universel éternel. Cette ascension dialectique, décrite notamment dans l'allégorie de la caverne, constitue le mouvement même de la philosophie.

Aristote (384-322 av. J.-C.), élève de Platon, rejette la séparation platonicienne entre le monde sensible et le monde des Formes.[7] Pour lui, les universaux n'existent pas indépendamment des particuliers : ils existent dans les choses individuelles comme leur forme substantielle. La forme d'un cheval n'existe pas séparément dans un monde intelligible, mais seulement actualisée dans les chevaux individuels. Cette théorie hylémorphique (de hylè, matière, et morphè, forme) affirme que toute substance est composée d'une matière et d'une forme indissociables dans l'existence concrète.

L'abstraction devient chez Aristote un processus mental authentique : c'est l'intellect agent (nous poiètikos) qui extrait la forme intelligible des données sensibles fournies par la phantasia.[8] Ce processus ne crée pas artificiellement l'universel, mais le dégage de la gangue du particulier où il est immanent. L'abstraction aristotélicienne procède par négation progressive des conditions matérielles : on peut abstraire la forme géométrique d'un objet en faisant abstraction de sa couleur, de sa texture, de son poids, pour ne retenir que sa configuration spatiale.

Cette divergence entre Platon et Aristote inaugure un débat qui traversera toute l'histoire de la philosophie : les universaux existent-ils avant les choses (ante res), dans les choses (in rebus), ou seulement après les choses, comme produits de l'esprit (post res) ?

Scolastique médiévale : le problème des universaux

[modifier | modifier le wikicode]

La philosophie médiévale hérite de cette question à travers Boèce (c. 480-524), qui transmet au Moyen Âge latin le problème formulé par Porphyre dans l'Isagoge : les genres et les espèces subsistent-ils réellement ou seulement dans la pensée ? S'ils subsistent réellement, sont-ils corporels ou incorporels ? Sont-ils séparés des choses sensibles ou existent-ils en elles ?[9]

Thomas d'Aquin (1225-1274) développe une solution qui synthétise l'aristotélisme et la théologie chrétienne.[10] Pour lui, l'universel possède un triple statut. D'abord, la nature commune (natura communis) existe dans les choses individuelles : l'humanité existe réellement dans Socrate et dans Platon, mais sans y être universelle, elle n'y est présente qu'individualisée. Ensuite, cette même nature existe dans l'intellect humain comme concept universel, après avoir été abstraite par l'intellect agent à partir des images sensibles (phantasmata). Enfin, les natures existent aussi dans l'intellect divin comme modèles exemplaires de la création.

Le processus d'abstraction thomiste comporte plusieurs degrés. L'abstraction totale permet de former les concepts de genres et d'espèces en considérant l'essence commune indépendamment des individus. L'abstraction formelle permet de saisir la forme sans la matière sensible, donnant accès aux objets mathématiques.[11] Mais Thomas insiste sur le fait que, bien que l'intellect puisse considérer séparément ce qui n'existe pas séparément dans la réalité, cette séparation mentale n'est pas une falsification mais une condition de la connaissance intellectuelle.

Guillaume d'Ockham (c. 1287-1347) rompt avec ce réalisme modéré en affirmant que seuls les individus existent réellement : il n'y a rien de commun dans la réalité entre Socrate et Platon si ce n'est qu'ils peuvent être désignés par le même terme « homme ».[12] Les universaux ne sont que des signes mentaux (termini) ou vocaux qui, par convention, se réfèrent à plusieurs individus. Cette position nominaliste, qui refuse toute réalité extramentale aux universaux, aura des conséquences considérables pour l'épistémologie moderne.

Empirisme moderne : de Locke à Hume

[modifier | modifier le wikicode]

John Locke (1632-1704) renouvelle la théorie de l'abstraction dans le cadre de son empirisme. Dans l'Essai sur l'entendement humain (1690), il affirme que l'esprit est initialement une tabula rasa, une page blanche sur laquelle l'expérience vient inscrire toutes nos idées.[13] Les idées simples proviennent directement de la sensation ou de la réflexion, tandis que les idées complexes sont construites par l'esprit à partir des idées simples.

L'abstraction lockéenne consiste à séparer mentalement certaines idées qui accompagnent un objet pour ne retenir que celles qui sont communes à plusieurs objets. Ainsi, pour former l'idée générale de « blanc », l'esprit observe cette couleur dans la craie ou la neige, la considère isolément en faisant abstraction du lieu, du moment et des autres qualités, et lui donne le nom de « blancheur » qui peut alors s'appliquer à tous les objets partageant cette apparence.[14] Les idées abstraites sont donc formées par omission des particularités et conservation des ressemblances.

George Berkeley (1685-1753) soumet cette théorie à une critique serrée dans le Traité des principes de la connaissance humaine (1710).[15] Il argue qu'il est impossible de former l'idée abstraite générale d'un triangle qui ne serait ni scalène, ni isocèle, ni équilatéral, ni grand, ni petit, mais tous ces triangles à la fois. Une telle idée serait contradictoire. Berkeley conclut que les soi-disant idées abstraites de Locke sont psychologiquement impossibles : nous ne pouvons concevoir que des idées particulières, même si nous pouvons utiliser ces idées particulières de manière générale en ne prêtant attention qu'à certains de leurs aspects.

Cette critique révèle une tension interne à l'empirisme : si toute connaissance provient de l'expérience sensible, qui ne nous donne que du particulier, comment peut-on former des concepts généraux authentiquement universels ? Le nominalisme de Berkeley résout le problème en niant qu'il existe véritablement des idées générales : il n'y a que des mots généraux appliqués à des idées toujours particulières.

David Hume (1711-1776) prolonge la critique berkeleyenne des idées abstraites tout en déplaçant son centre de gravité. Dans le Traité de la nature humaine (1739-1740), il souscrit explicitement à la thèse selon laquelle « toutes les idées générales ne sont rien que des idées particulières, attachées à un certain terme qui leur donne une signification plus étendue, et qui les fait rappeler à l'occasion d'autres idées individuelles qui leur ressemblent ».[16] Ce que nous prenons pour une idée abstraite est en réalité une idée particulière accompagnée d'une disposition à évoquer d'autres idées qui lui ressemblent. Hume rejoint ainsi le nominalisme berkeleyen, mais il l'adosse à une analyse psychologique plus développée des mécanismes par lesquels l'esprit manipule les représentations générales.

