Dictionnaire de philosophie/Courage
Le courage constitue l'une des vertus fondamentales de la philosophie morale, traversant les traditions occidentales et non-occidentales. Concept polysémique, il désigne généralement la disposition à affronter la peur, le danger ou l'adversité de manière appropriée, guidé par la raison plutôt que par l'impulsion.
Définitions et approches conceptuelles
[modifier | modifier le wikicode]Dans la tradition philosophique, le courage se présente moins comme l'absence de peur que comme sa maîtrise rationnelle. Il ne s'agit pas d'une témérité aveugle, mais d'une vertu qui trouve le juste milieu entre la lâcheté et l'audace excessive[1]. Le courage implique trois dimensions essentielles : la confrontation à un danger réel, la conscience du risque encouru, et une motivation conforme au bien ou au noble.
La philosophie antique distingue différentes formes de courage. Le courage physique face aux dangers corporels, le courage moral dans la défense de principes justes, et le courage intellectuel dans la recherche de la vérité malgré l'opposition[2]. Cette typologie montre que le courage ne se limite pas au champ de bataille, mais s'étend à tous les domaines de l'existence humaine.
La pensée grecque : Platon et Aristote
[modifier | modifier le wikicode]Platon et le dialogue du Lachès
[modifier | modifier le wikicode]Le Lachès de Platon constitue la première investigation systématique du courage dans la philosophie occidentale[3]. Le dialogue met en scène Socrate interrogeant deux généraux athéniens, Lachès et Nicias, sur la nature du courage. Lachès propose initialement une définition simple : le courage consiste à « tenir son poste face au danger »[4]. Socrate démontre l'insuffisance de cette définition en montrant qu'elle exclut d'autres formes de courage, comme la retraite stratégique des cavaliers scythes.
Une seconde tentative définit le courage comme « une endurance de l'âme »[5]. Mais Socrate objecte que l'endurance insensée ne saurait être vertueuse. Nicias propose alors que le courage est « la science de ce qui est à craindre et à espérer »[6]. Cette définition intellectualiste rapproche le courage de la sagesse, suggérant que seule la connaissance du bien et du mal permet d'affronter correctement les dangers. Le dialogue se termine en aporie, sans définition satisfaisante, illustrant la complexité du concept.
Dans la République, Platon attribue le courage à la classe des gardiens de la cité, le situant ainsi dans une anthropologie et une politique plus vastes[7]. Le courage devient la vertu propre du thumos, la partie irascible de l'âme, intermédiaire entre la raison et les désirs. Il consiste à préserver les opinions justes sur ce qui est véritablement à craindre, opinions enseignées par l'éducation et maintenues malgré les plaisirs, les peines et les craintes.
Aristote et la doctrine du juste milieu
[modifier | modifier le wikicode]Pour Aristote, le courage (andreia) occupe une place centrale parmi les vertus morales. Dans l'Éthique à Nicomaque, il le définit comme une disposition médiane concernant les sentiments de peur et de confiance[8]. L'homme courageux craint ce qu'il faut craindre, pour le motif approprié, de la manière et au moment convenables.
Aristote distingue le véritable courage de cinq formes apparentées mais imparfaites. Le courage civique, motivé par l'honneur et la crainte du déshonneur plutôt que par le noble lui-même[9]. Le courage de l'expérience, propre aux soldats professionnels qui connaissent les dangers mais peuvent fuir face à une menace supérieure. Le courage passionnel, né de la colère ou d'autres émotions mais dépourvu de choix délibéré. Le courage de l'ignorance, caractérisé par une confiance excessive due à la méconnaissance du danger. Enfin, le courage sanguin, fondé sur un tempérament optimiste plutôt que sur un jugement rationnel[10].
