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Dictionnaire de philosophie/Afrique

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— - Afrique - —

La pensée africaine désigne l'ensemble des traditions philosophiques, des systèmes de réflexion et des productions intellectuelles développés sur le continent africain et par les Africains, aussi bien dans les contextes précoloniaux, coloniaux que contemporains. Loin de constituer un ensemble monolithique, la pensée africaine se caractérise par sa pluralité, ses débats internes et ses multiples ancrages culturels, linguistiques et historiques.

Origines et fondements

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La pensée pharaonique

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L'Égypte ancienne a développé des systèmes conceptuels philosophiques antérieurs à la tradition grecque. Les Textes des pyramides, les enseignements de Ptahhotep et les cosmologies témoignent d'une élaboration théorique structurée, constituant l'un des premiers corpus philosophiques documentés[1].

Systèmes philosophiques égyptiens

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Mubabinge Bilolo a identifié plusieurs traditions philosophiques en Égypte ancienne : la pensée de l'Un (Wa), le passage de l'Un aux multiples (Hh), la théologie négative, l'éthique écologique et l'épistémologie[2]. Ces travaux analysent la métaphysique égyptienne portant sur l'origine du cosmos, la nature de l'être et les principes régissant l'univers[3].

Textes de sagesse : Ptahhotep et Aménémopé

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Les enseignements de sagesse (sebayt) constituent une source textuelle majeure. L'Enseignement de Ptahhotep (vers 2400 av. J.-C., Ancien Empire) compte parmi les plus anciens textes philosophiques connus[4]. Ptahhotep, vizir de la Vᵉ dynastie, expose une philosophie morale et politique centrée sur l'harmonie, la mesure, l'écoute et la justice, véhiculant une conception structurée du monde et de la société.

Parmi les préceptes de Ptahhotep : « Ne sois pas vain de ce que tu as appris, mais converse avec l'ignorant comme avec le sage. Car aucune limite ne peut être fixée au savoir, pas plus qu'il n'est d'homme habile qui puisse tout connaître »[5]. Cette formulation relève d'une épistémologie reconnaissant les limites de la connaissance humaine.

L'Enseignement d'Aménémopé (vers 1000 av. J.-C., Nouvel Empire) développe la piété personnelle, la modération et la relation directe avec la divinité. Ces textes ont influencé la littérature sapientiale du Proche-Orient ancien, notamment le Livre des Proverbes bibliques[6].

Maât : principe structurant

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Maât désigne à la fois une déesse et un concept abstrait incarnant la vérité (maa), la justice (djed), l'ordre cosmique (hep), l'équilibre et l'harmonie universelle[7]. Ce principe structure la cosmologie, l'éthique et l'organisation politique égyptiennes.

Maât représente l'ordre instauré par le dieu créateur Rê lors de la création, en opposition au chaos primordial (Isfet). Cet ordre doit être maintenu par le pharaon, garant de Maât, et par la conduite individuelle[8]. Maât constitue un principe cosmique dont dépend la stabilité universelle.

Plan cosmologique : L'univers fonctionne selon des lois rationnelles. Le cycle solaire, les saisons et les crues du Nil obéissent à Maât.

Plan éthique : Les actions humaines doivent s'aligner sur Maât. L'éthique égyptienne repose sur la conformité à l'ordre naturel. Les vertus cardinales — justice (maa), vérité (maa), rectitude (udjeb), générosité (aw ib), maîtrise de soi (htp) — manifestent Maât[9].

Plan politique : Le pharaon règne en incarnation de Maât. Sa légitimité dépend de sa capacité à maintenir l'ordre, rendre la justice et assurer la prospérité. Les juges prêtent serment au nom de Maât et portent son effigie[10].

Plan eschatologique : Après la mort, le cœur du défunt est pesé contre une plume de Maât lors du jugement dans la Douât. Si le cœur est plus léger — si la personne a vécu conformément à Maât — elle accède à la vie éternelle. Sinon, le cœur est dévoré par Ammit et l'individu subit l'anéantissement définitif[11].

Cosmogonies et métaphysique

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Plusieurs systèmes cosmogoniques ont été développés à Héliopolis, Memphis et Hermopolis, proposant des réflexions métaphysiques sur l'origine du monde[12].

La cosmogonie héliopolitaine décrit l'émergence d'Atoum à partir du Noun, l'océan primordial. Atoum, par autoengendrement, crée Shou (l'air) et Tefnout (l'humidité), qui engendrent Geb (la terre) et Nout (le ciel). Cette généalogie divine (l'Ennéade) structure le cosmos[13].

La Théologie memphite, inscrite sur la Pierre de Shabaka (VIIIᵉ siècle av. J.-C., reprenant un texte antérieur), présente une cosmogonie intellectualiste. Le dieu Ptah crée par la pensée (sia) conçue dans son cœur (ib) et par la parole (hou) prononcée. Cette doctrine du Logos créateur — « Ptah pensa en son cœur et prononça par sa bouche, et toutes choses vinrent à l'être » — précède de près de deux millénaires la doctrine du Verbe créateur du prologue johannique[14].

La cosmogonie hermopolitaine propose une réflexion sur le néant pré-créationnel à travers l'Ogdoade, quatre paires de divinités représentant les aspects du chaos primordial : Noun et Naunet (les eaux primordiales), Heh et Hehet (l'infini spatial), Kek et Keket (les ténèbres), Amon et Amonet (le caché, l'indifférencié). De ces principes négatifs émerge la création positive[15].

Épistémologie et figure du philosophe

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Les Égyptiens utilisaient plusieurs termes pour désigner le sage : rekh (le savant), sai ou sia (le sage), ib-akh (celui dont le cœur est lumineux). L'Inscription d'Antef (XIIᵉ dynastie, vers 1900 av. J.-C.) fournit une définition du philosophe :

« Il est celui dont le cœur est informé sur ces choses qui seraient autrement ignorées, celui qui voit clair lorsqu'il s'enfonce dans un problème, celui qui est modéré dans ses actions, qui pénètre les écrits anciens, dont on recherche les conseils pour démêler les complications, qui est vraiment sage, qui a instruit son propre cœur, qui reste éveillé la nuit à chercher les voies justes, qui surpasse ce qu'il a accompli hier, qui est plus sage qu'un sage, qui s'est lui-même conduit à la sagesse, qui demande conseil et veille à ce qu'on lui demande conseil »[16].

Cette définition met l'accent sur la pénétration intellectuelle, la modération éthique, la connaissance des traditions, la capacité au conseil, l'auto-formation, le progrès continu et le dialogue. Cette conception intègre raison, émotion et spiritualité.

Rapports avec la philosophie grecque

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Les sources antiques attestent que plusieurs philosophes grecs ont étudié en Égypte. Hérodote rapporte que Pythagore, Thalès, Platon et Démocrite se sont rendus en Égypte pour s'instruire auprès des prêtres[17]. Diogène Laërce confirme ces séjours[18].

Plusieurs doctrines grecques présentent des analogies avec la pensée égyptienne : la doctrine pythagoricienne de l'immortalité et de la métempsychose[19], la théorie platonicienne des Idées et le concept égyptien de ka (double spirituel, forme idéale)[20], le Logos créateur dans la philosophie stoïcienne et le christianisme primitif[21], et l'éthique de la mesure (métron) grecque et le principe égyptien de modération (maat).

Ces analogies attestent d'un dialogue intellectuel entre les deux civilisations. Théophile Obenga note : « La philosophie n'a pas commencé en Grèce au VIᵉ siècle avant notre ère. Les Grecs eux-mêmes reconnaissaient que leurs maîtres en philosophie et en sciences étaient les Égyptiens »[22].

Pensée pharaonique et contexte africain

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Des liens linguistiques, culturels et conceptuels existent entre l'Égypte ancienne et d'autres régions d'Afrique. Cheikh Anta Diop a étudié la parenté culturelle entre l'Égypte pharaonique et l'Afrique subsaharienne, notamment à travers des études linguistiques comparées et anthropologiques[23].

Certaines conceptions égyptiennes trouvent des parallèles dans d'autres cultures africaines : le concept de force vitale (sekhem) et le concept bantu de force vitale[24], l'importance de la parole créatrice chez les Dogon du Mali[25], et le principe de Maât et le concept akan d'équilibre et d'harmonie cosmique et sociale[26].

La pensée pharaonique constitue un corpus métaphysique et éthique documenté, représentant un patrimoine intellectuel structuré. Sa reconnaissance permet d'intégrer l'Afrique dans l'histoire de la pensée universelle. Mubabinge Bilolo souligne : « La philosophie égyptienne n'est pas une simple préhistoire de la philosophie grecque. Elle possède sa propre cohérence, ses propres questionnements et ses propres réponses. Elle mérite d'être étudiée pour elle-même, dans sa spécificité africaine, et non comme un simple prologue à la philosophie occidentale »[27].

Les traditions orales

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Les sociétés africaines ont développé des systèmes de pensée sophistiqués transmis par l'oralité. Les proverbes, mythes, récits initiatiques et pratiques rituelles véhiculent des conceptions philosophiques sur l'être, la connaissance, l'éthique et la communauté. Ces savoirs, longtemps négligés ou méprisés par l'académie occidentale, constituent néanmoins des formes authentiques de philosophisation[28].

L'oralité comme mode de civilisation

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L'Afrique a longtemps gardé féconde l'oralité comme une modalité de civilisation. Contrairement aux cultures où la transmission du savoir se fait principalement par écrit, la tradition orale occupe une place privilégiée en Afrique. Les contes, légendes et proverbes sont racontés et retransmis pendant les cérémonies, les veillées et les rassemblements communautaires[29]. Cette tradition crée un lien fort entre les générations, renforçant le sens de la communauté et du partage.

Amadou Hampâté Bâ, le célèbre écrivain et ethnologue malien, a immortalisé cette réalité par sa formule devenue proverbiale : « En Afrique, quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle »[30]. Cette métaphore souligne l'importance cruciale de la transmission orale et le rôle des anciens comme dépositaires de la sagesse collective. Les vieillards, gardiens de la mémoire communautaire, incarnent le savoir accumulé sur plusieurs générations.

La tradition orale n'est pas simplement un moyen de communication, mais un processus culturel à travers lequel l'éducation des enfants et la transmission des valeurs, des savoirs et des traditions se réalisent[31]. C'est dans cette oralité que se forment les éléments de la conscience et de l'intelligence collectives des sociétés africaines.

Les proverbes : palme-oil de la parole

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Les proverbes occupent une place centrale dans la pensée africaine traditionnelle. Comme l'a si bien exprimé l'écrivain nigérian Chinua Achebe dans son roman Le monde s'effondre, « les proverbes sont l'huile de palme avec laquelle on mange les mots »[32]. Cette métaphore igbo illustre parfaitement la fonction des proverbes : ils rendent la communication plus digeste, plus savoureuse, plus mémorable.

Les proverbes africains ne sont pas de simples dictons folkloriques. Ils constituent de véritables condensés de philosophie pratique, des « pépites de sagesse » qui encapsulent des vérités morales, des observations sur la nature humaine, des conseils de vie[33]. Chez les Akan du Ghana, les Yoruba et les Igbo du Nigeria, les Peul d'Afrique de l'Ouest, les Tharaka du Kenya, les proverbes servent de référence morale et de guide pour la résolution des conflits.

Les proverbes remplissent plusieurs fonctions essentielles :

Fonction pédagogique : Les proverbes sont des instruments d'éducation morale. Par exemple, le proverbe peul « Celui qui est patient voit le soleil se lever » enseigne la valeur de la patience. Le proverbe akan « Un arbre ne peut faire une forêt » enseigne l'importance de la solidarité communautaire[34].

Fonction sociale : Les proverbes régulent les interactions sociales en rappelant les normes et valeurs communautaires. Le proverbe igbo « Un vieillard assis voit plus loin qu'un jeune homme debout » rappelle le respect dû aux anciens et reconnaît leur sagesse[35].

Fonction juridique : Dans les sociétés traditionnelles africaines, les proverbes sont souvent invoqués lors des palabres (assemblées de règlement des conflits) pour appuyer un argument, clarifier une position morale, ou suggérer une résolution juste[36].

Fonction herméneutique : Les proverbes permettent une communication indirecte qui laisse place à l'interprétation et à la réflexion. Comme le note le philosophe ghanéen Nimrod Kahn, cette indirection protège contre le totalitarisme éthique en créant un espace pour la liberté individuelle au sein de l'éthique communautaire[37].

Les griots et autres gardiens de la tradition

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Les griots (appelés également djeli, jali, ou gewel selon les régions) sont les maîtres de la parole en Afrique de l'Ouest. Ces conteurs traditionnels ont la responsabilité sacrée de mémoriser et de transmettre la sagesse ancestrale. Ils sont respectés non seulement pour leur art oratoire mais également pour leur rôle éducatif au sein des sociétés africaines[38].

Les griots sont les gardiens de l'histoire, de la généalogie des familles nobles, des épopées héroïques comme celle de Soundjata Keïta (fondateur de l'empire du Mali). Par leur récitation, ils maintiennent vivante la mémoire collective et assurent la continuité culturelle. Leur statut est à la fois admiré et ambivalent : admiré pour leur connaissance et leur talent artistique, mais parfois tenu à distance en raison du pouvoir de leur parole, qui peut louer ou critiquer.

Au-delà des griots, d'autres figures jouent un rôle crucial dans la transmission orale de la sagesse :

- Les devins et prêtres traditionnels, qui interprètent les messages des ancêtres et des divinités - Les anciens et sages du village, consultés pour leurs conseils lors de décisions importantes - Les grands-parents, qui transmettent les contes et les valeurs morales aux petits-enfants - Les maîtres initiateurs, responsables de l'éducation rituelle lors des cérémonies d'initiation

La « Sage Philosophy » d'Henry Odera Oruka

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Le philosophe kényan Henry Odera Oruka (1944-1995) a développé le concept de « sage philosophy » (philosophie des sages) pour démontrer l'existence d'une pensée philosophique critique au sein des traditions orales africaines[39]. Son projet visait à réfuter le stéréotype selon lequel les cultures africaines manqueraient de traditions philosophiques rigoureuses.

Oruka distingue deux types de sagesse traditionnelle :

La sagesse populaire (folk wisdom) : Il s'agit des croyances communément partagées, des maximes et proverbes répétés de génération en génération sans être nécessairement questionnés. Cette sagesse reflète le consensus culturel et constitue ce qu'Oruka appelle la « philosophie culturelle » (mythos) d'un peuple.

La sagesse philosophique (philosophic sagacity) : Certains sages, tout en étant profondément enracinés dans leur culture, développent une pensée critique et personnelle. Ils ne se contentent pas de répéter les dictons traditionnels mais les examinent, les questionnent, les adaptent aux circonstances nouvelles. Ces « philosophes sages » utilisent la raison pour évaluer les croyances héritées et proposer de nouvelles interprétations[40].

Oruka a mené de nombreux entretiens avec des sages ruraux kényans, notamment des communautés luo et luhya. Il a transcrit et publié leurs réflexions sur des questions métaphysiques, éthiques et épistémologiques. Un exemple célèbre est le sage Paul Mbuya Akoko, un paysan luo qui, sans éducation formelle occidentale, avait développé des positions philosophiques originales sur la nature de Dieu, la moralité, la justice sociale et la politique[41].

L'approche d'Oruka a été influencée par la méthode socratique. Socrate lui-même, qui n'a laissé aucun écrit, philosophait oralement dans les rues d'Athènes, questionnant ses interlocuteurs pour faire émerger leur pensée. De même, les sages africains, interrogés avec respect et méthode, révèlent une profondeur philosophique qui mérite reconnaissance[42].

Oralité, écriture et philosophie

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La question du rapport entre oralité et écriture en philosophie africaine a été l'objet de débats intenses. Le philosophe béninois Paulin Hountondji a soutenu que la philosophie, pour être véritablement critique et cumulative, nécessite l'écriture. Selon lui, tant que les idées restent uniquement orales, elles ne peuvent pas être soumises à un examen critique rigoureux et ne peuvent pas s'inscrire dans une tradition intellectuelle durable[43].

Hountondji argue que « l'absence de transcription ne dévalorise certainement pas intrinsèquement un discours philosophique, mais elle l'empêche de s'intégrer dans une tradition théorique collective et de prendre place dans l'histoire comme point de référence capable d'orienter les discussions futures »[44]. Pour lui, l'oralité tend à favoriser la répétition dogmatique plutôt que l'innovation critique.

Cette position a été contestée par d'autres philosophes africains. Kwame Gyekye souligne que les proverbes akan sont le produit de « spéculations intellectuelles aiguës » et constituent une forme de philosophisation même s'ils sont transmis oralement[45]. Pour Gyekye, refuser le statut philosophique aux traditions orales revient à « jeter le bébé avec l'eau du bain ».

Kwasi Wiredu adopte une position nuancée. Il reconnaît la valeur philosophique de certaines conceptions transmises oralement (ce qu'il appelle « folk philosophy »), mais insiste sur la nécessité d'une analyse critique et systématique de ces matériaux. L'écriture permet cette analyse, mais n'est pas en soi la condition de la pensée philosophique[46].

Les genres de littérature orale à dimension philosophique

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Au-delà des proverbes, plusieurs genres de littérature orale africaine véhiculent des contenus philosophiques :

Les mythes cosmogoniques : Les récits sur l'origine du monde, des dieux, des humains contiennent des conceptions métaphysiques. Par exemple, le mythe dogon de la création, recueilli par Marcel Griaule auprès du sage Ogotemmêli, présente une cosmologie élaborée avec le dieu créateur Amma, la gémellité primordiale, et l'organisation de l'univers[47].

Les contes moraux : Les histoires d'Anansi l'araignée (Akan), de Leuk le lièvre (Wolof), du caméléon et du lézard contiennent des leçons éthiques sur la ruse, la sagesse, la justice, les conséquences de l'orgueil ou de la cupidité.

