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Dictionnaire de philosophie/Empédocle

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— Empédocle —

I. Biographie et contexte historique

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Empédocle naît à Agrigente (en grec Akragas, en latin Agrigentum, l'actuelle Agrigento) vers 492-490 av. J.-C.[1]. Les dates exactes de sa naissance et de sa mort demeurent incertaines, les témoignages anciens divergeant sur ces questions fondamentales. La datation communément admise place sa naissance autour de 492-490 av. J.-C., se fondant sur le témoignage d'Aristote rapporté par Simplicius, selon lequel Empédocle naquit peu après Anaxagore, lui-même né vers 500 av. J.-C.[2]. Cette datation s'accorde avec la victoire olympique remportée par son grand-père, également nommé Empédocle, lors de la 71e olympiade (496-495 av. J.-C.)[3], événement qui permet d'ancrer la famille d'Empédocle dans le temps avec une relative certitude.

La cité d'Agrigente, fondée vers 580 av. J.-C. par des colons venus de Géla, eux-mêmes descendants de Rhodiens et de Crétois, constituait à l'époque d'Empédocle l'une des plus riches et des plus puissantes colonies grecques de Sicile, rivalisant avec Syracuse en splendeur et en influence[4]. Située sur la côte méridionale de la Sicile, entre deux fleuves, l'Hypsos et l'Akragas, la ville s'élevait sur une colline qui lui servait d'acropole naturelle. Pindare la qualifiait de « la plus belle des cités mortelles »[5], témoignage de l'éclat qu'elle avait acquis au cours du Ve siècle av. J.-C. La fertilité exceptionnelle du territoire environnant, produisant céréales, huile d'olive et vin en abondance, ainsi que l'élevage florissant, avaient contribué à l'enrichissement rapide de la cité. Selon certaines estimations rapportées par Diodore de Sicile, la population atteignait deux cent mille habitants, dont vingt mille citoyens à part entière[6].

Empédocle appartient à une famille aristocratique d'Agrigente, dont la richesse et la notoriété sont solidement établies. Son grand-père paternel, Empédocle, s'était illustré dans les courses de chevaux, remportant la victoire dans l'épreuve du quadrige aux Jeux olympiques de 496 av. J.-C.[7]. Cette victoire, qui conférait un prestige considérable à toute la famille, témoigne de la fortune dont disposaient les Emménides – le clan auquel appartenait Empédocle[8]. Son père, Méton, joua vraisemblablement un rôle important dans la vie politique agrigentine, participant probablement au renversement du tyran Thrasydée en 472-471 av. J.-C. et à l'établissement d'un gouvernement démocratique[9].

Le contexte politique dans lequel grandit Empédocle se caractérise par une succession de bouleversements majeurs. Après une période de domination du tyran Phalaris (vers 570-554 av. J.-C.), qui s'était rendu célèbre par sa cruauté légendaire, Agrigente connut une phase de gouvernement oligarchique dominé par une « Assemblée des Mille », institution aristocratique regroupant les citoyens les plus fortunés. En 488 av. J.-C., Théron, membre de la famille des Emménides, s'empara du pouvoir et instaura une tyrannie qui dura jusqu'à sa mort en 472 av. J.-C.[10]. Le règne de Théron fut généralement considéré comme éclairé, les sources littéraires grecques louant sa sagesse et sa modération[11]. Allié de Gélon, tyran de Syracuse, Théron contribua de manière décisive à la victoire des Grecs de Sicile sur les Carthaginois à la bataille d'Himère en 480 av. J.-C., victoire qui assura la sécurité et la prospérité d'Agrigente pour plusieurs décennies[12].

À la mort de Théron, son fils Thrasydée (en grec Thrasydaios) lui succéda. Contrairement à son père, Thrasydée se montra violent, despotique et incompétent[13]. Déjà gouverneur d'Himère sous l'autorité de son père, il s'était attiré la haine des populations locales par sa brutalité. Devenu maître d'Agrigente, il engagea inconsidérément une guerre contre Hiéron Ier de Syracuse, guerre qui se solda par une défaite sanglante[14]. Profitant de ce désastre militaire, les Agrigentins se soulevèrent et chassèrent Thrasydée en 472-471 av. J.-C. Le tyran déchu s'enfuit en Grèce continentale, fut arrêté à Mégare et exécuté publiquement[15]. C'est dans ce contexte de bouleversement politique et d'instauration d'un régime démocratique qu'Empédocle, alors âgé d'une vingtaine d'années, fit son entrée dans la vie publique.

L'environnement intellectuel et culturel dans lequel se forma Empédocle était d'une richesse exceptionnelle. Agrigente attirait poètes, dramaturges et penseurs venus de toute la Grèce. Pindare, le plus célèbre poète lyrique de son temps, séjourna à Agrigente et y composa plusieurs odes en l'honneur de Théron[16]. Eschyle, le grand tragique athénien, se rendit également en Sicile et mourut à Géla vers 456 av. J.-C.[17]. Plus importante encore fut l'influence des courants philosophiques qui circulaient en Grande-Grèce et en Sicile au début du Ve siècle av. J.-C. Bien qu'il soit chronologiquement improbable qu'Empédocle ait personnellement rencontré Xénophane de Colophon, il connut indubitablement son œuvre, qui critiquait vigoureusement l'anthropomorphisme religieux traditionnel[18]. L'influence de Parménide d'Élée sur Empédocle fut considérable tant sur le plan stylistique que conceptuel : le poème de Parménide, avec sa distinction entre la voie de la vérité et la voie de l'opinion, fournit à Empédocle un modèle formel et un cadre problématique[19].

Les liens d'Empédocle avec le pythagorisme sont complexes et controversés. Selon Timée de Tauroménion, historien sicilien du IVe-IIIe siècle av. J.-C., Empédocle fut disciple de Pythagore, mais en fut exclu pour plagiat (logoklopia), accusé d'avoir divulgué publiquement des enseignements tenus secrets par l'école pythagoricienne[20]. Cependant, l'anachronisme chronologique rend impossible une telle filiation directe : Pythagore mourut vers 495 av. J.-C., année même où naquit probablement Empédocle. Il est néanmoins indubitable qu'Empédocle connut la doctrine pythagoricienne, soit par contact avec des pythagoriciens établis en Sicile et en Grande-Grèce, soit par la lecture d'écrits pythagoriciens, soit encore par transmission orale. L'interdiction de consommer des fèves, la croyance en la transmigration des âmes (métempsychose), le végétarisme strict et l'importance accordée aux nombres et aux proportions dans l'explication du cosmos témoignent d'une imprégnation pythagoricienne profonde, même si Empédocle reformula ces doctrines de manière originale[21].

Sur la vie personnelle et l'activité politique d'Empédocle, nos informations proviennent principalement de Diogène Laërce et de Timée. Empédocle refusa la royauté ou la tyrannie qui lui furent offertes, préférant soutenir le parti démocratique et œuvrer en faveur du peuple[22]. Plusieurs anecdotes illustrent son engagement politique égalitaire. Lors d'un banquet offert par un magistrat, Empédocle s'indigna qu'un convive fût désigné comme « roi du festin » avec pouvoir d'imposer aux autres invités des humiliations. Le lendemain, il fit citer en justice l'hôte et le « roi », les fit condamner et exécuter, y voyant une atteinte à l'égalité des citoyens[23]. De même, lorsque le médecin Acron demanda au conseil l'autorisation d'ériger un monument à son père sur l'acropole, Empédocle s'opposa vigoureusement à ce privilège, prononçant un discours où il tourna en dérision cette prétention aristocratique en jouant sur les mots[24]. Plus tard, Empédocle fit dissoudre l'Assemblée des Mille, institution oligarchique qui limitait les droits politiques à un millier de citoyens fortunés, trois ans après sa fondation, démontrant ainsi qu'il appartenait certes à la classe des riches mais qu'il soutenait fermement les principes démocratiques[25].

Parallèlement à son action politique, Empédocle exerça la médecine et acquit une réputation de thaumaturge. On lui attribue des guérisons miraculeuses, notamment celle d'une femme nommée Panthéia, que les autres médecins avaient abandonnée, la croyant morte[26]. Il aurait également délivré Sélinonte d'une épidémie de peste en faisant détourner le cours de deux rivières voisines pour assainir les eaux stagnantes responsables des miasmes pestilentiels[27]. À Agrigente, il aurait maîtrisé les vents étésiens qui menaçaient les récoltes en faisant fabriquer des outres en peau d'âne pour les capturer, exploit qui lui valut le surnom de « dompteur de vents » (kôlysanemas)[28]. Ces récits, qui mêlent histoire et légende, témoignent de l'aura extraordinaire dont Empédocle fut entouré de son vivant.

L'apparence d'Empédocle frappait les contemporains. Il se présentait vêtu d'une robe de pourpre, ceint d'une ceinture d'or, chaussé de sandales de bronze, couronné de lauriers et portant les bandelettes sacrées delphiques[29]. Cette mise en scène théâtrale, qui le distinguait de manière notable des autres citoyens, correspondait à la représentation qu'il donnait de lui-même dans ses poèmes, où il se présentait comme un dieu immortel circulant parmi les mortels[30]. Cette attitude fut diversement interprétée : certains y virent de l'arrogance et de la vanité, d'autres l'expression d'une authentique conscience de sa mission spirituelle[31].

Les circonstances et la date de la mort d'Empédocle demeurent entourées de mystère. Selon Aristote, il serait mort à l'âge de soixante ans, donc vers 432-430 av. J.-C.[32], mais d'autres sources lui prêtent un âge bien plus avancé, jusqu'à cent neuf ans[33]. Quant aux circonstances de sa mort, la légende la plus célèbre, rapportée par Héraclide du Pont et amplement diffusée dans l'Antiquité, raconte qu'Empédocle se serait jeté dans le cratère de l'Etna pour faire croire à son apothéose et convaincre ses disciples de sa divinité ; le volcan aurait cependant rejeté l'une de ses sandales de bronze, révélant ainsi la supercherie[34]. Timée de Tauroménion, historien plus soucieux d'exactitude, conteste vigoureusement cette version, affirmant qu'Empédocle quitta la Sicile pour le Péloponnèse et n'y revint jamais, de sorte que les modalités de sa mort demeurèrent inconnues[35]. D'autres traditions mentionnent qu'il serait mort d'une chute de char en se rendant à Messine, ou qu'il se serait pendu, ou encore qu'il se serait noyé[36]. L'incertitude même qui entoure sa fin contribua à renforcer le caractère quasi mythique du personnage, dont la figure hanta l'imaginaire occidental jusqu'à inspirer Hölderlin, Nietzsche et Matthew Arnold[37].

II. Les sources et la tradition textuelle

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Notre connaissance de la pensée d'Empédocle repose sur une tradition textuelle d'une complexité remarquable, qui combine l'absence tragique de manuscrits directs continus, la richesse d'une tradition indirecte remontant à l'Antiquité, et l'excitation suscitée par des découvertes papyrologiques récentes. Cette situation impose une démarche philologique et herméneutique particulièrement rigoureuse, laquelle doit tenir compte à la fois de la fragmentation matérielle des sources et des déformations interprétatives qui se sont accumulées au fil des siècles[38].

L'absence de tradition directe et la dépendance à l'égard des citations

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Contrairement aux œuvres de Platon, d'Aristote ou même d'Épicure, dont des manuscrits médiévaux ont assuré la transmission continue, aucun manuscrit complet des poèmes d'Empédocle ne nous est parvenu. La totalité de notre information textuelle provient de citations, de paraphrases et d'allusions préservées dans les écrits d'auteurs postérieurs, notamment chez les philosophes, les doxographes, les commentateurs néoplatoniciens et les Pères de l'Église[39]. Cette condition fragmentaire n'est nullement propre à Empédocle elle caractérise l'ensemble des présocratiques mais elle revêt une acuité particulière dans son cas, compte tenu de l'ampleur probable de son œuvre originale.

Les sources principales de la tradition indirecte sont dispersées sur près d'un millénaire. Parmi les auteurs les plus anciens, Aristote (384-322 av. J.-C.) et son disciple Théophraste (vers 371-vers 287 av. J.-C.) occupent une place prépondérante. Aristote cite et discute Empédocle à de nombreuses reprises dans ses traités, notamment dans la Métaphysique, le De Caelo, le De Generatione et Corruptione, et les Meteorologica[40]. Théophraste, qui composa des monographies sur les physiciens antérieurs, aujourd'hui perdues mais abondamment utilisées par la tradition doxographique ultérieure, constitue une source d'information cruciale, bien que médiatisée[41]. Cependant, comme l'a magistralement démontré Harold Cherniss dans son ouvrage fondateur Aristotle's Criticism of Presocratic Philosophy (1935), Aristote et Théophraste n'étaient nullement des témoins neutres ils interprétaient et réinterprétaient Empédocle à travers leurs propres cadres conceptuels, imposant souvent des schémas téléologiques qui faisaient de l'histoire philosophique une marche nécessaire vers le système aristotélicien[42].

