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Dictionnaire de philosophie/Ghana

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— - La philosophie ghanéenne récente - —

La philosophie ghanéenne contemporaine constitue l'un des pôles les plus actifs et les plus influents de la philosophie africaine. Ancrée dans une longue tradition de réflexion critique qui remonte aux années 1940, elle continue de produire des contributions majeures aux débats philosophiques mondiaux tout en développant des approches conceptuelles distinctives. Ce panorama présente les principales figures, institutions, thèmes et orientations qui caractérisent la scène philosophique ghanéenne récente, en portant une attention particulière aux développements des deux dernières décennies.

Les héritiers d'une tradition philosophique établie

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La philosophie ghanéenne contemporaine ne peut être comprise sans référence aux figures majeures qui ont fondé ce que l’on appelle aujourd’hui la « tradition philosophique de Legon ». Cette tradition, née à l’Université du Ghana (campus de Legon), se caractérise par une approche systématique et résolument humaniste de la philosophie dans le contexte africain. Elle cherche à articuler des positions qui ne soient ni simplement modernes ni postmodernes, mais « trans-modernes », c’est-à-dire capables d’emprunter de manière sélective et critique à des courants de pensée variés[1]. Apparue dès les années 1940 et pleinement déployée après l’indépendance du Ghana en 1957, cette tradition intellectuelle a vu émerger plusieurs penseurs de stature internationale dont l’influence marque durablement la philosophie africaine et, au-delà, le débat philosophique mondial.

Kwasi Wiredu (1931-2022) : la décolonisation conceptuelle

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Kwasi Wiredu, décédé le 6 janvier 2022 à l’âge de 90 ans, est souvent considéré comme l’un des plus grands philosophes africains de sa génération[2][3]. Né à Kumasi en 1931 dans l’ancienne Gold Coast (actuel Ghana), il découvre la philosophie au collège Adisadel (1948-1952) en lisant Platon et Bertrand Russell[4]. Après un premier cycle à l’Université du Ghana, qu’il achève en 1958, il part étudier à University College, Oxford, où il prépare un B.Phil. sous la direction de Gilbert Ryle, avec P. F. Strawson comme tuteur de collège et Stuart Hampshire comme tuteur spécial[5]. Sa thèse, intitulée Knowledge, Truth and Reason, est achevée en 1960.

Cette formation au cœur de la philosophie analytique britannique marque profondément son style et ses préoccupations. Gilbert Ryle, auteur de The Concept of Mind (1949), dont les analyses ont remis en cause le dualisme cartésien, exerce sur lui une influence décisive. Strawson, futur titulaire de la chaire de philosophie métaphysique à Oxford, décrit ainsi son étudiant ghanéen : « Je le trouvais remarquable : réservé et digne dans ses manières, doté d’une réelle subtilité et d’une certaine profondeur de pensée »[6].

Après un bref passage au University College of North Staffordshire (aujourd’hui Université de Keele) en 1960-1961, Wiredu retourne au Ghana. Il y enseigne la philosophie à l’Université du Ghana pendant vingt-trois ans, y devient directeur de département puis professeur titulaire[7]. En 1987, il accepte un poste de professeur distingué de philosophie à l’Université de Floride du Sud, à Tampa, où il demeurera jusqu’à sa retraite en 2010[8]. Il est également professeur invité dans de nombreuses universités (UCLA, Ibadan, Richmond, Carleton College, Duke) et fellow au Woodrow Wilson International Center for Scholars et au National Humanities Center[9][10]. De 1983 à 1998, il siège au comité de direction de la Fédération internationale des sociétés philosophiques[11].

La contribution philosophique majeure de Wiredu se cristallise sous le concept de « décolonisation conceptuelle », introduit dans une conférence de 1980 intitulée « Teaching and Research in African Philosophy: Some Suggestions »[12]. Par cette expression, il entend un projet méthodique de réexamen critique des cadres conceptuels occidentaux adoptés sans discernement, afin de dégager et de revivifier les ressources des épistémologies africaines indigènes[13]. Il montre, par exemple, comment la simple traduction de notions occidentales de personne, de vérité ou de communauté dans les langues africaines, sans enquête préalable sur les catégories indigènes, engendre des confusions profondes. Dans son essai influent « Custom and Morality: A Comparative Analysis of Some African and Western Conceptions of Morals », il analyse minutieusement ces malentendus conceptuels nés de la transplantation non réfléchie d’idées occidentales dans un horizon Akan[14].

Wiredu estime que la philosophie africaine doit dépasser le stade de la simple mise en valeur des proverbes et de la « sagesse des anciens » pour se déployer dans les domaines formalisés de l’enquête philosophique : logique symbolique, philosophie des mathématiques, de la science, éthique normative, philosophie politique et sociale[15]. Mais cet exercice d’analyse rigoureuse doit, selon lui, être complété par ce qu’il nomme une approche « génétique », attentive aux conditions historiques, environnementales et culturelles qui ont donné naissance aux formes de pensée étudiées. Comprendre une conception Akan de la personne ou de la vérité, par exemple, implique d’en retracer la genèse dans des pratiques sociales, des institutions politiques et des systèmes de croyances déterminés[16].