Le véritable courage aristotélicien possède trois caractéristiques essentielles. Il s'exerce principalement face à la mort au combat, considérée comme le danger suprême et le plus noble. Il vise le beau (to kalon) comme fin, non la récompense ou l'évitement de la honte. Il procède d'une disposition stable acquise par l'habitude et non d'une réaction ponctuelle[11]. Cette dernière dimension souligne que le courage n'est pas inné mais cultivé par l'éducation et la répétition d'actes appropriés.
Aristote insiste sur la dimension affective du courage. L'homme courageux ne supprime pas la peur, mais l'éprouve de façon mesurée et appropriée[12]. Il prend plaisir, ou du moins ne souffre pas excessivement, à agir courageusement. Cette conception témoigne d'une psychologie morale sophistiquée où vertu et émotion ne s'opposent pas mais s'harmonisent.
Le stoïcisme et le courage comme force d'âme
[modifier | modifier le wikicode]La philosophie stoïcienne, développée par Zénon, Chrysippe, puis par Sénèque, Épictète et Marc Aurèle, place le courage au rang des quatre vertus cardinales, avec la sagesse, la justice et la tempérance. Le courage stoïcien (andreia ou fortitudo) dépasse la simple bravoure militaire pour devenir une force d'âme universelle[13].
Pour les Stoïciens, le courage consiste essentiellement à maintenir son jugement et ses principes face aux circonstances adverses, qu'il s'agisse de dangers physiques, de souffrances ou d'injustices. Sénèque écrit que le sage ne peut rien perdre puisqu'il possède tout en lui-même de façon sûre, content de la vertu qui n'a nul besoin de la fortune[14]. Le courage devient ainsi inséparable de l'acceptation rationnelle du destin (amor fati), comprise non comme résignation passive mais comme affirmation joyeuse de ce qui est nécessaire.
Marc Aurèle, dans ses Pensées pour moi-même, développe l'idée du courage comme acceptation de notre condition mortelle et de l'ordre cosmique[15]. Le courage stoïcien implique donc une double dimension : résistance active face à ce qui dépend de nous, acceptation sereine de ce qui ne dépend pas de nous.
La conception stoïcienne influence profondément la notion de courage moral, distinct du courage physique. Il s'agit de maintenir ses convictions morales malgré les pressions sociales, les menaces ou les tentations. Cette forme de courage requiert une vigilance constante et une discipline de l'esprit, ce que les Stoïciens nomment prohairesis – la capacité de choix moral fondée sur la raison[16].
Perspectives médiévales : Thomas d'Aquin
[modifier | modifier le wikicode]La pensée chrétienne médiévale intègre le courage dans un cadre théologique tout en préservant l'héritage aristotélicien. Thomas d'Aquin, dans la Somme théologique, définit le courage (fortitudo) comme une vertu morale qui affermit l'âme face aux dangers mortels[17].
Pour Thomas, le courage possède deux actes principaux : attaquer (aggredere) et endurer (sustinere). L'endurance constitue l'acte principal car elle exige plus de force d'âme face à un danger présent et inévitable[18]. Le courage perfectionne ainsi l'appétit irascible, cette puissance de l'âme qui nous porte à surmonter les obstacles au bien difficile.
Thomas distingue également le courage comme vertu générale, qui soutient toutes les autres vertus dans leurs difficultés, et le courage comme vertu spéciale, concernant les dangers de mort. Il identifie plusieurs vertus annexes ou parties potentielles de la fortitude : la magnificence (qui affronte les grandes dépenses), la magnanimité (qui vise les grandes choses), la patience (qui supporte les maux présents), et la persévérance (qui maintient l'effort dans le temps)[19].
La synthèse thomiste enrichit la conception aristotélicienne en l'inscrivant dans une vision chrétienne de l'existence. Le martyre devient la forme suprême du courage, l'acceptation de la mort pour témoigner de la vérité divine[20]. Cette dimension religieuse élargit considérablement le champ du courage au-delà du contexte militaire pour englober toute situation où l'intégrité morale et spirituelle est en jeu.