La tradition doxographique, inaugurée par Théophraste et systématisée par des compilateurs ultérieurs tels qu'Aetius (Ier-IIe siècles apr. J.-C.), a transmis des résumés schématiques et souvent simplificateurs des doctrines empédocléennes. Le pseudo-Plutarque, dont les Placita Philosophorum dérivent d'Aetius, Stobée (Ve siècle apr. J.-C.) et Hippolyte de Rome (vers 170-235 apr. J.-C.) dans sa Réfutation de toutes les hérésies constituent des relais essentiels, bien que leur fidélité aux formulations originales demeure sujette à caution[43]. Les commentateurs néoplatoniciens, notamment Simplicius (VIe siècle apr. J.-C.) dans ses vastes commentaires sur Aristote, ont préservé de précieuses citations littérales d'Empédocle, souvent absentes des autres sources[44]. Simplicius, mû par un souci de conservation des textes anciens face à la fermeture des écoles philosophiques païennes par Justinien en 529, a eu le mérite d'insérer dans ses commentaires de longues citations textuelles, qui constituent aujourd'hui nos sources les plus étendues pour plusieurs fragments majeurs. Plutarque (vers 46-vers 125 apr. J.-C.), dans ses Œuvres morales, Sextus Empiricus (fin IIe-début IIIe siècle apr. J.-C.), et Clément d'Alexandrie (vers 150-vers 215 apr. J.-C.) fournissent également des citations importantes, bien que souvent décontextualisées et adaptées à leurs propres finalités polémiques ou apologétiques[45].

Cette médiation par des autorités postérieures, aux agendas philosophiques, théologiques ou polémiques distincts, impose une vigilance herméneutique constante. Comme Peter Kingsley l'a souligné, le véritable obstacle à une intelligence correcte d'Empédocle ne réside pas tant dans la fragmentation matérielle que dans les distorsions interprétatives que la tradition a accumulées[46]. L'historien de la philosophie doit, autant que possible, dépouiller les citations de leurs gangues doxographiques pour tenter d'accéder au sens originel.

Les éditions modernes et l'établissement du corpus

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L'entreprise moderne d'édition critique des fragments d'Empédocle commence véritablement au XIXe siècle, époque où la philologie classique atteint sa maturité scientifique. L'édition pionnière de Friedrich Wilhelm Sturz, Empedocles Agrigentinus (Leipzig, 1805), rassemble pour la première fois de manière systématique les fragments épars dans la tradition antique et médiévale, accompagnés d'une étude sur la vie et la philosophie du penseur d'Agrigente[47]. Simon Karsten, dans ses Philosophorum Graecorum Veterum... Operum Reliquiae (Amsterdam, 1838), propose une édition plus ambitieuse, qui distingue déjà avec une certaine netteté les fragments attribuables aux Katharmoi des fragments du poème physique[48].

L'édition véritablement fondatrice demeure celle de Hermann Stein, Empedoclis Agrigentini Fragmenta (Bonn, 1852), qui établit des critères rigoureux de sélection et d'authentification des fragments, et dont la numérotation a longtemps fait autorité[49]. Cependant, c'est l'édition monumentale de Hermann Diels, d'abord publiée dans les Poetarum Philosophorum Fragmenta (Berlin, 1901), puis intégrée et considérablement développée dans Die Fragmente der Vorsokratiker (première édition 1903), qui est devenue la référence incontournable et qui a imposé le système de numérotation standard, universellement utilisé par les chercheurs[50]. La cinquième édition, remaniée par Walther Kranz (Berlin, 1934-1937), puis la sixième édition (1952), désormais connue sous le sigle « Diels-Kranz » ou « DK », constituent encore aujourd'hui la base de référence pour tout travail sur les présocratiques, bien que leurs limites et leurs présupposés interprétatifs soient désormais largement reconnus[51].

Dans le système Diels-Kranz, chaque philosophe présocratique se voit attribuer un numéro Empédocle porte le numéro 31. Les témoignages indirects sur sa vie et sa doctrine sont classés sous la lettre A, suivie d'un numéro (31 A 1, 31 A 2, etc.). Les fragments littéraux, c'est-à-dire les citations textuelles considérées comme authentiques, sont classés sous la lettre B (31 B 1, 31 B 2, etc.). Une troisième catégorie, la lettre C, rassemble les imitations et les textes qui prennent Empédocle pour modèle[52]. Ce système, bien qu'imparfait et parfois arbitraire dans ses distinctions, a permis d'unifier les références et demeure l'instrument de travail indispensable.

Les éditions ultérieures du XXe siècle ont apporté des améliorations significatives, tant sur le plan de l'établissement du texte que sur celui de l'interprétation. L'édition monumentale de Jean Bollack, Empédocle. Les Origines (Paris, Minuit, 1965-1969, 3 volumes), propose une reconstruction audacieuse et systématique du poème physique, en intégrant non seulement les fragments littéraux mais aussi les résumés doxographiques, dans une tentative de reconstituer l'architecture d'ensemble de l'œuvre[53]. Bollack numérote les unités textuelles de 1 à 699, dans un cadre ouvert qui accueille fragments, paraphrases et contextes citants. Cette entreprise, aussi admirable soit-elle par son ampleur et sa rigueur philologique, n'a pas supplanté le système Diels-Kranz, trop solidement ancré dans les habitudes scientifiques. L'édition de Brad Inwood, The Poem of Empedocles (Toronto, 1992, édition révisée 2001), offre un texte grec accompagné d'une traduction anglaise et d'un riche apparat de témoignages indirects[54]. L'édition de M. R. Wright, Empedocles: The Extant Fragments (New Haven, Yale University Press, 1981), remarquable par son commentaire détaillé et ses notes philologiques, demeure un outil précieux[55].

Plus récemment, André Laks et Glenn W. Most ont proposé une refonte complète du corpus présocratique dans leur vaste entreprise éditoriale Early Greek Philosophy (Cambridge, Mass., Harvard University Press, 2016, Loeb Classical Library vol. 528), où Empédocle occupe le chapitre 22 du volume V, partie II[56]. Rompant avec la division traditionnelle en A et B, Laks et Most classent les textes en trois catégories P (informations concernant la Personne, la vie, le caractère et les dits du philosophe), D (Doctrine, fragments littéraux et témoignages sur le contenu de l'œuvre), R (histoire de la Réception de la doctrine dans l'Antiquité). Ce nouveau système, bien que novateur et fondé sur des critères méthodologiques explicites, n'a pas encore détrôné la numérotation Diels-Kranz, qui conserve sa primauté dans la pratique scientifique courante.

La découverte du papyrus de Strasbourg et son importance

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L'événement le plus marquant dans l'histoire récente des études empédocléennes fut incontestablement l'identification et la publication, en 1999, du papyrus de Strasbourg, qui bouleversa notre compréhension de la tradition textuelle et apporta des vers jusqu'alors inconnus[57]. L'histoire de cette découverte mérite d'être contée, car elle illustre les aléas de la transmission des textes antiques et les hasards heureux de la recherche papyrologique.

En novembre 1904, l'archéologue allemand Otto Rubensohn fouillait le site d'Akhmîm, l'antique Panopolis, en Haute-Égypte, lieu réputé pour avoir été un centre intellectuel et littéraire aux premiers siècles de notre ère. Il découvrit un objet funéraire singulier une bande ornementale, vraisemblablement destinée à orner une momie, constituée de feuilles de cuivre doré collées sur des morceaux de papyrus pliés[58]. Rubensohn extrait les bribes de papyrus et les emporta en Europe. En 1905, la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg fit l'acquisition de ce manuscrit fragmentaire. Pendant près d'un siècle, le papyrus demeura inexploité, enfoui dans les collections strasbourgeoises, attendant qu'un regard expert s'y intéressât[59].

C'est en 1994 qu'Alain Martin, papyrologue de l'Université libre de Bruxelles, identifia le papyrus comme contenant des vers d'Empédocle. Collaborant avec Oliver Primavesi, philologue de l'Université de Munich, spécialiste d'Empédocle et de Parménide, Martin entreprit une reconstitution minutieuse des fragments. Le travail, d'une complexité extrême, exigeait de déplier virtuellement les morceaux, de reconstituer l'ordre des colonnes, d'identifier les correspondances entre les divers ensembles désignés par les lettres a à k, et de déterminer leur place dans l'œuvre empédocléenne[60]. En 1999, les deux chercheurs publièrent L'Empédocle de Strasbourg, ouvrage qui fit date dans le domaine de la papyrologie et de l'histoire de la philosophie antique.

Le papyrus, daté paléographiquement de la fin du Ier siècle apr. J.-C., constitue le seul témoignage de transmission directe d'un texte d'Empédocle, par opposition aux citations indirectes chez les auteurs postérieurs[61]. Il s'agit d'un manuscrit de qualité, copié professionnellement, comme en témoigne la présence d'une indication stichométrique en marge de la colonne a la lettre Γ (gamma), qui signale que le copiste a déjà transcrit 300 lignes[62]. Cette indication suggère que le papyrus provient d'un centre de copie professionnel, et non d'une copie privée ou scolaire. Le fait que le manuscrit ait été trouvé dans un contexte funéraire soulève des questions fascinantes sur les usages rituels ou symboliques auxquels les textes philosophiques pouvaient être soumis dans l'Égypte gréco-romaine[63].

Le papyrus apporte des vers inconnus et, surtout, atteste la coexistence, au sein d'un même rouleau, de développements cosmologiques et de récits daïmonologiques à la première personne. Il fournit ainsi un argument très puissant en faveur d'une articulation étroite entre ces deux registres, sans pour autant lever définitivement le débat sur l'unité ou la dualité des poèmes empédocléens.[64] En particulier, le papyrus montre que le célèbre fragment sur le « démon » exilé des dieux (B 115 Diels-Kranz) et le récit des expériences de réincarnation (B 117 Diels-Kranz) s'inséraient dans un contexte qui contenait également des développements cosmologiques sur la séparation et la recombinaison des éléments. Cette découverte a largement conforté l'hypothèse, avancée dès 1987 par Catherine Rowett (alors Osborne), selon laquelle une partie au moins de ces fragments provenait d'un seul et même poème, désigné sous divers titres par les sources antiques.[65]

La découverte récente du papyrus du Caire

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L'histoire ne s'arrête pas là. En 2023, Nathan Carlig, chercheur en papyrologie à l'Université de Liège, découvrit dans les collections de l'Institut français d'archéologie orientale (IFAO) du Caire un fragment de papyrus contenant les restes de trente vers inédits du philosophe présocratique[66]. Ce fragment, désormais connu sous le nom d'« Empédocle du Caire », complète l'« Empédocle de Strasbourg ». Daté également de la fin du Ier siècle apr. J.-C., il provient vraisemblablement de la même région d'Égypte, sinon du même manuscrit ou d'une copie apparentée. La publication complète de cette nouvelle découverte, attendue avec impatience par la communauté scientifique, promet d'éclairer davantage la doctrine empédocléenne et de relancer les débats interprétatifs sur des questions encore irrésolues.

Les problèmes herméneutiques posés par la tradition fragmentaire

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La fragmentation matérielle et la médiation doxographique imposent des défis herméneutiques considérables. Premièrement, l'ordre originel des fragments demeure largement inconnu. Les éditeurs modernes, de Diels à Bollack, ont proposé des reconstructions hypothétiques de la structure des poèmes, mais ces reconstructions demeurent conjecturales, fondées sur des critères thématiques, stylistiques ou logiques qui ne garantissent nullement la fidélité à l'ordre de composition originel[67]. Deuxièmement, la décontextualisation des fragments rend souvent difficile la compréhension de leur sens précis. Un vers cité isolément peut prendre des significations divergentes selon le contexte argumentatif dans lequel il s'insérait. Troisièmement, les citations elles-mêmes ne sont pas toujours textuellement fiables les copistes médiévaux ont introduit des corruptions, et les auteurs anciens citaient parfois de mémoire ou adaptaient les vers à leurs propres besoins rhétoriques[68].

À ces difficultés matérielles s'ajoutent les biais interprétatifs de la tradition. Aristote, source majeure de notre information, lit Empédocle à travers le prisme de sa propre téléologie et de sa théorie des quatre causes. Les doxographes schématisent et simplifient, réduisant souvent la richesse de la pensée empédocléenne à des formules commodes mais réductrices. Les néoplatoniciens, tels Simplicius ou Proclus, projettent sur Empédocle leurs propres catégories métaphysiques, voyant dans le Sphairos une préfiguration de l'Un plotinien ou dans les daimones des âmes platoniciennes déchues[69]. Les Pères de l'Église, en quête de précurseurs de la doctrine chrétienne ou, au contraire, d'hérésiarques à réfuter, instrumentalisent Empédocle à des fins apologétiques.

Face à ces obstacles, l'historien de la philosophie doit adopter une méthode critique rigoureuse. Il convient, autant que possible, de croiser les témoignages, de comparer les versions divergentes d'un même fragment, de tenir compte du contexte citant, et de demeurer conscient des agendas philosophiques ou théologiques des sources. La découverte des papyrus égyptiens, en fournissant un accès direct, quoique fragmentaire, au texte empédocléen, offre un contrepoids salutaire aux déformations de la tradition indirecte. Néanmoins, même ces papyrus ne nous livrent pas Empédocle dans sa pureté originelle ils nous donnent des copies tardives, réalisées plusieurs siècles après la composition, dans un milieu culturel éloigné de la Sicile du Ve siècle av. J.-C.

