Dictionnaire de philosophie/Argument
Argumenter est une activité familière. Nous le faisons chaque fois qu'il s'agit de convaincre un interlocuteur, de justifier une décision, de défendre une thèse devant une assemblée, de plaider une cause au tribunal ou de prouver un théorème devant un auditoire de mathématiciens. Dans toutes ces situations, des propositions sont mises bout à bout dans un certain ordre. Les unes servent d'appui ; l'autre s'y rattache. C'est cet enchaînement que la philosophie nomme un argument. Les propositions qui apportent les raisons portent le nom de prémisses ; la proposition qu'elles sont censées soutenir, justifier ou rendre acceptable porte celui de conclusion. Argumenter, c'est donc articuler des propositions de manière à ce que l'une d'elles trouve dans les autres son fondement, sa justification ou son point d'appui. Dans le cas particulier de la déduction, la conclusion suit avec nécessité des prémisses : si celles-ci sont vraies, elle ne peut être fausse. Dans les autres cas, qu'il s'agisse d'argumentation inductive, abductive, analogique, juridique, morale ou politique, les prémisses n'imposent pas la conclusion ; elles la rendent plus plausible, plus raisonnable ou plus acceptable que ses concurrentes. L'activité semble simple. Elle a pourtant occupé la philosophie de manière continue, depuis les écoles grecques jusqu'aux théories contemporaines de l'argumentation, et chaque époque a précisé un peu plus ce qu'elle exige.
Argument, inférence, preuve et argumentation
[modifier | modifier le wikicode]Le mot argument s'emploie de manière flottante dans la conversation, et les langues philosophiques en ont multiplié les acceptions. Quelques distinctions de vocabulaire évitent les confusions les plus tenaces.
Un argument est un ensemble structuré de propositions, dont certaines, les prémisses, sont avancées pour soutenir une autre, la conclusion. L'argument est donc une chose discursive, un objet que l'on peut écrire, examiner, soumettre à critique.
Une inférence est l'opération qui correspond à un argument : le passage mental, ou logique, des prémisses à la conclusion. Là où l'argument est une structure de propositions, l'inférence est l'acte qui en traverse les articulations. Les deux notions sont liées, mais distinctes : on peut formuler un argument que personne n'effectue mentalement, et l'on peut inférer sans toujours rendre explicite l'argument sous-jacent.
Une preuve est un argument qui établit sa conclusion selon des règles déterminées propres à un domaine. Une preuve mathématique répond aux exigences strictes de la démonstration déductive ; une preuve juridique répond à celles du droit, qui font intervenir témoignages, indices, présomptions et charge de la preuve ; une preuve scientifique mobilise observation, expérimentation, induction et abduction. Le mot ne désigne donc pas une chose unique mais une famille de procédures de validation.
Une démonstration est, dans son sens strict, une preuve déductive : la conclusion y suit nécessairement des prémisses, conformément à des règles d'inférence reconnues. La géométrie d'Euclide, les démonstrations de la logique formelle moderne et les déductions des Seconds Analytiques d'Aristote en fournissent les modèles canoniques.
L'argumentation, enfin, est l'activité discursive par laquelle des arguments sont produits, échangés, discutés et évalués. Elle est sociale et dialogique. Elle suppose un locuteur, un auditoire, un enjeu. Elle se déploie dans des contextes variés (tribunal, parlement, débat scientifique, conversation philosophique, polémique publique), avec des règles qui varient selon ces contextes.
Quatre qualificatifs accompagnent d'ordinaire l'évaluation des arguments. Un argument déductif est valide lorsque la vérité de ses prémisses rend impossible la fausseté de sa conclusion : la validité est une propriété purement formelle, qui dépend de la structure de l'argument, non du contenu des prémisses. Il est solide (en anglais sound) lorsque, étant valide, ses prémisses sont effectivement vraies. La vérité est une propriété des propositions, non des arguments : un argument n'est pas vrai ou faux, ce sont ses prémisses et sa conclusion qui le sont. Pour les arguments non déductifs (inductifs, abductifs, analogiques), la validité au sens strict ne s'applique pas. On parle plutôt de force : un argument inductif est plus ou moins fort selon la qualité de l'échantillon, la pertinence des analogies, la solidité des inférences abductives. Ces distinctions reviendront dans l'examen détaillé des différents types d'arguments.
Origines et définitions aristotéliciennes
[modifier | modifier le wikicode]La logique formelle d'Aristote
[modifier | modifier le wikicode]La première théorisation systématique de l'argument remonte à Aristote (384-322 av. J.-C.) et à l'ensemble de traités logiques rassemblés dans son Organon, dont les Premiers Analytiques et les Seconds Analytiques forment les pièces maîtresses. Dans les Seconds Analytiques, Aristote expose sa conception de la science démonstrative. Connaître scientifiquement, écrit-il, c'est connaître la cause, c'est-à-dire le « pourquoi » d'une chose[1]. La démonstration scientifique exige que les prémisses soient « vraies, premières, immédiates, plus connues que la conclusion, antérieures à la conclusion et causes de celle-ci »[2]. Six conditions resserrées qui dressent un cahier des charges très exigeant : la science ne procède pas de n'importe quel point de départ.
Aristote définit le syllogisme comme « un discours dans lequel, certaines choses étant posées, une autre chose différente d'elles en résulte nécessairement par les choses mêmes qui sont posées »[3]. Le syllogisme classique comprend trois propositions, deux prémisses (majeure et mineure) et une conclusion, articulées autour de trois termes (majeur, mineur et moyen). Le célèbre exemple « tous les hommes sont mortels, or Socrate est un homme, donc Socrate est mortel » illustre cette structure déductive où la conclusion découle nécessairement des prémisses. La force du dispositif tient au mot « nécessairement ». Une fois les prémisses posées, la conclusion ne dépend plus de l'humeur de celui qui raisonne, de sa culture ou de l'époque où il vit : elle s'impose.
Syllogisme, démonstration et principes
[modifier | modifier le wikicode]Un syllogisme valide est un syllogisme dont la forme garantit que la vérité des prémisses entraîne nécessairement la vérité de la conclusion. Lorsque ses prémisses sont effectivement vraies, le syllogisme valide est concluant. Il ne devient pourtant une démonstration scientifique, au sens aristotélicien strict, que si ses prémisses possèdent en outre le statut de principes explicatifs de la chose démontrée : vrais, premiers, immédiats, mieux connus, antérieurs à la conclusion et causes de celle-ci, comme l'exige le passage des Seconds Analytiques déjà cité. L'exigence est lourde ; la suite de l'article reflète les manières diverses dont la philosophie a cherché à l'assouplir. Tous les syllogismes formellement valides ne sont donc pas des démonstrations scientifiques, car la validité formelle ne dit rien de la vérité matérielle des prémisses, ni a fortiori de leur statut de principes. Un syllogisme peut être valide quant à sa forme tout en partant de prémisses fausses et en aboutissant à une conclusion fausse. La validité concerne uniquement la relation logique entre prémisses et conclusion ; la correspondance avec le réel, elle, relève d'un autre examen. « Tous les chats parlent, or Mistigri est un chat, donc Mistigri parle » : voilà un syllogisme valide dont la conclusion est manifestement fausse, et la cause de cette fausseté tient évidemment à la prémisse majeure, non à l'enchaînement logique.
Aristote soutient qu'à côté des principes communs que sont les axiomes logiques de non-contradiction et du tiers exclu, chaque science possède ses propres principes[4]. Les principes indémontrables d'une science, qu'il nomme tantôt axiomes, tantôt définitions ou hypothèses, forment le point de départ de toute démonstration dans cette discipline. Les Seconds Analytiques établissent que « toute science démonstrative tourne autour de trois choses : les choses dont on pose qu'elles sont, les notions communes qu'on appelle axiomes, notions premières à partir desquelles on démontre, et, troisièmement, les propriétés »[5]. Cette architecture trace le cadre dans lequel Aristote pense la notion d'argument scientifique. Argumenter rigoureusement, c'est produire des syllogismes dont les prémisses reposent finalement sur les principes propres à une science déterminée.