Les épopées : Les grandes épopées comme celle de Soundjata, de l'Ozidi (Ijo du Nigeria), de Mwindo (Congo) véhiculent des valeurs héroïques mais aussi des réflexions sur le pouvoir, la justice, le destin[48].

Les devinettes et énigmes : Elles stimulent la réflexion logique et la pensée abstraite. Les séances de devinettes le soir au clair de lune constituent une forme d'éducation intellectuelle pour les jeunes.

Les chants rituels et liturgiques : Les invocations aux divinités, les chants funéraires, les hymnes royaux expriment des conceptions religieuses et métaphysiques. Chez les Yoruba, les poèmes oraculaires d'Ifá constituent un corpus philosophico-religieux immense[49].

Enjeux contemporains de l'oralité

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À l'ère de la mondialisation et de la digitalisation, les traditions orales africaines font face à plusieurs défis :

Érosion de la transmission intergénérationnelle : L'urbanisation, l'éducation occidentalisée, l'influence des médias de masse affaiblissent les mécanismes traditionnels de transmission. Les jeunes générations africaines sont souvent plus familières avec la culture populaire globale qu'avec les proverbes et contes de leurs propres cultures.

Nécessité de documentation : Il devient urgent de collecter, transcrire et archiver les traditions orales avant la disparition des derniers dépositaires. Des projets comme celui d'Oruka au Kenya ou les travaux du malien Amadou Hampâté Bâ montrent la voie.

Valorisation pédagogique : Comment intégrer les traditions orales dans les systèmes éducatifs formels en Afrique ? Des initiatives visent à introduire les contes, proverbes et épopées dans les programmes scolaires pour renforcer l'identité culturelle et la pensée critique[50].

Innovation et néo-oralité : Les traditions orales ne sont pas figées. Elles évoluent et se renouvellent. On assiste aujourd'hui à des formes de « néo-oralité » : contes radiophoniques, spectacles théâtralisés, slam et spoken word qui s'inspirent des techniques traditionnelles, épopées « intermédialisées » utilisant les nouvelles technologies[51].

Les traditions orales africaines constituent un patrimoine philosophique riche et vivant. Loin d'être de simples curiosités ethnographiques ou des survivances archaïques, elles incarnent des modes sophistiqués de transmission de la sagesse, de régulation sociale, d'éducation morale et de stimulation intellectuelle. Les proverbes, les mythes, les épopées, les paroles des sages représentent autant de ressources pour penser les questions fondamentales de l'existence humaine.

Comme l'écrit le philosophe camerounais Fabien Eboussi Boulaga, « la tradition orale n'est pas un musée de formes mortes, mais un champ vivant de créativité et de réflexion critique »[52]. La reconnaissance de cette dimension philosophique des traditions orales africaines enrichit non seulement la compréhension de la pensée africaine, mais contribue également à élargir la conception même de ce qu'est la philosophie au-delà des cadres académiques occidentaux.

Les grands débats

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La philosophie africaine, en tant que discipline académique contemporaine, s'est constituée à travers une série de débats majeurs qui ont marqué son histoire et continuent d'alimenter la réflexion philosophique sur le continent. Ces débats, loin d'être de simples controverses intellectuelles, soulèvent des questions fondamentales sur la nature même de la philosophie, son rapport à la tradition, à la modernité, et à l'identité culturelle. Ils structurent le champ de la pensée africaine et définissent les enjeux contemporains de la discipline.

Le débat sur l'ethnophilosophie : Tempels, Hountondji et la critique radicale

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Le débat le plus célèbre et le plus structurant de la philosophie africaine contemporaine est sans conteste celui qui porte sur l'ethnophilosophie. Ce débat trouve son origine dans l'ouvrage pionnier du missionnaire belge Placide Tempels, La Philosophie bantoue (1945)[53]. Dans ce livre révolutionnaire pour son époque, Tempels affirme que les Bantous du Congo possèdent une philosophie authentique, structurée autour du concept central de force vitale. Selon lui, toute l'ontologie bantoue repose sur l'idée que « l'être est force » et que les êtres se définissent par leur degré de force vitale dans une hiérarchie cosmique.

L'apport de Tempels a été double. D'une part, il a contesté les thèses hégéliennes et les préjugés anthropologiques du XIXe siècle qui déniaient toute capacité philosophique aux Africains, considérés comme relevant d'une « mentalité primitive » (Lucien Lévy-Bruhl). D'autre part, il a proposé une reconstruction systématique de la vision du monde bantoue, montrant sa cohérence interne et sa sophistication[54].

Toutefois, l'ouvrage de Tempels a rapidement suscité des critiques acerbes, notamment de la part de philosophes africains qui y ont vu une entreprise ambiguë, voire pernicieuse. Le philosophe camerounais Marcien Towa (1931-2014) a été l'un des premiers à dénoncer le caractère colonial de l'entreprise de Tempels. Dans son analyse, Towa soutient que le but de Tempels n'était pas philosophique mais missionnaire et colonial : il s'agissait de mieux comprendre la « mentalité bantoue » pour améliorer les méthodes de christianisation et de domination[55][56].

Pour Towa, Tempels « qui n'est pas philosophe, se montre soucieux d'une recherche philosophique pour mieux enseigner le message du Christ et il se dit que ce message serait mieux saisi s'il prenait en compte la logique bantoue »[57]. Plus grave encore, Tempels attribue aux Bantous une philosophie collective et inconsciente, ce qui pose problème : si les Bantous philosophent sans le savoir, s'ils n'ont pas conscience de leur propre philosophie, peut-on vraiment parler de philosophie au sens strict ?

C'est le philosophe béninois Paulin Hountondji (1942-2024) qui a mené la critique la plus systématique et la plus influente de ce qu'il a nommé l'« ethnophilosophie ». Dans son ouvrage majeur Sur la « philosophie africaine ». Critique de l'ethnophilosophie (1977), Hountondji définit l'ethnophilosophie comme « une recherche ethnologique prétendant être philosophique »[58][59].

Selon Hountondji, l'ethnophilosophie commet plusieurs erreurs fondamentales :

1. Elle confond philosophie et vision du monde : La philosophie n'est pas une Weltanschauung collective, mais une activité critique individuelle. Il ne suffit pas d'avoir des croyances ou une cosmologie pour faire de la philosophie.

2. Elle est collective et anonyme : Or, la philosophie requiert des auteurs identifiables, des textes signés, une tradition de débats et de controverses entre penseurs individuels. « La philosophie est une démarche personnelle et non collective », insiste Hountondji[60].

3. Elle manque de dimension critique : L'ethnophilosophie se contente de décrire et de valoriser les croyances traditionnelles sans les soumettre à l'examen critique qui caractérise la démarche philosophique authentique.

4. Elle perpétue une forme de paternalisme colonial : En modifiant les critères de ce qui compte comme philosophie uniquement pour l'Afrique, l'ethnophilosophie maintient une hiérarchie entre la « vraie » philosophie (occidentale) et une sous-philosophie (africaine).

Fort de cette critique, Hountondji propose sa propre définition de la philosophie africaine : « la littérature philosophique africaine, c'est-à-dire l'ensemble des textes écrits par des Africains et qualifiés par leurs auteurs eux-mêmes de philosophiques »[61]. Cette définition exigeante fait de l'écriture, de l'individualité et de l'intentionnalité philosophique les critères de la philosophie africaine.

Le débat sur l'ethnophilosophie a structuré plusieurs décennies de philosophie africaine et a eu des conséquences pédagogiques, politiques et épistémologiques majeures. Il a établi des critères de démarcation entre ce qui est « vraiment » philosophique et ce qui relève de l'anthropologie ou de l'ethnologie. Il a aussi conduit à une réflexion approfondie sur la nature de la philosophie elle-même et sur les conditions de possibilité d'une philosophie authentiquement africaine[62].

La critique de la Négritude : Towa contre Senghor

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Un deuxième grand débat de la philosophie africaine porte sur le mouvement de la Négritude, et plus particulièrement sur l'interprétation qu'en a donnée le président-poète sénégalais Léopold Sédar Senghor (1906-2001). La Négritude, mouvement littéraire et idéologique né dans les années 1930, visait à affirmer la dignité et la spécificité de l'identité noire face au racisme colonial et à l'assimilation culturelle.

Senghor a développé une philosophie de la Négritude qui s'articulait autour de l'idée d'une spécificité ontologique et épistémologique du Noir. Il affirmait notamment que « l'émotion est nègre comme la raison est hellène », suggérant que les Noirs auraient un mode de connaissance particulier, plus intuitif, plus émotionnel, plus participatif que le mode rationnel et analytique des Européens. Senghor parlait de « raison intuitive » et de « connaissance par participation » pour caractériser la voie africaine vers la vérité[63].

Marcien Towa a mené une critique radicale et dévastatrice de cette conception senghorienne de la Négritude. Dans son ouvrage Léopold Sédar Senghor : Négritude ou servitude ? (1971), Towa accuse Senghor de trois erreurs capitales[64][65][66] :

1. La biologisation du culturel (essentialisme racial)

Towa reproche à Senghor de confondre le biologique et le culturel, c'est-à-dire de naturaliser des traits culturels en les présentant comme innés et raciaux. Attribuer l'émotivité au Noir en tant que caractéristique raciale revient à un racisme, même si celui-ci se veut positif. Comme l'écrit Towa : « Ce qui est remarquable dans la thèse de l'émotivité du nègre, c'est la confusion qu'elle implique entre le culturel et le biologique »[67][68].

Cette « biologisation du culturel » condamne le Noir à une essence immuable. Si l'émotivité est inscrite dans sa race, le Noir ne peut s'en défaire : il est condamné biologiquement à être ce qu'il est. C'est une forme de déterminisme racial qui nie la liberté et la transcendance de l'être humain.

2. L'immobilisme et la servitude

La Négritude senghorienne, en célébrant les valeurs traditionnelles africaines (émotivité, communion avec la nature, sens du rythme, etc.) et en les opposant aux valeurs occidentales (raison, analyse, technique), enferme l'Africain dans son passé et le détourne de la transformation révolutionnaire nécessaire. Plutôt que de favoriser la libération et le développement de l'Afrique, la Négritude senghorienne aboutit à une résignation et à une acceptation de la domination coloniale.

Towa affirme que la Négritude de Senghor « s'oppose aux fondements même de ce mouvement, car son but est d'aboutir à neutraliser le Nègre pour lui faire accepter la réalité telle qu'elle est »[69]. Au lieu d'appeler à la révolution, Senghor prône l'acceptation d'une « complémentarité » entre l'Afrique émotionnelle et l'Occident rationnel.

3. L'essentialisme culturel séparatiste

Senghor propose une vision de l'humanité divisée en races ou cultures ayant chacune leur essence propre et leur génie spécifique. Cette vision aboutit à une « segmentation indéfinie de l'humanité » et empêche la construction d'un humanisme universel. Towa plaide au contraire pour une conception existentialiste de l'identité, où l'être humain se définit par ses actes et ses projets, non par son appartenance raciale ou ethnique[70].

Towa oppose à la Négritude senghorienne la Négritude de l'Antillais Aimé Césaire, qu'il juge plus authentique car plus révolutionnaire. Alors que Senghor célèbre et fige l'identité noire, Césaire appelle à la révolte contre l'oppression et à la libération. La Négritude césairienne est dynamique, tournée vers l'action transformatrice ; la Négritude senghorienne est statique, tournée vers la contemplation du passé.

Ce débat sur la Négritude pose des questions essentielles : Peut-on affirmer une identité culturelle sans tomber dans l'essentialisme ? Comment concilier la valorisation du patrimoine africain et l'ouverture à l'universel ? L'identité est-elle donnée (essence) ou construite (existence) ? Ces questions restent d'une brûlante actualité[71][72].

Le débat tradition-modernité : quel avenir pour la pensée africaine ?

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Un troisième grand débat, transversal aux précédents, concerne le rapport entre tradition et modernité en philosophie africaine. Ce débat oppose grossièrement deux camps :

Les traditionalistes (ou néo-traditionalistes) estiment que la philosophie africaine doit puiser dans les ressources de la pensée traditionnelle africaine – proverbes, mythes, institutions, langues, sagesses ancestrales. Ils soulignent que ces traditions contiennent une richesse conceptuelle immense qui a été méprisée ou occultée par la colonisation. La tâche de la philosophie africaine serait donc de ressourcement : retrouver, reconstituer, réactualiser cette sagesse ancestrale pour en faire le fondement d'une pensée africaine authentique.

Les modernistes (ou universalistes) considèrent au contraire que la philosophie africaine ne doit pas se limiter à l'exhumation du passé traditionnel. Ils insistent sur le fait que la philosophie est une activité critique et créative qui doit s'attaquer aux problèmes contemporains de l'Afrique – développement économique, démocratie, droits humains, justice sociale, éducation, santé, technologie. Se réfugier dans les traditions serait une forme d'archaïsme qui empêche l'Afrique de relever les défis de la modernité.

Paulin Hountondji, après sa phase critique de l'ethnophilosophie, a évolué vers une position nuancée. Dans les années 1990-2000, il a développé le concept de « savoirs endogènes »[73][74]. Contrairement aux « savoirs traditionnels » (patrimoine figé du passé) ou aux « savoirs indigènes » (construits sans influences extérieures), les savoirs endogènes sont élaborés par les membres d'une société en intégrant de manière critique des éléments externes.

Hountondji distingue ainsi trois types de savoirs :

- Savoirs traditionnels : héritage du passé, transmis de génération en génération, souvent sacralisés et soustraits à la critique.

- Savoirs indigènes : savoirs prétendument « purs », non contaminés par des influences extérieures (concept problématique et souvent fictif).

- Savoirs endogènes : savoirs produits localement mais en dialogue critique avec les savoirs venus d'ailleurs, combinant innovation locale et appropriation sélective d'apports externes.

Pour Hountondji, la philosophie africaine doit partir des savoirs endogènes et non des savoirs traditionnels figés. « L'objectif n'est pas de revenir en arrière pour exhumer des savoirs traditionnels, mais de développer une production endogène de connaissances qui permettrait à l'Afrique de rompre avec sa dépendance épistémique et de devenir un producteur de théories à portée universelle »[75].

Cette position cherche à dépasser la fausse alternative tradition/modernité. Il ne s'agit ni de rejeter en bloc la tradition, ni de s'y enfermer, mais de la reprendre de manière critique et créative pour construire une pensée africaine contemporaine, rigoureuse et pertinente face aux défis du XXIe siècle.

Le débat sur l'universalisme et le relativisme culturel

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Un quatrième débat majeur oppose universalistes et particularistes (ou relativistes culturels) en philosophie africaine.

Les particularistes soutiennent que chaque culture a sa propre rationalité, ses propres normes, ses propres valeurs qui ne peuvent être jugées de l'extérieur. La philosophie africaine serait irréductiblement différente de la philosophie occidentale, et il serait illégitime d'imposer à l'Afrique des critères philosophiques élaborés en Occident. Cette position valorise la diversité culturelle et la pluralité des rationités.

Les universalistes affirment au contraire qu'il existe des normes rationnelles et éthiques universelles, valables pour tous les êtres humains indépendamment de leur culture. Certes, les cultures diffèrent dans leurs expressions particulières, mais la raison humaine est fondamentalement une. La philosophie, en tant qu'exercice de la raison critique, vise l'universel. Adopter un relativisme culturel radical reviendrait à enfermer les Africains dans leurs particularismes et à les priver de l'accès à l'universel.

Le philosophe ghanéen Kwasi Wiredu a défendu une position d'universalisme modéré. Dans son ouvrage Cultural Universals and Particulars: An African Perspective (1996), Wiredu soutient qu'il existe des problèmes humains universels (la mort, la souffrance, la justice, la vérité) auxquels toutes les cultures tentent de répondre, mais que les réponses sont culturellement variables[76]. La tâche de la philosophie est de distinguer ce qui est universel de ce qui est particulier, et de dialoguer entre les différentes traditions pour enrichir mutuellement les perspectives.

Wiredu critique à la fois l'ethnocentrisme occidental qui impose ses concepts comme universels (par exemple, le concept occidental de « personne » ou de « démocratie »), et le relativisme culturel radical qui empêcherait toute critique interculturelle et tout progrès moral. Il plaide pour un dialogue interculturel où chaque tradition philosophique peut contribuer à l'élaboration de vérités à portée universelle.

Le débat sur la sage-philosophy : Oruka et la philosophie des sages

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Le philosophe kenyan Henry Odera Oruka (1944-1995) a tenté de sortir de l'impasse de l'ethnophilosophie en développant le concept de « sage philosophy » (philosophie des sages)[77]. Oruka distingue deux types de sagesse traditionnelle :

1. La sagesse populaire (folk wisdom) : ensemble de proverbes, dictons, croyances partagées collectivement et transmises sans examen critique. C'est la « philosophie culturelle » ou le « mythos » d'un peuple.

2. La sagesse philosophique (philosophic sagacity) : réflexion personnelle et critique menée par certains sages qui, tout en étant enracinés dans leur culture, ne se contentent pas de répéter la tradition mais la questionnent, l'interprètent, la révisent à la lumière de leur expérience et de leur raison.

Oruka a mené des entretiens avec des sages ruraux kenyans, notamment de l'ethnie Luo, qui n'avaient reçu aucune éducation philosophique formelle occidentale mais qui témoignaient d'une capacité de réflexion philosophique autonome. L'un des plus célèbres est Paul Mbuya Akoko, un paysan luo qui avait développé ses propres positions sur Dieu, la moralité, la justice sociale et la politique[78].

La sage philosophy cherche ainsi à montrer que la pensée philosophique critique n'est pas l'apanage de l'Occident ni de l'élite lettrée, mais qu'elle existe aussi chez des penseurs africains traditionnels qui philosophent de manière individuelle et rigoureuse. Cela répond à l'objection de Hountondji selon laquelle la philosophie africaine traditionnelle serait nécessairement collective et anonyme.

