Dictionnaire de philosophie/Abstraction
Définition et problématique générale
[modifier | modifier le wikicode]L'abstraction désigne à la fois un processus mental et son résultat : l'opération par laquelle l'esprit isole certaines caractéristiques d'un objet ou d'une pluralité d'objets en négligeant les autres, et le concept général ainsi obtenu. Cette notion occupe une place centrale dans toute théorie de la connaissance depuis l'Antiquité, car elle pose la question fondamentale des rapports entre le particulier et l'universel, entre l'expérience sensible et la pensée conceptuelle.[1]
Le terme vient du latin abstractio, dérivé du verbe abstrahere (« tirer de », « séparer »), qui traduit le grec aphairesis. Cette étymologie révèle la dimension essentielle du processus : il s'agit d'extraire quelque chose d'un ensemble plus vaste, de faire un prélèvement sur la richesse du donné pour ne retenir que certains aspects.[2] L'abstraction apparaît ainsi comme un mouvement de simplification qui écarte volontairement certaines particularités pour saisir ce qui est commun à plusieurs objets ou situations.
Cette capacité d'abstraction constitue l'un des traits distinctifs de la cognition humaine. Elle permet de former des concepts généraux à partir d'expériences singulières, de classer les objets en catégories, de formuler des lois scientifiques et de développer des raisonnements mathématiques.[3] Sans elle, toute pensée serait enfermée dans l'immédiateté du particulier et ne pourrait s'élever vers la compréhension des structures et des régularités qui organisent le réel.
Pourtant, l'abstraction soulève des difficultés philosophiques considérables. Comment ce qui est général peut-il exister, alors que seuls les objets individuels semblent avoir une réalité concrète ? Les concepts abstraits correspondent-ils à quelque chose dans le monde, ou ne sont-ils que des constructions mentales ? Le processus d'abstraction nous éloigne-t-il de la vérité en nous faisant perdre la richesse du concret, ou nous en rapproche-t-il en nous permettant de saisir l'essentiel ?
Histoire philosophique de la notion
[modifier | modifier le wikicode]Antiquité : Platon et Aristote
[modifier | modifier le wikicode]La réflexion sur l'abstraction prend naissance avec la philosophie grecque, qui affronte pour la première fois le problème des universaux de manière systématique. Platon (428-348 av. J.-C.) développe sa théorie des Formes (ou Idées) pour expliquer comment il peut exister une connaissance stable et universelle alors que le monde sensible est en perpétuel changement.[4] Les Formes platoniciennes sont des réalités transcendantes, éternelles et immuables qui existent dans un monde intelligible séparé du monde sensible. La Forme du Beau, par exemple, existe indépendamment de tous les objets beaux particuliers et constitue leur cause formelle : c'est parce qu'ils participent à cette Forme que les objets sensibles peuvent être dits beaux.
Dans cette perspective, l'abstraction n'est pas une construction de l'esprit mais une réminiscence : connaître, c'est se souvenir des Formes que l'âme a contemplées avant sa chute dans le corps.[5] Le processus de connaissance consiste à s'élever du sensible vers l'intelligible, du particulier changeant vers l'universel éternel. Cette ascension dialectique, décrite notamment dans l'allégorie de la caverne, constitue le mouvement même de la philosophie.
Aristote (384-322 av. J.-C.), élève de Platon, rejette la séparation platonicienne entre le monde sensible et le monde des Formes.[6] Pour lui, les universaux n'existent pas indépendamment des particuliers : ils existent dans les choses individuelles comme leur forme substantielle. La forme d'un cheval n'existe pas séparément dans un monde intelligible, mais seulement actualisée dans les chevaux individuels. Cette théorie hylémorphique (de hylè, matière, et morphè, forme) affirme que toute substance est composée d'une matière et d'une forme indissociables dans l'existence concrète.