Parmi ses thèmes de prédilection, les concepts de vérité et d’esprit dans la culture Akan d’Afrique de l’Ouest occupent une place centrale. Ses ouvrages majeurs, tels que Philosophy and an African Culture (Cambridge University Press, 1980), Person and Community: Ghanaian Philosophical Studies (coédité avec Kwame Gyekye, 1992) et Cultural Universals and Particulars: An African Perspective (Indiana University Press, 1996), ont profondément marqué la discipline[17]. En 2004, il édite A Companion to African Philosophy (Blackwell), qui devient un ouvrage de référence incontournable[18].

Wiredu a également développé une théorie de la « démocratie consensuelle » inspirée des pratiques politiques traditionnelles Akan. Il soutient que, dans de nombreuses sociétés africaines précoloniales — qu’elles soient centralisées (avec roi ou chef) ou plus décentralisées —, la délibération politique fonctionnait sur le mode du consensus. Les détenteurs de l’autorité ne gouvernaient pas dans un isolement souverain, mais au terme de consultations prolongées et de compromis[19]. Wiredu défend l’idée que : « la gouvernance consensuelle dans notre tradition était essentiellement démocratique ; que la forme majoritaire de démocratie observée dans les systèmes multipartites en Grande-Bretagne et aux États-Unis est radicalement antithétique à la fois à nos propres traditions de démocratie et aux complexités de notre situation contemporaine ; et que, bien que la base lignagère de nos systèmes politiques anciens ne puisse être réactivée telle quelle aujourd’hui, il demeure pratiquement envisageable de façonner une forme contemporaine de gouvernement non partisan fondée sur le principe du consensus »[20]. Cette réflexion a alimenté d’importants débats sur les modèles institutionnels adaptés aux sociétés postcoloniales africaines.

L’influence de Wiredu dépasse largement le cadre strict de la philosophie africaine. Nourri par Hume, Kant et Dewey, son travail se distingue par l’articulation originale d’une pensée africaine rigoureuse et des problématiques classiques de la philosophie analytique occidentale[21]. Avec Paulin J. Hountondji (Bénin), Henry Odera Oruka (Kenya) et Peter O. Bodunrin (Nigeria), il contribue à la constitution de l’« école universaliste » de la philosophie africaine, qui défend l’idée que la philosophie en Afrique doit satisfaire aux mêmes exigences argumentatives et méthodologiques que partout ailleurs[22].

Comme l’a souligné Joel Modiri, les écrits de Wiredu sur la pensée Akan et la décolonisation conceptuelle « nous ont mis au défi de résister toujours à l’assimilation non critique aux façons occidentales de penser »[23]. Kwame Anthony Appiah, romancier et philosophe, résume ainsi l’estime qu’il lui portait : « L’un des plus grands philosophes africains est mort. Si vous ne le connaissez pas, vous devriez. C’était un homme d’une incroyable décence ; je le sais parce qu’il fut mon premier directeur de département »[24]. La contribution de Wiredu à la philosophie africaine et mondiale demeure difficile à surestimer : sa notion de décolonisation conceptuelle continue d’inspirer plusieurs générations de chercheurs.

Kwame Gyekye (1939-2019) : communautarisme modéré et philosophie de la personne

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Kwame Gyekye (1939-2019) constitue l’autre grand pilier de la philosophie ghanéenne moderne. Ses travaux sur la conception Akan de la personne et de la communauté ont exercé une influence durable bien au-delà du seul champ de la philosophie africaine[25]. Formé à l’Université du Ghana, puis à l’étranger, Gyekye devient l’un des penseurs africains les plus respectés de sa génération.

Son ouvrage majeur, An Essay on African Philosophical Thought: The Akan Conceptual Scheme (1re éd. 1987, éd. révisée 1995), propose une analyse systématique de la métaphysique, de l’épistémologie et de l’éthique Akan[26]. Tradition and Modernity: Philosophical Reflections on the African Experience (1997) examine, quant à lui, les tensions et les possibilités de dialogue entre valeurs traditionnelles africaines et exigences de la modernité[27].

La contribution la plus discutée de Gyekye est sa théorie du « communautarisme modéré ». Il la fonde sur trois thèses principales : la nature sociale et rationnelle de l’individu, la reconnaissance de droits individuels irréductibles, et la suprématie morale de la communauté comme cadre d’épanouissement de la personne. La communauté joue un rôle constitutif dans la formation de la personnalité : l’être humain ne naît pas dans l’isolement, mais toujours déjà inséré dans un réseau de relations, ce qui atteste la dimension intrinsèquement relationnelle de la personne.

Le débat célèbre qui l’oppose à Ifeanyi Menkiti est devenu un point de référence incontournable. Menkiti, dans une perspective qualifiée de communautarisme radical, soutient que la communauté « confère » la personnalité à l’individu, de sorte que l’identité personnelle est dérivée et secondaire. Gyekye, au contraire, défend l’idée que la tradition africaine reconnaît une valeur intrinsèque à l’individu[28]. Il mobilise notamment le proverbe Akan « Tous les êtres humains sont des enfants de Dieu ; personne n’est enfant de la terre » (Nnipa nyinaa ye Onyame mma; obiara nni asase ba) pour montrer que la personne est conçue comme un être théomorphe, portant en elle un reflet du divin[29].

Le communautarisme modéré de Gyekye cherche ainsi à concilier droits individuels et responsabilités sociales, à équilibrer forces communautaires et autonomie personnelle. Les droits appartiennent, selon lui, « principalement et irréductiblement » à l’individu et sont le moyen par lequel celui-ci exprime ses talents, ses capacités et son identité. Mais ces droits ne sont pas absolus : ils peuvent être limités lorsqu’ils entrent en conflit avec des valeurs communautaires fondamentales telles que la paix, l’harmonie, la stabilité, la solidarité et les réciprocités mutuelles. C’est cette articulation délicate entre valeur de la communauté et dignité de l’individu qui a suscité un vaste débat.