La nouveauté humienne tient dans le rôle attribué à l'association des idées. Pour Hume, l'esprit ne saisit pas une essence commune par inspection directe : il forme des regroupements sous l'effet de trois principes associatifs, la ressemblance, la contiguïté dans l'espace ou le temps, et la causalité, qui agissent comme des habitudes mentales acquises par la répétition des expériences.[17] Un terme général comme « homme » ne renvoie donc pas à une essence universelle préexistante, mais déclenche un faisceau variable d'idées particulières selon le contexte d'énonciation et les habitudes acquises par le locuteur. L'habitude, et non l'intellection d'un universel, constitue le ressort effectif de la généralité.

Cette analyse naturalise l'abstraction : elle la rabat sur des mécanismes cognitifs descriptibles empiriquement, sans faire appel à une faculté spéciale d'intellection des universaux. Dans l'Enquête sur l'entendement humain (1748), Hume accentue cette réduction en insistant sur l'origine expérientielle de toutes nos idées et sur le caractère conventionnel des dénominations générales.[18] Le même mouvement explique, pour Hume, l'idée de cause : elle n'est pas saisie dans l'expérience mais produite par l'habitude née de la conjonction constante de deux événements. La théorie humienne de l'abstraction est ainsi solidaire d'une théorie générale de la connaissance où les régularités mentales remplacent les nécessités logiques ou essentielles.

L'héritage humien se déploie dans plusieurs directions. La psychologie associationniste du XIXe siècle (James Mill, Alexander Bain) développera cette analyse des idées générales comme sédimentations d'associations. Kant, dans la préface de la seconde édition de la Critique de la raison pure, reconnaît avoir été « réveillé de son sommeil dogmatique » par Hume ; mais il inverse la démarche humienne en soutenant que les catégories ne peuvent être ramenées à des habitudes associatives sans rendre inintelligible la nécessité des lois scientifiques.[19] Le différend n'est pas anecdotique : il oppose deux conceptions inconciliables de l'abstraction, l'une qui la réduit à la psychologie de l'habitude, l'autre qui cherche au contraire les conditions a priori qui rendent toute habitude elle-même possible. Ce débat traversera, sous des formes renouvelées, tout le XIXe et le XXe siècle.

Rationalisme : Descartes et le refus de l'abstractionnisme

[modifier | modifier le wikicode]

René Descartes (1596-1650) n'aborde pas frontalement la question de l'abstraction sous ce nom, mais sa théorie des idées innées constitue une contestation implicite du modèle abstractionniste. Si les idées les plus importantes, celle de Dieu, celles de l'étendue, de la pensée, des vérités mathématiques, ne sont pas formées par extraction à partir de l'expérience sensible mais sont trouvées dans l'entendement, alors l'abstraction cesse d'être la source privilégiée de la connaissance : elle en devient au mieux un cas dérivé et subordonné.[20]

Dans les Méditations métaphysiques (1641), Descartes distingue trois types d'idées : les idées adventices (qui semblent venir du dehors), les idées factices (que l'esprit construit), et les idées innées (qui appartiennent originellement à la nature de l'esprit). L'idée de Dieu est innée, car aucune expérience finie ne peut être la cause adéquate d'une représentation de l'infini. Les idées mathématiques le sont également : elles ne dérivent pas de l'abstraction à partir de figures sensibles mais sont saisies par l'intellect pur.[21] L'exemple cartésien du chiliogone (figure à mille côtés) dans la Sixième Méditation est éloquent sur ce point : je conçois clairement cette figure et puis en démontrer rigoureusement les propriétés, alors même que je ne puis en former aucune image particulière distincte de celle d'un myriagone ou d'un polygone quelconque à grand nombre de côtés.[22] La conception intellectuelle ne repose donc pas sur la capacité à former une représentation imageante à partir d'instances sensibles : l'ordre de l'intellection et celui de l'imagination se séparent.

Cette position ne supprime pas toute place pour l'abstraction chez Descartes. La distinction entre une substance et ses attributs, ou entre l'étendue et telle figure particulière qui la modifie, repose sur une opération que l'on peut qualifier d'abstractive : la distinction de raison des Principes de la philosophie (1644) sépare mentalement ce qui ne peut exister séparément.[23] Mais cette opération secondaire présuppose l'intuition préalable de natures simples, claires et distinctes. L'ordre cartésien inverse donc l'ordre empiriste : ce ne sont pas les abstractions qui fondent la connaissance des essences, ce sont les essences intellectuellement saisies qui permettent, en aval, des abstractions contrôlées. Cette inversion annonce le geste kantien consistant à chercher dans l'entendement lui-même les conditions formelles de toute abstraction empirique, quoiqu'avec des présupposés métaphysiques très différents, puisque Kant rejettera la théologie cartésienne de l'innéité au profit d'une analyse transcendantale des structures a priori.

Kant : abstraction et catégories a priori

[modifier | modifier le wikicode]

Emmanuel Kant (1724-1804) opère une synthèse entre empirisme et rationalisme en distinguant la forme et la matière de la connaissance.[24] Dans la Critique de la raison pure (1781, 1787), il montre que l'expérience n'est possible que si l'esprit impose ses formes a priori (l'espace, le temps, les catégories) à la matière sensible fournie par l'intuition.

Les catégories kantiennes, quantité, qualité, relation, modalité, ne sont pas abstraites de l'expérience mais constituent les conditions transcendantales de possibilité de toute expérience.[25] Elles appartiennent à la structure même de l'entendement et s'appliquent nécessairement à tous les phénomènes. La déduction transcendantale démontre que les objets doivent se conformer aux catégories pour pouvoir être objets d'expérience.

Ce renversement copernicien transforme le statut de l'abstraction. Les concepts empiriques peuvent certes être formés par abstraction à partir de l'expérience : je peux former le concept de « chien » en comparant différents chiens, en réfléchissant sur leurs points communs et en faisant abstraction de leurs différences. Mais les concepts purs de l'entendement (les catégories) ne proviennent pas de cette abstraction empirique : ils sont les formes mêmes selon lesquelles l'entendement structure l'expérience.