Distinction entre dialectique et démonstration
[modifier | modifier le wikicode]Aristote distingue soigneusement l'argumentation démonstrative (apodictique) de l'argumentation dialectique. La démonstration part de principes vrais et nécessaires pour aboutir à des conclusions scientifiques certaines. La dialectique, quant à elle, part de prémisses simplement probables ou généralement admises (endoxa), c'est-à-dire d'opinions « admises par tous, ou par la plupart, ou par les sages, et parmi ces derniers, soit par tous, soit par la plupart, soit par les plus connus et les plus illustres d'entre eux »[6]. Cette dialectique produit des arguments persuasifs sans prétendre à la certitude scientifique. Elle ne se réduit pas pour autant à un usage inférieur de la raison. Elle examine les problèmes pour lesquels aucune démonstration n'est encore disponible, soumet les principes eux-mêmes à un examen critique et entraîne à la discussion rationnelle[7].
Cette distinction structure un rapport entre rigueur démonstrative et raisonnement pratique qui continuera d'animer les débats philosophiques ultérieurs sur la nature et les limites de l'argumentation. Lorsque nous délibérons sur ce qu'il convient de faire dans une situation morale ou politique délicate, nous n'avons pas accès à des prémisses « vraies et premières » au sens d'Aristote. Nous travaillons à partir d'opinions partagées, d'intuitions communes, d'analogies. Cela ne signifie pas que nous renonçons à la raison : nous l'employons sous un autre régime, celui que la dialectique aristotélicienne avait identifié.
Rhétorique et argumentation persuasive
[modifier | modifier le wikicode]Les trois piliers de la rhétorique classique
[modifier | modifier le wikicode]Parallèlement à la logique formelle, la tradition rhétorique élabore une conception de l'argument tournée vers la persuasion. Aristote lui-même, dans sa Rhétorique, identifie trois moyens de persuasion (pisteis) à disposition de l'orateur[8] : le logos, l'ethos et le pathos.
Le logos (λόγος) désigne l'argumentation rationnelle proprement dite. Il s'agit de convaincre par la raison, en présentant des preuves, des exemples et des raisonnements rigoureux. Le logos correspond à la dimension logique et démonstrative du discours. En rhétorique, ses deux principaux instruments sont l'enthymème et l'exemple[9]. L'enthymème est, chez Aristote, le syllogisme proprement rhétorique : il part de prémisses vraisemblables, généralement admises ou pertinentes pour un auditoire donné, et non des prémisses vraies, premières et nécessaires qu'exige la démonstration scientifique. Il est souvent abrégé, l'une des prémisses étant laissée implicite parce que partagée par l'auditoire, mais l'abréviation n'est pas son trait essentiel : c'est la qualité de ses prémisses, plus que sa concision, qui le sépare du syllogisme apodictique. L'exemple, quant à lui, vaut chez Aristote pour l'équivalent rhétorique de l'induction : on étaye une thèse en l'illustrant par des cas particuliers qui en suggèrent la généralité. Lorsqu'un avocat plaide en disant « il ne pouvait pas être sur les lieux du crime, il était à l'autre bout de la ville », il laisse implicite la prémisse selon laquelle on ne peut se trouver en deux endroits à la fois : c'est un enthymème.
Le terme ethos (ἦθος) désigne l'image que l'orateur donne de lui-même au travers de son discours, ses qualités morales apparentes et sa crédibilité. La persuasion par cet ethos repose sur la confiance que l'auditoire accorde à celui qui parle, en raison de la sagesse pratique (phronèsis), de la vertu (arétè) et de la bienveillance (eunoia) que le discours lui prête[10]. Cicéron souligne l'importance de cette dimension dans l'art oratoire en insistant sur la nécessité pour l'orateur de se présenter comme un homme de bien (vir bonus)[11]. La leçon n'a rien perdu de son actualité. Un médecin qui annonce un diagnostic, un expert qui témoigne en justice, un journaliste qui rapporte une enquête, tous mobilisent un ethos avant même de produire le moindre argument logique.
Le pathos (πάθος) concerne les émotions suscitées chez l'auditoire. L'orateur cherche à émouvoir son public en provoquant des sentiments tels que la pitié, la colère, la crainte ou l'indignation, qui favorisent l'adhésion à la thèse défendue. Aristote consacre une part importante du livre II de la Rhétorique à l'analyse des passions et de leurs conditions d'apparition, ouvrant ainsi une véritable psychologie des émotions au service de l'argumentation. Le pathos n'est pas une concession à l'irrationnel : un argument qui ne fait sentir à l'auditoire pourquoi la chose importe risque de rester sans effet, même s'il est par ailleurs irréprochable.
Argumentation et genres oratoires
[modifier | modifier le wikicode]La rhétorique classique distingue trois genres de discours, qui correspondent à trois situations argumentatives bien différentes[12]. Le discours judiciaire (δικανικόν) s'appuie sur des faits passés pour convaincre un tribunal : l'argumentation y vise à établir la justice ou l'injustice d'un acte, la culpabilité ou l'innocence d'un accusé. Le discours délibératif (συμβουλευτικόν) concerne les décisions futures dans le cadre politique : l'orateur y défend une proposition d'action en argumentant sur son utilité et sur sa justice, devant une assemblée appelée à voter. Le discours épidictique (ἐπιδεικτικόν) loue ou blâme dans le présent, et regroupe les discours de circonstance, comme l'éloge funèbre ou le panégyrique, qui visent à faire juger une personne ou une action.
Cette tripartition montre que l'argumentation ne se réduit pas à la démonstration logique. Elle s'adapte à différents contextes pratiques, mobilise des ressources discursives variées et s'adresse à des auditoires aux fonctions distinctes : juges, assemblée délibérante, spectateurs. Le tribunal regarde vers le passé, l'assemblée vers l'avenir, la cérémonie vers le présent ; à chaque temps son régime argumentatif.
Sophismes et paralogismes : les arguments fallacieux
[modifier | modifier le wikicode]Définitions et classifications
[modifier | modifier le wikicode]Un sophisme est un raisonnement fallacieux qui se présente avec l'apparence de la rigueur. La faute peut être de nature logique au sens strict, lorsque le raisonnement viole une règle formelle d'inférence, mais elle est souvent d'une autre nature. Les sophismes les plus courants (appel abusif à l'autorité, attaque contre la personne, épouvantail, appel à la pitié, certaines pentes glissantes) ne sont pas des fautes de logique formelle : ce sont des manquements à la pertinence, à la charge de la preuve, à la loyauté argumentative ou aux règles tacites du dialogue rationnel. Constitué d'une ou plusieurs prémisses vraies ou prétendues vraies, le sophisme les agence dans un raisonnement séduisant mais défectueux, même si la conclusion peut accidentellement se trouver vraie. C'est l'apparence qui trompe : la mise en forme imite celle de l'argument valide, mais la nécessité de la conséquence, ou la pertinence du procédé argumentatif, fait défaut.
Kant, dans sa Logique (1800), établit une distinction utile : un syllogisme erroné quant à sa forme est un paralogisme quand il trompe son auteur, une erreur commise de bonne foi, et un sophisme quand il vise à tromper autrui intentionnellement[13]. Cette distinction entre erreur de bonne foi et tromperie délibérée a sa portée morale, mais elle demeure difficile à établir par le seul examen du raisonnement. Un même paralogisme peut être commis innocemment par l'un et exploité délibérément par l'autre ; seule l'intention, qui échappe au papier, ferait pencher la balance.