Toutefois, la sage philosophy a aussi fait l'objet de critiques. Certains lui reprochent de manquer de rigueur méthodologique (comment distinguer la sagesse populaire de la sagesse philosophique ?), d'idéaliser les sages traditionnels, et de ne pas suffisamment contribuer à la résolution des problèmes contemporains de l'Afrique.

Conclusion : la vitalité des débats en philosophie africaine

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Les grands débats qui ont jalonné l'histoire de la philosophie africaine contemporaine – débat sur l'ethnophilosophie, débat sur la Négritude, débat tradition-modernité, débat universalisme-particularisme, débat sur la sage philosophy – témoignent de la vitalité intellectuelle de cette discipline. Loin d'être de simples querelles académiques, ces débats posent des questions essentielles sur :

- La nature de la philosophie (qu'est-ce que philosopher ?)

- L'identité culturelle (comment être africain et universel ?)

- Le rapport au passé et à l'avenir (comment assumer l'héritage sans y être prisonnier ?)

- La décolonisation épistémique (comment penser de manière autonome après la colonisation ?)

- Le développement de l'Afrique (quelle philosophie pour quel projet de société ?)

Ces débats ne sont pas clos. Ils continuent d'animer la philosophie africaine au XXIe siècle et se renouvellent à la lumière de nouveaux enjeux : la globalisation, les technologies numériques, les crises environnementales, les migrations, le post-humanisme, etc.

Comme le souligne Kwame Gyekye : « La philosophie africaine ne sera vivante que si elle demeure un espace de débats, de controverses, de désaccords féconds. Une philosophie consensuelle et irénique serait une philosophie morte »[79].

Les courants principaux

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La philosophie africaine contemporaine, telle qu'elle s'est développée depuis les années 1960, se caractérise par une diversité remarquable de courants de pensée qui reflètent les différentes approches, méthodologies et préoccupations des philosophes africains. Ces courants ne sont pas des écoles fermées et exclusives, mais plutôt des tendances intellectuelles qui se croisent, s'influencent mutuellement, se critiquent et se répondent. Ils constituent ensemble le tissu vivant de la philosophie africaine aujourd'hui. Dans cette section, nous allons explorer les principaux courants qui structurent la réflexion philosophique africaine et qui continuent d'alimenter les débats contemporains.

L'Ubuntu et le courant communautarien

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Le courant communautarien est sans doute l'un des plus influents et des plus débattus en philosophie africaine. Il s'articule autour du concept d'Ubuntu, un terme issu des langues bantoues d'Afrique australe qui désigne une philosophie de l'humanité partagée et de l'interdépendance. Le principe fondamental de l'Ubuntu est condensé dans l'adage : « Umuntu ngumuntu ngabantu » — « Une personne est une personne par les autres personnes » ou « Je suis parce que nous sommes »[80].

Cette philosophie repose sur plusieurs piliers essentiels :

1. La primauté de la communauté

Pour les penseurs communautariens, la communauté n'est pas une simple agrégation d'individus, mais une réalité ontologique première. L'individu ne peut se définir, se réaliser et acquérir sa pleine humanité qu'au sein de la communauté et par ses relations avec les autres membres de celle-ci[81][82].

2. L'éthique relationnelle

L'Ubuntu propose une éthique de la relation où la valeur morale d'une action se mesure à sa capacité à promouvoir l'harmonie, la solidarité et le bien-être communautaires. Le philosophe sud-africain Thaddeus Metz a développé une interprétation sophistiquée de l'Ubuntu comme théorie morale fondée sur la communion (partage d'une vie commune) et la solidarité (entraide et bienveillance)[83][84].

3. La conception de la personne

Dans la tradition Ubuntu, la personnalité (personhood) n'est pas donnée à la naissance mais s'acquiert progressivement à travers l'intégration sociale, l'accomplissement des devoirs communautaires et le développement de vertus relationnelles. Ifeanyi Menkiti distingue ainsi le statut d'« être humain » (human being), qui est biologique, du statut de « personne » (person), qui est social et moral[85].

4. Applications contemporaines

L'Ubuntu a été mobilisé dans de nombreux contextes pratiques et politiques :

- La Commission Vérité et Réconciliation en Afrique du Sud post-apartheid, présidée par Desmond Tutu, a appliqué les principes Ubuntu de pardon, de réconciliation et de reconstruction communautaire plutôt que de vengeance et de punition rétributive[86].

- En bioéthique africaine, l'Ubuntu inspire des approches qui privilégient le consentement familial ou communautaire plutôt que le seul consentement individuel dans les décisions médicales[87].

- En philosophie politique, l'Ubuntu fonde des modèles de démocratie participative et de gouvernance inclusive[88].

Critiques du communautarianisme

Le courant communautarien a suscité de vives critiques, notamment de la part de philosophes qui y voient un risque de :

- Négation de l'individualité : Kwame Gyekye accuse le « communautarianisme radical » de Menkiti de nier l'autonomie individuelle et les droits de la personne. Il propose un « communautarianisme modéré » qui reconnaît l'importance de la communauté tout en préservant l'individualité[89].

- Conservatisme social : Certains critiques soulignent que l'emphase sur la conformité aux normes communautaires peut justifier l'oppression des minorités (femmes, personnes LGBTQ+, dissidents) et entraver le changement social progressiste[90].

- Idéalisation du passé : Des philosophes comme Bernard Matolino affirment qu'il est temps d'« exorciser le fantôme communautarien » car cette philosophie idéalise un passé africain précolonial qui n'a jamais existé sous cette forme homogène[91].

Le courant existentialiste et de la libération : Fanon et Mbembe

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Le courant existentialiste et de la libération occupe une place centrale dans la philosophie africaine, particulièrement dans sa dimension diasporique et postcoloniale. Il se concentre sur les questions de liberté, d'aliénation, de conscience et de lutte contre l'oppression.

Frantz Fanon (1925-1961)

Le psychiatre et philosophe martiniquais Frantz Fanon est une figure majeure de la philosophie de la libération. Ses deux œuvres principales, Peau noire, masques blancs (1952) et Les Damnés de la terre (1961), ont profondément influencé la pensée africaine et anticoloniale mondiale[92][93].

Les contributions majeures de Fanon incluent :

1. L'aliénation coloniale

Fanon analyse les effets psychologiques dévastateurs du colonialisme et du racisme sur les colonisés. Il montre comment le système colonial crée une double conscience chez le Noir, qui intériorise le regard méprisant du colonisateur blanc et en vient à se haïr lui-même. Le colonisé porte un « masque blanc » pour être accepté, se dépouillant ainsi de son authenticité[94].

2. La violence libératrice

Dans Les Damnés de la terre, Fanon développe une théorie controversée de la violence comme moyen de libération. Pour lui, la violence du colonisé contre le colonisateur n'est pas seulement un acte politique mais aussi un acte thérapeutique qui permet au colonisé de se réapproprier son humanité et de se libérer de l'aliénation psychologique[95].

Cette thèse a été fortement débattue. Certains y voient une justification nécessaire de la lutte armée anticoloniale (notamment en Algérie), tandis que d'autres, comme Achille Mbembe, nuancent cette lecture en soulignant les dangers de la glorification de la violence[96].

3. L'humanisme universel

Paradoxalement, malgré son accent sur la spécificité de l'expérience noire, Fanon défend un humanisme universel. Dans la conclusion des Damnés de la terre, il appelle à « inventer l'homme total » et à créer un « homme nouveau » qui ne soit ni l'homme blanc européen ni l'homme noir essentialisé, mais un être humain pleinement libre et universel[97].

Achille Mbembe (1957-)

Le philosophe et historien camerounais Achille Mbembe poursuit et renouvelle la réflexion fanonienne en l'adaptant aux réalités postcoloniales contemporaines.

1. La postcolonie

Dans De la postcolonie (2000), Mbembe analyse les formes de pouvoir et de subjectivité dans l'Afrique postcoloniale. Il montre que la postcolonie n'est ni une simple reproduction du colonialisme ni une rupture totale avec lui, mais un espace complexe où se mêlent domination, résistance, créativité et violence[98].

2. La Critique de la raison nègre

Dans Critique de la raison nègre (2013), Mbembe analyse la construction historique de la catégorie de « Nègre » comme figure de l'altérité radicale et de la domination. Il montre comment le racisme moderne a créé le « Nègre » comme l'Autre absolu de l'humanité blanche européenne. Mais il va plus loin en affirmant que nous assistons aujourd'hui à un « devenir-nègre du monde » : les logiques d'exclusion, de précarisation et de déshumanisation qui ont d'abord visé les Noirs s'étendent désormais à l'ensemble de l'humanité sous le capitalisme néolibéral[99].

3. La nécropolitique

Mbembe a développé le concept de « nécropolitique » pour désigner les formes contemporaines de pouvoir qui ne se contentent plus de « faire vivre et laisser mourir » (biopolitique chez Foucault) mais qui exercent un pouvoir de décider qui peut vivre et qui doit mourir. Ce concept s'applique particulièrement aux zones de conflit, aux camps de réfugiés, aux territoires occupés[100].

4. L'afropolitanisme et le cosmopolitisme

Plus récemment, Mbembe promeut un « afropolitanisme » — une identité africaine cosmopolite, ouverte, hybride, qui assume les multiples influences culturelles et rejette tout essentialisme ou enfermement identitaire[101].

Le courant herméneutique et de la philosophie professionnelle

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Le courant herméneutique et professionnel insiste sur la nécessité d'une philosophie africaine rigoureuse, écrite, critique et individuelle. Il s'oppose à l'ethnophilosophie et plaide pour une philosophie africaine qui respecte les standards académiques internationaux tout en abordant les questions spécifiquement africaines.

Paulin Hountondji (1942-2024)

Le philosophe béninois Paulin Hountondji est le principal représentant de ce courant. Nous avons déjà discuté sa critique de l'ethnophilosophie. Mais Hountondji ne se limite pas à la critique : il propose une vision constructive de ce que devrait être la philosophie africaine.

1. La philosophie comme littérature

Pour Hountondji, la philosophie africaine doit être comprise comme « l'ensemble des textes écrits par des Africains et qualifiés par leurs auteurs eux-mêmes de philosophiques »[102]. Cette définition exclut les « visions du monde » collectives et anonymes pour privilégier les œuvres signées, argumentées, susceptibles d'être critiquées et débattues.

2. Le pluralisme philosophique

Hountondji défend un pluralisme philosophique interne à l'Afrique. Il refuse l'idée qu'il existerait une philosophie africaine homogène. Au contraire, il plaide pour une pluralité de philosophies africaines en débat les unes avec les autres[103].

3. Les savoirs endogènes

Dans les années 1990-2000, Hountondji a élargi sa réflexion au-delà de la philosophie stricto sensu pour s'intéresser à la question des « savoirs endogènes » — ces connaissances produites localement en Afrique, dans tous les domaines (agriculture, médecine, technologie, etc.). Il critique la dépendance épistémique de l'Afrique qui importe massivement des savoirs du Nord mais n'en produit et n'en exporte que très peu[104][105].

Kwasi Wiredu (1931-2022)

Le philosophe ghanéen Kwasi Wiredu partage avec Hountondji le souci de rigueur philosophique, mais il adopte une approche plus ouverte aux ressources culturelles africaines.

1. La décolonisation conceptuelle

Wiredu appelle à une « décolonisation conceptuelle » de la philosophie africaine. Il ne s'agit pas de rejeter en bloc la philosophie occidentale, mais de réviser critiquement les concepts philosophiques hérités de la colonisation pour identifier ceux qui sont véritablement universels et ceux qui sont culturellement spécifiques à l'Occident et donc inadéquats pour penser les réalités africaines[106].

Par exemple, Wiredu montre que le concept occidental de « personne » (défini par la rationalité et la conscience) diffère profondément du concept akan de onipa, qui met l'accent sur la capacité relationnelle et l'insertion communautaire.

2. L'universalisme modéré

Wiredu défend un universalisme modéré : il existe des problèmes philosophiques universels (la vérité, la justice, le bien, le mal) auxquels toutes les cultures tentent de répondre, mais les réponses sont culturellement variables. La tâche de la philosophie africaine est de puiser dans les ressources conceptuelles africaines (notamment les langues et les proverbes) pour apporter des réponses originales aux questions philosophiques universelles[107].

3. La philosophie du consensus

Dans le domaine politique, Wiredu propose de s'inspirer de la pratique akan du consensus (plutôt que du vote majoritaire démocratique occidental) pour développer des modèles de démocratie plus inclusifs et plus adaptés aux sociétés africaines[108].

Le courant afrocentrique et de la revalorisation culturelle

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Le courant afrocentrique insiste sur la revalorisation de l'héritage culturel et intellectuel africain et sur la nécessité pour les Africains de penser depuis leur propre centre culturel plutôt que depuis le centre occidental.

Molefi Kete Asante

Le philosophe afro-américain Molefi Kete Asante est le principal théoricien de l'afrocentricité, qu'il définit comme « la perspective qui place les intérêts, les valeurs et les perspectives africaines au centre de toute analyse des phénomènes africains »[109].

L'afrocentrisme d'Asante repose sur plusieurs principes :

- Le recentrage épistémologique : Penser l'Afrique depuis l'Afrique, en rejetant les lunettes eurocentrées qui ont déformé la réalité africaine.

- La continuité culturelle : Il existe une continuité culturelle profonde entre l'Afrique ancienne (notamment l'Égypte pharaonique, considérée comme africaine et noire) et l'Afrique contemporaine.

- La valorisation de l'agencéité africaine : Les Africains ne sont pas de simples objets de l'histoire mais des sujets actifs qui ont contribué à l'évolution de l'humanité.

Critiques de l'afrocentrisme

L'afrocentrisme a été critiqué pour :

- Son essentialisme : Il postule une « essence » africaine commune qui transcenderait les immenses diversités du continent.

- Son historicisme douteux : La thèse de la continuité Égypte ancienne-Afrique noire contemporaine repose sur des bases historiques et anthropologiques fragiles.

- Son miroir inversé de l'eurocentrisme : En glorifiant exclusivement l'Afrique, l'afrocentrisme reproduit symétriquement les défauts de l'eurocentrisme qu'il dénonce.

Kwame Anthony Appiah, notamment, critique vigoureusement l'afrocentrisme dans In My Father's House (1992), lui reprochant de perpétuer les logiques raciales qu'il prétend combattre[110].

Le courant de la philosophie interculturelle

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Le courant interculturel cherche à dépasser les oppositions binaires (Afrique/Occident, tradition/modernité, communautarisme/individualisme) pour promouvoir un dialogue philosophique entre les différentes traditions culturelles.

Kwame Gyekye et Kwame Anthony Appiah

Nous avons déjà évoqué Kwame Gyekye comme critique du communautarianisme radical. Plus largement, Gyekye défend un humanisme universel qui reconnaît à la fois les valeurs culturelles particulières et les valeurs humaines universelles.

Kwame Anthony Appiah va plus loin en développant le concept de « cosmopolitisme enraciné » (rooted cosmopolitanism). Pour Appiah, nous pouvons et devons être à la fois :

- Enracinés dans nos cultures locales particulières (akan, yoruba, etc.) qui nous fournissent nos premières valeurs et notre identité.

- Cosmopolites, c'est-à-dire ouverts aux autres cultures, capables de dialoguer avec elles, de les apprécier et d'apprendre d'elles[111].

Appiah critique à la fois le nationalisme culturel étroit (qui enferme les individus dans une seule identité culturelle) et le cosmopolitisme déraciné (qui prétend transcender toute particularité culturelle).

Conclusion : La richesse et la vitalité de la philosophie africaine

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Les courants principaux de la philosophie africaine que nous avons explorés — communautarien (Ubuntu), existentialiste et de libération (Fanon, Mbembe), herméneutique et professionnel (Hountondji, Wiredu), afrocentrique (Asante) et interculturel (Gyekye, Appiah) — témoignent de la richesse, de la diversité et de la vitalité intellectuelle de la pensée philosophique africaine contemporaine.

Ces courants ne sont pas isolés les uns des autres. Ils se répondent, se critiquent, se complètent. Un philosophe africain peut emprunter à plusieurs courants à la fois : on peut être à la fois communautarien (en valorisant Ubuntu), critique (en exigeant la rigueur philosophique) et cosmopolite (en dialoguant avec les autres traditions).

La philosophie africaine contemporaine n'est donc pas un bloc monolithique mais un espace de débats vivants où s'affrontent et se conjuguent des perspectives multiples. Cette pluralité est une force : elle témoigne de la maturité intellectuelle de la philosophie africaine et de sa capacité à produire des pensées originales, rigoureuses et pertinentes pour les défis du XXIe siècle.

Comme le souligne Dismas Masolo : « La philosophie africaine sera vivante tant qu'elle restera un espace de controverses fécondes. Une philosophie africaine consensuelle serait une philosophie morte »[112].

La pensée africaine contemporaine

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La philosophie africaine, après avoir consolidé ses fondements théoriques et affirmé sa légitimité académique au cours des décennies 1960-2000, entre au XXIe siècle dans une phase de maturité intellectuelle caractérisée par l'engagement vigoureux avec les défis de la globalisation, de la technologie, de l'écologie et de la justice épistémique. La pensée africaine contemporaine ne se contente plus de répondre aux questions héritées de la colonisation et de la décolonisation politique — elle formule de nouvelles interrogations et propose des concepts originaux pour penser les enjeux planétaires à partir de l'expérience africaine. Cette section explore les orientations majeures, les figures emblématiques et les chantiers intellectuels qui définissent la philosophie africaine au XXIe siècle.

La décolonisation épistémique : du politique à l'épistémologique

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Si les indépendances politiques des années 1960 ont libéré l'Afrique du joug colonial direct, la dépendance épistémique — c'est-à-dire la subordination intellectuelle aux savoirs, méthodes et catégories de pensée occidentaux — demeure l'un des principaux défis auxquels la philosophie africaine contemporaine doit faire face.