Kant distingue ainsi l'abstraction comme processus de formation des concepts empiriques de l'analyse transcendantale qui dévoile les structures a priori de la connaissance. Cette distinction pèsera durablement sur la philosophie ultérieure, même si ses interprétations ont divergé : les idéalistes allemands y verront l'amorce d'une histoire de la raison, les néokantiens (Cohen, Cassirer) une doctrine des formes symboliques, tandis que les lectures analytiques contemporaines (Sellars, Brandom) en réinvestiront le noyau normatif pour critiquer le « mythe du donné ».[26] Ce partage entre concepts empiriques et concepts purs continue de structurer les débats contemporains sur la possibilité d'une théorie générale de l'abstraction.

Hegel : dialectique du concret et de l'abstrait

[modifier | modifier le wikicode]

Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831) bouleverse la conception traditionnelle de l'abstraction en montrant que le concret authentique n'est pas le donné immédiat mais le résultat d'un processus de médiation.[27] Dans la Science de la logique (1812-1816) et l'Encyclopédie des sciences philosophiques (1817-1827), Hegel critique l'entendement abstrait (Verstand) qui isole et fige les déterminations, et lui oppose la raison dialectique (Vernunft) qui saisit le mouvement vivant des concepts.

Pour Hegel, l'abstrait n'est pas le général opposé au particulier, mais l'unilatéral opposé au concret. Est abstrait ce qui est séparé de ses conditions, de ses relations, de son devenir historique.[28] Ainsi, l'être pur dont part la Logique est la catégorie la plus abstraite parce qu'elle est la plus indéterminée, la plus pauvre en contenu. Le concret, au contraire, est « l'unité du divers », la synthèse de multiples déterminations.

Cette inversion a des conséquences épistémologiques majeures. La connaissance ne procède pas du concret vers l'abstrait en appauvrissant progressivement le réel, mais de l'abstrait vers le concret en enrichissant la pensée par l'intégration dialectique de déterminations toujours plus nombreuses. Le concept hégélien (Begriff) n'est pas une représentation générale obtenue par abstraction, mais la structure rationnelle immanente à la chose même, saisie dans son automouvement.

Dans ses écrits critiques, Hegel dénonce l'« abstraction » au sens péjoratif : la pensée qui s'en tient aux oppositions rigides et aux identités figées au lieu de comprendre les contradictions vivantes et les transitions dialectiques. Dans son célèbre texte « Qui pense abstraitement ? » (1807), il montre ironiquement que c'est la pensée commune qui pense abstraitement en réduisant un meurtrier à son crime, tandis que la pensée philosophique pense concrètement en le comprenant dans la totalité de ses déterminations sociales et historiques.[29]

Marx : critique de l'abstraction capitaliste

[modifier | modifier le wikicode]

Karl Marx (1818-1883) hérite de la dialectique hégélienne mais la transforme en la plaçant sur ses bases matérielles. Dans les Grundrisse (1857-1858) et le Capital (1867), il développe une méthode qui part des abstractions les plus simples pour reconstituer le concret comme « synthèse de multiples déterminations ».[30]

La section « La méthode de l'économie politique » des Grundrisse expose cette démarche. Les économistes du XVIIe siècle commençaient par la population, la nation, l'État, totalités concrètes mais confuses. L'analyse économique classique a produit des concepts abstraits : division du travail, monnaie, valeur. Ces abstractions ne sont pas de simples constructions mentales mais correspondent à des réalités sociales historiquement déterminées.

Marx distingue soigneusement deux mouvements. Le premier va du concret chaotique (la représentation d'ensemble) aux déterminations abstraites simples par analyse. Le second reconstruit le concret par synthèse des déterminations abstraites : « Le concret est concret parce qu'il est la synthèse de multiples déterminations, donc unité du divers ».[31] Cette méthode d'ascension de l'abstrait au concret est la seule scientifiquement correcte parce qu'elle reproduit dans la pensée le processus réel de constitution de l'objet.

Mais Marx apporte une dimension critique essentielle. L'abstraction n'est pas seulement un procédé méthodologique : elle est inscrite dans la réalité sociale elle-même. Le capitalisme produit des abstractions réelles. La valeur d'échange abstrait de la diversité concrète des valeurs d'usage : toutes les marchandises deviennent commensurables en tant qu'incarnations de travail abstrait.[32] La monnaie est l'abstraction par excellence, l'équivalent général qui efface toutes les différences qualitatives.

Cette abstraction sociale réelle engendre ce que Marx nomme le « fétichisme de la marchandise » : les rapports sociaux entre personnes prennent la forme de rapports entre choses.[33] Les travailleurs ne se rapportent plus les uns aux autres directement mais à travers les marchandises qu'ils échangent. Cette inversion, où les abstractions (valeur, capital, argent) semblent dotées d'une vie propre tandis que les relations humaines concrètes disparaissent, constitue l'aliénation fondamentale de la société capitaliste.

L'analyse marxienne révèle ainsi que l'abstraction n'est pas un simple outil cognitif neutre mais un processus historiquement situé qui structure les formes de vie sociale. La critique de l'économie politique devient critique des abstractions réelles produites par le mode de production capitaliste.

Phénoménologie : Husserl et l'intuition eidétique

[modifier | modifier le wikicode]

Edmund Husserl (1859-1938) renouvelle la question en opérant une distinction explicite entre deux opérations que la tradition avait souvent confondues. Dans les Recherches logiques (1900-1901) et Idées directrices pour une phénoménologie (1913), il oppose l'abstraction au sens classique, l'isolement d'un « moment non-indépendant » d'un tout concret, comme lorsqu'on abstrait la couleur d'une surface étendue dont elle est inséparable, à l'idéation ou intuition eidétique (Wesensschau), saisie directe d'une essence (Eidos) qui ne se confond pas avec la généralisation empirique.[34]

La différence méthodologique est essentielle et doit être soulignée contre toute lecture qui assimilerait la phénoménologie à un raffinement de l'abstraction lockéenne. L'abstraction empiriste, telle que l'entendent Locke ou Hume, procède par comparaison inductive entre plusieurs cas particuliers réellement observés ; elle suppose une pluralité d'expériences effectives et aboutit à une représentation générale qui subsume les ressemblances remarquées. L'intuition eidétique husserlienne, au contraire, peut partir d'un unique exemple, réel ou seulement imaginé, et procède par variation imaginative libre (freie Variation). En faisant varier mentalement tous les traits possibles de l'objet considéré, le phénoménologue cherche à identifier ce qui ne peut être supprimé sans que l'objet cesse d'être ce qu'il est : on saisit ainsi son essence comme structure d'invariance modale, comme ce qui doit nécessairement se maintenir pour qu'un tel type d'objet soit possible.[35]