L'abstraction devient chez Aristote un processus mental authentique : c'est l'intellect agent (nous poiètikos) qui extrait la forme intelligible des données sensibles fournies par la phantasia.[7] Ce processus ne crée pas artificiellement l'universel, mais le dégage de la gangue du particulier où il est immanent. L'abstraction aristotélicienne procède par négation progressive des conditions matérielles : on peut abstraire la forme géométrique d'un objet en faisant abstraction de sa couleur, de sa texture, de son poids, pour ne retenir que sa configuration spatiale.
Cette divergence entre Platon et Aristote inaugure un débat qui traversera toute l'histoire de la philosophie : les universaux existent-ils avant les choses (ante res), dans les choses (in rebus), ou seulement après les choses, comme produits de l'esprit (post res) ?
Scolastique médiévale : le problème des universaux
[modifier | modifier le wikicode]La philosophie médiévale hérite de cette question à travers Boèce (c. 480-524), qui transmet au Moyen Âge latin le problème formulé par Porphyre dans l'Isagoge : les genres et les espèces subsistent-ils réellement ou seulement dans la pensée ? S'ils subsistent réellement, sont-ils corporels ou incorporels ? Sont-ils séparés des choses sensibles ou existent-ils en elles ?[8]
Thomas d'Aquin (1225-1274) développe une solution qui synthétise l'aristotélisme et la théologie chrétienne.[9] Pour lui, l'universel possède un triple statut. D'abord, la nature commune (natura communis) existe dans les choses individuelles : l'humanité existe réellement dans Socrate et dans Platon, mais sans y être universelle — elle n'y est présente qu'individualisée. Ensuite, cette même nature existe dans l'intellect humain comme concept universel, après avoir été abstraite par l'intellect agent à partir des images sensibles (phantasmata). Enfin, les natures existent aussi dans l'intellect divin comme modèles exemplaires de la création.
Le processus d'abstraction thomiste comporte plusieurs degrés. L'abstraction totale permet de former les concepts de genres et d'espèces en considérant l'essence commune indépendamment des individus. L'abstraction formelle permet de saisir la forme sans la matière sensible, donnant accès aux objets mathématiques.[10] Mais Thomas insiste sur le fait que, bien que l'intellect puisse considérer séparément ce qui n'existe pas séparément dans la réalité, cette séparation mentale n'est pas une falsification mais une condition de la connaissance intellectuelle.
Guillaume d'Ockham (c. 1287-1347) rompt avec ce réalisme modéré en affirmant que seuls les individus existent réellement : il n'y a rien de commun dans la réalité entre Socrate et Platon si ce n'est qu'ils peuvent être désignés par le même terme « homme ».[11] Les universaux ne sont que des signes mentaux (termini) ou vocaux qui, par convention, se réfèrent à plusieurs individus. Cette position nominaliste, qui refuse toute réalité extramentale aux universaux, aura des conséquences considérables pour l'épistémologie moderne.
Empirisme moderne : Locke et Berkeley
[modifier | modifier le wikicode]John Locke (1632-1704) renouvelle la théorie de l'abstraction dans le cadre de son empirisme. Dans l'Essai sur l'entendement humain (1690), il affirme que l'esprit est initialement une tabula rasa, une page blanche sur laquelle l'expérience vient inscrire toutes nos idées.[12] Les idées simples proviennent directement de la sensation ou de la réflexion, tandis que les idées complexes sont construites par l'esprit à partir des idées simples.
L'abstraction lockéenne consiste à séparer mentalement certaines idées qui accompagnent un objet pour ne retenir que celles qui sont communes à plusieurs objets. Ainsi, pour former l'idée générale de « blanc », l'esprit observe cette couleur dans la craie ou la neige, la considère isolément en faisant abstraction du lieu, du moment et des autres qualités, et lui donne le nom de « blancheur » qui peut alors s'appliquer à tous les objets partageant cette apparence.[13] Les idées abstraites sont donc formées par omission des particularités et conservation des ressemblances.