Les classifications des sophismes
[modifier | modifier le wikicode]Aristote, dans ses Réfutations sophistiques, entreprend de cataloguer les différentes formes de raisonnements fallacieux. Il distingue treize types de paralogismes répartis en deux groupes. Le premier groupe rassemble six paralogismes « dans le langage » (in dictione), qui reposent sur les ambiguïtés ou les ressources du discours : l'équivocité (ὁμωνυμία), l'amphibologie (ἀμφιβολία), la composition (σύνθεσις), la division (διαίρεσις), l'accent (προσῳδία) et la figure de diction (σχῆμα τῆς λέξεως). Le second groupe rassemble sept paralogismes « hors du langage » (extra dictionem) : l'accident (κατὰ τὸ συμβεβηκός), la confusion du relatif et de l'absolu (ἁπλῶς ἢ μὴ ἁπλῶς), l'ignorance de la réfutation (ἄγνοια τοῦ ἐλέγχου), le conséquent (τὸ ἑπόμενον), la pétition de principe (τὸ ἐν ἀρχῇ αἰτεῖσθαι), la fausse cause (τὸ μὴ αἴτιον ὡς αἴτιον) et la question multiple (τὸ τὰ δύο ἐρωτήματα ἓν ποιεῖν)[14]. Le partage reflète une intuition simple : certains pièges naissent des mots, d'autres de la chose même.
John Stuart Mill (1806-1873) propose dans son Système de logique déductive et inductive (1843) une classification ramassée en cinq catégories principales[15]. Les sophismes de simple inspection, ou sophismes a priori, reposent sur des propositions acceptées comme allant de soi alors qu'elles devraient être soumises à examen et justification. Les sophismes d'observation tirent des conclusions erronées d'une mauvaise observation ou d'une négligence des faits particuliers. Les sophismes de généralisation passent à l'universel à partir d'un seul ou de quelques cas particuliers, sans avoir étudié un échantillon suffisamment vaste ou représentatif. Les sophismes de ratiocination tiennent à une erreur formelle du raisonnement lui-même, indépendante de la qualité des prémisses. Les sophismes par confusion, enfin, naissent d'une mauvaise interprétation ou appréciation des preuves, notamment lorsque les termes employés sont ambigus.
Le renouveau contemporain de l'étude des fallacies
[modifier | modifier le wikicode]L'étude des sophismes a connu un profond renouvellement au XXe siècle. Charles Hamblin, dans son ouvrage Fallacies (1970), soumet à un examen critique ce qu'il appelle le « traitement standard » des sophismes, hérité d'Aristote et transmis par les manuels de logique. Hamblin montre que ce traitement est souvent incohérent, ne repose sur aucune théorie unifiée et se borne à dresser des listes disparates[16]. Le diagnostic a ouvert la voie à des approches plus systématiques.
Douglas Walton a poursuivi ce travail en développant une analyse pragmatique des sophismes, fondée sur la notion de schème argumentatif. Un sophisme n'est pas simplement un raisonnement formellement invalide, soutient-il, mais un usage inapproprié d'un schème argumentatif dans un contexte dialogique donné[17]. Un argument par l'autorité, par exemple, peut se montrer parfaitement légitime dans certaines circonstances (citer un spécialiste reconnu pour rapporter une information technique) et fallacieux dans d'autres (invoquer un savant célèbre hors de son domaine de compétence), selon que les conditions critiques propres au schème sont ou non satisfaites.
Exemples et enjeux
[modifier | modifier le wikicode]Considérons un exemple classique : « Tout ce qui est rare est cher, un cheval bon marché est rare, donc un cheval bon marché est cher. » Le raisonnement joue sur l'ambiguïté du mot « rare ». Dans la prémisse majeure, « rare » signifie « précieux, qui confère de la valeur ». Dans la prémisse mineure, le même mot désigne une simple faible fréquence d'occurrence. Le terme moyen change de sens en cours de route ; la règle du syllogisme valide est violée, et l'on tient un sophisme d'équivocité. L'exemple paraît caricatural ; pourtant, les glissements de sens du même genre nourrissent quotidiennement les débats publics. Un mot comme « liberté », « égalité » ou « démocratie » prend, selon les locuteurs et les contextes, des significations différentes, et la confusion peut s'installer sans qu'aucun des interlocuteurs ne s'en rende compte.
Repérer les sophismes représente un enjeu philosophique majeur. La préoccupation traverse toute l'histoire de la pensée et demeure centrale dans la pensée critique contemporaine, face aux discours manipulateurs, à la désinformation et aux biais cognitifs étudiés par la psychologie du raisonnement. C'est l'un des points où la philosophie sert directement à mieux vivre intellectuellement.
Déduction et induction : deux modes de raisonnement
[modifier | modifier le wikicode]Le raisonnement déductif
[modifier | modifier le wikicode]La déduction est ce mode de raisonnement dans lequel la conclusion résulte nécessairement des prémisses en vertu de la seule forme logique de l'argument : si les prémisses sont vraies, la conclusion ne peut être fausse. La formule traditionnelle qui définit la déduction comme un passage « du général au particulier » est commode mais trompeuse. Le syllogisme « tous les hommes sont mortels, or Socrate est un homme, donc Socrate est mortel » s'y conforme, mais bien des déductions n'ont aucun caractère « descendant » : tirer d'une équation mathématique une autre équation, déduire un théorème d'autres théorèmes de même généralité, conclure d'une thèse universelle à une autre thèse universelle, voilà autant de raisonnements déductifs où l'on ne passe nullement du général au particulier. L'essentiel est ailleurs : la déduction est le passage des prémisses à une conclusion qui en découle nécessairement, quelle que soit la généralité respective des unes et de l'autre.
Le syllogisme aristotélicien fournit le modèle paradigmatique du raisonnement déductif. « Tous les humains sont mortels, or Socrate est un humain, donc Socrate est mortel. » Mais la logique moderne a considérablement élargi le répertoire des raisonnements déductifs valides au-delà de la syllogistique. Elle a formalisé en particulier le modus ponens (si P alors Q ; or P ; donc Q), le modus tollens (si P alors Q ; or non-Q ; donc non-P) et les raisonnements par l'absurde, où l'on déduit de la négation d'une thèse une contradiction, ce qui établit la thèse de départ.
Dans le cadre de la méthode hypothético-déductive, la déduction intervient au moment où, à partir d'une proposition que l'on pose comme hypothèse, on déduit les résultats que l'on devrait observer si l'hypothèse était vraie. Les résultats attendus sont ensuite confrontés à ceux de l'expérience. Si l'observation contredit la prédiction, l'hypothèse est réfutée, ou du moins mise en difficulté. Si elle la confirme, l'hypothèse est corroborée sans être définitivement prouvée, puisque rien n'exclut qu'une expérience ultérieure vienne la contredire.
Le raisonnement inductif
[modifier | modifier le wikicode]L'induction est, plus largement, une inférence ampliative : sa conclusion contient une information qui dépasse celle des prémisses. Le cas le plus connu est le passage du particulier au général : on observe que tel et tel cas présentent telle propriété, et l'on conclut que tous les cas du même type la présentent. Mais l'induction inclut aussi d'autres formes d'inférence ampliative, par exemple le passage d'une série d'observations passées à une prédiction sur un cas futur, qui demeure singulier, ou l'extrapolation d'un échantillon à une population. Le trait commun à toutes ces formes, c'est que la conclusion s'aventure au-delà des données : elle n'en est jamais la pure traduction logique.
Aristote illustre l'induction dans les Premiers Analytiques par un exemple curieux : on observe que l'homme, le cheval et le mulet sont des animaux longévifs et qu'ils sont aussi des animaux sans fiel ; de ces observations, on induit que tous les animaux sans fiel sont longévifs[18]. L'induction aristotélicienne (ἐπαγωγή) progresse de cette manière, en examinant les cas particuliers pour remonter à l'universel.
L'induction soulève cependant un problème épistémologique redoutable, formulé par David Hume (1711-1776). Comment justifier le passage du particulier au général ? Le soleil s'est levé chaque matin depuis que nous l'observons. Sommes-nous en droit d'en conclure qu'il se lèvera demain ? Hume répond qu'aucun nombre d'observations passées ne saurait prouver logiquement qu'une régularité observée se maintiendra dans le futur. L'inférence inductive repose sur l'habitude et sur la croyance en l'uniformité de la nature, non sur un fondement logique[19]. Ce « problème de l'induction » demeure l'un des défis les plus redoutables de l'épistémologie, et l'on peut dire que la philosophie des sciences du XXe siècle, de Popper à Goodman, s'est largement organisée autour des tentatives pour y répondre.