Modernité : Kant et l'éthique du devoir
[modifier | modifier le wikicode]Immanuel Kant, tout en ne faisant pas du courage une catégorie centrale de son éthique, lui reconnaît une place importante. Dans la Critique de la raison pratique et la Métaphysique des mœurs, Kant distingue les vertus naturelles, comme le courage, des véritables vertus morales fondées sur le devoir[21].
Pour Kant, le courage possède une valeur morale seulement lorsqu'il est motivé par le devoir et non par l'inclination, l'intérêt ou la recherche de l'honneur. Un acte courageux n'a de véritable valeur morale que s'il procède du respect pour la loi morale universelle[22]. Cependant, Kant reconnaît que le courage, comme d'autres qualités naturelles, peut faciliter l'accomplissement du devoir.
Cette conception kantienne du courage soulève une tension importante dans l'éthique déontologique. Si seule l'intention compte pour la moralité, le courage en tant que disposition de caractère semble secondaire. Pourtant, l'expérience morale montre que le courage est souvent nécessaire pour agir selon le devoir, particulièrement lorsque celui-ci exige d'affronter des dangers ou de résister aux pressions sociales.
Existentialisme : courage et authenticité
[modifier | modifier le wikicode]Les philosophes existentialistes du XXe siècle, notamment Jean-Paul Sartre et Albert Camus, redéfinissent le courage dans le contexte de l'absurde et de la liberté humaine. Pour Sartre, le courage consiste à assumer pleinement sa liberté et sa responsabilité face à un monde dépourvu de sens transcendant[23].
Cette conception du courage existentialiste se manifeste dans ce que Sartre nomme « l'authenticité » – le refus de la mauvaise foi et l'acceptation angoissante de notre condition d'êtres libres. Le courage devient alors la capacité à créer ses propres valeurs et à assumer les conséquences de ses choix sans se réfugier dans des excuses ou des déterminismes factices.
Camus, dans Le Mythe de Sisyphe, développe une vision du courage face à l'absurde. Le courage ne consiste pas à nier l'absurdité de l'existence ni à se suicider face à elle, mais à se révolter lucidement contre cette absurdité tout en continuant à vivre pleinement[24]. Il écrit : « Il faut imaginer Sisyphe heureux », suggérant que le courage ultime réside dans l'affirmation de la vie malgré son caractère répétitif et apparemment dénué de sens.
Nietzsche, précurseur de l'existentialisme, avait déjà développé une conception du courage liée à l'amor fati – l'amour du destin. Le courage nietzschéen consiste à dire « oui » à la vie dans sa totalité, y compris à ses aspects les plus difficiles et les plus douloureux[25]. Cette acceptation n'est pas passive mais constitue au contraire l'expression d'une force vitale affirmative qui transfigure la nécessité en liberté créatrice.
Pensées africaines du courage
[modifier | modifier le wikicode]Les philosophies africaines offrent des perspectives distinctes et enrichissantes sur le courage, souvent ancrées dans des conceptions communautaires de la personne et dans des systèmes de valeurs holistiques où le courage s'articule avec d'autres vertus fondamentales.
Ubuntu et courage relationnel
[modifier | modifier le wikicode]Dans les philosophies bantoues d'Afrique australe et orientale, le courage (umoya en zoulou) s'inscrit dans le cadre de l'ubuntu – principe selon lequel « une personne est une personne à travers les autres personnes » (umuntu ngumuntu ngabantu)[26]. Le courage n'est donc pas conçu comme une vertu purement individuelle mais comme une qualité relationnelle et communautaire.
Cette conception communautaire du courage implique que l'acte courageux vise toujours le bien de la communauté et renforce les liens sociaux. Un guerrier zoulou ou xhosa fait preuve de courage non pour sa gloire personnelle mais pour protéger et honorer sa communauté. Le courage se manifeste également dans la capacité à maintenir l'harmonie sociale face aux conflits, à pardonner les offenses dans l'intérêt de la réconciliation communautaire[27].