George Berkeley (1685-1753) soumet cette théorie à une critique dévastatrice dans le Traité des principes de la connaissance humaine (1710).[14] Il argue qu'il est impossible de former l'idée abstraite générale d'un triangle qui ne serait ni scalène, ni isocèle, ni équilatéral, ni grand, ni petit, mais tous ces triangles à la fois. Une telle idée serait contradictoire. Berkeley conclut que les soi-disant idées abstraites de Locke sont psychologiquement impossibles : nous ne pouvons concevoir que des idées particulières, même si nous pouvons utiliser ces idées particulières de manière générale en ne prêtant attention qu'à certains de leurs aspects.
Cette critique révèle une tension interne à l'empirisme : si toute connaissance provient de l'expérience sensible, qui ne nous donne que du particulier, comment peut-on former des concepts généraux authentiquement universels ? Le nominalisme de Berkeley résout le problème en niant qu'il existe véritablement des idées générales : il n'y a que des mots généraux appliqués à des idées toujours particulières.
Rationalisme : Descartes et les idées innées
[modifier | modifier le wikicode]René Descartes (1596-1650) adopte une position opposée en affirmant l'existence d'idées innées qui ne proviennent pas de l'expérience.[15] Dans les Méditations métaphysiques (1641), il distingue trois types d'idées : les idées adventices (qui semblent venir du dehors), les idées factices (que l'esprit construit), et les idées innées (qui appartiennent originellement à la nature de l'esprit).
L'idée de Dieu est innée car elle représente un être infini et parfait, or aucune expérience finie ne peut être la cause adéquate d'une telle représentation. De même, les idées mathématiques sont innées : elles ne dérivent pas de l'abstraction à partir de l'expérience sensible mais sont découvertes par l'intellect pur.[16] Les vérités mathématiques sont éternelles et nécessaires précisément parce qu'elles concernent des essences intelligibles indépendantes de l'existence factuelle.
Cette théorie rationaliste déplace la question de l'abstraction. Il ne s'agit plus d'extraire le général du particulier par un processus psychologique, mais de reconnaître dans l'esprit des structures conceptuelles originaires qui rendent possible toute expérience et toute pensée. L'abstraction devient ainsi une forme d'intuition intellectuelle plutôt qu'un processus inductif.
Kant : abstraction et catégories a priori
[modifier | modifier le wikicode]Emmanuel Kant (1724-1804) opère une synthèse entre empirisme et rationalisme en distinguant la forme et la matière de la connaissance.[17] Dans la Critique de la raison pure (1781, 1787), il montre que l'expérience n'est possible que si l'esprit impose ses formes a priori (l'espace, le temps, les catégories) à la matière sensible fournie par l'intuition.
Les catégories kantiennes — quantité, qualité, relation, modalité — ne sont pas abstraites de l'expérience mais constituent les conditions transcendantales de possibilité de toute expérience.[18] Elles appartiennent à la structure même de l'entendement et s'appliquent nécessairement à tous les phénomènes. La déduction transcendantale démontre que les objets doivent se conformer aux catégories pour pouvoir être objets d'expérience.
Cette révolution copernicienne transforme le statut de l'abstraction. Les concepts empiriques peuvent certes être formés par abstraction à partir de l'expérience : je peux former le concept de « chien » en comparant différents chiens, en réfléchissant sur leurs points communs et en faisant abstraction de leurs différences. Mais les concepts purs de l'entendement (les catégories) ne proviennent pas de cette abstraction empirique : ils sont les formes mêmes selon lesquelles l'entendement structure l'expérience.
Kant distingue ainsi l'abstraction comme processus de formation des concepts empiriques de l'analyse transcendantale qui dévoile les structures a priori de la connaissance. Cette distinction aura une influence décisive sur toute la philosophie ultérieure.
Hegel : dialectique du concret et de l'abstrait
[modifier | modifier le wikicode]Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831) bouleverse la conception traditionnelle de l'abstraction en montrant que le concret authentique n'est pas le donné immédiat mais le résultat d'un processus de médiation.[19] Dans la Science de la logique (1812-1816) et l'Encyclopédie des sciences philosophiques (1817-1827), Hegel critique l'entendement abstrait (Verstand) qui isole et fige les déterminations, et lui oppose la raison dialectique (Vernunft) qui saisit le mouvement vivant des concepts.