Ce procédé n'est donc pas une simple omission de traits particuliers au sens lockéen. Pour saisir l'essence du triangle, on n'additionne pas des caractères communs observés empiriquement ; on explore la variation libre des triangles possibles, équilatéraux, isocèles, scalènes, aussi déformés que l'on voudra, pour voir ce qui demeure nécessairement là pour que l'on ait encore affaire à un triangle. La faillibilité de l'abstraction empirique, toujours vulnérable au contre-exemple non encore rencontré, cède la place à une saisie des structures modales de l'objet, réputée porter sur des nécessités eidétiques.[36]

Les essences husserliennes ne sont dès lors ni des universaux platoniciens séparés dans un monde intelligible, ni de simples concepts psychologiques, ni de pures abréviations nominalistes. Elles sont des structures idéales appréhendées dans l'acte même de connaissance, corrélats noématiques d'un type particulier d'intentionnalité. La réduction eidétique, distincte de la réduction transcendantale, met entre parenthèses (epoché) l'existence factuelle de l'objet pour se concentrer sur son essence pure. Elle permet de constituer des sciences eidétiques a priori qui fondent les sciences empiriques : la géométrie pure fonde la physique géométrique, l'ontologie formelle fonde toute théorie déductive.

La prétention phénoménologique à livrer des nécessités essentielles par la variation imaginative a toutefois été contestée. Theodor Adorno, dans sa Métacritique de la théorie de la connaissance (1956), soutient que la libre variation suppose toujours un horizon de variantes historiquement et culturellement circonscrit, et que l'« essence » ainsi obtenue peut n'être que la cristallisation des préjugés de celui qui varie.[37] Des objections analogues ont été formulées, depuis des perspectives pourtant très différentes, par les tenants d'une philosophie naturaliste de l'esprit, pour qui aucune intuition, fût-elle eidétique, n'est à l'abri de déterminations empiriques et conceptuelles préalables. Ces critiques n'invalident pas la distinction husserlienne entre abstraction empiriste et intuition eidétique, mais elles interrogent la portée ontologique des essences ainsi obtenues.

Théories contemporaines

[modifier | modifier le wikicode]

Frege et les principes d'abstraction

[modifier | modifier le wikicode]

Gottlob Frege (1848-1925) introduit une approche logique rigoureuse de l'abstraction dans les Fondements de l'arithmétique (1884) et les Lois fondamentales de l'arithmétique (1893-1903).[38]

Frege formule des principes d'abstraction de la forme : « l'abstrait de a = l'abstrait de b si et seulement si a et b sont dans la relation R », où R est une relation d'équivalence. Le principe qu'il baptise d'après Hume, par exemple, énonce que « le nombre des F = le nombre des G si et seulement si les F et les G peuvent être mis en correspondance bi-univoque ».[39] Ce principe définit implicitement les nombres cardinaux en spécifiant leurs conditions d'identité à partir d'une relation (l'équinumérosité) qui ne les présuppose pas.

L'intérêt philosophique de cette approche est qu'elle permet d'introduire des objets abstraits (les nombres) non comme des entités mystérieuses préexistantes mais comme corrélats d'une opération logique sur des concepts. L'abstraction frégéenne transforme ainsi une relation d'équivalence entre concepts en une relation d'identité entre objets, en quoi elle fournit une réponse nouvelle au problème empiriste : les objets abstraits n'ont pas à être extraits du sensible, ils sont introduits par leurs conditions d'identité logiques.

Frege lui-même rencontre cependant une difficulté interne, désignée depuis dans la littérature comme le « problème de César » (Caesar problem). Le principe d'abstraction fixe les conditions d'identité entre deux nombres, mais ne détermine pas celles qui permettraient de trancher une identité mixte comme « Jules César est-il ou non identique au nombre 7 ? ».[40] Frege juge cette lacune rédhibitoire : si la définition implicite laisse une question d'identité indéterminée, elle ne suffit pas à fixer la référence des termes en cause. C'est l'une des raisons pour lesquelles il rejette le principe de Hume comme définition autosuffisante et entreprend, dans les Lois fondamentales, de remplacer les principes d'abstraction par des définitions explicites des nombres comme extensions de concepts.

Le système ainsi obtenu s'avère pourtant inconsistant. La Loi fondamentale V, qui associe à chaque concept son extension et généralise de la sorte les principes d'abstraction, conduit à la contradiction mise en évidence par Bertrand Russell en 1902 : l'extension du concept « ensemble qui ne se contient pas lui-même » engendre un paradoxe logique.[41] L'échec de la Loi V met en lumière un problème général : tous les principes d'abstraction ne se valent pas, et certains, apparemment naturels, engendrent des contradictions logiques.

Le néo-logicisme contemporain, développé notamment par Crispin Wright et Bob Hale depuis les années 1980, reprend le programme frégéen en cherchant des principes d'abstraction à la fois consistants et suffisamment puissants pour fonder les mathématiques.[42] L'observation-clé du programme est que le principe de Hume, contrairement à la Loi V, s'avère consistant relativement à l'arithmétique classique et permet de dériver l'arithmétique du second ordre (axiomes de Dedekind-Peano) à partir de la seule logique du second ordre augmentée de ce principe : c'est ce que la littérature appelle le « théorème de Frege », redécouvert par George Boolos.[43]

Le néo-logicisme affronte cependant deux difficultés structurelles qui alimentent des débats analytiques nourris et n'ont pas reçu de solution consensuelle. La première, dite bad company problem (« problème de la mauvaise compagnie »), peut se formuler ainsi : si la Loi V est inconsistante alors que le principe de Hume est consistant, comment justifier l'acceptation du second et le rejet de la première sur des bases non arbitraires ?[44] Plusieurs principes d'abstraction peuvent être pris individuellement consistants mais se révéler collectivement incompatibles ; d'autres, comme le « principe de parité » (qui associe le même objet aux concepts dont les extensions diffèrent d'un cardinal pair), sont consistants mais paraissent intuitivement illégitimes car ils engendrent des objets sans motivation conceptuelle claire. Divers critères de légitimité ont été proposés, conservativité, stabilité, irénisme, invariance, sans qu'aucun ne fasse accord. La seconde difficulté est la réapparition du problème de César dans le cadre néo-frégéen lui-même : le principe de Hume ne détermine toujours pas si Jules César est ou non identique au nombre trois, ce qui semble indiquer que les conditions d'identité fournies par les principes d'abstraction sont insuffisantes pour fixer pleinement la référence des termes abstraits.[45]

Ces discussions engagent la possibilité même de définir les objets abstraits par des équivalences conceptuelles. Elles prolongent la question frégéenne initiale, à quelles conditions un principe d'abstraction peut-il être légitimement posé et quelle est la nature des objets qu'il introduit ?, en montrant que la réponse logique, si séduisante soit-elle, ne dissipe pas la perplexité métaphysique qui entoure les entités abstraites. Le débat contemporain sur ces principes constitue aujourd'hui l'un des laboratoires les plus actifs de la philosophie des mathématiques, à la croisée de la logique formelle, de la métaphysique analytique et de l'épistémologie.