En définitive, notre connaissance d'Empédocle demeure irrémédiablement médiatisée, fragmentaire et problématique. Mais cette condition ne condamne nullement l'entreprise herméneutique à l'échec au contraire, elle l'oblige à une vigilance accrue, à une rigueur philologique maximale, et à une humilité épistémologique qui reconnaît les limites de notre savoir. Les progrès accomplis au cours du dernier siècle, grâce aux découvertes papyrologiques et aux réévaluations critiques de la tradition doxographique, ont considérablement enrichi notre compréhension d'Empédocle. Les décennies à venir, avec la publication de l'« Empédocle du Caire » et la poursuite des recherches papyrologiques, promettent d'apporter de nouvelles lumières sur l'une des figures les plus fascinantes et les plus énigmatiques de la pensée antique.

III. Les quatre racines et la composition du monde

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La théorie des quatre racines constitue la contribution la plus célèbre et la plus durable d'Empédocle à l'histoire de la pensée occidentale. En postulant l'existence de quatre principes matériels fondamentaux — le feu, l'air, l'eau et la terre — dont les combinaisons variables engendrent toutes les substances du monde sensible, l'Acragentin élabora un système à la fois simple et puissant qui marqua la physique et la médecine pendant plus de deux millénaires[70]. Cette doctrine représente une tentative ingénieuse de réconcilier les positions apparemment inconciliables de Parménide d'Élée et d'Héraclite d'Éphèse : elle sauvegarde à la fois l'immuabilité de l'être proclamée par le premier et la réalité du devenir observée par le second.

Le problème philosophique hérité de Parménide

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Pour saisir pleinement l'originalité de la solution empédocléenne, il convient de rappeler l'aporie dans laquelle la philosophie éléate avait plongé la réflexion sur la nature. Parménide avait démontré, dans son poème fondateur Sur la nature, que l'être est nécessairement un, éternel, immuable et homogène. Tout devenir, toute génération, toute corruption, toute pluralité ne peuvent être, selon lui, que des illusions et erreurs des sens[71]. La rigueur de l'argumentation parménidéenne s'impose à l'esprit : rien ne peut naître de ce qui n'est pas, car le non-être est impensable et indicible ; rien ne peut périr en se résolvant dans le non-être, pour la même raison. Dès lors, affirmer que quelque chose commence d'exister ou cesse d'exister équivaut à dire que l'être provient du non-être ou retourne au non-être — deux propositions contradictoires et absurdes[72].

Cependant, cette conclusion métaphysique se heurte violemment au témoignage immédiat et constant des sens. Les choses naissent, croissent, se transforment, dépérissent et meurent sous nos yeux. Le monde sensible est le théâtre d'un perpétuel devenir. Comment concilier l'évidence rationnelle de l'immuabilité de l'être avec l'évidence empirique du changement universel ? Telle était la question pressante à laquelle les penseurs postérieurs à Parménide durent se confronter. Empédocle, comme Anaxagore son contemporain, s'efforça de résoudre ce dilemme en dissociant le niveau des principes élémentaires, éternels et immuables, du niveau des composés, transitoires et changeants[73].

La doctrine des quatre racines

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Empédocle n'emploie pas le terme d'éléments (stoikheia) — terme technique qui ne fut introduit qu'ultérieurement dans le vocabulaire philosophique. Il désigne les quatre principes matériels sous le nom pittoresque de rhizômata, c'est-à-dire « racines » de toutes choses, empruntant une image botanique qui suggère à la fois la permanence, la fécondité et le rôle fondateur[74]. Ce choix terminologique n'est nullement fortuit : il s'inscrit dans la tradition pythagoricienne, où le terme rhiza désignait les principes premiers dont dérivent toutes choses, de même que les nombres dérivent de l'unité et de la dyade[75].

Empédocle identifie ces quatre racines en recourant à une nomenclature théologique : Zeus pour le feu, Héra pour l'air, Aidôneus (c'est-à-dire Hadès) pour la terre, et Nestis pour l'eau[76]. L'emploi de noms divins pour désigner les éléments n'est pas une simple ornementation poétique : il exprime la conviction que les racines possèdent une dignité ontologique supérieure, qu'elles sont douées d'une forme de vie et de pensée, qu'elles sont, en un sens, divines[77].

L'identification précise de chaque divinité à chaque élément a donné lieu à des divergences entre les traditions doxographiques. La version la plus anciennement attestée, conservée par Diogène Laërce et Aétius, attribue le feu à Zeus le lumineux, l'air à Héra vivifiante, la terre à Aidôneus, et l'eau à Nestis, divinité aquatique sicilienne dont les larmes engendrent la source des mortels[78]. D'autres traditions doxographiques, notamment celle conservée par Stobée, proposent des correspondances différentes, attribuant à Héra la terre et à Aidôneus l'air[79]. Ces divergences secondaires reflètent les difficultés d'interprétation du texte original d'Empédocle. L'essentiel du système demeure : les quatre racines sont coéternelles, équivalentes en dignité ontologique, irréductibles les unes aux autres, et elles constituent les briques élémentaires dont tous les corps composés sont formés.

Aristote, dans sa Métaphysique, reconnaît à Empédocle le mérite d'avoir été le premier à distinguer clairement quatre éléments de nature matérielle, là où ses prédécesseurs ioniens n'en avaient retenu qu'un seul : l'eau pour Thalès, l'air pour Anaximène, le feu pour Héraclite, ou une substance indéterminée (apeiron) pour Anaximandre[80]. Cependant, le Stagirite ajoute une critique importante : Empédocle, bien qu'il pose quatre éléments, ne les utilise pas vraiment comme s'ils étaient quatre, mais plutôt comme s'ils étaient deux — le feu d'une part, et ses contraires (terre, eau, air) d'autre part[81]. Cette observation suggère que, dans certains passages du poème, Empédocle privilégie une opposition binaire entre le chaud (feu) et le froid (les trois autres éléments), opposition qui joue un rôle déterminant dans la cosmogonie et la formation des êtres vivants. Néanmoins, la structure quaternaire demeure fondamentale et constitue l'architecture conceptuelle du système.

L'immuabilité des racines et l'explication du changement

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Les quatre racines possèdent, selon Empédocle, les attributs que Parménide avait réservés à l'être unique : elles sont inengendrées et impérissables, elles ne croissent ni ne décroissent en quantité, elles demeurent qualitativement identiques à elles-mêmes à travers tous les changements du cosmos[82]. Ainsi, Empédocle sauvegarde le principe éléate de l'immuabilité de l'être, mais en le distribuant sur quatre substances distinctes au lieu de le concentrer sur un être unique et monolithique. Cette pluralisation de l'être parménidien constitue la clé de voûte de la solution empédocléenne au problème du devenir.

Comment, dès lors, expliquer le changement, la naissance et la mort des êtres particuliers ? Empédocle répond par une théorie du mélange (mixis, krasis) et de la séparation (dialysis, diakrisis) des éléments. Ce que le langage ordinaire nomme « naissance » n'est qu'un assemblage, une union, une combinaison de parcelles des quatre racines ; ce que l'on nomme « mort » n'est que la dissolution, la désagrégation de cet assemblage, le retour des parcelles élémentaires à leur état dispersé[83]. Rien ne naît véritablement au sens strict, rien ne périt véritablement : il y a seulement mélange et séparation de choses qui existent toujours. Les mots « naissance » et « mort » sont donc, à strictement parler, impropres et mensongers — ils relèvent de la convention humaine plutôt que de la vérité philosophique[84]. Empédocle lui-même déclare qu'il se conforme à l'usage linguistique établi, tout en sachant que celui-ci ne correspond pas à la réalité ontologique profonde.

Cette théorie du mélange et de la séparation permet de rendre compte de l'infinie diversité des êtres du monde sensible. Selon les proportions dans lesquelles les quatre racines se combinent, selon la configuration géométrique de leurs assemblages, naissent des substances aux propriétés extrêmement variées. Empédocle compare ce processus à l'art du peintre, qui, à partir de quatre couleurs fondamentales — le blanc, le noir, le jaune et le rouge — produit une infinité de nuances et représente tous les êtres visibles[85]. De même, les quatre racines, par leurs combinaisons innombrables, engendrent les arbres, les hommes, les femmes, les bêtes sauvages, les oiseaux, les poissons, et même les dieux qui vivent longtemps[86].

Les propriétés des quatre racines

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Chaque racine possède des propriétés spécifiques qui la distinguent des trois autres. Le feu se caractérise par la chaleur, la légèreté, la luminosité et le mouvement ascendant. L'air, quoique moins bien défini dans les fragments conservés, semble associé au souffle vital, à la respiration, et à l'intermédiaire entre le feu et l'eau. L'eau se signale par la froideur, l'humidité, la fluidité et la tendance à descendre. La terre se définit par la sécheresse, la densité, la stabilité et la pesanteur[87]. Ces propriétés ne sont pas adventices : elles appartiennent essentiellement à chaque élément et expliquent son comportement dans les processus cosmiques et biologiques.

Aristote, dans son traité De la génération et de la corruption, critique Empédocle pour n'avoir pas expliqué de manière satisfaisante comment les propriétés sensibles des corps composés dérivent des propriétés des éléments simples[88]. Selon le Stagirite, Empédocle se contente d'affirmer que les os, par exemple, sont composés de deux parts d'eau, de deux parts de terre et de quatre parts de feu, sans préciser le mécanisme par lequel cette proportion numérique détermine la dureté, la blancheur et les autres propriétés de l'os[89]. Cette critique aristotélicienne, pour fondée qu'elle soit sur le plan de la rigueur explicative, ne doit pas occulter l'audace et la fécondité de l'intuition empédocléenne : l'idée que les propriétés macroscopiques des corps résultent de la proportion et de l'arrangement de leurs constituants microscopiques anticipe, dans une certaine mesure, les conceptions modernes de la chimie et de la physique des matériaux.

Le mélange et ses degrés

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Empédocle distingue plusieurs types ou degrés de mélange entre les éléments. Le mélange peut être plus ou moins intime, plus ou moins homogène. Dans certains cas, les parcelles élémentaires demeurent simplement juxtaposées, sans interpénétration véritable. Dans d'autres cas, le mélange atteint un degré de finesse tel que les parcelles de chaque élément se trouvent entremêlées de manière extrêmement serrée, donnant naissance à des substances d'apparence homogène[90].

Le sang constitue l'exemple paradigmatique d'un mélange équilibré et harmonieux des quatre racines en proportions à peu près égales[91]. La perfection de ce mélange explique pourquoi le sang, et en particulier le sang qui entoure le cœur, est le siège de la pensée (phronêsis) chez l'homme[92]. Cette doctrine sera reprise et développée par la médecine ultérieure. Inversement, les déséquilibres dans les proportions élémentaires expliquent les différences de tempérament, d'intelligence et de capacités entre les individus : ceux dont le mélange sanguin est harmonieux sont les plus intelligents, tandis que ceux dont le mélange est défectueux, où un élément domine excessivement les autres, sont obtus, paresseux ou impulsifs[93].

Cette doctrine des mélanges élémentaires fonde la physiologie, la médecine et la psychologie empédocléennes. Elle annonce, de loin, la théorie des quatre humeurs (sang, phlegme, bile jaune, bile noire) qui dominera la médecine antique et médiévale, bien que cette théorie humorale ne se soit pleinement constituée qu'avec Hippocrate et Galien[94]. L'influence d'Empédocle sur l'école médicale de Sicile et d'Italie du Sud fut considérable : Galien le reconnaît comme une figure fondatrice de la pensée médicale occidentale, même s'il n'utilise pas l'expression « fondateur » dans le passage de Diogène Laërce[95].

La critique aristotélicienne et la postérité de la doctrine

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Aristote, tout en reconnaissant l'apport décisif d'Empédocle à la physique, formule plusieurs objections contre la théorie des quatre éléments. Premièrement, il reproche à Empédocle de ne pas avoir clairement distingué la cause matérielle (les quatre racines) de la cause efficiente (Amour et Haine), distinction qui est essentielle pour une explication scientifique rigoureuse[96]. Deuxièmement, il critique l'apparente incohérence de la théorie : dans certaines phases du cycle cosmique, c'est l'Amour qui unit toutes choses dans l'unité du Sphairos, mais c'est la Haine qui sépare et isole chaque élément — le feu se rassemblant avec le feu, la terre avec la terre — ce qui produit également une forme d'union[97]. Troisièmement, Aristote juge insuffisant le recours à deux principes moteurs seulement pour rendre compte de la variété des mouvements observés dans la nature[98].

Malgré ces critiques, Aristote lui-même adopta, en la réinterprétant profondément, la doctrine des quatre éléments. Il leur attribua des lieux naturels et des mouvements naturels (vers le haut pour le feu et l'air, vers le bas pour l'eau et la terre), et surtout il les redéfinit non plus comme des substances ultimes mais comme des composés de matière première et de couples de qualités contraires (chaud-froid, sec-humide)[99]. Cette transformation conceptuelle permit d'intégrer la théorie empédocléenne dans le cadre de l'hylémorphisme aristotélicien, assurant ainsi sa survie et sa diffusion pendant des siècles.

La postérité de la doctrine empédocléenne des quatre éléments fut immense. Elle s'imposa comme le cadre conceptuel fondamental de la physique, de la cosmologie, de la médecine, de l'alchimie et de l'astrologie jusqu'à la révolution scientifique du XVIIe siècle. Galien, Avicenne, Averroès, Albert le Grand, Thomas d'Aquin acceptèrent tous, avec des nuances diverses, la théorie des quatre éléments comme une vérité établie[100]. Ce n'est qu'avec Boyle, Lavoisier et la chimie moderne que cette théorie fut définitivement abandonnée, remplacée par la conception des éléments chimiques définis par leurs propriétés atomiques. Mais l'idée empédocléenne fondamentale — selon laquelle la diversité du monde sensible résulte de combinaisons variables d'un petit nombre de constituants élémentaires — survit, transfigurée, dans la chimie et la physique contemporaines. Elle demeure une intuition profonde sur la structure de la matière.