Plusieurs critiques, comme J. O. Famakinwa, ont mis en doute le caractère véritablement « modéré » de cette position, estimant que l’écart avec le communautarisme radical n’est peut-être pas aussi prononcé que le suggère Gyekye[30]. D’autres auteurs ont relevé certaines tensions internes dans sa manière d’articuler les notions de personne, personnalité et communauté, créant un certain flou conceptuel[31]. Ces discussions témoignent toutefois de la fécondité de son projet et de l’importance de ses analyses pour les débats contemporains sur l’individualisme, le communautarisme et les droits humains.

Loin de se limiter à la philosophie politique et sociale, Gyekye a aussi œuvré dans d’autres domaines. Son livre Arabic Logic: Ibn al-Tayyib on Porphyry’s Eisagoge (1979) manifeste une solide compétence en philosophie médiévale islamique[32]. Dans Tradition and Modernity, il aborde encore des questions d’éthique appliquée, de corruption politique et de légitimité de l’autorité dans les contextes africains postcoloniaux[33].

Kwame Anthony Appiah : cosmopolitisme et identité globale

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Kwame Anthony Akroma-Ampim Kusi Appiah, né le 8 mai 1954 à Londres, incarne la dimension internationale et cosmopolite de la philosophie ghanéenne contemporaine[34]. Fils de Joseph Emmanuel Appiah (1918-1990), homme politique et avocat ghanéen, et de Peggy Appiah (née Cripps, 1921-2006), écrivaine britannique, il grandit entre l’Angleterre et le Ghana. Selon son propre témoignage, à vingt-et-un ans, il avait passé approximativement dix années au Ghana, dix en Angleterre, et une année entre la France, l’Allemagne, la Suisse et quelques autres pays[35]. Cette trajectoire biographique, marquée par la circulation et le croisement des cultures, façonne profondément sa vision du monde.

Ses parents, eux-mêmes cosmopolites, recevaient au Ghana des amis venus de tous les horizons. Des personnalités comme Vijaya Lakshmi Pandit (sœur de Jawaharlal Nehru), l’écrivain américain Richard Wright ou l’intellectuel caribéen C. L. R. James fréquentaient leur maison. L’université, dans le Ghana non aligné de l’époque, attirait des enseignants venus aussi bien de l’ancien bloc soviétique et de la Chine que de ce que l’on appelait alors « l’Occident »[36]. Cette immersion précoce dans un milieu véritablement transnational se prolonge dans l’histoire familiale récente : mariages et alliances lient sa famille à la Norvège, au Nigeria, à la Namibie, à la Russie et aux États-Unis[37].

Professeur de philosophie et de droit à l’Université de New York, Appiah a élaboré une philosophie du cosmopolitisme qui puise à la fois dans les traditions grecques antiques, africaines et afro-américaines[38]. Dans la préface de In My Father’s House (1992), il explique avoir reçu de son père le « défi » et le « don » d’attachements multiples : Asante, ghanéen, africain, chrétien, etc. Loin d’y voir une source de déchirement, il les considère comme une richesse et une « abondance » identitaire[39]. Cette position liminaire, entre plusieurs appartenances, se reflète dans une œuvre résolument interdisciplinaire, à la croisée de la philosophie, de la littérature, des études américaines et africaines, de l’histoire intellectuelle et des débats contemporains[40].

L’œuvre d’Appiah interroge les identités raciales, les normes éthiques et les frontières culturelles, en montrant comment se construisent, se figent ou se défont les identités de croyance, de couleur, de pays ou de classe[41]. Dans Cosmopolitanism: Ethics in a World of Strangers (2006), il défend l’idée que nos obligations morales dépassent de beaucoup le cercle étroit de la citoyenneté partagée et impliquent de prendre au sérieux les pratiques et croyances d’autrui, sans jamais perdre de vue la valeur inconditionnelle de la vie humaine[42][43].

S’inspirant des cyniques grecs du IVe siècle av. J.-C., premiers à formuler l’idéal d’une citoyenneté « mondiale », Appiah rappelle que le cosmopolitisme a soutenu certaines des grandes avancées morales des Lumières, comme la Déclaration des droits de l’homme de 1789 ou le projet kantien d’une « société des nations »[44]. Pour lui, le cosmopolitisme repose sur deux idées étroitement liées : d’une part, nous avons des obligations envers des personnes auxquelles nous ne sommes unis par aucun lien particulier (préoccupation universelle) ; d’autre part, nous devons respecter et honorer la diversité légitime des formes de vie humaines[45].

La métaphore centrale d’Appiah est celle de la conversation. Il conçoit le cosmopolitisme comme un processus de dialogue continu visant la compréhension mutuelle, refusant à la fois les tendances à l’universalisation forcée (contre-cosmopolitisme fondamentaliste) et un relativisme qui rendrait toute discussion vaine. « Si nous ne pouvons rien apprendre les uns des autres sur ce qu’il est juste de penser, de ressentir et de faire, alors la conversation entre nous sera sans intérêt », écrit-il, soulignant que la reconnaissance de la diversité ne doit pas conduire à l’abandon de toute prétention à la vérité ou à la critique[46].

