Aller au contenu

Dictionnaire de philosophie/Falsifiabilité

Un livre de Wikilivres.
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
※ Falsifiabilité ※
34 pages, 42 min
Karl Popper (1902-1994), qui fit de la falsifiabilité le critère de la science empirique.

La falsifiabilité désigne, en philosophie des sciences, la propriété qu'a un énoncé ou une théorie de pouvoir entrer en conflit avec l'expérience : est falsifiable ce qui interdit quelque chose, ce qui prend le risque d'être démenti par une observation. Le terme, calqué sur l'anglais falsifiability, a été introduit par Karl Popper dans La Logique de la découverte scientifique (1934) pour résoudre ce qu'il appelait le problème de la démarcation : qu'est-ce qui distingue une science empirique de ce qui n'en est pas une, métaphysique, mythe ou pseudo-science ? La réponse de Popper tient dans une inversion. Ce n'est pas l'accumulation des preuves favorables qui fait la science, car des confirmations, on en trouve partout, pour l'astrologie comme pour l'astronomie ; c'est l'exposition à la réfutation. Une théorie scientifique se reconnaît à ce qu'une observation concevable pourrait la contredire ; une théorie que rien ne pourrait contredire peut encore parler du monde, à la manière d'une métaphysique, mais elle ne relève pas, pour Popper, de la science empirique proprement dite.

Le mot prête à malentendu, et il faut le dissiper d'entrée. En français courant, falsifier signifie frauder, contrefaire, maquiller : on falsifie un passeport ou un bilan comptable. Rien de tel ici. Falsifier une théorie, au sens de Popper, c'est établir qu'elle est fausse, comme l'anglais to falsify le dit sans équivoque ; la falsifiabilité est donc l'aptitude à être soumis à ce verdict, et certains auteurs préfèrent pour cette raison parler de réfutabilité. Surtout, falsifiable ne veut pas dire faux. La mécanique de Newton est falsifiable, et c'est ce qui en fait une science ; l'horoscope qui promet à un douzième de l'humanité « une rencontre qui pourrait compter » ne l'est pas, et c'est ce qui le disqualifie. Être falsifiable est une vertu, non un défaut : la marque de ce qui affirme assez pour risquer de se tromper.

Peu de concepts nés dans un débat de logiciens auront connu pareille fortune. Le critère a essaimé bien au-delà de la philosophie : les tribunaux américains l'invoquent depuis 1993 pour trier l'expertise scientifique recevable, les physiciens se le renvoient dans leurs querelles sur la théorie des cordes, et l'adjectif « infalsifiable » est passé dans la conversation courante comme un reproche. Il a aussi essuyé, de Duhem et Quine jusqu'à Kuhn, Lakatos et Feyerabend, des objections qui en ont transformé le sens et la portée. L'histoire de la falsifiabilité est ainsi double : celle d'une idée simple, presque évidente une fois énoncée, et celle de ses complications, qui occupent la philosophie des sciences depuis bientôt un siècle. Suivre cette histoire, c'est comprendre comment la science tire sa force et sa modestie d'une même source : le droit reconnu aux faits de la contredire.

Les cygnes noirs, ou le problème de l'induction

[modifier | modifier le wikicode]
Un cygne noir (Cygnus atratus). La découverte de l'espèce en Australie suffit à réfuter l'énoncé universel selon lequel tous les cygnes sont blancs.

Commençons par une fable que Bertrand Russell a rendue célèbre. Un poulet est nourri chaque matin par le fermier ; jour après jour, l'expérience se répète, et le poulet en conclut, en bon inductiviste, que la venue du fermier annonce le grain. Un matin, le fermier vient et lui tord le cou. Des vues plus fines sur l'uniformité de la nature, commente Russell, n'auraient pas été inutiles au volatile[1]. La fable est cruelle, mais elle pose la question avec exactitude : de quel droit passons-nous de la régularité observée à la loi générale, du « toujours jusqu'ici » au « toujours » ?

C'est le problème que David Hume avait formulé au XVIIIe siècle, et que la tradition appelle depuis le problème de l'induction. Nous inférons sans cesse des cas observés aux cas non observés : le pain m'a nourri hier, il me nourrira demain ; le soleil s'est toujours levé, il se lèvera encore. Or aucun raisonnement ne justifie ce passage. Il n'est pas logiquement nécessaire, puisque le contraire reste concevable sans contradiction ; il n'est pas non plus fondé sur l'expérience, car invoquer l'expérience passée pour garantir que l'avenir lui ressemblera, c'est supposer ce qu'il fallait prouver, l'uniformité de la nature elle-même. Notre confiance dans l'induction, conclut Hume, ne repose sur aucune raison : elle repose sur l'habitude, sur la croyance instinctive qu'engendrent les conjonctions répétées[2]. Le scandale est de taille : la science, fierté de la raison, reposerait sur un réflexe que nous partageons avec le poulet de Russell.

Observons maintenant l'asymétrie qui va tout changer. Soit l'énoncé « tous les cygnes sont blancs ». Combien d'observations faudrait-il pour le prouver ? La réponse est : aucune quantité n'y suffit. Mille cygnes blancs, un million de cygnes blancs ne démontrent rien, car l'énoncé porte sur tous les cygnes, passés, présents, futurs, observés ou non, et cette totalité excède toute expérience possible. Combien d'observations faudrait-il, en revanche, pour le réfuter ? Une seule. En janvier 1697, l'expédition du navigateur hollandais Willem de Vlamingh remonte une rivière d'Australie occidentale, qu'elle baptisera rivière des Cygnes, et y observe des cygnes au plumage noir. Deux mille ans d'observations européennes concordantes s'effondrent devant quelques oiseaux. L'exemple, que Popper affectionnait, montre à nu la structure logique : un énoncé universel est invérifiable et falsifiable ; entre la vérification et la réfutation, il n'y a pas symétrie mais déséquilibre.

Ce déséquilibre a un nom en logique : le modus tollens, le seul raisonnement strictement déductif qui aille de l'expérience à la théorie. Si la théorie T est vraie, alors on doit observer la prédiction P ; or on observe non-P ; donc T est fausse. La déduction transmet la vérité des prémisses vers les conséquences, mais elle transmet la fausseté en sens inverse, des conséquences vers les prémisses. Aucune logique ne permet de remonter d'une prédiction réussie à la vérité de la théorie (conclure ainsi serait commettre le sophisme de l'affirmation du conséquent) ; la logique permet en revanche de redescendre d'une prédiction manquée à la fausseté de la théorie. Nous ne pouvons jamais prouver ; nous pouvons réfuter.

De cette asymétrie, Popper tire une solution du problème de Hume qui a la beauté des coups d'audace : il donne raison à Hume sur la logique et tort sur les conséquences. Oui, l'induction est injustifiable ; mais la science n'en a pas besoin, car elle n'a jamais fonctionné par induction. Elle ne s'élève pas des observations aux lois par généralisation prudente ; elle invente des conjectures, souvent hardies, puis les soumet au feu des tests. L'observation n'est pas le point de départ de la connaissance, elle en est le tribunal[3]. Il fallait, pour opérer ce renversement, cesser de demander comment justifier nos théories et demander comment les éliminer quand elles sont fausses. Toute la falsifiabilité est dans ce changement de question.

Vienne, 1919 : quatre théories à l'épreuve

[modifier | modifier le wikicode]

L'idée a une date et un lieu de naissance, que Popper a racontés lui-même[4]. Vienne, 1919. Le jeune Popper a dix-sept ans ; l'Empire austro-hongrois vient de s'effondrer, la ville bruisse de doctrines neuves qui promettent chacune d'expliquer le monde. Quatre théories dominent les conversations de sa génération : la théorie de la relativité d'Einstein, le matérialisme historique de Marx, la psychanalyse de Freud et la psychologie individuelle d'Alfred Adler. Popper les fréquente toutes de près. Il milite quelques mois aux côtés des communistes, jusqu'à ce qu'en juin 1919 une manifestation, encouragée par le parti, se termine sous les balles de la police : des jeunes gens sont tués, et Popper, se jugeant en partie comptable d'une doctrine qui acceptait de tels sacrifices sur la foi d'une science de l'histoire, entame l'examen critique qui l'occupera toute sa vie. La même année, il travaille comme bénévole dans les consultations pour enfants qu'Adler a ouvertes dans les quartiers ouvriers de Vienne.

