Dictionnaire de philosophie/Atomisme
L'atomisme constitue l'une des doctrines philosophiques les plus fécondes de l'histoire de la pensée occidentale. Cette théorie affirme que la réalité matérielle est composée d'éléments ultimes et insécables — les atomes (du grec ἄτομος, « qui ne peut être coupé ») — se mouvant dans le vide. Loin d'être une simple hypothèse sur la structure de la matière, l'atomisme engage une vision totale du monde, une physique, une cosmologie, une théorie de la connaissance et une éthique. Cette doctrine a traversé les siècles, depuis ses origines présocratiques jusqu'aux développements modernes et contemporains, en subissant de profondes transformations tout en conservant son intuition fondamentale : le réel visible procède d'éléments invisibles, les atomes, dont les combinaisons variées engendrent la multiplicité des phénomènes[1].
Les origines de l'atomisme : Leucippe et Démocrite
[modifier | modifier le wikicode]Le contexte philosophique : la querelle de l'Être et le défi parménidien
[modifier | modifier le wikicode]L'atomisme naît au Ve siècle avant notre ère dans un contexte philosophique marqué par une tension fondamentale entre l'unité et la multiplicité, entre l'immobilité et le mouvement, entre l'Être et le devenir. Cette tension trouve son expression la plus aiguë dans les apories laissées par l'école d'Élée, et en particulier par Parménide (vers 515-450 av. J.-C.) et son disciple Zénon (vers 490-430 av. J.-C.).
Dans son poème De la nature, Parménide établit une série d'affirmations qui ébranlent les fondements de la perception commune. Il affirme que l'Être est un, éternel, immuable, indivisible et parfaitement continu il ne peut ni naître ni périr, ni changer ni se mouvoir[2]. La thèse centrale de Parménide se résume dans la formule célèbre : « L'Être est, le non-être n'est pas » (to gar eon estin, to de mê eon ouk estin)[3]. De cette affirmation découle une conséquence troublante : si seul l'Être est, alors le changement et le mouvement sont impossibles, car le changement impliquerait qu'une chose cesse d'être ce qu'elle est (passage de l'être au non-être) ou devienne ce qu'elle n'était pas (passage du non-être à l'être). Or, le non-être n'existe pas. Le changement et le mouvement ne sont donc qu'illusions des sens.
Zénon d'Élée renforce cette conclusion par une série de paradoxes célèbres visant à démontrer l'impossibilité logique du mouvement. Le plus connu est le paradoxe d'Achille et la tortue : si Achille donne une avance à une tortue dans une course, il ne pourra jamais la rattraper, car pendant le temps qu'il met à parcourir la distance qui le sépare d'elle, la tortue aura avancé d'une certaine distance pour la rejoindre, Achille devra parcourir cette nouvelle distance, pendant laquelle la tortue aura encore avancé, et ainsi à l'infini[4]. D'autres paradoxes, comme celui de la dichotomie (pour atteindre un point, il faut d'abord parcourir la moitié du chemin, puis la moitié de la moitié restante, et ainsi de suite à l'infini) ou celui de la flèche (à chaque instant, une flèche en vol occupe un espace égal à elle-même elle est donc immobile à chaque instant or une succession d'immobilités ne peut produire un mouvement), aboutissent à la même conclusion : le mouvement est impossible.
Cette position radicale met en crise l'ensemble de la pensée grecque. Comment concilier les exigences de la logique (qui semble prouver l'impossibilité du mouvement) avec l'évidence empirique (nous voyons des choses se mouvoir) ? Comment expliquer la multiplicité des êtres et la diversité des phénomènes naturels si l'Être est un et immuable ? Plusieurs philosophes tentent de répondre à ce défi. Empédocle (vers 495-435 av. J.-C.) propose une théorie des quatre éléments (terre, eau, air, feu) combinés par deux forces opposées (l'Amour et la Haine). Anaxagore (vers 500-428 av. J.-C.) imagine une infinité de "semences" (spermata) mélangées au départ et progressivement ordonnées par l'Intellect (Nous)[5]. Mais c'est Leucippe qui propose la solution la plus audacieuse et la plus cohérente : l'atomisme.
Leucippe d'Abdère ou de Milet : l'inventeur de l'atomisme
[modifier | modifier le wikicode]Leucippe (vers 460-370 av. J.-C.) demeure une figure énigmatique de la philosophie présocratique. Les informations sur sa vie sont si maigres qu'Épicure lui-même, selon certaines sources, aurait nié son existence[6]. Cette négation était peut-être motivée par le désir d'Épicure de se présenter comme l'inventeur original de l'atomisme. Cependant, la tradition philosophique antique, notamment Aristote et Théophraste, atteste de manière concordante l'existence de Leucippe et lui attribue la paternité de la doctrine atomiste[7].
Leucippe serait originaire soit de Milet (la cité des premiers philosophes ioniens : Thalès, Anaximandre, Anaximène), soit d'Élée (la cité de Parménide et Zénon), soit d'Abdère en Thrace (où il aurait fondé une école)[8]. Cette incertitude géographique reflète peut-être les influences multiples qui ont nourri sa pensée : l'esprit scientifique des Ioniens, la rigueur logique des Éléates, et peut-être aussi les spéculations pythagoriciennes sur le nombre et la structure mathématique du monde.
De l'œuvre de Leucippe, pratiquement rien ne nous est parvenu directement. Nous ne possédons qu'un seul fragment authentique, mais il est capital : « Rien ne se produit fortuitement, mais toutes choses procèdent de la raison et de la nécessité » (ouden chrêma matên gignetai, alla panta ek logou te kai hup' anankês)[9]. Cette formule affirme que le hasard apparent cache en réalité une causalité rigoureuse : tous les phénomènes s'expliquent par des causes nécessaires, c'est-à-dire par les mouvements et les collisions des atomes selon des lois immuables.
L'intuition fondamentale de Leucippe consiste à concilier Parménide et l'expérience sensible par une solution brillante : et si l'Être parménidien n'était pas unique, mais infiniment multiple ? Et si, au lieu d'un seul Être, il existait une infinité de petits « êtres », chacun possédant les propriétés que Parménide attribuait à l'Être unique (unité, éternité, immuabilité, indivisibilité), mais capables de se mouvoir dans le vide ? Ces petits êtres, Leucippe les nomme atomes (atomoi, littéralement « insécables », « qui ne peuvent être coupés »)[10].
Cette hypothèse permet de sauver à la fois les exigences logiques de Parménide (l'être ne naît pas du non-être, il est éternel et immuable) et l'évidence du mouvement et du changement (qui s'expliquent par les déplacements et les combinaisons des atomes dans le vide).
Démocrite d'Abdère : le développement systématique de l'atomisme
[modifier | modifier le wikicode]Démocrite (vers 460-370 av. J.-C.), originaire d'Abdère en Thrace, fut le disciple de Leucippe et le principal développeur de la théorie atomiste. Contrairement à son maître dont l'œuvre a pratiquement disparu, Démocrite aurait composé, selon Diogène Laërce, plus de soixante-dix ouvrages traitant de sujets extrêmement variés : physique, cosmologie, mathématiques, éthique, musique, agriculture, médecine, grammaire[11]. Cette production encyclopédique témoigne d'un esprit universel, comparable à celui d'Aristote. Malheureusement, aucun de ces ouvrages ne nous est parvenu intact nous ne possédons que des fragments cités par des auteurs postérieurs et des témoignages indirects, principalement d'Aristote, de Théophraste et de Simplicius.
Démocrite aurait voyagé en Égypte, en Perse et peut-être jusqu'en Inde, s'instruisant auprès des prêtres, des mages et des savants de ces contrées[12]. Il est surnommé « le philosophe rieur » (gelasinos) en raison de son attitude sereine et joyeuse face aux vanités humaines. Cette disposition d'esprit contraste avec le pessimisme souvent associé au matérialisme, et témoigne d'une sagesse fondée sur la connaissance de la nature.
Les principes fondamentaux de l'atomisme démocritéen
[modifier | modifier le wikicode]L'atomisme de Démocrite repose sur trois principes fondamentaux qui constituent l'architecture de sa physique[13] :
Les atomes (atomoi, littéralement « insécables ») : Ce sont les « corps premiers » (prôta sômata) ou « éléments » (stoicheia), les composants ultimes et indivisibles de toute réalité matérielle. Leurs propriétés sont les suivantes :
- Invisibilité : Les atomes sont invisibles et imperceptibles individuellement en raison de leur extrême petitesse. Seuls les agrégats d'atomes, lorsqu'ils atteignent une certaine taille, deviennent perceptibles à nos sens[14].
- Insécabilité : Les atomes sont, par définition et par nature, indivisibles (a-tomos signifie « qui ne peut être coupé »). Cette indivisibilité n'est pas seulement physique (on ne peut les couper avec un instrument), mais ontologique : ils ne contiennent aucune partie, aucun vide intérieur qui permettrait de les séparer[15].
- Éternité : Les atomes sont ingénérés et incorruptibles ils n'ont ni commencement ni fin, ne naissent ni ne périssent. Ils existent de toute éternité et existeront pour toujours[16].
- Infinité numérique : Le nombre des atomes est infini. Cette infinité est nécessaire pour expliquer la diversité illimitée des phénomènes naturels et l'existence d'une infinité de mondes[17].
- Variété morphologique : Les atomes diffèrent entre eux par trois propriétés fondamentales, que Démocrite illustre par des comparaisons avec les lettres de l'alphabet : la forme (schêma, « figure ») – comme la lettre A diffère de la lettre N –, l'ordre (taxis, « arrangement ») – comme AN diffère de NA –, et la position (thesis, « orientation ») – comme N diffère de Z (qui est un N renversé)[18]. Ces différences de forme, d'ordre et de position expliquent toute la diversité des corps macroscopiques.
- Plénitude : Chaque atome est absolument plein, compact, dense il ne contient aucun vide en lui-même. C'est précisément cette absence de vide intérieur qui garantit son indivisibilité[19].
Le vide (to kenon, « le vide » to mêden, « le rien » to ou den, « le non-quelque-chose to apeiron, « l'illimité ») : L'affirmation de l'existence du vide constitue sans doute l'audace philosophique la plus remarquable de l'atomisme. Pour la première fois dans l'histoire de la philosophie, le vide est considéré comme une réalité positive et nécessaire, et non comme une simple absence ou une impossibilité logique.
Démocrite transgresse ouvertement le principe parménidien selon lequel « le non-être n'est pas ». Il affirme au contraire : « Le quelque-chose (to den, c'est-à-dire les atomes) n'existe pas plus que le rien (to mêden, c'est-à-dire le vide) »[20]. Cette formulation paradoxale signifie que le vide et les atomes ont une égale réalité ontologique : les atomes existent, mais le vide existe aussi, bien qu'il soit « ce qui n'est pas » au sens parménidien.
Le vide remplit plusieurs fonctions essentielles dans la physique atomiste :
- Condition du mouvement : Le vide est la condition de possibilité du mouvement. Sans espaces vides entre les atomes, ceux-ci ne pourraient ni se déplacer ni se réarranger. Démocrite répond ainsi au défi éléate : le mouvement est possible précisément parce qu'il existe des espaces vides dans lesquels les atomes peuvent se mouvoir[21].
- Principe de séparation : Le vide sépare les atomes les uns des autres, permettant leur individualité et leur distinction. Sans le vide, tout ne serait qu'un bloc compact et indifférencié.
- Milieu illimité : Le vide est infini en extension. Il n'y a pas de limite à l'espace dans lequel les atomes peuvent se mouvoir. Cette infinité spatiale explique l'existence d'une infinité de mondes.
Le mouvement (kinêsis) : Les atomes sont en perpétuel mouvement dans le vide infini. Ce mouvement présente plusieurs caractéristiques fondamentales :
- Éternité : Le mouvement des atomes est éternel et originel. Il n'a pas de commencement et n'aura pas de fin. Contrairement à Aristote qui cherchera un « premier moteur » pour expliquer le mouvement, Démocrite considère que le mouvement n'a besoin d'aucune cause externe : il est une propriété intrinsèque des atomes[22].
- Nécessité : Tous les mouvements des atomes obéissent à la nécessité (anankê). Il n'y a ni hasard véritable (le hasard n'est qu'un nom donné à notre ignorance des causes), ni finalité, ni providence divine. Chaque configuration atomique résulte nécessairement des collisions et des interactions antérieures[23].
- Mécanisme : Le mouvement des atomes et leurs interactions sont purement mécaniques. Ils s'expliquent par des contacts, des chocs, des enchevêtrements, des rebondissements. Les atomes aux formes rugueuses ou crochues s'accrochent les uns aux autres les atomes lisses et ronds glissent facilement les uns sur les autres. De ces interactions mécaniques naissent tous les phénomènes naturels.
- Formation des agrégats : Par leurs collisions et leurs enchevêtrements dans le vide, les atomes forment des agrégats de tailles variables. Ces agrégats constituent tous les corps que nous percevons : pierres, plantes, animaux, astres. La naissance d'un être correspond à la formation d'un agrégat atomique sa mort ou sa destruction correspond à la dissolution de cet agrégat et à la dispersion de ses atomes[24].
Cosmologie atomiste : la genèse des mondes
[modifier | modifier le wikicode]L'atomisme démocritéen ne se limite pas à une théorie de la structure de la matière il propose également une cosmogonie complète, c'est-à-dire une explication de la formation des mondes. Cette cosmogonie est rigoureusement naturaliste : elle exclut toute intervention divine, toute finalité, toute providence.
Au commencement – ou plutôt de toute éternité, puisque le temps lui-même n'a pas de commencement –, une infinité d'atomes de formes variées se meuvent en tous sens dans le vide infini. Ces mouvements sont aléatoires au sens où ils ne suivent aucun plan préétabli, mais ils sont nécessaires au sens où chaque mouvement résulte des collisions antérieures. Par hasard (tuchê), certains atomes se rencontrent et forment un tourbillon (dinos)[25]. Ce tourbillon cosmique fonctionne comme un tamis qui trie les atomes selon leur taille et leur poids : les atomes les plus gros et les plus lourds sont rejetés vers le centre, formant la terre les atomes plus légers sont propulsés vers la périphérie, formant l'air, le feu et les astres célestes. C'est ainsi que se forme progressivement un cosmos, un monde ordonné.
Mais ce monde n'est pas unique. Dans le vide infini, une infinité de tourbillons se forment, donnant naissance à une infinité de mondes. Certains de ces mondes sont en cours de formation, d'autres sont à leur apogée, d'autres encore sont en voie de dissolution[26]. Ces mondes diffèrent entre eux : certains n'ont ni soleil ni lune, d'autres en ont plusieurs certains contiennent des êtres vivants, d'autres non. Cette pluralité des mondes, qui contraste avec l'unicité du cosmos dans la plupart des cosmologies grecques, découle logiquement de l'infinité des atomes et du vide.
Démocrite applique le même raisonnement mécaniste à l'explication de tous les phénomènes naturels : la formation des plantes et des animaux, les phénomènes météorologiques, les tremblements de terre, les éclipses, etc. Tous ces phénomènes s'expliquent par les mouvements et les combinaisons des atomes, sans qu'il soit besoin de recourir à l'action des dieux.
Théorie de la connaissance : convention et réalité
[modifier | modifier le wikicode]L'atomisme démocritéen a des conséquences épistémologiques profondes. Si la réalité ultime est constituée d'atomes invisibles et insensibles, quel statut accorder aux qualités sensibles que nous percevons : les couleurs, les saveurs, les odeurs, les sons, les sensations tactiles ?
Démocrite établit une distinction radicale entre ce qui existe « par nature » (phusei) et ce qui existe « par convention » (nomôi). Dans un fragment célèbre, il affirme : « Par convention la couleur douce, par convention l'amer en réalité seulement atomes et vide »[27]. Cette formule signifie que les qualités sensibles ne sont pas des propriétés objectives des choses, mais des effets produits sur nos organes sensoriels par les configurations et les mouvements des atomes.
Prenons l'exemple du goût sucré. Ce n'est pas une propriété intrinsèque du miel, mais un effet produit sur notre langue par des atomes de forme particulière (probablement ronds et lisses selon Démocrite) qui composent le miel. D'autres substances, composées d'atomes de formes différentes (pointues, rugueuses), produiront sur notre langue l'effet du goût amer. Les couleurs s'expliquent de la même manière par les configurations atomiques des surfaces des corps et par leur interaction avec les atomes de la lumière et de notre œil[28].
Cette distinction entre qualités premières (forme, taille, position, mouvement des atomes) et qualités secondes (couleur, saveur, odeur, etc.) annonce celle que développeront les philosophes modernes, notamment Galilée, Descartes, Locke et Boyle. Elle implique une forme de subjectivisme ou de relativisme perceptif : les qualités sensibles dépendent à la fois de la constitution des objets et de celle du sujet percevant.
Mais cette distinction soulève un problème épistémologique que Démocrite lui-même semble avoir reconnu. Si nos sens ne nous donnent accès qu'aux qualités conventionnelles et non à la réalité atomique, comment pouvons-nous connaître les atomes ? Démocrite distingue deux formes de connaissance : la connaissance « bâtarde » ou « obscure » (skotiê gnômê), qui provient des sens et nous livre les apparences, et la connaissance « légitime » ou « authentique » (gnêsiê gnômê), qui relève de la raison et nous permet d'atteindre la réalité atomique[29].
Cependant, cette solution n'est pas entièrement satisfaisante, car la connaissance rationnelle elle-même dépend ultimement des données sensorielles. Démocrite semble avoir été conscient de cette circularité. Dans un fragment remarquable, il fait parler les sens qui reprochent à l'intellect : « Pauvre intellect, tu tires de nous tes preuves et tu cherches à nous renverser ? Notre renversement sera ta chute »[30]. Ce fragment suggère que Démocrite avait entrevu les difficultés d'une épistémologie fondée sur une ontologie qui disqualifie les données sensorielles. Certains commentateurs modernes y ont vu une préfiguration du scepticisme, bien que Démocrite lui-même ne semble pas avoir tiré de conclusions sceptiques de cette aporie.
Éthique et philosophie pratique
[modifier | modifier le wikicode]Bien que Démocrite soit surtout connu pour sa physique atomiste, il a également développé une réflexion éthique importante. Malheureusement, nous ne possédons de cette éthique que des fragments brefs, des maximes et des sentences, qui ne permettent pas de reconstituer un système complet.
Démocrite identifie le souverain bien à leuthymia (« bonne disposition de l'âme ») ou leuthumia (« bon courage »), qu'il distingue soigneusement du plaisir sensuel[31]. Cette bonne disposition de l'âme s'obtient par la modération des désirs, la maîtrise de soi, l'absence de crainte et la connaissance de la nature. Démocrite valorise la mesure, la justice, la tempérance, et critique l'ambition démesurée, l'avarice et les passions désordonnées.
L'âme elle-même, dans l'anthropologie démocritéenne, est matérielle : elle est composée d'atomes particulièrement subtils, sphériques, lisses et mobiles, semblables aux atomes du feu[32]. Ces atomes psychiques sont dispersés dans tout le corps et assurent la vie et la sensation. À la mort, ces atomes se dispersent et l'âme cesse d'exister. Cette conception matérialiste de l'âme et cette négation de l'immortalité annoncent la psychologie épicurienne.
Influence et postérité
[modifier | modifier le wikicode]L'atomisme de Leucippe et Démocrite représente une révolution philosophique et scientifique. Pour la première fois, une explication purement naturaliste et mécaniste de tous les phénomènes est proposée, qui fait l'économie de toute intervention divine. Cette doctrine préfigure à bien des égards la science moderne, par son réductionnisme (tout s'explique par les atomes et le vide), son mécanisme (les phénomènes résultent de chocs et de combinaisons mécaniques) et son déterminisme (tout arrive selon la nécessité).
Cependant, l'atomisme rencontra une forte opposition dans l'Antiquité. Platon semble l'avoir ignoré ou méprisé (il ne mentionne jamais Démocrite dans ses dialogues, alors qu'il était son contemporain). Aristote le critique vigoureusement, notamment sur la question du vide et de l'indivisibilité des atomes. La tradition philosophique dominante, influencée par Platon et Aristote, rejeta largement l'atomisme au profit de théories concurrentes (hylémorphisme aristotélicien, stoïcisme).
Néanmoins, l'atomisme ne disparut pas complètement. Il fut repris et transformé par Épicure au IIIe siècle avant notre ère, puis transmis au monde romain par Lucrèce au Ier siècle avant notre ère. À travers ces réélaborations, l'intuition géniale de Leucippe et Démocrite traversa les siècles et inspira la révolution scientifique moderne.
L'atomisme dans l'Inde ancienne
[modifier | modifier le wikicode]Parallèlement au développement de l'atomisme dans la Grèce antique, une forme tout aussi sophistiquée d'atomisme philosophique se développa en Inde, de manière apparemment indépendante. Cette coïncidence remarquable témoigne d'une convergence intellectuelle fascinante entre deux civilisations qui, bien qu'éloignées géographiquement et culturellement, affrontèrent des problèmes philosophiques similaires et y apportèrent des solutions étonnamment proches. L'atomisme indien, développé principalement dans les écoles Vaisheshika et Nyaya, présente toutefois des caractéristiques distinctives qui le différencient de son homologue grec et qui reflètent les préoccupations propres à la tradition philosophique indienne.
L'école Vaisheshika et Kanada
[modifier | modifier le wikicode]L'école Vaisheshika (en sanskrit Vaiśeṣika, de viśeṣa, « particularité », « différence ») constitue l'une des six écoles orthodoxes (darśana) de la philosophie hindoue. Son fondateur, Kanada (également appelé Kanadbhaksha ou Kanadbhuj, « le mangeur de grains »), aurait vécu entre le VIe et le IIe siècle avant notre ère, bien que la datation exacte demeure controversée. Son œuvre principale, les Vaiśeṣika Sūtra, expose une cosmologie atomiste d'une grande cohérence[33].
Le surnom de Kanada, « mangeur de grains », pourrait être une allusion à sa théorie selon laquelle la matière est composée de particules extrêmement petites, comparables à des grains infinitésimaux. Cette étymologie, bien que spéculative, illustre l'importance centrale du concept d'atome dans son système philosophique[34].