IV. L'Amour et la Haine : forces cosmiques primordiales

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Au cœur de la cosmologie d'Empédocle se trouve un antagonisme fondamental, plus vaste encore que celui des quatre racines : le combat éternel entre deux forces universelles, l'Amour (philia, erôs) et la Haine (neikos).[101] Empédocle affirme avec force que l'Amour et la Haine existent depuis l'éternité : « Car elles ont été auparavant, elles seront plus tard, et je ne crois pas qu'aucune des deux manque jamais dans le temps infini ».[102] Si les quatre racines constituent l'infrastructure matérielle du cosmos, c'est l'Amour et la Haine qui en animent le devenir, qui organisent leurs rapports, qui produisent l'alternance infinie des phases d'union et de séparation. Ces deux forces ne sont nullement des principes abstraits ou immatériels ; elles sont, au contraire, du même statut ontologique que les quatre éléments, de véritables composantes de l'être, quoique de nature qualitativement distincte.[103]

Empédocle qualifie l'Amour par plusieurs noms divins qui en soulignent l'essence : philia (amitié), erôs (amour), Aphrodite (Vénus), Harmonia (harmonie).[104] La Haine, elle, est désignée sous les noms de neikos, Eris (discorde), et figurée comme une force de séparation centrifuge.[105] Ces noms divins n'ont rien d'ornemental poétique ; ils expriment la conviction empédocléenne que les forces cosmiques fondamentales possèdent une nature divine, une puissance créatrice incomparable.[106]

La nature dialectique du cosmique

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L'Amour et la Haine ne se déploient pas simultanément et avec la même intensité en tous lieux et en tous temps. Au contraire, elles entrent dans une alternance cyclique réglée par une ananké (nécessité) suprême, scellée par un « vaste serment » (horkos).[107] Cette Nécessité, cette loi inviolable garantit le déroulement éternel du cycle cosmique et, par conséquent, l'éternité du devenir lui-même. C'est une caractéristique remarquable du système empédocléen que le devenir ne soit jamais sujet à l'annihilation : il est au contraire assuré par un décret cosmique que l'alternance entre union et séparation ne connaîtra jamais de terme.[108]

L'Amour se caractérise principalement par sa fonction unificatrice. Chaque fois qu'il prédomine, il attire vers lui l'ensemble des racines élémentaires, cherchant à les fusionner en une totalité homogène. Empédocle le célèbre en des termes sublimes : « Contemple-le par l'esprit et non avec des yeux hébétés. C'est lui qu'on regarde comme incorporé dans les membres des mortels, c'est grâce à lui qu'ils aiment et accomplissent les œuvres de l'union, lui donnant alors le nom de Joie et celui d'Aphrodite ; mais il circule aussi dans tout l'univers ».[109] L'Amour « est égal en longueur et en largeur »,[110] manifestant sa présence intime en chaque lieu du cosmos. Lorsqu'il se retire, c'est-à-dire lorsque l'Amour recule devant l'assaut de la Haine, le chaos menace l'ordre établi.[111]

La Haine, inversement, opère par séparation et désagrégation. Elle est qualifiée comme la force sinistre, distincte de toute autre réalité, « de poids égal partout ».[112] Là où l'Amour cherche à unir les dissemblables — ce qui constitue sa fonction cruciale, puisqu'elle agit précisément en favorisant les unions entre éléments naturellement séparés —, la Haine « sépare et isole », attirant chaque racine vers ce qui lui ressemble. Empédocle souligne cette ségrégation : « Dans la Haine, ils sont tous isolés et défigurés, mais l'Amour les réunit par un désir réciproque ».[113] C'est une ségrégation progressive qui culmine, à l'extrême, en une complète stratification cosmique où les quatre racines forment quatre sphères concentriques immuables.

Le Sphairos : le moment d'harmonie absolue

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Le plus haut accomplissement de l'Amour se manifeste dans le Sphairos (Sphère), moment cosmique où l'union est si totale, si intégrale, que le cosmos devient une unité sphérique indivisible, parfaite dans toutes ses dimensions.[114] En cet instant propice, Empédocle dépeint un univers transfiguré : « Alors ne se discernent pas les membres rapides du Soleil, ni la puissance velue de la terre, ni la mer — mais au sein de la stable harmonie, reposait le Sphairos, immobile ».[115] Les trois mondes distincts du cosmos actuel s'abolissent dans une fusion si complète que les réalités élémentaires qui les composent perdent leurs individualités.

Ce moment cosmique possède une qualité divine insigne. Empédocle le décrit comme un état de béatitude absolue, sans souffrance, sans conflit, sans le poids du devenir.[116] Aucune distinction n'existe au sein du Sphairos : Empédocle le précise ainsi : « Pour tous les côtés il était égal, infiniment vaste, se forma le Sphairos. Il était arrondi ».[117] Le Sphairos ne possède pas de différenciation interne. Cette caractérisation s'inspire du Parménide du poète éléate, dont Empédocle emprunte le modèle d'un être unique, indivisé et complet ; cependant, Empédocle le pluralise en reconnaissant que l'univers en bloc possède ces attributs.[118]

Le cycle cosmique et ses phases

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Selon le témoignage d'Aristote et les fragments conservés, le cosmos traverse quatre phases discernables :

La première phase est celle du Sphairos intact, où l'Amour domine sans partage et la Haine reste reléguée aux extrêmes limites.[119] Cette phase ne peut produire aucune réalité composite distincte puisque la complète uniformité interdit la génération.[120]

La deuxième phase s'inaugure quand la Haine commence à pénétrer le Sphairos, l'imprègne peu à peu, déclenchant le devenir. C'est dans cette phase que naît notre monde, celui des êtres multiples, des créatures composées, du devenir incessant. Empédocle en décrit le commencement : « Quand la Haine se fut retirée à l'extrémité du tourbillon, et qu'au centre fut venue résider l'Amitié, dès lors toutes choses se réunirent pour former un seul ensemble, mais ce n'est pas d'un seul coup ».[121] L'Amour réagit immédiatement à l'assaut de la Haine, tentant de maintenir certaines unions et de créer de nouveaux équilibres.[122] C'est le cosmos du devenir perpétuel, caractérisé par une lutte entre les deux forces antagonistes.[123]

La troisième phase intervient quand la Haine atteint sa plénitude de puissance. Elle a achevé la séparation complète des quatre racines, repoussant l'Amour aux extrêmes limites du cosmos. À ce stade extrême, les quatre éléments forment quatre sphères concentriques isolées les unes des autres, incapables de toute interaction.[124] C'est un moment de parfaite séparation, aussi extrême dans son opposition que le Sphairos l'était dans son union.

La quatrième phase voit l'Amour reprendre son offensive. Graduellement, avec lenteur et constance, il commence à réunir les quatre racines éparses, à former d'abord des composés simples, puis de plus en plus complexes, jusqu'à éventuellement reconstituer le Sphairos. Empédocle souligne que ce retour s'accomplit avec mesure : « De ce qui s'unit ainsi naissent les innombrables races des êtres mortels ; mais en face de ce qui était associé, beaucoup reste isolé ».[125] Et le cycle recommence, sans fin.

L'héritage philosophique et théorique

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Aristote reconnaît, non sans une certaine perplexité, que l'introduction de deux forces motrices distinctes constitue un progrès considérable par rapport à la physique ionienne.[126] Cependant, il adresse à Empédocle plusieurs critiques majeures. Premièrement, l'Amour et la Haine sont présentés à la fois comme des causes efficientes (elles produisent du mouvement) et comme des causes matérielles (elles composent l'être), distinction que le Stagirite juge intolérable.[127] Deuxièmement, Aristote note une asymétrie troublante : la Haine est parfaitement destructrice, tandis que l'Amour ne cesse d'opérer même dans la séparation, puisque la Haine elle-même unit ce qui est semblable. Dès lors, comment affirmer qu'elle soit réellement démiurgique au sens plein ?[128]

Ces critiques aristotéliciens, bien que sévères, méconnaissent la subtilité du système empédocléen. Chez Empédocle, en effet, la distinction entre cause matérielle et cause efficiente n'existe pas encore au sens aristotélicien. Les deux forces sont matérielles et motrices en même temps parce que, dans la conception empédocléenne, la matière elle-même est vivante, douée d'une forme d'intentionnalité. L'Amour et la Haine ne sont pas des principes transcendants qui agiraient du dehors sur une matière passive ; ils sont immanents au cosmos, en constituent les fibres mêmes.[129]

L'influence de cette conception des forces cosmiques s'étendra bien au-delà de l'Antiquité. Schopenhauer reconnaîtra en Empédocle un précurseur majeur de sa propre métaphysique du Vouloir, où une impulsion universelle, tantôt attractive, tantôt répulsive, anime le cosmos entier.[130] Freud mentionnera explicitement Empédocle comme source d'inspiration pour sa théorie des pulsions érotiques (Éros) et des pulsions de mort (Thanatos), montrant comment ces deux forces antagonistes et complémentaires gouvernent tous les phénomènes de la vie.[131] C'est ainsi que le penseur d'Agrigente, philosophe présocratique dont l'œuvre ne nous est connue que par fragments, a jeté les bases conceptuelles pour toute une tradition occidentale de pensée organique et dynamique, résolument contraire à tout réductionnisme mécaniste.

V. La perception et la théorie de la connaissance

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La théorie de la connaissance d'Empédocle repose sur un principe simple mais d'une profondeur remarquable : le semblable connaît le semblable (homoion gignôskei homoion)[132]. Ce principe, fondamental à toute sa physique, établit une consubstantialité entre l'organe percevant et l'objet perçu, une intrinsèque affinité qui rend possible la connaissance en supprimant temporairement la distance qui sépare le sujet de l'objet. Contrairement aux penseurs qui l'ont précédé, notamment Parménide et Héraclite, Empédocle construit une théorie unifiée de la perception qui englobe l'ensemble des modalités sensorielles et qui s'articule à la cosmologie des quatre racines et à l'action de l'Amour et de la Haine[133].

Les organes des sens et la théorie des pores

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Empédocle imagine que tous les corps, aussi bien externes qu'internes, possèdent des pores (póroi) de dimensions variables, et que ces pores se correspondent en vertu d'affinités élémentaires. La sensation est produite par l'entrée de particules minuscules, appelées effleuves ou aporrhóiai, qui se détachent de tous les corps et pénètrent dans ces pores[134]. Cette théorie des effleuves explique pourquoi certaines sensations sont possibles tandis que d'autres ne le sont pas : les pores de l'œil ne peuvent admettre que les effleuves de la lumière, tandis que les pores de l'oreille ne reçoivent que les effleuves du bruit. Chaque sens dispose ainsi d'une spécificité structurelle qui le limite à la perception des objets pour lesquels ses pores présentent la bonne configuration[135].

Cette doctrine des pores révèle une compréhension remarquablement sophistiquée de la sélectivité sensorielle. Empédocle l'explicite en affirmant que il n'est pas possible qu'un sens juge des objets d'un autre, car les pores de quelques-uns d'entre eux sont trop larges, et ceux des autres trop étroits pour l'objet sensible[136]. La vue, l'ouïe, l'odorat, le goût et le toucher ne se concurrencent ni ne se remplacent les uns les autres ; ils forment plutôt un ensemble de canaux distincts, chacun spécialisé dans l'interception de certaines catégories d'effleuves. Empédocle recommande même à son disciple Pausanias d'accorder confiance à tous les sens de manière équitable : Va, examine de toutes façons comment chaque chose se manifeste / Mais n'accorde pas plus de confiance à la vue qu'à l'ouïe[137].

La vision : la lumière émanée du feu intérieur

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Pour la vision, Empédocle propose une théorie originale où l'acte de voir résulte de la rencontre entre le feu interne à l'œil et le feu externe provenant des objets. L'œil est composé de quatre éléments, mais le feu y prédomine. Il est entouré d'eau, de terre et d'air qui forment une enveloppe protectrice. Le feu intérieur s'écoule à travers cette enveloppe comme la lumière traverse une lanterne, rencontrant le feu externe du monde, et cette union produit la vision[138]. La couleur des yeux détermine les conditions de visibilité : les yeux riches en feu voient mieux la nuit, car ils compensent le manque de lumière externe, tandis que les yeux riches en eau voient mieux le jour[139]. Cette doctrine anticipe certains éléments de la théorie moderne de la vision, bien que ses fondements soient radicalement différents.

L'audition et l'analogie de la cloche

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Pour l'ouïe, Empédocle la compare à une cloche. Le son est produit par le choc de l'air extérieur mû par la voix sur le cartilage suspendu à l'intérieur de l'oreille, cartilage qui tinte comme le battant d'une cloche[140]. L'audition est donc essentiellement un phénomène de résonance : l'air intérieur de l'oreille entre en vibration sympathique avec l'air extérieur qui porte le son. C'est une parfaite illustration du principe du semblable connaissant le semblable : l'air intérieur reconnaît l'air extérieur en entrant en harmonie vibrante avec lui[141].