Valentin-Yves Mudimbe et l'invention de l'Afrique

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Valentin-Yves Mudimbe (1941-2024) est sans conteste la figure pionnière de cette réflexion sur la décolonisation épistémique. Dans son ouvrage fondateur The Invention of Africa: Gnosis, Philosophy, and the Order of Knowledge (1988), Mudimbe démontre avec une rigueur implacable comment l'Afrique en tant qu'objet de connaissance a été littéralement « inventée » par le discours colonial[113][114].

Mudimbe analyse ce qu'il nomme la « bibliothèque coloniale » — cet ensemble de textes religieux, anthropologiques et administratifs qui, depuis des siècles, ont construit l'Afrique comme un objet à connaître, à dominer, à « sauver »[115]. Contrairement à Edward Said qui avait montré comment l'Occident avait créé un « Orient » fascinant mais menaçant, Mudimbe révèle que l'Afrique a souvent été conçue comme une absence à remplir, un vide culturel justifiant l'intervention civilisatrice coloniale.

La contribution majeure de Mudimbe réside dans sa démonstration que la libération de l'Afrique ne peut se limiter à l'indépendance politique : elle doit passer par une refonte radicale des savoirs. Il est nécessaire de rompre avec l'idée que seuls les outils de pensée occidentaux peuvent appréhender l'Afrique. Il faut également résister aux tentations essentialistes qui, au nom de l'authenticité, créeraient d'autres prisons conceptuelles[116].

Paulin Hountondji et les savoirs endogènes

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Cette exigence de décolonisation épistémique a été reprise et approfondie par de nombreux philosophes africains contemporains. Le concept clé qui structure ce débat est celui de « savoirs endogènes », développé notamment par Paulin Hountondji.

Pour Hountondji, les savoirs endogènes ne sont pas les « savoirs traditionnels » figés dans un passé précolonial idéalisé, ni les « savoirs indigènes » prétendument « purs » et non contaminés par des influences extérieures. Les savoirs endogènes sont des connaissances produites localement en Afrique, dans tous les domaines (agriculture, médecine, technologie, philosophie), en dialogue critique avec les savoirs venus d'ailleurs, combinant innovation locale et appropriation sélective d'apports externes[117][118].

L'objectif de Hountondji est clair : « rompre avec la dépendance épistémique de l'Afrique » qui importe massivement des savoirs du Nord mais n'en produit et n'en exporte que très peu. L'Afrique doit devenir un producteur de théories à portée universelle et non plus seulement un consommateur de théories produites ailleurs[119].

La justice cognitive et l'université africaine au XXIe siècle

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La question de la décolonisation épistémique se traduit concrètement dans les débats contemporains sur la justice cognitive. Ce concept, développé notamment par la philosophe canadienne Florence Piron en dialogue avec des chercheurs africains et haïtiens, désigne la lutte contre les injustices propres au domaine du savoir[120][121].

Les quatre types d'injustices cognitives en Afrique

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Les injustices cognitives en Afrique sont multiples et systémiques :

1. Injustice dans l'accès aux savoirs

La majorité des publications scientifiques mondiales sont enfermées derrière des « paywalls » (murs payants) imposés par les grands éditeurs commerciaux (Elsevier, Springer, Wiley). Un étudiant ou un chercheur africain doit payer 35 à 40 euros pour accéder à un seul article — somme considérable dans un contexte où les salaires sont très bas et où les cartes bancaires sont rares. Cette situation crée une fracture cognitive : les chercheurs africains ne peuvent pas accéder aux savoirs mondiaux pourtant nécessaires à leur formation et à leur recherche[122].

2. Injustice dans la production des savoirs

Les universités africaines manquent cruellement de ressources pour la recherche : pas de budgets de recherche pour les enseignants-chercheurs, pas de laboratoires bien équipés, pas de bourses pour les doctorants. Dans ces conditions, comment produire des connaissances de qualité ? Souvent, les chercheurs africains dépendent entièrement des financements du Nord, ce qui les oblige à travailler sur les sujets qui intéressent les bailleurs du Nord plutôt que sur les priorités locales africaines[123].

3. Injustice dans la circulation des savoirs

Les connaissances produites en Afrique (thèses, mémoires, articles dans des revues locales) restent largement invisibles. Elles ne sont pas numérisées, pas indexées dans les bases de données internationales, pas accessibles en ligne. Résultat : un chercheur burkinabè travaillant sur la désertification au Sahel ignore souvent les travaux de son collègue camerounais travaillant sur le même sujet, alors que tous deux connaissent les travaux des chercheurs français[124].

4. Injustice dans la validation des savoirs

Le système mondial de publication scientifique est dominé par des bases de données américaines (Web of Science, SCOPUS) qui décident quelles revues sont « scientifiques » et lesquelles ne le sont pas. Les revues africaines, même de qualité, sont rarement indexées dans ces bases. Conséquence : publier dans une revue africaine ne « compte » pas pour la carrière d'un chercheur africain, qui doit publier dans des revues du Nord — souvent en anglais — pour être reconnu[125].

Solutions : vers une science ouverte juste

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Face à ces injustices, la science ouverte (libre accès aux publications, données ouvertes, science participative) est proposée comme une voie vers la justice cognitive. Des initiatives comme le projet SOHA (Sciences Ouvertes en Haïti et Afrique francophone), le Grenier des Savoirs (revue en libre accès), et l'archive institutionnelle DICAMES (pour les pays du CAMES) tentent de remédier à ces injustices en rendant les savoirs africains accessibles gratuitement en ligne[126].

Ces initiatives visent à créer un écosystème de production et de circulation des savoirs qui soit plus équitable, plus démocratique, plus respectueux de la diversité épistémique mondiale. L'objectif n'est pas de fermer l'Afrique sur elle-même, mais de permettre une véritable réciprocité dans les échanges intellectuels entre l'Afrique et le reste du monde.

L'Afrique-monde et l'afropolitanisme : repenser l'identité africaine

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Un autre axe majeur de la pensée africaine contemporaine concerne la refondation de l'identité africaine pour le XXIe siècle. Comment penser l'identité africaine dans un monde globalisé, cosmopolite, traversé par les flux migratoires, les technologies numériques, les cultures hybrides ?

Achille Mbembe et la Critique de la raison nègre

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Achille Mbembe (1957-) est le philosophe qui a le plus profondément renouvelé la réflexion sur l'identité africaine. Professeur d'histoire et de science politique, Mbembe développe une pensée dense, foisonnante, qui mêle histoire, philosophie politique, esthétique et anthropologie[127][128].

Dans Critique de la raison nègre (2013), Mbembe analyse la construction historique de la catégorie de « Nègre » comme figure de l'altérité radicale, de la déshumanisation, de la domination. Il montre comment le racisme moderne a créé le « Nègre » comme l'Autre absolu de l'humanité blanche européenne — l'esclave, le colonisé, l'inférieur[129].

Mais Mbembe va plus loin : il affirme que nous assistons aujourd'hui à un « devenir-nègre du monde ». Les logiques d'exclusion, de précarisation, de déshumanisation qui ont d'abord visé les Noirs s'étendent désormais à l'ensemble de l'humanité sous le capitalisme néolibéral. Tous les précaires, tous les migrants, tous les « surnuméraires » du système économique mondial sont traités comme des « nègres » — des êtres jetables, exploitables, tuables[130].

L'afropolitanisme : une identité cosmopolite

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Face à cette situation, Mbembe propose le concept d'afropolitanisme — une identité africaine cosmopolite, ouverte, hybride, qui assume les multiples influences culturelles et rejette tout essentialisme ou enfermement identitaire[131][132].

L'afropolitain, c'est cet Africain du XXIe siècle qui vit entre plusieurs mondes : enraciné dans sa culture africaine (akan, yoruba, wolof, etc.) mais nourri aussi par la culture occidentale, la culture arabe, la culture asiatique. Il parle plusieurs langues, voyage entre les continents, participe à la culture mondiale tout en restant connecté à l'Afrique. Il refuse les identités figées, les frontières étanches, les nostalgies passéistes.

L'afropolitanisme de Mbembe se distingue du panafricanisme classique (celui de Nkrumah, Nyerere, Kenyatta) qui cherchait à unifier l'Afrique sur la base d'une identité africaine commune, souvent définie en opposition à l'Occident. L'afropolitanisme assume au contraire la pluralité, l'hybridité, le métissage. Il ne s'agit plus de dire « nous sommes africains contre l'Occident » mais « nous sommes africains et citoyens du monde »[133].

Débats et critiques de l'afropolitanisme

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Cette position a suscité des débats intenses. Certains critiques y voient une forme de néocolonialisme culturel, une soumission aux valeurs occidentales déguisée en cosmopolitisme. Ils reprochent à Mbembe de promouvoir une élite africaine déracinée, coupée des masses populaires, qui célèbre son cosmopolitisme privilégié tandis que la majorité des Africains vivent dans la pauvreté et l'exclusion.

D'autres saluent au contraire une libération des identités essentialistes et des nationalismes étroits qui ont parfois conduit à des violences ethniques en Afrique. L'afropolitanisme ouvrirait la voie à une Afrique plurielle, tolérante, ouverte sur le monde, capable d'être à la fois elle-même et universelle.

L'écologie et l'Anthropocène : repenser le rapport humanité-nature

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La pensée africaine contemporaine s'engage aussi de plus en plus dans les débats écologiques mondiaux. L'Afrique est le continent le moins responsable du changement climatique (moins de 4% des émissions mondiales de CO2) mais elle en subit déjà les conséquences les plus graves : sécheresses au Sahel, inondations en Afrique de l'Ouest, élévation du niveau de la mer menaçant les villes côtières.

Jean Godefroy Bidima et les discours de l'Anthropocène

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Le philosophe camerounais Jean Godefroy Bidima a proposé une réflexion critique sur les discours de l'Anthropocène en Afrique. Il met en garde contre les discours apocalyptiques (« la fin du monde est proche ! ») qui, au nom de l'urgence climatique, peuvent étouffer la pensée critique et imposer de nouvelles formes de domination[134].

Bidima souligne que la philosophie africaine a longtemps négligé la question de la nature et de l'environnement, concentrée qu'elle était sur les questions d'identité, de décolonisation, de développement. Or, la philosophie africaine traditionnelle (avant la colonisation) avait une conception holiste du monde : les humains, les animaux, les plantes, les ancêtres, les esprits formaient une seule chaîne de vie traversée par la force vitale. Cette vision, condamnée comme « animisme » par les critiques de l'ethnophilosophie, pourrait aujourd'hui offrir des ressources pour penser autrement notre rapport à la nature[135].

Habiter le monde avec poésie et critique

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Bidima appelle à « habiter le monde avec poésie et critique » : avec poésie, c'est-à-dire en développant une sensibilité, un soin, une retenue (Gelassenheit dirait Heidegger) vis-à-vis de tous les êtres ; avec critique, c'est-à-dire en évitant de tomber dans les pièges du « greenwashing », des discours culpabilisateurs, ou des solutions technocratiques imposées du Nord[136].

Cette approche invite à repenser le développement africain non plus selon le modèle extractiviste et productiviste occidental (qui a conduit à la crise climatique), mais selon des modèles endogènes qui respectent les équilibres écologiques et la biodiversité. Elle appelle aussi à une justice climatique : ceux qui ont le plus contribué au changement climatique (les pays industrialisés du Nord) doivent assumer leur responsabilité et soutenir financièrement et technologiquement l'adaptation de l'Afrique aux bouleversements climatiques.

Les archives rituelles et les épistémologies indigènes

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Un chantier intellectuel crucial de la pensée africaine contemporaine concerne la valorisation des épistémologies indigènes — ces systèmes de connaissance propres aux cultures africaines qui ont été méprisés, marginalisés ou folklorisés par la colonisation et même par certains philosophes africains eux-mêmes.

Toyin Falola et le concept d'archives rituelles

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L'historien nigérian Toyin Falola a développé le concept d'« archives rituelles » pour désigner l'immense corpus de connaissances contenues dans les rituels, les mythes, les proverbes, les objets sacrés, les pratiques divinatoires des cultures africaines[137].

Prenons l'exemple d'Ifá, le système de divination yoruba. Ifá ne se réduit pas à une « religion » ou à de la « magie ». C'est un système épistémologique complexe qui contient :

  • Une ontologie (conception de l'être et des forces qui structurent l'univers)
  • Une épistémologie (modes de connaissance : comment connaître le visible et l'invisible)
  • Une éthique (conception du bien et du mal, du ìwà caractère)
  • Une science (mathématiques de la divination : 256 odù = 28, probabilités)
  • Une histoire (récits mythiques mais aussi mémoire des événements)
  • Une médecine (pharmacopée, usage des plantes)[138]

Objets comme textes matériels

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Les « archives rituelles » incluent aussi des objets : noix de cola, cauris, sculptures, textiles, instruments de musique. Ces objets ne sont pas de simples « œuvres d'art » à contempler dans les musées. Ce sont des textes matériels qui encodent des savoirs, des valeurs, des histoires. Une sculpture d'Ẹṣù (le messager divin yoruba) n'est pas qu'une belle statue : elle est un traité de philosophie sur l'ambiguïté, le changement, la transgression, la communication[139].

Falola critique le fait que ces archives rituelles aient été démantelées, fragmentées, disqualifiées par la modernité coloniale et postcoloniale. Les missionnaires les ont combattues comme « paganisme ». Les anthropologues les ont étudiées comme « croyances primitives ». Les philosophes africains modernistes les ont rejetées comme « ethnophilosophie ». Résultat : une immense perte de savoirs.

Le défi de la réintégration

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Le défi pour la pensée africaine contemporaine est de réintégrer ces épistémologies indigènes dans les systèmes éducatifs et de recherche, non pas de manière nostalgique ou essentialiste, mais de manière critique et créative. Il s'agit de montrer que ces savoirs peuvent apporter des réponses originales aux problèmes contemporains (écologie, santé, éthique, politique) et qu'ils méritent d'être enseignés, étudiés, développés au même titre que les savoirs occidentaux[140].

Le genre, le féminisme et la pensée africaine

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La pensée africaine contemporaine est également traversée par les questions de genre et par les critiques féministes. Des philosophes africaines dénoncent le fait que la philosophie africaine « classique » (celle des années 1960-1990) a été dominée par des hommes et a souvent reproduit les structures patriarcales des sociétés africaines.

La double othérisation des femmes africaines

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Par exemple, la notion d'Ubuntu (« je suis parce que nous sommes ») est souvent présentée comme valorisant la communauté et la solidarité. Mais des féministes africaines soulignent que cette communauté africaine « harmonieuse » était en réalité profondément inégalitaire : les femmes y étaient souvent subordonnées aux hommes, les cadettes aux aînés, les épouses aux maris[141].

La colonisation a souvent aggravé ces inégalités de genre. Les colonisateurs européens ont importé leurs propres conceptions patriarcales et les ont imposées aux sociétés africaines, tout en détruisant certaines structures qui donnaient du pouvoir aux femmes dans les sociétés précoloniales (par exemple, les sociétés matrilinéaires ou les institutions de femmes puissantes comme les Iyalode yoruba)[142].

Dans l'Afrique postcoloniale, les femmes subissent une double othérisation : elles sont « l'Autre de l'Autre ». L'homme africain est déjà « othérisé » (considéré comme inférieur) par l'homme blanc colonisateur. Mais la femme africaine est « othérisée » à la fois par l'homme blanc et par l'homme africain. Elle est la plus marginalisée, la plus dominée[143].

Décolonisation et dépatriarcalisation

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La décolonisation épistémique doit donc inclure une dépatriarcalisation des savoirs africains. Il ne suffit pas de rejeter les catégories occidentales si l'on reproduit les structures de domination masculine présentes dans les traditions africaines. Une véritable décolonisation doit être aussi une libération des femmes et une remise en cause des privilèges masculins, qu'ils soient coloniaux ou précoloniaux.

Des philosophes africaines comme Nkiru Nzegwu, Oyèrónké Oyěwùmí, Sophie Oluwole et Abosede Ipadeola développent des approches féministes africaines qui articulent critique du patriarcat et critique du colonialisme, sans subordonner l'une à l'autre.

Le numérique, l'intelligence artificielle et l'avenir de l'Afrique

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Enfin, la pensée africaine contemporaine s'intéresse de plus en plus aux enjeux du numérique. L'Afrique connaît une révolution numérique spectaculaire : en 2025, plus de 600 millions d'Africains utilisent un smartphone, les start-ups technologiques africaines attirent des milliards de dollars d'investissement, les innovations comme le paiement mobile (M-Pesa au Kenya) transforment les économies.

Questions philosophiques du numérique

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Mais cette révolution numérique pose aussi des questions philosophiques fondamentales :

  • Qui contrôle les infrastructures numériques en Afrique ? (Réponse : principalement des entreprises américaines et chinoises)
  • Qui possède les données produites par les Africains ? (Réponse : principalement Google, Facebook, Alibaba)
  • Les algorithmes utilisés en Afrique sont-ils adaptés aux réalités africaines ou reproduisent-ils des biais occidentaux ?
  • Comment éviter que la révolution numérique ne crée une nouvelle forme de colonialisme numérique ?[144]

Souveraineté numérique et décolonisation technologique

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Ces questions appellent une réflexion philosophique critique sur la technologie, l'autonomie, la souveraineté numérique. Elles invitent aussi à explorer comment les épistémologies africaines peuvent inspirer de nouvelles formes de technologie plus démocratiques, plus respectueuses de la communauté, plus durables.

Par exemple, les principes d'Ubuntu (interconnexion, solidarité, responsabilité collective) pourraient-ils inspirer des architectures de réseaux sociaux moins toxiques, moins extractives, moins fondées sur la surveillance et la manipulation des utilisateurs ? Les modes de gouvernance traditionnels africains (palabres, consensus) pourraient-ils inspirer des formes de gouvernance algorithmique plus participatives et plus transparentes ?

Conclusion : Une philosophie africaine plurielle et dynamique

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La pensée africaine contemporaine au XXIe siècle se caractérise par sa richesse, sa diversité et son engagement avec les grands enjeux planétaires. Elle ne se contente plus de répondre aux questions posées par l'Occident ou de justifier l'existence d'une philosophie africaine. Elle formule ses propres questions, développe ses propres concepts, propose ses propres solutions aux défis du monde contemporain.