Les catégories fondamentales du Vaisheshika
[modifier | modifier le wikicode]Avant d'aborder la théorie atomique proprement dite, il convient de présenter brièvement le cadre catégoriel dans lequel elle s'inscrit. Le système Vaisheshika distingue six catégories fondamentales (padārtha, littéralement « objet de la pensée » ou « catégorie ontologique ») qui épuisent tout ce qui peut être connu ou nommé[35] :
1. Substance (dravya) : Ce qui existe de manière indépendante et qui sert de support aux qualités et aux mouvements. Il existe neuf types de substances : la terre, l'eau, le feu, l'air, l'éther (ākāśa), le temps, l'espace, l'âme et le mental (manas).
2. Qualité (guṇa) : Ce qui inhère dans une substance sans pouvoir exister indépendamment. Kanada énumère vingt-quatre qualités : la couleur, le goût, l'odeur, le toucher, le nombre, la grandeur, la séparation, la conjonction, la priorité, la postériorité, le poids, la fluidité, la viscosité, le son, le plaisir, la douleur, le désir, l'aversion, l'effort, le mérite, le démérite, et les dispositions (saṃskāra).
3. Mouvement (karma) : L'action ou l'activité d'une substance.
4. Universalité (sāmānya) : Les propriétés communes partagées par plusieurs substances ou entités.
5. Particularité (viśeṣa) : Les caractéristiques uniques qui distinguent une substance individuelle de toutes les autres.
6. Inhérence (samavāya) : La relation inséparable qui unit une substance à ses qualités, ses mouvements et ses parties.
Cette classification catégorielle constitue le fondement ontologique sur lequel repose la théorie atomique vaisheshika.
La théorie atomique : les paramāṇu
[modifier | modifier le wikicode]Le terme sanskrit pour atome est paramāṇu (littéralement « au-delà de l'infime », de parama, « extrême », et aṇu, « petit », « particule »). Selon le Vaisheshika, les paramāṇu sont les constituants ultimes de la matière, indivisibles, éternels et imperceptibles[36].
Les propriétés des atomes : Les atomes possèdent plusieurs caractéristiques distinctives :
1. Indivisibilité : Les paramāṇu sont les plus petites unités de matière. Ils ne peuvent être divisés en parties plus petites car ils n'ont pas de parties. Ils sont niravayava, « sans composants ». L'argument en faveur de l'existence d'atomes repose sur le rejet de la divisibilité infinie : si toute grandeur pouvait être divisée indéfiniment, une montagne et une graine de moutarde auraient la même taille (puisque toutes deux seraient composées d'une infinité de parties). Ce paradoxe, analogue aux paradoxes de Zénon, conduit les Vaisheshika à postuler l'existence d'un minimum physique indivisible[37].
2. Éternité : Contrairement aux objets composés qui naissent et périssent, les atomes sont éternels (nitya). Ils ne sont ni créés ni détruits. Les changements que nous observons dans le monde macroscopique résultent non de la création ou de l'annihilation d'atomes, mais de leurs combinaisons et séparations.
3. Imperceptibilité : Les atomes sont trop petits pour être perçus directement par les sens. Leur existence doit être inférée à partir des phénomènes observables. Kanada soutient que tout objet perceptible est nécessairement composé : le plus petit objet visible, comparable à un grain de poussière dans un rayon de soleil (trasarenu ou truti), possède déjà une structure interne[38].
4. Sphéricité : Selon Kanada, les atomes doivent être sphériques, car cette forme est identique dans toutes les directions et représente l'état le plus simple et le plus symétrique. Cette affirmation découle d'un principe d'invariance : l'atome, étant le constituant ultime de la matière, ne peut avoir de forme complexe ou asymétrique[39].
Les quatre types d'atomes élémentaires : Contrairement à Démocrite, qui postulait une infinité de formes atomiques différentes, Kanada distingue quatre types d'atomes correspondant aux quatre éléments matériels :
1. Atomes de terre (pṛthivī-paramāṇu) : Ils possèdent la qualité d'odeur (gandha) comme propriété spécifique différenciante.
2. Atomes d'eau (āp-paramāṇu) : Ils possèdent la qualité de goût (rasa) et de toucher froid.
3. Atomes de feu (tejas-paramāṇu) : Ils possèdent la qualité de toucher chaud et de couleur lumineuse.
4. Atomes d'air (vāyu-paramāṇu) : Ils possèdent la qualité de toucher (sparśa) qui n'est ni chaud ni froid[40].
Cette classification qualitative des atomes diffère nettement de l'atomisme démocritéen, où tous les atomes sont qualitativement identiques et ne diffèrent que par leur forme et leur taille. Dans le Vaisheshika, chaque type d'atome possède intrinsèquement les qualités spécifiques de l'élément auquel il appartient.
La combinaison des atomes : dyades et triades
[modifier | modifier le wikicode]L'un des aspects les plus sophistiqués de l'atomisme vaisheshika concerne la théorie de la combinaison atomique. Comment des atomes imperceptibles produisent-ils des objets perceptibles ? Kanada et ses successeurs développèrent une théorie complexe et débattue.
Selon la doctrine dominante, exposée notamment par Prasastapada (VIe siècle de notre ère) dans son Padārthadharmasaṅgraha, les atomes ne forment pas directement des objets perceptibles. La formation se fait par étapes[41] :
1. Dyades (dvyaṇuka) : Deux atomes se combinent d'abord pour former une dyade. Cette dyade demeure imperceptible et possède elle-même une dimension « petite » (aṇu-parimāṇa).
2. Triades (tryaṇuka) : Trois dyades se combinent ensuite pour former une triade, qui constitue le minimum perceptible (trasarenu). Cette triade possède une dimension « grande » (mahat-parimāṇa) et devient perceptible.
3. Objets macroscopiques : Les triades s'agrègent à leur tour pour former des objets de taille ordinaire.
Cette théorie sophistiquée visait à résoudre plusieurs difficultés. Pourquoi ne pas dire simplement que trois atomes forment directement le minimum perceptible ? Parce qu'une règle empirique établit, selon les Vaisheshika, que tout objet perceptible possède des parties elles-mêmes composées. Si le trasarenu était formé de trois atomes, il violerait cette règle. En postulant l'étape intermédiaire des dyades, on préserve la règle : le trasarenu est composé de trois dyades, lesquelles sont elles-mêmes composées (d'atomes)[42].
Cependant, cette doctrine fut contestée au sein même de l'école Vaisheshika. Bhasarvajna (IXe-Xe siècle) rejeta la théorie des dyades et affirma qu'un nombre suffisant d'atomes pouvait directement former un objet perceptible, sans passer par des étapes intermédiaires.
La causalité du mouvement atomique
[modifier | modifier le wikicode]Une question centrale pour l'atomisme concerne l'origine du mouvement des atomes. Pourquoi les atomes, éternels et immuables en eux-mêmes, se mettent-ils en mouvement et forment-ils des agrégats ?
Selon le Vaisheshika, le mouvement initial des atomes est causé par une force invisible appelée adṛṣṭa (littéralement « non vu », « imperceptible »). Cette force représente l'accumulation du mérite (dharma) et du démérite (adharma) résultant des actions passées (karma) des âmes individuelles. Au moment de la création d'un nouveau cycle cosmique, l'adṛṣṭa met les atomes en mouvement, les faisant se combiner pour former les objets du monde[43].
Cette explication introduit un élément théologique dans l'atomisme vaisheshika. Plus tard, notamment avec Udayana (Xe-XIe siècle), l'école Vaisheshika intégrera explicitement un Dieu créateur (Īśvara) qui, omniscient et tout-puissant, ordonne les mouvements atomiques en fonction du karma accumulé par les âmes[44]. Cette évolution théiste rapproche le Vaisheshika tardif du théisme que l'on trouve chez Gassendi au XVIIe siècle.
Cycles cosmiques : création et dissolution
[modifier | modifier le wikicode]L'atomisme vaisheshika s'inscrit dans la cosmologie cyclique caractéristique de la pensée indienne. Le monde traverse des cycles infinis de création (sṛṣṭi) et de dissolution (pralaya). À la fin d'un cycle, les objets macroscopiques se désagrègent progressivement, les triades se décomposent en dyades, les dyades se séparent en atomes, et les atomes retournent à un état de repos absolu, dispersés dans l'espace. À ce stade, ils ne possèdent plus aucun mouvement et deviennent complètement imperceptibles.
Au début du cycle suivant, sous l'impulsion de l'adṛṣṭa (ou, dans les versions théistes, de la volonté divine), les atomes recommencent à se mouvoir et à se combiner, recréant ainsi le monde. Les atomes eux-mêmes, étant éternels, ne sont jamais créés ni détruits ; seuls leurs agrégats sont temporaires[45].
Cette conception cyclique de la cosmologie atomique diffère profondément de l'atomisme grec, où l'univers (ou du moins les atomes et le vide) existe de toute éternité sans cycles de création et destruction.
L'école Nyaya et le développement ultérieur
[modifier | modifier le wikicode]L'école Nyaya (littéralement « règle », « méthode », « logique »), fondée par Gautama (également appelé Aksapada, date incertaine, probablement entre le IIe siècle av. J.-C. et le IIe siècle de notre ère), se concentrait initialement sur l'épistémologie et la logique. Elle développa une théorie des sources de connaissance valide (pramāṇa) et un système de raisonnement déductif sophistiqué[46].
Progressivement, les écoles Nyaya et Vaisheshika convergèrent, au point d'être souvent désignées conjointement comme Nyaya-Vaisheshika. Le Nyaya adopta l'ontologie atomiste du Vaisheshika, tandis que le Vaisheshika intégra la logique et l'épistémologie du Nyaya. Cette synthèse produisit l'un des systèmes philosophiques les plus complets et les plus rigoureux de la pensée indienne[47].
L'atomisme bouddhique
[modifier | modifier le wikicode]Certaines écoles bouddhiques développèrent également des formes d'atomisme, bien que différentes de celle du Vaisheshika. Les écoles Vaibhāṣika et Sautrāntika (actives surtout entre le Ier et le VIIe siècle de notre ère) admirent l'existence d'atomes matériels (rūpa-paramāṇu) et d'atomes mentaux ou instants de conscience (citta-kṣaṇa)[48].
L'atomisme bouddhique présente plusieurs caractéristiques distinctives :
1. Momentanéité : Contrairement aux atomes éternels du Vaisheshika, les atomes bouddhiques sont momentanés (kṣaṇika). Chaque atome n'existe qu'un instant avant d'être détruit et remplacé par un atome suivant. Cette doctrine de la momentanéité universelle découle de la thèse fondamentale du bouddhisme selon laquelle tout est impermanent (anitya).
2. Atomes de conscience : Les bouddhistes affirment l'existence non seulement d'atomes matériels, mais aussi d'instants de conscience indivisibles. La conscience, comme la matière, est analysée en unités discrètes minimales.
3. Non-substantialité : Les atomes bouddhiques ne sont pas des substances au sens du Vaisheshika. Ils sont plutôt des dharma, terme difficile à traduire mais qui désigne des événements élémentaires, des occurrences instantanées dépourvues de support substantiel permanent[49].
L'atomisme bouddhique, bien que partageant avec le Vaisheshika l'idée d'une analyse du réel en composants ultimes, s'en distingue donc radicalement par sa conception de la temporalité et de la substantialité.
Comparaison avec l'atomisme grec
[modifier | modifier le wikicode]Plusieurs similitudes frappantes existent entre l'atomisme indien et l'atomisme grec, ce qui a conduit certains historiens à s'interroger sur d'éventuelles influences mutuelles. Cependant, le consensus actuel des spécialistes penche pour un développement indépendant des deux traditions[50].
Les ressemblances :
1. Postulat d'unités indivisibles constituant la matière.
2. Explication des phénomènes macroscopiques par les combinaisons et séparations atomiques.
3. Rejet de la divisibilité infinie pour éviter les paradoxes logiques.
4. Imperceptibilité des atomes, connus par inférence.
Les différences :
1. Diversité qualitative : Dans le Vaisheshika, les atomes diffèrent qualitativement (terre, eau, feu, air) tandis que chez Démocrite, tous les atomes sont qualitativement identiques et ne diffèrent que par leur forme et leur taille.
'2. Théologie : L'atomisme vaisheshika intègre une dimension théologique (ladṛṣṭa, puis Dieu) totalement absente chez Démocrite et Leucippe.
3. Cosmologie cyclique : Le Vaisheshika inscrit l'atomisme dans une cosmologie cyclique de création et dissolution, étrangère à la pensée grecque.
4. Âme : Le Vaisheshika affirme l'existence d'âmes (ātman) éternelles, distinctes des atomes matériels, tandis que Démocrite affirme que l'âme elle-même est matérielle et composée d'atomes.
Ces différences suggèrent que, même si des contacts culturels ont pu exister entre la Grèce et l'Inde (notamment après les conquêtes d'Alexandre en 326 av. J.-C.), les deux traditions atomistes se sont développées de manière largement autonome, répondant à des problèmes philosophiques universels par des solutions convergentes mais distinctes[51].
Influence et postérité
[modifier | modifier le wikicode]L'atomisme vaisheshika exerça une influence durable sur la philosophie indienne. Il fut intégré dans la synthèse Nyaya-Vaisheshika, qui devint l'un des six systèmes orthodoxes (darśana) du brahmanisme. Les débats entre atomistes (Vaisheshika, certains bouddhistes) et anti-atomistes (Advaita Vedanta, Madhyamaka bouddhiste) structurèrent une part importante de la métaphysique indienne médiévale.
L'atomisme indien fut également transmis à la civilisation islamique, où il influença peut-être le développement de l'atomisme du kalām. Les contacts intellectuels entre l'Inde et le monde musulman, notamment à travers la traduction de textes sanscrits en arabe aux VIIIe-Xe siècles, permirent une certaine diffusion des idées vaisheshika[52].
Enfin, l'atomisme indien témoigne de l'universalité de certaines intuitions philosophiques. Face au problème du changement, de la permanence, du multiple et de l'un, des penseurs séparés par des milliers de kilomètres et par des siècles parvinrent indépendamment à une solution atomiste, révélant ainsi l'existence de structures rationnelles communes à toute pensée humaine confrontée aux mêmes énigmes métaphysiques.
L'atomisme épicurien : physique et éthique
[modifier | modifier le wikicode]Épicure : biographie et contexte historique
[modifier | modifier le wikicode]Épicure (en grec Epikouros, 341-270 av. J.-C.) naît à Samos, île grecque de la mer Égée, au sein d'une famille de colons athéniens. Son père, Néoclès, était instituteur son éducation première se fit dans un contexte modeste[53]. Selon la tradition, Épicure aurait commencé à philosopher dès l'âge de quatorze ans, insatisfait des réponses que lui donnaient ses maîtres sur l'origine du chaos mentionné par Hésiode. Il aurait étudié auprès du platonicien Pamphile et du démocritéen Nausiphane, bien qu'il niât par la suite avoir eu des maîtres, affirmant être un autodidaktos (autodidacte)[54].
En 306 avant notre ère, après avoir enseigné à Mytilène et à Lampsaque, Épicure s'installe à Athènes et y fonde son école philosophique, qu'il établit dans un jardin (kêpos) acheté à cet effet. Cette école, connue sous le nom de « Jardin » (ho kêpos), se distingue radicalement des autres écoles athéniennes – l'Académie de Platon, le Lycée d'Aristote, le Portique des stoïciens. Contrairement à ces institutions, le Jardin d'Épicure accueille non seulement les citoyens, mais aussi les femmes, les esclaves et les étrangers, incarnant ainsi un idéal de communauté égalitaire[55]. L'école épicurienne se caractérise par une vie communautaire centrée sur l'amitié (philia), considérée comme l'un des biens essentiels à la vie heureuse.
Épicure fut un auteur prolixe. Diogène Laërce lui attribue plus de trois cents rouleaux, traitant de physique, d'éthique et de logique (ou « canonique », c'est-à-dire théorie de la connaissance)[56]. Malheureusement, la quasi-totalité de cette œuvre monumentale a disparu. Ne nous sont parvenus que trois lettres résumant sa doctrine – la Lettre à Hérodote (sur la physique), la Lettre à Pythoclès (sur les météores, dont l'authenticité est discutée) et la Lettre à Ménécée (sur l'éthique) –, ainsi qu'un ensemble de quarante Maximes capitales (Kuriai doxai) et des fragments découverts à Herculanum au XVIIIe siècle, carbonisés lors de l'éruption du Vésuve en 79 après J.-C.
La réforme épicurienne de l'atomisme démocritéen
[modifier | modifier le wikicode]Épicure reprend à Leucippe et Démocrite l'hypothèse atomiste fondamentale : l'univers est composé uniquement d'atomes (particules indivisibles) et de vide. Cependant, il apporte à cette théorie plusieurs modifications essentielles, motivées par des préoccupations à la fois physiques et éthiques.
1. Le poids des atomes : Contrairement à Démocrite, qui ne mentionnait que la forme et la taille des atomes comme propriétés fondamentales, Épicure ajoute le poids (baros) comme troisième propriété essentielle[57]. Ce poids entraîne les atomes naturellement vers le bas, dans un mouvement de chute parallèle et uniforme à travers le vide infini. Cette innovation semble paradoxale puisque, dans le vide infini, il n'y a ni haut ni bas absolus. Épicure précise que « le haut et le bas » ne sont pas des directions absolues, mais doivent être compris relativement à chaque observateur : ce qui est au-dessus de notre tête est « en haut », ce qui est sous nos pieds est « en bas »[58]. Néanmoins, le poids constitue une tendance interne de chaque atome à se mouvoir dans une direction déterminée.
2. La vitesse uniforme des atomes : Épicure affirme que tous les atomes, quelle que soit leur taille ou leur poids, se déplacent dans le vide à la même vitesse, qui est extrêmement rapide – aussi rapide que la pensée[59]. Cette thèse soulève une difficulté : si tous les atomes tombent parallèlement à la même vitesse dans la même direction, comment peuvent-ils se rencontrer, entrer en collision et former des agrégats ? C'est pour résoudre cette aporie qu'Épicure introduit le clinamen.
3. Le clinamen ou déclinaison (parenklisis en grec) : Le clinamen (terme latin employé par Lucrèce pour traduire le grec parenklisis, « déclinaison », « déviation ») désigne une légère déviation spontanée et imprévisible que peut subir un atome dans sa chute. Cette déviation se produit « en un temps et un lieu indéterminés » (incerto tempore... incertisque locis), c'est-à-dire de manière aléatoire[60]. Bien qu'Épicure ne mentionne pas explicitement le clinamen dans la Lettre à Hérodote qui nous est parvenue, plusieurs témoignages antiques, notamment de Cicéron et de Plutarque, l'attestent comme une doctrine authentiquement épicurienne[61].
Le clinamen remplit plusieurs fonctions cruciales dans le système épicurien :
Fonction cosmogonique : Il explique la formation des mondes. Sans déviation, les atomes tomberaient éternellement en lignes parallèles sans jamais se rencontrer, et aucun monde ne pourrait se former. Le clinamen permet aux atomes de s'entrechoquer, de s'accrocher les uns aux autres (selon leurs formes respectives), et ainsi de former progressivement des agrégats de plus en plus complexes qui constitueront les corps macroscopiques et, ultimement, les mondes[62].
Fonction physique générale : Il introduit un élément d'indétermination dans la nature. Contrairement au déterminisme strict de Démocrite (pour qui tout arrive « selon la nécessité »), Épicure affirme qu'il existe dans la nature des événements non nécessaires, qui échappent à la chaîne causale universelle. Cette indétermination ne signifie pas l'absence totale de causes, mais l'existence de causes internes aux atomes eux-mêmes, qui ne dépendent pas des configurations atomiques antérieures.
Fonction anthropologique et éthique : Le clinamen fonde la possibilité de la liberté humaine. C'est là son rôle le plus philosophiquement significatif, explicitement souligné par Lucrèce : « Si tous les mouvements sont enchaînés dans la nature, si toujours d'un premier naît un second suivant un ordre rigoureux [...], d'où vient donc cette liberté accordée sur terre aux êtres vivants, d'où vient, dis-je, cette libre faculté arrachée au destin, qui nous fait aller partout où la volonté nous mène ? »[63]. Sans le clinamen, tout serait déterminé de toute éternité par les positions et les mouvements antérieurs des atomes. L'homme ne serait qu'un automate, ses actes résultant nécessairement de causes antérieures sur lesquelles il n'aurait aucune prise. Le clinamen brise les chaînes du destin (fati foedera) et rend possible l'autonomie de la volonté (libera voluntas).
Cependant, le clinamen a suscité de nombreux débats et critiques, tant dans l'Antiquité que chez les commentateurs modernes. Cicéron le ridiculise comme une invention ad hoc sans fondement[64]. Certains philosophes contemporains y ont vu une préfiguration du principe d'indétermination de la mécanique quantique d'autres, au contraire, une confusion entre le hasard (le clinamen) et la liberté (qui suppose une causalité par l'agent lui-même). Comment une déviation aléatoire des atomes peut-elle fonder une action libre, c'est-à-dire délibérée et voulue par l'agent ? Cette question reste ouverte et continue de diviser les interprètes d'Épicure.
La théorie de la connaissance : le sensualisme épicurien
[modifier | modifier le wikicode]La théorie de la connaissance (canonique) d'Épicure se fonde sur un empirisme et un sensualisme conséquents. Contre le scepticisme qui commence à se développer à son époque, Épicure affirme résolument que la connaissance est possible et qu'elle provient des sens.
Les trois critères de vérité : Épicure établit trois critères (kritêria) de vérité[65] :
1. Les sensations (aisthêseis) : Toutes les sensations sont vraies. Cette affirmation audacieuse signifie que chaque sensation, en tant qu'affection subie par l'organe sensoriel, est un fait indubitable. Si je sens une douleur, cette douleur est réelle si je vois du rouge, cette perception du rouge est vraie. Les sensations résultent de l'impact des simulacres (eidôla) sur nos organes sensoriels. Les simulacres sont de fines pellicules d'atomes qui se détachent continuellement de la surface de tous les corps et voyagent à travers l'air jusqu'à frapper nos sens[66]. Ces simulacres conservent la forme du corps dont ils proviennent, ce qui explique que nous puissions percevoir les objets tels qu'ils sont. La vision, par exemple, s'explique par l'entrée des simulacres visuels dans l'œil.