Complémentarité et limites
[modifier | modifier le wikicode]Induction et déduction ne sont pas deux procédures exclusives mais complémentaires. La démarche inductive accorde la primauté à l'enquête et à l'observation, et s'efforce d'en tirer des lois générales. La démarche déductive accorde la primauté au cadre théorique et aux prémisses, et en déduit des conséquences vérifiables. Dans la pratique scientifique, les deux modes s'articulent sans cesse : l'induction sert à formuler des hypothèses générales que la déduction soumet ensuite à des tests précis, et les résultats de ces tests suscitent à leur tour de nouvelles observations et de nouvelles inductions. Le cycle ne se ferme jamais.
Développements antiques et médiévaux
[modifier | modifier le wikicode]Entre Aristote et Frege s'étend une histoire de la logique que les manuels résument trop souvent. Deux moments y prennent une importance particulière : la logique stoïcienne, qui prolonge et conteste partiellement l'aristotélisme dès la fin du IVe siècle avant notre ère, et la logique médiévale latine, qui développe entre le XIIe et le XIVe siècle un appareil conceptuel d'une grande finesse. Ces deux traditions ont anticipé, chacune à leur manière, des distinctions que la logique moderne formalisera. Les ignorer fait apparaître entre Aristote et Frege un saut de plus de deux mille ans qui n'a en réalité jamais eu lieu.
La logique stoïcienne
[modifier | modifier le wikicode]À côté d'Aristote, l'Antiquité a connu une seconde grande tradition logique, due aux philosophes du Portique. Chrysippe de Soles (vers 280-vers 208 av. J.-C.), troisième chef de l'école stoïcienne, en est la figure dominante : ses contemporains et ses successeurs lui attribuaient une production de plus de sept cents traités logiques, dont presque rien ne nous est parvenu en l'état original. Nous connaissons sa doctrine par des témoignages indirects, principalement ceux de Diogène Laërce, de Sextus Empiricus et de quelques fragments transmis par Galien et Cicéron.
La logique stoïcienne diffère de la syllogistique aristotélicienne sur un point essentiel : elle prend pour objet non les relations entre termes, mais les relations entre propositions entières, que les Stoïciens appellent axiômata. Là où Aristote analyse « Socrate est mortel » comme l'attribution d'un prédicat à un sujet, les Stoïciens traitent une telle proposition comme un tout indivisible, et étudient les connecteurs qui relient les propositions entre elles : conditionnel (« si... alors... »), conjonction (« et »), disjonction (« ou »). Ils ont ainsi élaboré la première logique propositionnelle de l'histoire.
Le système se cristallise dans cinq schémas d'inférence dits indémontrables, considérés comme évidents par eux-mêmes et formant la base à partir de laquelle tous les autres raisonnements valides peuvent être dérivés. Les deux premiers correspondent à ce que la logique moderne nomme modus ponens (si P alors Q ; or P ; donc Q) et modus tollens (si P alors Q ; or non-Q ; donc non-P). Les trois autres exploitent la disjonction et la conjonction sous diverses formes. Sur cette base, les Stoïciens construisaient des chaînes argumentatives complexes, conformément à des règles précises de transformation.
L'apport stoïcien a été longtemps négligé, en grande partie parce que la tradition péripatéticienne médiévale a privilégié Aristote. Il a fallu attendre les travaux du XXe siècle, notamment ceux de Jan Łukasiewicz et de Benson Mates[20], pour qu'on reconnaisse pleinement la sophistication des Stoïciens et la parenté de leur logique propositionnelle avec celle qu'allaient développer Frege, Russell et leurs successeurs.
La logique médiévale
[modifier | modifier le wikicode]L'idée d'un saut direct d'Aristote à Frege fait l'impasse sur près de mille ans de travail logique, dont les principaux foyers furent les universités latines des XIIe, XIIIe et XIVe siècles. Les logiciens médiévaux ont hérité de l'aristotélisme par traductions et commentaires de l'Organon (Boèce d'abord, puis les traductions latines plus complètes au XIIe siècle), mais ils ne se sont pas contentés de transmettre l'héritage : ils l'ont remanié, enrichi, parfois corrigé.
Trois apports méritent une mention particulière. Le premier est la théorie des conséquences (consequentiae), développée au XIVe siècle par des auteurs comme Walter Burley, Jean Buridan ou Albert de Saxe. Une conséquence est, en termes médiévaux, ce que l'on appellerait aujourd'hui une inférence ou une implication. Les logiciens médiévaux distinguent les conséquences formelles, qui valent en vertu de leur forme logique seule, et les conséquences matérielles, qui dépendent du contenu des termes. Cette distinction anticipe nettement la séparation moderne entre validité logique et conséquences contingentes au monde.
Le deuxième est la théorie de la supposition. Le sens d'un terme dans une proposition ne dépend pas seulement de sa signification lexicale, mais aussi de sa fonction grammaticale et sémantique dans cette proposition particulière : un même mot peut référer à des choses différentes selon le contexte. Les logiciens médiévaux ont élaboré une classification très fine des modes de supposition (personnelle, simple, matérielle, distributive, et d'autres encore), qui leur permettait d'analyser des inférences que la syllogistique standard ne pouvait pas traiter, en particulier celles qui dépendent du jeu des termes singuliers et généraux.
Le troisième est l'étude des sophismata. Loin de désigner seulement les sophismes au sens péjoratif, les sophismata médiévaux étaient des énoncés problématiques, choisis pour leur capacité à mettre à l'épreuve les outils logiques. Ils servaient d'exercices : on présentait à l'étudiant une proposition embarrassante, à laquelle il devait répondre en respectant les règles d'un débat formalisé (les obligationes). Les syncatégorèmes, mots de liaison comme « tout », « seulement », « commence », « cesse », recevaient un examen particulièrement minutieux, parce que leur position dans la phrase modifie en profondeur les inférences possibles.
L'historiographie a longtemps caricaturé la logique médiévale comme un exercice scolastique stérile. Les études contemporaines (Boehner, Bocheński, Kneale, Spade, Read, Klima) ont renversé ce jugement[21]. La théorie médiévale des conséquences anticipe partiellement la logique propositionnelle moderne, et certaines analyses scolastiques de la supposition ou des syncatégorèmes restent des références pour la philosophie du langage.
L'émergence de la logique moderne
[modifier | modifier le wikicode]De la syllogistique au calcul des prédicats
[modifier | modifier le wikicode]La logique aristotélicienne a fourni le cadre dominant de l'analyse des arguments pendant plus de deux millénaires. Kant estimait encore, dans la préface de la seconde édition de la Critique de la raison pure (1787), que la logique n'avait pas eu besoin de « faire un seul pas en arrière » depuis Aristote et qu'elle semblait « close et achevée »[22]. Le verdict est étonnant pour qui sait ce qui allait suivre.
Cette situation se transforme profondément au XIXe siècle. Gottlob Frege (1848-1925) publie en 1879 son Begriffsschrift (Idéographie), un langage formel capable d'exprimer la structure logique des propositions avec une précision sans équivalent dans la tradition syllogistique[23]. Frege introduit les concepts de quantification universelle et existentielle (« pour tout x » et « il existe un x tel que »), de variable et de fonction propositionnelle, qui rendent formalisables des raisonnements inaccessibles à la syllogistique classique. L'exemple devenu emblématique de ces limites s'attache traditionnellement au nom d'Augustus De Morgan, qui dès sa Formal Logic (1847) attirait l'attention sur la substitution, dans une expression composée, du nom du genre à celui de l'espèce, substitution qui, écrit-il, n'est « ni faite par syllogisme, ni immédiatement réductible à lui »[24]. L'exemple originel de De Morgan utilise « homme » : « tout homme est un animal, donc toute tête d'homme est une tête d'animal ». La version avec « cheval » s'est imposée comme l'exemple canonique : « tout cheval est un animal, donc toute tête de cheval est une tête d'animal ». Le raisonnement est manifestement valide, mais aucun schème syllogistique ne parvient à le capturer. Le calcul des prédicats de Frege en rend compte sans difficulté en mobilisant la relation binaire « x est tête de y », ce que la syllogistique aristotélicienne ne permettait pas de formaliser adéquatement avec ses seuls termes de sujet et de prédicat.