Pour Hegel, l'abstrait n'est pas le général opposé au particulier, mais l'unilatéral opposé au concret. Est abstrait ce qui est séparé de ses conditions, de ses relations, de son devenir historique.[20] Ainsi, l'être pur dont part la Logique est la catégorie la plus abstraite parce qu'elle est la plus indéterminée, la plus pauvre en contenu. Le concret, au contraire, est « l'unité du divers », la synthèse de multiples déterminations.
Cette inversion a des conséquences épistémologiques majeures. La connaissance ne procède pas du concret vers l'abstrait en appauvrissant progressivement le réel, mais de l'abstrait vers le concret en enrichissant la pensée par l'intégration dialectique de déterminations toujours plus nombreuses. Le concept hégélien (Begriff) n'est pas une représentation générale obtenue par abstraction, mais la structure rationnelle immanente à la chose même, saisie dans son automouvement.
Dans ses écrits critiques, Hegel dénonce l'« abstraction » au sens péjoratif : la pensée qui s'en tient aux oppositions rigides et aux identités figées au lieu de comprendre les contradictions vivantes et les transitions dialectiques. Dans son célèbre texte « Qui pense abstraitement ? » (1807), il montre ironiquement que c'est la pensée commune qui pense abstraitement en réduisant un meurtrier à son crime, tandis que la pensée philosophique pense concrètement en le comprenant dans la totalité de ses déterminations sociales et historiques.[21]
Marx : critique de l'abstraction capitaliste
[modifier | modifier le wikicode]Karl Marx (1818-1883) hérite de la dialectique hégélienne mais la transforme en la plaçant sur ses bases matérielles. Dans les Grundrisse (1857-1858) et le Capital (1867), il développe une méthode qui part des abstractions les plus simples pour reconstituer le concret comme « synthèse de multiples déterminations ».[22]
La section « La méthode de l'économie politique » des Grundrisse expose cette démarche. Les économistes du XVIIe siècle commençaient par la population, la nation, l'État — totalités concrètes mais confuses. L'analyse économique classique a produit des concepts abstraits : division du travail, monnaie, valeur. Ces abstractions ne sont pas de simples constructions mentales mais correspondent à des réalités sociales historiquement déterminées.
Marx distingue soigneusement deux mouvements. Le premier va du concret chaotique (la représentation d'ensemble) aux déterminations abstraites simples par analyse. Le second reconstruit le concret par synthèse des déterminations abstraites : « Le concret est concret parce qu'il est la synthèse de multiples déterminations, donc unité du divers ».[23] Cette méthode d'ascension de l'abstrait au concret est la seule scientifiquement correcte parce qu'elle reproduit dans la pensée le processus réel de constitution de l'objet.
Mais Marx apporte une dimension critique essentielle. L'abstraction n'est pas seulement un procédé méthodologique : elle est inscrite dans la réalité sociale elle-même. Le capitalisme produit des abstractions réelles. La valeur d'échange abstrait de la diversité concrète des valeurs d'usage : toutes les marchandises deviennent commensurables en tant qu'incarnations de travail abstrait.[24] La monnaie est l'abstraction par excellence, l'équivalent général qui efface toutes les différences qualitatives.
Cette abstraction sociale réelle engendre ce que Marx nomme le « fétichisme de la marchandise » : les rapports sociaux entre personnes prennent la forme de rapports entre choses.[25] Les travailleurs ne se rapportent plus les uns aux autres directement mais à travers les marchandises qu'ils échangent. Cette inversion — où les abstractions (valeur, capital, argent) semblent dotées d'une vie propre tandis que les relations humaines concrètes disparaissent — constitue l'aliénation fondamentale de la société capitaliste.
L'analyse marxienne révèle ainsi que l'abstraction n'est pas un simple outil cognitif neutre mais un processus historiquement situé qui structure les formes de vie sociale. La critique de l'économie politique devient critique des abstractions réelles produites par le mode de production capitaliste.