L'erreur ne provient jamais de la sensation elle-même, qui est toujours véridique, mais des jugements (doxai) que nous portons sur les sensations. Par exemple, si je vois de loin une tour carrée qui me paraît ronde, ma sensation (la perception d'une forme arrondie) est vraie c'est mon jugement (« cette tour est ronde ») qui est faux, car il ne tient pas compte de la distance et des conditions de perception[67].
2. Les préconceptions (prolêpseis) : Ce sont des représentations générales que nous formons par répétition et accumulation de sensations semblables. Par exemple, après avoir vu de nombreux chevaux, nous formons la préconception « cheval », qui est comme une empreinte mentale ou un concept général résumant ce qu'ont en commun tous les chevaux que nous avons perçus[68]. Les préconceptions constituent notre stock de concepts, le lexique mental qui nous permet de communiquer et de raisonner.
3. Les affections (pathê) : Ce sont les états affectifs de plaisir et de douleur. Ils constituent des critères éthiques : le plaisir indique ce qui est bon pour nous, la douleur ce qui est mauvais. Épicure fonde ainsi son éthique hédoniste sur une base naturaliste et empiriste : c'est la nature elle-même, à travers nos affections, qui nous indique ce que nous devons rechercher et ce que nous devons éviter.
À ces trois critères, certains épicuriens ultérieurs ajoutèrent les projections de la pensée (epibola tês dianoias), c'est-à-dire les intuitions intellectuelles directes qui nous permettent de saisir les réalités invisibles comme les atomes[69].
Cette théorie de la connaissance sensualiste permet à Épicure de rejeter à la fois le scepticisme (la connaissance est possible puisque les sensations sont vraies) et l'idéalisme platonicien (il n'y a pas besoin de postuler un monde intelligible d'Idées, puisque tout notre savoir provient de l'expérience sensible).
L'articulation entre physique atomiste et éthique hédoniste
[modifier | modifier le wikicode]L'originalité majeure d'Épicure réside dans l'articulation qu'il établit entre sa physique atomiste et son éthique hédoniste. Contrairement à Démocrite, qui développait sa physique pour elle-même, Épicure subordonne explicitement l'étude de la nature (phusiologia) à la recherche du bonheur (eudaimonia). La connaissance de la nature n'est pas une fin en soi, mais un moyen en vue de la vie heureuse : « Si nous n'étions troublés ni par nos soupçons au sujet des phénomènes célestes, ni par nos craintes relatives à la mort [...], nous n'aurions pas besoin de l'étude de la nature »[70].
La physique atomiste permet de libérer l'homme de deux craintes fondamentales qui empêchent le bonheur[71] :
1. La crainte des dieux : Les hommes vivent dans l'angoisse permanente d'être observés, jugés et punis par les dieux. Ils leur attribuent la responsabilité des phénomènes naturels (tonnerre, éclairs, tremblements de terre, épidémies) et les considèrent comme des manifestations de la colère divine. Cette crainte superstitieuse empoisonne l'existence et rend impossible la tranquillité de l'âme.
Épicure ne nie pas l'existence des dieux. Au contraire, il affirme qu'ils existent, mais qu'ils vivent dans les espaces intermondes (metakosmia), dans une béatitude parfaite, totalement indifférents aux affaires humaines[72]. Les dieux épicuriens sont eux-mêmes composés d'atomes, mais d'atomes particulièrement subtils et fins, qui leur confèrent une existence éternellement bienheureuse. Ils ne se préoccupent nullement de créer les mondes, de les gouverner ou de punir les hommes. Ils constituent simplement des modèles de sérénité que le sage peut contempler et imiter.
Quant aux phénomènes naturels, ils s'expliquent tous par les seuls mouvements et combinaisons des atomes, sans qu'il soit besoin de recourir à une intervention divine. Cette naturalisation systématique de tous les phénomènes, qui anticipe la science moderne, libère l'homme de la crainte superstitieuse. Les dieux existent, mais ils sont inoffensifs nous pouvons donc vivre sans les craindre.
2. La crainte de la mort : La seconde source majeure d'angoisse est la peur de la mort. Les hommes redoutent la mort pour plusieurs raisons : la douleur de mourir, la perte de tout ce qu'ils chérissent, et surtout les châtiments qu'ils imaginent subir dans l'au-delà (les supplices de l'Hadès décrits par les poètes et les mythes).
L'atomisme épicurien dissipe cette crainte par une argumentation physiologique et logique. Puisque l'âme elle-même est matérielle – composée d'atomes particulièrement subtils, mobiles, sphériques et chauds, dispersés dans tout le corps[73] –, elle se dissout nécessairement avec le corps au moment de la mort. Lorsque les atomes du corps se dispersent, les atomes de l'âme, qui maintenaient leur cohésion grâce à l'enveloppe corporelle, se dispersent également et perdent leur capacité de sensation. La mort correspond donc à la dissolution complète de l'individu, corps et âme confondus.
De cette physiologie matérialiste de l'âme, Épicure tire l'argument célèbre : « La mort n'est rien pour nous » (ho thanatos ouden pros hêmas). En effet, « tant que nous existons, la mort n'est pas là, et quand la mort est là, nous n'existons plus »[74]. La mort n'est donc pas un événement que nous pouvons expérimenter, puisqu'elle est précisément la cessation de toute expérience, de toute sensation. Elle n'est ni un bien ni un mal, puisque biens et maux supposent la sensation, et qu'il n'y a plus de sensation après la mort. Par conséquent, « le plus effroyable des maux, la mort, n'est rien pour nous, puisque tant que nous existons, la mort n'est pas là, et que lorsque la mort est là, nous n'existons plus »[75].
Épicure développe également l'argument de la symétrie temporelle : de même que nous n'avons pas souffert de ne pas exister avant notre naissance (pendant l'éternité qui a précédé notre conception), de même nous ne souffrirons pas de ne plus exister après notre mort[76]. Cette argumentation vise à montrer que la mort, loin d'être le pire des maux, n'est tout simplement rien pour nous. Le sage épicurien ne craint donc pas la mort il ne la désire pas non plus (ce serait absurde puisqu'elle n'est pas un bien), mais il l'accueille avec sérénité lorsqu'elle vient, comme un fait naturel et inévitable.
L'éthique épicurienne : hédonisme et ataraxie
[modifier | modifier le wikicode]- Voir Lettre à Ménécée
Libéré de la crainte des dieux et de la mort par la connaissance de la nature, l'homme peut désormais se consacrer à la poursuite du bonheur. Pour Épicure, le bonheur (eudaimonia) s'identifie au plaisir (hêdonê) : « Le plaisir est le principe et la fin de la vie heureuse »[77]. Cette identification fait d'Épicure un philosophe hédoniste.
Cependant, l'hédonisme épicurien ne consiste nullement dans la recherche effrénée des plaisirs sensuels, comme le croyaient ses détracteurs anciens et comme le suggère encore aujourd'hui l'usage courant du mot « épicurien ». Au contraire, Épicure distingue soigneusement différents types de plaisirs :
Les plaisirs en mouvement (plaisirs cinétiques) : Ce sont les plaisirs actifs, qui résultent de la satisfaction d'un désir ou du comblement d'un manque. Par exemple, le plaisir de manger quand on a faim, de boire quand on a soif, de faire l'amour. Ces plaisirs sont intenses mais brefs, et ils supposent toujours une douleur préalable (la faim, la soif, le désir sexuel).
Les plaisirs en repos (plaisirs catastématiques) : Ce sont les plaisirs stables qui consistent simplement dans l'absence de douleur du corps (aponie) et l'absence de trouble de l'âme (ataraxie). Le plaisir catastématique n'est pas l'excitation ni la jouissance, mais la plénitude tranquille de celui qui ne souffre ni dans son corps ni dans son âme[78].
Pour Épicure, les plaisirs catastématiques sont supérieurs aux plaisirs cinétiques. En effet, une fois que la douleur (physique ou psychique) est supprimée, le plaisir ne peut être augmenté en intensité il peut seulement varier en qualité[79]. Le plus grand plaisir consiste donc dans l'état stable d'absence de douleur et de trouble. C'est pourquoi le sage épicurien mène une vie simple et frugale : un peu de pain et d'eau, un peu de fromage les jours de fête, suffisent à procurer l'aponie. De même, la philosophie, l'amitié et la contemplation suffisent à procurer l'ataraxie.
La classification des désirs : Pour guider l'homme dans sa recherche du bonheur, Épicure propose une classification des désirs qui constitue l'un des apports majeurs de son éthique[80] :
1. Désirs naturels et nécessaires : Ce sont les désirs dont la satisfaction est indispensable à la vie, à la santé ou au bonheur. Ils incluent le désir de nourriture (pour apaiser la faim), de boisson (pour apaiser la soif), de vêtement et d'abri (pour se protéger du froid), ainsi que le désir de philosophie (pour apaiser les troubles de l'âme). Ces désirs doivent être satisfaits, mais ils sont facilement satisfaits par des moyens simples et accessibles à tous.
2. Désirs naturels mais non nécessaires : Ce sont les désirs qui, bien que fondés dans notre nature, ne sont pas indispensables au bonheur. Par exemple, le désir de nourriture raffinée (au-delà de la simple satiété), le désir sexuel, le désir de variété. Ces désirs peuvent être satisfaits s'ils sont facilement accessibles et ne produisent pas de troubles ultérieurs, mais leur insatisfaction n'est pas un mal. Le sage les satisfait avec modération, sachant qu'il peut aussi s'en passer.
3. Désirs vains (ni naturels ni nécessaires) : Ce sont les désirs artificiels, créés par les opinions vaines et les conventions sociales. Ils incluent le désir de richesse illimitée, de gloire, de pouvoir, d'immortalité. Ces désirs sont insatiables par nature : plus on les satisfait, plus ils augmentent. Ils sont donc source de troubles infinis et doivent être éliminés. Le sage épicurien renonce aux honneurs, à la vie politique, à l'ambition matérielle. Il se retire au Jardin, dans une vie communautaire simple, centrée sur l'amitié.
L'amitié : Parmi tous les biens que procure la sagesse, Épicure accorde une place privilégiée à l'amitié (philia) : « De tous les biens que la sagesse procure pour la félicité de la vie tout entière, le plus grand de beaucoup est l'acquisition de l'amitié »[81]. L'amitié n'est pas simplement un plaisir parmi d'autres elle est une condition essentielle du bonheur. Elle procure la sécurité (on peut compter sur ses amis), la joie (partager les plaisirs avec des amis les rend plus intenses), et la confiance (on ne craint rien quand on sait qu'on est entouré d'amis véritables). Le Jardin d'Épicure était ainsi conçu comme une communauté d'amis philosophes, vivant ensemble dans la simplicité et la pratique quotidienne de la philosophie.
Postérité et influence
[modifier | modifier le wikicode]L'épicurisme connut un immense succès dans l'Antiquité. L'école d'Épicure subsista pendant plus de sept siècles, jusqu'au IIIe siècle de notre ère, ce qui en fait l'une des écoles philosophiques les plus durables de l'histoire. Elle se diffusa dans tout le monde hellénistique et romain. Parmi ses disciples célèbres, on compte Métrodore de Lampsaque, Hermarque, Polyène, Colotès, et surtout Lucrèce à Rome, qui transmit la doctrine dans son poème De rerum natura.
Cependant, l'épicurisme fut aussi violemment combattu. Les stoïciens l'accusaient de nier la providence divine et de promouvoir une morale du plaisir incompatible avec la vertu. Les platoniciens le critiquaient pour son matérialisme et son rejet des Idées. Plus tard, les auteurs chrétiens (Lactance, saint Jérôme, saint Augustin) le condamnèrent comme une doctrine athée et immorale. Au Moyen Âge, « épicurien » devint synonyme de débauché, de jouisseur, d'athée, trahissant complètement le sens originel de la doctrine. Il faudra attendre la Renaissance, avec la redécouverte de Lucrèce et les travaux de Gassendi au XVIIe siècle, pour que l'épicurisme soit réhabilité et correctement compris.
Aujourd'hui encore, l'éthique épicurienne reste d'une étonnante actualité. Dans une société de consommation qui multiplie les désirs artificiels et promet le bonheur par l'accumulation de biens matériels, la distinction épicurienne entre désirs naturels et désirs vains, ainsi que l'éloge de la vie simple, de l'amitié et de la contemplation philosophique, offrent une alternative sage et désirable à la course effrénée aux plaisirs factices.
Lucrèce et la diffusion de l'atomisme à Rome
[modifier | modifier le wikicode]Le contexte historique et biographique
[modifier | modifier le wikicode]Titus Lucretius Carus, plus connu sous le nom de Lucrèce, demeure une figure énigmatique de la littérature latine. Les informations sur sa vie sont maigres et souvent douteuses. La principale source biographique, une notice rédigée par saint Jérôme au IVe siècle de notre ère, affirme que Lucrèce serait né en 98 ou 94 avant notre ère, qu'il aurait été rendu fou par un philtre d'amour, qu'il aurait composé son œuvre dans les intervalles lucides de sa folie, et qu'il se serait donné la mort à l'âge de quarante-quatre ans[82]. Cette notice, hostile à l'épicurisme, doit toutefois être prise avec précaution : elle émane d'un apologète chrétien qui a tout intérêt à discréditer un partisan de l'atomisme matérialiste.
Ce que nous pouvons dire avec davantage de certitude, c'est que Lucrèce a vécu durant l'une des périodes les plus tourmentées de l'histoire romaine, marquée par des guerres civiles sanglantes entre Marius et Sylla, puis entre César et Pompée, ainsi que par la révolte de Spartacus (73-71 av. J.-C.)[83]. C'est dans ce contexte de violence et de bouleversement des valeurs traditionnelles que s'inscrit le projet lucrétien : offrir aux Romains une philosophie capable de les libérer de la crainte et de l'angoisse.
Le De rerum natura : un poème didactique
[modifier | modifier le wikicode]Le De rerum natura (De la nature des choses) constitue la transmission la plus complète et la plus développée de la doctrine atomiste épicurienne. Composé de six livres totalisant quelque 7 415 hexamètres dactyliques – le mètre traditionnel de l'épopée grecque et latine –, ce texte représente à la fois une exposition systématique de la physique épicurienne et une œuvre littéraire d'une beauté remarquable[84].
Lucrèce se donne pour objectif explicite d'affranchir ses lecteurs romains de la crainte de la mort et des superstitions religieuses. Le poème s'ouvre sur une invocation majestueuse à Vénus, présentée comme Aeneadum genetrix (« mère des Énéades », c'est-à-dire des Romains) et comme alma Venus (« Vénus nourricière »), symbole de la puissance créatrice de la nature[85]. Cette invocation, qui rappelle les hymnes homériques et les prologues des épopées d'Homère, d'Hésiode et d'Ennius, situe le poème dans la tradition épique tout en le détournant : Vénus n'est pas sollicitée comme une déesse providentielle, mais comme une métaphore poétique de la force vitale qui anime la nature.
Le prologue se poursuit par un éloge d'Épicure, présenté comme un héros de la pensée qui, le premier, osa affronter la religion (religio) et révéler la véritable nature des choses. Lucrèce compare Épicure à un conquérant qui aurait franchi les « murailles flamboyantes du monde » (flammantia moenia mundi) pour rapporter aux hommes la connaissance libératrice[86].
L'ambition déclarée de Lucrèce est de « composer sur un sujet obscur des vers lumineux, imprégnant tout du charmes des Muses » (musaeo contingens cuncta lepore)[87]. Pour expliquer cette démarche, il recourt à une célèbre comparaison médicale : de même que les médecins, lorsqu'ils veulent faire boire aux enfants un remède amer (l'absinthe), enduisent de miel le bord de la coupe pour tromper leur vigilance, de même le poète enveloppe de la douceur de la poésie les vérités austères de la philosophie épicurienne[88]. Cette métaphore révèle la conscience aiguë qu'a Lucrèce de la difficulté de son entreprise : transposer en latin une doctrine grecque complexe, dans une forme poétique exigeante, pour un public romain peu familier de la spéculation philosophique.
La structure et les thèses du poème
[modifier | modifier le wikicode]Le De rerum natura s'organise en trois diptyques, chacun composé de deux livres traitant d'un aspect particulier de la doctrine épicurienne[89] :
Première partie (livres I et II) : Les principes de la physique atomiste
Le livre I expose les principes fondamentaux de l'atomisme : rien ne naît de rien (ex nihilo nihil fit), rien ne retourne au néant, l'univers est composé de corps (les atomes) et de vide[90]. Lucrèce y développe une série d'arguments empiriques pour établir l'existence des atomes et du vide : l'évaporation de l'eau, l'usure progressive des objets (les seuils des portes, les anneaux des doigts, les statues touchées par les fidèles), la croissance des êtres vivants, la pénétration des odeurs et des sons à travers l'air, autant de phénomènes qui s'expliquent par l'existence de particules invisibles et d'espaces vides entre les corps[91].
Le livre II traite du mouvement des atomes. Lucrèce y décrit la chute des atomes dans le vide infini, puis introduit la notion de clinamen (déclinaison), cette légère déviation spontanée et imprévisible que peut subir un atome dans sa chute. C'est dans ce livre que Lucrèce développe une comparaison devenue célèbre entre les atomes et les grains de poussière qu'on voit tourbillonner dans un rayon de soleil pénétrant dans une pièce sombre : de même que ces poussières invisibles se révèlent dans la lumière, de même les atomes, bien qu'imperceptibles, constituent la réalité ultime des choses et sont animés d'un mouvement perpétuel[92].
Le passage consacré au clinamen (II, 216-293) est d'une importance capitale pour comprendre la singularité de l'atomisme lucrétien. Lucrèce explique que si tous les atomes tombaient éternellement en ligne droite, parallèlement les uns aux autres, ils ne se rencontreraient jamais et aucun monde ne pourrait se former. Le clinamen permet donc la rencontre des atomes et, par conséquent, la genèse de toutes choses. Mais au-delà de cette fonction cosmogonique, le clinamen joue un rôle fondamental dans l'explication de la liberté humaine : « Si tous les mouvements sont enchaînés dans la nature, si toujours d'un premier naît un second suivant un ordre rigoureux [...], d'où vient donc cette liberté accordée sur terre aux êtres vivants, d'où vient, dis-je, cette libre faculté arrachée au destin, qui nous fait aller partout où la volonté nous mène ? »[93]. Le clinamen brise les chaînes du destin et empêche que tout ne soit déterminé par des causes antérieures. Il fonde ainsi la possibilité de l'autonomie de la volonté (libera voluntas).
Deuxième partie (livres III et IV) : L'homme, l'âme et la connaissance
Le livre III, qui constitue l'un des sommets philosophiques et poétiques du De rerum natura, traite de la nature de l'âme (anima) et de l'esprit (animus). Lucrèce commence par distinguer ces deux entités tout en soulignant leur unité fonctionnelle : l'esprit (animus) est le principe directeur, siège de la pensée et de la volonté, localisé dans la poitrine l'âme (anima) est répandue dans tout le corps et assure la sensibilité[94]. Mais tous deux sont matériels, composés d'atomes particulièrement subtils, fins et mobiles. Leur matérialité implique leur mortalité : comme tout agrégat atomique, l'âme et l'esprit se dissolvent au moment de la mort.
Lucrèce consacre près de six cents vers (III, 417-829) à démontrer la mortalité de l'âme par une série de vingt-huit arguments différents, parmi lesquels : l'âme naît avec le corps et grandit avec lui, elle vieillit et s'affaiblit en même temps que lui, elle est affectée par les maladies corporelles, elle peut être altérée par le vin ou l'ivresse, elle s'évanouit lors de syncopes[95]. Tous ces phénomènes attestent que l'âme est intimement liée au corps et ne peut lui survivre.
Cette démonstration sert de fondement à l'argumentation éthique développée dans la seconde moitié du livre III : si l'âme est mortelle, la mort n'est rien pour nous. Lucrèce reprend ici l'argument célèbre d'Épicure : « Tant que nous existons, la mort n'est pas là, et quand la mort est là, nous n'existons plus »[96]. La mort ne peut donc être un mal puisqu'elle n'est pas une expérience que nous pouvons éprouver. Lucrèce développe également l'argument de la symétrie : de même que nous n'avons pas souffert de ne pas exister avant notre naissance, nous ne souffrirons pas de ne plus exister après notre mort[97]. Le livre se clôt par une série de considérations morales sur l'attitude à adopter face à la mort, et une prosopopée où la Nature elle-même adresse des reproches aux hommes qui se plaignent de devoir mourir[98].
Le livre IV expose la théorie épicurienne de la connaissance sensible. Lucrèce y explique que tous les corps émettent continuellement de fines pellicules d'atomes – les simulacres (simulacra) ou images (imagines) –, qui se détachent de leur surface et voyagent à travers l'air jusqu'à frapper nos organes sensoriels[99]. Ces simulacres conservent la forme du corps dont ils proviennent, ce qui explique que nous puissions voir les objets tels qu'ils sont. Lucrèce applique cette théorie à l'explication de tous les phénomènes perceptifs : la vision, bien sûr, mais aussi les phénomènes de réflexion dans les miroirs[100], les rêves (produits par des simulacres qui continuent à frapper nos sens pendant le sommeil)[101], et même l'amour passionnel, auquel Lucrèce consacre une longue section critique dénonçant les illusions et les tourments qu'il engendre[102].
Troisième partie (livres V et VI) : Le monde et les phénomènes naturels
Le livre V développe une cosmogonie et une anthropologie naturalistes. Lucrèce y retrace la formation du monde à partir des atomes : la terre, le ciel, les astres, les plantes et les animaux ne sont pas l'œuvre d'une intelligence divine, mais le résultat de combinaisons fortuites d'atomes[103]. Le monde lui-même est mortel : de même qu'il est né, il périra un jour, lorsque les atomes qui le composent se disperseront[104].