L'olfaction et la respiration

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L'odorat s'accomplit par la respiration, ce qui explique pourquoi ceux qui sentent le mieux possèdent les mouvements respiratoires les plus violents[142]. Le chien de chasse qui suit une trace cherche les particules que l'animal a laissées en se déplaçant, des parcelles de matière qui pénètrent les narines du chasseur au rythme de sa respiration[143]. Ainsi, l'odeur porte en elle les éléments constituants de la chose odorante et entre en contact avec les éléments semblables présents dans l'organe olfactif du percevant.

La théorie unifiée de la sensation

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Ces modalités sensorielles distinctes convergent en une théorie générale selon laquelle la sensation naît de l'adaptation aux pores[144]. Plutôt que de considérer chaque sens comme un mécanisme entièrement distinct, Empédocle les intègre tous dans un schéma unifié : en chaque lieu du corps, existent des pores ; dans chaque corps du monde environnant, se dégagent des effleuves ; quand les dimensions des pores correspondent aux dimensions des effleuves, la sensation a lieu. Cette correspondance n'est jamais fortuite : elle repose sur une affinité élémentaire profonde. La sensation est ainsi une forme d'union, une communion temporaire entre ce qui perçoit et ce qui est perçu[145].

La respiration et la physiologie

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L'explication empédocléenne de la respiration, illustrée par la célèbre analogie de la clepsydre, révèle la profondeur de sa pensée physiologique[146]. La clepsydre, ce récipient antique destiné à verser des liquides, possède une imbouchure supérieure et un fond percé de nombreux petits trous formant un crible. Quand on la plonge vide dans l'eau en tenant l'imbouchure fermée, l'eau n'y pénètre pas, car l'air interne repousse le liquide. Dès qu'on retire la main de l'imbouchure, l'eau s'y précipite. De même, dans l'organisme vivant, le sang et l'air effectuent une danse alternative : quand le sang se retire des capillaires, l'air y pénètre ; quand le sang y retourne, l'air en sort. Ce mécanisme explique la respiration pulmonaire : l'air externe s'engouffre dans les poumons en empruntant les trachées et bronches pour occuper l'espace évacué par le sang qui reflue vers le cœur[147]. Cette conception du poumon comme siège d'échanges régulés entre deux fluides incompressibles constitue une intuition physiologique remarquable, même si les détails anatomiques ne pouvaient être correctement établis à l'époque.

Le sang, siège de la pensée

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La cognition elle-même, pour Empédocle, s'inscrit dans ce cadre physiologique. Le sang, particulièrement le sang circulant autour du cœur, constitue le siège de la pense (nous). Ceci découle de sa composition unique : le sang contient les quatre racines élémentaires en proportions à peu près égales, ce qui en fait le mélange le plus harmonieux et le plus intelligent[148]. La qualité de la pensée dépend directement de la qualité du mélange sanguin : Tous ceux chez lesquels le mélange est égal, ou peu pres, et chez qui les éléments ne sont ni de trop grands intervalles, ni trop petits, ni trop grands, sont les plus intelligents[149]. À l'inverse, ceux dont le mélange sanguin est déséquilibré, où un élément prédomine excessivement, sont obtus, paresseux ou impulsifs[150].

Cette doctrine établit une continuité remarquable entre la sensation et la pensée. Comme le rapporte Théophraste, la pense naît de ce qui est semblable, l'ignorance de ce qui est dissemblable, si bien que la pense est la même chose, ou peu s'en faut, que la sensation[151]. La cognition n'est donc pas une faculté transcendantale détachée de la sensation elle en constitue l'achèvement et l'approfondissement. Penser, c'est continuer à percevoir, mais de manière plus stable et plus intègre.

Le principe gnoséologique et ses implications

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Le principe le semblable connaît le semblable possède des implications gnoséologiques profondes. Il signifie que le sujet percevant ne peut connaître que ce dont il partage la nature. L'homme, composé des quatre racines élémentaires, ne peut connaître le monde extérieur que parce que ce monde est fait des mêmes racines : Nous voyons la terre par la terre, l'eau par l'eau, / L'air divin par l'air et le feu destructeur par le feu[152]. Cette doctrine implique une consubstantialité fondamentale entre le connaissant et le connu, une osmose perpétuelle entre l'intérieur et l'extérieur. L'Amour, en unissant les semblables, crée le condition même de la connaissance. C'est pourquoi la sensation est toujours accompagnée d'une forme de plaisir : Le plaisir est procuré au semblable par le semblable dans l'addition de ce qui lui fait défaut[153].

Empédocle reconnaît aussi que la connaissance comporte un élément irréductiblement limité. Les pouvoirs répandus dans les membres des hommes sont circonscrits ; nous ne voyons pendant notre existence qu'une brève part de la vie[154]. Néanmoins, celui qui s'applique avec rigueur et qui cultive son intelligence peut accéder à une compréhension plus vaste. L'apprentissage consiste à se rapprocher progressivement de la totalité des choses, même si cette totalité demeure définitivement inaccessible à un mortel individuel. C'est peut-être pourquoi Empédocle valorise tellement la transmigration des âmes : en vivant successivement sous différentes formes, en parcourant les règnes animal, végétal et humain, l'âme accumule une connaissance pancosmique, une intelligence qui embrasse les vicissitudes de tous les êtres[155].

La critique aristotélicienne et l'héritage ultérieur

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Aristote, malgré son admiration pour l'ingéniosité d'Empédocle, formule plusieurs critiques contre sa théorie de la perception. Il reproche notamment à l'Acragentin l'absence de clarté quant aux mécanismes précis par lesquels les effleuves pénètrent les pores, ainsi que l'incohérence apparente de maintenir que la sensation résulte à la fois d'une ressemblance (le semblable connaît le semblable) et de contacts physiques (les effleuves pénétrant les pores)[156]. Néanmoins, la théorie empédocléenne de la perception exerça une influence considérable sur la philosophie ultérieure. Platon s'inspira de certains éléments de cette théorie lorsqu'il élabora sa propre doctrine de la vision dans le Timée[157]. Plus tardivement, les stoïciens intégreront la théorie empédocléenne des effleuves dans leur propre pneumatologie. La conception empédocléenne selon laquelle la matière elle-même possède une forme d'intention et que les contacts sensoriels unissent essentiellement le percevant et le perçu allait exercer une fascination durable sur les alchimistes médiévaux et la Naturphilosophie romantique.

VI. La génération des êtres vivants et la physiologie

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La théorie empédocléenne de la génération des êtres vivants représente l'une des contributions les plus audacieuses de la pensée présocratique à la biologie et à la physiologie. Fondée sur les principes du mélange et de la séparation des quatre racines élémentaires, auxquels s'ajoutent l'action de l'Amour et de la Haine, cette théorie s'efforce de rendre compte de l'infinie variété des vivants, de la simplicité des végétaux à la complexité des animaux et des humains[158].

Les phases de la zoogenèse

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Selon le témoignage d'Aétius et de plusieurs auteurs anciens, Empédocle décrit la genèse des êtres vivants comme une succession de phases où se reconfigurent les combinaisons des quatre racines sous l'action de l'Amour et de la Haine.[159] La recherche moderne a souvent rapproché ce schéma d'un modèle « évolutif », mais il ne s'agit pas d'une théorie de l'évolution au sens biologique contemporain : Empédocle ne parle ni d'ascendance commune, ni de transmission héréditaire de caractères, ni d'adaptation graduelle à un milieu. Il met en scène des configurations successives du vivant dans le cadre d'un cycle cosmique gouverné par des forces cosmiques.

La première phase est caractérisée par l'apparition de membres et d'organes isolés, entièrement désagrégés, errant solitairement sur la terre sans cohésion organique : « Sur la terre naquirent de nombreuses têtes privées de cou, / Et des bras erraient séparés du tronc, sans épaules, / Et des yeux allaient ici et là privés de front. »[160] Ces membres épars constituent le résidu de la désagrégation progressive du Sphairos sous l'action croissante de la Haine.

La deuxième phase voit ces membres commencer à se rencontrer et à s'assembler de façon aléatoire et chaotique. C'est le moment où naissent les monstres terrifiants, créatures hybrides dépourvues de toute harmonie : « Des êtres aux pieds tournés, aux mains innombrables, / De nombreuses créatures naquirent avec un visage et une poitrine des deux côtés, / Des bovins à figure humaine naquirent et inversement, / Des enfants d'hommes avec des têtes bovines. »[161] Empédocle ne précise pas systématiquement le destin de ces êtres, mais la tradition doxographique indique que ces unions chaotiques étaient le plus souvent stériles ou non viables.[162]

Dans une troisième phase, l'entrée décisive de l'Amour dans le processus permet la constitution d'organismes plus complets, dotés de proportions plus harmonieuses : « Tirant des formes indistinctes de la terre, / Mais ayant également une part d'humidité et de feu. »[163] Ces créatures « ne montraient pas encore un corps charmant doué de membres / Ni la voix, ni les organes propres aux hommes » : elles demeurent des ébauches, où la Haine continue de maintenir les formes dans une incomplétude essentielle, tandis que l'Amour commence déjà à créer des liaisons stables.

La quatrième phase correspond au régime de la génération « normale », sexuelle, où les individus nés par reproduction se transmettent la vie selon les lois de la procréation. C'est le monde que nous habitons, où la génération procède de l'accouplement du mâle et de la femelle et où la transmission héréditaire assure la continuité des lignées.[164]

Les monstres et la sélection naturelle

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La vision empédocléenne du monde vivant primordial est l'un de ses aspects les plus étonnants et les plus débattus. Les êtres « convenablement constitués », possédant une harmonie suffisante entre leurs parties et une réelle aptitude à vivre, survivent et se multiplient, tandis que les monstres inaptes, les hybrides dysharmoniques, les créatures défectueuses disparaissent et ne se reproduisent pas.[165] C'est ce motif, transmis notamment par Aristote, qui a conduit plusieurs historiens à rapprocher Empédocle d'une sorte de préhistoire de la sélection naturelle.

Depuis le XIXe siècle, certains commentateurs, à la suite de Zeller, n'ont pas hésité à présenter Empédocle comme « le plus ancien précurseur de Darwin ».[166] Une telle assimilation, bien qu'instructive par certains côtés, demeure pourtant superficielle. Empédocle n'élabore ni une théorie mécaniste de la variation aléatoire, ni un modèle d'adaptation graduelle à un environnement changeant. Chez lui, la disparition des monstres reflète, au niveau biologique, le triomphe progressif de l'Amour sur la Haine plutôt qu'une optimisation statistique des formes de vie.

On peut dire, avec prudence, que la notion empédocléenne d'une succession de formes plus ou moins harmonieuses fournit un précédent antique que la pensée transformiste moderne a pu reconnaître rétrospectivement comme un « analogue » lointain, sans qu'il y ait pour autant continuité doctrinale avec les théories darwiniennes.

La physiologie humaine et le rôle du sang

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Empédocle accorde une attention particulière à la composition et aux fonctions du corps humain. Selon le témoignage d'Aetius, le corps humain est formé « du mélange en parties à peu près égales des quatre éléments »[167]. Plus précisément, Empédocle fournit des proportions exactes pour différents tissus : « Les chairs naissent du mélange en parties égales des quatre éléments, les nerfs de feu et de terre unis au double d'eau, les ongles viennent aux vivants des nerfs qui se refroidissent au contact de l'air, les os sont formés d'un mélange de deux parties d'eau et de terre et de quatre de feu »[168]. Cette présentation numérique témoigne de l'effort empédocléen pour donner une explication rationnelle et quantifiable de la structure des corps organisés.

Le rôle du sang revêt, dans cette physiologie, une importance exceptionnelle. Le sang, particulièrement celui qui circule autour du cœur, constitue le siège de la pensée, du sentiment et de la vie intellectuelle : « Tous ceux chez lesquels le mélange est égal, ou à peu près, et chez qui les éléments ne sont ni de trop grands intervalles, ni trop petits, ni trop grands, sont les plus intelligents »[169]. Car « le sang qui entoure le cœur est la Pensée chez l'espèce humaine »[170]. Cette doctrine établit une continuité remarquable entre le physique et le mental, entre le matériel et le cognitif, en affirmant que l'intelligence et la pensée sont le produit direct de la qualité et de la proportion du mélange sanguin[171].

Inversement, ceux dont le mélange sanguin est déséquilibré, où un ou plusieurs éléments prédominent excessivement, possèdent une capacité intellectuelle diminuée. Les différences individuelles de talent, de capacité, de tempérament résultent directement des variations dans la composition élémentaire du sang et des autres humeurs du corps[172]. Cette théorie préfigure la physiognomonie et la théorie des tempéraments qui dominèrent la médecine ancienne et médiévale.

La respiration et la clepsydre

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L'explication empédocléenne de la respiration, illustrée par la célèbre analogie de la clepsydre, constitue un chef-d'œuvre de pédagogie scientifique et une préfiguration géniale des mécanismes ventilatoires modernes[173]. Une clepsydre est un récipient destiné à verser des liquides, possédant une embouchure supérieure et un fond percé de nombreux petits trous. Quand on la plonge vide dans l'eau en tenant l'embouchure fermée, l'eau n'y pénètre pas, car l'air intérieur repousse le liquide. Dès qu'on retire la main de l'embouchure, l'eau s'y précipite. De même, dans le corps vivant, le sang et l'air effectuent une danse alternative : quand le sang se retire des capillaires cutanés, l'air y pénètre ; quand le sang y retourne, l'air en sort[174].