Phénoménologie : Husserl et la réduction eidétique
[modifier | modifier le wikicode]Edmund Husserl (1859-1938) renouvelle la question de l'abstraction dans le cadre de la phénoménologie transcendantale. Dans les Recherches logiques (1900-1901) et Idées directrices pour une phénoménologie (1913), il distingue plusieurs types d'abstraction.[26]
L'abstraction au sens traditionnel consiste à isoler un moment non-indépendant d'un tout concret : on peut abstraire la couleur rouge d'une pomme rouge, mais cette couleur ne peut exister indépendamment d'une surface étendue. Husserl appelle ce processus « idéation » (Ideation) ou « intuition eidétique » : la conscience peut saisir directement l'essence (Eidos) dans l'expérience singulière en opérant une variation imaginative.
La variation eidétique fonctionne ainsi : en imaginant différentes versions d'un objet et en modifiant systématiquement ses propriétés, on finit par identifier ce qui demeure invariant à travers toutes les variations possibles — c'est l'essence ou l'eidos de cet objet.[27] Par exemple, pour saisir l'essence du triangle, on imagine des triangles de toutes sortes (équilatéraux, isocèles, rectangles, grands, petits), et on découvre que ce qui reste identique est la structure formelle : figure fermée à trois côtés.
Cette intuition eidétique n'est pas une généralisation empirique ni une construction conceptuelle, mais une saisie originaire d'une structure essentielle. Les essences husserliennes ne sont ni des universaux platoniciens séparés ni de simples concepts psychologiques, mais des structures idéales appréhendées dans l'acte même de connaissance.
La réduction eidétique, distincte de la réduction transcendantale, met entre parenthèses (epoché) l'existence factuelle pour se concentrer uniquement sur l'essence pure. Cette opération permet de constituer des sciences eidétiques a priori qui fondent les sciences empiriques : la géométrie pure fonde la physique géométrique, l'ontologie formelle fonde toute théorie déductive.
Théories contemporaines
[modifier | modifier le wikicode]Frege et les principes d'abstraction
[modifier | modifier le wikicode]Gottlob Frege (1848-1925) introduit une approche logique rigoureuse de l'abstraction dans les Fondements de l'arithmétique (1884) et les Lois fondamentales de l'arithmétique (1893-1903).[28]
Frege formule des principes d'abstraction de la forme : « l'abstrait de a = l'abstrait de b si et seulement si a et b sont dans la relation R ». Le principe de Hume, par exemple, énonce que « le nombre des F = le nombre des G si et seulement si les F et les G peuvent être mis en correspondance bi-univoque ».[29] Ce principe définit implicitement les nombres cardinaux en spécifiant leurs conditions d'identité.
L'intérêt philosophique de cette approche est qu'elle permet d'introduire des objets abstraits (les nombres) non pas comme des entités mystérieuses préexistantes, mais comme le résultat d'une opération logique sur des concepts. L'abstraction frégéenne transforme une relation d'équivalence entre concepts en une relation d'identité entre objets.
Cependant, le système de Frege s'avère inconsistant. La Loi fondamentale V, qui généralise le principe d'abstraction aux extensions de concepts, conduit à la contradiction mise en évidence par Bertrand Russell en 1902 (le paradoxe de l'ensemble de tous les ensembles qui ne se contiennent pas eux-mêmes). Cette découverte montre que tous les principes d'abstraction ne sont pas également légitimes : certains engendrent des contradictions logiques.
Le néo-logicisme contemporain, développé notamment par Crispin Wright et Bob Hale depuis les années 1980, reprend le programme frégéen en cherchant des principes d'abstraction à la fois consistants et suffisamment puissants pour fonder les mathématiques.[30] Le principe de Hume, contrairement à la Loi V, s'avère consistant et permet de dériver l'arithmétique du second ordre. Cette résurrection de l'abstractionnisme frégéen constitue l'un des développements les plus importants de la philosophie des mathématiques récente.