Dans In My Father’s House: Africa in the Philosophy of Culture (1992), Appiah examine de façon critique les constructions de la « race » et du panafricanisme. Il montre comment certains intellectuels noirs de la diaspora ont, eux aussi, « inventé » une certaine Afrique pour répondre à leurs propres besoins politiques et symboliques[47]. Analysant la figure d’Alexander Crummell (1819-1898), il met en lumière les ambiguïtés d’un panafricanisme fondé sur l’idée d’une destinée commune des peuples d’Afrique, pensée sur le mode d’une appartenance raciale homogène[48].

Appiah distingue soigneusement le « racialisme » (croyance en l’existence de races naturelles dotées de traits partagés) du racisme proprement dit. Le racialisme n’est pas nécessairement agressif, bien qu’il repose sur des prémisses contestables ; il peut toutefois se muer en racisme selon les contextes. Appiah différencie ensuite un racisme extrinsèque, qui hiérarchise les groupes raciaux et leur attribue des capacités morales ou intellectuelles inégales, et un racisme intrinsèque, qui privilégie systématiquement les membres de son propre groupe racial pour la seule raison qu’ils lui appartiennent[49].

Lauréat en 2024 du prestigieux prix John W. Kluge, qui distingue des contributions majeures aux sciences humaines, Appiah incarne la reconnaissance internationale de la philosophie ghanéenne[50]. Son œuvre aborde, entre autres, l’histoire des révolutions morales (The Honor Code), la formation intellectuelle de W. E. B. Du Bois (Lines of Descent), les promesses et limites de l’« comme si » dans la pensée moderne (As If), ou encore les apports des neurosciences et de la psychologie cognitive à la compréhension de l’éthique de la vertu (Experiments in Ethics)[51]. Au fil de cette diversité thématique, un fil directeur se dessine : l’analyse des identités sociales et de leur déconstruction, sous l’angle de la philosophie morale et du raisonnement critique. Appiah place habituellement l’éthique avant la politique : pour lui, la réflexion politique doit se laisser guider par des exigences morales réfléchies[52].

L’héritage collectif et la transmission intergénérationnelle

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Ces trois figures majeures — Wiredu, Gyekye et Appiah — ont contribué ensemble à façonner ce que Martin Odei Ajei appelle la « tradition de Legon » en philosophie africaine. Plusieurs traits distinctifs caractérisent cette tradition et continuent d’influencer la philosophie ghanéenne contemporaine.

D’abord, elle se distingue par la rigueur analytique et la clarté conceptuelle, héritées pour partie de la formation de ces philosophes dans la tradition analytique britannique, tout en demeurant profondément enracinée dans les contextes culturels africains. Wiredu, formé à Oxford auprès de Ryle, Strawson et Hampshire, a intégré les méthodes d’analyse conceptuelle les plus exigeantes à une approche génétique des formes de pensée africaines[53]. Gyekye et Appiah, chacun à sa manière, ont également mis en œuvre des outils conceptuels sophistiqués pour traiter des questions ancrées dans les expériences africaines.

Ensuite, cette tradition se caractérise par un souci constant des questions pratiques de politique, d’éthique et de développement social. La théorie de la démocratie consensuelle de Wiredu répond à des interrogations concrètes sur les modèles de gouvernance adaptés aux sociétés africaines contemporaines[54]. Gyekye, en réfléchissant à la tension entre tradition et modernité, vise à éclairer les choix normatifs auxquels sont confrontées les sociétés africaines en mutation[55]. Appiah, en abordant les questions d’identité raciale et de cosmopolitisme, cherche à fournir des outils conceptuels pour orienter l’action dans un monde globalisé[56].

Par ailleurs, la tradition de Legon adopte une posture « trans-moderne » au sens proposé par Ajei : elle refuse de se laisser enfermer dans l’alternative simple entre modernité et postmodernité. Consciente du fait que les sociétés africaines ont été façonnées par des couches successives d’influences — précoloniales, coloniales, postcoloniales, modernes et « traditionnelles » —, elle considère que la tâche de la philosophie est moins de choisir entre ces héritages que de les articuler de façon critique et créative[57].

Enfin, cette tradition accorde une place centrale au projet de décolonisation intellectuelle — non pas sous la forme d’un rejet global de la pensée occidentale, mais comme examen attentif des cadres conceptuels hérités et redécouverte des ressources propres aux épistémologies africaines. Wiredu a donné l’impulsion initiale avec la notion de décolonisation conceptuelle[58]. Gyekye, en mettant en lumière la richesse du schème conceptuel Akan, a montré comment une tradition locale peut nourrir des débats philosophiques généraux[59]. Appiah, en déconstruisant les catégories de race et d’« identité africaine », a montré que la décolonisation passe aussi par une réflexion critique sur les images de l’Afrique produites par les Africains eux-mêmes et par la diaspora noire[60].

La transmission de cet héritage à la génération actuelle de philosophes ghanéens ne s’effectue pas de manière mécanique. Des penseurs comme Caesar Atuire, Martin Odei Ajei, Nancy Myles ou Richmond Kwesi, parmi d’autres, se situent dans le prolongement de cette tradition tout en la transformant. Ils étendent le champ des questions aux enjeux de la bioéthique globale, des technologies émergentes, du genre ou de la justice globale, tout en maintenant l’exigence d’une philosophie à la fois conceptuellement rigoureuse et contextuellement pertinente.