Bertrand Russell (1872-1970) et Alfred North Whitehead (1861-1947), dans les Principia Mathematica (1910-1913), prolongent le programme de Frege en cherchant à fonder l'ensemble des mathématiques sur la logique[25]. Ce programme logiciste rencontrera des difficultés sérieuses dans sa forme initiale. Le paradoxe découvert par Russell en 1901 (l'ensemble des ensembles qui ne se contiennent pas eux-mêmes se contient-il lui-même ?) oblige à compliquer la théorie ; le statut des axiomes de l'infini, du choix et de la réductibilité, dont le caractère purement logique demeure contesté, soulève des objections de principe ; les théorèmes de Gödel (1931) viendront ajouter un obstacle de taille. Le projet logiciste, pris à la lettre, ne survit pas à ces difficultés. Il a cependant durablement infléchi la conception de l'argument. La validité logique n'est plus définie par la conformité à des figures syllogistiques, mais par le respect de règles d'inférence formalisées dans un calcul.
Les systèmes formels et la notion de preuve
[modifier | modifier le wikicode]La logique moderne définit un argument valide comme un argument dont la conclusion est une conséquence logique des prémisses, c'est-à-dire qu'il n'existe aucun modèle (aucune interprétation possible des termes) dans lequel les prémisses sont toutes vraies et la conclusion fausse. Cette définition sémantique a été formulée par Alfred Tarski dans les années 1930, d'abord dans son étude sur le concept de vérité (rédigée en polonais en 1933, traduite en allemand en 1935)[26], puis dans l'article « Sur le concept de conséquence logique » (1936) où la notion de conséquence logique reçoit sa définition modèle-théorique[27]. À cette approche sémantique s'ajoute une approche syntaxique : un argument est valide s'il existe une preuve formelle, c'est-à-dire une suite finie de propositions dont chacune est soit un axiome, soit le résultat de l'application d'une règle d'inférence à des propositions antérieures de la suite.
Les théorèmes de Gödel viennent fixer les bornes de cette formalisation. Le théorème de complétude (1930) établit que, pour la logique du premier ordre, tout argument sémantiquement valide est formellement démontrable : ce que les modèles imposent, les règles savent le tirer. Le théorème d'incomplétude (1931) montre qu'à l'inverse, dans tout système formel cohérent, effectivement axiomatisé et suffisamment riche pour formaliser l'arithmétique, certaines formules arithmétiques vraies dans l'interprétation standard ne sont pas démontrables au moyen des seules règles du système[28]. Chacune des quatre conditions importe : la cohérence (un système contradictoire prouve tout) ; l'axiomatisation effective (l'ensemble des axiomes doit être reconnaissable par un procédé fini, ce que les logiciens appellent récursivité) ; l'expressivité arithmétique (le système doit savoir formaliser au moins l'addition et la multiplication des entiers naturels) ; l'interprétation standard (la vérité visée est celle des entiers, non celle de modèles non standard où la formule en question pourrait être démontrable). Le procédé de Gödel revient, schématiquement, à construire une formule qui affirme d'elle-même : « je ne suis pas démontrable dans ce système ». Si elle l'était, le système prouverait quelque chose de faux ; comme elle ne l'est pas, elle est vraie tout en échappant à la preuve. Aucun système formel cohérent et assez puissant ne peut donc capter, au moyen de ses seules règles, toutes les vérités qu'il sait exprimer. Ces résultats fixent les conditions dans lesquelles la notion d'argument formel opère.
L'argument dans la philosophie moderne
[modifier | modifier le wikicode]Kant et la raison pure
[modifier | modifier le wikicode]Emmanuel Kant (1724-1804), dans sa Critique de la raison pure (1781), renouvelle profondément la conception de l'argumentation philosophique. Il introduit deux distinctions qui réorganisent l'analyse des arguments.
La première oppose les connaissances a priori, antérieures à l'expérience et indépendantes d'elle, aux connaissances a posteriori, tirées de l'expérience[29]. Une connaissance a priori s'établit sans recourir à l'observation empirique : les vérités mathématiques en fournissent l'exemple le plus net. Une connaissance a posteriori suppose l'expérience, comme la proposition « ce cygne est blanc ».
La seconde oppose les jugements analytiques, où le prédicat est contenu dans le concept du sujet, comme « un corps est étendu », aux jugements synthétiques, où le prédicat ajoute quelque chose au concept du sujet, comme « les corps sont pesants »[30]. Les jugements analytiques sont nécessairement vrais, mais ils n'apportent aucune connaissance nouvelle : ils explicitent ce qui était déjà pensé dans le sujet. Les jugements synthétiques apportent une connaissance nouvelle, mais, lorsqu'ils sont a posteriori, ils demeurent contingents.
L'apport propre à Kant tient à la découverte des jugements synthétiques a priori : des jugements à la fois nécessaires et instructifs, sans être tirés de l'expérience. Les jugements de l'arithmétique comme « 7 + 5 = 12 » ou le principe de causalité « tout ce qui arrive a une cause » offrent des exemples de tels jugements[31]. La question « comment des jugements synthétiques a priori sont-ils possibles ? » forme selon Kant le problème central de la métaphysique et la question directrice de toute la Critique de la raison pure.
La nouvelle rhétorique de Perelman
[modifier | modifier le wikicode]Au XXe siècle, Chaïm Perelman (1912-1984) et Lucie Olbrechts-Tyteca entreprennent de réhabiliter l'argumentation face à l'hégémonie de la logique formelle. Leur Traité de l'argumentation. La nouvelle rhétorique (1958) compte parmi les ouvrages fondateurs des études contemporaines sur l'argumentation[32].
Perelman et Olbrechts-Tyteca s'opposent au concept cartésien de raison qui ne reconnaît comme rationnelles que les démonstrations logiques ou mathématiques. Ils soutiennent au contraire que restreindre la logique à l'examen des preuves analytiques revient à retirer de l'étude du raisonnement toute référence à l'argumentation, c'est-à-dire à l'immense domaine des raisons non contraignantes mais néanmoins pertinentes qui orientent les décisions humaines dans les champs pratiques du droit, de la morale et de la politique.
La nouvelle rhétorique définit l'argumentation comme « l'ensemble des techniques discursives permettant de provoquer ou d'accroître l'adhésion des esprits aux thèses qu'on présente à leur assentiment »[33]. L'argumentation se rapporte fondamentalement à l'auditoire : « puisque l'argumentation vise à obtenir l'adhésion de ceux auxquels elle s'adresse, elle est, dans son intégralité, relative à l'auditoire qu'elle cherche à influencer »[34].
Perelman propose alors une distinction qui a beaucoup servi : entre l'auditoire particulier, le public effectif auquel s'adresse l'orateur, et l'auditoire universel, l'auditoire idéal constitué par l'ensemble des êtres raisonnables et compétents ou par l'homme délibérant avec lui-même[35]. La distinction sépare la persuasion, qui vise un auditoire particulier et peut recourir à des moyens spécifiques, y compris émotionnels, de la conviction, qui s'adresse à l'auditoire universel et ne retient que les arguments rationnellement acceptables par tout être raisonnable. Perelman restaure de cette manière la dignité philosophique de l'argumentation non démonstrative et ouvre la voie à une conception pluraliste de la rationalité.
Types et structures d'arguments
[modifier | modifier le wikicode]Arguments déductifs et non-déductifs
[modifier | modifier le wikicode]Les arguments déductifs garantissent que si les prémisses sont vraies, la conclusion l'est nécessairement. Les arguments non-déductifs (inductifs, abductifs, analogiques) n'apportent pas cette garantie, mais ils fournissent un appui plus ou moins fort à la conclusion. Une bonne partie de nos raisonnements quotidiens relève de cette seconde famille : le médecin qui diagnostique une maladie à partir de symptômes, le juge qui se prononce à partir d'indices, l'historien qui reconstitue un événement à partir de traces, tous tiennent des arguments dont la conclusion ne suit pas avec nécessité, mais avec probabilité.