Ce qui le frappe d'abord, c'est un contraste dans la manière dont ces théories rencontrent les faits. Les partisans de Marx, de Freud et d'Adler vivent dans un monde saturé de confirmations. Ouvrez le journal à n'importe quelle page : la lutte des classes s'y donne à lire. Observez n'importe quelle conduite : elle illustre le refoulement ou le complexe d'infériorité. Loin d'être un point faible, cette confirmation perpétuelle passe aux yeux des adeptes pour la force suprême de la doctrine. Popper forge un exemple resté classique. Voici deux hommes au bord de l'eau : le premier pousse un enfant dans le fleuve pour le noyer ; le second se jette à l'eau et se noie pour sauver l'enfant. La psychanalyse explique le premier par le refoulement d'une pulsion, le second par la sublimation de la même pulsion ; la psychologie d'Adler explique le premier par le besoin de se prouver qu'il ose commettre un crime, le second par le besoin de se prouver qu'il ose risquer sa vie. Aucun comportement humain concevable ne pourrait embarrasser l'une ou l'autre théorie ; elles digèrent tout, l'acte et son contraire[5].

Une anecdote personnelle acheva de le convaincre. Ayant rencontré un cas d'enfant qui ne lui paraissait guère cadrer avec la théorie adlérienne, Popper le soumit au maître. Adler l'analysa sans difficulté et sans même avoir vu l'enfant, en invoquant son expérience mille fois répétée de cas semblables. Et avec celui-ci, ne put s'empêcher de demander Popper, votre expérience se trouve sans doute mille et une fois confirmée ? La réplique dit tout : une expérience qui confirme d'avance, quel que soit le cas soumis, ne pèse rien, car elle ne court aucun risque. La confirmation n'a de valeur que si elle aurait pu manquer.

L'éclipse totale du 29 mai 1919, photographiée lors de l'expédition d'Eddington. La mesure de la déviation des rayons lumineux mettait la relativité générale en danger de réfutation.

Or, cette même année 1919, une théorie se comporte tout autrement. La relativité générale d'Einstein prédit que la lumière des étoiles, passant au voisinage du soleil, doit être déviée par son champ de gravitation, et elle chiffre cette déviation : 1,75 seconde d'arc au bord du disque solaire, soit le double de ce qu'on pourrait attendre dans un cadre newtonien. La prédiction n'est vérifiable que pendant une éclipse totale, quand les étoiles proches du soleil deviennent visibles. Le 29 mai 1919, deux expéditions britanniques organisées par Arthur Eddington, l'une à Sobral au Brésil, l'autre dans l'île de Príncipe, photographient l'éclipse ; en novembre, les résultats sont annoncés à Londres : les positions des étoiles sont déplacées, et l'ampleur du déplacement s'accorde avec le calcul d'Einstein. Ce qui impressionne Popper, ce n'est pas le triomphe, c'est le risque qui l'a précédé. Si les clichés avaient montré des étoiles à leur place ordinaire, la théorie était perdue ; Einstein lui-même écrivait que si le décalage des raies spectrales vers le rouge, autre conséquence de sa théorie, n'existait pas, la relativité générale serait insoutenable. Voilà une théorie qui se met en danger, qui désigne d'avance l'observation capable de la tuer, quand les autres organisent leur invulnérabilité. L'histoire des sciences invite ici à corriger la légende sans lui ôter sa leçon : les clichés de 1919 étaient d'une lecture délicate, les marges d'erreur firent débat, une partie des plaques de Sobral fut écartée, et l'adhésion à la relativité générale se joua sur des années, au fil d'épreuves multipliées, non en une soirée de verdict. L'éclipse vaut donc comme emblème du test risqué, non comme modèle d'une confirmation ou d'une réfutation instantanée ; on verra plus loin pourquoi nulle expérience, à elle seule, ne tranche jamais si proprement.

De ce contraste naît le critère. Ce qui sépare la relativité de l'astrologie ou de la psychologie adlérienne, ce n'est ni la rigueur des calculs, ni le prestige des auteurs, ni même l'exactitude (une théorie scientifique peut être fausse, une doctrine infalsifiable peut contenir du vrai) : c'est la testabilité. Popper le formule en une phrase devenue canonique : « le critère de la scientificité d'une théorie réside dans la possibilité de l'invalider, de la réfuter ou encore de la tester »[6]. Et il en tire aussitôt la conséquence qui heurte le sens commun : une bonne théorie n'est pas celle qui s'accorde avec tout, c'est celle qui interdit beaucoup. Les théories scientifiques proscrivent, elles défendent à certains événements de se produire, et leur valeur croît avec l'étendue de l'interdit. Qui affirme tout n'affirme rien ; qui interdit s'expose, et c'est en s'exposant qu'on renseigne sur le monde.

Reste à préciser le vocabulaire, car Popper distingue avec soin la falsifiabilité, propriété logique d'une théorie (il existe des énoncés d'observation possibles qui la contrediraient), et la falsification, événement méthodologique par lequel une théorie est effectivement mise en échec. Une théorie peut être falsifiable sans jamais être falsifiée : la relativité générale l'illustre depuis un siècle, qui survit à des tests toujours plus fins. La première notion relève de la logique, la seconde de la pratique scientifique, et nous verrons que la seconde est beaucoup moins simple que la première.

Un critère de science, non un critère de sens

[modifier | modifier le wikicode]

Pour mesurer l'originalité de la proposition poppérienne, il faut la replacer dans le paysage intellectuel où elle surgit : celui du Cercle de Vienne. Autour de Moritz Schlick, des philosophes et des savants (Rudolf Carnap, Otto Neurath, Hans Hahn, entre autres) élaborent dans les années 1920 ce qu'on appellera le positivisme logique. Leur arme s'appelle le critère vérificationniste de signification : une proposition n'a de sens que si l'on peut indiquer la méthode de sa vérification empirique, ou si elle est une tautologie de la logique et des mathématiques. Tout le reste, la métaphysique au premier chef, n'est pas faux mais dépourvu de sens : des suites de mots à l'apparence grammaticale de propositions, qui n'énoncent rien. L'ambition est de faire le ménage dans le langage, et la métaphysique doit sortir par la porte de service.

Popper, qui fréquente les membres du Cercle sans jamais en faire partie (Neurath le surnommait « l'opposition officielle »), attaque le dispositif en son point aveugle. Si le sens exige la vérifiabilité, alors les lois de la nature n'ont pas de sens : car une loi, énoncé strictement universel, porte sur une infinité de cas et ne peut être vérifiée par aucune somme finie d'observations. Le poulet de Russell nous l'a appris, et Hume avant lui. Le critère vérificationniste, taillé pour exterminer la métaphysique, tue du même coup la physique : voulant sauver la science, il la vide. Le positivisme, remarque Popper avec malice, échoue même à se justifier lui-même, puisque le principe de vérification n'est ni une tautologie ni un énoncé vérifiable, et devrait donc, selon ses propres termes, être jeté au feu comme non-sens[7].

D'où un déplacement qui commande tout le reste : la falsifiabilité n'est pas un critère de sens, mais un critère de démarcation. Elle ne sépare pas le sensé de l'insensé ; elle sépare, à l'intérieur des discours sensés, ceux qui relèvent de la science empirique de ceux qui n'en relèvent pas. La nuance change tout au statut de la métaphysique. Une proposition métaphysique (le monde a un sens, tout événement a une cause, la matière est faite d'atomes insécables) peut être parfaitement intelligible, discutable, et même féconde pour la science : l'atomisme de Démocrite, spéculation invérifiable et infalsifiable pendant deux millénaires, a fini par engendrer des théories physiques testables ; l'héliocentrisme fut d'abord une idée métaphysique avant de devenir une astronomie. Les mythes eux-mêmes, aux yeux de Popper, sont les ancêtres des théories : la science ne naît pas contre eux mais d'eux, par la greffe de l'attitude critique sur l'imagination cosmologique. Interdire la métaphysique serait stériliser la source où la science puise ses conjectures[8].

La ligne de démarcation, une fois tracée, produit des classements qui instruisent. Considérons d'abord les énoncés strictement existentiels : « il existe au moins un corbeau blanc ». Cet énoncé est vérifiable (il suffit de trouver l'oiseau) mais infalsifiable : aucune collection finie d'observations de corbeaux noirs ne peut l'exclure, puisque le corbeau blanc peut toujours se cacher ailleurs. Symétrie inverse de la loi universelle, qui est falsifiable mais invérifiable. On en tire ce corollaire piquant : la négation d'un énoncé scientifique n'est pas nécessairement scientifique. « Tous les cygnes sont blancs » appartient à la science empirique ; « il existe quelque part un cygne qui n'est pas blanc », prise isolément, n'y appartient pas, tout en étant vraie. La scientificité, au sens de Popper, est affaire de forme logique et de position dans le réseau des tests, non de vérité.