La tradition philosophique de Legon apparaît ainsi comme un héritage vivant, en constant remaniement, plutôt que comme un canon figé. Les œuvres de Wiredu, Gyekye et Appiah ont fourni les assises sur lesquelles la philosophie ghanéenne contemporaine continue de bâtir. Elles montrent qu’une tradition philosophique authentiquement africaine peut être à la fois profondément enracinée dans des contextes culturels particuliers et universellement signifiante, critique des héritages coloniaux et ouverte aux dialogues interculturels, rigoureuse dans ses méthodes et engagée face aux défis concrets de son temps.

Les figures contemporaines et leurs contributions

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La génération actuelle de philosophes ghanéens poursuit et enrichit l'héritage des pionniers comme Kwasi Wiredu, Kwame Gyekye et Kwame Anthony Appiah, tout en ouvrant de nouveaux chantiers de recherche qui témoignent d'une remarquable vitalité intellectuelle. Ces philosophes contribuent de manière significative aux débats philosophiques mondiaux tout en restant profondément ancrés dans les réalités et les préoccupations du continent africain.

Caesar Alimsinya Atuire : bioéthique africaine et solidarité globale

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Caesar Alimsinya Atuire, professeur de philosophie et d'éthique au département de philosophie et de classiques de l'Université du Ghana, s'est imposé comme l'une des voix majeures de la bioéthique africaine contemporaine[61]. Actuellement professeur d'éthique de la santé mondiale à l'Université d'Oxford, où il occupe le poste de responsable de l'éthique et de la gouvernance pour le MSc en médecine tropicale et santé internationale, et codirecteur associé d'Oxford Global Health, Atuire détient également un professorat adjoint en philosophie à l'Université du Ghana et est instructeur affilié au département de bioéthique et d'humanités de l'Université de Washington[62].

Son parcours intellectuel est singulier. Initialement formé en génie civil à l'Imperial College de Londres, il s'est ensuite orienté vers la philosophie et la théologie, obtenant un doctorat en philosophie et en éthique à Rome avec une thèse sur le suicide[63]. Cette formation interdisciplinaire a nourri une approche de la bioéthique qui intègre à la fois les dimensions conceptuelles et empiriques. Sur le plan conceptuel, Atuire travaille à revisiter les cadres conceptuels sous-jacents à la bioéthique en puisant dans des idées philosophiques africaines et non africaines qui abordent les inégalités dans les relations gouvernant les approches actuelles de la santé mondiale, avec un regard vers de nouvelles frontières éthiques, la décolonisation et la pluriversalité[64].

En 2019, Atuire a coédité avec d'autres chercheurs le volume Bioethics in Africa: Theories and Praxis (Vernon Press), qui présente des problèmes bioéthiques d'un point de vue africain[65]. Ce volume constitue une contribution majeure à la littérature bioéthique en offrant des perspectives africaines authentiques sur des questions qui sont souvent traitées exclusivement à partir de cadres conceptuels occidentaux. Ses recherches et publications apportent des voix et des perspectives africaines à la conversation sur la santé mondiale et les questions éthiques, et ses travaux ont été publiés dans des revues prestigieuses telles que The Lancet, BMJ Ethics, BMJ Global Health, The Hastings Center Report, Developing World Bioethics, Transcultural Psychiatry et le Journal of African Cultural Studies[66].

L'une des contributions les plus significatives d'Atuire à la philosophie contemporaine est son développement, en collaboration avec Nancy Jecker de l'Université de Washington, d'une approche de la justice en santé mondiale inspirée de l'éthique africaine de l'Ubuntu[67]. Dans leur article « Realizing Ubuntu in Global Health: An African Approach to Global Health Justice«  publié en 2022 dans Public Health Ethics, Atuire et Jecker articulent les exigences éthiques pour gouverner ce qu'ils appellent un « village de santé mondiale », en s'inspirant de l'éthique de l'Ubuntu pour formuler des conceptions africaines de la solidarité[68]. L'Ubuntu, souvent traduit par « humanité » ou « dignité humaine », englobe des dimensions à la fois ontologiques et normatives. Sur le plan ontologique, il est exprimé par des maximes telles que « une personne est une personne à travers d'autres personnes » (umuntu ngumuntu ngabantu) et « je suis parce que nous sommes », soulignant l'interdépendance humaine fondamentale[69]. Sur le plan normatif, l'Ubuntu prescrit une vie harmonieuse avec autrui, caractérisée par la sollicitude et l'attention mutuelles[70].

Cette conception a des implications profondes pour la manière dont nous conceptualisons les obligations morales dans un monde globalisé et interconnecté. Les travaux d'Atuire et de ses collaborateurs ont exploré l'application de l'Ubuntu à des questions concrètes de santé mondiale, telles que l'allocation des vaccins contre la COVID-19, la résistance aux antimicrobiens et l'accès aux soins de santé. Dans leur article « A Just Transition for Antimicrobial Resistance: Planning for an Equitable and Sustainable Future with Antimicrobial Resistance«  publié en 2024 dans The Lancet, ils examinent comment les réponses à la résistance aux antimicrobiens peuvent être mal adaptées aux contextes locaux, négliger les inégalités historiques ou écarter les systèmes de connaissances marginalisés[71]. Ils argumentent qu'une philosophie de l'Ubuntu révèle des formes d'injustice qui seraient autrement invisibles dans les cadres conceptuels occidentaux dominants.