Ce mécanisme explique la respiration pulmonaire et cutanée. L'air externe s'engouffre dans les poumons en empruntant les trachées et bronches pour occuper l'espace évacué par le sang qui reflue vers le cœur. À l'inverse, quand le sang se retire du cœur pour irriguer la périphérie, l'air sortant des poumons est expulsé par les narines[175]. Ce cycle d'inspiration et d'expiration se reproduit à chaque battement cardiaque. Empédocle conçoit donc la respiration non comme un simple phénomène d'échange gazeux, mais comme une oscillation volumétrique et une compénétration harmonieuse du blood et de l'air[176].

La génération, le sexe et l'hérédité

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Empédocle s'intéresse également aux questions de la détermination du sexe à la conception. Selon Aristote, qui rapporte sa doctrine, Empédocle pensait que « les germes qui entrent dans un utérus chaud deviennent mâles, ceux qui pénètrent dans un utérus froid deviennent femelles, ce froid et cette chaleur proviendraient du flux menstruel, suivant qu'il est plus froid ou plus chaud »[177]. Cette théorie thermique du sexe, quoique erronée dans ses mécanismes, témoigne d'une certaine reconnaissance du rôle des conditions intrautérines dans la différenciation sexuelle[178].

Sur la question de l'hérédité et de la ressemblance entre parents et enfants, Empédocle propose une théorie sophistiquée combinant des facteurs physiologiques et même psychologiques. Si « la chaleur est la même dans les semences des parents, il naît un mâle qui ressemble à son père ; si le froid est identique, il naît une femme qui ressemble à sa mère »[179]. De plus, Empédocle affirme, de manière remarquable, que « la conformation du fœtus est soumise pendant la gestation à l'imagination de la mère : souvent, en effet, les femmes se prennent d'amour pour des statues ou des tableaux et ont ensuite des enfants qui ressemblent à ces objets »[180]. Cette docrine, quoique basée sur des principes physiologiquement inacceptables pour nous, révèle une préoccupation pour le rôle de la vie émotionnelle et imaginative dans la transmission des caractères héréditaires.

La naissance, le cœur et la mort

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Empédocle affirme, contrairement à d'autres penseurs, que « le cœur se forme avant toutes choses, parce qu'il contient la part essentielle de la vie de l'homme »[181]. Cette affirmation manifeste une intuition remarquable du rôle central du cœur dans la vie physiologique. Au moment de la naissance, l'animal inspire pour la première fois quand le liquide amniotique est évacué et que l'air extérieur entre dans le vide créé par ce départ : « La chaleur interne, tendant à partir au-dehors, chasse l'air et il y a expiration ; lorsqu'elle cède à la pression de l'air et permet à celui-ci de rentrer, il y a une nouvelle inspiration »[182].

Quant à la mort, Empédocle la conçoit non comme une anéantissement, mais comme une séparation des éléments : « La mort provient de la séparation de l'élément igné, de l'élément aérien, de l'élément humide et de l'élément terrestre, dont le mélange constitue l'homme »[183]. Le sommeil, état moins extrême que la mort, « provient d'un léger refroidissement de la chaleur du sang »[184], tandis que la mort résulte d'un « refroidissement complet »[185]. Cette physiologie du repos et de la mort envisage ces états comme des variations quantitatives de la calorification plutôt que comme des changements qualitatifs radicaux.

La critique aristotélicienne

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Aristote, tout en reconnaissant l'ingéniosité de certaines explications empédocléennes, les soumet à une critique serrée. Il reproche notamment à Empédocle de n'avoir pas clairement distingué entre les causes matérielles (les éléments) et les causes formelles ou organisant le tout[186]. Selon le Stagirite, Empédocle confond l'explication matérielle avec l'explication par la cause efficiente et par la cause finale. Les os ne sont pas des os simplement parce qu'ils contiennent deux parties d'eau, deux parties de terre et quatre parties de feu ; cette proportion matérielle ne suffit pas à expliquer la forme osseuse, sa densité caractéristique, sa résistance à la fracture, son rôle dans le squelette[187].

Néanmoins, la physiologie empédocléenne, malgré ses lacunes et ses erreurs, constitue un apport durable à la pensée biologique occidentale. Son influence sur l'école médicale de Sicile et d'Italie du Sud fut considérable. Galien reconnaît explicitement Empédocle comme le fondateur de cette école médicale[188]. Les théories des quatre humeurs, des tempéraments corporels, et de la prédominance du cœur dans la vie mentale et physique trouveront leurs racines dans le système empédocléen, qui sera progressivement raffiné et systématisé par les générations ultérieures de médecins et de philosophes.

Notes et références

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  1. Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, VIII, 51-52 ; Apollodore, Chronologie (FGrHist 244 F 33)
  2. Simplicius, Commentaire sur la Physique d'Aristote, 25, 19 (éd. Diels, CAG IX) ; Aristote, Métaphysique, I, 3, 984a11
  3. Diogène Laërce, VIII, 51 ; Ératosthène cité par Apollodore
  4. Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse, VI, 4, 1-4 ; Pindare, Pythiques, XII, 1-2
  5. Pindare, Pythiques, XII, 2
  6. Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, XIII, 84, 3 (ces chiffres sont considérés comme exagérés par les historiens modernes)
  7. Diogène Laërce, VIII, 51 ; Ératosthène cité par Apollodore
  8. Héraclide du Pont, Des maladies (περὶ νόσων), cité par Diogène Laërce, VIII, 57
  9. Diogène Laërce, VIII, 63-64 ; Timée de Tauroménion, Histoires de Sicile, livres XI-XII (FGrHist 566 F 93-94)
  10. Diodore de Sicile, XI, 48-53 ; Hérodote, VII, 165-166
  11. Pindare, Olympiques, II et III
  12. Hérodote, VII, 165-167 ; Diodore de Sicile, XI, 20-24
  13. Diogène Laërce, VIII, 66 ; Timée, Histoires, livre XIV (FGrHist 566 F 94)
  14. Diodore de Sicile, XI, 53, 1-5
  15. Diogène Laërce, VIII, 66 ; Polyen, Stratagèmes, V, 6
  16. Pindare, Olympiques, II et III ; Pythiques, VI
  17. Vie anonyme d'Eschyle
  18. Xénophane, fragments 11-16 (DK 21 B 11-16)
  19. Théophraste cité par Diogène Laërce, VIII, 55-56
  20. Timée cité par Diogène Laërce, VIII, 54-55
  21. Empédocle, fragments 117, 128, 136, 137, 139 (DK 31 B 117, 128, 136, 137, 139)
  22. Diogène Laërce, VIII, 63-66 ; Aristote cité par Diogène Laërce, VIII, 63
  23. Diogène Laërce, VIII, 64 ; Timée, Histoires, livre XI (FGrHist 566 F 93)
  24. Diogène Laërce, VIII, 65
  25. Diogène Laërce, VIII, 66 ; Timée, Histoires, livres XI-XII (FGrHist 566 F 93-94)
  26. Héraclide du Pont, Des maladies, cité par Diogène Laërce, VIII, 60-61, 67-69
  27. Diogène Laërce, VIII, 70
  28. Timée cité par Diogène Laërce, VIII, 60
  29. Diogène Laërce, VIII, 73 ; Favorinus, Histoires diverses
  30. Empédocle, fragment 112, 4-5 (DK 31 B 112)
  31. Timée cité par Diogène Laërce, VIII, 66-67
  32. Aristote cité par Diogène Laërce, VIII, 52
  33. Apollodore cité par Diogène Laërce, VIII, 52
  34. Héraclide du Pont cité par Diogène Laërce, VIII, 67-70 ; Horace, Art poétique, 464-466
  35. Timée cité par Diogène Laërce, VIII, 71-72
  36. Diogène Laërce, VIII, 73-74
  37. Hölderlin, La mort d'Empédocle (1798-1800) ; Nietzsche, Esquisses d'un drame d'Empédocle (fragments posthumes, 1870-1871) ; Matthew Arnold, Empedocles on Etna (1852)
  38. Kingsley, Peter. Ancient Philosophy, Mystery, and Magic: Empedocles and Pythagorean Tradition. Oxford University Press, 1995, p. 3-4
  39. Martin, Alain et Primavesi, Oliver. L'Empédocle de Strasbourg (P. Strasb. gr. Inv. 1665-1666). Introduction, édition et commentaire. Walter de Gruyter, 1999, p. 3-5
  40. Aristote, Métaphysique, I, 3, 984a De Generatione et Corruptione, I, 1, 314a-315a
  41. Diels, Hermann. Doxographi Graeci. Berlin, 1879
  42. Cherniss, Harold F. Aristotle's Criticism of Presocratic Philosophy. Baltimore, 1935
  43. Mansfeld, Jaap et Runia, David T. Aëtiana: The Method and Intellectual Context of a Doxographer. Leiden, 1997
  44. Simplicius, Commentaire sur la Physique d'Aristote, notamment 157.25-158.1, 160.1-26 éd. Diels
  45. Bollack, Jean. Empédocle. Les Origines. Paris, Minuit, 1965-1969, vol. I, p. 15-28
  46. Kingsley, Peter. Ancient Philosophy, Mystery, and Magic, p. 4-5
  47. Sturz, Friedrich Wilhelm. Empedocles Agrigentinus. Leipzig, 1805
  48. Karsten, Simon. Philosophorum Graecorum Veterum... Operum Reliquiae, vol. II. Amsterdam, 1838
  49. Stein, Hermann. Empedoclis Agrigentini Fragmenta. Bonn, 1852
  50. Diels, Hermann. Die Fragmente der Vorsokratiker. Berlin, 1903
  51. Diels, Hermann et Kranz, Walther. Die Fragmente der Vorsokratiker. 6e éd. Berlin, 1952
  52. Numérotation Diels-Kranz, dans Die Fragmente der Vorsokratiker
  53. Bollack, Jean. Empédocle. Les Origines. Introduction, édition et commentaire. Paris, Minuit, 1965-1969, 3 vol.
  54. Inwood, Brad. The Poem of Empedocles. Toronto, University of Toronto Press, 1992 éd. rév. 2001
  55. Wright, M. R. Empedocles: The Extant Fragments. New Haven, Yale University Press, 1981
  56. Laks, André et Most, Glenn W. Early Greek Philosophy, vol. V, part II. Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2016 (Loeb 528) traduction française Les Débuts de la philosophie. Paris, Fayard, 2016, p. 659-819
  57. Martin, Alain et Primavesi, Oliver. L'Empédocle de Strasbourg (P. Strasb. gr. Inv. 1665-1666). Introduction, édition et commentaire. Berlin, Walter de Gruyter, 1999
  58. Martin et Primavesi, 1999, p. 1-3
  59. Martin et Primavesi, 1999, p. 3-4
  60. Martin et Primavesi, 1999, p. 5-15
  61. Martin et Primavesi, 1999, p. 15-20
  62. Martin et Primavesi, 1999, p. 18
  63. Carlig, Nathan. « Des papyri grecs en contexte funéraire le cas de l'Empédocle de Strasbourg ». Philosophie antique, 10, 2010, p. 93-111
  64. Alain Martin et Oliver Primavesi, L'Empédocle de Strasbourg. (P. Strasb. gr. inv. 1665–1666), Berlin / New York, de Gruyter, 1999.
  65. Catherine Osborne, « Empedocles Recycled », Classical Quarterly, 37, 1987, p. 24-50.
  66. Carlig, Nathan. Annonce de la découverte, présentée lors de la journée d'études « De Strasbourg au Caire la redécouverte d'Empédocle », Université de Liège, 13 février 2023
  67. Bollack, 1965-1969, vol. I, p. 97-124
  68. Wright, M. R. Empedocles: The Extant Fragments, p. 1-5
  69. Kingsley, 1995, p. 3-7
  70. Aristote, Métaphysique, I, 3, 984a8-11 ; Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, VIII, 76
  71. Parménide, fragment 8 DK ; Simplicius, Commentaire sur la Physique d'Aristote, 145.1-146.25
  72. Parménide, fragment 8, versets 6-9 DK
  73. Aristote, De la génération et de la corruption, I, 1, 314a6-15
  74. Empédocle, fragment 6 DK
  75. Jean Bollack, Empédocle. Les Origines, Paris, Éditions de Minuit, 1965, vol. I, p. 155-158
  76. Empédocle, fragment 6 DK ; Aétius, I, 3, 20
  77. Peter Kingsley, Ancient Philosophy, Mystery, and Magic, Oxford University Press, 1995, p. 48-52
  78. Diogène Laërce, VIII, 76 ; Aétius, I, 3, 20
  79. Stobée, Éclogues, I, 10, 11b
  80. Aristote, Métaphysique, I, 3, 984a8-11
  81. Aristote, Métaphysique, I, 4, 985a31-33
  82. Empédocle, fragments 8, 11, 12, 17 DK
  83. Empédocle, fragment 8 DK
  84. Empédocle, fragment 9 DK
  85. Empédocle, fragment 23 DK
  86. Empédocle, fragment 21 DK
  87. Aétius, I, 3, 20 ; Aristote, De la génération et de la corruption, II, 3, 330b19
  88. Aristote, De la génération et de la corruption, I, 1, 314b7-26
  89. Aristote, Des parties des animaux, I, 1, 642a18-24
  90. Aristote, De la génération et de la corruption, I, 10, 327b22-328a5
  91. Empédocle, fragment 98 DK ; Aristote, Des parties des animaux, II, 2, 647b31-648a2
  92. Empédocle, fragment 105 DK
  93. Théophraste, cité par Aétius, IV, 5, 12
  94. Galien, De elementis ex Hippocratis sententia
  95. Galien, cité par les historiens modernes de la médecine antique
  96. Aristote, Métaphysique, I, 4, 985a21-29
  97. Aristote, Métaphysique, I, 4, 985a23-29
  98. Aristote, Physique, VIII, 1, 252a7-14
  99. Aristote, De la génération et de la corruption, II, 1-4
  100. David C. Lindberg, The Beginnings of Western Science, University of Chicago Press, 1992, p. 50-65
  101. Empédocle, fragments 16, 17, 30 DK ; Aristote, Métaphysique, I, 4, 985a21-29
  102. Empédocle, fragment 16 DK
  103. Théophraste, rapporté par Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, VIII, 55-56
  104. Empédocle, fragments 17, 19, 20, 96 DK
  105. Empédocle, fragments 16, 30, 35 DK
  106. Jean Bollack, Empédocle. Les Origines, Minuit, Paris, 1965-1969, t. I, p. 98-110
  107. Empédocle, fragment 30 DK ; voir aussi Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, VIII, 76-77
  108. Empédocle, fragment 16 DK ; Aristote, Physique, VIII, 1, 250b15-22
  109. Empédocle, fragment 17 DK
  110. Empédocle, fragment 17 DK, vers 20
  111. Empédocle, fragment 35 DK
  112. Empédocle, fragment 17 DK, vers 18
  113. Empédocle, fragment 21 DK
  114. Empédocle, fragments 27, 28, 29 DK
  115. Empédocle, fragment 27 DK
  116. Empédocle, fragment 27 DK
  117. Empédocle, fragment 28 DK
  118. Peter Kingsley, Ancient Philosophy, Mystery, and Magic. Empedocles and Pythagorean Tradition, Clarendon Press, Oxford, 1995, p. 50-60
  119. Empédocle, fragment 35 DK
  120. Empédocle, fragment 26 DK
  121. Empédocle, fragment 35 DK
  122. Empédocle, fragments 20, 21, 26 DK
  123. Empédocle, fragment 26 DK
  124. Aristote, De la génération et de la corruption, II, 3, 330a25-30
  125. Empédocle, fragment 35 DK
  126. Aristote, Métaphysique, I, 4, 985a21-29
  127. Aristote, Métaphysique, I, 4, 985a25-29
  128. Aristote, Physique, II, 8, 198b34-199a2
  129. Jean Bollack, Empédocle. Les Origines, Minuit, Paris, 1965-1969, t. I, p. 110-115
  130. Arthur Schopenhauer, Le Monde comme volonté et représentation, Livre II, Supplément (trad. Auguste Burdeau), Félix Alcan, Paris, 1890
  131. Sigmund Freud, Au-delà du principe du plaisir (trad. française), Payot, Paris, 1920, p. 36-40
  132. Empédocle, fragment 109 DK Théophraste chez Aetius IV, 9, 15
  133. Théophraste, De la sensation, I sq., cité dans Diogène Laërce, VIII, 55-56
  134. Empédocle, fragments 89, 92 DK Aetius IV, 13, 4-5
  135. Empédocle, fragment 86 DK Théophraste chez Plutarque, De la vertu morale, 446e
  136. Empédocle, fragment 86 DK
  137. Empédocle, fragment 3 DK
  138. Théophraste chez Aetius IV, 14, 1-2 Empédocle, fragment 84 DK
  139. Empédocle, fragment 91 DK
  140. Empédocle, fragment 93 DK Aetius IV, 16, 1
  141. Théophraste chez Diogène Laërce, VIII, 55
  142. Empédocle, fragment 102 DK
  143. Empédocle, fragment 101 DK
  144. Théophraste, De la sensation, 1 sq.
  145. Empédocle, fragment 90 DK : « Ainsi le doux se saisit du doux, l'amer se précipite vers l'amer, / L'acide va vers l'acide et le chaud s'unit au chaud »
  146. Empédocle, fragment 100 DK
  147. Empédocle, fragment 100 DK
  148. Empédocle, fragment 105 DK : « Car le sang qui entoure le cœur est la Pensée chez l'espèce humaine »
  149. Empédocle, fragment 107 DK Théophraste chez Aetius IV, 5, 12
  150. Théophraste chez Aetius IV, 5, 12
  151. Théophraste, De la sensation, 1 sq., cité par Aetius IV, 9, 11
  152. Empédocle, fragment 87 DK
  153. Empédocle, fragment 95 DK
  154. Empédocle, fragment 2 DK
  155. Empédocle, fragment 117 DK
  156. Aristote, De la sensation, II, 437b10-438a5
  157. Platon, Timée, 45b-c Laks et Most, 2016, p. 703-704
  158. Empédocle, fragments 20, 21, 26, 62, 63 DK Aetius, V, 19, 5 Aristote, De partibus animalium, I, 1, 642a17
  159. Aétius, V, 19, 4 = Empédocle, 31 B 57 DK.
  160. Empédocle, 31 B 57 DK.
  161. Empédocle, 31 B 61 DK.
  162. Aristote, Physique, II, 8, 198b-199b.
  163. Empédocle, 31 B 62 DK.
  164. Aétius, V, 19, 5.
  165. Aristote, Physique, II, 8, 198b-199b.
  166. Eduard Zeller, Die Philosophie der Griechen in ihrer geschichtlichen Entwicklung, Leipzig, 1844-1852.
  167. Aetius, V, 22, 1 ap. Diogène Laërce, VIII, 76
  168. Empédocle, fragment 96 DK Aetius, V, 22, 1
  169. Empédocle, fragment 107 DK Théophraste chez Aetius, IV, 5, 12
  170. Empédocle, fragment 105 DK
  171. Théophraste chez Aetius, IV, 5, 12
  172. Théophraste chez Aetius, IV, 5, 12
  173. Empédocle, fragment 100 DK
  174. Empédocle, fragment 100 DK
  175. Théophraste chez Aetius, IV, 22, 1
  176. Empédocle, fragment 100 DK
  177. Aristote, De generatione animalium, IV, 1, 764a1 ; Aetius, V, 7, 1
  178. Aristote, De generatione animalium, II, 8, 747a24
  179. Aetius, V, 7, 1 ; Aristote, De generatione animalium, II, 8, 747a24
  180. Aetius, V, 7, 1 ; Censorinus, 6, 6
  181. Aetius, V, 24, 2 ; Censorinus, 7, 5
  182. Théophraste chez Aetius, IV, 22, 1
  183. Aetius, V, 25, 4 ; Empédocle, fragment 98 DK
  184. Aetius, V, 24, 2
  185. Aetius, V, 25, 4
  186. Aristote, De partibus animalium, I, 1, 642a17-31
  187. Aristote, Des parties des animaux, I, 1, 642a17-31
  188. Galien cité dans Diogène Laërce, VIII, 75