L'abduction, théorisée par Charles Sanders Peirce (1839-1914), forme une troisième espèce d'inférence, à côté de la déduction et de l'induction. Elle remonte d'un fait surprenant à l'hypothèse qui, si elle était vraie, rendrait ce fait intelligible. Peirce la formalise ainsi : on observe un fait surprenant C ; or, si l'hypothèse A était vraie, C s'expliquerait comme allant de soi ; il y a donc raison de penser que A est vrai[36]. L'abduction ne produit pas de certitude ; elle engendre des hypothèses plausibles. Un médecin qui voit un patient présenter de la fièvre, de la toux et une fatigue inhabituelle ne déduit pas la grippe, et il ne l'induit pas non plus à proprement parler : il pose la grippe comme l'hypothèse qui rendrait le mieux compte de ce qu'il observe. Le détective opère de même devant la scène d'un crime : Sherlock Holmes ne déduit pas l'identité du coupable au sens strict, il abduit l'hypothèse qui éclaire les indices. L'abduction joue un rôle considérable dans la découverte scientifique, le diagnostic médical et l'enquête policière, c'est-à-dire partout où il faut remonter d'effets vers des causes inconnues.
Il convient de distinguer cette abduction peircienne, dans sa forme originelle, de ce que la philosophie des sciences contemporaine appelle inférence à la meilleure explication (inference to the best explanation). Chez Peirce, l'abduction relève d'abord du contexte de découverte : elle forme des hypothèses plausibles, qui devront ensuite être déduites en conséquences testables, puis confrontées à l'expérience par induction. La déduction, l'induction et l'abduction se succèdent comme trois moments distincts de l'enquête. L'inférence à la meilleure explication, telle qu'elle a été développée notamment par Gilbert Harman dans les années 1960 puis approfondie par Peter Lipton, désigne plutôt une procédure de justification : entre plusieurs hypothèses concurrentes capables d'expliquer un même phénomène, on retient celle qui en fournit la meilleure explication. La parenté avec Peirce est réelle, mais les deux notions ne se recouvrent pas exactement : l'une concerne la genèse des hypothèses, l'autre leur évaluation comparative.
L'argument par analogie représente une autre forme d'argument non-déductif, d'une importance considérable tant en philosophie qu'en droit et dans le raisonnement ordinaire. Il conclut que, parce que deux choses se ressemblent sous certains rapports, elles se ressemblent vraisemblablement aussi sous d'autres rapports. Un exemple courant : un juge, devant un cas nouveau pour lequel aucune règle explicite n'existe, cherche dans la jurisprudence un cas antérieur similaire et étend la solution adoptée alors au cas présent. La validité d'un tel raisonnement dépend de la pertinence et du nombre des ressemblances invoquées. Si les analogies portent sur des traits essentiels au problème traité, l'argument gagne en force ; si elles portent sur des traits accessoires, il s'affaiblit. L'analogie sert d'instrument central dans la philosophie morale (raisonner sur un cas concret à partir d'un cas paradigmatique), dans la théologie (les attributs divins pensés par analogie avec les attributs humains) et dans la pédagogie (comprendre l'inconnu par le connu).
Arguments a priori et a posteriori
[modifier | modifier le wikicode]La distinction entre a priori et a posteriori, telle qu'elle a été précisée par Kant, porte d'abord sur les connaissances, les jugements et les justifications. Une connaissance a priori est indépendante de l'expérience ; une connaissance a posteriori lui doit son origine ou sa validation. Par extension, on parle aussi d'arguments a priori et d'arguments a posteriori selon que les prémisses qu'ils mobilisent relèvent ou non de l'expérience. L'extension est commode, mais il faut garder à l'esprit que ce sont d'abord les contenus de connaissance qui sont a priori ou a posteriori, et que la qualification des arguments en hérite seulement.
Un argument a posteriori part de données empiriques pour en tirer une conclusion. La forme la plus visible procède d'effets observés vers une cause, une origine ou une essence supposées. Lorsqu'un géologue conclut, à partir de la disposition des couches sédimentaires, à la présence ancienne d'un océan ; lorsqu'un astronome déduit, des spectres lumineux observés, la composition chimique d'une étoile ; lorsqu'un enquêteur reconstitue, à partir des traces relevées sur les lieux, le déroulement d'un événement, l'argumentation procède a posteriori et remonte vers une cause. Mais tout argument a posteriori n'est pas régressif vers une cause : un raisonnement par énumération qui généralise une régularité observée, une comparaison statistique entre deux échantillons, une prédiction tirée d'une série de mesures sont aussi des arguments a posteriori. Le trait commun reste que la justification dépend, à un moment ou un autre, de données d'expérience.
L'argumentation a priori fait l'économie des faits d'expérience. Elle part de ce qui est premier (principes, définitions, essences) pour en déduire les conséquences. Une démonstration mathématique procède ainsi : on accepte certains axiomes, on adopte des règles d'inférence, et l'on tire des théorèmes sans avoir besoin d'observer quoi que ce soit. Une preuve philosophique de l'existence de Dieu fondée sur le seul concept de Dieu, telle que la propose l'argument ontologique d'Anselme, illustre également la démarche a priori : aucune observation du monde n'y intervient. Les deux types d'arguments ne sont pas concurrents ; ils répondent à des situations différentes. Lorsqu'il s'agit d'établir ce qui est, l'expérience reste indispensable ; lorsqu'il s'agit d'analyser ce qui suit de définitions ou de principes, la raison seule suffit.
Le modèle de Toulmin
[modifier | modifier le wikicode]Stephen Toulmin (1922-2009), dans The Uses of Argument (1958), critique le modèle syllogistique classique pour son inadéquation aux arguments tels qu'ils sont effectivement formulés et évalués dans les pratiques discursives réelles. Il propose un modèle d'analyse à six composantes[37].
La thèse (claim) est la conclusion que l'on cherche à établir. Les données (data ou grounds) sont les faits ou informations invoqués comme fondement de la thèse. La garantie (warrant) est la règle générale, le principe ou la loi qui autorise le passage des données à la thèse. Le support (backing) vient justifier la garantie elle-même : il fournit les raisons pour lesquelles la garantie est fiable. Le qualificateur (qualifier) indique le degré de force de l'argument, ce que rendent les mots « probablement », « vraisemblablement », « nécessairement ». La réfutation (rebuttal) précise enfin les conditions dans lesquelles la garantie ne s'applique pas, autrement dit les circonstances qui invalideraient la conclusion.
Un exemple éclaire mieux l'agencement. Supposons que nous voulions soutenir, dans le cadre du droit britannique tel qu'il prévalait à l'époque où Toulmin écrivait, la thèse : « Harry est citoyen britannique ». La donnée invoquée serait : « Harry est né aux Bermudes ». La garantie : « Un homme né aux Bermudes est généralement citoyen britannique ». Le support : « Les lois sur la nationalité du Royaume-Uni en vigueur à ce moment-là le prévoient ainsi ». Le qualificateur : « selon toute vraisemblance ». La réfutation : « à moins que ses deux parents ne soient étrangers, ou qu'il n'ait acquis une autre nationalité ». L'exemple est tributaire d'un état précis du droit, qui a depuis évolué ; il ne vaut pas comme énoncé juridique actuel, mais il illustre parfaitement la structure du raisonnement réel, distincte de celle du syllogisme aristotélicien à deux prémisses.
Le modèle de Toulmin se distingue du syllogisme classique sur plusieurs points. Il intègre la notion de degré de force argumentative : un argument n'est pas simplement valide ou invalide, mais plus ou moins fort. Il rend explicites les conditions de réfutabilité. Il ancre enfin l'évaluation des arguments dans des champs (fields) disciplinaires spécifiques, en reconnaissant que les standards de preuve varient selon qu'on argumente en droit, en science, en morale ou dans la vie quotidienne. Ce qui passe pour une preuve devant un tribunal n'est pas ce qui passe pour une preuve dans un laboratoire ; le modèle prend acte de cette pluralité.