Dans la seconde partie du livre V, Lucrèce propose une histoire naturelle de l'humanité, depuis ses origines sauvages jusqu'à la civilisation. Les premiers hommes vivaient comme des bêtes, sans langage articulé, sans feu, sans agriculture. C'est progressivement, par tâtonnements et inventions successives, qu'ils ont développé les techniques, les arts et les institutions sociales[105]. Cette vision évolutionniste et progressiste de l'histoire humaine, qui fait l'économie de toute intervention divine, représente une innovation remarquable par rapport à la tradition grecque, qui opposait généralement un âge d'or originel à une décadence progressive.
Le livre VI, inachevé, explique divers phénomènes naturels qui effrayent les hommes parce qu'ils les attribuent à l'action des dieux : le tonnerre, la foudre, les tremblements de terre, les éruptions volcaniques, les phénomènes magnétiques, etc.[106]. En montrant que tous ces phénomènes ont des causes naturelles et s'expliquent par les mouvements des atomes, Lucrèce achève de chasser les dieux du gouvernement du monde. Le poème se termine de manière abrupte par la description de la peste d'Athènes (430 av. J.-C.), d'après le récit de Thucydide[107]. Cette fin sombre et pessimiste a intrigué les commentateurs : pourquoi Lucrèce, après avoir célébré la libération apportée par la philosophie, conclut-il sur l'image de la mort et de la décomposition ? Certains y ont vu le signe que le poème est inachevé d'autres, une ultime démonstration que la mort, même collective et terrible, ne doit pas être crainte.
Innovations et originalité de Lucrèce
[modifier | modifier le wikicode]Bien que Lucrèce se présente comme un disciple fidèle d'Épicure, son œuvre ne se réduit pas à une simple traduction versifiée de la doctrine du maître. À plusieurs égards, Lucrèce innove et développe la pensée épicurienne.
Sur le plan de la physique, Lucrèce accorde une place beaucoup plus importante que ne le faisait Épicure à l'explication des phénomènes naturels. Les livres V et VI du De rerum natura constituent une véritable encyclopédie des phénomènes météorologiques, géologiques et biologiques, expliqués dans une perspective atomiste. Le philosophe Michel Serres a montré que la physique lucrétienne ne relève pas seulement d'une mécanique des solides, mais d'une véritable mécanique des fluides : le clinamen s'apparente à l'amorce d'un tourbillon dans un écoulement hydraulique, et les phénomènes décrits par Lucrèce (tourbillons, turbulences, écoulements) préfigurent la physique des fluides développée à partir d'Archimède[108].
Sur le plan éthique, Lucrèce développe avec une force dramatique inégalée le thème de l'angoisse existentielle et de la peur de la mort. Les diatribes contre les illusions de l'amour (IV, 1037-1287) et contre l'ambition politique (III, 59-93) dépassent en intensité ce que l'on trouve chez Épicure. Lucrèce ne se contente pas d'exposer froidement la doctrine : il met en scène les tourments de l'âme humaine pour mieux montrer la nécessité de la philosophie libératrice.
Enfin, sur le plan littéraire, Lucrèce crée une langue philosophique latine. Avant lui, il n'existait pas de vocabulaire technique latin pour exprimer les concepts de la physique atomiste. Lucrèce doit donc inventer, forger des néologismes, recourir à des périphrases, multiplier les comparaisons et les métaphores. Il se plaint lui-même, à plusieurs reprises, de la « pauvreté de la langue » latine (patrii sermonis egestas) qui le contraint à ces innovations[109]. Cette difficulté devient pourtant une richesse : la poésie lucrétienne, par ses images saisissantes (les atomes comme des grains de poussière, le monde comme un tissu tissé et détissé, la nature comme une mère), rend sensible et visible l'invisible réalité atomique.
Réception et influence
[modifier | modifier le wikicode]La réception du De rerum natura fut contrastée. Cicéron, contemporain de Lucrèce, mentionne le poème dans une lettre à son frère Quintus, louant ses qualités littéraires : « Les poèmes de Lucrèce présentent, comme tu l'écris, beaucoup d'éclat de génie (ingenii lumina), mais aussi beaucoup d'art (ars) »[110]. Cependant, Cicéron, stoïcien de formation, rejette l'épicurisme sur le plan philosophique.
Durant l'Antiquité tardive, le poème de Lucrèce subit l'hostilité des auteurs chrétiens, qui y voyaient l'expression d'un matérialisme athée. Saint Jérôme, Lactance et d'autres Pères de l'Église s'en prennent vigoureusement à la doctrine épicurienne. Paradoxalement, c'est grâce à leurs réfutations que certains fragments de Lucrèce furent transmis au Moyen Âge.
La redécouverte du manuscrit complet du De rerum natura en 1417 par le lettré italien Poggio Bracciolini, dans un monastère d'Allemagne du Sud, constitue un événement majeur de l'histoire intellectuelle européenne[111]. Dès lors, le poème de Lucrèce exerce une influence considérable sur la pensée de la Renaissance et de l'époque moderne, inspirant aussi bien les philosophes atomistes (Gassendi) que les poètes (Montaigne le cite abondamment dans les Essais) et les savants.
L'atomisme médiéval
[modifier | modifier le wikicode]Le sort de l'atomisme dans l'Antiquité tardive et le haut Moyen Âge
[modifier | modifier le wikicode]Contrairement à une idée longtemps répandue, l'atomisme ancien ne disparut pas complètement durant le Moyen Âge. Il serait toutefois inexact d'affirmer qu'il continua à exister sous la même forme que dans l'Antiquité. Les doctrines atomistes médiévales, tant dans le monde arabo-musulman que dans l'Occident latin chrétien, présentent des caractéristiques propres, souvent éloignées de l'atomisme épicurien et démocritéen.
Dans l'Antiquité tardive, l'atomisme subit les attaques virulentes des Pères de l'Église, notamment Lactance, saint Jérôme, saint Ambroise et saint Augustin. Ces auteurs chrétiens combattaient l'atomisme moins pour ses thèses physiques que pour ses implications théologiques : la négation de la Providence divine, l'impassibilité des dieux, l'éternité du monde, et le matérialisme qui semblait incompatible avec l'immortalité de l'âme et la résurrection des corps[112].
Cependant, le poème de Lucrèce, De rerum natura, ne cessa jamais d'être copié et lu au cours du Moyen Âge, comme l'a montré Madeleine Philippe dans son étude pionnière[113]. De même, Épicure resta connu indirectement à travers les œuvres de Cicéron (De finibus bonorum et malorum, De natura deorum), de Sénèque, de Diogène Laërce, et des Pères de l'Église eux-mêmes qui, pour le réfuter, devaient exposer sa doctrine.
L'atomisme dans la pensée arabo-musulmane
[modifier | modifier le wikicode]C'est dans la théologie musulmane (kalām) que l'atomisme connut sa plus vigoureuse renaissance médiévale. Dès le IXe siècle, les théologiens (mutakallimūn) des écoles de Basra et de Bagdad – notamment les mutazilites et les ash'arites – développèrent des théories atomistes sophistiquées, bien que très différentes de l'atomisme ancien[114].
Les premiers atomistes musulmans semblent avoir été Abū al-Hudhayl al-'Allāf (mort vers 849) et Ibrāhīm al-Nazzām (mort vers 845), tous deux de l'école mutazilite de Basra. Abū al-Hudhayl affirmait que le monde est composé d'un nombre fini d'atomes (jawāhir, littéralement « substances ») dépourvus d'extension, de qualité et de nature corporelle. Ces atomes ne sont pas des corps, mais les constituants des corps. Leur seule propriété intrinsèque est leur position (hayyiz) dans l'espace. Le mouvement s'effectue par le déplacement des atomes d'une position à une autre à travers le vide[115].
Al-Nazzām acceptait la thèse atomiste fondamentale, mais contestait l'idée d'un nombre fini d'atomes. Selon lui, un continuum contient une infinité de positions possibles or, si un atome n'a pas d'extension, sa position ne peut avoir d'extension non plus. Par conséquent, le nombre d'atomes dans un corps ou une ligne doit être infini. Cette position créait une difficulté : comment un mobile peut-il parcourir une infinité de positions ? Al-Nazzām résolut ce problème en affirmant que le mouvement est discontinu : les atomes se déplacent par sauts (tafra), passant d'une position à une autre sans traverser l'espace intermédiaire[116].
Les discussions ultérieures dans le kalām portèrent sur plusieurs questions : l'extension ou non des atomes, leur nombre (fini ou infini), leurs qualités, et surtout la compatibilité de l'atomisme avec la géométrie euclidienne. Le célèbre argument de l'incommensurabilité de la diagonale d'un carré avec ses côtés fut utilisé contre l'atomisme finiste : si le côté d'un carré est composé de n atomes, et si l'on trace toutes les parallèles reliant chaque atome d'un côté à son correspondant sur le côté opposé, la diagonale, qui intersecte toutes ces parallèles, sera elle aussi composée de n atomes or, mathématiquement, la diagonale d'un carré est incommensurable avec son côté[117].
La motivation profonde de l'atomisme du kalām était théologique. Les mutakallimūn cherchaient à démontrer que le monde a été créé dans le temps (et n'est donc pas éternel), car s'il était éternel, il aurait fallu qu'un temps infini se soit écoulé avant le présent, ce qui leur paraissait impossible. L'atomisme servait cet objectif : si le monde est composé d'un nombre fini d'atomes, il doit avoir un commencement. Les ash'arites allèrent plus loin en affirmant que Dieu crée et détruit continuellement les agrégats atomiques à chaque instant, et que les accidents (les qualités des corps) ne peuvent durer plus d'un instant. Cette doctrine, appelée occasionnalisme, niait toute causalité naturelle : seul Dieu est cause véritable de tous les événements[118].
Les philosophes (falāsifa) musulmans, notamment Avicenne (Ibn Sīnā, 980-1037) et Averroès (Ibn Rushd, 1126-1198), combattirent vigoureusement l'atomisme des théologiens au nom de l'hylémorphisme aristotélicien. Al-Ghazālī (1058-1111), bien que théologien ash'arite, exposa en détail les arguments atomistes dans sa Tahāfut al-falāsifa (Incohérence des philosophes), ce qui permit leur transmission à l'Occident latin[119].
L'atomisme dans la pensée juive médiévale
[modifier | modifier le wikicode]La philosophie juive médiévale connut également des débats sur l'atomisme, notamment en Égypte et en Andalousie. Saadia Gaon (882-942), dans son Livre des croyances et des opinions, rejeta l'atomisme des mutakallimūn[120]. Au XIIe siècle, Juda Halevi, Abraham ibn Daud et surtout Moïse Maïmonide (1138-1204) critiquèrent également l'atomisme arabe.
Maïmonide consacre les chapitres 71 à 76 du livre I du Guide des égarés à une réfutation systématique de l'atomisme du kalām. Sa critique porte principalement sur l'occasionnalisme et la doctrine de la création continue, qui lui paraissent incompatibles avec l'ordre naturel observable. Maïmonide montre que la thèse de la création temporelle du monde n'implique pas nécessairement l'atomisme : on peut affirmer que le monde a un commencement sans pour autant nier la divisibilité infinie de la matière et du temps[121]. Cette position était problématique car l'argument en faveur de la non-éternité du monde (si le monde était éternel, un temps infini se serait écoulé) ressemblait aux paradoxes de Zénon et provenait probablement de Jean Philopon, qui utilisait précisément ces paradoxes. Or, ces arguments pouvaient aussi bien servir à défendre l'atomisme et le finisme[122].
L'atomisme dans l'Occident latin : le XIIe siècle
[modifier | modifier le wikicode]Dans l'Occident latin, l'atomisme ne disparut jamais complètement, mais il resta longtemps confiné à une existence marginale. Au XIIe siècle, cependant, on assiste à un renouveau de l'intérêt pour la doctrine atomiste, notamment dans l'école de Chartres.
Guillaume de Conches (vers 1080-après 1154), philosophe et grammairien normand, fut le premier penseur médiéval latin à défendre explicitement une forme d'atomisme. Dans son Dragmaticon philosophiae (1147-1149), il affirme que la matière est composée d'atomes qu'il appelle parfois corpusculae ou particulae minimae. Ces atomes ne sont pas éternels ni incréés, comme chez Démocrite et Épicure, mais ont été créés par Dieu au commencement du monde[123]. Guillaume écrit : « Lorsque les épicuriens disaient que la terre se compose d'atomes, ils avaient raison. Mais il faut tenir pour fable quand ils disaient que ces atomes étaient sans commencement et volaient çà et là séparément à travers le grand vide, puis se sont massés pour former quatre grands corps. Car rien ne peut être sans commencement et sans lieu, sinon Dieu. »
Cette « christianisation » de l'atomisme permettait de contourner les objections théologiques traditionnelles. Guillaume s'inspire du Timée de Platon (dans la traduction et le commentaire de Calcidius) et du De rerum natura de Lucrèce, qu'il connaît et cite, pour élaborer une cosmologie où les atomes, bien que créés, forment par leurs combinaisons les quatre éléments, puis tous les corps naturels[124].
D'autres penseurs du XIIe siècle, comme Guillaume de Champeaux et Pierre Abélard, défendirent dans leurs commentaires sur les Catégories d'Aristote (chapitre sur la quantité) l'existence d'indivisibles dans le continuum. Ils s'appuyaient sur le traité De arithmetica de Boèce (traduction latine de Nicomaque de Gérase), qui présentait une théorie néo-pythagoricienne de la dérivation des grandeurs à partir de points conçus comme des unités spatiales. Selon cette conception, les figures géométriques tridimensionnelles sont à la fois continues et métaphysiquement constituées de points[125].
Robert Grosseteste (vers 1168-1253), évêque de Lincoln, développa une métaphysique de la lumière dans laquelle il explique que Dieu créa le monde à partir d'un unique point de lumière, multiplié infiniment dans toutes les directions dès le premier instant de la création. Chaque partie du monde matériel, chaque grandeur, est donc composée de ces points lumineux[126].
L'atomisme au XIVe siècle : l'école d'Oxford
[modifier | modifier le wikicode]C'est au XIVe siècle que l'atomisme latin connaît son développement le plus important, notamment à l'Université d'Oxford. Le contexte est celui d'intenses discussions sur la nature du continuum, suscitées par la lecture des livres IV et VI de la Physique d'Aristote, où le Stagirite réfute l'atomisme de Leucippe et Démocrite.
Henri de Harclay (mort en 1317), chancelier de l'Université d'Oxford en 1312, fut le premier indivisibiliste ou atomiste du XIVe siècle. Dans une question disputée sur l'éternité du monde, Harclay affirme qu'un continuum est composé d'une infinité d'indivisibles. Sa thèse principale consiste à réfuter l'argument aristotélicien selon lequel deux indivisibles ne peuvent se toucher. Aristote avait en effet argué que si deux points se touchent, ils le font soit partie à partie, soit partie au tout, soit tout au tout. Les deux premières possibilités sont exclues puisque les points n'ont pas de parties par définition. La troisième implique que les points se superposent, donc ne forment pas une grandeur étendue[127]. Harclay répond que deux points peuvent se toucher s'ils occupent des positions contiguës (loca immediata), c'est-à-dire des positions adjacentes sans intermédiaire[128].
Les successeurs de Harclay à Oxford – Walter Chatton (vers 1290-1343), William Crathorn (actif vers 1330), et John Wyclif (vers 1320-1384) – acceptèrent l'analyse indivisibiliste du continuum, mais affirmèrent que le nombre d'indivisibles dans un continuum fini est lui-même fini, contrairement à Harclay. Ils utilisèrent contre la divisibilité infinie un argument tiré d'un des paradoxes de Zénon, le paradoxe métrique de l'extension : si un continuum est infiniment divisible, il est soit composé d'une infinité de parties étendues (auquel cas il serait infini en extension), soit d'une infinité de parties non étendues (mais comment expliquer qu'une extension procède de non-extensions ?)[129].
Chatton, Crathorn et Wyclif arguèrent également que la géométrie euclidienne, bien qu'utile pour certains calculs, n'est pas pertinente pour décrire la structure réelle du monde physique. Selon eux, les indivisibles doivent être considérés comme des composants élémentaires de la réalité, et non comme de simples points mathématiques sans extension. Cette conception « physicaliste » de l'atomisme les distingue nettement des théories mathématiques de la continuité[130].
Nicolas d'Autrécourt : l'atomisme finiste et déterministe
[modifier | modifier le wikicode]Nicolas d'Autrécourt (vers 1299-1369) représente le sommet de l'atomisme médiéval latin. Maître ès arts à Paris, puis bachelier en théologie, Nicolas développa une physique atomiste complète pour expliquer la génération, la corruption, la condensation, la raréfaction, et tous les types de mouvement par le mouvement local des atomes.
Dans son Exigit ordo (Traité utile), Nicolas affirme que la matière, l'espace et le temps sont tous composés d'indivisibles – atomes, points et instants. Tous les changements naturels résultent du réarrangement des atomes. Cette conception purement mécaniste exclut toute forme substantielle aristotélicienne : il n'y a que des atomes et leurs configurations spatiales[131].
Les ressemblances entre les thèses de Nicolas et celles d'Al-Ghazālī suggèrent qu'il connaissait, directement ou indirectement, la tradition du kalām. Cependant, contrairement aux mutakallimūn, Nicolas défend la thèse de l'éternité du monde, ce qui lui valut d'être condamné en 1346 par le pape Clément VI. Il fut contraint de brûler publiquement ses livres et d'abjurer ses thèses en 1347[132].
Les adversaires de l'atomisme
[modifier | modifier le wikicode]Les atomistes médiévaux rencontrèrent une opposition vigoureuse. Les principaux critiques furent Thomas Bradwardine (vers 1300-1349), Adam Wodeham (vers 1298-1358) et Grégoire de Rimini (vers 1300-1358). Ces divisibilistes défendirent la thèse aristotélicienne de la divisibilité infinie du continuum et développèrent des arguments mathématiques sophistiqués contre l'atomisme[133].
L'argument de l'incommensurabilité, déjà utilisé dans le kalām arabe, fut repris : la diagonale d'un carré est incommensurable avec son côté, ce qui est incompatible avec une composition atomique finie. Wodeham, dans son Tractatus de indivisibilibus, rassembla pratiquement tous les arguments contre l'atomisme et réussit apparemment à mettre fin au débat à Oxford jusqu'aux années 1360[134].
Caractéristiques de l'atomisme médiéval
[modifier | modifier le wikicode]L'atomisme médiéval présente plusieurs traits distinctifs qui le différencient de l'atomisme antique :
1. Motivation théologique : Contrairement à Démocrite et Épicure, les atomistes médiévaux étaient principalement motivés par des préoccupations théologiques : la création du monde, la finitude du créé, la toute-puissance divine.
2. Conception mathématique : À l'exception de Nicolas Bonetus et Nicolas d'Autrécourt, la plupart des atomistes médiévaux concevaient les atomes comme des points sans extension (des « atomes géométriques »), et non comme de petits corpuscules dotés d'une grandeur minimale. Cette conception s'inscrit dans la tradition néo-pythagoricienne de la dérivation des grandeurs à partir d'unités[135].
3. Acceptation de la continuité : Même en acceptant l'existence d'indivisibles, les atomistes médiévaux n'affirmaient généralement pas l'existence du vide entre les atomes. Ils cherchaient à concilier l'idée d'une composition atomique avec celle d'une réalité continue.
4. Distance avec l'atomisme antique : Les motivations et les argumentations des atomistes médiévaux différaient profondément de celles de Démocrite, Épicure et Lucrèce. Ils ne cherchaient pas à expliquer les phénomènes naturels par des combinaisons mécaniques fortuites, mais à rendre compte de la structure métaphysique d'un monde créé par Dieu.
Conclusion
[modifier | modifier le wikicode]L'atomisme médiéval, loin d'être une simple survivance ou une redécouverte de l'atomisme antique, constitue un chapitre original de l'histoire de la philosophie. Dans le monde arabo-musulman, il servit les ambitions théologiques du kalām dans la philosophie juive, il fit l'objet de critiques approfondies dans l'Occident latin, il connut un renouveau au XIIe siècle avec Guillaume de Conches et Robert Grosseteste, puis un développement systématique au XIVe siècle avec les penseurs d'Oxford et de Paris. Bien que finalement rejeté par la tradition scolastique dominante, cet atomisme médiéval prépara indirectement le terrain pour la renaissance de l'atomisme à l'époque moderne.
La renaissance moderne de l'atomisme
[modifier | modifier le wikicode]Le contexte de la révolution scientifique du XVIIe siècle
[modifier | modifier le wikicode]Le XVIIe siècle marque un tournant dans l'histoire de l'atomisme. Après l'éclipse médiévale et malgré les condamnations ecclésiastiques, la doctrine atomiste connaît une véritable renaissance, favorisée par plusieurs facteurs convergents : la redécouverte complète du De rerum natura de Lucrèce à partir de 1417, la crise de l'aristotélisme scolastique, l'émergence d'une nouvelle science expérimentale (Galilée, Kepler), et le besoin de construire une physique mathématisée capable de rendre compte quantitativement des phénomènes naturels.
Cependant, l'atomisme moderne se distingue profondément de l'atomisme antique. Il ne s'agit plus principalement d'une doctrine éthique visant la tranquillité de l'âme, mais d'une hypothèse physique destinée à expliquer mécaniquement les phénomènes naturels. De plus, les atomistes modernes doivent composer avec la théologie chrétienne et répondre aux objections religieuses qui avaient conduit à la condamnation médiévale de l'atomisme[136].
Pierre Gassendi : la christianisation de l'épicurisme
[modifier | modifier le wikicode]Pierre Gassendi (1592-1655), chanoine de Digne puis professeur de mathématiques au Collège royal de Paris, fut le principal artisan de la renaissance de l'atomisme au XVIIe siècle et le promoteur d'une réhabilitation systématique de l'épicurisme. Son œuvre monumentale constitue une tentative ambitieuse de concilier l'atomisme ancien avec le christianisme[137].