Les philosophes africains contemporains ne parlent plus d'une seule voix. Il n'y a pas une philosophie africaine mais des philosophies africaines, en débat, en dialogue, parfois en conflit. Cette pluralité est une force : elle témoigne de la vitalité intellectuelle du continent.

Les cinq caractéristiques de la philosophie africaine du XXIe siècle

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La philosophie africaine du XXIe siècle est à la fois :

  • Enracinée dans les traditions et les langues africaines
  • Ouverte au dialogue avec les autres traditions philosophiques mondiales
  • Critique des structures de domination (colonialisme, néocolonialisme, patriarcat, capitalisme)
  • Créative dans la proposition de concepts nouveaux (afropolitanisme, justice cognitive, archives rituelles)
  • Engagée dans la résolution des problèmes concrets de l'Afrique (développement, démocratie, écologie, éducation, technologie)

Comme le dit Mbembe : « Devenir sujet, c'est tenter de se défaire des fausses évidences héritées de l'histoire coloniale et d'inventer de nouvelles manières de penser et d'agir »[145]. C'est précisément ce que fait la philosophie africaine contemporaine : elle invente de nouvelles manières de penser pour un monde commun, un monde où l'Afrique ne serait plus objet mais sujet de l'histoire mondiale.

Thématiques philosophiques

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La philosophie africaine, loin d'être un ensemble monolithique, se déploie autour de thématiques fondamentales qui structurent la réflexion sur l'être, la connaissance, les valeurs et l'existence humaine. Ces thématiques, enracinées dans les traditions intellectuelles du continent, dialoguent avec les préoccupations philosophiques universelles tout en conservant leurs spécificités africaines. Cette section explore les grands axes thématiques qui traversent la pensée africaine, de l'ontologie à l'éthique, en passant par l'épistémologie et la philosophie de la religion.

Ontologie et métaphysique africaine

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L'ontologie africaine se distingue par une conception dynamique de l'être qui rompt avec le substantialisme statique de certaines traditions métaphysiques occidentales. Au cœur de cette ontologie se trouve le concept de force vitale, développé notamment par Placide Tempels dans sa Philosophie bantoue (1945).

La philosophie de la force vitale

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Pour Tempels, l'être dans la pensée bantoue ne se définit pas comme « ce qui est » mais comme « ce qui est force » ou « la chose en tant qu'elle est force »[146]. Cette conception implique que l'être est intrinsèquement dynamique : il n'existe pas d'être sans mouvement, sans force. Le Dieu suprême est la Force suprême, l'Agent suprême du mouvement, et tous les êtres participent à cette dynamique universelle des forces[147].

L'univers africain traditionnel s'explique donc comme une interrelation de forces au sein de tout le domaine de l'existence. Cette relation dynamique se manifeste dans une hiérarchie perçue des êtres : Dieu (origine de la force vitale), les ancêtres et les morts-vivants, la communauté humaine vivante, puis le monde animé et inanimé[148].

L'ontologie relationnelle

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L'ontologie africaine est fondamentalement relationnelle. Tempels souligne que « le concept d'êtres séparés, de substances qui se trouvent côte à côte, entièrement indépendantes les unes des autres, est étranger à la pensée bantoue »[149]. Les Bantous reconnaissent une interaction de l'être avec l'être, c'est-à-dire de force avec force.

Cette vision relationnelle s'exprime dans le fait qu'un muntu (personne) vivant est « en relation d'être à être avec Dieu, avec les membres de son clan, avec sa famille et avec ses descendants »[150]. Le muntu n'apparaît jamais comme un individu isolé : chaque personne forme un maillon dans la chaîne des forces vitales, un maillon actif et passif, relié vers le haut à la lignée ascendante de ses ancêtres et soutenant vers le bas la lignée de ses descendants[151].

Critique et développements contemporains

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Bien que la théorie de Tempels ait été influente, elle a également été critiquée. Certains philosophes africains contemporains reprochent à Tempels d'avoir essentialisé et homogénéisé la pensée africaine. Kwame Gyekye, par exemple, propose une interprétation plus nuancée de l'ontologie akan qui, tout en reconnaissant la dimension communautaire, insiste sur l'individualité irréductible de la personne[152].

Néanmoins, l'idée centrale d'une ontologie dynamique et relationnelle demeure largement acceptée comme une caractéristique distinctive de la métaphysique africaine.

La personne humaine : ontologie et normativité

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La question de la personnalité (personhood) constitue l'un des débats les plus riches et les plus controversés de la philosophie africaine contemporaine. Cette thématique croise des considérations ontologiques (qu'est-ce qu'une personne ?) et normatives (comment devient-on pleinement personne ?).

La conception descriptive (ontologique) de la personne

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Au niveau ontologique ou descriptif, la personne dans la pensée africaine est généralement conçue comme un être composé de plusieurs éléments physiques et non-physiques. Ces conceptions varient selon les cultures, mais présentent des similitudes remarquables.

Chez les Akan du Ghana, Kwasi Wiredu identifie cinq éléments constitutifs de la personne : le nipadua (corps physique), lokra (principe de vie et source de la dignité humaine et du destin), le sunsum (principe de personnalité ou charisme), le mogya (sang ou principe de parenté) et le ntoro (hérité du père, base de l'appartenance au groupe patrilinéaire)[153].

Chez les Yoruba du Nigeria, Segun Gbadegesin postule que leniyan (personne) possède quatre composantes principales : lara (corps), lokan (cœur, siège des émotions), lemi (élément vital, souffle de vie) et lori (tête spirituelle, responsable de la destinée humaine)[154].

Ces éléments ne sont pas privatisés mais interdépendants et liés à la communauté. L'individu déborde l'espace circonscrit par son corps et peut être présent et agir au-delà de celui-ci[155].

La conception normative (sociale) de la personne

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Au-delà de la dimension ontologique, la philosophie africaine accorde une importance centrale à la dimension normative de la personnalité. Selon cette conception, la personnalité n'est pas quelque chose que l'on possède automatiquement à la naissance, mais quelque chose qui s'acquiert progressivement à travers la socialisation et l'accomplissement moral.

Ifeanyi Menkiti, dans son article séminal « Person and Community in African Traditional Thought » (1984), soutient que « diverses sociétés de l'Afrique traditionnelle acceptent le fait que la personnalité est le genre de chose qui doit être atteinte »[156]. Atteindre la personnalité signifie acquérir ou développer un bon caractère, c'est-à-dire exhiber des vertus.

Pour Menkiti, la conception occidentale de la personne est minimaliste (quiconque possède une âme, de la rationalité, de la volonté ou de la mémoire est une personne), tandis que la conception africaine est maximaliste : elle inclut d'autres critères et n'est pas limitée à l'âme ou à la rationalité. La personnalité s'acquiert par la participation aux rituels d'incorporation et par l'apprentissage des règles sociales selon lesquelles vit la communauté[157].

Le débat Menkiti-Gyekye

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Cette thèse de Menkiti a suscité un débat majeur avec Kwame Gyekye, qui la qualifie de « communautarianisme radical » et la juge « métaphysiquement incompréhensible, peu claire, incohérente et confuse »[158]. Gyekye propose un « communautarianisme modéré » qui reconnaît que, bien que l'individu soit par nature un être social et communautaire, il est aussi par nature « autres choses » — notamment la possession d'attributs comme la rationalité, la capacité pour la vertu, l'évaluation morale et le choix[159].

Pour Gyekye, les relations sociales ou morales ne sont pas des caractéristiques définitoires essentielles de la personnalité ; elles sont plutôt des caractéristiques accidentelles qui ne sont pas intrinsèques à l'ontologie métaphysique d'une personne[160].

Ce débat, qui a occupé la philosophie africaine pendant plus de trente ans, continue d'animer les discussions contemporaines sur l'individualité, la communauté, les droits et les devoirs dans les sociétés africaines.

Épistémologie africaine

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L'épistémologie — la théorie de la connaissance — dans le contexte africain se caractérise par plusieurs traits distinctifs qui la différencient des épistémologies occidentales dominantes.

Le point de départ épistémologique

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Contrairement au rationalisme cartésien (Cogito ergo sum — « Je pense, donc je suis ») ou à l'existentialisme occidental (« Je me rebelle, donc je suis »), l'épistémologie négro-africaine, selon Léopold Sédar Senghor, partirait du postulat « Je sens, donc je suis »[161].

Cependant, cette formulation de Senghor, fortement influencée par le romantisme français, a été contestée. Zubairi bin Nasseem propose que le véritable point de départ de l'épistémologie africaine devrait être le postulat « Nous sommes, donc je suis »[162]. La philosophie africaine est un esprit collectif et pour l'Africain, le « Je » présuppose un « Nous » : le « Je » est contingent du « Nous ».

Ce point de départ est enraciné dans l'ontologie. Alors que pour le penseur occidental, l'être est « ce qui est » ou « la chose dans la mesure où elle est », pour l'Africain, l'être est « ce qui est force » ou « la chose dans la mesure où elle est force ». La connaissance, dans la perspective africaine, consiste donc à comprendre la nature des forces et leur interaction cosmique. La vraie sagesse réside dans la connaissance ontologique : c'est l'intelligence des forces, de leur hiérarchie, de leur cohésion et de leur interaction[163].

Le rôle de l'autorité et de l'expérience

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Dans l'épistémologie africaine traditionnelle, l'autorité des anciens joue un rôle central. Puisque Dieu connaît toutes les forces, leur ordre, leur dépendance, leur potentiel et leur interaction mutuelle, et qu'une personne est dite connaître ou avoir la sagesse dans la mesure où elle approche de la sagesse divine, on considère qu'une personne approche de la connaissance divine quand « sa chair devient moins charnelle », c'est-à-dire plus la personne vieillit, plus elle a de sagesse[164].

Cela fournit la justification métaphysique de l'autorité des anciens dans l'épistémologie africaine. Bien que cette autorité puisse paraître « autoritarisme » dans un contexte politique et culturel contemporain, elle était dans le contexte traditionnel une caractéristique essentielle qui assurait la solidité et la transmission du savoir. Comme le note Kwasi Wiredu, « la société traditionnelle était fondée sur une communauté de croyances partagées dans la sagesse de l'âge, la sainteté de la chefferie et la force contraignante des coutumes et usages de nos ancêtres »[165].

L'intégration des modes de connaissance

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L'épistémologie africaine traditionnelle ne divise pas rigidement son domaine en rationnel, empirique et mystique. Contrairement au paradigme scientifique occidental surchargé de formulations méthodologiques et mathématiques, le paradigme africain traditionnel transcende les limites de la logique formelle.

Cette caractéristique supralogique de la tradition africaine a la force de reconnaître le mystère irréductible du transcendant, qui joue un rôle dans l'épistémologie africaine traditionnelle analogue à celui de la révélation dans l'épistémologie islamique ou au rôle du transcendantal dans la philosophie kantienne et post-kantienne[166].

Selon K.C. Anyanwu, « l'Africain maintient qu'il ne peut y avoir de connaissance de la réalité si un individu s'en détache. La connaissance vient donc de la coopération de toutes les facultés et expériences humaines. Il voit, sent, imagine, raisonne ou pense et intuitionne tout à la fois »[167].

Éthique et philosophie morale africaine

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L'éthique africaine se caractérise par son orientation communautaire et relationnelle, ainsi que par son accent sur les vertus plutôt que sur les principes abstraits ou les règles déontologiques.

Ubuntu : l'éthique de l'humanité partagée

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Le concept d'Ubuntu, provenant des langues bantoues d'Afrique australe, incarne peut-être le mieux l'éthique africaine. Ubuntu signifie littéralement « humanité ». Avoir de l'ubuntu, c'est être une personne qui vit d'une manière authentiquement humaine, tandis que manquer d'ubuntu, c'est manquer d'excellence humaine[168].

La maxime centrale de l'ubuntu est : « Umuntu ngumuntu ngabantu » — « Une personne est une personne à travers d'autres personnes ». Desmond Tutu explique ce concept :

« Ubuntu parle de l'essence même de l'être humain. C'est dire : "Mon humanité est liée, inextricablement liée à la vôtre. Nous appartenons à un faisceau de vie. Un être humain avec ubuntu est ouvert et disponible pour les autres car il a la confiance en soi qui vient de savoir qu'il fait partie d'un plus grand tout et qu'il est diminué lorsque les autres sont humiliés ou diminués" »[169].

Éthique communautaire et éthique de la vertu

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L'éthique africaine traditionnelle est une éthique de la vertu centrée sur la communauté. Comme le souligne Joseph Nyasani, « des vertus comme la patience, l'optimisme, la sympathie mutuelle et l'empathie sont éminemment caractéristiques du mode de vie africain et pointent certainement vers un mode particulier »[170].

Les vertus typiquement associées à l'ubuntu incluent : la politesse, la gentillesse, la sympathie, la compassion, la bienveillance, l'altruisme, le sacrifice, le pardon, la miséricorde et la tolérance[171].

La moralité dans les contextes africains traditionnels n'est pas simplement un ensemble de principes justificatifs abstraits. C'est plutôt fondamentalement une méthode communautaire pratique et un guide pour l'action qui s'extériorise et trouve son expression dans tous les aspects de la vie quotidienne et des activités des gens. La moralité se concrétise dans la politique, l'économie, la religion, l'art, l'éducation, la science et les mœurs[172].

Responsabilité collective et solidarité

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L'éthique africaine met l'accent sur la responsabilité collective. Selon Segun Gbadegesin, « le "Je" n'est qu'un "Nous" d'un autre point de vue, et les personnes ne sont donc pas interprétées comme des individus atomiques. Une personne dont l'existence et la personnalité dépendent de la communauté est à son tour censée contribuer à l'existence continue de la communauté. C'est la dimension normative du concept deniyan. Le couronnement de la vie personnelle est d'être utile à sa communauté. Le sens de la vie d'une personne se mesure donc par son engagement envers les idéaux sociaux et l'existence communale »[173].

Ce qui est bon dans l'éthique africaine, c'est ce qui relie les gens entre eux, et ce qui sépare les gens est mauvais. L'essence de la bonté et de la bonne vie dans la pensée africaine traditionnelle a trait au fait de bien faire et de ne pas nuire aux autres. L'éthique africaine traditionnelle est donc essentiellement orientée vers le social et ancrée dans le bien-être de l'être social[174].

Philosophie de la religion et spiritualité africaine

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La religion occupe une place centrale dans la vie et la pensée africaines traditionnelles. La philosophie africaine de la religion explore les concepts de Dieu, des divinités, des ancêtres, du mal et de la transcendance.

Le concept de l'Être Suprême

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Contrairement aux affirmations de certains observateurs occidentaux du passé, la croyance en un Être Suprême est fondamentale dans la société africaine. Comme le note Bolaji Idowu, « Dieu (l'Être Suprême) se réfère à "l'Être vivant éternel qui est le créateur et la source de toute vie et dont la vie a existé depuis le passé sans date" »[175].

Pantaleon Iroegbu affirme : « À notre connaissance, personne n'a contesté l'affirmation selon laquelle dans les sociétés africaines traditionnelles, il n'y avait pas d'athées. L'existence de Dieu n'est pas enseignée aux enfants, dit-on. Cela signifie que l'existence de Dieu n'est pas apprise, car elle est innée et évidente pour tous. Dieu est omniprésent dans la vie et les pratiques du peuple »[176].

L'Être Suprême dans la pensée africaine possède plusieurs attributs :

1. Transcendance et immanence : Dieu est à la fois transcendant (au-delà de ce qui est naturel) et immanent (présent dans le monde). Comme le chantent les Nupe : « Dieu est loin. Dieu est en avant, Il est en arrière »[177].

2. Éternité : Les Africains ne conçoivent pas Dieu comme un être qui pourrait finir par mourir. Ils le voient plutôt comme « la Réalité éternelle et immortelle qui vit à jamais »[178].

3. Créateur : Dieu est perçu comme le créateur de l'univers, origine de la force vitale, source de tout ce qui existe.

Les divinités et les esprits

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Dans de nombreuses traditions africaines, il existe des êtres spirituels intermédiaires entre Dieu et les humains : les divinités et les esprits. Ces êtres ne sont pas en contradiction avec le monothéisme africain. Les divinités sont perçues comme les « rejetons » ou les « êtres apparitionnels » qui reçoivent leur autorité de l'Être Suprême pour servir dans le système théocratique unitaire de gouvernement[179].

Les divinités servent de médiateurs entre les humains et l'Être Suprême. Elles sont souvent associées à des forces naturelles (tonnerre, rivières, montagnes) ou à des fonctions spécifiques (guerre, fertilité, forge).

Les ancêtres : le pont entre visible et invisible

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Le culte des ancêtres est l'un des aspects les plus caractéristiques de la religion africaine traditionnelle. Contrairement à une interprétation erronée, il ne s'agit pas d'un polythéisme mais d'une reconnaissance du rôle continu que jouent les défunts dans la vie de la communauté.

Les ancêtres sont les morts-vivants (living-dead) — ceux dont les noms sont encore retenus et transmis aux descendants, c'est-à-dire dont les personnalités vivent encore avec le peuple. Ils font partie du sasa (présent immédiat) ou du zamani le plus proche (passé proche)[180].

Les ancêtres ne sont pas des divinités mais des intermédiaires. Ils assurent la continuité entre le monde visible des vivants et le monde invisible du spirituel. Comme le souligne Mike Ushe, « la mort dans la conception africaine n'est pas une annihilation complète des personnes, mais un départ ou un passage d'une phase de vie à une autre »[181].

Le respect et la vénération des ancêtres garantissent l'harmonie cosmique et le bien-être de la communauté. Ignorer les ancêtres, c'est faire preuve d'arrogance et d'autosuffisance[182].

Philosophie du temps, de la mort et de l'au-delà

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La conception africaine du temps et ses implications pour la compréhension de la mort et de l'au-delà constituent une thématique philosophique majeure.