Schèmes argumentatifs
[modifier | modifier le wikicode]La théorie contemporaine de l'argumentation a identifié de nombreux schèmes argumentatifs (argumentation schemes), c'est-à-dire des structures types d'arguments que l'on retrouve dans la conversation ordinaire comme dans les discours spécialisés. Chaque schème prend la forme d'un patron de raisonnement accompagné de questions critiques dont l'examen donne le moyen d'évaluer la force de l'argument dans un contexte donné[38]. Parmi les schèmes les plus courants figurent l'argument de l'effet à la cause, l'argument d'autorité, l'argument par analogie, l'argument pragmatique (qui évalue une action par ses conséquences), la pente glissante et l'argument ad hominem.
L'argument d'autorité illustre bien le fonctionnement de ces schèmes. Sa forme générale : « la personne A, experte dans le domaine D, affirme que P ; donc P est probablement vraie ». Les questions critiques qui l'accompagnent sont au moins celles-ci : A est-elle vraiment experte dans le domaine D ? P relève-t-elle effectivement du domaine D ? Les experts du domaine D s'accordent-ils sur P ? A est-elle digne de confiance et libre de tout conflit d'intérêts ? Suivant la réponse à ces questions, le même schème donne lieu à un argument acceptable ou à un sophisme. Citer un prix Nobel de chimie sur une question de chimie est une chose ; le citer sur une question d'éthique politique en est une autre.
La pente glissante présente une structure différente : « si l'on admet A, on devra admettre B, puis C, jusqu'à une conséquence inacceptable ; il faut donc refuser A ». Les questions critiques portent ici sur la solidité des liens entre A et B, B et C, et ainsi de suite : chaque étape de la chaîne est-elle effectivement nécessaire, ou la pente prétendue est-elle imaginée ? L'argument ad hominem, enfin, attaque la personne plutôt que la thèse qu'elle défend. Souvent fallacieux, il peut néanmoins se montrer pertinent lorsque l'enjeu est précisément l'évaluation d'un témoignage, par exemple s'il s'agit de mettre en doute l'impartialité d'un témoin. Là encore, la légitimité du schème dépend du contexte et des questions critiques qu'il convient de poser.
La pragma-dialectique
[modifier | modifier le wikicode]L'école d'Amsterdam, fondée par Frans van Eemeren (né en 1946) et Rob Grootendorst (1944-2000), élabore à partir des années 1980 une théorie de l'argumentation appelée pragma-dialectique. Celle-ci tient l'argumentation pour un acte de langage complexe, constitué d'un ensemble de propositions avancées dans le but de résoudre un différend d'opinion (difference of opinion) de manière rationnelle[39].
La pragma-dialectique modélise l'argumentation comme une discussion critique soumise à un ensemble de dix règles dont l'objet est de garantir la résolution rationnelle du désaccord. Ces règles précisent par exemple que les parties ne doivent pas se faire obstacle pour exprimer ou mettre en doute leurs thèses, que celui qui avance une thèse doit la défendre s'il en est requis, que les arguments doivent porter sur la thèse réellement défendue et non sur une thèse imaginaire, que les conclusions doivent suivre logiquement des prémisses, et ainsi de suite. La violation de l'une de ces règles forme un sophisme au sens pragma-dialectique, c'est-à-dire un mouvement discursif qui fait obstacle à la résolution rationnelle du différend[40]. L'approche présente l'intérêt d'offrir un critère unifié pour l'évaluation des sophismes : est fallacieux tout argument qui transgresse une règle de la discussion critique, quels que soient sa forme logique et son contenu. L'attaque ad hominem qui détourne le débat de la thèse vers la personne, l'épouvantail (straw man) qui prête à l'adversaire une thèse caricaturée pour la réfuter plus aisément, ou l'appel à la pitié qui se substitue à la justification rationnelle, tombent tous sous le coup de la même grille.
Conclusion
[modifier | modifier le wikicode]La notion d'argument traverse toute l'histoire de la philosophie, de la syllogistique aristotélicienne aux théories contemporaines de l'argumentation. Elle se tient au carrefour de plusieurs disciplines : la logique formelle étudie les conditions de validité des inférences, l'épistémologie examine le rôle des arguments dans la justification des connaissances, la rhétorique analyse les techniques de persuasion, la théorie de l'argumentation interroge les conditions du débat rationnel.
L'histoire de cette notion est traversée par une tension entre deux conceptions de l'argument. La conception formelle, héritée d'Aristote et reformulée par la logique moderne, évalue les arguments selon le critère de la validité logique : un argument est bon s'il est impossible que ses prémisses soient vraies et sa conclusion fausse. La conception pragmatique, illustrée par Perelman, Toulmin et la pragma-dialectique, évalue les arguments selon leur efficacité rationnelle dans un contexte discursif donné : un argument est bon s'il résiste à l'examen critique d'un auditoire raisonnable et concourt à la résolution d'un différend d'opinion. Les deux conceptions ne sont pas nécessairement contradictoires. Elles éclairent des dimensions complémentaires d'une même activité rationnelle. La première fixe les normes de la rigueur déductive ; la seconde rend compte de l'immense domaine des raisonnements non démonstratifs qui gouvernent la pensée pratique, le droit, la morale et la vie politique.
Notes et références
[modifier | modifier le wikicode]- ↑ Aristote, Seconds Analytiques, I, 2, 71b9-12.
- ↑ Aristote, Seconds Analytiques, I, 2, 71b21-22.
- ↑ Aristote, Premiers Analytiques, I, 1, 24b18-20.
- ↑ Aristote, Seconds Analytiques, I, 10, 76b11-22.
- ↑ Aristote, Seconds Analytiques, I, 10, 76b13-16.
- ↑ Aristote, Topiques, I, 1, 100b21-23.
- ↑ Aristote, Topiques, I, 2, 101a25-b4.
- ↑ Aristote, Rhétorique, I, 2, 1356a1-4.
- ↑ Aristote, Rhétorique, I, 2, 1356b1-7.
- ↑ Aristote, Rhétorique, II, 1, 1378a6-9.
- ↑ Cicéron, De l'orateur, II, XLIII, 182-184.
- ↑ Aristote, Rhétorique, I, 3, 1358a36-1359a5.
- ↑ Kant, Logique, trad. L. Guillermit, Paris, Vrin, 1966, § 90-91.
- ↑ Aristote, Réfutations sophistiques, 4, 165b23-166b20 et 5, 166b21-168a16.
- ↑ John Stuart Mill, A System of Logic, livre V, London, Parker, 1843.
- ↑ Charles Hamblin, Fallacies, London, Methuen, 1970, chap. 1.
- ↑ Douglas Walton, A Pragmatic Theory of Fallacy, Tuscaloosa, University of Alabama Press, 1995.
- ↑ Aristote, Premiers Analytiques, II, 23, 68b15-29.
- ↑ David Hume, Enquête sur l'entendement humain, section IV, Paris, Flammarion, 2006.
- ↑ Benson Mates, Stoic Logic, Berkeley, University of California Press, 1953 ; Jan Łukasiewicz, « Zur Geschichte der Aussagenlogik », Erkenntnis, vol. 5, 1935, p. 111-131.
- ↑ Voir notamment William et Martha Kneale, The Development of Logic, Oxford, Clarendon Press, 1962, chap. IV ; Paul Vincent Spade, Thoughts, Words and Things : An Introduction to Late Mediaeval Logic and Semantic Theory, 2002 (en ligne) ; Stephen Read, Thinking about Logic, Oxford, Oxford University Press, 1995.
- ↑ Kant, Critique de la raison pure, Préface de la seconde édition, B VIII.
- ↑ Gottlob Frege, Begriffsschrift, eine der arithmetischen nachgebildete Formelsprache des reinen Denkens, Halle, Nebert, 1879.