Considérons ensuite les tautologies. « Demain, il pleuvra ou il ne pleuvra pas » : voilà un énoncé sur lequel la météorologie ne trouvera jamais à redire, et qui pour cette raison même ne l'intéresse pas. Il est vrai en toutes circonstances, donc compatible avec toutes, donc muet sur le monde[9]. La logique et les mathématiques, infalsifiables, ne sont pas pour autant des non-sens : elles sont non empiriques, ce qui est un statut et non une disgrâce. De même l'éthique, l'esthétique ou l'interprétation d'un poème échappent au critère sans déchoir : le critère borne la science, il ne mesure pas la dignité des discours. Confondre « non falsifiable » et « sans valeur » est un contresens sur Popper, quoiqu'un contresens répandu.

Reste une question que le lecteur attentif a déjà posée : le critère de falsifiabilité est-il lui-même falsifiable ? Non, et Popper ne l'a jamais prétendu. La falsifiabilité n'est pas une hypothèse empirique sur le monde, c'est une proposition philosophique : une règle de méthode, une convention argumentée qu'on adopte parce qu'elle rend compte des réussites exemplaires de la science, qu'elle éclaire ses échecs et qu'elle formule un idéal de discussion rationnelle. On peut la critiquer (l'histoire des sciences s'en est chargée, nous le verrons), mais par des arguments, non par des expériences. Il n'y a là nulle incohérence : ce serait plutôt appliquer le critère à ce qui n'est pas de son ressort qui en serait une, comme on n'exige pas du mètre étalon qu'il mesure sa propre longueur[10].

Conjectures et réfutations : la croissance du savoir

[modifier | modifier le wikicode]

Le critère de démarcation n'est que la moitié de la doctrine ; l'autre moitié est une méthodologie, que le titre d'un recueil de Popper résume : Conjectures et réfutations. La science n'avance pas en gravissant l'échelle des généralisations, de l'observation particulière à la loi ; elle avance par un jeu d'essais et d'éliminations. Devant un problème, l'esprit propose une solution, librement, audacieusement, par un acte d'invention que nulle logique ne régit (Popper laisse volontiers la psychologie de la découverte aux psychologues) ; puis la critique et l'expérience s'emploient à détruire la solution proposée ; si elle tombe, on cherche mieux ; si elle résiste, on la garde, provisoirement, en redoublant les attaques. Popper a donné de ce cycle un schéma fameux : P1 → TT → EE → P2, où un problème initial appelle une théorie tentée, laquelle subit l'élimination des erreurs, d'où surgit un problème nouveau, plus riche que le premier[11]. La connaissance croît comme la vie évolue : par variation aveugle et sélection impitoyable. L'analogie darwinienne n'est pas un ornement ; Popper y voyait la structure même de tout apprentissage, de l'amibe à Einstein, avec cette différence que le savant peut laisser mourir ses théories à sa place, quand l'amibe périt avec ses erreurs[12].

Cette méthodologie hiérarchise les théories, et les hiérarchise à rebours des intuitions prudentes. Popper définit le contenu empirique d'une théorie comme la classe de ses falsificateurs virtuels : l'ensemble des énoncés d'observation qui, s'ils étaient vrais, la réfuteraient. Plus cette classe est vaste, plus la théorie interdit, plus elle dit. Comparons trois énoncés d'astronomie. « Mars décrit une ellipse autour du soleil » interdit peu : seules des observations de Mars peuvent le contredire. « Toutes les planètes décrivent des ellipses » interdit davantage : chaque planète devient un lieu de réfutation possible. La dynamique de Newton interdit immensément plus : elle couvre les planètes, mais aussi les comètes, les marées, la chute des pommes et le mouvement des projectiles ; chacun de ces domaines lui tend un piège où elle pourrait périr. La meilleure théorie est la plus improbable au sens du calcul des probabilités, celle qui a le plus d'occasions d'être fausse et qui pourtant ne l'est pas encore. Précisons, car le paradoxe n'est qu'apparent et a nourri bien des contresens : il s'agit de la probabilité logique d'un énoncé, qui varie en raison inverse de son contenu ; plus une théorie affirme, plus elle exclut de possibilités, moins elle a de chances a priori d'être vraie, et sa faible probabilité mesure son audace, non son manque de crédit aux yeux du savant. Popper ne recommande donc pas de croire les hypothèses les moins plausibles ; il rappelle que la science recherche des théories riches, improbables en ce sens logique, puis les soumet au feu des tests. D'où la controverse de Popper avec Carnap : là où l'inductivisme cherche des théories hautement probables, donc prudentes, donc pauvres, le falsificationnisme cherche des théories à haut contenu, donc improbables, donc riches. La science ne joue pas la sécurité ; elle joue l'information[13].

La notion même de confirmation, que l'inductivisme place au centre, réserve du reste des surprises logiques. Carl Hempel l'a montré en 1945 par un paradoxe devenu classique. L'énoncé « tous les corbeaux sont noirs » équivaut logiquement à sa contraposée, « tout ce qui n'est pas noir n'est pas un corbeau » ; or, si un énoncé universel est confirmé par ses cas, une chaussure verte, qui n'est ni noire ni corbeau, confirme la contraposée, donc l'énoncé initial, et voilà l'ornithologie qui progresse sans quitter le salon. Le paradoxe des corbeaux ne détruit pas l'idée de confirmation, mais il révèle combien notre intuition en la matière est mal assurée, et il conforte le déplacement poppérien : substituer au comptage des cas favorables la recherche de tests sévères[14].

Que gagne une théorie à survivre aux tests ? Ici, Popper forge un mot pour éviter un piège : la corroboration. Une théorie qui a résisté à des tests sévères est dite corroborée ; elle n'est ni prouvée, ni vérifiée, ni même rendue plus probable, car ce serait réintroduire l'induction par la fenêtre. La corroboration est un rapport d'épreuve, un compte rendu de performances passées, qui ne garantit rien de l'avenir : elle dit que la théorie a été mise en danger et qu'elle tient encore debout, rien de plus. La sévérité du test importe autant que son issue : confirmer la relativité en vérifiant que les pommes tombent ne corrobore rien, car le test ne discriminait pas ; l'éclipse de 1919 corrobore, car la théorie s'y jouait contre sa rivale newtonienne. Un test sévère est celui dont le résultat favorable était improbable sans la théorie ; c'est pourquoi la prédiction de faits nouveaux, inattendus, pèse plus lourd que l'explication de faits connus[15].

On objectera : si rien n'est jamais prouvé, la vérité a-t-elle encore un rôle ? Elle reste le but, répond Popper, qui doit à sa rencontre avec le logicien Alfred Tarski, en 1935, d'avoir retrouvé le droit de parler de vérité comme correspondance avec les faits. Nous cherchons des théories vraies ; nous ne pouvons jamais savoir avec certitude que nous en tenons une ; mais nous pouvons savoir que certaines sont fausses, et espérer que la série de nos erreurs éliminées nous rapproche du vrai. Popper tenta de donner à ce progrès une mesure, la vérisimilitude, définie par comparaison des contenus de vérité et de fausseté des théories ; la définition technique fut mise en échec en 1974 par David Miller et Pavel Tichý, qui montrèrent qu'elle ne permettait pas de comparer deux théories fausses, et Popper en convint. L'idée régulatrice survit à la formule défunte : dire que la théorie d'Einstein est meilleure que celle de Newton, qui était meilleure que celle de Kepler, c'est dire que chacune corrige les erreurs de la précédente tout en conservant ses réussites, et qu'à défaut de posséder la vérité nous apprenons de nos fautes en quel sens elle se trouve[16].

Cette philosophie a des ancêtres, et des ancêtres français. Claude Bernard, fondant la médecine expérimentale, recommandait au savant une défiance méthodique envers ses propres idées : nous devons, écrit-il à propos d'une théorie qu'on chérit, « examiner avec le plus grand soin les faits qui semblent la renverser », car le progrès consiste à remplacer une théorie qui embrasse moins de faits par une théorie qui en embrasse davantage[17]. Henri Poincaré, de son côté, avait décrit l'humeur que le falsificationnisme érige en vertu : « le physicien qui vient de renoncer à une de ses hypothèses devrait être, au contraire, plein de joie, car il vient de trouver une occasion inespérée de découverte »[18]. La réfutation n'est pas un deuil mais une aubaine : la nature vient de répondre, et sa réponse ouvre un problème neuf. Popper systématise cette sagesse éparse : il en fait la logique même de la recherche, et la définition de l'honnêteté intellectuelle. Le savant, écrira-t-il, ne diffère pas des autres hommes parce qu'il ne se trompe pas, mais parce qu'il traque ses erreurs, et l'erreur découverte cesse d'être une faute pour devenir un savoir.

Le marécage et les pilotis : sur quoi reposent les réfutations ?