Débat contemporain : nominalisme contre platonisme

[modifier | modifier le wikicode]

La philosophie contemporaine est traversée par un débat fondamental sur le statut des entités abstraites. Les nominalistes affirment que seuls les objets concrets, localisés dans l'espace et le temps, existent réellement.[46] Les universaux, les nombres, les ensembles, les propositions ne sont que des façons de parler, des instruments utiles mais dépourvus de réalité ontologique propre.

Les arguments nominalistes font valoir le principe de parcimonie ontologique (le rasoir d'Ockham) : il ne faut pas multiplier les entités sans nécessité. Les entités abstraites posent aussi un problème épistémologique : comment pourrions-nous connaître des objets qui n'ont aucune relation causale avec nous, qui n'agissent pas dans l'espace et le temps ?[47]

Les platonistes ou réalistes répondent que les entités abstraites sont indispensables à la science et aux mathématiques. Les théories scientifiques quantifient sur des ensembles, des fonctions, des espaces abstraits. Si nous devons prendre nos meilleures théories scientifiques au sérieux, alors nous devons accepter l'existence de ce sur quoi elles quantifient (argument d'indispensabilité de Quine et Putnam).[48]

Le débat se poursuit sur plusieurs fronts. Certains nominalistes tentent de montrer qu'on peut reformuler les théories scientifiques sans référence aux entités mathématiques abstraites. D'autres, comme les fictionnalistes, admettent l'utilité des mathématiques tout en niant que les énoncés mathématiques soient littéralement vrais. Les structuralistes, de leur côté, proposent que les mathématiques ne portent pas sur des objets abstraits individuels mais sur des structures relationnelles.[49]

Cette controverse touche aux fondements mêmes de notre compréhension du langage, de la vérité et de la réalité. Elle montre que la question de l'abstraction n'est pas un problème technique isolé mais engage toute une vision du monde.

Dimensions cognitives et épistémologiques

[modifier | modifier le wikicode]

La psychologie cognitive et les neurosciences contemporaines ont renouvelé l'étude empirique des processus d'abstraction. Ces recherches montrent que l'abstraction n'est pas un processus unitaire mais implique différents mécanismes cognitifs : catégorisation perceptuelle, généralisation conceptuelle, représentation schématique, raisonnement analogique.[50]

Les travaux sur les concepts montrent que la formation de représentations abstraites commence très tôt dans le développement cognitif. Dès les premiers mois, les nourrissons manifestent des capacités de catégorisation qui leur permettent de regrouper des objets selon leurs propriétés communes. Ces compétences précoces suggèrent que certaines formes d'abstraction pourraient être innées ou du moins contraintes par l'architecture cognitive.[51]

D'un point de vue épistémologique, les philosophes débattent du statut des concepts abstraits : sont-ils des entités mentales privées ou des structures publiques partagées ? Comment les concepts se rapportent-ils aux propriétés des objets ? Quelle est la relation entre les concepts scientifiques théoriques (comme « quark » ou « sélection naturelle ») et l'expérience ordinaire ?

Certains philosophes, comme Wilfrid Sellars, défendent un nominalisme psychologique selon lequel toute conscience de similitudes, de types et de structures est médiatisée par le langage et les pratiques sociales.[52] Cette perspective souligne la dimension sociale et historique de la formation des concepts abstraits, rejoignant ainsi certaines intuitions de la tradition marxiste sur les abstractions réelles.

Enjeux philosophiques

[modifier | modifier le wikicode]

L'abstraction soulève des questions qui touchent au cœur de la philosophie. Premièrement, elle interroge la nature de l'universel et son rapport au particulier. Les universaux ont-ils une existence indépendante des particuliers qui les instancient, ou ne sont-ils que des produits de l'activité classificatoire de l'esprit ? Cette question engage toute une métaphysique.

Deuxièmement, l'abstraction pose le problème de la référence : comment nos concepts abstraits se rapportent-ils au monde ? Quelle garantie avons-nous que nos catégories mentales correspondent à de véritables articulations du réel et ne sont pas de simples projections anthropomorphiques ? Cette interrogation est centrale pour l'épistémologie et la philosophie des sciences.

Troisièmement, comme l'a montré Marx, l'abstraction n'est pas seulement une opération cognitive mais aussi un processus social et historique. Les formes d'abstraction dominantes dans une société reflètent et reproduisent les rapports sociaux de production. Ainsi, l'abstraction marchande qui réduit tous les produits du travail à des quantités de valeur échangeable correspond à la structure du mode de production capitaliste. Cette dimension sociale de l'abstraction révèle son caractère idéologique potentiel.

Quatrièmement, l'abstraction soulève une question normative : quel est le bon niveau d'abstraction pour comprendre un phénomène ? Une abstraction excessive conduit à l'appauvrissement et à la perte du réel, comme le dénonce Hegel. Mais une absence d'abstraction empêche toute compréhension théorique. La science doit constamment négocier entre ces deux écueils, cherchant les abstractions fécondes qui révèlent l'essentiel tout en restant suffisamment riches pour rendre compte de la complexité du donné.

Cinquièmement, l'abstraction a une dimension politique. Les catégories abstraites par lesquelles nous pensons le monde social, classe, race, genre, nation, individu, ne sont jamais neutres. Elles structurent notre perception de la réalité et orientent notre action. C'est pourquoi la critique des abstractions dominantes constitue un moment essentiel de toute pensée émancipatrice.