L'exemple de Nelson Mandela illustre parfaitement cette dimension communautaire et réconciliatrice du courage africain. Son courage ne s'est pas seulement manifesté dans sa résistance à l'oppression et dans sa volonté de combattre l'injustice, mais également et surtout dans sa capacité à tendre la main à ses anciens geôliers et à privilégier la réconciliation nationale plutôt que la vengeance[28]. Cette forme de courage requiert une force d'âme exceptionnelle car elle implique de transcender la douleur personnelle pour le bien commun.
Le courage dans la philosophie yoruba
[modifier | modifier le wikicode]La philosophie yoruba du Nigeria offre une analyse particulièrement riche du courage. Le terme yoruba igboya désigne littéralement « avoir un cœur fort » et implique non seulement la bravoure physique mais aussi la force morale et la capacité à prendre des initiatives[29].
Dans la cosmologie yoruba, le courage est lié au concept d'ori – la « tête intérieure » qui représente le destin personnel et la conscience de soi. Un ori bien développé confère à la personne la capacité de discerner les situations dangereuses et d'y réagir de manière appropriée. Le courage ne consiste donc pas à ignorer le danger mais à l'affronter avec sagesse et détermination, guidé par un ori fort.
La tradition yoruba reconnaît également que le courage doit être tempéré par d'autres vertus, notamment la patience (suuru) et la sagesse (ogbon). Cette conception holiste rappelle que le courage isolé des autres vertus peut conduire à la témérité et à la destruction.
Courage et résistance en Afrique contemporaine
[modifier | modifier le wikicode]Les philosophies africaines contemporaines ont développé une réflexion importante sur le courage politique et la résistance à l'oppression. Des penseurs comme Steve Biko en Afrique du Sud ont articulé une conception du courage liée à la conscience de soi et à la résistance à la domination psychologique[30].
La philosophie de la conscience noire (Black Consciousness) développée par Biko insiste sur le fait que le premier acte de courage pour les opprimés consiste à rejeter l'image dégradée que le système oppressif leur impose et à affirmer leur dignité et leur humanité pleine. Ce courage psychologique et existentiel précède et rend possible le courage physique de la résistance politique.
Frantz Fanon, psychiatre et philosophe martiniquais dont la pensée a profondément influencé l'Afrique, analyse le courage nécessaire pour se libérer de l'aliénation coloniale[31]. Pour Fanon, le courage révolutionnaire implique non seulement l'affrontement physique avec le système colonial mais aussi une transformation intérieure qui permet au colonisé de se réapproprier son humanité et son histoire.
Philosophies asiatiques et courage
[modifier | modifier le wikicode]Confucianisme et vertu du courage
[modifier | modifier le wikicode]Dans la tradition confucéenne, le courage (yong en chinois, 勇) occupe une place importante parmi les vertus cardinales mais doit toujours être subordonné à la rectitude morale (yi, 義) et à l'humanité (ren, 仁). Confucius déclare : « L'homme de bien considère la rectitude comme essentielle. L'homme de bien qui possède le courage mais manque de rectitude cause des troubles ; l'homme de peu qui possède le courage mais manque de rectitude devient un brigand »[32].
Mencius développe cette perspective en distinguant entre différentes formes de courage. Le courage inférieur, purement physique, se manifeste dans les combats et les conflits violents. Le courage supérieur consiste à préserver son cœur-esprit (xin, 心) intègre face aux tentations, aux pressions sociales et aux adversités[33]. Cette forme de courage moral requiert une cultivation intérieure constante et une pratique de l'auto-examen.