Le parcours intellectuel de Gassendi commence par une critique de l'aristotélisme scolastique. Dans ses Exercitationes paradoxicae adversus Aristoteleos (Exercices paradoxaux contre les aristotéliciens, 1624), il dénonce le dogmatisme des commentateurs d'Aristote et leur soumission aveugle à l'autorité du Stagirite. Gassendi plaide pour un retour aux sources antiques et pour une philosophie fondée sur l'observation empirique plutôt que sur la spéculation abstraite[138].
Après avoir étudié minutieusement les sources anciennes, notamment Diogène Laërce, Gassendi publie en 1649 les Animadversiones in decimum librum Diogenis Laërtii (Remarques sur le dixième livre de Diogène Laërce), un commentaire érudit et détaillé de la vie et de la doctrine d'Épicure. Cet ouvrage est suivi en 1649 par le Philosophiae Epicuri syntagma (Abrégé de la philosophie d'Épicure), qui présente de manière systématique la physique et l'éthique épicuriennes[139].
L'œuvre majeure de Gassendi, le Syntagma philosophicum (Système de philosophie), resta inachevée à sa mort en 1655 et fut publiée de manière posthume en 1658 dans ses Opera omnia. Ce vaste traité, divisé en trois parties (logique, physique et éthique), expose son système philosophique complet. La partie physique développe une théorie atomiste qui reprend l'essentiel de la doctrine épicurienne tout en la modifiant sur plusieurs points cruciaux pour la rendre compatible avec la théologie chrétienne[140].
Les innovations théologiques de Gassendi : La principale modification apportée par Gassendi à l'atomisme épicurien concerne la création des atomes. Contrairement à Épicure, pour qui les atomes étaient éternels et incréés, Gassendi affirme que Dieu a créé les atomes au commencement du monde. Ces atomes ont été dotés par le Créateur de propriétés intrinsèques : forme, taille et poids. Gassendi rejette également le clinamen épicurien, qu'il juge incompatible avec le principe de causalité et avec la toute-puissance divine. Selon lui, le mouvement des atomes n'est pas spontané, mais résulte de l'impulsion initiale que Dieu leur a communiquée lors de la création[141].
Cette « christianisation » de l'atomisme permet à Gassendi de contourner les principales objections théologiques : les atomes ne sont plus éternels (ce qui nierait la création ex nihilo), le monde n'est pas le produit du hasard mais de la providence divine, et Dieu conserve son rôle de cause première et de gouverneur du monde. Gassendi maintient également, contre l'épicurisme, l'immortalité de l'âme humaine, qu'il considère comme une substance immatérielle distincte de l'âme sensitive (matérielle et mortelle) des animaux[142].
L'épistémologie empiriste : Sur le plan épistémologique, Gassendi développe un empirisme conséquent, affirmant que toute connaissance provient ultimement de l'expérience sensible. Il défend la thèse épicurienne selon laquelle les sensations sont infaillibles : « Toutes les sensations sont vraies » (omnis sensatio vera est). L'erreur ne provient jamais des sens eux-mêmes, mais des jugements que l'intellect porte sur les données sensorielles. Cette épistémologie empiriste exercera une influence considérable sur les philosophes britanniques ultérieurs, notamment Locke et Hume[143].
L'influence de Gassendi fut immense, tant en France qu'en Angleterre. À travers des disciples comme François Bernier (qui publia en 1678 un Abrégé de la philosophie de Gassendi) et Walter Charleton en Angleterre, l'atomisme gassendiste se diffusa largement et contribua à façonner la « philosophie mécanique » qui domina la seconde moitié du XVIIe siècle[144].
René Descartes : le mécanisme corpusculaire anti-atomiste
[modifier | modifier le wikicode]René Descartes (1596-1650) développa une physique corpusculaire qui, bien qu'elle partage avec l'atomisme l'ambition d'expliquer tous les phénomènes par la seule matière et le mouvement, s'oppose explicitement à l'atomisme sur plusieurs points fondamentaux[145].
Le refus des atomes indivisibles : Dans la partie II des Principes de la philosophie (1644), Descartes rejette catégoriquement l'existence d'atomes indivisibles. Son argumentation repose sur l'identification de la matière avec l'étendue : « La nature de la matière, ou du corps pris en général, ne consiste point en ce qu'il est une chose dure, ou pesante, ou colorée [...], mais en cela seul qu'il est une substance étendue en longueur, largeur et profondeur »[146]. Or, toute étendue est par nature divisible à l'infini, car on peut toujours concevoir qu'une partie étendue soit divisée en parties plus petites, et ainsi de suite sans fin. L'idée d'un minimum physique indivisible contredit donc l'essence même de la matière corporelle[147].
Descartes répond également à l'objection classique : si la matière est divisible à l'infini, comment expliquer qu'elle ne soit pas effectivement divisée en une infinité de parties ? Sa réponse est que Dieu peut diviser indéfiniment la matière (car il est tout-puissant), mais qu'il ne l'a pas effectivement divisée à l'infini. La divisibilité infinie est une potentialité, non une actualité[148].
Le refus du vide : Descartes nie également l'existence du vide. Selon lui, l'étendue constitue l'essence de la matière corporelle par conséquent, partout où il y a de l'étendue, il y a nécessairement de la matière. Un espace vide serait un espace étendu mais sans matière, ce qui est contradictoire. Descartes identifie donc espace et matière : « L'espace ou le lieu intérieur, et le corps qui est compris en cet espace, ne sont différents aussi que par notre pensée »[149]. Cette thèse implique que tout l'univers est un plenum, entièrement rempli de matière. Le mouvement s'explique non par le déplacement d'atomes dans le vide, mais par des tourbillons de matière subtile : lorsqu'un corps se meut, il doit nécessairement déplacer d'autres corps qui, à leur tour, en déplacent d'autres, formant ainsi des circuits fermés[150].
Le mécanisme cartésien : Malgré ces divergences fondamentales avec l'atomisme, la physique cartésienne partage avec lui l'ambition mécaniste : expliquer tous les phénomènes naturels uniquement par la figure, la grandeur et le mouvement des parties de la matière, sans recourir à des qualités occultes ou à des formes substantielles. Descartes affirme : « Je ne reconnais aucune différence entre les machines que font les artisans et les divers corps que la nature seule compose »[151]. Cette conception purement mécaniste de la nature rapproche fonctionnellement Descartes des atomistes, même si ses principes ontologiques diffèrent radicalement.
Les contemporains de Descartes, notamment Marin Mersenne et Ismaël Boulliau, ne manquèrent pas de remarquer les similitudes entre sa physique et l'atomisme ancien. Descartes dut constamment se défendre contre l'accusation d'être un atomiste déguisé : « Pour ce que l'auteur de ce livre dit de ma philosophie, qu'elle suit celle de Démocrite, je ne saurais pas dire s'il a raison ou non »[152]. Cette ambiguïté témoigne de la proximité, malgré tout, entre le corpuscularisme cartésien et l'atomisme.
Robert Boyle et la philosophie corpusculaire expérimentale
[modifier | modifier le wikicode]Robert Boyle (1627-1691), savant irlandais établi à Oxford puis à Londres, fut l'un des fondateurs de la chimie moderne et un promoteur infatigable de la « philosophie corpusculaire ». Sa position se situe à mi-chemin entre l'atomisme strict de Gassendi et le mécanisme cartésien, adoptant ce qu'il appelle une posture « corpusculaire » plutôt qu'atomiste[153].
Le Sceptical Chymist (1661) : Dans cet ouvrage fondateur, Boyle attaque frontalement les deux théories dominantes de la composition des corps : la théorie aristotélicienne des quatre éléments (terre, eau, air, feu) et la théorie alchimique des trois principes de Paracelse (sel, soufre, mercure). Par une série d'expériences chimiques minutieuses, Boyle démontre que ces prétendus « éléments » ou « principes » ne sont pas des composants ultimes de la matière, mais peuvent eux-mêmes être décomposés ou recomposés[154].
Boyle définit les éléments comme « certains corps primitifs et simples, ou parfaitement non-mélangés qui, n'étant pas faits d'autres corps ni les uns des autres, sont les ingrédients de tous les corps appelés parfaitement mixtes, et dans lesquels ceux-ci sont ultimement résolus »[155]. Cette définition, bien qu'encore imprécise, annonce la conception moderne de l'élément chimique.
La philosophie corpusculaire : Dans The Origine of Formes and Qualities (1666) et dans son essai About the Excellency and Grounds of the Corpuscular or Mechanical Philosophy (1674), Boyle expose systématiquement sa théorie corpusculaire de la matière. Selon lui, tous les corps sont composés de corpuscules (qu'il évite soigneusement d'appeler « atomes ») caractérisés uniquement par leur taille, leur forme et leur mouvement. Ces corpuscules peuvent s'agréger pour former des « corpuscules de second ordre » ou « concretions » qui possèdent une certaine stabilité et conservent leur texture même lorsqu'ils entrent dans des compositions plus complexes[156].
Boyle se garde de trancher définitivement la question de savoir si les corpuscules ultimes sont divisibles à l'infini (comme le soutient Descartes) ou s'il existe des atomes strictement indivisibles (comme l'affirme Gassendi). Il adopte une position prudente et agnostique : « Je ne me hasarderai pas à déterminer si la matière soit effectivement ou seulement possiblement divisible à l'infini »[157]. Cette prudence méthodologique reflète son empirisme : puisque l'expérience ne peut trancher cette question métaphysique, le savant doit s'en tenir aux hypothèses nécessaires et suffisantes pour expliquer les phénomènes observables.
L'approche expérimentale : La grande originalité de Boyle réside moins dans sa théorie corpusculaire elle-même (largement dérivée de Gassendi et Descartes) que dans sa méthode expérimentale rigoureuse. Contrairement aux philosophes continentaux qui développaient leurs théories de manière spéculative, Boyle multiplie les expériences de chimie, de pneumatique (étude des gaz) et de physique pour tester et raffiner ses hypothèses. Ses travaux sur l'élasticité de l'air, la pression atmosphérique (loi de Boyle-Mariotte), la combustion, la calcination des métaux, les couleurs, etc., constituent autant de tentatives pour montrer la fécondité explicative de la philosophie corpusculaire[158].
Les « atomes chymiques » : Boyle introduit une distinction importante entre les corpuscules de premier ordre (les particules ultimes de matière) et les « atomes chymiques » ou corpuscules de second ordre, qui sont des agrégats stables de corpuscules de premier ordre. Ces atomes chymiques correspondent approximativement à ce que nous appelons aujourd'hui des molécules. Ils possèdent une texture caractéristique qui leur confère des propriétés chimiques spécifiques, et ils conservent leur identité même lorsqu'ils entrent dans des compositions plus complexes[159]. Cette conception annonce remarquablement la chimie moderne.
La théologie naturelle : Comme Gassendi, Boyle insiste sur la compatibilité de la philosophie corpusculaire avec le christianisme. Dans The Christian Virtuoso (1690), il présente l'univers comme une machine merveilleuse créée par Dieu et fonctionnant selon des lois mécaniques. Loin de conduire à l'athéisme, la science corpusculaire révèle la sagesse et la puissance infinies du Créateur[160].
L'influence de Boyle fut considérable, particulièrement en Angleterre. Il transmit la philosophie corpusculaire à la génération suivante de savants britanniques, notamment Isaac Newton, John Locke et Robert Hooke, qui développèrent ses intuitions dans des directions diverses.
La diffusion de l'atomisme en Europe
[modifier | modifier le wikicode]Au-delà de ces trois figures majeures, l'atomisme et le corpuscularisme se diffusèrent largement en Europe au XVIIe siècle. En Angleterre, Walter Charleton publia en 1654 sa Physiologia Epicuro-Gassendo-Charletoniana, qui adaptait l'atomisme gassendiste tout en l'infléchissant vers le cartésianisme[161]. En France, l'atomisme gassendiste fut défendu par François Bernier et influença profondément les cercles libertins érudits. Aux Pays-Bas, Christiaan Huygens adopta une forme de corpuscularisme dans ses travaux sur la lumière et la mécanique.
Cependant, l'atomisme continuait de rencontrer une opposition vigoureuse. Les jésuites, fidèles à l'aristotélisme thomiste, interdirent l'enseignement de l'atomisme dans leurs collèges (décrets de 1641, 1643 et 1649). Le problème théologique de l'Eucharistie demeurait particulièrement épineux : comment expliquer la transsubstantiation (la transformation du pain et du vin en corps et sang du Christ) dans un cadre atomiste, où la « substance » se réduit aux atomes et à leurs propriétés mécaniques[162] ?
Malgré ces résistances, l'atomisme et le corpuscularisme s'imposèrent progressivement comme le cadre conceptuel dominant de la « philosophie naturelle » à la fin du XVIIe siècle, préparant ainsi le terrain pour les développements ultérieurs de la chimie et de la physique modernes.
Les critiques de l'atomisme
[modifier | modifier le wikicode]L'atomisme, malgré son influence considérable et sa fécondité explicative, n'a cessé de susciter des objections philosophiques, tant dans l'Antiquité qu'aux époques ultérieures. Ces critiques portent sur des questions fondamentales : la nature de la matière, la divisibilité du continu, l'existence du vide, la possibilité du mouvement, et les implications éthiques et théologiques de la doctrine atomiste. Trois grands courants de pensée ont formulé les critiques les plus systématiques et les plus influentes : l'aristotélisme, le stoïcisme et la métaphysique leibnizienne.
Les critiques aristotéliciennes
[modifier | modifier le wikicode]Aristote (384-322 av. J.-C.) fut le premier grand critique de l'atomisme, et ses objections exercèrent une influence considérable durant plus de deux millénaires. Bien qu'Aristote ne consacrât aucun ouvrage spécifique à réfuter l'atomisme, il en discute longuement dans plusieurs de ses traités, notamment la Physique, le De la génération et de la corruption, et le De caelo[163].
1. L'impossibilité du vide : L'une des objections aristotéliciennes les plus fondamentales concerne l'existence même du vide. Pour Aristote, le vide est non seulement inutile pour expliquer le mouvement, mais il est contradictoire et conduit à des absurdités physiques.
Aristote définit le vide comme « un lieu dans lequel il n'y a rien » ou « un intervalle dans lequel il n'y a aucun corps sensible »[164]. Or, cette notion même pose problème : comment peut-il y avoir un « lieu » sans rien dedans ? Le lieu, pour Aristote, est la limite immobile du corps contenant par rapport au corps contenu. Sans corps, il ne peut y avoir de lieu, donc pas de vide.
Sur le plan physique, l'existence du vide conduirait à des impossibilités. Aristote imagine ce qui se passerait si un corps se mouvait dans le vide : puisque le vide n'offre aucune résistance, le corps se déplacerait à une vitesse infinie (instantanément) or, le mouvement instantané est impossible, car tout mouvement requiert un certain temps pour s'accomplir[165]. De plus, dans le vide, il n'y aurait aucune raison pour qu'un mobile s'arrête en un point plutôt qu'en un autre, ni qu'il se déplace dans une direction plutôt qu'une autre. Le vide rendrait donc le mouvement local à la fois instantané (ce qui est impossible) et totalement indéterminé (ce qui contredit l'expérience).
Aristote affirme au contraire que le mouvement s'explique parfaitement dans un plenum continu : un corps se meut en déplaçant le milieu dans lequel il se trouve, qui se déplace à son tour circulairement pour venir combler l'espace laissé vacant. Ce mouvement par remplacement circulaire (antiperistasis) rend le vide superflu[166].
2. La divisibilité infinie de la matière : Aristote conteste radicalement l'idée d'atomes physiquement indivisibles. Son argumentation repose sur l'analyse conceptuelle de l'étendue et de la grandeur.
Tout ce qui possède une grandeur (megethos) est par nature divisible. En effet, si un corps a une étendue, on peut toujours concevoir qu'il soit divisé en deux parties, chacune possédant elle-même une étendue, et ainsi de suite à l'infini. L'idée d'un corps étendu mais indivisible contient une contradiction : avoir une étendue signifie précisément avoir des parties (une partie gauche et une partie droite, une partie supérieure et une partie inférieure, etc.)[167].
Aristote examine et réfute l'hypothèse selon laquelle un continuum pourrait être composé d'indivisibles (points, atomes sans extension). Si deux indivisibles se touchent, comment se touchent-ils ? Trois possibilités : soit partie à partie, soit partie au tout, soit tout au tout. Les deux premières sont exclues puisque les indivisibles n'ont pas de parties par définition. La troisième implique que les deux indivisibles coïncident parfaitement et ne forment qu'un seul indivisible, non deux or, une addition d'indivisibles qui coïncident ne produit jamais une grandeur étendue[168].
Aristote conclut donc que les grandeurs continues ne sont pas composées d'indivisibles, mais sont divisibles à l'infini. Cependant, cette divisibilité est potentielle, non actuelle : il ne s'agit pas d'affirmer qu'un corps est effectivement divisé en une infinité de parties, mais qu'il peut toujours être divisé davantage[169].
3. Le problème du contact entre atomes : Une troisième objection concerne la mécanique atomiste elle-même. Comment des atomes peuvent-ils interagir ? Les atomistes expliquent la formation des corps par les collisions et les enchevêtrements des atomes. Mais pour qu'il y ait collision, il faut que deux atomes entrent en contact. Or, le contact (haphê) suppose que les surfaces de deux corps se touchent en un ou plusieurs points. Si les atomes sont absolument indivisibles et sans parties, ils n'ont pas de surface qui pourrait toucher la surface d'un autre atome. Comment donc peuvent-ils entrer en collision[170] ?
Aristote souligne également que si les atomes diffèrent uniquement par leur forme (comme l'affirme Démocrite), ils doivent avoir des parties différemment disposées or, avoir des parties signifie être divisible, ce qui contredit la définition même de l'atome.
4. La théorie hylémorphique comme alternative : Face à l'atomisme, Aristote propose sa propre théorie de la matière, l'hylémorphisme (de hulê, matière, et morphê, forme). Selon cette doctrine, tout corps naturel est un composé de matière et de forme. La matière première (prôtê hulê) est pure potentialité, dépourvue de toute détermination. Les formes substantielles actualisent cette matière et lui confèrent ses propriétés spécifiques. La génération et la corruption s'expliquent non par des réarrangements d'atomes, mais par l'acquisition ou la perte de formes substantielles[171].
Cette théorie s'oppose diamétralement à l'atomisme : alors que les atomistes réduisent toutes les qualités à des configurations géométriques d'atomes, Aristote maintient l'existence de qualités réelles, irréductibles aux seules propriétés mécaniques. L'aristotélisme domina la philosophie naturelle jusqu'au XVIIe siècle, contribuant à maintenir l'atomisme dans une position marginale pendant plus de dix-huit siècles.
Les critiques stoïciennes
[modifier | modifier le wikicode]Les stoïciens, bien qu'ils partagent avec les épicuriens une conception matérialiste du monde, s'opposent vigoureusement à l'atomisme sur plusieurs points fondamentaux[172].
1. La théorie du continuum : Contre la conception atomiste d'une matière discontinue, les stoïciens défendent l'idée d'un continuum matériel. La matière est infiniment divisible il n'existe pas d'atomes insécables. Chrysippe (vers 280-206 av. J.-C.), le troisième scholarque de l'école stoïcienne, développa une théorie sophistiquée du continuum, distinguant le contact (haphê), la contiguïté (sunecheia), et l'unité (henôsis)[173].
Deux corps sont en contact lorsque leurs extrémités se touchent. Ils sont contigus lorsque leurs extrémités sont ensemble (dans le même lieu). Ils forment une unité lorsqu'ils sont unifiés par un seul *pneuma* (souffle). Cette analyse permet aux stoïciens d'expliquer la cohésion des corps sans recourir à des atomes crochus ni à des forces d'attraction inexplicables.
2. Le pneuma et la cohésion : Au lieu d'expliquer les propriétés des corps par la forme et la position des atomes, les stoïciens recourent à la notion de pneuma (πνεῦμα, « souffle »), mélange d'air (aêr) et de feu (pur). Ce pneuma est lui-même matériel, mais il pénètre toute la matière et lui confère ses qualités spécifiques selon le degré de tension (tonos) qu'il possède[174].
Le pneuma explique à la fois la cohésion interne des corps (ce qui les maintient unis) et leur individuation (ce qui les distingue les uns des autres). Dans les pierres et les métaux, le pneuma possède une faible tension et produit la simple cohésion (hexis). Dans les plantes, il possède une tension plus forte et produit la nature (phusis), principe de croissance. Dans les animaux, il produit l'âme (psuchê), principe de sensation et de mouvement. Dans l'homme, il produit l'âme rationnelle (logikê psuchê)[175].
Cette théorie dynamique et qualitative s'oppose à l'explication purement géométrique et mécanique des atomistes. Pour les stoïciens, les qualités sensibles (couleur, saveur, chaleur) ne sont pas de simples conventions résultant des configurations atomiques, mais des propriétés réelles produites par les différents états du pneuma.
3. Le rejet du vide cosmique : Les stoïciens admettent l'existence du vide, mais uniquement à l'extérieur du cosmos. L'univers lui-même est un plenum absolument continu, sans aucun vide interne. Cette thèse découle de leur conception du pneuma : puisque ce dernier pénètre toute la matière et assure la cohésion du cosmos, il ne peut y avoir d'espaces vides à l'intérieur du monde[176].
Le vide infini qui entoure le cosmos permet d'expliquer l'expansion et la contraction périodiques de l'univers lors des cycles cosmiques (ekpurôsis, l'embrasement universel, et palingenesia, la régénération). Mais ce vide extra-cosmique ne joue aucun rôle dans l'explication des phénomènes naturels, contrairement au vide intra-cosmique des atomistes.
4. Le déterminisme cosmique : Sur le plan métaphysique, les stoïciens s'opposent à l'indéterminisme épicurien. Alors que les épicuriens, avec le clinamen, tentent d'introduire une certaine contingence dans la nature pour sauver la liberté humaine, les stoïciens assument un déterminisme rigoureux : tout événement est déterminé par la chaîne causale universelle, qui s'identifie au *logos* divin ou Destin (heimarmenê)[177].
Paradoxalement, c'est en acceptant ce déterminisme que l'homme accède, selon les stoïciens, à la vraie liberté, comprise comme assentiment raisonné et volontaire à la nécessité. Cette conception diffère radicalement de la liberté épicurienne, fondée sur l'indétermination du clinamen. Les stoïciens reprochent aux épicuriens d'avoir sacrifié la rationalité du cosmos pour sauver une liberté illusoire : un événement incausé (le clinamen) n'est pas un acte libre, mais un pur hasard.