Notes et références

[modifier | modifier le wikicode]
  1. Armstrong, David M., Universals. An Opinionated Introduction, Boulder, Westview Press, 1989, p. 1-15.
  2. Klima, Gyula, "The Medieval Problem of Universals", Stanford Encyclopedia of Philosophy, 2008 (version en ligne).
  3. Martínez, Sergio F. et Huang, Xiang, "Epistemic Groundings of Abstraction and Their Cognitive Dimension", Philosophy of Science, vol. 78, n° 3, 2011, p. 490-511.
  4. Pour cette cartographie des sens de l'abstraction, voir Rosen, Gideon, "Abstract Objects", Stanford Encyclopedia of Philosophy, 2020 (version en ligne) ; Horsten, Leon et Leitgeb, Hannes, "How Abstraction Works", Philosophia Mathematica, vol. 17, n° 3, 2009, p. 334-358.
  5. Platon, République, Livre VI-VII, trad. fr. G. Leroux, Paris, Flammarion, 2002.
  6. Platon, Phédon, 72e-76e, trad. fr. M. Dixsaut, Paris, Flammarion, 1991, p. 221-235.
  7. Aristote, Métaphysique, Livre I, 9, 990b-991b, trad. fr. M.-P. Duminil et A. Jaulin, Paris, Flammarion, 2008, p. 83-87.
  8. Aristote, De l'âme, III, 4-5, 429a-430a, trad. fr. R. Bodéüs, Paris, Flammarion, 1993, p. 217-222.
  9. Porphyre, Isagoge, trad. fr. A. de Libera et A.-P. Segonds, Paris, Vrin, 1998, p. 1-3.
  10. Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ia, q. 84-85, trad. fr. A.-M. Roguet, Paris, Cerf, 1984, vol. I, p. 714-772.
  11. Thomas d'Aquin, De ente et essentia, chap. 3, in L'Être et l'essence, trad. fr. C. Capelle, Paris, Vrin, 1985, p. 38-45.
  12. Guillaume d'Ockham, Summa logicae, I, 14-17, dans Philosophical Writings, éd. et trad. P. Boehner, Indianapolis, Hackett, 1990, p. 32-41.
  13. Locke, John, Essai sur l'entendement humain, II, 1, §2, trad. fr. J.-M. Vienne, Paris, Vrin, 2001, p. 105.
  14. Locke, John, Essai sur l'entendement humain, III, 3, §6-9, op. cit., p. 393-396.
  15. Berkeley, George, Traité des principes de la connaissance humaine, Introduction, §10-15, trad. fr. D. Berlioz, Paris, Flammarion, 1991, p. 63-69.
  16. Hume, David, Traité de la nature humaine. Livre I : De l'entendement, Partie I, Section VII, trad. fr. P. Baranger et P. Saltel, Paris, GF-Flammarion, 1995, p. 73.
  17. Hume, David, Traité de la nature humaine, Livre I, Partie I, Section IV, op. cit., p. 60-63.
  18. Hume, David, Enquête sur l'entendement humain, Section II, trad. fr. A. Leroy revue par M. Beyssade, Paris, GF-Flammarion, 2008, p. 70-76.
  19. Kant, Emmanuel, Prolégomènes à toute métaphysique future qui pourra se présenter comme science, Préface, trad. fr. L. Guillermit, Paris, Vrin, 2001, p. 13-15.
  20. Descartes, René, Méditations métaphysiques, III, AT VII, p. 37-52, in Œuvres de Descartes, éd. C. Adam et P. Tannery, Paris, Vrin, 1996, vol. VII.
  21. Descartes, René, Méditations métaphysiques, V, AT VII, p. 63-71, op. cit.
  22. Descartes, René, Méditations métaphysiques, VI, AT VII, p. 72-73, op. cit.
  23. Descartes, René, Principes de la philosophie, I, §§53-54, trad. fr. D. Moreau, Paris, Vrin, 2009, p. 96-98.
  24. Kant, Emmanuel, Critique de la raison pure, « Esthétique transcendantale » et « Analytique transcendantale », trad. fr. A. Tremesaygues et B. Pacaud, Paris, PUF, 2012 [1781/1787], p. 53-223.
  25. Kant, Emmanuel, Critique de la raison pure, « Analytique des concepts », §10-13, op. cit., p. 105-119.
  26. Sellars, Wilfrid, "Empiricism and the Philosophy of Mind", in Science, Perception and Reality, Atascadero, Ridgeview, 1963, p. 127-196 ; Cassirer, Ernst, La Philosophie des formes symboliques, trad. fr. O. Hansen-Løve et J. Lacoste, Paris, Minuit, 1972, 3 vol.
  27. Hegel, Georg Wilhelm Friedrich, Science de la logique, Livre I, « La doctrine de l'être », trad. fr. P.-J. Labarrière et G. Jarczyk, Paris, Aubier, 1972, p. 53-78.
  28. Hegel, Georg Wilhelm Friedrich, Encyclopédie des sciences philosophiques, I, « La Science de la Logique », §82, Add., trad. fr. B. Bourgeois, Paris, Vrin, 1970, p. 343-345.
  29. Hegel, Georg Wilhelm Friedrich, « Qui pense abstraitement ? », in Écrits sur la critique, trad. fr. M. Jacob, Paris, Aubier-Montaigne, 1978, p. 113-121.
  30. Marx, Karl, Grundrisse. Fondements de la critique de l'économie politique, « Introduction de 1857 », trad. fr. J.-P. Lefebvre, Paris, Éditions sociales, 2011, p. 34-42.
  31. Marx, Karl, Grundrisse, op. cit., p. 38.
  32. Marx, Karl, Le Capital. Critique de l'économie politique, Livre I, section I, chapitre 1, trad. fr. J.-P. Lefebvre, Paris, PUF, 1993, p. 39-93.
  33. Marx, Karl, Le Capital, Livre I, section I, chapitre 1, §4, op. cit., p. 82-93.
  34. Husserl, Edmund, Recherches logiques, tome 2, Recherche II, §§1-10, trad. fr. H. Élie, A. L. Kelkel et R. Schérer, Paris, PUF, 1961, p. 117-144.
  35. Husserl, Edmund, Expérience et jugement. Recherches en vue d'une généalogie de la logique, §§87-93, trad. fr. D. Souche-Dagues, Paris, PUF, 1970, p. 409-436.
  36. Husserl, Edmund, Idées directrices pour une phénoménologie et une philosophie phénoménologique pures. Livre premier, §§4, 69-70, trad. fr. P. Ricœur, Paris, Gallimard, 1950, p. 22-26, 228-236.
  37. Adorno, Theodor W., Sur la métacritique de la théorie de la connaissance. Études sur Husserl et les antinomies phénoménologiques, trad. fr. C. David, Paris, Payot, 1976, p. 190-225.
  38. Frege, Gottlob, Les Fondements de l'arithmétique, §§62-69, trad. fr. C. Imbert, Paris, Seuil, 1969, p. 179-198.
  39. Frege, Gottlob, Les Fondements de l'arithmétique, §63, op. cit., p. 180-182.
  40. Frege, Gottlob, Les Fondements de l'arithmétique, §§56, 66, op. cit., p. 164-166, 190-192.
  41. Russell, Bertrand, lettre à Frege du 16 juin 1902, in Jean van Heijenoort (dir.), From Frege to Gödel. A Source Book in Mathematical Logic, 1879-1931, Cambridge, Harvard University Press, 1967, p. 124-125.
  42. Wright, Crispin, Frege's Conception of Numbers as Objects, Aberdeen, Aberdeen University Press, 1983, p. 106-180.
  43. Boolos, George, "The Consistency of Frege's Foundations of Arithmetic", in Logic, Logic, and Logic, Cambridge, Harvard University Press, 1998, p. 183-201 ; Hale, Bob et Wright, Crispin, The Reason's Proper Study. Essays towards a Neo-Fregean Philosophy of Mathematics, Oxford, Clarendon Press, 2001, p. 1-39.
  44. Linnebo, Øystein, "Bad Company Tamed", Synthese, vol. 170, n° 3, 2009, p. 371-391 ; Weir, Alan, "Neo-Fregeanism: An Embarrassment of Riches", Notre Dame Journal of Formal Logic, vol. 44, n° 1, 2003, p. 13-48.
  45. Hale, Bob, "Grundlagen §64", in Philosophical Papers, Oxford, Clarendon Press, 2001, p. 203-237 ; Rosen, Gideon, "The Refutation of Nominalism (?)", Philosophical Topics, vol. 21, n° 2, 1993, p. 149-186.
  46. Field, Hartry, Science without Numbers, Oxford, Blackwell, 1980, p. 1-43.
  47. Benacerraf, Paul, "Mathematical Truth", Journal of Philosophy, vol. 70, n° 19, 1973, p. 661-679.
  48. Quine, W. V. O., "On What There Is", in From a Logical Point of View, Cambridge, Harvard University Press, 1953, p. 1-19.
  49. Shapiro, Stewart, Philosophy of Mathematics: Structure and Ontology, Oxford, Oxford University Press, 1997, p. 72-104.
  50. Murphy, Gregory L., The Big Book of Concepts, Cambridge, MIT Press, 2002, p. 11-43.
  51. Mandler, Jean M., "How to Build a Baby: II. Conceptual Primitives", Psychological Review, vol. 99, n° 4, 1992, p. 587-604.
  52. Sellars, Wilfrid, "Empiricism and the Philosophy of Mind", in Science, Perception and Reality, Atascadero, Ridgeview, 1963, p. 127-196.