La conception confucéenne du courage implique également une dimension collective. Le courage se manifeste dans la capacité à remplir ses devoirs filiaux, sociaux et politiques malgré les obstacles. Un fils fait preuve de courage en servant ses parents âgés avec dévouement, un ministre en conseillant sincèrement son souverain même au risque de sa propre sécurité, un lettré en maintenant son intégrité intellectuelle face aux pressions politiques.
Courage et non-violence
[modifier | modifier le wikicode]Certaines traditions philosophiques et religieuses, notamment le bouddhisme et le jaïnisme, proposent des conceptions du courage qui valorisent la non-violence (ahimsa). Dans le bouddhisme, le courage (virya en sanskrit) constitue l'une des six perfections (paramitas) et désigne l'effort persévérant dans la pratique spirituelle[34].
Cette forme de courage spirituel implique la capacité à affronter ses propres illusions, attachements et peurs sans recourir à la violence. Elle requiert une force d'âme considérable pour rester non-violent face à l'agression, pour cultiver la compassion envers tous les êtres y compris ses ennemis, et pour persévérer dans la pratique méditative malgré les difficultés et les doutes.
Mahatma Gandhi, s'inspirant de ces traditions, développe la conception du courage dans la non-violence active (satyagraha). Pour Gandhi, la non-violence n'est pas passivité ou lâcheté mais requiert un courage supérieur à celui de la violence. Il faut plus de courage pour subir les coups sans riposter que pour rendre coup pour coup[35]. Ce courage non-violent s'est illustré dans les luttes de décolonisation et les mouvements pour les droits civiques, notamment en Afrique du Sud et aux États-Unis.
Enjeux contemporains
[modifier | modifier le wikicode]Courage civique et démocratie
[modifier | modifier le wikicode]Les démocraties contemporaines font face à la question du courage civique – la capacité des citoyens à s'engager dans les affaires publiques, à défendre leurs convictions, et à résister aux injustices malgré les risques personnels. Hannah Arendt analyse comment la peur et l'isolement sous les régimes totalitaires détruisent le courage civique nécessaire à l'action politique[36].
Le courage civique contemporain se manifeste dans diverses formes : la dénonciation des abus de pouvoir, la participation aux mouvements sociaux pour la justice, la défense des minorités opprimées, et la résistance pacifique à l'autoritarisme. Ces formes de courage requièrent souvent de sacrifier son confort, sa carrière, voire sa sécurité pour des principes moraux et politiques.
Courage et vulnérabilité
[modifier | modifier le wikicode]Des philosophes contemporains, notamment dans les courants féministes, remettent en question les conceptions traditionnelles du courage qui valorisent l'autonomie, l'invulnérabilité et la maîtrise de soi. Ils proposent des conceptions alternatives qui reconnaissent la vulnérabilité humaine comme condition de possibilité du courage plutôt que comme son opposé.
Dans cette perspective, le courage ne consiste pas à nier sa vulnérabilité mais à l'accepter et à agir malgré elle. Cela inclut le courage de demander de l'aide, d'admettre ses limites, et de reconnaître son interdépendance avec les autres. Cette conception élargie du courage résonne avec les philosophies africaines communautaires qui insistent sur la dimension relationnelle de toutes les vertus.
Courage écologique
[modifier | modifier le wikicode]Face à la crise climatique et environnementale, une nouvelle forme de courage émerge : le courage écologique. Il s'agit de la capacité à affronter la vérité souvent anxiogène de la dégradation environnementale, à modifier ses habitudes de vie malgré les pressions sociales et économiques, et à s'engager dans l'action collective pour la protection de l'environnement malgré l'incertitude des résultats.
Ce courage écologique implique également une dimension intergénérationnelle – la volonté d'accepter des sacrifices présents pour le bien-être des générations futures. Il requiert de surmonter non seulement la peur mais aussi le déni, l'indifférence et le fatalisme face à l'ampleur des défis environnementaux.