Au niveau empirique, Atuire a conçu un programme de formation en éthique clinique pour les étudiants en soins infirmiers au Ghana basé sur des cas réels, a siégé dans des comités d'examen institutionnels (IRB), et a contribué à la conception et à l'enseignement du premier Master en bioéthique à l'Université du Ghana[72]. Il a dirigé des recherches empiriques sur les conceptualisations et l'éthique des soins de santé mentale, en particulier en relation avec les personnes qui détiennent des croyances culturelles et religieuses sur l'esprit[73]. Ces recherches abordent des questions complexes telles que la pratique de l'enchaînement de personnes atteintes de maladies mentales graves dans des camps de prière au Ghana, et les conflits entre groupes internationaux et guérisseurs religieux et spirituels concernant ces pratiques[74].

La reconnaissance internationale d'Atuire témoigne de l'influence de ses contributions. Il est actuellement président de l'Association internationale de bioéthique pour la période 2024-2026, membre du groupe de travail de l'OMS sur l'éthique et la gouvernance de la COVID-19, membre du comité de pilotage du Forum mondial sur la bioéthique dans la recherche, et membre principal du groupe de travail lié au CDC Afrique sur un cadre africain pour l'éthique de la recherche lors d'épidémies de maladies infectieuses émergentes et réémergentes[75]. Il dirige actuellement une équipe internationale dans le cadre d'une bourse Wellcome Discovery Award visant à explorer les conceptualisations de la solidarité et à concevoir un indice de solidarité pour classer les bailleurs de fonds en santé mondiale[76].

Au-delà de sa vie académique, Atuire dirige depuis 2003 une ONG, Amicus Onlus (www.amicusonlus.org), qui fournit des soins de santé aux communautés rurales de la région centrale du Ghana, offre une formation professionnelle aux jeunes marginalisés et aide les immigrants illégaux de retour d'Europe à se réinstaller au Ghana[77]. Cette dimension pratique de son engagement complète son engagement philosophique pour un monde plus éthique et démontre une cohérence entre sa pensée théorique et son action dans le monde.

Parmi ses publications récentes les plus importantes figurent : « Bioethics Must Consider War as a Public Health Crisis: Reply to Commentaries«  (2025), « Creating Different Global Health Futures: Mapping the Health Research Ecosystem and Taking Decolonial Action«  (2025), « Emergent Personhood: Reply to Critics«  (2025), « Can Solidarity in Global Health Curb the Next Outbreak? A Commentary on Mpox«  (2025), et « From Just Transitions to Just Transformations: Observations from Aotearoa New Zealand in Addressing the Human Wellbeing Impacts of Climate Change«  (2025)[78].

Martin Odei Ajei : philosophie politique africaine et théorie de la justice

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Martin Odei Ajei, professeur associé de philosophie à l'Université du Ghana, se distingue par ses travaux en philosophie africaine et en philosophie politique, avec un accent particulier sur les philosophies africaines de libération et les discours de justice mondiale[79]. Formé en philosophie à l'Université de Stockholm, à l'Université du Ghana et à l'Université d'Afrique du Sud, où il a obtenu son doctorat en 2006, Ajei a développé une approche philosophique qui s'enracine dans les traditions intellectuelles ghanéennes tout en s'engageant de manière critique avec la théorie politique contemporaine[80].

Sa thèse de doctorat, intitulée « Africa's Development: The Imperatives of Indigenous Knowledge and Values«  (2007), constitue une contribution majeure à la réflexion sur le développement africain, et a été citée plus de 77 fois, témoignant de son influence dans le domaine[81]. Dans cette œuvre, Ajei examine les systèmes de connaissances autochtones et la bonne gouvernance au Ghana, en prenant pour exemple la société Akan traditionnelle, et développe une critique des paradigmes de développement imposés de l'extérieur qui négligent les ressources intellectuelles et morales des sociétés africaines elles-mêmes[82].

L'une des contributions théoriques les plus importantes d'Ajei concerne la démocratie consensuelle de Kwasi Wiredu et ses perspectives de mise en pratique en Afrique. Dans son article « Kwasi Wiredu's Consensual Democracy: Prospects for Practice in Africa« , publié en 2016 dans le European Journal of Political Theory, Ajei examine de manière critique la viabilité pratique de cette conception de la démocratie qui repose sur le consensus plutôt que sur le principe majoritaire[83]. Cet article, cité plus de 30 fois, constitue une contribution significative au débat sur les formes appropriées de gouvernance démocratique en Afrique, un débat qui oppose ceux qui préconisent l'adoption de modèles de démocratie libérale occidentale et ceux qui cherchent à développer des modèles de gouvernance enracinés dans les traditions politiques africaines.

Ajei a également contribué de manière significative à la compréhension de la tradition philosophique ghanéenne elle-même. Dans son article « Trans-modernism and a Legon Tradition of African Philosophy« , publié en 2018 dans le Legon Journal of the Humanities, il trace les contours de ce qu'il appelle la « tradition de Legon » en philosophie africaine, identifiant les contributions de Kwasi Wiredu, William E. Abraham et Kwame Gyekye comme formant une approche cohérente et systématique de la philosophie dans le contexte africain[84]. Cette tradition, selon Ajei, se caractérise par une approche « trans-moderne » qui emprunte de manière sélective et critique aux différents courants de pensée sans être simplement moderne ni postmoderne, mais capable d'intégrer des éléments de modernisme tout en rejetant certaines caractéristiques postmodernistes[85].