Textes classiques

[modifier | modifier le wikicode]
  • Aristote, De l'âme, trad. fr. R. Bodéüs, Paris, Flammarion, 1993
  • Aristote, Métaphysique, trad. fr. M.-P. Duminil et A. Jaulin, Paris, Flammarion, 2008
  • Berkeley, George, Traité des principes de la connaissance humaine, trad. fr. D. Berlioz, Paris, Flammarion, 1991
  • Descartes, René, Méditations métaphysiques, in Œuvres de Descartes, éd. C. Adam et P. Tannery, Paris, Vrin, 1996, vol. VII
  • Descartes, René, Principes de la philosophie, trad. fr. D. Moreau, Paris, Vrin, 2009
  • Frege, Gottlob, Les Fondements de l'arithmétique, trad. fr. C. Imbert, Paris, Seuil, 1969
  • Guillaume d'Ockham, Summa logicae, dans Philosophical Writings, éd. et trad. P. Boehner, Indianapolis, Hackett, 1990
  • Hegel, Georg Wilhelm Friedrich, Science de la logique, trad. fr. P.-J. Labarrière et G. Jarczyk, Paris, Aubier, 1972-1981, 3 vol.
  • Hegel, Georg Wilhelm Friedrich, Encyclopédie des sciences philosophiques, I, « La Science de la Logique », trad. fr. B. Bourgeois, Paris, Vrin, 1970
  • Hegel, Georg Wilhelm Friedrich, « Qui pense abstraitement ? », in Écrits sur la critique, trad. fr. M. Jacob, Paris, Aubier-Montaigne, 1978
  • Hume, David, Traité de la nature humaine. Livre I : De l'entendement, trad. fr. P. Baranger et P. Saltel, Paris, GF-Flammarion, 1995
  • Hume, David, Enquête sur l'entendement humain, trad. fr. A. Leroy revue par M. Beyssade, Paris, GF-Flammarion, 2008
  • Husserl, Edmund, Recherches logiques, tome 2, trad. fr. H. Élie, A. L. Kelkel et R. Schérer, Paris, PUF, 1961
  • Husserl, Edmund, Idées directrices pour une phénoménologie et une philosophie phénoménologique pures. Livre premier, trad. fr. P. Ricœur, Paris, Gallimard, 1950
  • Husserl, Edmund, Expérience et jugement. Recherches en vue d'une généalogie de la logique, trad. fr. D. Souche-Dagues, Paris, PUF, 1970
  • Kant, Emmanuel, Critique de la raison pure, trad. fr. A. Tremesaygues et B. Pacaud, Paris, PUF, 2012 [1781/1787]
  • Kant, Emmanuel, Prolégomènes à toute métaphysique future qui pourra se présenter comme science, trad. fr. L. Guillermit, Paris, Vrin, 2001
  • Locke, John, Essai sur l'entendement humain, trad. fr. J.-M. Vienne, Paris, Vrin, 2001
  • Marx, Karl, Grundrisse. Fondements de la critique de l'économie politique, trad. fr. J.-P. Lefebvre, Paris, Éditions sociales, 2011
  • Marx, Karl, Le Capital. Critique de l'économie politique, Livre I, trad. fr. J.-P. Lefebvre, Paris, PUF, 1993
  • Platon, République, trad. fr. G. Leroux, Paris, Flammarion, 2002
  • Platon, Phédon, trad. fr. M. Dixsaut, Paris, Flammarion, 1991
  • Porphyre, Isagoge, trad. fr. A. de Libera et A.-P. Segonds, Paris, Vrin, 1998
  • Thomas d'Aquin, Somme théologique, trad. fr. A.-M. Roguet, Paris, Cerf, 1984-1986, 4 vol.
  • Thomas d'Aquin, De ente et essentia, in L'Être et l'essence, trad. fr. C. Capelle, Paris, Vrin, 1985