Conclusion
[modifier | modifier le wikicode]Le courage demeure une vertu fondamentale dont la compréhension s'est enrichie et complexifiée au cours de l'histoire de la philosophie. Des conceptions grecques centrées sur le champ de bataille aux perspectives contemporaines englobant les dimensions civique, morale, écologique et relationnelle, le courage apparaît comme une disposition multiforme essentielle à la vie humaine épanouie.
Les philosophies non-occidentales, particulièrement africaines et asiatiques, offrent des perspectives complémentaires qui soulignent les dimensions communautaires, spirituelles et cosmologiques du courage. Elles rappellent que le courage ne se limite pas à l'héroïsme individuel mais s'inscrit dans des réseaux de relations sociales et dans des visions du monde qui dépassent l'individualisme occidental.
La réflexion philosophique sur le courage reste d'une actualité brûlante dans un monde confronté à de multiples crises – politiques, sociales, environnementales et existentielles. Comprendre la nature du courage, ses diverses formes, et les conditions de son développement constitue un enjeu crucial pour l'éthique et la philosophie politique contemporaines. Le courage, loin d'être une vertu archaïque réservée aux guerriers et aux héros, apparaît comme une disposition nécessaire à tout être humain qui aspire à vivre avec dignité, authenticité et engagement dans le monde.
Bibliographie sélective
[modifier | modifier le wikicode]Sources antiques
[modifier | modifier le wikicode]- Platon, Lachès, in Œuvres complètes, tome I, éd. J. Burnet, Oxford, Clarendon Press, Platonis Opera, tome III, 1903 ; trad. L. Robin, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1950.
- Platon, République, livres III-IV, éd. J. Burnet ; trad. G. Leroux, Paris, GF-Flammarion, 2002.
- Aristote, Éthique à Nicomaque, livre III, chapitres 6-9, éd. I. Bywater, Oxford, Clarendon Press, Oxford Classical Texts, 1894 ; trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990 ; trad. R. Bodéüs, Paris, GF-Flammarion, 2004.
- Sénèque, De constantia sapientis, in Dialogues, tome IV, trad. R. Waltz, Paris, Les Belles Lettres, Collection des Universités de France, 1927.
- Épictète, Manuel, trad. É. Bréhier, in Les Stoïciens, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1962.
- Marc Aurèle, Pensées, trad. P. Hadot, Paris, Les Belles Lettres, 1998.
Sources médiévales
[modifier | modifier le wikicode]- Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, questions 123-140, trad. française sous la dir. d'A.-M. Roguet, Paris, Cerf, 1985, vol. 3.
- Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, texte latin dans Sancti Thomae Aquinatis Opera Omnia, Commission Léonine, Rome, 1888-1906.
Sources modernes et contemporaines
[modifier | modifier le wikicode]- Kant, Immanuel, Fondements de la métaphysique des mœurs, trad. V. Delbos, rév. A. Philonenko, Paris, Vrin, 1980.
- Kant, Immanuel, Critique de la raison pratique, trad. F. Picavet, Paris, PUF, Quadrige, 1943.
- Nietzsche, Friedrich, Le Gai Savoir, trad. P. Klossowski, Paris, Gallimard, Folio Essais, 1967.
- Sartre, Jean-Paul, L'existentialisme est un humanisme, Paris, Nagel, 1946 ; rééd. Gallimard, Folio, 1996.
- Camus, Albert, Le Mythe de Sisyphe, Paris, Gallimard, 1942 ; rééd. Folio Essais, 1972.
- Arendt, Hannah, Les Origines du totalitarisme, trad. J.-L. Bourget, R. Davreu et P. Lévy, Paris, Gallimard, Quarto, 1951 ; rééd. 2002.
Philosophies non-occidentales
[modifier | modifier le wikicode]- Confucius, Entretiens (Lunyu), trad. A. Cheng, Paris, Seuil, Points Sagesses, 1981.
- Mencius, Œuvres complètes, trad. A. Lévy, Paris, Éditions You-Feng, 2008.