Le temps africain : Sasa et Zamani

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John S. Mbiti a proposé une théorie influente du temps africain selon laquelle, dans la conception africaine traditionnelle, le temps est essentiellement bidimensionnel : il se compose d'événements qui se sont produits (passé) et d'événements qui se produisent maintenant ou qui sont sur le point de se produire (présent). La dimension future est largement absente[183].

Le temps est défini par les événements : « Ce qui n'a pas eu lieu ou n'a aucune probabilité d'occurrence immédiate tombe dans la catégorie du Non-temps. Cependant, ce qui est certain de se produire, ou ce qui tombe dans le rythme des phénomènes naturels, est dans la catégorie du temps inévitable ou potentiel »[184].

Mbiti utilise les termes kikamba Sasa (présent ou passé très proche ou futur sur le point de se réaliser) et Zamani (le passé, le temps qui s'est écoulé) pour décrire ces deux dimensions. Le Zamani est la période au-delà de laquelle rien ne peut aller. C'est le « cimetière du temps », la période de terminaison, la dimension dans laquelle tout trouve son point d'arrêt. C'est le magasin final de tous les phénomènes et événements, l'océan du temps dans lequel tout est absorbé dans une réalité qui n'est ni après ni avant[185].

La mort comme transition

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Dans la conception africaine, la mort n'est pas une fin absolue mais une transition. Selon la perspective africaine, la mort est « une transition naturelle du visible vers l'ontologie spirituelle invisible où l'esprit, l'essence de la personne, n'est pas détruit mais se déplace pour vivre dans le royaume des esprits ancestraux »[186].

La mort signifie une connexion spirituelle inextricable entre les mondes visible et invisible. Elle n'est pas la destruction de la personne mais son passage à un autre mode d'existence. C'est pourquoi les Africains parlent des « morts-vivants » — ceux qui, bien que physiquement morts, continuent à vivre dans le monde spirituel et à interagir avec les vivants.

La réincarnation

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De nombreuses cultures africaines croient en la réincarnation. Selon cette croyance, les défunts, en particulier ceux qui ont vécu une vie moralement vertueuse et sont morts à un âge avancé, peuvent se réincarner dans leur lignée familiale. Les nouveau-nés qui ressemblent à des grands-parents décédés sont souvent perçus comme la réincarnation de ces ancêtres[187].

Cette croyance en la réincarnation est liée à une conception cyclique du temps et de la vie. Selon le système de croyance traditionnel africain, « le parcours de vie est cyclique et non linéaire. Ceux qui sont morts sont vivants dans un monde différent et peuvent se réincarner (et retourner dans ce monde) dans de nouvelles naissances »[188].

Implications éthiques et existentielles

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La conception africaine de la mort et de l'au-delà a des implications profondes pour l'éthique et le sens de la vie. Puisque devenir un ancêtre après la mort est un objectif désirable, les individus sont motivés à vivre une vie moralement excellente et à contribuer positivement à leur communauté.

Cependant, certains philosophes africains contemporains comme Aribiah David Attoe ont soulevé des questions sur le sens de la vie à la lumière de la « seconde mort » — l'idée que même les ancêtres finissent par être oubliés et cessent d'exister. Attoe soutient que la réalité de cette seconde mort remet en question l'idée d'immortalité et interroge notre conscience du sens de la vie[189].

Ces débats contemporains montrent que la philosophie africaine continue d'explorer de manière critique et rigoureuse les questions existentielles fondamentales sur le temps, la mort, l'au-delà et le sens de la vie humaine.

Philosophie politique et sociale

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La philosophie politique africaine contemporaine s'articule autour de thématiques comme la démocratie, les droits humains, le développement, la justice, la souveraineté et les technologies de protection des droits humains.

Communautarisme et individualisme

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L'une des questions centrales de la philosophie politique africaine concerne le rapport entre communauté et individu. Le débat entre communautarisme et individualisme a des implications majeures pour la conception des droits, des libertés et de l'organisation sociale.

Le communautarisme africain met l'accent sur la primauté de la communauté sur l'individu. Comme l'affirme Claude Ake, « les peuples africains ne permettent pas que l'individu ait des revendications qui peuvent l'emporter sur celles de la société »[190].

Cette orientation communautaire a été critiquée par certains comme incompatible avec la différence individuelle et la liberté personnelle. Thaddeus Metz, cependant, soutient que le communautarisme africain, correctement compris, peut respecter la différence. Selon son interprétation relationnelle, l'éthique africaine prescrit de valoriser les gens en vertu de leur capacité à communier, c'est-à-dire à être partie prenante de relations de partage d'un mode de vie et de soin pour la qualité de vie des autres[191].

Ubuntu et organisation sociale

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Les valeurs d'ubuntu influencent l'organisation des institutions publiques en Afrique. Les décideurs africains contemporains font souvent appel à l'ubuntu pour réfléchir à l'organisation des institutions publiques et autres institutions à grande échelle.

L'ubuntu met l'accent sur des valeurs comme la solidarité de groupe, la conformité, la compassion, le respect, la dignité humaine, l'orientation humaniste et l'unité collective[192].

Ces valeurs ont inspiré des innovations institutionnelles en Afrique, notamment dans le domaine de la justice. Le système de justice indigène africain (AIJS), comme les tribunaux Gacaca au Rwanda après le génocide, repose sur les principes d'ubuntu : réconciliation plutôt que punition, restauration de l'équilibre communautaire plutôt que sanction du coupable, participation communautaire plutôt que justice étatique imposée[193].

Conclusion : Richesse et diversité des thématiques philosophiques africaines

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Les thématiques philosophiques africaines — ontologie, conception de la personne, épistémologie, éthique, philosophie de la religion, philosophie du temps et de la mort, philosophie politique — forment un corpus riche et cohérent qui, tout en dialoguant avec les traditions philosophiques mondiales, conserve sa spécificité africaine.

Ces thématiques ne sont pas des vestiges d'un passé révolu mais des ressources vivantes pour penser les défis contemporains. Comme le note l'introduction du Handbook of African Philosophy, « la philosophie africaine n'a plus besoin de prouver son existence. Elle doit maintenant démontrer sa pertinence pour les questions contemporaines »[194].

La philosophie africaine offre des perspectives originales sur des questions universelles : une ontologie dynamique et relationnelle plutôt que substantialiste et atomiste, une conception de la personne qui intègre individualité et communauté, une épistémologie qui ne sépare pas radicalement raison et intuition, une éthique de la vertu centrée sur les relations humaines, une philosophie religieuse qui articule transcendance et immanence, une conception du temps et de la mort qui affirme la continuité plutôt que la rupture, et une philosophie politique qui cherche à équilibrer droits individuels et responsabilités collectives.

Ces perspectives, loin de s'enfermer dans un particularisme étroit, s'offrent comme des contributions à la philosophie universelle, enrichissant le patrimoine intellectuel de l'humanité tout entière.

Défis et perspectives

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La philosophie africaine, après plus de six décennies d'existence académique et d'affirmation progressive de sa légitimité intellectuelle, se trouve aujourd'hui à un carrefour décisif de son évolution historique. Ce carrefour est marqué par des défis multiples et complexes — certains hérités du passé colonial et postcolonial, d'autres émergents des transformations rapides du monde contemporain — ainsi que par des perspectives prometteuses qui s'ouvrent pour l'avenir. Cette section explore les principaux défis auxquels la philosophie africaine fait face aujourd'hui et les perspectives qu'elle peut envisager pour continuer à se développer comme discipline intellectuelle pertinente, créative et influente au XXIe siècle.

Le défi de la décolonisation épistémique

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Le défi le plus fondamental auquel la philosophie africaine contemporaine doit faire face est sans doute celui de la décolonisation épistémique. Bien que l'Afrique ait obtenu son indépendance politique dans les années 1960, la dépendance épistémique — c'est-à-dire la subordination intellectuelle aux cadres de pensée, aux méthodologies et aux systèmes de connaissances occidentaux — demeure un obstacle majeur au développement d'une pensée africaine véritablement autonome[195][196].

La colonisation persistante des structures universitaires

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Achille Mbembe souligne que les universités africaines ont été décolonisées seulement au niveau du personnel (remplacement des professeurs européens par des professeurs africains), tandis que les structures pédagogiques, les curricula et les méthodologies héritées de l'époque coloniale sont restées largement intactes[197][198].

Dans la plupart des universités africaines, les départements de philosophie enseignent principalement la philosophie occidentale — de Platon à Kant, de Descartes à Heidegger — et consacrent une place marginale, voire inexistante, à la philosophie africaine. Les étudiants africains obtiennent leurs diplômes en philosophie sans avoir jamais étudié sérieusement Kwasi Wiredu, Paulin Hountondji, Kwame Gyekye, Mogobe Ramose, Sophie Oluwole ou Achille Mbembe. Cette situation crée une aliénation intellectuelle : les philosophes africains pensent avec des catégories qui ne sont pas les leurs et tentent de résoudre des problèmes qui ne sont pas nécessairement les leurs[199].

La langue comme instrument de domination épistémique

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La question de la langue est centrale dans le défi de la décolonisation épistémique. Ngũgĩ wa Thiong'o a montré dans Decolonising the Mind (1986) comment l'imposition des langues coloniales (anglais, français, portugais) comme langues d'enseignement et de production intellectuelle a créé une séparation profonde entre les intellectuels africains et les masses populaires[200].

La philosophie africaine est aujourd'hui écrite majoritairement en anglais et en français. Les concepts philosophiques africains — ubuntu, ujamaa, sankofa, maat, ìwà — doivent être traduits dans des langues européennes, ce qui entraîne souvent des pertes de sens et des distorsions conceptuelles. Comment peut-on vraiment penser ubuntu en anglais ? Comment peut-on saisir la profondeur du concept akan dokra sans connaître la langue akan ?

Kwasi Wiredu a proposé la décolonisation conceptuelle comme remède. Selon lui, les philosophes africains doivent examiner de manière critique les concepts qu'ils utilisent et éviter les conceptualisations étrangères qui sont restées dans leur pensée par inertie plutôt que par choix réfléchi[201].

Le défi de la production et de la circulation des savoirs

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Un deuxième défi majeur concerne les conditions matérielles et institutionnelles de la production et de la circulation des savoirs philosophiques africains.

La fracture numérique et l'accès aux ressources

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Florence Piron a mis en évidence ce qu'elle appelle les injustices cognitives dont souffrent les chercheurs africains. L'une des plus graves est la fracture dans l'accès aux savoirs[202].

La majorité des publications scientifiques mondiales sont enfermées derrière des paywalls (murs payants) imposés par les grands éditeurs commerciaux. Un chercheur africain doit payer 35 à 40 euros pour accéder à un seul article — somme considérable dans un contexte où les salaires sont faibles. De plus, de nombreuses universités africaines n'ont pas les moyens de s'abonner aux grandes bases de données comme JSTOR, Web of Science ou PhilPapers.

Résultat : les philosophes africains sont coupés des débats philosophiques mondiaux. Ils ne peuvent pas lire les dernières publications, ne peuvent pas suivre les nouvelles tendances, ne peuvent pas dialoguer avec leurs collègues du Nord sur un pied d'égalité.

L'invisibilité de la production philosophique africaine

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Inversement, les travaux produits par les philosophes africains restent largement invisibles au niveau mondial. Les revues africaines de philosophie ne sont pas indexées dans les grandes bases de données internationales. Les thèses et mémoires soutenus dans les universités africaines ne sont pas numérisés, ne sont pas accessibles en ligne.

Conséquence paradoxale : un philosophe sénégalais qui travaille sur l'éthique ubuntu connaît mieux les travaux de Kant et d'Aristote que ceux de ses collègues sud-africains qui travaillent sur le même sujet. La circulation des savoirs entre pays africains est quasi inexistante, alors que la circulation entre l'Afrique et l'Europe fonctionne à sens unique : du Nord vers le Sud.

Le système inégal de validation des savoirs

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Le système mondial de publication scientifique est dominé par des bases de données occidentales (Web of Science, SCOPUS) qui décident quelles revues sont « scientifiques » et lesquelles ne le sont pas. Les revues africaines, même de qualité, sont rarement indexées.

Conséquence : publier dans une revue africaine ne « compte » pas pour la carrière d'un philosophe africain. Pour obtenir une promotion, pour être reconnu, il doit publier dans des revues du Nord — souvent en anglais — et sur des sujets qui intéressent les éditeurs du Nord[203].

Ce système crée une dépendance épistémique : les philosophes africains produisent des données, des exemples, des « cas d'étude » qui sont ensuite théorisés, conceptualisés et publiés par des chercheurs du Nord. L'Afrique reste un terrain de recherche plutôt qu'un lieu de production de théories.

Le défi de la pertinence pratique

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Un troisième défi majeur concerne la pertinence pratique de la philosophie africaine pour résoudre les problèmes concrets auxquels les sociétés africaines font face aujourd'hui.

Le reproche d'abstraction et d'élitisme

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La philosophie africaine académique est souvent accusée d'être trop abstraite, trop élitiste, trop déconnectée des réalités vécues par la majorité des Africains. Des penseurs comme Ada Agada ont critiqué le fait que la philosophie africaine tourne en rond sur les mêmes débats méthodologiques (ethnophilosophie vs philosophie professionnelle, particularisme vs universalisme) sans produire de théories originales capables de résoudre les problèmes africains[204].

Pendant que les philosophes africains débattent sur la question de savoir s'il existe une philosophie africaine, l'Afrique fait face à des crises multiples : pauvreté massive, conflits armés, gouvernance défaillante, corruption endémique, dégradation environnementale, inégalités de genre, migrations forcées.

La question se pose : que peut faire la philosophie africaine face à ces défis ? Comment peut-elle contribuer à la construction d'États démocratiques ? Comment peut-elle éclairer les choix de développement ? Comment peut-elle promouvoir la justice sociale et l'égalité ?

La nécessité d'une philosophie engagée

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Face à ce défi, plusieurs philosophes africains plaident pour une philosophie engagée, une philosophie qui ne se contente pas de contempler mais qui intervient dans les débats publics, qui conseille les décideurs politiques, qui éduque les citoyens[205].

Oyeshile affirme que « le rôle de la philosophie africaine est de s'attaquer aux problèmes existentiels concrets dans les circonstances sociales et culturelles de l'Afrique moderne afin de reconstruire l'Afrique que nous connaissons vers une Afrique progressive de l'avenir »[206].

Cette philosophie engagée ne doit pas pour autant renoncer à la rigueur conceptuelle et à lanalyse critique. Elle doit combiner excellence théorique et pertinence pratique.

Les défis de la mondialisation et de la technologie

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Le XXIe siècle confronte la philosophie africaine à des défis nouveaux liés à la mondialisation et à la révolution technologique.

La globalisation comme menace et opportunité

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La mondialisation est souvent perçue comme une menace pour l'identité culturelle africaine. Elle impose des valeurs occidentales — individualisme, consumérisme, sécularisation — qui entrent en conflit avec les valeurs africaines traditionnelles — communautarisme, solidarité, spiritualité[207].

La mondialisation économique, dominée par le néolibéralisme, aggrave les inégalités entre le Nord et le Sud. Les politiques d'ajustement structurel imposées par le FMI et la Banque mondiale ont détruit les systèmes d'éducation et de santé publics dans de nombreux pays africains.

Mais la mondialisation offre aussi des opportunités. Elle permet aux philosophes africains de dialoguer avec leurs collègues du monde entier, de participer à des conférences internationales, de publier dans des revues mondiales. Elle permet la diffusion des idées africaines — ubuntu, communautarisme africain — dans le monde entier.

Le défi pour la philosophie africaine est de naviguer entre ces deux pôles : résister à l'homogénéisation culturelle imposée par la mondialisation tout en profitant des opportunités qu'elle offre pour faire connaître la pensée africaine au monde.

La révolution numérique et l'intelligence artificielle

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La révolution numérique transforme profondément le monde. L'Afrique connaît une explosion de l'usage du téléphone mobile et de l'internet. Plus de 600 millions d'Africains utilisent aujourd'hui un smartphone.

Mais cette révolution numérique pose des questions philosophiques fondamentales :

  • Qui contrôle les infrastructures numériques en Afrique ? (Réponse : principalement des entreprises américaines et chinoises)
  • Qui possède les données produites par les Africans ? (Réponse : Google, Facebook, Alibaba)
  • Les algorithmes utilisés en Afrique sont-ils adaptés aux réalités africaines ou reproduisent-ils des biais occidentaux ?
  • Comment éviter une nouvelle forme de colonialisme numérique ?[208]

L'intelligence artificielle (IA) pose également des défis éthiques et philosophiques. Comment intégrer l'IA dans l'éducation africaine sans perdre les valeurs africaines de relation humaine et de communauté ? Comment garantir que l'IA serve le bien commun plutôt que l'enrichissement d'une élite ?[209]

La philosophie ubuntu pourrait-elle inspirer une éthique de l'IA plus humaine, plus respectueuse de la communauté, moins extractive ? C'est une piste que certains philosophes africains commencent à explorer[210].

Perspectives : vers une philosophie africaine renouvelée

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Face à ces multiples défis, quelles sont les perspectives pour l'avenir de la philosophie africaine ?

Perspective 1 : La systématisation et l'universalisation

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L'une des perspectives prometteuses est le mouvement vers la construction de systèmes philosophiques africains qui prétendent à une portée universelle et non plus seulement locale ou ethnique.

Des philosophes comme Ada Agada (avec sa philosophie Consolationism), Jonathan Chimakonam (avec sa philosophie Ibuanyidanda) et Thaddeus Metz (avec son Ubuntu eventism) développent des théories systématiques qui visent à contribuer à la philosophie mondiale[211][212].

Ces systèmes ne se contentent pas de décrire la pensée africaine traditionnelle. Ils reconstruisent, développent et universalisent les intuitions philosophiques africaines pour en faire des théories applicables à l'humanité tout entière.