Études contemporaines

[modifier | modifier le wikicode]
  • Adorno, Theodor W., Sur la métacritique de la théorie de la connaissance. Études sur Husserl et les antinomies phénoménologiques, trad. fr. C. David, Paris, Payot, 1976
  • Armstrong, David M., Universals. An Opinionated Introduction, Boulder, Westview Press, 1989
  • Bäck, Allan, "Aristotle's Abstract Ontology", Proceedings of the Society for Ancient Greek Philosophy, 2008
  • Benacerraf, Paul, "Mathematical Truth", Journal of Philosophy, vol. 70, n° 19, 1973, p. 661-679
  • Boolos, George, Logic, Logic, and Logic, Cambridge, Harvard University Press, 1998
  • Burgess, John P. et Rosen, Gideon, A Subject with No Object: Strategies for Nominalistic Interpretation of Mathematics, Oxford, Clarendon Press, 1997
  • Cassirer, Ernst, La Philosophie des formes symboliques, trad. fr. O. Hansen-Løve et J. Lacoste, Paris, Minuit, 1972, 3 vol.
  • Cocchiarella, Nino B., Conceptual Realism as a Formal Ontology, dans Roberto Poli et Peter Simons (dir.), Formal Ontology, Dordrecht, Kluwer, 1996, p. 27-60
  • Dummett, Michael, Frege: Philosophy of Mathematics, Cambridge, Harvard University Press, 1991
  • Field, Hartry, Science without Numbers, Oxford, Blackwell, 1980
  • Fine, Kit, "The Question of Ontology", dans David J. Chalmers, David Manley et Ryan Wasserman (dir.), Metametaphysics, Oxford, Oxford University Press, 2009, p. 157-177
  • Goodman, Nelson, The Structure of Appearance, Cambridge, Harvard University Press, 1951
  • Gordon, Liran, "Reconstructing Aquinas's Process of Abstraction", Revista Española de Filosofía Medieval, vol. 25, 2018, p. 41-67
  • Hale, Bob, Abstract Objects, Oxford, Blackwell, 1987
  • Hale, Bob, Philosophical Papers, Oxford, Clarendon Press, 2001
  • Hale, Bob et Wright, Crispin, The Reason's Proper Study. Essays towards a Neo-Fregean Philosophy of Mathematics, Oxford, Clarendon Press, 2001
  • Horsten, Leon et Leitgeb, Hannes, "How Abstraction Works", Philosophia Mathematica, vol. 17, n° 3, 2009, p. 334-358
  • Ilyenkov, Evald, "The Dialectics of the Abstract and the Concrete in Marx's Capital", Moscou, Progress Publishers, 1982
  • Klima, Gyula, "The Medieval Problem of Universals", Stanford Encyclopedia of Philosophy, Edward N. Zalta (dir.), 2008 (version en ligne)
  • Kriegel, Uriah, "Nominalism and Material Plenitude", Res Philosophica, vol. 98, 2021, p. 89-112
  • Linnebo, Øystein, "Bad Company Tamed", Synthese, vol. 170, n° 3, 2009, p. 371-391
  • Linnebo, Øystein, Philosophy of Mathematics, Princeton, Princeton University Press, 2017
  • Linsky, Bernard et Zalta, Edward N., "In Defense of the Simplest Quantified Modal Logic", Philosophical Perspectives, vol. 8, 1994, p. 431-458
  • Lowe, E. J., The Possibility of Metaphysics: Substance, Identity, and Time, Oxford, Clarendon Press, 1998
  • Mandler, Jean M., "How to Build a Baby: II. Conceptual Primitives", Psychological Review, vol. 99, n° 4, 1992, p. 587-604
  • Martínez, Sergio F. et Huang, Xiang, "Epistemic Groundings of Abstraction and Their Cognitive Dimension", Philosophy of Science, vol. 78, n° 3, 2011, p. 490-511
  • Murphy, Gregory L., The Big Book of Concepts, Cambridge, MIT Press, 2002
  • Quine, W. V. O., "On What There Is", in From a Logical Point of View, Cambridge, Harvard University Press, 1953, p. 1-19
  • Rodriguez-Pereyra, Gonzalo, Resemblance Nominalism: A Solution to the Problem of Universals, Oxford, Clarendon Press, 2002
  • Rosen, Gideon, "The Refutation of Nominalism (?)", Philosophical Topics, vol. 21, n° 2, 1993, p. 149-186
  • Rosen, Gideon, "Abstract Objects", Stanford Encyclopedia of Philosophy, Edward N. Zalta (dir.), 2020 (version en ligne)
  • Russell, Bertrand, lettre à Frege du 16 juin 1902, in Jean van Heijenoort (dir.), From Frege to Gödel. A Source Book in Mathematical Logic, 1879-1931, Cambridge, Harvard University Press, 1967, p. 124-125
  • Sellars, Wilfrid, "Empiricism and the Philosophy of Mind", in Science, Perception and Reality, Atascadero, Ridgeview, 1963, p. 127-196
  • Shapiro, Stewart, Philosophy of Mathematics: Structure and Ontology, Oxford, Oxford University Press, 1997
  • Sohn-Rethel, Alfred, Intellectual and Manual Labour: A Critique of Epistemology, Londres, Macmillan, 1978
  • Strevens, Michael, "The Essentialist Aspect of Naive Theories", Cognition, vol. 74, 2000, p. 149-175
  • Taylor, C. C. W., "Berkeley's Theory of Abstract Ideas", Philosophical Quarterly, vol. 28, n° 111, 1978, p. 97-115
  • Weir, Alan, "Neo-Fregeanism: An Embarrassment of Riches", Notre Dame Journal of Formal Logic, vol. 44, n° 1, 2003, p. 13-48
  • Wright, Crispin, Frege's Conception of Numbers as Objects, Aberdeen, Aberdeen University Press, 1983