[modifier | modifier le wikicode]

Une théorie tombe quand elle contredit des énoncés d'observation acceptés. Mais qui accepte ces énoncés, et de quel droit ? La question paraît innocente ; elle conduit au cœur le plus original, et le plus discuté, de l'épistémologie poppérienne. Car les énoncés d'observation, ceux que Popper appelle énoncés de base (« le 29 mai 1919, sur telle plaque photographique, telle étoile occupe telle position »), ne sont pas des donnés purs. Toute observation est imprégnée de théorie : lire une position d'étoile sur un cliché suppose l'optique, la théorie des instruments, mille attentes qui orientent le regard. Dites « voici un verre d'eau » : les mots « verre » et « eau » débordent l'expérience immédiate, ils enveloppent des régularités attendues, donc des hypothèses. Il n'existe pas de langage d'observation innocent ; l'œil le plus nu voit déjà avec des idées[19].

Popper hérite ici d'un trilemme formulé au XIXe siècle par Jakob Friedrich Fries, cousin de celui que le scepticisme antique avait dressé sous le nom d'Agrippa. Si nous refusons d'admettre les énoncés de la science par simple dogme, nous devons les justifier ; si toute justification passe par d'autres énoncés, nous voilà lancés dans une régression sans fin ; pour l'arrêter, la tentation est de fonder les énoncés sur autre chose que des énoncés, à savoir sur l'expérience perceptive elle-même, et c'est le psychologisme. Dogmatisme, régression infinie, psychologisme : il faut choisir son mal. La tradition empiriste avait choisi le troisième, faisant reposer l'édifice sur le roc supposé des données sensibles. Popper récuse ce roc : nos perceptions peuvent motiver l'acceptation d'un énoncé, elles ne peuvent pas la justifier, car un vécu ne prouve pas une proposition ; entre le sentir et le dire, il n'y a pas de pont logique[20].

Sa solution assume ce qu'elle a de déconcertant : les énoncés de base sont acceptés par décision. Non par caprice : la décision est motivée par l'expérience, guidée par elle, mais c'est une décision, une sorte de convention, et elle reste toujours révisable. Nous nous arrêtons à des énoncés faciles à tester (des positions de pointeurs, des couleurs de précipités, des clichés que chacun peut examiner), non parce qu'ils seraient certains, mais parce que l'accord s'y fait aisément et que, en cas de litige, le test peut toujours reprendre. Popper compare cette acceptation au verdict d'un jury : prononcé selon une procédure réglée, le verdict fonde l'application de la loi comme l'énoncé de base fonde la réfutation d'une théorie ; il n'est pas pour autant infaillible, et un procès peut être révisé[21]. Il en tire une image restée célèbre : « La science ne repose pas sur une base rocheuse. » Sa structure s'élève au-dessus d'un marécage, comme un édifice bâti sur pilotis ; on enfonce les pilotis jusqu'à ce qu'ils portent, non jusqu'à un fond dernier, qui n'existe pas ; et si l'édifice chancelle, on peut toujours les enfoncer plus avant[22].

L'image du marécage a une sœur dans la philosophie du temps : le bateau de Neurath, ce navire que les marins doivent réparer en pleine mer, sans jamais pouvoir le mettre en cale sèche pour le reconstruire sur des fondations neuves. Les deux métaphores disent le même deuil, celui du fondement absolu, et la même confiance : on peut naviguer sans cale sèche, bâtir sans roc. Ce que Popper ajoute en propre, c'est que l'absence de fondement n'ouvre pas à l'arbitraire, parce que l'objectivité change de siège : elle ne réside plus dans une source privilégiée (l'évidence, la sensation, l'intuition), elle réside dans le caractère public et répétable des tests. Est objectif ce qui peut être soumis à l'épreuve intersubjective, ce que d'autres peuvent contrôler, contester, refaire. Le doute n'est plus l'ennemi de la connaissance ; institutionnalisé, distribué entre mille examinateurs, il en devient l'organe.

Immuniser une théorie : les stratagèmes conventionnalistes

[modifier | modifier le wikicode]

Popper connaissait la faille de son critère avant ses critiques, et il l'a signalée lui-même : en toute rigueur logique, aucune théorie n'est jamais forcée d'abdiquer. Devant une expérience contraire, ses défenseurs disposent d'un arsenal d'échappatoires : accuser les instruments, suspecter l'expérimentateur, réviser une hypothèse auxiliaire, redéfinir un terme (le cygne noir n'est pas un vrai cygne, puisque les cygnes sont blancs par définition), ou introduire une hypothèse taillée sur mesure pour absorber l'anomalie. Le conventionnalisme de Poincaré et de Duhem avait établi cette latitude : les principes d'une théorie peuvent toujours être maintenus, moyennant des ajustements ailleurs dans le système. Popper appelle stratagèmes conventionnalistes ces manœuvres de sauvetage, et sa parade n'est pas logique mais méthodologique : puisque la logique n'interdit pas d'immuniser une théorie, il faut que le savant s'interdise de le faire. La falsifiabilité exige des règles de jeu, et la première d'entre elles proscrit les hypothèses ad hoc : une hypothèse auxiliaire n'est recevable que si elle augmente le contenu testable du système, c'est-à-dire si elle prédit autre chose que l'anomalie qu'elle vient couvrir[23].

Un doublet d'exemples astronomiques rend la règle lumineuse. Vers 1845, l'orbite d'Uranus s'écarte obstinément des prédictions newtoniennes : voilà, en bonne logique, la mécanique céleste réfutée. Urbain Le Verrier à Paris, John Adams à Cambridge, choisissent une autre branche de l'alternative : peut-être une planète inconnue perturbe-t-elle Uranus. L'hypothèse est auxiliaire, elle sauve Newton ; mais elle n'est pas ad hoc, car elle prédit du neuf, et du plus précis : une position dans le ciel. Le 23 septembre 1846, l'astronome berlinois Johann Galle pointe sa lunette à l'endroit calculé par Le Verrier et découvre Neptune à moins d'un degré de la position annoncée. Le sauvetage a enrichi la science d'une planète. Enhardi, Le Verrier applique la même recette à l'autre bout du système solaire : le périhélie de Mercure avance de 43 secondes d'arc par siècle de plus que ne le permet Newton ; il postule donc une planète intérieure, Vulcain. On la cherche pendant des décennies ; des observateurs croient l'apercevoir, elle se dérobe à chaque vérification ; les hypothèses se multiplient et s'étiolent. La solution viendra d'ailleurs : en 1915, la relativité générale d'Einstein rend compte de l'avance du périhélie sans planète surnuméraire, par la seule géométrie de l'espace-temps au voisinage du soleil. Même geste, destins opposés ; et ce qui les départage n'est pas la hardiesse de la conjecture, identique dans les deux cas, mais le verdict du test. L'hypothèse auxiliaire féconde se distingue de la rustine ad hoc à ceci qu'elle offre à la nature une nouvelle occasion de dire non.

Le cas d'école de l'immunisation, aux yeux de Popper, reste le marxisme, et son analyse mérite d'être suivie parce qu'elle est plus fine que le procès sommaire qu'on lui prête. Le Marx de Popper est un savant manqué, non un charlatan : le matérialisme historique, dans sa version initiale, formulait des prédictions testables, donc scientifiques au sens du critère : la révolution éclaterait dans les pays capitalistes les plus avancés, la condition ouvrière s'y paupériserait, les classes moyennes s'y résorberaient. L'histoire a soumis ces annonces à l'épreuve et, dans la lecture qu'en donne Popper, le verdict fut sévère : la révolution survint dans la Russie agraire et non dans l'Angleterre industrielle, les salaires réels montèrent, les classes moyennes prospérèrent au lieu de fondre. Certaines prédictions du marxisme orthodoxe furent ainsi mises en difficulté : théorie falsifiable et, sur ces points, falsifiée. Encore faut-il mesurer la portée du verdict et se garder de traiter l'œuvre de Marx comme une théorie physique isolée qu'un fait renverserait d'un coup. Chez Marx s'entrelacent des prédictions déterminées, des tendances assorties de contre-tendances et des mécanismes structurels : la paupérisation peut s'entendre comme baisse absolue du salaire réel, mais aussi comme paupérisation relative ou comme insécurité grandissante de la condition salariale ; et l'existence de classes moyennes n'atteint pas d'elle-même une analyse qui porte d'abord sur la propriété, l'exploitation et la concentration du capital. La critique poppérienne conserve alors sa pointe, mais déplacée : elle vise moins tel énoncé de Marx que la conduite de ses héritiers devant les anomalies. C'est alors, poursuit Popper, que la doctrine changea de nature : plutôt que d'abandonner le noyau, ses défenseurs réinterprétèrent théorie et faits pour les remettre d'accord, jusqu'à ce que plus aucun événement concevable ne puisse la contredire. Ce qui était science devint, par immunisations successives, ce que Popper ose appeler l'astrologie des intellectuels : non parce que la doctrine était fausse (une théorie réfutée est fausse, ce qui est un destin scientifique honorable), mais parce qu'elle s'était rendue irréfutable[24].