- Śāntideva, Bodhicaryāvatāra (La Marche vers l'Éveil), trad. G. Driessens, Paris, Seuil, Points Sagesses, 2007.
- Gandhi, Mohandas K., Hind Swaraj or Indian Home Rule, Ahmedabad, Navajivan Publishing House, 1909 ; rééd. 1938.
- Ramose, Mogobe B., African Philosophy through Ubuntu, Harare, Mond Books, 1999.
- Gbadegesin, Segun, African Philosophy: Traditional Yoruba Philosophy and Contemporary African Realities, New York, Peter Lang, 1991.
- Biko, Steve, I Write What I Like: A Selection of his Writings, éd. Aelred Stubbs, Londres, Bowerdean Press, 1978.
- Fanon, Frantz, Les Damnés de la terre, Paris, François Maspero, 1961 ; rééd. La Découverte, 2002.
- Tutu, Desmond, No Future Without Forgiveness, Londres, Rider, 1999.
- Mandela, Nelson, Long Walk to Freedom: The Autobiography of Nelson Mandela, Boston, Little, Brown and Company, 1994.
Études contemporaines
[modifier | modifier le wikicode]- Broadie, Sarah et Christopher Rowe, Aristotle: Nicomachean Ethics: Translation, Introduction, Commentary, Oxford, Oxford University Press, 2002.
- Emlyn-Jones, Chris, « Dramatic structure and cultural context in Plato's Laches », Classical Quarterly, vol. 49, n° 1, 1999, p. 123-138.
- DeYoung, Rebecca, « Power Made Perfect in Weakness: Aquinas's Transformation of the Virtue of Courage », dans Astell, Ann W. et Bonnie Honecker (dir.), Heroic Virtue, Komplementaritaet und Transgression, Paderborn, Wilhelm Fink Verlag, 2010, p. 133-148.
Notes et références
[modifier | modifier le wikicode]- ↑ Aristote, Éthique à Nicomaque, livre III, chapitres 6-9, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 131-152
- ↑ Platon, Lachès, 192c, in Œuvres complètes, tome I, trad. L. Robin, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1950, p. 298
- ↑ Emlyn-Jones, Chris, « Dramatic structure and cultural context in Plato's Laches », Classical Quarterly, vol. 49, n° 1, 1999, p. 123-138
- ↑ Platon, Lachès, 190e, éd. J. Burnet, Oxford, Clarendon Press, Platonis Opera, tome III, 1903
- ↑ Platon, Lachès, 192c, éd. J. Burnet, Oxford, Clarendon Press, Platonis Opera, tome III, 1903
- ↑ Platon, Lachès, 194e-195a, trad. L. Robin, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1950, p. 304-305
- ↑ Platon, République, livre IV, 429a-430c, trad. G. Leroux, Paris, GF-Flammarion, 2002, p. 271-273
- ↑ Aristote, Éthique à Nicomaque, III, 6-9, 1115a6-1117b22, éd. I. Bywater, Oxford, Clarendon Press, Oxford Classical Texts, 1894
- ↑ Aristote, Éthique à Nicomaque, 1116a15-35, trad. R. Bodéüs, Paris, GF-Flammarion, 2004, p. 179-181
- ↑ Aristote, Éthique à Nicomaque, 1116b3-1117a28, éd. I. Bywater, Oxford, Clarendon Press, 1894
- ↑ Aristote, Éthique à Nicomaque, 1115b11-13, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 136
- ↑ Broadie, Sarah et Christopher Rowe, Aristotle: Nicomachean Ethics: Translation, Introduction, Commentary, Oxford, Oxford University Press, 2002, p. 315-340
- ↑ Sénèque, De constantia sapientis, V, 4, in Dialogues, tome IV, trad. R. Waltz, Paris, Les Belles Lettres, Collection des Universités de France, 1927, p. 56-57