Par exemple, la théorie de Metz sur l'éthique ubuntu ne se limite pas à dire « voilà comment les Africains pensent la morale ». Elle propose une théorie éthique normative — l'éthique relationnelle — qui rivalise avec l'utilitarisme, le kantisme et l'éthique de la vertu, et qui prétend dire comment tous les humains devraient agir[213].

Cette systématisation et universalisation permet à la philosophie africaine de sortir du particularisme et de s'affirmer comme une contribution majeure à la philosophie mondiale.

Perspective 2 : La science ouverte et la justice cognitive

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Une deuxième perspective prometteuse est le mouvement vers la science ouverte et la justice cognitive.

Des initiatives comme le projet SOHA (Sciences Ouvertes en Haïti et Afrique francophone), les archives institutionnelles DICAMES, et les revues en libre accès comme le Grenier des Savoirs tentent de remédier aux injustices cognitives en rendant les savoirs africains accessibles gratuitement en ligne[214].

L'objectif est de créer un écosystème de production et de circulation des savoirs qui soit plus équitable, plus démocratique, plus respectueux de la diversité épistémique mondiale. La technologie numérique, bien utilisée, peut permettre aux philosophes africains de publier leurs travaux, de les diffuser largement, de dialoguer avec leurs collègues du monde entier sans dépendre des éditeurs commerciaux du Nord.

Perspective 3 : La philosophie publique et l'engagement citoyen

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Une troisième perspective est le développement d'une philosophie publique africaine. Il s'agit d'une philosophie qui sort de l'université pour intervenir dans l'espace public, pour éclairer les débats citoyens, pour former les esprits critiques.

Des philosophes africains utilisent les réseaux sociaux, les blogs, les podcasts, la radio et la télévision pour diffuser la philosophie auprès du grand public. Ils organisent des cafés philosophiques, des débats publics, des ateliers de réflexion avec les communautés locales.

Cette philosophie publique ne renonce pas à la rigueur. Elle adapte son langage pour le rendre accessible tout en conservant la profondeur de l'analyse. Elle montre que la philosophie africaine n'est pas une affaire de spécialistes enfermés dans les universités mais une ressource pour tous les citoyens qui cherchent à comprendre leur monde et à le transformer.

Perspective 4 : Le dialogue interculturel et la philosophie comparative

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Une quatrième perspective est le développement de la philosophie comparative et du dialogue interculturel.

La philosophie africaine a beaucoup à apprendre du dialogue avec d'autres traditions philosophiques : philosophie chinoise, philosophie indienne, philosophie islamique, philosophie latino-américaine, philosophie des peuples autochtones.

Ce dialogue permet de découvrir des convergences (par exemple entre ubuntu et le confucianisme chinois sur l'importance des relations), des divergences instructives, et de développer des concepts hybrides enrichis par plusieurs traditions.

La philosophie comparative permet aussi de montrer que les questions philosophiques fondamentales — Qu'est-ce que le bien ? Qu'est-ce que la justice ? Qu'est-ce qu'une vie bonne ? — ont reçu des réponses multiples dans différentes cultures, et qu'aucune tradition n'a le monopole de la sagesse[215].

Perspective 5 : L'éducation philosophique et la formation des jeunes

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Enfin, une cinquième perspective concerne l'éducation philosophique et la formation des jeunes générations.

Pour que la philosophie africaine ait un avenir, il faut former des nouvelles générations de philosophes africains bien formés, créatifs, engagés. Cela implique de réformer les curricula des départements de philosophie pour y intégrer sérieusement la philosophie africaine.

Cela implique aussi d'introduire la philosophie dès l'enseignement secondaire pour habituer les jeunes à penser de manière critique, à questionner les évidences, à argumenter rigoureusement. Une citoyenneté démocratique active a besoin de citoyens philosophiquement formés.

Des initiatives comme les Olympiades de philosophie, les clubs de philosophie dans les lycées, et les ateliers philosophiques pour enfants se développent dans plusieurs pays africains. Elles montrent que la philosophie n'est pas réservée à une élite mais peut être pratiquée par tous, dès le plus jeune âge.

Conclusion : Une philosophie africaine tournée vers l'avenir

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Les défis auxquels la philosophie africaine fait face sont nombreux et complexes : décolonisation épistémique, injustices cognitives, manque de ressources, pertinence pratique, mondialisation, révolution technologique. Mais ces défis ne sont pas insurmontables.

Les perspectives sont prometteuses : systématisation et universalisation, science ouverte, philosophie publique, dialogue interculturel, éducation philosophique. Ces perspectives montrent que la philosophie africaine n'est pas condamnée à rester marginale ou dépendante.

Elle peut devenir une force intellectuelle majeure au XXIe siècle, capable de contribuer de manière originale et significative aux grands débats philosophiques mondiaux, capable de résoudre les problèmes concrets des sociétés africaines, capable d'inspirer une nouvelle génération de penseurs africains fiers de leur héritage et ouverts au monde.

Comme le dit Achille Mbembe : « Devenir sujet, c'est tenter de se défaire des fausses évidences héritées de l'histoire coloniale et d'inventer de nouvelles manières de penser et d'agir »[216]. La philosophie africaine du XXIe siècle est précisément cet effort d'invention, cette création continue de nouvelles manières de penser pour un monde plus juste, plus sage, plus humain.

Principaux philosophes

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La philosophie africaine contemporaine a été façonnée par des figures intellectuelles majeures dont les contributions ont permis de définir, structurer et enrichir la discipline. Cette section présente les principaux philosophes africains dont l'œuvre a marqué l'histoire de la pensée africaine et continue d'influencer les débats philosophiques contemporains tant en Afrique que dans le monde.

Kwasi Wiredu (1931-2022)

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Kwasi Wiredu, né le 3 octobre 1931 à Kumasi au Ghana sous la colonisation britannique, est l'une des figures les plus éminentes de la philosophie africaine contemporaine. Décédé en janvier 2022, il laisse derrière lui une œuvre considérable qui a profondément marqué la discipline[217][218].

Formation et parcours

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Issu d'une famille modeste, Wiredu commence ses études de philosophie à l'Université du Ghana, puis poursuit sa formation à l'Université d'Oxford où il obtient son doctorat. Cette double formation — africaine et européenne — marquera profondément sa pensée philosophique. Il devient professeur de philosophie à l'Université du Ghana, puis enseigne dans plusieurs universités américaines, notamment à l'Université du Sud de la Floride et à l'Université Duke[219].

La décolonisation conceptuelle

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Le projet philosophique central de Wiredu est celui de la décolonisation conceptuelle (conceptual decolonization). Par ce terme, Wiredu entend une réexamen critique des formations épistémiques africaines contemporaines afin d'accomplir deux objectifs complémentaires[220] :

Dans son sens négatif, la décolonisation conceptuelle vise à identifier et à rejeter les conceptualisations étrangères qui sont restées dans la pensée africaine par inertie plutôt que par choix réfléchi. Il s'agit de se défaire des concepts occidentaux qui ont été imposés par la colonisation et qui ne correspondent pas nécessairement aux réalités africaines.

Dans son sens positif, la décolonisation conceptuelle implique l'exploitation des vastes ressources des cadres conceptuels africains dans les exercices ou réflexions philosophiques sur tous les problèmes fondamentaux et cruciaux de la philosophie contemporaine[221].

Comme le résume le philosophe Sanya Osha, Wiredu ne « romantise pas la supposée beauté des anciennes cultures et traditions africaines » — qu'il n'hésite pas d'ailleurs à critiquer. Il cherche plutôt une synthèse entre l'euromodernité et la culture africaine traditionnelle[222].

Contributions majeures

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Wiredu a développé plusieurs analyses conceptuelles importantes :

La personne dans la pensée akan : Wiredu montre que la conception occidentale de la personne comme entité substantielle, support du libre arbitre et de la volonté, diffère profondément de la conception akan qui ne distingue pas radicalement les actes et le sujet qui les effectue. Cette analyse permet de reposer différemment des questions traditionnelles de la philosophie occidentale comme celle du libre-arbitre[223].

La vérité et le langage : Pour Wiredu, la vérité est indissociable des langages qui l'expriment. Chaque langue encode des manières particulières de découper le réel, et la philosophie doit être attentive à ces différences linguistiques.

La démocratie consensuelle : S'inspirant des pratiques akan de délibération et de prise de décision, Wiredu propose un modèle de démocratie basé sur le consensus plutôt que sur le vote majoritaire, arguant que ce modèle est plus inclusif et plus respectueux de toutes les voix[224].

Œuvres principales

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  • Philosophy and an African Culture (1980)
  • Cultural Universals and Particulars: An African Perspective (1996)
  • Conceptual Decolonisation in African Philosophy (2004, édité)
  • A Companion to African Philosophy (2004, édité avec Kwame Gyekye)

Paulin Hountondji (1942-2024)

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Paulin Jidenu Hountondji, né le 11 avril 1942 à Abidjan (Côte d'Ivoire) et décédé le 2 février 2024 à Cotonou (Bénin), est l'un des philosophes africains les plus influents du XXe siècle. Sa critique radicale de l'ethnophilosophie a profondément transformé le paysage de la philosophie africaine[225][226].

Formation et carrière

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Hountondji effectue ses études secondaires à Porto-Novo au Dahomey (actuel Bénin), puis au lycée Henri IV à Paris. Il intègre l'École normale supérieure et obtient l'agrégation de philosophie. Il soutient sa thèse de doctorat sur Edmund Husserl sous la direction de Paul Ricœur[227].

Il enseigne aux universités de Besançon, Kinshasa et Lubumbashi, avant de rentrer au Bénin en 1972 où il enseigne à l'Université d'Abomey-Calavi. Il occupe également des fonctions politiques, étant ministre de l'Éducation nationale puis de la Culture et des Communications au Bénin entre 1990 et 1993[228].

La critique de l'ethnophilosophie

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En 1976, Hountondji publie son ouvrage le plus célèbre : Sur la « philosophie africaine ». Critique de l'ethnophilosophie. Dans ce livre critique et analytique, il dénonce notamment l'ouvrage publié en 1945 par le père missionnaire belge Placide Tempels, La Philosophie bantoue[229].

Hountondji propose l'usage discriminatif suivant[230] :

  • Philosophie proprement dite (sans guillemets) : ensemble de textes et de discours explicites, littérature d'intention philosophique.
  • « Philosophie » au sens impropre, souligné par les guillemets : vision du monde collective et hypothétique d'un peuple donné.
  • Ethnophilosophie : recherche qui repose, en tout ou partie, sur l'hypothèse d'une telle vision du monde, essai de reconstruction d'une « philosophie » collective supposée.

Sa définition de la philosophie africaine est célèbre : « J'appelle philosophie africaine un ensemble de textes : l'ensemble, précisément, des textes écrits par des Africains et qualifiés par leurs auteurs eux-mêmes de "philosophiques" »[231].

Hountondji critique le mythe d'une philosophie africaine autochtone collective, séparée et distincte de la tradition philosophique occidentale. Il soutient qu'une véritable philosophie africaine doit assimiler et dépasser l'héritage théorique de la philosophie occidentale, par un effort personnel de pensée autonome et critique[232].

Les savoirs endogènes

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Entre 1987 et 1988, Hountondji initie à l'Université d'Abomey-Calavi un séminaire de philosophie/sociologie des sciences sur le thème des savoirs endogènes. Ce séminaire débouche sur l'ouvrage collectif novateur : Les Savoirs endogènes : pistes pour une recherche (1994)[233].

Selon Hountondji, la tentative incessante de définir l'universel ne doit plus privilégier les cultures occidentales, mais prendre en compte les savoirs endogènes. Il reprend l'expression bantoue ubuntu, pour montrer que celle-ci « consiste non pas à nier les particularités ethniques, religieuses ou philosophiques (...) mais à les comprendre dans l'horizon de notre commune appartenance à la même humanité »[234].

Œuvres principales

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  • Sur la « philosophie africaine ». Critique de l'ethnophilosophie (1977)
  • African Philosophy: Myth and Reality (1983, traduction anglaise)
  • Les Savoirs endogènes : pistes pour une recherche (1994, direction)
  • Combats pour le sens (1997)
  • La rationalité, une ou plurielle ? (2007)

Achille Mbembe (1957-)

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Achille Mbembe, né le 27 juillet 1957 au Cameroun, est un historien, politologue et philosophe dont la pensée constitue l'une des contributions les plus originales et les plus influentes à la théorie postcoloniale contemporaine[235][236].

Formation et parcours

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Mbembe effectue ses études d'histoire et de science politique en France, notamment à l'Institut d'Études Politiques de Paris et à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne où il obtient son doctorat. Il enseigne dans diverses universités africaines, américaines et européennes.

Il s'établit en Afrique du Sud où il occupe depuis 2001 les fonctions de directeur de recherche au Witwatersrand Institute of Social and Economic Research (WISER) de l'Université du Witwatersrand à Johannesburg[237].

La pensée de la postcolonie

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Dans son ouvrage majeur De la postcolonie : Essai sur l'imagination politique dans l'Afrique contemporaine (2000), Mbembe analyse le devenir des États africains après la décolonisation et l'influence de la colonisation sur la conception du pouvoir par les nouvelles élites politiques africaines[238][239].

Mbembe interroge la manière dont les formations sociales issues de la colonisation s'efforcèrent, alors que les politiques néolibérales d'austérité accentuaient leur crise de légitimité, de forger un style de commandement hybride et baroque, marqué par la prédation des corps, une violence carnavalesque et une relation symbiotique entre dominants et dominés.

En véritable sémiologue, Mbembe analyse la postcolonie comme régime spécifique de dressage des corps et de violence systémique. La postcolonie poursuit inlassablement l'œuvre brutale de la colonisation[240].

La Critique de la raison nègre

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Dans Critique de la raison nègre (2013), Mbembe propose une généalogie critique de la construction de la catégorie de « Nègre » dans la pensée occidentale moderne. Il montre comment le racisme a créé le « Nègre » comme l'Autre absolu de l'humanité européenne — l'esclave, le colonisé, l'inférieur[241].

Mais Mbembe va plus loin en affirmant que nous assistons aujourd'hui à un « devenir-nègre du monde » : les logiques d'exclusion, de précarisation et de déshumanisation qui ont d'abord visé les Noirs s'étendent désormais à l'ensemble de l'humanité sous le capitalisme néolibéral.

La nécropolitique

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Mbembe a développé le concept influent de nécropolitique pour désigner les formes contemporaines de pouvoir qui ne se contentent plus de « faire vivre et laisser mourir » (biopolitique chez Foucault) mais qui exercent un pouvoir de décider qui peut vivre et qui doit mourir[242].

Ce concept s'applique particulièrement aux zones de conflit, aux camps de réfugiés, aux territoires occupés, où la souveraineté s'exerce à travers le pouvoir de tuer.

L'afropolitanisme

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Mbembe promeut le concept d'afropolitanisme — une identité africaine cosmopolite, ouverte, hybride, qui assume les multiples influences culturelles et rejette tout essentialisme ou enfermement identitaire[243].

Œuvres principales

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  • Afriques indociles : Christianisme, pouvoir et État en société postcoloniale (1988)
  • De la postcolonie : Essai sur l'imagination politique dans l'Afrique contemporaine (2000)
  • Sortir de la grande nuit : Essai sur l'Afrique décolonisée (2010)
  • Critique de la raison nègre (2013)
  • Politiques de l'inimitié (2016)
  • Brutalisme (2020)

Kwame Gyekye (1939-2019)

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Kwame Gyekye était un philosophe ghanéen qui a apporté des contributions majeures à la philosophie africaine, notamment dans les domaines de l'éthique, de l'épistémologie et de la philosophie politique.

Le communautarianisme modéré

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Gyekye est célèbre pour sa critique du « communautarianisme radical » d'Ifeanyi Menkiti et sa proposition d'un « communautarianisme modéré ». Pour Gyekye, bien que l'individu soit par nature un être social et communautaire, il est aussi par nature « autres choses » — notamment la possession d'attributs comme la rationalité, la capacité pour la vertu, l'évaluation morale et le choix[244].

Tradition et modernité

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Son ouvrage Tradition and Modernity (1997) explore comment les sociétés africaines peuvent naviguer entre la préservation des valeurs traditionnelles et l'adaptation aux exigences de la modernité. Gyekye refuse le choix binaire entre tradition et modernité, proposant plutôt une synthèse critique.

Œuvres principales

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  • An Essay on African Philosophical Thought: The Akan Conceptual Scheme (1987)
  • Tradition and Modernity: Philosophical Reflections on the African Experience (1997)
  • African Cultural Values (2003)

Valentin-Yves Mudimbe (1941-2025)

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Valentin-Yves Mudimbe, philosophe, romancier et poète congolais, est l'auteur d'une œuvre monumentale qui a profondément influencé les études africaines et postcoloniales.

L'invention de l'Afrique

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Dans son ouvrage fondateur The Invention of Africa: Gnosis, Philosophy, and the Order of Knowledge (1988), Mudimbe démontre comment l'Afrique en tant qu'objet de connaissance a été littéralement « inventée » par le discours colonial[245].

Mudimbe analyse ce qu'il nomme la « bibliothèque coloniale » — cet ensemble de textes religieux, anthropologiques et administratifs qui ont construit l'Afrique comme un objet à connaître, à dominer, à « sauver ». Sa contribution majeure réside dans sa démonstration que la libération de l'Afrique ne peut se limiter à l'indépendance politique : elle doit passer par une refonte radicale des savoirs.

Œuvres principales

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  • The Invention of Africa: Gnosis, Philosophy, and the Order of Knowledge (1988)
  • The Idea of Africa (1994)
  • Parables and Fables: Exegesis, Textuality, and Politics in Central Africa (1991)

Frantz Fanon (1925-1961)

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Bien que né en Martinique, Frantz Fanon est une figure incontournable de la philosophie africaine en raison de son engagement dans la lutte anticoloniale en Algérie et de son influence massive sur la pensée africaine de la libération.