La leçon dépasse le cas particulier : la falsifiabilité n'est pas seulement une propriété des énoncés, c'est une attitude envers les énoncés. Une même théorie peut être tenue de façon critique ou de façon immunisée ; le critère juge autant des conduites que des contenus. D'où une question que chacun peut retourner contre ses propres convictions, et qui constitue peut-être l'exercice pratique le plus utile que la falsifiabilité ait légué : qu'est-ce qui, si je l'observais, me ferait changer d'avis ? Si la réponse est « rien », ce que nous tenons n'est plus une hypothèse sur le monde, c'est une pièce de notre identité, et il vaut mieux le savoir.

Le tribunal de l'expérience : Duhem, Quine, Kuhn, Lakatos

[modifier | modifier le wikicode]

La première grande objection était plus vieille que le critère. Dès 1906, Pierre Duhem avait établi, dans La Théorie physique, qu'« une expérience de physique ne peut jamais condamner une hypothèse isolée mais seulement tout un ensemble théorique »[25]. Quand un physicien confronte une prédiction au résultat d'une mesure, il ne teste jamais son hypothèse seule : il teste, d'un bloc, l'hypothèse, les théories qui font fonctionner ses instruments, les conditions initiales supposées, une foule d'hypothèses auxiliaires tacites. Si la prédiction échoue, la logique conclut que quelque chose est faux dans ce bloc ; elle ne dit pas quoi. Le modus tollens, si net sur le papier, frappe en aveugle : la flèche de la réfutation atteint l'ensemble, jamais un coupable désigné. Willard Van Orman Quine a donné en 1951 à cet argument sa portée maximale : dans « Les deux dogmes de l'empirisme », il soutient que nos énoncés affrontent « le tribunal de l'expérience sensible » non pas un à un, mais en corps constitué, et que devant un verdict défavorable nous choisissons toujours où porter la révision, la logique elle-même n'étant pas, en droit, à l'abri[26]. C'est ce qu'on nomme depuis la thèse de Duhem-Quine, ou holisme de la confirmation : l'unité de la signification empirique n'est pas l'énoncé, c'est le système.

L'objection est sérieuse, et Popper ne l'ignorait pas : il cite Duhem dès 1934. Sa réponse tient en deux temps. D'abord, l'ambiguïté du verdict n'est pas totale en pratique : l'art expérimental consiste précisément à isoler, à faire varier les montages, à tester séparément les auxiliaires, de sorte que le soupçon se concentre ; l'histoire de la physique montre des réfutations qui, pour n'être pas instantanées, ont fini par désigner leur cible. Ensuite et surtout, la réponse est méthodologique, comme toujours chez lui : puisque la logique laisse le choix du point de révision, des règles doivent encadrer ce choix, et l'on retrouve l'interdit des manœuvres ad hoc. Reste que l'objection déplace le centre de gravité du falsificationnisme : la falsification n'est plus un événement logique ponctuel, c'est un processus, une enquête, où des décisions interviennent à chaque étage. Entre la falsifiabilité de principe et la falsification effective, l'écart se creuse.

C'est dans cet écart que Thomas Kuhn installe, en 1962, la critique la plus retentissante. La Structure des révolutions scientifiques n'attaque pas le critère en logicien mais en historien : regardez ce que font les scientifiques, et non ce qu'ils devraient faire. Ce qu'ils font, la plupart du temps, Kuhn l'appelle la science normale : à l'intérieur d'un cadre admis, le paradigme, ils résolvent des énigmes, et une énigme rebelle incrimine l'habileté du chercheur avant d'incriminer le cadre. Les anomalies, loin de tuer les théories, s'accumulent dans leurs marges pendant des décennies ; toute théorie, à tout moment de son histoire, est cernée de faits qui la contredisent, et si les savants pratiquaient le falsificationnisme à la lettre, aucune théorie ne survivrait à sa première journée. L'abandon ne vient pas d'une réfutation, il vient d'une conversion : quand les anomalies font crise et qu'un paradigme rival est disponible, la communauté bascule, et ce basculement, où pèsent des critères multiples et point tous logiques, ne ressemble guère à un modus tollens[27]. Popper répondit que Kuhn décrivait un danger réel mais en faisait une norme : la science normale existe, elle est même la routine dominante, mais elle représente à ses yeux une menace pour la science plus que son essence, et le dogmatisme du paradigme, s'il a une fonction (donner aux théories le temps de montrer leur force), ne doit jamais fermer la possibilité de la critique[28].

Imre Lakatos, élève dissident de Popper, tenta la synthèse des deux maîtres. Sa méthodologie des programmes de recherche scientifiques distingue, dans toute grande théorie vivante, un noyau dur, que ses partisans décident de soustraire à la réfutation, et une ceinture protectrice d'hypothèses auxiliaires, sur laquelle on fait porter les révisions ; une heuristique guide la fabrication de ces révisions. Le newtonianisme, le darwinisme, la théorie atomique sont de tels programmes. Dès lors, la question n'est plus : cette théorie est-elle réfutée ? (elle l'est toujours par quelque anomalie, et Lakatos aime rappeler que les théories naissent et grandissent dans un océan d'anomalies) ; la question devient : ce programme est-il progressif ou dégénérescent ? Progressif, s'il digère ses anomalies en prédisant des faits nouveaux, comme Neptune ; dégénérescent, s'il court après les faits à coups de rustines, comme Vulcain. Le falsificationnisme ainsi raffiné, que Lakatos appelle sophistiqué, ne juge plus des théories isolées dans l'instant, mais des séries de théories dans la durée, et souvent avec le recul du temps seulement[29]. On y perd la netteté du couperet ; on y gagne un critère qui colle à l'histoire réelle sans renoncer à distinguer la bonne science de la mauvaise.

Paul Feyerabend fit un pas de plus, et le fit en fanfare. Contre la méthode (1975) soutient, textes historiques à l'appui, que toute règle méthodologique, la falsifiabilité comprise, a été violée à quelque grand moment de la science, et que ces violations furent nécessaires au progrès. Son étude de Galilée montre le savant défendant le copernicianisme contre des réfutations empiriques apparemment solides (la tour dont la pierre tombe au pied, les grosseurs apparentes de Vénus et de Mars), à grand renfort de propagande, de rhétorique et d'hypothèses non testées qui ne furent justifiées que bien plus tard. La formule qui résume le livre, « tout est bon », a fait sa légende ; Feyerabend précisait pourtant qu'elle n'était pas sa maxime, mais la seule règle qu'un rationaliste épris de règles universelles pourrait extraire, à son grand dam, de l'histoire réelle des sciences[30].

Que reste-t-il du critère après ce feu roulant ? L'essentiel, à condition de le prendre pour ce qu'il est. Les critiques ont ruiné une caricature, le falsificationnisme naïf, selon lequel une observation contraire exécute une théorie sur-le-champ ; mais cette caricature, Popper ne l'a jamais soutenue, lui qui écrivait dès 1934 qu'aucune réfutation concluante d'une théorie ne peut jamais être produite, puisqu'on peut toujours incriminer l'expérimentateur ou sauver le système par des auxiliaires[31]. Ce qui a résisté, c'est la falsifiabilité comme exigence de fond : une théorie doit dire ce qui la mettrait en difficulté, s'exposer à des tests, et ses défenseurs doivent traiter les anomalies comme des problèmes plutôt que comme des importuns. Ce qui a été révisé, c'est la falsification comme procédure : elle est holiste, temporelle, chargée de décisions, et son unité d'évaluation est le programme plus que l'énoncé. La postérité du critère fut ainsi conforme à sa doctrine : conjecturé, critiqué, corrigé, il a survécu amendé.

Des prétoires aux cordes : usages et querelles contemporaines

[modifier | modifier le wikicode]

Il arrive aux concepts philosophiques de faire carrière hors de la philosophie ; peu l'ont faite aussi loin que celui-ci. En 1993, dans l'affaire Daubert v. Merrell Dow Pharmaceuticals, la Cour suprême des États-Unis eut à dire comment un juge fédéral doit trier les expertises scientifiques recevables au procès. Rédigeant l'opinion de la Cour, le juge Blackmun posa comme première pierre de touche la testabilité : une connaissance se qualifie de scientifique si elle peut être, et a été, soumise à l'épreuve ; et l'arrêt cite nommément Popper, la réfutabilité y figurant comme la marque distinctive du savoir empirique[32]. Qu'un critère forgé contre l'astrologie viennoise serve à écarter des prétoires les expertises de complaisance, voilà une corroboration d'un genre inattendu ; les juristes découvrirent à cette occasion que les philosophes des sciences ne s'accordaient pas entre eux, et la doctrine américaine débattit gravement de savoir si les juges devaient être poppériens.