5. La théologie immanente : Enfin, les stoïciens s'opposent à la théologie épicurienne. Alors qu'Épicure relègue les dieux dans les espaces intermondes, totalement indifférents aux affaires humaines, les stoïciens identifient Dieu au pneuma rationnel qui gouverne le cosmos. Dieu n'est pas transcendant et séparé du monde, mais immanent et identique à la Nature elle-même. Cette providence divine garantit que le monde est le meilleur possible et que tout événement contribue à la perfection de l'ensemble[178].
La critique leibnizienne : les monades contre les atomes
[modifier | modifier le wikicode]Au tournant du XVIIIe siècle, Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716) développa une critique originale de l'atomisme, fondée sur sa métaphysique des monades[179].
1. L'impossibilité des atomes matériels : Leibniz rejette l'existence d'atomes matériels pour une raison métaphysique fondamentale : tout ce qui est étendu est divisible. L'étendue (extensio) implique la composition de parties juxtaposées dans l'espace or, tout composé peut être décomposé. L'idée d'un atome matériel – c'est-à-dire d'un corps étendu mais indivisible – contient donc une contradiction[180].
Cette objection reprend l'argument aristotélicien, mais Leibniz en tire une conséquence plus radicale : si toute matière étendue est divisible à l'infini, et si tout composé suppose des simples (car « le composé n'est autre chose qu'un amas ou aggregatum des simples »[181]), alors les véritables unités substantielles ne peuvent être matérielles. Ce sont des substances simples, sans étendue, sans parties : les monades.
2. Les monades comme « véritables atomes de la nature » : Leibniz qualifie parfois les monades de « véritables atomes de la nature » (veritables Atomes de la Nature)[182]. Cependant, ces « atomes » métaphysiques diffèrent radicalement des atomes physiques de Démocrite et Épicure. Les monades ne sont pas des corpuscules matériels dotés de forme, de taille et de poids, mais des substances spirituelles, des principes d'activité et de perception.
Chaque monade est un « miroir vivant de l'univers » : elle perçoit (perceptio) l'ensemble du cosmos selon son point de vue particulier, et elle tend (appetitus) spontanément d'un état de perception à un autre. Les monades n'ont « point de fenêtres » : elles ne peuvent ni recevoir ni transmettre quoi que ce soit aux autres monades. Il n'y a donc aucune causalité inter-monadique. L'apparence d'interaction entre les substances résulte de l'harmonie préétablie par Dieu[183].
3. Le statut des corps : Dans la métaphysique leibnizienne, les corps ne sont pas des agrégats d'atomes, mais des phénomènes bien fondés (phaenomena bene fundata) : ils ont une réalité, mais elle est dérivée et dépend ultimement des monades qui les fondent. Les lois de la mécanique (conservation de la force vive, principe d'action et de réaction, etc.) décrivent correctement les phénomènes corporels, mais ne révèlent pas la nature ultime de la réalité, qui est monadique et spirituelle[184].
Cette position permet à Leibniz de concilier la physique mécaniste (qu'il accepte au niveau phénoménal) avec la métaphysique spiritualiste (qu'il juge seule capable de fonder véritablement la réalité). L'atomisme, en revanche, prétend que les atomes matériels sont la réalité ultime, ce qui conduit selon Leibniz à une impasse métaphysique.
4. Critique du vide : Leibniz rejette également l'existence du vide, mais pour des raisons différentes de celles d'Aristote. Son argument principal repose sur le principe de raison suffisante : « Rien n'arrive sans qu'il soit possible à celui qui connaîtrait assez les choses de rendre une raison qui suffise pour déterminer pourquoi il en est ainsi et non pas autrement »[185].
Or, s'il existait du vide dans l'univers, pourquoi y aurait-il du vide en tel endroit plutôt qu'en tel autre ? Pourquoi telle quantité de vide plutôt qu'une autre ? Ces questions ne peuvent recevoir de réponse satisfaisante. En revanche, si Dieu crée le meilleur monde possible, il doit créer le plus de réalité possible, donc un monde plein, sans aucun vide[186].
Portée et limites des critiques
[modifier | modifier le wikicode]Ces critiques de l'atomisme, bien que redoutables sur le plan philosophique, n'ont pas empêché le développement ultérieur de la théorie atomique. Plusieurs remarques s'imposent :
1. Distinction entre atomisme philosophique et atomisme scientifique : Les objections d'Aristote, des stoïciens et de Leibniz visent principalement l'atomisme philosophique ancien, avec ses atomes absolument indivisibles et éternels. L'atomisme scientifique moderne, qui émerge au XIXe siècle avec Dalton et se développe au XXe siècle avec la physique quantique, diffère profondément de l'atomisme antique. Les « atomes » de la chimie et de la physique modernes ne sont ni indivisibles, ni ultimes, ni éternels : ils sont composés de particules subatomiques (électrons, protons, neutrons), elles-mêmes composées de quarks, et ainsi de suite.
2. Fécondité explicative : Malgré ses difficultés philosophiques, l'atomisme s'est révélé extraordinairement fécond pour expliquer les phénomènes naturels. L'hylémorphisme aristotélicien, bien que philosophiquement plus satisfaisant aux yeux de ses partisans, n'a jamais permis de développer une science quantitative de la matière comparable à la chimie atomique moderne.
3. Questions toujours ouvertes : Certaines questions soulevées par les critiques de l'atomisme demeurent pertinentes dans la philosophie de la physique contemporaine : le problème du continu et du discontinu (la matière est-elle en dernière analyse continue ou discrète ?), le problème du vide (que signifie le « vide quantique » de la physique moderne ?), le problème de la divisibilité (existe-t-il un niveau ultime de réalité ou la structure est-elle fractale à l'infini ?).
De l'hypothèse philosophique à la théorie scientifique
[modifier | modifier le wikicode]Pendant plus de deux millénaires, de Démocrite jusqu'au XVIIIe siècle, l'atomisme resta une hypothèse philosophique, une spéculation métaphysique sur la structure ultime de la matière. Bien que séduisante par sa simplicité conceptuelle et sa capacité à rendre compte de nombreux phénomènes, cette doctrine ne reposait sur aucune expérience décisive permettant de prouver l'existence réelle des atomes. Le tournant majeur se produit au début du XIXe siècle, lorsque l'atomisme cesse d'être une simple conjecture pour devenir une théorie scientifique quantitative, fondée sur des mesures précises et des résultats expérimentaux. Cette transformation constitue l'une des révolutions conceptuelles les plus importantes de l'histoire des sciences.
John Dalton et la naissance de la théorie atomique quantitative
[modifier | modifier le wikicode]John Dalton (1766-1844), instituteur et chimiste autodidacte de Manchester, fut le premier à donner à l'atomisme une forme véritablement scientifique. Ses travaux marquent le passage décisif de l'hypothèse philosophique à la théorie chimique quantitative[187].
Le contexte chimique de la découverte : À la fin du XVIIIe siècle, les chimistes avaient établi deux lois empiriques fondamentales concernant les combinaisons chimiques : la loi des proportions définies (ou loi de Proust, 1799), selon laquelle lorsque deux éléments se combinent pour former un composé, ils le font toujours dans les mêmes proportions pondérales et la loi de conservation de la masse (Lavoisier, 1789), selon laquelle rien ne se perd, rien ne se crée lors d'une réaction chimique[188]. Mais ces lois restaient inexpliquées.
La théorie atomique de Dalton : Entre 1803 et 1808, Dalton développe une théorie atomique qui explique ces lois et en ajoute une nouvelle. Le 21 octobre 1803, il présente pour la première fois devant la Manchester Literary and Philosophical Society ses idées sur les « poids relatifs des particules ultimes des corps ». En 1808, il publie la première partie de son ouvrage majeur, A New System of Chemical Philosophy[189].
La théorie de Dalton repose sur cinq postulats fondamentaux :
1. Toute matière est composée d'atomes, particules extrêmement petites, indivisibles et indestructibles.
2. Tous les atomes d'un même élément chimique sont identiques entre eux ils possèdent la même masse et les mêmes propriétés.
3. Les atomes d'éléments différents ont des masses et des propriétés différentes.
4. Les composés chimiques résultent de la combinaison d'atomes de différents éléments selon des rapports simples de nombres entiers. Par exemple, l'eau résulte de la combinaison d'un atome d'hydrogène (H) et d'un atome d'oxygène (O), dans le rapport 1:1 (Dalton se trompait ici : le rapport correct est 2:1, mais sa méthode était juste).
5. Lors d'une réaction chimique, les atomes se réarrangent mais ne sont ni créés ni détruits.
La loi des proportions multiples : De ces postulats, Dalton déduit une nouvelle loi, la loi des proportions multiples : lorsque deux éléments A et B forment plusieurs composés différents, les masses de B qui se combinent avec une masse fixe de A sont dans des rapports de nombres entiers simples[190]. Par exemple, le carbone (C) et l'oxygène (O) forment deux composés : le monoxyde de carbone (CO) et le dioxyde de carbone (CO₂). Pour 12 g de carbone, le monoxyde contient 16 g d'oxygène, et le dioxyde 32 g. Le rapport des masses d'oxygène est donc 16:32 = 1:2, un rapport simple de nombres entiers.
Cette loi, confirmée expérimentalement, constitua une preuve éclatante de la théorie atomique : elle ne pouvait s'expliquer que si la matière était effectivement composée d'unités discrètes (les atomes) se combinant selon des nombres entiers.
Le premier tableau des masses atomiques : Pour la première fois dans l'histoire, Dalton établit un tableau des masses atomiques relatives des éléments. Prenant l'atome d'hydrogène (le plus léger) comme unité de référence (masse = 1), il détermine expérimentalement les masses des autres atomes : oxygène = 7 (valeur moderne : 16), azote = 5 (14), carbone = 5 (12), etc.[191]. Bien que ces valeurs fussent encore imprécises (Dalton commettait des erreurs sur les formules chimiques, croyant par exemple que l'eau était HO plutôt que H₂O), elles représentaient une avancée considérable : pour la première fois, les atomes n'étaient plus de simples entités spéculatives, mais des objets quantifiables, caractérisés par des grandeurs mesurables.
L'impact de la théorie daltonienne fut immense. Comme l'écrivit le chimiste suédois Jöns Jacob Berzelius : « La loi des proportions multiples est un mystère sans la théorie atomique »[192]. La chimie devenait une science quantitative, fondée sur l'hypothèse atomique.
Amedeo Avogadro et la distinction atome-molécule
[modifier | modifier le wikicode]La théorie de Dalton rencontrait cependant une difficulté majeure avec les résultats expérimentaux de Joseph Louis Gay-Lussac sur les combinaisons gazeuses.
La loi de Gay-Lussac (1808) : Gay-Lussac avait découvert que lorsque des gaz se combinent chimiquement, ils le font selon des rapports de volumes simples : un volume d'oxygène se combine avec deux volumes d'hydrogène pour former deux volumes de vapeur d'eau[193]. Or, si l'on accepte la théorie de Dalton et que l'on suppose que des volumes égaux de gaz contiennent le même nombre d'atomes (hypothèse naturelle), on aboutit à une contradiction : comment un volume d'oxygène peut-il produire deux volumes de vapeur d'eau ?
L'hypothèse d'Avogadro (1811) : Le physicien italien Amedeo Avogadro (1776-1856) résolut cette apparente contradiction en 1811 par une intuition géniale, qu'il publia dans un article intitulé « Essai d'une manière de déterminer les masses relatives des molécules élémentaires des corps »[194].
Avogadro propose deux hypothèses fondamentales :
Première hypothèse (loi d'Avogadro) : « Des volumes égaux de tous les gaz, pris dans les mêmes conditions de température et de pression, contiennent le même nombre de molécules. » Cette hypothèse repose sur l'idée que, dans un gaz, les molécules sont tellement éloignées les unes des autres que leur volume propre est négligeable devant l'espace qu'elles occupent. Ce qui détermine le volume d'un gaz, ce n'est donc pas la taille des molécules, mais leur nombre.
Seconde hypothèse : Les « molécules intégrantes » (ce que nous appelons aujourd'hui molécules) des gaz simples ne sont pas nécessairement des atomes, mais peuvent être composées de plusieurs atomes identiques. Ainsi, l'oxygène gazeux n'est pas constitué d'atomes d'oxygène isolés (O), mais de molécules d'oxygène composées de deux atomes (O₂). De même pour l'hydrogène (H₂).
Cette distinction entre atome (particule indivisible d'un élément) et molécule (particule constituée de plusieurs atomes, identiques ou différents) permettait de résoudre la contradiction : un volume d'oxygène (O₂) contient n molécules deux volumes d'hydrogène (H₂) contiennent 2n molécules. La réaction produit deux volumes de vapeur d'eau (H₂O), soit 2n molécules. L'équation devient : O₂ + 2H₂ → 2H₂O.
Malheureusement, cette hypothèse géniale fut largement ignorée pendant près d'un demi-siècle. Les chimistes de l'époque, dont Dalton lui-même, la rejetèrent. Ce n'est qu'en 1860, lors du congrès de Karlsruhe, que le chimiste italien Stanislao Cannizzaro (1826-1910) réussit à convaincre la communauté scientifique de l'importance de la distinction avogadrienne et de la validité de son hypothèse[195].
Jean Perrin et la preuve définitive de l'existence des atomes
[modifier | modifier le wikicode]Au début du XXe siècle, malgré les succès de la chimie atomique, l'existence réelle des atomes restait contestée par plusieurs physiciens et chimistes éminents, notamment Wilhelm Ostwald, Ernst Mach et Pierre Duhem, qui défendaient une conception « énergétiste » ou « phénoméniste » de la science[196]. Pour ces savants, les atomes n'étaient que des fictions utiles, des instruments de calcul, mais pas des entités réelles. La théorie atomique fonctionnait, certes, mais cela ne prouvait pas l'existence des atomes.
C'est le physicien français Jean Perrin (1870-1942) qui apporta la preuve décisive et irréfutable de la réalité des atomes, en s'appuyant sur l'étude du mouvement brownien.
Le mouvement brownien : En 1827, le botaniste écossais Robert Brown avait observé qu'en examinant au microscope des grains de pollen en suspension dans l'eau, ceux-ci étaient animés d'un mouvement incessant, désordonné et imprévisible[197]. Ce phénomène, baptisé « mouvement brownien », resta longtemps inexpliqué. Certains le rapprochaient des théories atomistes le mouvement erratique des particules de pollen pourrait résulter des chocs incessants des molécules d'eau en agitation thermique.
La théorie d'Einstein (1905) : En 1905, Albert Einstein publia un article théorique capital, « Sur le mouvement de petites particules en suspension dans un liquide au repos, tel qu'il est exigé par la théorie cinétique moléculaire de la chaleur »[198]. Einstein y démontrait que si les atomes et les molécules existent réellement, alors le mouvement brownien devait obéir à des lois statistiques précises. En particulier, le déplacement quadratique moyen des particules browniennes devait croître proportionnellement au temps, et le facteur de proportionnalité dépendait du nombre d'Avogadro N_A (le nombre d'entités élémentaires dans une mole de matière).
Einstein fournissait ainsi une formule permettant de calculer N_A à partir d'observations du mouvement brownien. Si l'on trouvait effectivement la même valeur de N_A par cette méthode et par d'autres méthodes indépendantes (par exemple à partir de l'électrolyse ou de la radioactivité), ce serait une preuve éclatante de l'existence des atomes.
Les expériences de Perrin (1908-1909) : Entre 1908 et 1909, Jean Perrin, alors maître de conférences à la Sorbonne, entreprit une série d'expériences méticuleuses pour tester les prédictions d'Einstein[199]. Il prépara des émulsions de particules sphériques parfaitement calibrées (des grains de gomme-gutte et de mastic), qu'il observa au microscope pendant des heures, notant leur position à intervalles réguliers et dessinant leurs trajectoires zigzagantes.
À partir de ces observations, Perrin calcula le déplacement quadratique moyen des particules et en déduisit une première valeur du nombre d'Avogadro : N_A ≈ 6,5 × 10²³ entités par mole. Mais Perrin ne s'arrêta pas là. Il détermina le nombre d'Avogadro par treize méthodes indépendantes différentes : étude de la répartition verticale des particules en suspension (sédiment d'équilibre), mesure de la constante des gaz parfaits, analyse du rayonnement du corps noir, étude de l'opalescence critique, phénomènes radioactifs, etc.
Le congrès Solvay de 1911 : En 1911, Jean Perrin est invité au premier congrès Solvay de physique, qui réunit à Bruxelles une vingtaine des plus grands physiciens de l'époque (Einstein, Planck, Lorentz, Poincaré, Marie Curie, etc.). Perrin y présente sa conférence intitulée « Les preuves de la réalité moléculaire »[200]. Son exposé est si clair et si convaincant que tous les participants, même les plus sceptiques, se déclarent convaincus de l'existence des atomes.
Wilhelm Ostwald, qui avait été l'un des opposants les plus virulents de l'atomisme, écrit peu après : « Je suis maintenant persuadé [de la réalité des atomes] »[201]. Henri Poincaré, qui avait longtemps manifesté une attitude instrumentaliste vis-à-vis des atomes, déclare après avoir entendu Perrin : « L'atome des chimistes est maintenant une réalité »[202].
En 1926, Jean Perrin reçoit le prix Nobel de physique « pour ses travaux sur la structure discontinue de la matière, et en particulier pour sa découverte de l'équilibre de sédimentation »[203].
La transformation conceptuelle : de l'atome philosophique à l'atome scientifique
[modifier | modifier le wikicode]Le passage de l'atomisme philosophique à l'atomisme scientifique ne constitue pas une simple confirmation empirique d'une hypothèse ancienne. Il représente une transformation profonde de la notion même d'atome.
1. De l'indivisibilité à la divisibilité : L'atome des philosophes grecs (a-tomos, « insécable ») était par définition indivisible. Or, dès la fin du XIXe siècle, les travaux sur la radioactivité (Henri Becquerel, Pierre et Marie Curie) et sur les rayons cathodiques (J. J. Thomson) révélèrent que les atomes possèdent une structure interne : ils sont composés d'un noyau central (découvert par Ernest Rutherford en 1911) entouré d'électrons. Le noyau lui-même est composé de protons et de neutrons (découverts par James Chadwick en 1932), lesquels sont eux-mêmes constitués de quarks (théorisés dans les années 1960 et confirmés expérimentalement dans les années 1970)[204].
L'atome moderne n'est donc pas insécable. Le terme même d'« atome » est devenu impropre, vestige historique d'une conception dépassée. Néanmoins, il a été conservé pour désigner la plus petite unité d'un élément chimique conservant ses propriétés.
2. De la simplicité à la complexité : L'atome des philosophes était simple, caractérisé uniquement par sa forme et sa taille. L'atome des physiciens modernes est un système d'une extraordinaire complexité, régi par les lois de la mécanique quantique. Il possède des niveaux d'énergie discrets, un moment cinétique orbital et de spin, un moment magnétique, etc. Sa description mathématique requiert l'équation de Schrödinger (1926) et la théorie quantique des champs.
3. De l'éternité à la transmutabilité : Les atomes des philosophes étaient éternels et immuables. Les atomes modernes peuvent être transformés les uns dans les autres par réactions nucléaires (fission, fusion, radioactivité). L'alchimie, rêve ancestral de transmutation des éléments, est devenue réalité, mais par des moyens que les alchimistes n'auraient jamais imaginés.
4. Du déterminisme à l'indéterminisme quantique : L'atomisme ancien reposait sur un déterminisme strict : chaque mouvement d'atome résultait nécessairement des collisions antérieures (Démocrite) ou, chez Épicure, était perturbé par le clinamen. La physique quantique moderne introduit un indéterminisme fondamental : on ne peut prédire avec certitude la position ou la vitesse d'un électron, mais seulement des probabilités de présence (principe d'incertitude d'Heisenberg, 1927)[205].
Malgré ces différences profondes, l'atomisme moderne conserve l'intuition fondamentale de Leucippe et Démocrite : la matière macroscopique, dans toute sa diversité, résulte de combinaisons d'un nombre limité d'éléments ultimes. Cette idée, qui était au Ve siècle avant notre ère une conjecture audacieuse, est devenue au XXe siècle un fait scientifiquement établi, confirmé par des millions d'expériences et constituant le fondement de toute la physique et la chimie contemporaines.
Enjeux philosophiques
[modifier | modifier le wikicode]L'atomisme ne se limite pas à une théorie physique sur la structure de la matière. Il engage une vision complète du monde, une ontologie, une épistémologie, et soulève des questions fondamentales sur la nature de la réalité, les limites de la connaissance, le déterminisme, la liberté humaine, et le statut des qualités sensibles. Ces enjeux philosophiques, qui traversent toute l'histoire de la pensée depuis les présocratiques jusqu'à la philosophie contemporaine, demeurent d'une actualité remarquable.
Atomisme et matérialisme
[modifier | modifier le wikicode]L'atomisme antique représente la première formulation systématique d'une ontologie matérialiste dans l'histoire de la philosophie occidentale. Cette association entre atomisme et matérialisme n'est pas accidentelle, mais découle de la logique même de la doctrine.
La thèse matérialiste fondamentale : Pour Démocrite et Épicure, seuls existent les atomes (qui sont matériels) et le vide (qui n'est rien, mais existe comme condition du mouvement). Toute réalité dérive de ces deux principes. Cette affirmation implique le rejet de toute substance immatérielle : il n'existe ni âme séparée du corps, ni Idées platoniciennes, ni formes substantielles aristotéliciennes, ni Dieu transcendant créateur du monde[206].
L'âme elle-même, chez les atomistes, est matérielle : elle est composée d'atomes particulièrement subtils, mobiles et sphériques, dispersés dans tout le corps. À la mort, ces atomes se dispersent et l'âme cesse d'exister. Il n'y a donc ni immortalité de l'âme, ni jugement après la mort, ni châtiments infernaux. Cette conception matérialiste de l'âme entre en contradiction frontale avec les doctrines religieuses traditionnelles et avec les philosophies spiritualistes (pythagorisme, platonisme, christianisme)[207].