Débat contemporain : nominalisme contre platonisme
[modifier | modifier le wikicode]La philosophie contemporaine est traversée par un débat fondamental sur le statut des entités abstraites. Les nominalistes affirment que seuls les objets concrets, localisés dans l'espace et le temps, existent réellement.[31] Les universaux, les nombres, les ensembles, les propositions ne sont que des façons de parler, des instruments utiles mais dépourvus de réalité ontologique propre.
Les arguments nominalistes font valoir le principe de parcimonie ontologique (le rasoir d'Ockham) : il ne faut pas multiplier les entités sans nécessité. Les entités abstraites posent aussi un problème épistémologique : comment pourrions-nous connaître des objets qui n'ont aucune relation causale avec nous, qui n'agissent pas dans l'espace et le temps ?[32]
Les platonistes ou réalistes répondent que les entités abstraites sont indispensables à la science et aux mathématiques. Les théories scientifiques quantifient sur des ensembles, des fonctions, des espaces abstraits. Si nous devons prendre nos meilleures théories scientifiques au sérieux, alors nous devons accepter l'existence de ce sur quoi elles quantifient (argument d'indispensabilité de Quine et Putnam).[33]
Le débat se poursuit sur plusieurs fronts. Certains nominalistes tentent de montrer qu'on peut reformuler les théories scientifiques sans référence aux entités mathématiques abstraites. D'autres, comme les fictionnalistes, admettent l'utilité des mathématiques tout en niant que les énoncés mathématiques soient littéralement vrais. Les structuralistes, de leur côté, proposent que les mathématiques ne portent pas sur des objets abstraits individuels mais sur des structures relationnelles.[34]
Cette controverse touche aux fondements mêmes de notre compréhension du langage, de la vérité et de la réalité. Elle montre que la question de l'abstraction n'est pas un problème technique isolé mais engage toute une vision du monde.
Dimensions cognitives et épistémologiques
[modifier | modifier le wikicode]La psychologie cognitive et les neurosciences contemporaines ont renouvelé l'étude empirique des processus d'abstraction. Ces recherches montrent que l'abstraction n'est pas un processus unitaire mais implique différents mécanismes cognitifs : catégorisation perceptuelle, généralisation conceptuelle, représentation schématique, raisonnement analogique.[35]
Les travaux sur les concepts montrent que la formation de représentations abstraites commence très tôt dans le développement cognitif. Dès les premiers mois, les nourrissons manifestent des capacités de catégorisation qui leur permettent de regrouper des objets selon leurs propriétés communes. Ces compétences précoces suggèrent que certaines formes d'abstraction pourraient être innées ou du moins contraintes par l'architecture cognitive.[36]
D'un point de vue épistémologique, les philosophes débattent du statut des concepts abstraits : sont-ils des entités mentales privées ou des structures publiques partagées ? Comment les concepts se rapportent-ils aux propriétés des objets ? Quelle est la relation entre les concepts scientifiques théoriques (comme « quark » ou « sélection naturelle ») et l'expérience ordinaire ?
Certains philosophes, comme Wilfrid Sellars, défendent un nominalisme psychologique selon lequel toute conscience de similitudes, de types et de structures est médiatisée par le langage et les pratiques sociales.[37] Cette perspective souligne la dimension sociale et historique de la formation des concepts abstraits, rejoignant ainsi certaines intuitions de la tradition marxiste sur les abstractions réelles.
Enjeux philosophiques
[modifier | modifier le wikicode]L'abstraction soulève des questions qui touchent au cœur de la philosophie. Premièrement, elle interroge la nature de l'universel et son rapport au particulier. Les universaux ont-ils une existence indépendante des particuliers qui les instancient, ou ne sont-ils que des produits de l'activité classificatoire de l'esprit ? Cette question engage toute une métaphysique.
Deuxièmement, l'abstraction pose le problème de la référence : comment nos concepts abstraits se rapportent-ils au monde ? Quelle garantie avons-nous que nos catégories mentales correspondent à de véritables articulations du réel et ne sont pas de simples projections anthropomorphiques ? Cette interrogation est centrale pour l'épistémologie et la philosophie des sciences.