Ils auraient hésité davantage encore en lisant les philosophes de plus près, car au moment même où les prétoires consacraient la démarcation, une partie de la discipline la déclarait morte. Larry Laudan avait protesté dès 1982 contre le premier grand usage judiciaire du critère, lors du procès créationniste de l'Arkansas : à ses yeux, le créationnisme qui se dit scientifique formule des assertions testables, déjà testées, et réfutées ; le déclarer non scientifique manque donc la cible, qui est qu'il s'agit de science fausse et mal défendue[33]. L'année suivante, il publiait l'acte de décès du problème lui-même : deux millénaires de tentatives, d'Aristote au positivisme logique et à Popper, n'ont produit selon lui aucun critère qui capture toutes les sciences et rien que les sciences ; les mots « science » et « pseudoscience » feraient un travail d'étiquette plus que de concept, et la seule question sérieuse serait de distinguer, domaine par domaine, les croyances bien fondées des croyances mal fondées[34]. La réplique n'a pas manqué : Popper n'avait jamais prétendu découvrir l'essence de la science, il proposait une convention et la défendait par sa fécondité ; et l'embarras des juges, des éditeurs de revues ou des agences qui financent la recherche montre que le besoin de tracer des lignes survit fort bien aux funérailles du critère unique. Le problème de la démarcation ressemble moins à un théorème qu'à une frontière contestée : on peut douter qu'elle passe exactement où Popper l'a mise ; on peut difficilement se dispenser d'en tracer une.

Cas par cas, justement, les procès rouverts n'ont pas tous tourné à l'avantage de l'accusation. La psychanalyse d'abord : le philosophe Adolf Grünbaum a soutenu, contre Popper, que le diagnostic d'infalsifiabilité manquait sa cible, Freud ayant formulé des hypothèses testables (ainsi le lien étiologique entre paranoïa et homosexualité refoulée, dont on peut dériver des prédictions épidémiologiques) ; le vrai problème, selon Grünbaum, n'est pas que la psychanalyse ne puisse être testée, mais que ses méthodes de validation clinique, contaminées par la suggestion, testent mal, et que là où elle a été testée, elle a été plutôt infirmée[35]. Le débat, on le voit, s'est déplacé : de la démarcation (science ou non ?) vers la qualité des tests (bien ou mal testée ?), ce qui est peut-être une manière de donner raison au critère en le raffinant.

La théorie de l'évolution offrit à Popper l'occasion d'appliquer sa méthode à ses propres jugements. En 1974, il qualifiait le darwinisme de « programme métaphysique de recherche » : la formule de la survie des plus aptes lui semblait frôler la tautologie (qui sont les plus aptes, sinon ceux qui survivent ?), tout en fournissant à la biologie un cadre d'une fécondité incomparable[36]. Le mot fit des ravages, les créationnistes s'en emparant comme d'une caution. En 1978, Popper revint publiquement sur son verdict : il avait, reconnut-il, formulé la théorie de la sélection trop étroitement ; prise comme il convient, elle est testable, et certaines de ses versions ont été réfutées puis corrigées[37]. L'épisode vaut leçon double : sur la difficulté d'appliquer le critère aux théories à structure historique et statistique, et sur ce que signifie le rationalisme critique quand on le retourne contre soi.

La physique la plus spéculative fournit la querelle la plus vive du moment. Théorie des cordes, dont les prédictions distinctives se situent à des énergies hors de portée expérimentale ; multivers, dont les autres univers sont par construction inobservables ; inflation cosmique dans ses versions éternelles : autant de programmes dont les critiques demandent s'ils appartiennent encore à la physique ou déjà à la métaphysique mathématique. En décembre 2014, les cosmologistes George Ellis et Joe Silk publièrent dans Nature un appel à « défendre l'intégrité de la physique », s'alarmant que d'éminents théoriciens proposent d'assouplir l'exigence de test empirique au profit de vertus internes comme l'élégance ou la cohérence ; le philosophe Richard Dawid avait précisément élaboré, pour la théorie des cordes, une doctrine de la confirmation non empirique, où l'absence d'alternatives viables tient lieu d'indice de vérité[38]. Le vocabulaire de Popper, qu'on avait dit enterré, structure des deux côtés la controverse : preuve que la question de la démarcation n'est pas un reliquat scolaire, mais une affaire interne à la science vivante, où se joue jusqu'à l'allocation des postes et des crédits. On notera la prudence qui s'impose ici au philosophe, et qu'une distinction ternaire aide à tenir, car le vocabulaire courant confond trois situations que tout sépare. Il y a l'infalsifiable en droit, qu'aucune observation concevable ne saurait contredire : tel est le discours immunisé par construction, et lui seul mérite le verdict sans appel. Il y a l'intestable en fait, faute d'instruments, d'énergies ou d'occasions : condition provisoire, qui fut celle de l'atomisme avant les expériences de Jean Perrin et celle des ondes gravitationnelles avant leur détection en 2015, et dont l'histoire des sciences enseigne qu'elle peut prendre fin. Il y a enfin le testable mal testé, où le défaut ne tient pas à la théorie mais à la qualité des épreuves : c'est le procès que Grünbaum instruit contre la clinique freudienne. La théorie des cordes relève, pour ses défenseurs, du deuxième cas ; ses adversaires redoutent qu'à force de vertus internes et de confirmations indirectes elle ne glisse insensiblement vers le premier ; la querelle porte moins sur un mot que sur cette frontière, toujours à retracer, entre attente légitime et immunisation.

Le dernier usage est le plus diffus : la falsifiabilité est passée dans la langue. Demander d'une affirmation « qu'est-ce qui pourrait la réfuter ? » est devenu un réflexe de l'esprit critique ordinaire, et l'épithète « infalsifiable » un diagnostic courant dans le débat public. Les théories du complot en offrent l'application la plus nette : leur structure convertit chaque objection en confirmation, l'absence de preuve du complot attestant l'habileté des comploteurs à effacer les preuves, et le démenti prouvant que le contradicteur est acheté. Popper avait décrit ce mécanisme dès 1945 sous le nom de théorie conspirationniste de la société, cette explication qui substitue partout des intentions cachées aux effets non voulus des actions humaines[39]. Un discours ainsi blindé peut être psychologiquement invincible ; c'est sa défaite épistémique, car ce que nulle expérience ne peut atteindre, nulle expérience ne le soutient.

Du laboratoire à la cité : le rationalisme critique

[modifier | modifier le wikicode]

Popper aimait se donner un ancêtre vieux de vingt-cinq siècles : Xénophane de Colophon, dont il traduisait les fragments avec ferveur. Nul homme, disait le poète-philosophe, n'a vu ni ne verra le certain touchant les dieux et toutes choses ; quand même il énoncerait la vérité la plus achevée, il ne saurait pas qu'il l'énonce ; sur toutes choses ne règne que conjecture[40]. Tout notre savoir, un tissu de conjectures : la formule pourrait servir d'épigraphe à l'œuvre entière. Charles Sanders Peirce, à la fin du XIXe siècle, avait donné à cette antique modestie son nom moderne, le faillibilisme : la thèse que nulle de nos connaissances n'est à l'abri d'une révision, ce qui n'empêche ni de savoir, ni de progresser[41]. La falsifiabilité est l'organe de ce faillibilisme : elle transforme la conscience de notre faillibilité, qui pourrait n'être qu'un soupir sceptique, en procédure de correction. Le renversement mérite qu'on s'y arrête, car il touche à l'image que la science se fait d'elle-même. Le prestige du savoir avait toujours été lié à la certitude : savoir, c'était ne plus pouvoir se tromper, et la démonstration était son sceau. Popper déplace le prestige : la grandeur de la science n'est pas qu'elle ne se trompe pas, c'est qu'elle est organisée pour découvrir qu'elle se trompe. La certitude est le bien des doctrines closes ; la corrigibilité, celui des savoirs vivants.

Une telle épistémologie enveloppe une éthique. Si nul ne détient de source infaillible de vérité, alors la critique d'autrui cesse d'être une agression pour devenir un service, et la discussion cesse d'être un combat pour devenir une coopération. Popper a condensé cette attitude en une formule qu'il donnait pour le credo du rationaliste : je peux me tromper et tu peux avoir raison, et par un effort commun nous pouvons nous rapprocher de la vérité[42]. On y entend l'écho du dialogue socratique, et Popper revendiquait la filiation : le savoir de son ignorance, chez Socrate, n'était pas une coquetterie mais la condition de la recherche commune. La raison, en ce sens, n'est pas une faculté que l'on possède, c'est une relation que l'on institue : accepter d'exposer ses raisons à l'examen, écouter les objections comme des tests et non comme des offenses, tenir ses convictions d'une main ferme et de l'autre tendre à l'adversaire l'arme qui pourrait les percer.