Les implications éthiques et politiques : Le matérialisme atomiste a des conséquences éthiques et politiques profondes. Si les dieux (dans la version épicurienne) n'interviennent pas dans les affaires humaines, et s'il n'existe aucune providence divine gouvernant le monde, alors l'homme est seul responsable de son destin. Les valeurs morales ne sont pas fondées sur une loi divine transcendante, mais sur la nature humaine elle-même et sur l'utilité sociale. Cette position annonce le naturalisme éthique moderne.
Au XIXe et au XXe siècle, le matérialisme devint une doctrine philosophique centrale, notamment dans le matérialisme dialectique marxiste. Karl Marx et Friedrich Engels se réclamèrent explicitement de l'atomisme démocritéen (Marx consacra sa thèse de doctorat, en 1841, à la « Différence de la philosophie de la nature chez Démocrite et Épicure »)[208]. Cependant, le matérialisme marxiste diverge de l'atomisme ancien sur un point essentiel : là où Démocrite et Épicure voyaient dans le mouvement des atomes un processus purement mécanique et aveugle, Marx et Engels affirment que la matière possède en elle-même un principe dialectique de développement et d'organisation.
Atomisme et réductionnisme
[modifier | modifier le wikicode]L'atomisme implique une forme de réductionnisme ontologique : les propriétés macroscopiques des corps se réduisent aux propriétés et aux configurations des atomes qui les composent. Cette thèse soulève plusieurs questions philosophiques majeures, qui demeurent au cœur des débats contemporains en philosophie de l'esprit et en philosophie des sciences.
Le réductionnisme fort : Dans sa version la plus stricte, le réductionnisme atomiste affirme que toutes les propriétés d'un corps composé peuvent être déduites, en principe, des propriétés de ses constituants élémentaires. Connaître les positions, les vitesses, les formes et les masses de tous les atomes d'un système permettrait de prédire tous les comportements et toutes les propriétés de ce système[209].
Cette conception trouve son expression la plus célèbre dans le « démon de Laplace » : « Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres qui la composent [...] embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l'univers et ceux du plus léger atome : rien ne serait incertain pour elle, et l'avenir, comme le passé, serait présent à ses yeux »[210]. Bien que Laplace ne fût pas atomiste au sens strict (il ne se prononçait pas sur l'existence d'atomes indivisibles), cette formulation exprime parfaitement l'idéal réductionniste découlant de la conception mécaniste de la nature héritée de l'atomisme.
Les limites du réductionnisme : l'émergence : Le réductionnisme fort rencontre cependant des objections sérieuses. Certaines propriétés des systèmes complexes semblent « émerger » au niveau macroscopique sans être réductibles aux propriétés microscopiques. Par exemple, la liquidité de l'eau, la conscience humaine, ou les institutions sociales possèdent des caractéristiques qui ne peuvent être déduites, même en principe, de la simple connaissance des atomes qui les composent[211].
Les philosophes distinguent généralement deux types d'émergence : l'émergence faible (ou épistémique), où la propriété émergente pourrait en principe être déduite des propriétés de base, mais est imprévisible en pratique en raison de la complexité des calculs requis ; et l'émergence forte (ou ontologique), où la propriété émergente est irréductible, même en principe, aux propriétés de base et obéit à des lois causales propres[212].
Le débat entre réductionnistes et émergentistes traverse aujourd'hui toute la philosophie des sciences, de la physique des systèmes complexes à la philosophie de l'esprit (le problème de la réduction de la conscience aux processus neuronaux) et à la philosophie des sciences sociales (le problème de la réduction des faits sociaux aux actions individuelles).
Atomisme, déterminisme et liberté
[modifier | modifier le wikicode]L'atomisme pose de manière aiguë la question du déterminisme et de son apparente incompatibilité avec la liberté humaine. Cette tension traverse toute l'histoire de la philosophie atomiste et demeure l'un des problèmes les plus difficiles de la métaphysique.
Le déterminisme démocritéen : Chez Démocrite, le déterminisme est strict et absolu. Tous les mouvements des atomes, et par conséquent tous les événements du monde, résultent nécessairement des configurations atomiques antérieures. Leucippe affirme explicitement : « Rien ne se produit fortuitement, mais toutes choses procèdent de la raison et de la nécessité »[213]. Ce que nous appelons « hasard » n'est que le nom que nous donnons à notre ignorance des causes véritables.
Dans un tel cadre, quelle place reste-t-il pour la liberté humaine ? Nos actions, nos pensées, nos désirs ne sont-ils pas eux-mêmes déterminés par les mouvements des atomes constituant notre âme et notre corps ? Démocrite semble avoir accepté cette conséquence : l'homme n'est pas libre au sens où il pourrait agir autrement que ce qu'il fait. Le sentiment de liberté serait une illusion subjective[214].
Le clinamen épicurien et le problème de la liberté : Épicure, conscient de cette difficulté, tente de sauver la liberté en introduisant le clinamen, cette légère déviation spontanée et imprévisible que peut subir un atome dans sa chute. Lucrèce explicite le lien entre le clinamen et la liberté : « Si tous les mouvements sont enchaînés dans la nature, si toujours d'un premier naît un second suivant un ordre rigoureux [...], d'où vient donc cette liberté accordée sur terre aux êtres vivants [...] ? C'est la légère déviation des atomes, en des temps et des lieux indéterminés »[215].
Cependant, cette solution soulève plus de problèmes qu'elle n'en résout. En quoi une déviation aléatoire, imprévisible et incausée constitue-t-elle une action libre ? Un événement qui arrive sans cause n'est pas un acte de liberté, mais un pur hasard. La liberté véritable suppose non pas l'absence de causalité, mais une causalité par l'agent lui-même : je suis libre lorsque c'est moi qui suis la cause de mon action, lorsque mon action procède de ma volonté délibérée. Or, le clinamen ne fournit pas une telle causalité par l'agent il introduit simplement de l'indétermination au niveau atomique[216].
Compatibilisme et incompatibilisme : Ce débat entre déterminisme et liberté structure encore aujourd'hui la philosophie de l'action. Les incompatibilistes soutiennent que le déterminisme et la liberté sont incompatibles : si le déterminisme est vrai, nous ne sommes pas libres. Les compatibilistes, au contraire, affirment que liberté et déterminisme peuvent coexister : être libre, ce n'est pas échapper à toute causalité, mais agir en fonction de nos désirs et de nos raisons, sans contrainte externe[217].
La physique quantique, avec son indéterminisme fondamental (principe d'incertitude de Heisenberg), a relancé ce débat au XXe siècle. Certains philosophes ont vu dans l'indéterminisme quantique une justification scientifique du libre arbitre, tandis que d'autres ont souligné qu'un indéterminisme quantique dans le cerveau ne fournirait pas plus de liberté qu'un déterminisme strict.
Le problème des qualités premières et secondes
[modifier | modifier le wikicode]L'atomisme implique une distinction fondamentale entre les qualités premières (ou propriétés objectives) et les qualités secondes (ou propriétés subjectives). Cette distinction, esquissée par Démocrite, développée par Épicure et Lucrèce, reprise et systématisée par les philosophes modernes (Galilée, Descartes, Locke), demeure l'un des problèmes centraux de la philosophie de la perception et de la métaphysique.
La thèse démocritéenne : Démocrite affirme que les atomes possèdent uniquement des propriétés géométriques et mécaniques : forme (schêma), taille (megethos), position (thesis), et mouvement. Toutes les autres qualités – couleurs, saveurs, odeurs, sons, chaleur, etc. – ne sont que des « conventions » (nomôi), c'est-à-dire des effets produits sur nos organes sensoriels par les configurations et les mouvements des atomes. Le célèbre fragment de Démocrite énonce : « Par convention la couleur douce, par convention l'amer en réalité seulement atomes et vide »[218].
Cette distinction implique que le monde tel qu'il est en lui-même (les atomes et le vide) diffère radicalement du monde tel que nous le percevons (coloré, odorant, savoureux). Les qualités sensibles n'existent pas objectivement dans les choses, mais résultent de l'interaction entre les atomes des objets et les atomes de nos organes sensoriels.
La reprise moderne : Cette thèse fut reprise et développée par les philosophes du XVIIe siècle. Galilée écrit dans L'Essayeur (1623) : « Je pense que ces goûts, odeurs, couleurs, etc., du côté du sujet dans lequel ils semblent résider, ne sont rien d'autre que de purs noms, et tiennent seulement leur siège dans le corps sensitif »[219]. Descartes, dans les Principes de la philosophie, affirme que la matière ne possède que l'étendue, la figure et le mouvement les autres qualités (couleur, son, odeur) ne sont que des sensations dans l'esprit[220].
John Locke systématisa cette distinction dans son Essai sur l'entendement humain (1690), introduisant les termes de « qualités premières » (solidité, étendue, figure, nombre, mouvement) et « qualités secondes » (couleurs, sons, goûts, odeurs)[221]. Les qualités premières ressemblent à nos idées d'elles (si j'ai l'idée d'un cube, c'est qu'il existe réellement un objet cubique) les qualités secondes ne ressemblent pas à nos idées (la sensation de rouge que j'éprouve ne ressemble pas à la configuration atomique qui la produit).
Les difficultés philosophiques : Cette distinction soulève plusieurs problèmes philosophiques redoutables :
1. Le scepticisme : Si le monde réel (atomes et vide) diffère radicalement du monde perçu (coloré, odorant, etc.), comment pouvons-nous connaître le monde réel ? Toute notre connaissance provient de la perception sensorielle or, celle-ci ne nous donne accès qu'aux qualités secondes, qui sont subjectives. Nous semblons enfermés dans le monde des apparences, sans accès au monde réel. Démocrite lui-même semble avoir reconnu cette difficulté dans le fragment où il fait dire aux sens à la raison : « Pauvre raison, tu tires de nous tes preuves et tu cherches à nous renverser ? Notre renversement sera ta chute »[222].
2. Le problème de la conscience : Si toutes les qualités sensibles sont subjectives, où existent-elles ? Dans l'esprit, dans la conscience. Mais qu'est-ce que l'esprit ou la conscience ? Pour les atomistes anciens, l'esprit est lui-même matériel (composé d'atomes subtils). Mais comment des atomes, qui ne possèdent que des propriétés géométriques, peuvent-ils produire des expériences conscientes dotées de qualités sensibles (le rouge que je vois, la douleur que je ressens) ? Ce problème, connu aujourd'hui sous le nom de « problème difficile de la conscience » (hard problem of consciousness), demeure l'une des énigmes majeures de la philosophie de l'esprit[223].
3. La critique berkeleienne : George Berkeley (1685-1753) argua que la distinction entre qualités premières et secondes est intenable. Les qualités dites « premières » (forme, taille, mouvement) ne nous sont connues que par la perception sensorielle, exactement comme les qualités secondes. Si les qualités secondes sont subjectives parce qu'elles dépendent de nos sens, alors les qualités premières le sont aussi. Berkeley en conclut que toutes les qualités sont dans l'esprit et que les objets matériels n'existent pas indépendamment de la perception : esse est percipi (« être, c'est être perçu »)[224].
Atomisme et finalité
[modifier | modifier le wikicode]Une conséquence majeure de l'atomisme est le rejet de toute finalité (téléologie) dans la nature. Alors qu'Aristote expliquait les phénomènes naturels par les quatre causes (matérielle, formelle, efficiente et finale), l'atomisme ne reconnaît que la cause efficiente : les chocs mécaniques entre atomes[225].
Pour Démocrite, l'univers n'a pas de but, aucun dessein ne préside à son organisation. Les mondes se forment par hasard (tuchê), c'est-à-dire par la rencontre fortuite d'atomes dans le vide infini. Les êtres vivants eux-mêmes ne sont pas le produit d'une intelligence ordonnatrice, mais résultent de combinaisons atomiques qui se sont trouvées, par chance, viables et capables de se reproduire[226].
Cette vision anti-finaliste choqua profondément les philosophes téléologistes. Aristote reproche aux atomistes de négliger la cause finale, qui est pourtant la plus importante pour comprendre les êtres naturels, en particulier les êtres vivants[227]. Comment expliquer l'organisation admirablement fonctionnelle d'un organisme vivant (l'œil fait pour voir, le cœur pour pomper le sang) si l'on exclut toute finalité ?
Les atomistes anticipèrent cependant l'explication évolutionniste. Lucrèce affirme que de nombreuses formes vivantes monstrueuses ont dû se former au début, mais qu'elles ont disparu parce qu'elles n'étaient pas viables : « Beaucoup de monstres durent essayer de naître [...]. Mais en vain : la nature leur refusa la croissance »[228]. Cette intuition annonce la sélection naturelle de Darwin, où l'apparente finalité des organismes s'explique par un processus aveugle de variation et de sélection, sans qu'il soit besoin de postuler un dessein intelligent.
Conclusion
[modifier | modifier le wikicode]L'atomisme constitue l'une des hypothèses les plus anciennes, les plus audacieuses et les plus fécondes de l'histoire de la pensée humaine. Né il y a plus de deux millénaires et demi, aux confins du monde méditerranéen et sur le sous-continent indien, il traverse toute l'histoire de la philosophie et de la science, se transformant continuellement tout en conservant son intuition fondamentale : la diversité infinie du monde sensible résulte de combinaisons variées d'un nombre limité d'éléments ultimes.
Un parcours historique de plus de vingt-cinq siècles
[modifier | modifier le wikicode]Le chemin parcouru par l'atomisme depuis Leucippe et Démocrite au Ve siècle avant notre ère jusqu'à la physique quantique contemporaine témoigne d'une continuité intellectuelle remarquable, bien qu'entrecoupée de ruptures et de transformations profondes.
Dans l'Antiquité grecque, l'atomisme apparaît comme une réponse au défi éléate : comment concilier l'unité et l'immuabilité de l'Être parménidien avec la multiplicité et le changement évidents du monde ? Leucippe et Démocrite proposent une solution géniale : multiplier l'Être en une infinité de petits êtres indivisibles (les atomes) se mouvant dans le vide. Cette hypothèse permet de sauver à la fois les exigences logiques de Parménide et l'évidence empirique du devenir[229].
Épicure christianise cette doctrine en l'orientant vers une finalité éthique : la connaissance de la nature atomiste doit libérer l'homme de la crainte des dieux et de la mort, et lui permettre d'atteindre l'ataraxie. Le clinamen, cette déviation spontanée des atomes, introduit un élément d'indétermination qui fonde la possibilité de la liberté humaine. Lucrèce transmet cette doctrine au monde romain dans un poème d'une beauté incomparable, qui assure la survie de l'atomisme antique à travers les siècles[230].
Durant le Moyen Âge, l'atomisme survit sous des formes transformées : dans le kalām arabo-musulman, où il sert des ambitions théologiques dans l'Occident latin du XIVe siècle, où des penseurs d'Oxford et de Paris le réactivent pour résoudre des apories sur la nature du continuum. Mais ces atomismes médiévaux, s'ils reprennent l'idée d'indivisibles ultimes, s'éloignent profondément de l'atomisme matérialiste ancien : ils sont intégrés dans des cosmologies théistes et servent souvent à prouver la création temporelle du monde[231].
La Renaissance et le XVIIe siècle marquent une résurrection de l'atomisme dans sa forme antique, grâce à la redécouverte de Lucrèce et aux travaux de Gassendi. Mais cette résurrection s'accompagne d'une transformation : l'atomisme devient un instrument de la nouvelle science expérimentale. Gassendi christianise Épicure, faisant des atomes des créatures divines dotées de mouvement par Dieu. Boyle développe une « philosophie corpusculaire » qui évite les engagements métaphysiques les plus audacieux de l'atomisme ancien tout en conservant sa fécondité explicative[232].
C'est au XIXe siècle que l'atomisme cesse définitivement d'être une hypothèse philosophique pour devenir une théorie scientifique. Dalton transforme l'intuition atomiste en un système quantitatif permettant de prédire les proportions des combinaisons chimiques. Avogadro distingue atomes et molécules, résolvant des paradoxes apparents. Au début du XXe siècle, Jean Perrin apporte la preuve expérimentale décisive de l'existence des atomes par l'étude du mouvement brownien, fermant ainsi un débat vieux de vingt-cinq siècles[233].
Mais l'histoire ne s'arrête pas là. La physique du XXe siècle révèle que les atomes eux-mêmes ne sont pas insécables : ils possèdent une structure interne complexe (noyau et électrons), et le noyau lui-même est composé de protons et de neutrons, eux-mêmes constitués de quarks. La physique contemporaine continue donc le programme atomiste d'analyse de la matière en composants élémentaires, tout en s'éloignant toujours plus de l'atome originel de Démocrite.
La permanence d'une intuition fondamentale
[modifier | modifier le wikicode]Malgré les transformations considérables de la doctrine atomiste au cours de son histoire, une intuition fondamentale demeure constante : l'idée que la complexité apparente du monde résulte de combinaisons d'éléments simples gouvernées par des lois naturelles.
Cette intuition se décline selon plusieurs thèses :
1. Réductionnisme : Les phénomènes complexes s'expliquent par des phénomènes plus simples. Les propriétés macroscopiques des corps dérivent des propriétés et des arrangements de leurs constituants microscopiques. Cette thèse fonde toute démarche analytique en science.
2. Mécanisme : Les interactions entre les constituants élémentaires obéissent à des lois déterministes (ou, dans la version quantique, à des lois probabilistes). Il n'y a pas de finalité, pas de forces occultes, pas d'intervention divine dans le cours ordinaire de la nature. Cette thèse constitue le fondement de la science moderne.
3. Économie conceptuelle : La nature opère avec un nombre limité de principes et d'éléments. Plutôt que de postuler une substance différente pour chaque phénomène, l'atomisme explique la diversité par les combinaisons variées d'un petit nombre d'éléments fondamentaux. Ce principe d'économie (« les entités ne doivent pas être multipliées sans nécessité », principe dit « rasoir d'Ockham ») guide toute théorisation scientifique[234].
Ces trois thèses – réductionnisme, mécanisme, économie – constituent l'héritage durable de l'atomisme antique. Elles structurent encore aujourd'hui la recherche scientifique, de la physique des particules élémentaires à la biologie moléculaire, en passant par la chimie, les sciences des matériaux et les neurosciences.
Les limites et les questions ouvertes
[modifier | modifier le wikicode]Si l'atomisme a connu un succès scientifique incontestable, certaines questions philosophiques soulevées par ses critiques demeurent irrésolues ou ont pris des formes nouvelles dans le contexte de la science contemporaine.
Le problème du réductionnisme : La thèse selon laquelle tout phénomène complexe se réduit aux propriétés de ses constituants élémentaires rencontre des difficultés dans plusieurs domaines. En physique quantique, les propriétés d'un système composite (comme un atome ou une molécule) ne peuvent parfois pas être déduites des propriétés de ses parties prises isolément, en raison du phénomène d'intrication quantique. En biologie, certains phénomènes (comme la conscience, l'intentionnalité, ou même les fonctions biologiques) semblent posséder des propriétés « émergentes » qui ne se laissent pas réduire aux propriétés physico-chimiques de leurs composants. Le débat entre réductionnistes et émergentistes structure aujourd'hui une part importante de la philosophie des sciences[235].
Le problème de la conscience : L'atomisme ancien affirmait que l'âme elle-même est matérielle et composée d'atomes. Mais comment des atomes, caractérisés uniquement par des propriétés géométriques et mécaniques, peuvent-ils produire des expériences conscientes dotées de qualités subjectives (la rougeur du rouge, la douleur, le plaisir) ? Ce « problème difficile de la conscience » reste aujourd'hui l'une des énigmes majeures de la philosophie de l'esprit, et l'échec apparent du réductionnisme physicaliste à le résoudre a conduit certains philosophes à remettre en question le matérialisme atomiste hérité de Démocrite[236].
La question de l'élément ultime : Les atomes ne sont pas les constituants ultimes de la matière. Les particules élémentaires actuellement connues (quarks, leptons, bosons) sont-elles vraiment « élémentaires », ou possèdent-elles elles aussi une structure interne ? Certaines théories, comme la théorie des cordes, postulent que les particules ne sont pas ponctuelles mais sont des modes de vibration de cordes unidimensionnelles. D'autres approches, comme la gravitation quantique à boucles, suggèrent que l'espace lui-même possède une structure atomique, composé de « quanta d'espace ». La quête de l'élément ultime continue, mais il n'est pas certain qu'elle aboutisse jamais à un « atome » définitif, ou si la matière ne possède pas une structure fractale infiniment complexe[237].
L'indéterminisme quantique : La mécanique quantique a introduit un indéterminisme fondamental dans la nature. Contrairement à l'idéal déterministe de Démocrite ou de Laplace, on ne peut prédire avec certitude le comportement individuel d'une particule, mais seulement des probabilités. Cette indétermination est-elle épistémique (due à notre ignorance) ou ontologique (intrinsèque à la nature) ? La question reste débattue, opposant les tenants de l'interprétation de Copenhague (indéterminisme ontologique) à ceux des théories à variables cachées (déterminisme sous-jacent)[238].
L'actualité philosophique de l'atomisme
[modifier | modifier le wikicode]L'atomisme ne relève plus aujourd'hui de la spéculation métaphysique, mais constitue le fondement même de notre compréhension scientifique du monde matériel. Cependant, les questions philosophiques qu'il soulève n'ont rien perdu de leur acuité.
La tension entre l'image scientifique du monde (fondée sur l'atomisme et la physique) et l'image manifeste (le monde tel que nous le percevons et le vivons) demeure au cœur de la philosophie contemporaine. Comment concilier le fait que la science nous décrive un monde composé de particules sans couleur, sans odeur, sans saveur, régies par des lois mathématiques impersonnelles, avec notre expérience vécue d'un monde riche en qualités sensibles, en valeurs, en significations ? Cette tension, que Démocrite avait déjà perçue (« par convention la couleur, par convention le doux [...] en réalité seulement atomes et vide »), structure encore la réflexion philosophique actuelle sur les rapports entre science et expérience, entre objectivité et subjectivité, entre l'être et l'apparaître[239].