Dans son chapitre « Toward a Tradition of Ghanaian Political Philosophy« , publié en 2019 dans The Oxford Handbook of Comparative Political Theory, Ajei élabore les perspectives normatives de Kwame Nkrumah, Kwasi Wiredu, William E. Abraham et Kwame Gyekye sur trois thèmes centraux : la pertinence de la tradition pour la modernité, la forme appropriée de démocratie comme moyen de légitimer le pouvoir politique en Afrique, et le statut relatif de la personne et de la communauté[86]. Cette contribution systématique à la philosophie politique ghanéenne démontre la richesse et la cohérence d'une tradition intellectuelle qui mérite une reconnaissance plus large dans les débats de philosophie politique comparative.

Ajei a également édité en 2016 le volume Disentangling Consciencism: Essays on Kwame Nkrumah's Philosophy (Lexington Books), avec une préface de Kwame Gyekye[87]. Ce volume, publié pour célébrer le cinquantième anniversaire de la publication du Consciencism de Nkrumah (1964), rassemble des essais de philosophes africains et internationaux qui examinent de manière critique les dimensions métaphysiques, éthiques et politiques de la pensée de Nkrumah. Dans son propre chapitre, « Justice and the Retrieval of the African Self: The Perspective of Consciencism« , Ajei développe l'idée de « self-retrievism » (l'auto-recouvrement) comme une vertu urgente pour les sociétés africaines contemporaines et comme condition nécessaire d'une conception souhaitable de la justice pour l'avenir africain[88].

Dans cet essai, Ajei soutient qu'une conception relationnelle de la justice, enracinée dans le cadre éthique africain traditionnel et dans la vision de la personne comme être intrinsèquement relationnel, diffère des théories prééminentes de la personne et de la société qui soutiennent la notion occidentale de justice[89]. Il défend la thèse que le « self-retrievism », un état particulier d'être qu'il définit comme la revendication d'une vision progressive et digne de l'africanité, est la vertu la plus urgente des institutions sociales africaines et une condition nécessaire pour une conception souhaitable de la justice pour l'avenir africain[90].

En 2018, Ajei a également publié un article important intitulé « Educating Africans: Perspectives of Ghanaian Philosophers«  dans la revue Phronimon, dans lequel il réfléchit aux principes fondamentaux et aux stratégies pour l'enseignement supérieur en Afrique[91]. Il y soutient que depuis le début des années 1940, les philosophes ghanéens ont avancé des perspectives sans ambiguïté sur la politique éducative en Afrique, bien que ces perspectives n'aient pas encore trouvé d'expression dans la formulation des politiques publiques[92]. Ajei plaide pour une approche « sankofaiste » de la conceptualisation de l'éducation, qui incorpore ces perspectives philosophiques ghanéennes. Le concept de Sankofa, symbolisé par l'oiseau Akan qui regarde en arrière tout en avançant, représente l'idée qu'il faut retourner chercher dans le passé ce qui est précieux pour construire l'avenir.

Ajei a également exploré des questions d'ontologie et de droits humains, notamment dans son article « Ontology and Human Rights«  publié en 2019 dans le South African Journal of Philosophy[93]. En collaboration avec d'autres chercheurs, il a travaillé sur les conceptualisations africaines du soi et de la conscience. Son article coécrit avec C. Grills, « African-Centered Conceptualizations of Self and Consciousness: The Akan Model« , publié par Sage Publications en 2002, explore comment le modèle Akan de la conscience et du soi diffère des conceptualisations occidentales et quelles implications ces différences ont pour la psychologie et la philosophie de l'esprit[94].

Plus récemment, Ajei a exploré la question du statut moral en s'inspirant des perspectives africaines. En collaboration avec Caesar Atuire et Nancy Jecker, il a publié en 2022 deux articles importants dans Philosophy & Technology : « The Moral Standing of Social Robots: Untapped Insights from Africa«  et « Two Steps Forward: An African Relational Account of Moral Standing« [95]. Dans ces articles, les auteurs argumentent que les conceptions africaines relationnelles de la personne offrent des insights précieux pour penser le statut moral des entités non-humaines comme les robots sociaux, démontrant ainsi comment les ressources conceptuelles de la philosophie africaine peuvent enrichir les débats philosophiques sur les technologies émergentes.

Nancy Oppongwaa Myles : personnisme et démocratie africaine

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Nancy Oppongwaa Myles, docteure en philosophie de l'Université d'Utrecht aux Pays-Bas, est coordinatrice de la pensée critique et du raisonnement pratique à l'Université du Ghana[96]. Ses recherches portent sur la philosophie sociale et politique, et elle travaille en particulier sur ce qu'elle appelle le « personisme » (personism), une position philosophique innovante qui cherche à dépasser le débat entre individualisme et communautarisme[97].

Dans son article séminal « 'The Individual' in the Individualism-Communitarianism Debate: In Defense of Personism« , publié en 2018 dans le Legon Journal of the Humanities, Myles défend une conception qui reconnaît à la fois la valeur intrinsèque de l'individu et l'importance des relations communautaires[98]. Cet article, qui a été cité au moins 16 fois et qui figure dans sa thèse de doctorat, constitue une contribution théorique majeure à la philosophie sociale africaine[99].

L'argument central de Myles est que le débat entre individualisme et communautarisme repose sur une confusion conceptuelle fondamentale : l'obfuscation du concept de « l'individu » (the individual) avec l'individualité des personnes. Adoptant principalement une approche analytique, son article apporte une clarification à la substance du débat en se concentrant sur la pensée communautarienne occidentale. Elle préconise de faire de « la personne » le centre d'attention car le « personisme » englobe nécessairement à la fois l'individualité et la communalité[100].