Il n'y avait qu'un pas de cette éthique à une politique, et Popper le franchit pendant la Seconde Guerre mondiale, dans l'exil néo-zélandais où il écrivit Misère de l'historicisme et La Société ouverte et ses ennemis, qu'il appelait son effort de guerre. L'historicisme, cible du premier livre, est la prétention à prédire le cours global de l'histoire en vertu de lois de développement ; or de telles prophéties inconditionnelles ne sont pas des prédictions scientifiques, lesquelles sont toujours conditionnelles (si tel dispositif, alors tel effet) et donc testables ; annonçant tout, s'accommodant de tout, la prophétie historique est infalsifiable, et ceux qui s'en réclament pour justifier les sacrifices présents au nom de l'avenir radieux excipent d'une science qui n'en est pas une[43]. À l'ingénierie utopique qui prétend refondre la société d'un bloc, d'après un plan que l'histoire garantirait, Popper oppose une ingénierie fragmentaire : des réformes limitées, dont les effets peuvent être observés, comparés aux attentes, et corrigés. On reconnaît la structure : des politiques falsifiables, conduites comme des expériences dont on accepte d'avance que les résultats puissent nous donner tort.

La théorie de la démocratie qui s'ensuit a la même signature. La philosophie politique, depuis Platon, demandait : qui doit gouverner ? les meilleurs, les sages, le peuple ? Question mal posée, répond Popper, car elle suppose résolu le problème de reconnaître infailliblement les meilleurs, et prépare la tyrannie de quiconque s'en croira détenteur. La question rationnelle est : comment organiser les institutions pour que des gouvernants mauvais ou incompétents puissent être écartés sans effusion de sang[44] ? La démocratie n'est pas le pouvoir du peuple, fiction que les démagogues retournent aisément ; elle est le régime de la révocabilité, celui où l'erreur au pouvoir n'est pas irréversible. Les élections y jouent le rôle des tests : non pas des sacres qui prouvent que les élus ont raison, mais des réfutations institutionnalisées, toujours disponibles. La société ouverte est à la cité ce que la science est au savoir : non le lieu d'où l'erreur serait bannie, mais celui où nulle erreur ne peut s'éterniser à l'abri de la critique. Symétriquement, tout pouvoir qui s'immunise (en supprimant la presse libre, l'opposition, les échéances) fait subir à la cité ce que le stratagème conventionnaliste fait subir à la théorie : il la rend irréfutable, c'est-à-dire imperméable à l'apprentissage.

Revenons, pour finir, à notre cygne noir. Ce que sa rencontre a détruit, en 1697, c'est une généralisation sur les oiseaux ; ce qu'elle enseigne, bien au-delà, c'est un style de pensée. Nous ne pouvons pas nous passer d'énoncés universels : les lois, les théories, les principes sont la substance même du savoir, et qui n'affirme rien de général ne comprend rien. Mais nous pouvons choisir la manière de les tenir : comme des possessions à défendre, ou comme des conjectures à éprouver. La falsifiabilité est le nom de ce second choix. Elle ne promet pas la vérité ; elle promet quelque chose de plus sobre et peut-être de plus précieux : qu'aucune de nos erreurs ne sera définitive, parce qu'aucune de nos vérités ne sera intouchable. La science ainsi comprise n'est pas un monument de certitudes, c'est une discipline de l'erreur ; et le cygne noir, qui fut sa défaite d'un jour, reste son emblème le plus fidèle, puisqu'il rappelle à toute théorie qu'elle vit, comme nous, sous condition.

  1. ↑ Bertrand Russell, Les Problèmes de philosophie (1912), chap. VI, « De l'induction », trad. François Rivenc, Paris, Payot, 1989.
  2. ↑ David Hume, Enquête sur l'entendement humain (1748), sections IV et V, trad. André Leroy revue par Michelle Beyssade, Paris, Garnier-Flammarion, 1983. Voir aussi l'analyse de la causalité dans le Traité de la nature humaine, livre I, partie III.
  3. ↑ Karl Popper, La Logique de la découverte scientifique (1934), chap. I, trad. Nicole Thyssen-Rutten et Philippe Devaux, Paris, Payot, 1973 ; pour la reformulation du problème de Hume, La Connaissance objective (1972), chap. I, trad. Jean-Jacques Rosat, Paris, Aubier, 1991.
  4. ↑ Karl Popper, Conjectures et réfutations. La croissance du savoir scientifique (1963), chap. I, trad. Michelle-Irène et Marc B. de Launay, Paris, Payot, 1985 ; récit repris et développé dans La Quête inachevée (1974), sections 8 et 9, trad. Renée Bouveresse, Paris, Calmann-Lévy, 1981.
  5. ↑ Karl Popper, Conjectures et réfutations, chap. I, section I, éd. citée.
  6. ↑ Karl Popper, Conjectures et réfutations, chap. I, section I, éd. citée, p. 65.
  7. ↑ Karl Popper, La Logique de la découverte scientifique, chap. I, sections 4 à 6, éd. citée ; sur les rapports avec le Cercle de Vienne, La Quête inachevée, sections 16 et 17, éd. citée.
  8. ↑ Karl Popper, Conjectures et réfutations, chap. I, sections IV à X, et chap. IV, éd. citée.
  9. ↑ Karl Popper, La Logique de la découverte scientifique, chap. VI, éd. citée. L'exemple de la pluie figure dès l'ouverture de la discussion du contenu empirique.
  10. ↑ Karl Popper, La Logique de la découverte scientifique, chap. II, sections 9 à 11, éd. citée : les règles méthodologiques y sont présentées comme des conventions, et la définition de la science comme une proposition susceptible d'être discutée rationnellement, non démontrée.
  11. ↑ Karl Popper, La Connaissance objective, chap. III et VI, éd. citée.
  12. ↑ Karl Popper, La Connaissance objective, chap. I et VII, éd. citée.
  13. ↑ Karl Popper, La Logique de la découverte scientifique, chap. VI, et appendices ; Conjectures et réfutations, chap. XI, éd. citées.
  14. ↑ Carl G. Hempel, « Studies in the Logic of Confirmation », Mind, vol. 54, n° 213 et 214, 1945, p. 1-26 et 97-121 ; en français, Carl G. Hempel, Éléments d'épistémologie (1966), traduction de Bertrand Saint-Sernin, Paris, Armand Colin, 1972.
  15. ↑ Karl Popper, La Logique de la découverte scientifique, chap. X, éd. citée.
  16. ↑ Karl Popper, Conjectures et réfutations, chap. X, éd. citée ; sur l'échec de la définition formelle, David Miller, Critical Rationalism. A Restatement and Defence, Chicago et La Salle, Open Court, 1994, chap. 10.
  17. ↑ Claude Bernard, Introduction à l'étude de la médecine expérimentale (1865), première partie, chap. II ; rééd. Paris, Garnier-Flammarion, 1966.
  18. ↑ Henri Poincaré, La Science et l'Hypothèse (1902), chap. IX, « Les hypothèses en physique » ; rééd. Paris, Flammarion, coll. « Champs », 1968.
  19. ↑ Karl Popper, La Logique de la découverte scientifique, chap. V, éd. citée, en particulier l'appendice sur le caractère théorique de tout langage descriptif.
  20. ↑ Karl Popper, La Logique de la découverte scientifique, chap. V, sections 25 à 30, éd. citée.
  21. ↑ Karl Popper, La Logique de la découverte scientifique, chap. V, section 30, éd. citée.
  22. ↑ Karl Popper, La Logique de la découverte scientifique, chap. V, section 30, éd. citée, p. 111-112.
  23. ↑ Karl Popper, La Logique de la découverte scientifique, chap. IV, sections 19 et 20, éd. citée.
  24. ↑ Karl Popper, Conjectures et réfutations, chap. I, éd. citée ; l'analyse détaillée des prophéties marxiennes occupe la seconde partie de La Société ouverte et ses ennemis (1945), t. II, trad. Jacqueline Bernard et Philippe Monod, Paris, Éditions du Seuil, 1979.
  25. ↑ Pierre Duhem, La Théorie physique. Son objet, sa structure (1906), deuxième partie, chap. VI, section 2 ; rééd. Paris, Vrin, 2007. La phrase citée est le titre même de la section.
  26. ↑ Willard Van Orman Quine, « Les deux dogmes de l'empirisme » (1951), sections 5 et 6, dans Du point de vue logique. Neuf essais logico-philosophiques, trad. sous la direction de Sandra Laugier, Paris, Vrin, 2003.
  27. ↑ Thomas S. Kuhn, La Structure des révolutions scientifiques (1962), chap. VI à VIII, trad. Laure Meyer, Paris, Flammarion, coll. « Champs », 1983.
  28. ↑ Karl Popper, « Normal Science and its Dangers », dans Imre Lakatos et Alan Musgrave (dir.), Criticism and the Growth of Knowledge, Cambridge, Cambridge University Press, 1970.
  29. ↑ Imre Lakatos, « La falsification et la méthodologie des programmes de recherche scientifiques » (1970), dans Histoire et méthodologie des sciences. Programmes de recherche et reconstruction rationnelle, trad. sous la direction de Luce Giard, Paris, Presses Universitaires de France, 1994.
  30. ↑ Paul Feyerabend, Contre la méthode. Esquisse d'une théorie anarchiste de la connaissance (1975), chap. I et VI à XII, trad. Baudouin Jurdant et Agnès Schlumberger, Paris, Éditions du Seuil, 1979.
  31. ↑ Karl Popper, La Logique de la découverte scientifique, chap. I, section 9, éd. citée.
  32. ↑ Cour suprême des États-Unis, Daubert v. Merrell Dow Pharmaceuticals, Inc., 509 U.S. 579 (1993), partie II C, opinion du juge Blackmun, qui cite Karl Popper aux côtés de Carl Hempel.
  33. ↑ Larry Laudan, « Science at the Bar. Causes for Concern », Science, Technology, and Human Values, vol. 7, n° 41, 1982, p. 16-19, à propos du jugement McLean v. Arkansas Board of Education (1982).
  34. ↑ Larry Laudan, « The Demise of the Demarcation Problem », dans Robert S. Cohen et Larry Laudan (dir.), Physics, Philosophy and Psychoanalysis. Essays in Honor of Adolf Grünbaum, Dordrecht, D. Reidel, 1983, p. 111-127.
  35. ↑ Adolf Grünbaum, Les Fondements de la psychanalyse (1984), trad. Jean-Claude Dumoncel, Paris, Presses Universitaires de France, 1996.
  36. ↑ Karl Popper, La Quête inachevée, section 37, éd. citée.
  37. ↑ Karl Popper, « Natural Selection and the Emergence of Mind », Dialectica, vol. 32, n° 3-4, 1978, p. 339-355.
  38. ↑ George Ellis et Joe Silk, « Scientific Method: Defend the Integrity of Physics », Nature, vol. 516, 18 décembre 2014, p. 321-323 ; Richard Dawid, String Theory and the Scientific Method, Cambridge, Cambridge University Press, 2013.
  39. ↑ Karl Popper, La Société ouverte et ses ennemis, t. II, chap. 14, éd. citée ; repris dans Conjectures et réfutations, chap. IV, section VII, éd. citée.
  40. ↑ Xénophane, fragment B 34 (Diels-Kranz) ; traduit et commenté par Karl Popper dans Conjectures et réfutations, chap. V, éd. citée.
  41. ↑ Charles Sanders Peirce, Collected Papers of Charles Sanders Peirce, vol. I, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1931, §141-175, section intitulée « Fallibilism, Continuity, and Evolution ».
  42. ↑ Karl Popper, La Société ouverte et ses ennemis, t. II, chap. 24, éd. citée.
  43. ↑ Karl Popper, Misère de l'historicisme (1944-1945), trad. Hervé Rousseau, Paris, Plon, 1956 ; rééd. Presses Pocket, coll. « Agora », 1988.
  44. ↑ Karl Popper, La Société ouverte et ses ennemis, t. I, chap. 7, éd. citée.