Troisièmement, comme l'a montré Marx, l'abstraction n'est pas seulement une opération cognitive mais aussi un processus social et historique. Les formes d'abstraction dominantes dans une société reflètent et reproduisent les rapports sociaux de production. Ainsi, l'abstraction marchande qui réduit tous les produits du travail à des quantités de valeur échangeable correspond à la structure du mode de production capitaliste. Cette dimension sociale de l'abstraction révèle son caractère idéologique potentiel.
Quatrièmement, l'abstraction soulève une question normative : quel est le bon niveau d'abstraction pour comprendre un phénomène ? Une abstraction excessive conduit à l'appauvrissement et à la perte du réel, comme le dénonce Hegel. Mais une absence d'abstraction empêche toute compréhension théorique. La science doit constamment négocier entre ces deux écueils, cherchant les abstractions fécondes qui révèlent l'essentiel tout en restant suffisamment riches pour rendre compte de la complexité du donné.
Cinquièmement, l'abstraction a une dimension politique. Les catégories abstraites par lesquelles nous pensons le monde social — classe, race, genre, nation, individu — ne sont jamais neutres. Elles structurent notre perception de la réalité et orientent notre action. C'est pourquoi la critique des abstractions dominantes constitue un moment essentiel de toute pensée émancipatrice.
Notes et références
[modifier | modifier le wikicode]- ↑ Armstrong, David M., Universals. An Opinionated Introduction, Boulder, Westview Press, 1989, p. 1-15.
- ↑ Klima, Gyula, "The Medieval Problem of Universals", Stanford Encyclopedia of Philosophy, 2008 (version en ligne).
- ↑ Martínez, Sergio F. et Huang, Xiang, "Epistemic Groundings of Abstraction and Their Cognitive Dimension", Philosophy of Science, vol. 78, n° 3, 2011, p. 490-511.
- ↑ Platon, République, Livre VI-VII, trad. fr. G. Leroux, Paris, Flammarion, 2002.
- ↑ Platon, Phédon, 72e-76e, trad. fr. M. Dixsaut, Paris, Flammarion, 1991, p. 221-235.
- ↑ Aristote, Métaphysique, Livre I, 9, 990b-991b, trad. fr. M.-P. Duminil et A. Jaulin, Paris, Flammarion, 2008, p. 83-87.
- ↑ Aristote, De l'âme, III, 4-5, 429a-430a, trad. fr. R. Bodéüs, Paris, Flammarion, 1993, p. 217-222.
- ↑ Porphyre, Isagoge, trad. fr. A. de Libera et A.-P. Segonds, Paris, Vrin, 1998, p. 1-3.
- ↑ Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ia, q. 84-85, trad. fr. A.-M. Roguet, Paris, Cerf, 1984, vol. I, p. 714-772.
- ↑ Thomas d'Aquin, De ente et essentia, chap. 3, in L'Être et l'essence, trad. fr. C. Capelle, Paris, Vrin, 1985, p. 38-45.
- ↑ Guillaume d'Ockham, Summa logicae, I, 14-17, dans Philosophical Writings, éd. et trad. P. Boehner, Indianapolis, Hackett, 1990, p. 32-41.
- ↑ Locke, John, Essai sur l'entendement humain, II, 1, §2, trad. fr. J.-M. Vienne, Paris, Vrin, 2001, p. 105.
- ↑ Locke, John, Essai sur l'entendement humain, III, 3, §6-9, op. cit., p. 393-396.
- ↑ Berkeley, George, Traité des principes de la connaissance humaine, Introduction, §10-15, trad. fr. D. Berlioz, Paris, Flammarion, 1991, p. 63-69.
- ↑ Descartes, René, Méditations métaphysiques, III, in Œuvres de Descartes, éd. C. Adam et P. Tannery, Paris, Vrin, 1996, vol. VII, p. 37-52.
- ↑ Descartes, René, Méditations métaphysiques, V, op. cit., vol. VII, p. 63-71.
- ↑ Kant, Emmanuel, Critique de la raison pure, « Esthétique transcendantale » et « Analytique transcendantale », trad. fr. A. Tremesaygues et B. Pacaud, Paris, PUF, 2012 [1781/1787], p. 53-223.