Éditions critiques des fragments

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Éditions de référence

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Hermann Diels et Walther Kranz, Die Fragmente der Vorsokratiker, Berlin, Weidmann, 1re éd. 1903, 6e éd. 1951-1952, 3 vol. Nombreuses rééditions. Cette édition, abrégée DK ou D.-K., constitue la référence classique pour la numérotation des fragments présocratiques. Empédocle y figure sous le numéro 31.

Friedrich Wilhelm Sturz, Empedocles Agrigentinus. De vita et philosophia ejus exposuit carminum reliquias ex antiquis scriptoribus collegit, recensuit, illustravit, praefationem et indices adjecit, Leipzig, 1805. Première édition moderne des fragments.

Simon Karsten, Empedoclis Agrigentini carminum reliquiae, Amsterdam, 1838. Édition avec commentaire philologique détaillé.

Éditions récentes avec les découvertes papyrologiques

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Alain Martin et Oliver Primavesi, L'Empédocle de Strasbourg P. Strasb. gr. Inv. 1665-1666. Introduction, édition et commentaire, Strasbourg-Berlin-New York, Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg - De Gruyter, 1999, xi-396 p. Édition princeps du papyrus de Strasbourg contenant environ 74 vers nouveaux ou partiellement nouveaux d'Empédocle, découvert dans les collections de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg. Cette publication a profondément renouvelé les études empédocléennes.

Oliver Primavesi, Empedokles Physika I. Eine Rekonstruktion des zentralen Gedankengangs, Berlin-New York, De Gruyter, Archiv für Papyrusforschung und verwandte Gebiete, Beiheft 22, 2008, 84 p. Reconstruction de la structure du poème Sur la Nature à partir du papyrus de Strasbourg.

Nathan Carlig, découverte récente d'un nouveau fragment de papyrus au Caire P. Fouad inv. 218 contenant une trentaine de vers inédits d'Empédocle, encore en cours d'édition. Publication annoncée.

Éditions avec traduction

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André Laks et Glenn W. Most dir., Early Greek Philosophy, 9 vol., Cambridge Mass.-Londres, Harvard University Press, Loeb Classical Library 524-532, 2016. Édition et traduction anglaise de l'ensemble des philosophes présocratiques, avec bibliographie mise à jour. Empédocle figure dans le volume V.

Brad Inwood, The Poem of Empedocles. A Text and Translation with an Introduction, Toronto, University of Toronto Press, Phoenix Supplementary Volumes, 1re éd. 1992, éd. révisée 2001. Édition du texte grec avec traduction anglaise en vers et introduction substantielle. Inwood défend la thèse d'un poème unique contre la division traditionnelle en deux œuvres.

M. R. Wright, Empedocles the Extant Fragments, New Haven-Londres, Yale University Press, 1re éd. 1981, 2e éd. avec bibliographie mise à jour, Bristol, Bristol Classical Press, 1995, 368 p. Édition du texte grec avec traduction anglaise, introduction et commentaire détaillé.

Daniel W. Graham, The Texts of Early Greek Philosophy. The Complete Fragments and Selected Testimonies of the Major Presocratics, Cambridge, Cambridge University Press, 2010, 2 vol. Édition et traduction anglaise accessible des principaux présocratiques.

Éditions et études en français

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Éditions de Jean Bollack

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Jean Bollack, Empédocle, Paris, Les Éditions de Minuit, collection « Le sens commun », 1965-1969, 3 vol. puis Paris, Gallimard, collection « Tel » n° 201-203, 1992, 3 vol. Réédition de l'ouvrage fondamental de Bollack :

  • Tome I : Introduction à l'ancienne physique, 420 p.
  • Tome II : Les Origines. Édition et traduction des fragments et des témoignages
  • Tome III : Les Origines. Commentaires 1 et 2

Jean Bollack, Les Purifications. Un projet de paix universelle, Paris, Éditions du Seuil, collection « L'ordre philosophique », 2003, 176 p. Réédition Paris, Points, collection « Points Essais », 2003. Édition, traduction et commentaire des fragments des Catharmes Purifications, intégrant les découvertes du papyrus de Strasbourg.

Autres traductions françaises

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Jean Zafiropulo, Empédocle d'Agrigente, Paris, Les Belles Lettres, 1953. Traduction avec introduction et notes.

Jean Voilquin, Les Penseurs grecs avant Socrate. De Thalès de Milet à Prodicos, Paris, Garnier-Flammarion, 1941, 2e éd. 1964. Traduction des principaux fragments présocratiques.

Yves Battistini, Trois contemporains Héraclite, Parménide, Empédocle, traduction nouvelle et intégrale avec notices, Paris, Gallimard, 1955.

Jean Brun, Empédocle ou le Philosophe de l'Amour et de la Haine, Paris, Éditions Seghers, collection « Philosophes de tous les temps », 1966. Présentation, choix de textes, traduction et bibliographie.

Études françaises récentes

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Marwan Rashed, La Jeune Fille et la Sphère. Études sur Empédocle, Paris, Presses de l'Université Paris-Sorbonne, collection « Philosophies », 2017, 300 p. Réédition Sorbonne Université Presses, 2023. Étude conjuguant philologie et philosophie, proposant une nouvelle interprétation du cycle cosmique et mettant en lumière la présence cachée de Perséphone dans le poème. L'ouvrage exploite des sources manuscrites byzantines découvertes par l'auteur.<ref>web:f>

Jean Bollack, « Voir la Haine. Sur les nouveaux fragments d'Empédocle », Methodos, 1, 2001, p. 173-185.

André Laks, « À propos de l'édition du nouvel Empédocle de Strasbourg par A. Martin et O. Primavesi », Methexis, 14, 2001, p. 117-125. Compte rendu critique de l'édition du papyrus de Strasbourg.

Xavier Gheerbrant, « Traduire Empédocle, entre poésie et philosophie comparaison de dix traductions en cinq langues 1838-2016 », dans La traduction épistémique entre poésie et prose, Arras, Artois Presses Université, 2020, p. 87-142.

Études en italien

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Ettore Bignone, Empedocle. Studio critico, traduzione e commento delle testimonianze e dei frammenti, Turin, 1916. Réédition Rome, 1963. Étude critique monumentale avec traduction italienne et commentaire détaillé.

Études en allemand

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Walther Kranz, Empedokles. Antike Gestalt und romantische Neuschöpfung, Zurich, Artemis Verlag, 1949. Étude sur Empédocle et sa réception romantique.