Œuvres de Karl Popper

[modifier | modifier le wikicode]
  • Karl Popper, La Logique de la découverte scientifique (1934), traduction de Nicole Thyssen-Rutten et Philippe Devaux, préface de Jacques Monod, Paris, Payot, 1973.
  • Karl Popper, Misère de l'historicisme (1944-1945), traduction d'Hervé Rousseau, Paris, Plon, 1956 ; rééd. Presses Pocket, coll. « Agora », 1988.
  • Karl Popper, La Société ouverte et ses ennemis (1945), traduction de Jacqueline Bernard et Philippe Monod, Paris, Éditions du Seuil, 1979, 2 vol.
  • Karl Popper, Conjectures et réfutations. La croissance du savoir scientifique (1963), traduction de Michelle-Irène et Marc B. de Launay, Paris, Payot, 1985.
  • Karl Popper, La Connaissance objective (1972), traduction de Jean-Jacques Rosat, Paris, Aubier, 1991 ; rééd. Flammarion, coll. « Champs », 1998.
  • Karl Popper, La Quête inachevée (1974), traduction de Renée Bouveresse, Paris, Calmann-Lévy, 1981 ; rééd. Pocket, coll. « Agora », 1989.
  • Karl Popper, « Natural Selection and the Emergence of Mind », Dialectica, vol. 32, n° 3-4, 1978, p. 339-355.
  • Karl Popper, Le Réalisme et la science (1983), traduction d'Alain Boyer et Daniel Andler, Paris, Hermann, 1990.

Textes classiques du débat

[modifier | modifier le wikicode]
  • Claude Bernard, Introduction à l'étude de la médecine expérimentale (1865), Paris, Garnier-Flammarion, 1966.
  • Pierre Duhem, La Théorie physique. Son objet, sa structure (1906), Paris, Vrin, 2007.
  • Paul Feyerabend, Contre la méthode. Esquisse d'une théorie anarchiste de la connaissance (1975), traduction de Baudouin Jurdant et Agnès Schlumberger, Paris, Éditions du Seuil, 1979.
  • Adolf Grünbaum, Les Fondements de la psychanalyse (1984), traduction de Jean-Claude Dumoncel, Paris, Presses Universitaires de France, 1996.
  • Carl G. Hempel, Éléments d'épistémologie (1966), traduction de Bertrand Saint-Sernin, Paris, Armand Colin, 1972.
  • David Hume, Enquête sur l'entendement humain (1748), traduction d'André Leroy revue par Michelle Beyssade, Paris, Garnier-Flammarion, 1983.
  • Thomas S. Kuhn, La Structure des révolutions scientifiques (1962), traduction de Laure Meyer, Paris, Flammarion, coll. « Champs », 1983.
  • Imre Lakatos, Histoire et méthodologie des sciences. Programmes de recherche et reconstruction rationnelle, traduction sous la direction de Luce Giard, Paris, Presses Universitaires de France, 1994.
  • Imre Lakatos et Alan Musgrave (dir.), Criticism and the Growth of Knowledge, Cambridge, Cambridge University Press, 1970.
  • Henri Poincaré, La Science et l'Hypothèse (1902), Paris, Flammarion, coll. « Champs », 1968.
  • Willard Van Orman Quine, Du point de vue logique. Neuf essais logico-philosophiques (1953), traduction sous la direction de Sandra Laugier, Paris, Vrin, 2003.
  • Bertrand Russell, Les Problèmes de philosophie (1912), traduction de François Rivenc, Paris, Payot, 1989.
  • Jean Baudouin, Karl Popper, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », 1989.
  • Renée Bouveresse, Karl Popper ou le rationalisme critique, Paris, Vrin, 1981.
  • Alain Boyer, Introduction à la lecture de Karl Popper, Paris, Presses de l'École normale supérieure, 1994 ; rééd. Éditions Rue d'Ulm, 2017.
  • Alan F. Chalmers, Qu'est-ce que la science ? Popper, Kuhn, Lakatos, Feyerabend (1976), traduction de Michel Biezunski, Paris, La Découverte, 1987 ; rééd. Le Livre de Poche, coll. « Biblio essais », 1990.
  • Richard Dawid, String Theory and the Scientific Method, Cambridge, Cambridge University Press, 2013.
  • George Ellis et Joe Silk, « Scientific Method: Defend the Integrity of Physics », Nature, vol. 516, 18 décembre 2014, p. 321-323.
  • Malachi Haim Hacohen, Karl Popper. The Formative Years, 1902-1945, Cambridge, Cambridge University Press, 2000.
  • Herbert Keuth, The Philosophy of Karl Popper, Cambridge, Cambridge University Press, 2005.
  • Larry Laudan, « The Demise of the Demarcation Problem », dans Robert S. Cohen et Larry Laudan (dir.), Physics, Philosophy and Psychoanalysis. Essays in Honor of Adolf Grünbaum, Dordrecht, D. Reidel, 1983, p. 111-127.
  • Dominique Lecourt (dir.), Dictionnaire d'histoire et de philosophie des sciences, Paris, Presses Universitaires de France, 1999.
  • Deborah G. Mayo, Error and the Growth of Experimental Knowledge, Chicago, University of Chicago Press, 1996.
  • David Miller, Critical Rationalism. A Restatement and Defence, Chicago et La Salle, Open Court, 1994.
  • Elliott Sober, Evidence and Evolution. The Logic Behind the Science, Cambridge, Cambridge University Press, 2008.
  • Bas C. van Fraassen, The Scientific Image, Oxford, Clarendon Press, 1980.