L'aliénation coloniale

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Dans Peau noire, masques blancs (1952), Fanon analyse les effets psychologiques dévastateurs du colonialisme et du racisme sur les colonisés. Il montre comment le système colonial crée une double conscience chez le Noir, qui intériorise le regard méprisant du colonisateur[246].

La violence libératrice

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Dans Les Damnés de la terre (1961), Fanon développe une théorie controversée de la violence comme moyen de libération. Pour lui, la violence du colonisé contre le colonisateur est non seulement un acte politique mais aussi un acte thérapeutique qui permet au colonisé de se réapproprier son humanité[247].

Œuvres principales

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  • Peau noire, masques blancs (1952)
  • L'An V de la révolution algérienne (1959)
  • Les Damnés de la terre (1961)

Autres figures importantes

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Marcien Towa (1931-2014)

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Philosophe camerounais, auteur de Léopold Sédar Senghor : Négritude ou servitude ? (1971), où il critique radicalement la conception senghorienne de la Négritude pour son essentialisme racial.

Léopold Sédar Senghor (1906-2001)

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Poète, homme d'État sénégalais et théoricien de la Négritude. Bien que controversé, son concept de « raison intuitive » et sa philosophie de la Négritude ont profondément marqué la pensée africaine.

Henry Odera Oruka (1944-1995)

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Philosophe kenyan, créateur du concept de « sage philosophy » qui distingue la sagesse populaire de la sagesse philosophique des sages traditionnels.

Thaddeus Metz (1969-)

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Philosophe sud-africain d'origine américaine, spécialiste de l'éthique ubuntu et auteur d'une théorie morale relationnelle basée sur les principes africains.

Sophie Oluwole (1936-2018)

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Philosophe nigériane, première femme à obtenir un doctorat en philosophie au Nigeria. Elle a travaillé sur la philosophie yoruba et défendu la légitimité des systèmes de pensée africains traditionnels.

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  192. Mokgoro, Yvonne (1998). « Ubuntu and the Law in South Africa », Potchefstroom Electronic Law Journal, 1(1), p. 17.
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  219. Le Monde (2022). « Mort de Kwasi Wiredu, figure majeure de la philosophie africaine », 10 janvier 2022.
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  228. Afrique XXI (2024). « Les puissants horizons d'émancipation de Paulin Hountondji », 3 juillet 2024.
  229. Hountondji, Paulin J. (1977). Sur la « philosophie africaine ». Critique de l'ethnophilosophie. Paris : Maspero.
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  234. Le Monde Diplomatique (2022), op. cit.
  235. Wikipédia (2007). « Achille Mbembe », article mis à jour le 3 octobre 2007.
  236. UQAM (2020). « Achille Mbembe : une pensée de la postcolonie ». Article.
  237. Géopolitique (2022). « Achille Mbembe », 16 mars 2022.
  238. Mbembe, Achille (2000). De la postcolonie : Essai sur l'imagination politique dans l'Afrique contemporaine. Paris : Karthala.
  239. Éditions La Découverte (2020). « De la postcolonie - Achille Mbembe », 5 février 2020.
  240. Journals OpenEdition (2020). « Achille Mbembe, De la postcolonie, Essai sur l'imagination politique », 7 novembre 2020.
  241. Mbembe, Achille (2013). Critique de la raison nègre. Paris : La Découverte.
  242. Mbembe, Achille (2003). « Necropolitics ». Public Culture, 15(1), p. 11-40.
  243. Mbembe, Achille (2007). « Afropolitanisme ». Africultures, n°66, p. 9-15.
  244. Gyekye, Kwame (1997). Tradition and Modernity: Philosophical Reflections on the African Experience. New York : Oxford University Press.
  245. Mudimbe, Valentin-Yves (1988). The Invention of Africa: Gnosis, Philosophy, and the Order of Knowledge. Bloomington : Indiana University Press.
  246. Fanon, Frantz (1952). Peau noire, masques blancs. Paris : Seuil.
  247. Fanon, Frantz (1961). Les Damnés de la terre. Paris : Maspero.

Bibliographie sélective

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Ouvrages généraux et introductions

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Manuels et encyclopédies

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  • Wiredu, Kwasi (dir.) (2004). A Companion to African Philosophy. Oxford : Wiley-Blackwell, 568 p. [Ouvrage de référence comprenant des contributions de plus de 40 spécialistes sur tous les aspects de la philosophie africaine]
  • Imafidon, Elvis, Tshivhase, Mpho et Freter, Björn (dir.) (2023). Handbook of African Philosophy. Cham : Springer, 850 p. [Manuel complet couvrant l'ontologie, l'épistémologie, l'éthique et les thématiques contemporaines]
  • Eze, Emmanuel Chukwudi (dir.) (1998). African Philosophy: An Anthology. Oxford : Blackwell Publishers, 496 p.
  • Coetzee, P.H. et Roux, A.P.J. (dir.) (2002). Philosophy from Africa: A Text with Readings. 2e édition. Cape Town : Oxford University Press, 672 p.
  • Brown, Lee M. (dir.) (2004). African Philosophy: New and Traditional Perspectives. Oxford : Oxford University Press, 256 p.

Histoires de la philosophie africaine

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  • Hallen, Barry (2002). A Short History of African Philosophy. Bloomington : Indiana University Press, 144 p.
  • Masolo, Dismas A. (1994). African Philosophy in Search of Identity. Bloomington : Indiana University Press, 311 p. [Histoire critique des débats fondateurs]
  • Smet, A.J. (1980). Histoire de la philosophie africaine contemporaine : Courants et problèmes. Kinshasa : Faculté de Théologie Catholique, 450 p.

Textes fondateurs et classiques

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Philosophie pharaonique

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  • Obenga, Théophile (1990). La philosophie africaine de la période pharaonique : 2780-330 avant notre ère. Paris : L'Harmattan, 526 p.
  • Bilolo, Mubabinge (2003). Les cosmo-théologies philosophiques de l'Égypte Antique. 2 volumes. Munich : Menaibuc, 650 p.
  • Griaule, Marcel (1948). Dieu d'eau : Entretiens avec Ogotemmêli. Paris : Fayard, 224 p. [Classique controversé sur la cosmogonie dogon]
  • Diop, Cheikh Anta (1954). Nations nègres et culture : De l'antiquité nègre égyptienne aux problèmes culturels de l'Afrique noire d'aujourd'hui. Paris : Présence Africaine, 564 p.

Philosophie traditionnelle et ethnophilosophie

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  • Tempels, Placide (1945/1949). La Philosophie bantoue. Paris : Présence Africaine, 126 p. [Texte fondateur controversé]
  • Kagame, Alexis (1956). La Philosophie bantu-rwandaise de l'être. Bruxelles : Académie Royale des Sciences Coloniales, 447 p.
  • Kagame, Alexis (1976). La Philosophie bantu comparée. Paris : Présence Africaine, 352 p.
  • Mbiti, John S. (1969). African Religions and Philosophy. London : Heinemann, 290 p. [Classique sur la religion et la philosophie africaines traditionnelles]

Critique de l'ethnophilosophie et philosophie professionnelle

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  • Hountondji, Paulin J. (1977). Sur la « philosophie africaine ». Critique de l'ethnophilosophie. Paris : Maspero, 284 p. [Texte majeur de la critique de l'ethnophilosophie]
  • Hountondji, Paulin J. (1983). African Philosophy: Myth and Reality. Bloomington : Indiana University Press, 231 p. [Traduction anglaise augmentée]
  • Towa, Marcien (1971). Léopold Sédar Senghor : Négritude ou servitude ?. Yaoundé : Éditions CLE, 120 p.
  • Towa, Marcien (1979). Essai sur la problématique philosophique dans l'Afrique actuelle. Yaoundé : Éditions CLE, 180 p.
  • Bodunrin, Peter (1981). Philosophy in Africa: Trends and Perspectives. Ile-Ife : University of Ife Press, 256 p.

Philosophie culturelle et herméneutique

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  • Wiredu, Kwasi (1980). Philosophy and an African Culture. Cambridge : Cambridge University Press, 200 p.
  • Wiredu, Kwasi (1996). Cultural Universals and Particulars: An African Perspective. Bloomington : Indiana University Press, 236 p.
  • Gyekye, Kwame (1987). An Essay on African Philosophical Thought: The Akan Conceptual Scheme. Cambridge : Cambridge University Press, 244 p.
  • Gyekye, Kwame (1997). Tradition and Modernity: Philosophical Reflections on the African Experience. New York : Oxford University Press, 296 p.
  • Gbadegesin, Segun (1991). African Philosophy: Traditional Yoruba Philosophy and Contemporary African Realities. New York : Peter Lang, 228 p.
  • Oruka, Henry Odera (1990). Sage Philosophy: Indigenous Thinkers and Modern Debate on African Philosophy. Leiden : E.J. Brill, 336 p.

Philosophie politique et sociale

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Panafricanisme et Négritude

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  • Senghor, Léopold Sédar (1964). Liberté I : Négritude et humanisme. Paris : Seuil, 444 p.
  • Césaire, Aimé (1955). Discours sur le colonialisme. Paris : Présence Africaine, 92 p.
  • Nkrumah, Kwame (1964). Consciencism: Philosophy and Ideology for Decolonization. London : Heinemann, 122 p.
  • Nyerere, Julius K. (1968). Ujamaa: Essays on Socialism. Dar es Salaam : Oxford University Press, 186 p.
  • Cabral, Amilcar (1975). Unité et lutte. Paris : Maspero, 2 volumes.

Philosophie de la libération

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  • Fanon, Frantz (1952). Peau noire, masques blancs. Paris : Seuil, 188 p. [Classique de la pensée anticoloniale]
  • Fanon, Frantz (1961). Les Damnés de la terre. Paris : Maspero, 241 p. [Préface de Jean-Paul Sartre]
  • Biko, Steve (1978). I Write What I Like. London : Bowerdean Press, 216 p.

Ubuntu et communautarisme

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  • Ramose, Mogobe B. (1999). African Philosophy through Ubuntu. Harare : Mond Books, 196 p.
  • Tutu, Desmond (1999). No Future Without Forgiveness. New York : Doubleday, 304 p.
  • Shutte, Augustine (2001). Ubuntu: An Ethic for a New South Africa. Pietermaritzburg : Cluster Publications, 180 p.
  • Menkiti, Ifeanyi (1984). « Person and Community in African Traditional Thought ». In Wright, Richard A. (dir.), African Philosophy: An Introduction. Lanham : University Press of America, p. 171-181.

Philosophie contemporaine et théorie postcoloniale

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  • Mudimbe, Valentin-Yves (1988). The Invention of Africa: Gnosis, Philosophy, and the Order of Knowledge. Bloomington : Indiana University Press, 241 p.
  • Mudimbe, Valentin-Yves (1994). The Idea of Africa. Bloomington : Indiana University Press, 234 p.
  • Mbembe, Achille (2000). De la postcolonie : Essai sur l'imagination politique dans l'Afrique contemporaine. Paris : Karthala, 293 p.
  • Mbembe, Achille (2013). Critique de la raison nègre. Paris : La Découverte, 267 p.
  • Mbembe, Achille (2016). Politiques de l'inimitié. Paris : La Découverte, 184 p.
  • Mbembe, Achille (2020). Brutalisme. Paris : La Découverte, 256 p.
  • Appiah, Kwame Anthony (1992). In My Father's House: Africa in the Philosophy of Culture. New York : Oxford University Press, 256 p.
  • Appiah, Kwame Anthony (2006). Cosmopolitanism: Ethics in a World of Strangers. New York : W.W. Norton & Company, 196 p.

Éthique et philosophie morale

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  • Metz, Thaddeus (2013). Meaning in Life: An Analytic Study. Oxford : Oxford University Press, 272 p.
  • Metz, Thaddeus (2022). A Relational Moral Theory: African Ethics in and beyond the Continent. Oxford : Oxford University Press, 352 p.
  • Molefe, Motsamai (2019). An African Philosophy of Personhood, Morality, and Politics. Cham : Palgrave Macmillan, 246 p.
  • Matolino, Bernard (2014). Personhood in African Philosophy. Pietermaritzburg : Cluster Publications, 168 p.
  • Imafidon, Elvis et al. (dir.) (2019). The Palgrave Handbook of African Social Ethics. Cham : Palgrave Macmillan, 650 p.

Épistémologie et savoirs endogènes

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  • Hountondji, Paulin J. (dir.) (1994). Les Savoirs endogènes : pistes pour une recherche. Dakar : CODESRIA, 348 p.
  • Hountondji, Paulin J. (1997). Combats pour le sens : Un itinéraire africain. Cotonou : Les Flamboyants, 452 p.
  • Hallen, Barry (2000). The Good, the Bad, and the Beautiful: Discourse about Values in Yoruba Culture. Bloomington : Indiana University Press, 168 p.
  • Hallen, Barry et Sodipo, J. Olubi (1997). Knowledge, Belief, and Witchcraft: Analytic Experiments in African Philosophy. 2e édition. Stanford : Stanford University Press, 196 p.

Philosophie de la religion

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  • Idowu, Bolaji (1962). Olodumare: God in Yoruba Belief. London : Longmans, 222 p.
  • Mbiti, John S. (1970). Concepts of God in Africa. London : SPCK, 348 p.
  • Paris, Peter J. (1995). The Spirituality of African Peoples: The Search for a Common Moral Discourse. Minneapolis : Fortress Press, 208 p.

Logique et métaphysique

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  • Chimakonam, Jonathan O. (2019). Ezumezu: A System of Logic for African Philosophy and Studies. Cham : Springer, 332 p.
  • Agada, Ada (2021). Consolationism and Comparative African Philosophy: Beyond Universalism and Particularism. London : Routledge, 226 p.
  • Asouzu, Innocent I. (2004). The Method and Principles of Complementary Reflection in and beyond African Philosophy. Münster : LIT Verlag, 544 p.

Philosophie du XXIe siècle

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  • Bidima, Jean Godefroy et Hengehold, Laura (dir.) (2021). African Philosophy for the Twenty-First Century: Acts of Transition. Lanham : Rowman & Littlefield, 240 p.
  • Imafidon, Elvis (dir.) (2020). Handbook of African Philosophy of Difference. Cham : Springer, 468 p.
  • Goredema, Regis (dir.) (2021). Well-Being in African Philosophy. Lanham : Rowman & Littlefield, 284 p.

Justice cognitive et décolonisation des savoirs

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  • Piron, Florence (dir.) (2016). Justice cognitive, libre accès et savoirs locaux : Pour une science ouverte juste, au service du développement local durable. Québec : Éditions science et bien commun, 252 p.
  • Ngũgĩ wa Thiong'o (1986). Decolonising the Mind: The Politics of Language in African Literature. London : James Currey, 114 p.
  • Santos, Boaventura de Sousa (2014). Epistemologies of the South: Justice against Epistemicide. Boulder : Paradigm Publishers, 312 p.

Philosophie féministe africaine

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  • Nzegwu, Nkiru (2006). Family Matters: Feminist Concepts in African Philosophy of Culture. Albany : State University of New York Press, 292 p.
  • Oyěwùmí, Oyèrónkẹ́ (1997). The Invention of Women: Making an African Sense of Western Gender Discourses. Minneapolis : University of Minnesota Press, 216 p.
  • Steady, Filomina Chioma (dir.) (1981). The Black Woman Cross-Culturally. Cambridge : Schenkman Publishing Company, 645 p.

Philosophie du droit et justice

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  • Letseka, Moeketsi (dir.) (2014). An Introduction to African Legal Philosophy. Cham : Springer, 248 p.
  • Wiredu, Kwasi (1996). « Democracy and Consensus in African Traditional Politics ». In Wiredu, K., Cultural Universals and Particulars. Bloomington : Indiana University Press, p. 177-198.

Revues spécialisées

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  • Filosofia Theoretica: Journal of African Philosophy, Culture and Religions (Nigeria, depuis 2011)
  • South African Journal of Philosophy / Suid-Afrikaanse Tydskrif vir Wysbegeerte (depuis 1982)
  • Thinking Africa: Journal of the Society for African Philosophy in North America (depuis 2004)
  • Philosophia Africana: Analysis of Philosophy and Issues in Africa and the Black Diaspora (depuis 1997)
  • Quest: An African Journal of Philosophy (Kenya, depuis 1987)
  • African Identities: Journal of Economics, Culture and Society (depuis 2003)
  • Journal of African Cultural Studies (depuis 1988)

Collections et séries

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  • African Philosophy Series (Council for Research in Values and Philosophy, Washington)
  • African Systems of Thought Series (Indiana University Press)
  • Philosophy and Africa Series (Rodopi/Brill)
  • Critical African Studies Series (Routledge)

Ressources en ligne

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Bases de données et archives

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Organisations et réseaux

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  • Council for Research in Values and Philosophy (CRVP) - Programme African Philosophy
  • Conversazioni - The Wiredu Center for Philosophy and African Culture
  • Calabar School of Philosophy - Nigeria
  • Society for African Philosophy in North America (SAPINA)
  • International Society for African Philosophy and Studies (ISAPS)
  • Pan-African Association of African Philosophers (PAAP)

Ouvrages connexes

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Histoire et culture africaines

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  • Ki-Zerbo, Joseph (dir.) (1978-1999). Histoire générale de l'Afrique. 8 volumes. Paris : UNESCO.
  • Diagne, Souleymane Bachir (2016). Bergson postcolonial : L'élan vital dans la pensée de Léopold Sédar Senghor et de Mohamed Iqbal. Paris : CNRS Éditions, 192 p.
  • Hallen, Barry (2009). A Short History of African Philosophy. 2e édition. Bloomington : Indiana University Press, 168 p.

Littérature et pensée

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  • Achebe, Chinua (1958). Things Fall Apart. London : Heinemann. [Roman philosophique majeur]
  • Soyinka, Wole (1976). Myth, Literature and the African World. Cambridge : Cambridge University Press, 168 p.
  • Irele, Abiola (1981). The African Experience in Literature and Ideology. London : Heinemann, 234 p.