Ulrich von Wilamowitz-Moellendorff, « Die Katharmoi des Empedokles », Sitzungsberichte der Preussischen Akademie der Wissenschaften, Philosophisch-historische Klasse, Berlin, 1929, p. 626-661. Réédition dans Kleine Schriften, vol. I, Berlin, 1935, p. 473-521. Étude fondamentale sur les Purifications.

Études en anglais

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Clara Elizabeth Millerd, On the Interpretation of Empedocles, Chicago, University of Chicago Press, 1908. Première grande étude américaine.

Peter Kingsley, Ancient Philosophy, Mystery, and Magic Empedocles and Pythagorean Tradition, Oxford, Clarendon Press, 1995. Traduction française par Grégoire Lacaze : Empédocle et la tradition pythagoricienne. Philosophie ancienne, mystère et magie, Paris, Les Belles Lettres, collection « Vérité des mythes », 2010. Étude renouvelant l'approche d'Empédocle en le replaçant dans son contexte originel, où philosophie, mystères et magie sont étroitement liés.<ref>webef>

Catherine Osborne, Rethinking Early Greek Philosophy Hippolytus of Rome and the Presocratics, Ithaca New York, Cornell University Press, 1987. Analyse de la réception d'Empédocle chez Hippolyte de Rome.

Articles et contributions

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Denis O'Brien, « Empedocles Revisited », Ancient Philosophy, 15, 1995, p. 403-470. Réexamen critique de l'interprétation du cycle cosmique.

Denis O'Brien, « Hermann Diels on the Presocratics Empedocles' Double Destruction of the Cosmos Aetius II, 4, 8 », Phronesis, 45, 2000, p. 1-18.

Catherine Osborne, « Empedocles Recycled », The Classical Quarterly, 37, 1987, p. 24-50. Sur l'unité ou la dualité des poèmes d'Empédocle.

Catherine Osborne, « Rummaging in the Recycling Bins of Upper Egypt A Discussion of A. Martin and O. Primavesi, L'Empédocle de Strasbourg », Oxford Studies in Ancient Philosophy, 18, 2000, p. 329-356. Compte rendu critique de l'édition du papyrus de Strasbourg.

Oliver Primavesi, « Empedocles Cosmic Cycle and the Pythagorean Tetractys », Rhizomata, 4/1, 2016, p. 5-29. Analyse du cycle cosmique en relation avec la tétractys pythagoricienne.

Oliver Primavesi, « La Daimonologia della fisica empedoclea », Aevum Antiquum, n. s. 1, 2001, sous presse. Sur la démonologie dans la physique d'Empédocle.

Simon Trépanier, « Empedocles on the Origin of Plants P. Strasb. gr. Inv. 1665-1666, Sections d, b and f », dans M. R. Wright dir., Reason and Necessity. Essays on Plato's Timaeus, Londres, 2000. Reconstruction d'une section du papyrus de Strasbourg.

Simon Trépanier, « Empedocles on the Ultimate Symmetry of the World », Oxford Studies in Ancient Philosophy, 24, 2003. Sur la structure symétrique du cosmos empédocléen.

Histoires de la philosophie et ouvrages généraux

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Ouvrages classiques

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Hermann Ritter, Histoire de la philosophie, 1re partie, t. I, trad. par C.-J. Tissot, Paris, Ladrange, 1835. L'une des premières histoires de la philosophie à consacrer une étude détaillée à Empédocle.

Eduard Zeller, Die Philosophie der Griechen in ihrer geschichtlichen Entwicklung, 1re partie, 2e section, 1re éd. 1855, 6e éd. complétée par Wilhelm Nestlé, Leipzig, 1920. Traduction française par E. Boutroux : La Philosophie des Grecs considérée dans son développement historique, t. II, Paris, Hachette, 1882. Synthèse classique et toujours utile sur Empédocle.

Theodor Gomperz, Griechische Denker. Eine Geschichte der antiken Philosophie, vol. I, 1re éd. 1895, 3e éd. Leipzig, 1911. Traduction française par Auguste Reymond : Les Penseurs de la Grèce. Histoire de la philosophie antique, t. I, Lausanne-Paris, Payot, 1904. Empédocle y est présenté comme un précurseur de la chimie moderne.

John Burnet, Early Greek Philosophy, 1re éd. 1892, 4e éd. Londres, A. & C. Black, 1930. Traduction française par Auguste Reymond : L'Aurore de la philosophie grecque, Paris, Payot, 1919. Ouvrage fondamental sur la philosophie présocratique.<ref>webef>

Synthèses récentes

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G. S. Kirk et J. E. Raven, The Presocratic Philosophers. A Critical History with a Selection of Texts, Cambridge, Cambridge University Press, 1957. Réédition révisée avec Malcolm Schofield : The Presocratic Philosophers, 2e éd. 1983. Ouvrage de référence en langue anglaise sur les présocratiques.

W. K. C. Guthrie, A History of Greek Philosophy, vol. II : The Presocratic Tradition from Parmenides to Democritus, Cambridge, Cambridge University Press, 1965. Étude approfondie d'Empédocle dans son contexte historique.

Patricia Curd et Daniel W. Graham dir., The Oxford Handbook of Presocratic Philosophy, Oxford, Oxford University Press, 2008. Recueil d'articles par les meilleurs spécialistes, avec plusieurs contributions sur Empédocle.

Études thématiques

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Cosmologie et physique

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Denis O'Brien, Empedocles' Cosmic Cycle. A Reconstruction from the Fragments and Secondary Sources, Cambridge, Cambridge University Press, Cambridge Classical Studies, 1969, 470 p. Reconstruction du cycle cosmique à partir des fragments et des témoignages.

Friedrich Solmsen, « Love and Strife in Empedocles' Cosmology », Phronesis, 10, 1965, p. 109-148.

Oliver Primavesi, « Empedocles On the Ultimate Symmetry of the World », dans Patricia Curd et Daniel W. Graham dir., The Oxford Handbook of Presocratic Philosophy, Oxford, 2008, p. 250-277.

Biologie et zoogonie

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M. R. Sulzberger, « La Physique d'Empédocle », dans Mélanges Bidez, Bruxelles, 1934.

W. K. C. Guthrie, In the Beginning Some Greek Views on the Origins of Life and the Early State of Man, Ithaca, Cornell University Press, 1957.

Walter Spoerri, Späthellenistische Berichte über Welt, Kultur und Götter. Untersuchungen zu Diodor von Sizilien, Bâle, F. Reinhardt, 1959. Sur la réception d'Empédocle dans les théories de l'origine de la vie.

Théorie de la connaissance

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John I. Beare, Greek Theories of Elementary Cognition from Alcmaeon to Aristotle, Oxford, Clarendon Press, 1906.

G. M. Stratton, Theophrastus and the Greek Physiological Psychology before Aristotle, Londres-New York, George Allen & Unwin - The Macmillan Company, 1917.

Religion, pythagorisme et orphisme

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Joseph Bidez, La Biographie d'Empédocle, Gand, Université de Gand, 1894. Étude fondamentale sur la vie d'Empédocle et les traditions biographiques.

Erwin Rohde, Psyche. Seelencult und Unsterblichkeitsglaube der Griechen, 1re éd. Fribourg-en-Brisgau, 1894, 2e éd. révisée en 2 vol. 1898. Traduction française par Auguste Reymond : Psyché. Le culte de l'âme chez les Grecs et leur croyance à l'immortalité, Paris, Payot, 1928. Réimpressions 1952, 1999. Ouvrage classique sur la religion grecque, avec d'importants développements sur Empédocle.

Marcel Detienne, La Notion de daïmôn dans le pythagorisme ancien. De la pensée religieuse à la pensée philosophique, Paris, Les Belles Lettres, 1963. Étude sur la démonologie pythagoricienne et empédocléenne.

Walter Burkert, Weisheit und Wissenschaft. Studien zu Pythagoras, Philolaos und Platon, Nuremberg, Hans Carl, 1962. Traduction anglaise révisée par Edwin L. Minar Jr. : Lore and Science in Ancient Pythagoreanism, Cambridge Mass., Harvard University Press, 1972. Étude fondamentale sur le pythagorisme et ses rapports avec Empédocle.

Christoph Riedweg, « Orphisches bei Empedokles », Antike und Abendland, 41, 1995, p. 34-59. Sur les éléments orphiques chez Empédocle.

André Laks et Glenn W. Most dir., Studies on the Derveni Papyrus, Oxford, Clarendon Press, 1997. Recueil d'études sur le papyrus de Derveni, avec des implications pour la compréhension d'Empédocle.

Sacrifice et végétarisme

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Johannes Haussleiter, Der Vegetarismus in der Antike, Religionsgeschichtliche Versuche und Vorarbeiten 24, Berlin, Töpelmann, 1935.

Marcel Detienne, « La cuisine de Pythagore », Archives de Sociologie des Religions, 29, 1970, p. 141-162.

Dirk Obbink, « The Origin of Greek Sacrifice Theophrastus on Religion and Cultural History », dans William W. Fortenbaugh et Robert W. Sharples dir., Theophrastean Studies, New Brunswick, Transaction Publishers, Rutgers Studies in Classical Humanities 3, 1988, p. 272-295.

Jean-François Balaud, « Parenté du vivant et végétarisme radical », dans Barbara Cassin et Jean-Louis Labarrière dir., L'Animal dans l'Antiquité, Paris, Vrin, 1997, p. 31-53.

John Rundin, « The Vegetarianism of Empedocles in Its Historical Context », The Ancient World, 29, 1998, p. 19-36.

Métempsychose

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E. R. Dodds, The Greeks and the Irrational, Berkeley, University of California Press, 1951. Traduction française par Michel Gibson : Les Grecs et l'irrationnel, Paris, Aubier, 1965. Avec un chapitre important sur Empédocle et la métempsychose.

R. S. Bluck, « Transmigration and Recollection before Plato », dans Plato's Meno, Cambridge, Cambridge University Press, 1961.

Poétique et rhétorique

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B. A. van Groningen, « Empédocle, poète », Mnemosyne, 4e série, 24, 1971, p. 169-188.

Antonio Traglia, Studi sulla lingua di Empedocle, Bari, Adriatica, 1952. Étude linguistique et stylistique.

Réception et influence

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A. O. Lovejoy et George Boas, Primitivism and Related Ideas in Antiquity, Baltimore, Johns Hopkins Press, 1935. Réédition New York, Octagon Books, 1965. Sur l'idée de l'âge d'or et sa réception.

Thomas Cole, Democritus and the Sources of Greek Anthropology, Cleveland, Western Reserve University, 1967. Sur l'influence d'Empédocle dans l'anthropologie grecque.

J. P. Hershbell, « Plutarch as a Source for Empedocles Re-examined », American Journal of Philology, 92, 1971, p. 156-184.

J. P. Hershbell, « Hippolytus' Elenchos as a Source for Empedocles Re-examined », Phronesis, 18, 1973, p. 97-114 et 187-203.

Victor Goldschmidt, La Doctrine d'Épicure et le droit, Paris, Vrin, 1977. Avec une discussion de l'influence d'Empédocle sur Épicure.

Jaap Mansfeld, « Bad World and Demiurge A Gnostic Motif from Parmenides and Empedocles to Lucretius and Philo », 1981, réédition dans Studies in Later Greek Philosophy and Gnosticism, Londres, Variorum Reprints, 1989, p. 261-314.

Réception moderne

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Walther Kranz, « Lucrez und Empedokles », Philologus, 96, 1943, p. 68-107.

Friedrich Nietzsche, La Naissance de la philosophie à l'époque de la tragédie grecque, traduction Geneviève Bianquis, Paris, Gallimard, 1949. Traduction du texte rédigé en 1870-1873 où Nietzsche consacre d'importantes pages à Empédocle.

Clémence Ramnoux, « Les Fragments d'un Empédocle de Nietzsche », Revue de Métaphysique et de Morale, 70, 1965, n° 2.

Friedrich Hölderlin, La Mort d'Empédocle, traduction par André Babelon, Paris, Grasset, 1929 traduction par Robert Rovini, Les Cahiers du Sud, n° 378-379. Trois versions d'un drame inachevé 1797-1799 consacré au philosophe.

Instruments de travail

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Hermann Diels, Doxographi Graeci, Berlin, G. Reimer, 1879. Reproduction photomécanique Berlin, De Gruyter, 1958. Édition fondamentale des doxographes grecs, sources essentielles pour la connaissance d'Empédocle.

Sources anciennes en traduction

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Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, traduction, introduction et notes par Jean-François Balaudé et alii sous la direction de Marie-Odile Goulet-Cazé, Paris, Le Livre de Poche, collection « La Pochothèque », 1999. Livre VIII, 51-77 vie d'Empédocle.

Théon de Smyrne, Exposition des connaissances mathématiques utiles pour la lecture de Platon, traduction J. Dupuis, Paris, Hachette, 1892. Nombreuses références à Empédocle et au pythagorisme.

Bibliographies

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Friedrich Ueberweg, Grundriss der Geschichte der Philosophie, vol. I, nouvelle édition, Bâle-Stuttgart, Schwabe, 1954. Avec bibliographie détaillée sur Empédocle.

Les éditions successives de Diels-Kranz comprennent des bibliographies mises à jour.

Les ouvrages récents d'Inwood 2001, de Wright 1995, de Bollack 2003, de Rashed 2018 et l'édition Laks-Most 2016 fournissent des bibliographies étendues et actualisées.

Contexte sicilien et biographie

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Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse, livres VI-VII guerre de Sicile.

Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, livres XI-XIII histoire de la Sicile au Ve siècle.