- ↑ Sénèque, De constantia sapientis, V, 4, Paris, Les Belles Lettres, 1927, p. 56-57
- ↑ Marc Aurèle, Pensées, VII, 33, trad. P. Hadot, Paris, Les Belles Lettres, 1998, p. 124
- ↑ Épictète, Manuel, I, 1, trad. É. Bréhier, in Les Stoïciens, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1962, p. 1109
- ↑ Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, q. 123-140, trad. française sous la dir. d'A.-M. Roguet, Paris, Cerf, 1985, vol. 3, p. 221-370
- ↑ Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, IIa-IIae, q. 123, a. 6, Latin text available in: Sancti Thomae Aquinatis Opera Omnia, Leonine Commission, Rome, 1888-1906
- ↑ Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, q. 128-138, Paris, Cerf, 1985, vol. 3, p. 287-350
- ↑ DeYoung, Rebecca, « Power Made Perfect in Weakness: Aquinas's Transformation of the Virtue of Courage », dans Astell, Ann W. et Bonnie Honecker (dir.), Heroic Virtue, Komplementaritaet und Transgression, Paderborn, Wilhelm Fink Verlag, 2010, p. 133-148
- ↑ Kant, Immanuel, Fondements de la métaphysique des mœurs, trad. V. Delbos, rév. A. Philonenko, Paris, Vrin, 1980, Ak IV, 393-394, p. 87-91
- ↑ Kant, Immanuel, Critique de la raison pratique, trad. F. Picavet, Paris, PUF, Quadrige, 1943, Ak V, 81-86, p. 88-92
- ↑ Sartre, Jean-Paul, L'existentialisme est un humanisme, Paris, Nagel, 1946, rééd. Gallimard, Folio, 1996, p. 37-42
- ↑ Camus, Albert, Le Mythe de Sisyphe, Paris, Gallimard, 1942, rééd. Folio Essais, 1972, p. 165-168
- ↑ Nietzsche, Friedrich, Le Gai Savoir, §276, trad. P. Klossowski, Paris, Gallimard, Folio Essais, 1967, p. 219-220
- ↑ Ramose, Mogobe B., African Philosophy through Ubuntu, Harare, Mond Books, 1999, p. 49-66
- ↑ Tutu, Desmond, No Future Without Forgiveness, Londres, Rider, 1999, p. 31-35
- ↑ Mandela, Nelson, Long Walk to Freedom: The Autobiography of Nelson Mandela, Boston, Little, Brown and Company, 1994, p. 544-566
- ↑ Gbadegesin, Segun, African Philosophy: Traditional Yoruba Philosophy and Contemporary African Realities, New York, Peter Lang, 1991, p. 73-91
- ↑ Biko, Steve, I Write What I Like: A Selection of his Writings, éd. Aelred Stubbs, Londres, Bowerdean Press, 1978, p. 29-33
- ↑ Fanon, Frantz, Les Damnés de la terre, Paris, François Maspero, 1961, rééd. La Découverte, 2002, p. 41-47
- ↑ Confucius, Entretiens (Lunyu), XVII, 23, trad. A. Cheng, Paris, Seuil, Points Sagesses, 1981, p. 186-187
- ↑ Mencius, Œuvres complètes, II A, 2, trad. A. Lévy, Paris, Éditions You-Feng, 2008, p. 55-59
- ↑ Śāntideva, Bodhicaryāvatāra (La Marche vers l'Éveil), chapitre VII, trad. G. Driessens, Paris, Seuil, Points Sagesses, 2007, p. 143-167
- ↑ Gandhi, Mohandas K., Hind Swaraj or Indian Home Rule, Ahmedabad, Navajivan Publishing House, 1909, rééd. 1938, p. 88-91
- ↑ Arendt, Hannah, Les Origines du totalitarisme, trad. J.-L. Bourget, R. Davreu et P. Lévy, Paris, Gallimard, Quarto, 1951, rééd. 2002, p. 628-651