- ↑ Augustus De Morgan, Formal Logic, or the Calculus of Inference, Necessary and Probable, London, Taylor and Walton, 1847, p. 114. De Morgan reprend et systématise cette analyse dans son mémoire On the Syllogism: IV and on the Logic of Relations, Transactions of the Cambridge Philosophical Society, vol. X, 1864, p. 331-358, où il jette les bases de sa logique des relations.
- ↑ Bertrand Russell et Alfred North Whitehead, Principia Mathematica, 3 vol., Cambridge, Cambridge University Press, 1910-1913.
- ↑ Alfred Tarski, « Der Wahrheitsbegriff in den formalisierten Sprachen », Studia Philosophica, vol. 1, 1935, p. 261-405 ; trad. anglaise « The Concept of Truth in Formalized Languages », in Logic, Semantics, Metamathematics, Oxford, Clarendon Press, 1956.
- ↑ Alfred Tarski, « Über den Begriff der logischen Folgerung », Actes du Congrès international de philosophie scientifique, vol. VII, Paris, Hermann, 1936, p. 1-11.
- ↑ Kurt Gödel, « Über formal unentscheidbare Sätze der Principia Mathematica und verwandter Systeme I », Monatshefte für Mathematik und Physik, vol. 38, 1931, p. 173-198.
- ↑ Kant, Critique de la raison pure, Introduction, B2-3.
- ↑ Kant, Critique de la raison pure, Introduction, A6-7/B10-11.
- ↑ Kant, Critique de la raison pure, Introduction, B14-18.
- ↑ Chaïm Perelman et Lucie Olbrechts-Tyteca, Traité de l'argumentation. La nouvelle rhétorique, Paris, PUF, coll. « Logos », 1958, 2 vol.
- ↑ Perelman et Olbrechts-Tyteca, op. cit., p. 5.
- ↑ Perelman et Olbrechts-Tyteca, op. cit., p. 7.
- ↑ Perelman et Olbrechts-Tyteca, op. cit., p. 40-41.
- ↑ Charles Sanders Peirce, Collected Papers, vol. 5, § 188-189, Cambridge, Harvard University Press, 1931-1935.
- ↑ Stephen Toulmin, The Uses of Argument, Cambridge, Cambridge University Press, 1958, chap. 3.
- ↑ Douglas Walton, Chris Reed et Fabrizio Macagno, Argumentation Schemes, Cambridge, Cambridge University Press, 2008.
- ↑ Frans van Eemeren et Rob Grootendorst, A Systematic Theory of Argumentation. The pragma-dialectical approach, Cambridge, Cambridge University Press, 2004.
- ↑ Frans van Eemeren et Rob Grootendorst, Argumentation, Communication, and Fallacies, Hillsdale, Lawrence Erlbaum, 1992.
Bibliographie
[modifier | modifier le wikicode]Sources classiques
[modifier | modifier le wikicode]- Aristote, Organon (notamment Premiers Analytiques et Seconds Analytiques), IVe siècle av. J.-C. Traductions françaises chez Vrin (trad. J. Tricot) et Flammarion (trad. P. Pellegrin).
- Aristote, Rhétorique, IVe siècle av. J.-C. Éditions disponibles chez Le Livre de Poche (trad. P. Chiron) et Les Belles Lettres (trad. M. Dufour et A. Wartelle).
- Aristote, Réfutations sophistiques, IVe siècle av. J.-C. Traduction française chez Vrin (trad. J. Tricot).
- Cicéron, De l'orateur, 55 av. J.-C. Traduction française Les Belles Lettres.
Philosophie moderne
[modifier | modifier le wikicode]- Hume David, Enquête sur l'entendement humain, 1748. Traduction française Flammarion (trad. A. Leroy, revue par M. Beyssade), 2006.
- Kant Emmanuel, Critique de la raison pure, 1781 (2e éd. 1787). Traduction française P.U.F. (trad. A. Tremesaygues et B. Pacaud) ou Flammarion (trad. A. Renaut).
- Kant Emmanuel, Logique, 1800. Traduction française L. Guillermit, Paris, Vrin, 1966 (rééd. coll. « Textes philosophiques poche », 2000).
- Mill John Stuart, Système de logique déductive et inductive, 1843. Traduction française Mardaga, 1988.
Logique moderne
[modifier | modifier le wikicode]- De Morgan Augustus, Formal Logic, or the Calculus of Inference, Necessary and Probable, London, Taylor and Walton, 1847.
- De Morgan Augustus, « On the Syllogism: IV and on the Logic of Relations », Transactions of the Cambridge Philosophical Society, vol. X, 1864.
- Frege Gottlob, Begriffsschrift, 1879. Traduction française Vrin (trad. C. Besson), 1999.
- Russell Bertrand et Whitehead Alfred North, Principia Mathematica, 3 vol., Cambridge, Cambridge University Press, 1910-1913.
- Gödel Kurt, « Über formal unentscheidbare Sätze der Principia Mathematica und verwandter Systeme I », Monatshefte für Mathematik und Physik, vol. 38, 1931, p. 173-198.
- Tarski Alfred, « Der Wahrheitsbegriff in den formalisierten Sprachen », Studia Philosophica, vol. 1, 1935, p. 261-405 (version polonaise originale : 1933) ; trad. anglaise dans Logic, Semantics, Metamathematics (éd. J. H. Woodger), Oxford, Clarendon Press, 1956.
- Tarski Alfred, « Über den Begriff der logischen Folgerung », Actes du Congrès international de philosophie scientifique, vol. VII, Paris, Hermann, 1936, p. 1-11.
Logique antique et médiévale
[modifier | modifier le wikicode]- Mates Benson, Stoic Logic, Berkeley, University of California Press, 1953.
- Łukasiewicz Jan, « Zur Geschichte der Aussagenlogik », Erkenntnis, vol. 5, 1935, p. 111-131.
- Bocheński Józef Maria, Formale Logik, Fribourg-Munich, Karl Alber, 1956 ; traduction anglaise A History of Formal Logic, Notre Dame, University of Notre Dame Press, 1961.
- Kneale William et Kneale Martha, The Development of Logic, Oxford, Clarendon Press, 1962.
- Spade Paul Vincent, Thoughts, Words and Things: An Introduction to Late Mediaeval Logic and Semantic Theory, version en ligne, 2002.
- Read Stephen, Thinking about Logic. An Introduction to the Philosophy of Logic, Oxford, Oxford University Press, 1995.
Manuels de logique
[modifier | modifier le wikicode]- Quine Willard Van Orman, Methods of Logic, New York, Henry Holt, 1950 (rééd. Harvard University Press, 4e éd. 1982) ; trad. fr. Méthodes de logique, Paris, Armand Colin, 1972.
- Lemmon Edward John, Beginning Logic, Londres, Nelson, 1965.
- Cori René et Lascar Daniel, Logique mathématique, 2 vol., Paris, Dunod, 1993 (rééd. 2003).
Théories contemporaines de l'argumentation
[modifier | modifier le wikicode]- Amossy Ruth, L'Argumentation dans le discours, Paris, Armand Colin, 2000 (4e éd. 2016).
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- Anscombre Jean-Claude et Ducrot Oswald, L'Argumentation dans la langue, Liège, Mardaga, 1983 (3e éd. 1997).
- Eemeren Frans van et Grootendorst Rob, A Systematic Theory of Argumentation. The pragma-dialectical approach, Cambridge, Cambridge University Press, 2004.
- Govier Trudy, A Practical Study of Argument, Belmont, Wadsworth, 1985 (7e éd. 2010).
- Hamblin Charles, Fallacies, London, Methuen, 1970.
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- Perelman Chaïm et Olbrechts-Tyteca Lucie, Traité de l'argumentation. La nouvelle rhétorique, Paris, PUF, coll. « Logos », 1958, 2 vol. ; rééd. Bruxelles, Éditions de l'Université de Bruxelles, à partir de 1970 (6e éd. 2008).
- Plantin Christian, L'argumentation, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2016 (3e éd. mise à jour).
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