De même, les implications éthiques et existentielles de l'atomisme restent profondément actuelles. Si l'homme n'est qu'un agrégat temporaire d'atomes destiné à se dissoudre, quel sens donner à l'existence ? Comment fonder la morale et les valeurs dans un univers purement matériel et mécaniste ? Ces questions, qui obsédaient déjà Épicure et Lucrèce, n'ont cessé de hanter la pensée moderne et contemporaine, de Pascal à Camus, de Nietzsche à Sartre[240].
Perspective comparative : universalité et diversité
[modifier | modifier le wikicode]L'existence d'atomismes indépendants en Grèce (Démocrite, Épicure) et en Inde (Kanada, Vaisheshika) témoigne de l'universalité de certaines interrogations philosophiques et de certaines structures de la rationalité humaine. Face aux mêmes énigmes métaphysiques – le problème du changement et de la permanence, du multiple et de l'un, de la diversité et de l'unité –, des penseurs séparés par des milliers de kilomètres et appartenant à des traditions culturelles radicalement différentes sont parvenus à des solutions remarquablement similaires.
Cependant, les différences entre ces atomismes sont tout aussi instructives que leurs ressemblances. L'atomisme grec ancien est profondément matérialiste, athée (ou du moins indifférent aux dieux), et orienté vers la libération éthique. L'atomisme indien du Vaisheshika est pluraliste (il admet à la fois les atomes matériels et les âmes spirituelles), théiste (il intègre un Dieu créateur), et inscrit dans une cosmologie cyclique de créations et dissolutions successives. Ces divergences reflètent les préoccupations propres à chaque tradition : le souci grec de l'autonomie individuelle et de l'affranchissement vis-à-vis de la religion le souci indien du karma, de la transmigration et de la libération (mokṣa)[241].
Cette diversité dans l'unité illustre que la philosophie, tout en s'efforçant d'atteindre des vérités universelles, reste toujours enracinée dans des contextes culturels, religieux et linguistiques spécifiques qui orientent ses questions et ses réponses.
Conclusion générale
[modifier | modifier le wikicode]L'atomisme n'est pas seulement une théorie sur la structure de la matière. C'est une vision complète du monde, un programme de recherche, une attitude intellectuelle. C'est la confiance dans la possibilité de comprendre la nature par la raison, sans recours au surnaturel. C'est l'affirmation que derrière la complexité apparente se cache une simplicité fondamentale. C'est l'espoir que les lois de la nature, une fois découvertes, permettront à l'homme de maîtriser son environnement et de se libérer de la peur et de la superstition.
De Leucippe à la physique quantique, de Kanada à la chimie moléculaire, l'atomisme a traversé vingt-cinq siècles en se transformant continuellement. L'atome des philosophes n'est pas l'atome des chimistes, et celui-ci n'est pas l'atome des physiciens contemporains. Pourtant, quelque chose de l'intuition originelle persiste : le monde est analysable, décomposable en éléments plus simples, compréhensible par la raison.
Cette conviction, née dans les cités grecques du Ve siècle avant notre ère, constitue peut-être l'une des contributions les plus durables et les plus précieuses de la philosophie antique à la pensée humaine. Elle fonde la science moderne, inspire encore aujourd'hui la recherche fondamentale, et continue d'interroger la philosophie sur la nature ultime du réel, les limites de la connaissance, et la place de l'homme dans l'univers.
Notes et références
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- ↑ Jean Perrin, « Les preuves de la réalité moléculaire », dans La théorie du rayonnement et les quanta : Rapports et discussions de la réunion de Bruxelles, éd. Paul Langevin et Maurice de Broglie, Paris, Gauthier-Villars, 1912, p. 153-250
- ↑ Wilhelm Ostwald, Grundriss der allgemeinen Chemie, 4e éd., Leipzig, Engelmann, 1909, préface
- ↑ Henri Poincaré, « Les rapports de la matière et de l'éther », dans Journal de physique théorique et appliquée, 5e série, t. 2, 1912, p. 347-360
- ↑ Comité Nobel, motivation du prix Nobel de physique 1926, Stockholm, Académie royale des sciences de Suède
- ↑ Ernest Rutherford, « The Scattering of α and β Particles by Matter and the Structure of the Atom », dans Philosophical Magazine, vol. 21, 1911, p. 669-688 James Chadwick, « Possible Existence of a Neutron », dans Nature, vol. 129, 1932, p. 312
- ↑ Werner Heisenberg, « Über den anschaulichen Inhalt der quantentheoretischen Kinematik und Mechanik », dans Zeitschrift für Physik, vol. 43, 1927, p. 172-198
- ↑ Pierre-Marie Morel, Atome et nécessité : Démocrite, Épicure, Lucrèce, Paris, Presses Universitaires de France, 2000, p. 213-248
- ↑ Épicure, Lettre à Hérodote, § 63-67, dans Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, X ; Lucrèce, De rerum natura, III, 94-416
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- ↑ Ernest Nagel, The Structure of Science: Problems in the Logic of Scientific Explanation, New York, Harcourt, Brace & World, 1961, chap. 11
- ↑ Pierre-Simon Laplace, Essai philosophique sur les probabilités, Paris, Courcier, 1814, p. 2-3
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- ↑ Jaegwon Kim, « Making Sense of Emergence », dans Philosophical Studies, vol. 95, 1999, p. 3-36
- ↑ Leucippe, fragment 2, DK 67 B2, cité par Aetius, Placita, I, 25, 4
- ↑ Aristote, Métaphysique, A, 4, 985b 4-20, où Aristote attribue à Démocrite l'idée que « tout arrive par nécessité »
- ↑ Lucrèce, De rerum natura, II, 251-293
- ↑ David Furley, Two Studies in the Greek Atomists, Princeton, Princeton University Press, 1967, p. 161-237 ; Tim O'Keefe, Epicurus on Freedom, Cambridge, Cambridge University Press, 2005
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- ↑ Galileo Galilei, Il Saggiatore (1623), dans Opere, éd. Antonio Favaro, Firenze, Barbera, 1890-1909, vol. VI, p. 347-348
- ↑ René Descartes, Principes de la philosophie, II, art. 4, et IV, art. 189-198
- ↑ John Locke, An Essay Concerning Human Understanding (1690), livre II, chap. 8, §§ 9-26
- ↑ Démocrite, fragment 125, DK 68 B125, cité par Galien, Sur l'expérience médicale, XV, 7
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- ↑ George Berkeley, A Treatise Concerning the Principles of Human Knowledge (1710), §§ 9-15
- ↑ Aristote, Physique, II, 3, 194b 16-195b 30
- ↑ Démocrite, fragments sur la cosmogonie, DK 68 A 1 et A 40
- ↑ Aristote, Physique, II, 8, 198b 10-199b 33 ; Les Parties des animaux, I, 1, 640b 4-641a 17
- ↑ Lucrèce, De rerum natura, V, 837-877
- ↑ David Furley, The Greek Cosmologists, vol. I : The Formation of the Atomic Theory and Its Earliest Critics, Cambridge, Cambridge University Press, 1987, p. 111-148
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- ↑ David J. Chalmers, The Character of Consciousness, Oxford, Oxford University Press, 2010 ; Thomas Nagel, Mind and Cosmos: Why the Materialist Neo-Darwinian Conception of Nature Is Almost Certainly False, Oxford, Oxford University Press, 2012
- ↑ Lee Smolin, The Trouble with Physics: The Rise of String Theory, the Fall of a Science, and What Comes Next, Boston, Houghton Mifflin, 2006 ; Carlo Rovelli, Reality Is Not What It Seems: The Journey to Quantum Gravity, London, Allen Lane, 2016
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- ↑ Wilfrid Sellars, « Philosophy and the Scientific Image of Man », dans Science, Perception and Reality, London, Routledge & Kegan Paul, 1963, p. 1-40
- ↑ Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe, Paris, Gallimard, 1942 ; Jean-Paul Sartre, L'existentialisme est un humanisme, Paris, Nagel, 1946
- ↑ Klaus K. Klostermaier, « The Nature of the Vedic Atom », dans Philosophy East and West, vol. 28, n° 2, 1978, p. 195-203
Bibliographie
[modifier | modifier le wikicode]Sources anciennes
[modifier | modifier le wikicode]Atomisme grec
[modifier | modifier le wikicode]- Diels, Hermann et Kranz, Walther (éd.), Die Fragmente der Vorsokratiker, 3 vol., 6e éd., Berlin, Weidmann, 1952 [contient les fragments de Leucippe et Démocrite, DK 67-68]
- Épicure, Lettres, Maximes, Sentences, trad. Jean-François Balaudé, Paris, Livre de Poche, 1994
- Épicure, Lettres et Maximes, trad. Marcel Conche, Paris, Presses Universitaires de France, 1987
- Lucrèce, De la nature (De rerum natura), trad. José Kany-Turpin, Paris, GF-Flammarion, 1997
- Lucrèce, De la nature des choses, trad. Alfred Ernout, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Budé », 1920
- Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, trad. sous la dir. de Marie-Odile Goulet-Cazé, Paris, Livre de Poche, coll. « La Pochothèque », 1999
Atomisme indien
[modifier | modifier le wikicode]- Kanada, Vaiśeṣika Sūtra, éd. et trad. Debabrata Sinha, The Vaiśeṣika Sūtras of Kaṇāda with the Commentary of Śaṅkara Miśra, Delhi, Motilal Banarsidass, 1986
- Prasastapada, Padārthadharmasaṅgraha, éd. Jitendra S. Jetly et Vasant G. Parikh, Baroda, Oriental Institute, 1991
- Gautama, Nyāya Sūtra, éd. et trad. Ganganatha Jha, Delhi, Motilal Banarsidass, 1984
Philosophes modernes
[modifier | modifier le wikicode]- Gassendi, Pierre, Philosophiae Epicuri syntagma (1649), dans Opera omnia, 6 vol., Lyon, Laurent Anisson et Jean-Baptiste Devenet, 1658
- Gassendi, Pierre, Syntagma philosophicum (1658), dans Opera omnia, Lyon, 1658
- Descartes, René, Principes de la philosophie (1644), trad. abbé Claude Picot (1647), éd. Denis Moreau, Paris, Vrin, 2009
- Boyle, Robert, The Sceptical Chymist (1661), réimpression Oxford, Oxford University Press, 1999
- Boyle, Robert, Selected Philosophical Papers, éd. M. A. Stewart, Manchester, Manchester University Press, 1979
- Leibniz, Gottfried Wilhelm, Principes de la Nature et de la Grâce fondés en raison et La Monadologie (1714), éd. et trad. Christiane Frémont, Paris, GF-Flammarion, 1996
- Locke, John, An Essay Concerning Human Understanding (1690), éd. Peter H. Nidditch, Oxford, Clarendon Press, 1975
Études générales sur l'atomisme
[modifier | modifier le wikicode]Ouvrages de référence
[modifier | modifier le wikicode]- Bailey, Cyril, The Greek Atomists and Epicurus, Oxford, Clarendon Press, 1928 [ouvrage classique fondamental]
- Furley, David, The Greek Cosmologists, vol. I : The Formation of the Atomic Theory and Its Earliest Critics, Cambridge, Cambridge University Press, 1987
- Furley, David, Two Studies in the Greek Atomists, Princeton, Princeton University Press, 1967
- Morel, Pierre-Marie, Atome et nécessité : Démocrite, Épicure, Lucrèce, Paris, Presses Universitaires de France, 2000
- Pyle, Andrew, Atomism and Its Critics: From Democritus to Newton, Bristol, Thoemmes Press, 1995
- Berryman, Sylvia, The Mechanical Hypothesis in Ancient Greek Natural Philosophy, Cambridge, Cambridge University Press, 2009
Recueils d'articles
[modifier | modifier le wikicode]- Benakis, Linos G. (dir.), Atoms, Pneuma, and Tranquillity: Epicurean and Stoic Themes in European Thought, Cambridge, Cambridge University Press, 1991
- Lüthy, Christoph, Murdoch, John E. et Newman, William R. (dir.), Late Medieval and Early Modern Corpuscular Matter Theories, Leiden, Brill, 2001
- Grellard, Christophe et Robert, Aurélien (dir.), Atomism in Late Medieval Philosophy and Theology, Leiden, Brill, 2009
- Berryman, Sylvia et Bolton, Robert (dir.), Studies in Ancient Greek and Roman Philosophy : The Atomists, Cambridge, Cambridge University Press, 2022
Atomisme antique grec
[modifier | modifier le wikicode]Démocrite et Leucippe
[modifier | modifier le wikicode]- Luria, Salomon, Demokrit : Texte, Übersetzung und Erläuterungen, Leningrad, Nauka, 1970 [édition complète en russe des fragments]
- Taylor, C. C. W., The Atomists: Leucippus and Democritus. Fragments, a Text and Translation with a Commentary, Toronto, University of Toronto Press, 1999
- Makin, Stephen, Indifference Arguments, Oxford, Blackwell, 1993 [sur les arguments atomistes]
- Barnes, Jonathan, The Presocratic Philosophers, 2 vol., London, Routledge & Kegan Paul, 1979, chap. 13-15
Épicure
[modifier | modifier le wikicode]- Long, A. A. et Sedley, David N. (dir.), The Hellenistic Philosophers, 2 vol., Cambridge, Cambridge University Press, 1987, vol. I, sections 1-15
- Asmis, Elizabeth, Epicurus' Scientific Method, Ithaca, Cornell University Press, 1984
- O'Keefe, Tim, Epicurus on Freedom, Cambridge, Cambridge University Press, 2005
- Warren, James, Facing Death: Epicurus and His Critics, Oxford, Clarendon Press, 2004
- Sedley, David, Lucretius and the Transformation of Greek Wisdom, Cambridge, Cambridge University Press, 1998
Lucrèce
[modifier | modifier le wikicode]- Boyancé, Pierre, Lucrèce et l'épicurisme, Paris, Presses Universitaires de France, 1963
- Gale, Monica R. (dir.), Oxford Readings in Classical Studies: Lucretius, Oxford, Oxford University Press, 2007
- Fowler, Don, Lucretius on Atomic Motion: A Commentary on De Rerum Natura 2.1-332, Oxford, Oxford University Press, 2002
- Segal, Charles, Lucretius on Death and Anxiety: Poetry and Philosophy in De Rerum Natura, Princeton, Princeton University Press, 1990
Atomisme indien
[modifier | modifier le wikicode]- Gangopadhyaya, Mrinalkanti, Indian Atomism : History and Sources, Calcutta, K. P. Bagchi & Company, 1980 [ouvrage fondamental]
- Potter, Karl H. (dir.), Encyclopedia of Indian Philosophies, vol. II : Indian Metaphysics and Epistemology : The Tradition of Nyāya-Vaiśeṣika up to Gaṅgeśa, Princeton, Princeton University Press, 1977
- Matilal, B. K., Nyāya-Vaiśeṣika, Wiesbaden, Otto Harrassowitz, 1977
- Stcherbatsky, Theodore, The Central Conception of Buddhism and the Meaning of the Word "Dharma", London, Royal Asiatic Society, 1923, rééd. Delhi, Motilal Banarsidass, 1970
- Klostermaier, Klaus K., « The Nature of the Vedic Atom », dans Philosophy East and West, vol. 28, n° 2, 1978, p. 195-203
Atomisme médiéval
[modifier | modifier le wikicode]Monde arabo-musulman
[modifier | modifier le wikicode]- Pines, Shlomo, Beiträge zur islamischen Atomenlehre, Berlin, A. Heine, 1936 [ouvrage pionnier]
- Pines, Shlomo, Studies in Islamic Atomism, Jerusalem, Magnes Press, 1997
- Dhanani, Alnoor, The Physical Theory of Kalam : Atoms, Space, and Void in Basrian Mutazili Cosmology, Leiden, Brill, 1994
- Wolfson, Harry Austryn, The Philosophy of the Kalam, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1976
Occident latin
[modifier | modifier le wikicode]- Murdoch, John E., « Infinity and Continuity », dans Norman Kretzmann, Anthony Kenny et Jan Pinborg (dir.), The Cambridge History of Later Medieval Philosophy, Cambridge, Cambridge University Press, 1982, p. 564-591
- Grellard, Christophe, Nicolas d'Autrécourt et la faculté des arts de Paris (1317-1340), Paris, Vrin, 2001
- Grellard, Christophe (éd. et trad.), Nicolas d'Autrécourt : L'Exigit ordo, Paris, Vrin, 2001
- Robert, Aurélien, « Atomisme pythagoricien et espace géométrique au Moyen Âge », dans Tiziana Suarez-Nani, Olivier Ribordy et Antonio Petagine (dir.), Lieu, espace, mouvement : physique, métaphysique et cosmologie (XIIe-XVIe siècles), Turnhout, Brepols, 2017, p. 181-206
Atomisme moderne (XVIe-XVIIIe siècles)
[modifier | modifier le wikicode]Gassendi
[modifier | modifier le wikicode]- Rochot, Bernard, Les travaux de Gassendi sur Épicure et sur l'atomisme, 1619-1658, Paris, Vrin, 1944
- Bloch, Olivier René, La philosophie de Gassendi : nominalisme, matérialisme et métaphysique, La Haye, Martinus Nijhoff, 1971
- Joy, Lynn Sumida, Gassendi the Atomist: Advocate of History in an Age of Science, Cambridge, Cambridge University Press, 1987
- Osler, Margaret J., Divine Will and the Mechanical Philosophy: Gassendi and Descartes on Contingency and Necessity in the Created World, Cambridge, Cambridge University Press, 1994
Boyle et la philosophie corpusculaire
[modifier | modifier le wikicode]- Clericuzio, Antonio, Elements, Principles and Corpuscles: A Study of Atomism and Chemistry in the Seventeenth Century, Dordrecht, Kluwer, 2000
- Sargent, Rose-Mary, The Diffident Naturalist: Robert Boyle and the Philosophy of Experiment, Chicago, University of Chicago Press, 1995
- Principe, Lawrence M., The Aspiring Adept: Robert Boyle and His Alchemical Quest, Princeton, Princeton University Press, 1998
Ouvrages collectifs
[modifier | modifier le wikicode]- Murr, Sylvia (dir.), Gassendi et l'Europe (1592-1792), Paris, Vrin, 1997
- Bloch, Olivier et al. (dir.), L'atomisme aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Publications de la Sorbonne, 1999
De la théorie atomique scientifique (XIXe-XXe siècles)
[modifier | modifier le wikicode]Histoire de la chimie
[modifier | modifier le wikicode]- Thackray, Arnold W., John Dalton: Critical Assessments of His Life and Science, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1972
- Rocke, Alan J., Chemical Atomism in the Nineteenth Century: From Dalton to Cannizzaro, Columbus, Ohio State University Press, 1984
- Nye, Mary Jo, Molecular Reality: A Perspective on the Scientific Work of Jean Perrin, London, Macdonald & Co., 1972
- Brush, Stephen G., The Kind of Motion We Call Heat: A History of the Kinetic Theory of Gases in the 19th Century, 2 vol., Amsterdam, North-Holland, 1976
Jean Perrin et la preuve de l'existence des atomes
[modifier | modifier le wikicode]- Perrin, Jean, Les atomes, Paris, Félix Alcan, 1913, rééd. Paris, CNRS Éditions, 2014
- Perrin, Jean, « Mouvement brownien et réalité moléculaire », dans Annales de chimie et de physique, 8e série, t. 18, septembre 1909, p. 5-114
- Maiocchi, Roberto, « The Case of Brownian Motion », dans The British Journal for the History of Science, vol. 23, 1990, p. 257-283
Philosophie de l'atomisme
[modifier | modifier le wikicode]Réductionnisme et émergence
[modifier | modifier le wikicode]- Nagel, Ernest, The Structure of Science: Problems in the Logic of Scientific Explanation, New York, Harcourt, Brace & World, 1961
- Kim, Jaegwon, « Making Sense of Emergence », dans Philosophical Studies, vol. 95, 1999, p. 3-36
- Clayton, Philip et Davies, Paul (dir.), The Re-Emergence of Emergence: The Emergentist Hypothesis from Science to Religion, Oxford, Oxford University Press, 2006
Déterminisme et liberté
[modifier | modifier le wikicode]- Dennett, Daniel, Elbow Room: The Varieties of Free Will Worth Wanting, Cambridge (Mass.), MIT Press, 1984
- van Inwagen, Peter, An Essay on Free Will, Oxford, Clarendon Press, 1983
- Bell, John Stewart, Speakable and Unspeakable in Quantum Mechanics, Cambridge, Cambridge University Press, 1987
Conscience et qualités
[modifier | modifier le wikicode]- Chalmers, David J., The Conscious Mind: In Search of a Fundamental Theory, Oxford, Oxford University Press, 1996
- Chalmers, David J., The Character of Consciousness, Oxford, Oxford University Press, 2010
- Nagel, Thomas, « What Is It Like to Be a Bat ? », dans The Philosophical Review, vol. 83, n° 4, 1974, p. 435-450
- Nagel, Thomas, Mind and Cosmos: Why the Materialist Neo-Darwinian Conception of Nature Is Almost Certainly False, Oxford, Oxford University Press, 2012
Image scientifique et image manifeste
[modifier | modifier le wikicode]- Sellars, Wilfrid, « Philosophy and the Scientific Image of Man », dans Science, Perception and Reality, London, Routledge & Kegan Paul, 1963, p. 1-40
Encyclopédies et instruments de travail
[modifier | modifier le wikicode]- Borchert, Donald M. (dir.), Encyclopedia of Philosophy, 2e éd., 10 vol., Detroit, Macmillan Reference USA, 2006
- Zalta, Edward N. (dir.), Stanford Encyclopedia of Philosophy, Stanford, Stanford University, 1997- [en ligne]
- Berryman, Sylvia, « Ancient Atomism », 2005, révision 2022
- O'Keefe, Tim, « Epicurus », 2005, révision 2018
- Goulet, Richard (dir.), Dictionnaire des philosophes antiques, 7 vol., Paris, CNRS Éditions, 1989-2018
- Lagerlund, Henrik (dir.), Encyclopedia of Medieval Philosophy : Philosophy between 500 and 1500, 2e éd., Dordrecht, Springer, 2020