- ↑ Kant, Emmanuel, Critique de la raison pure, « Analytique des concepts », §10-13, op. cit., p. 105-119.
- ↑ Hegel, Georg Wilhelm Friedrich, Science de la logique, Livre I, « La doctrine de l'être », trad. fr. P.-J. Labarrière et G. Jarczyk, Paris, Aubier, 1972, p. 53-78.
- ↑ Hegel, Georg Wilhelm Friedrich, Encyclopédie des sciences philosophiques, I, « La Science de la Logique », §82, Add., trad. fr. B. Bourgeois, Paris, Vrin, 1970, p. 343-345.
- ↑ Hegel, Georg Wilhelm Friedrich, « Qui pense abstraitement ? », in Écrits sur la critique, trad. fr. M. Jacob, Paris, Aubier-Montaigne, 1978, p. 113-121.
- ↑ Marx, Karl, Grundrisse. Fondements de la critique de l'économie politique, « Introduction de 1857 », trad. fr. J.-P. Lefebvre, Paris, Éditions sociales, 2011, p. 34-42.
- ↑ Marx, Karl, Grundrisse, op. cit., p. 38.
- ↑ Marx, Karl, Le Capital. Critique de l'économie politique, Livre I, section I, chapitre 1, trad. fr. J.-P. Lefebvre, Paris, PUF, 1993, p. 39-93.
- ↑ Marx, Karl, Le Capital, Livre I, section I, chapitre 1, §4, op. cit., p. 82-93.
- ↑ Husserl, Edmund, Recherches logiques, tome 2, Recherche II, §§1-10, trad. fr. H. Élie, A. L. Kelkel et R. Schérer, Paris, PUF, 1961, p. 117-144.
- ↑ Husserl, Edmund, Idées directrices pour une phénoménologie, Livre I, §§4, 69-70, trad. fr. P. Ricœur, Paris, Gallimard, 1950, p. 22-26, 228-236.
- ↑ Frege, Gottlob, Les Fondements de l'arithmétique, §§62-69, trad. fr. C. Imbert, Paris, Seuil, 1969, p. 179-198.
- ↑ Frege, Gottlob, Les Fondements de l'arithmétique, §63, op. cit., p. 180-182.
- ↑ Wright, Crispin, Frege's Conception of Numbers as Objects, Aberdeen, Aberdeen University Press, 1983, p. 106-180.
- ↑ Field, Hartry, Science without Numbers, Oxford, Blackwell, 1980, p. 1-43.
- ↑ Benacerraf, Paul, "Mathematical Truth", Journal of Philosophy, vol. 70, n° 19, 1973, p. 661-679.
- ↑ Quine, W. V. O., "On What There Is", in From a Logical Point of View, Cambridge, Harvard University Press, 1953, p. 1-19.
- ↑ Shapiro, Stewart, Philosophy of Mathematics: Structure and Ontology, Oxford, Oxford University Press, 1997, p. 72-104.
- ↑ Murphy, Gregory L., The Big Book of Concepts, Cambridge, MIT Press, 2002, p. 11-43.
- ↑ Mandler, Jean M., "How to Build a Baby: II. Conceptual Primitives", Psychological Review, vol. 99, n° 4, 1992, p. 587-604.
- ↑ Sellars, Wilfrid, "Empiricism and the Philosophy of Mind", in Science, Perception and Reality, Atascadero, Ridgeview, 1963, p. 127-196.
Bibliographie
[modifier | modifier le wikicode]Textes classiques
[modifier | modifier le wikicode]- Aristote, De l'âme, trad. fr. R. Bodéüs, Paris, Flammarion, 1993
- Aristote, Métaphysique, trad. fr. M.-P. Duminil et A. Jaulin, Paris, Flammarion, 2008
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Voir aussi
[modifier | modifier le wikicode]- Universel
- Concept
- Catégorie
- Général et particulier
- Réalisme et nominalisme
- Idéalisme
- Matérialisme dialectique
- Fétichisme de la marchandise