Selon Myles, le personisme conçoit l'individualité et la communalité comme des dispositions ou dimensions duales d'une seule entité — « la personne » — qui est naturellement et nécessairement à la fois individuelle et relationnelle, et interconnectée à différents niveaux avec d'autres personnes, tout cela simultanément[101]. Cette conception diffère des doctrines de l'individualisme et du communautarisme, qui toutes deux conçoivent « l'individu » comme une entité dont les droits doivent être accommodés et respectés, pour différentes raisons certes, par une supposée « communauté » ou « des communautés » pour certains, qui est une autre entité.

Pour Myles, la différence fondamentale réside dans le fait que si la communalité est conçue comme « la communauté », cela en fait une question de choix quant à savoir si les personnes voudraient appartenir à « la communauté ». Mais le personisme défend la thèse que la communalité, comme l'individualité, n'est pas optionnelle pour la personne. Autrement dit, pour la thèse personniste, la personne ne choisit pas d'être individuelle. Elle ne choisit pas non plus d'être communale (c'est-à-dire relationnelle). Elle est à la fois individuelle et communale en dehors de son choix[102]. Ce n'est donc pas une question de médiation entre deux entités distinctes pour donner lieu à des arguments libéralistes ou de « communautarisme modéré » tels que ceux avancés par le philosophe africain renommé Kwame Gyekye.

Myles critique la position de Gyekye, qui défend le « communautarisme modéré », en soutenant que cette position n'est pas aussi modérée que Gyekye le croit, et que l'écart supposé entre sa vision et la vision « communautarienne radicale » qu'il critique pourrait ne pas être aussi large qu'il le pense[103]. Le « communautarisme modéré » de Gyekye, selon Myles, exprime l'idée que bien que la société africaine soit de caractère communautarien, elle accorde également une certaine individualité et/ou des droits individuels. Mais la position de Gyekye a été critiquée pour son incohérence dans ses conceptions de « personne, personnalité et communauté » en raison de « difficultés existant dans les propres arguments de Gyekye », entraînant un manque de clarté[104].

Myles soutient également que l'argument du personisme est que l'individualité d'une personne n'est pas seulement inaccessible et non transférable aux autres ; elle est en fait inaliénable. Pas même la personne elle-même ne peut nier ou se défaire de son individualité comprise dans ce sens puisque toute tentative de suppression de son individualité serait elle-même l'expression même de cette individualité[105]. Pourtant, le personisme insiste sur le fait que la force de la communalité ou relationnalité naturelle et nécessaire d'une personne ne peut pas non plus être minimisée : d'abord avec elle-même ; ensuite avec les « autres significatifs » immédiats tels que la famille, la « communauté communautarienne » et ses systèmes, structures, langue, histoire, culture et formes de vie particulières essentielles qui contribuent à former son identité ; mais ensuite aussi avec le monde extérieur et plusieurs autres de différentes manières dont certaines pourraient être distantes et pourtant très significatives[106].

Myles s'intéresse également aux questions de démocratie en Afrique et plaide pour un retour critique aux principes d'humanisme, de communalité et de recherche du consensus qui ont évolué dans le contexte africain traditionnel[107]. Dans son article « Remembering Democracy: A Reflection on an African Tradition«  publié en 2022, elle examine le système socio-politique africain traditionnel en contraste avec l'héritage colonial de la démocratie comme système de gouvernance et prescrit la décolonisation conceptuelle comme réponse aux nombreux défis variés de la politique en Afrique aujourd'hui[108]. Elle soutient qu'un tel retour critique rendrait la pratique de la démocratie meilleure en Afrique contemporaine, compte tenu de son caractère multinational et de l'histoire de l'impact colonial prolongé[109].

Myles a également coécrit avec Martin Ajei un chapitre sur la personnalité, l'autonomie et le consentement éclairé dans le volume Bioethics in Africa, explorant comment les conceptions africaines de la personne affectent la compréhension de l'autonomie individuelle dans les contextes médicaux[110]. Cette contribution démontre la pertinence des réflexions philosophiques sur la personne pour des questions pratiques de bioéthique et d'éthique médicale.

Richmond Kwesi : philosophie du langage et démocratie consensuelle

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Richmond Kwesi, maître de conférences et responsable du bureau des cours connexes de l'Université du Ghana (UGRCs), a obtenu son doctorat en 2017 à l'Université du Cap en Afrique du Sud[111]. Ses intérêts de recherche se situent en philosophie analytique, en philosophie du langage et en pensée philosophique africaine traditionnelle. Ses publications en philosophie du langage portent sur la métaphore, la vérité et l'assertion, tandis qu'en philosophie africaine il a publié sur la démocratie consensuelle, l'empiricalisme de Kwasi Wiredu et le Consciencisme de Kwame Nkrumah[112].

Lauréat du prix d'essai Kwasi Wiredu sur l'épistémologie et la métaphysique africaines financé par la Carnegie Corporation à l'Université de Dar es Salaam en 2019, Kwesi a également reçu une bourse de deux ans de la Fondation Andrew Mellon (2018-2020) pour ses recherches sur la démocratie consensuelle[113]. Il a récemment édité un numéro spécial sur la démocratie consensuelle africaine pour la revue The Philosophical Forum, publié par Wiley-Blackwell, rassemblant diverses perspectives sur ce thème central de la philosophie politique africaine[114].

Ses articles récents incluent « The Will to Consensus«  (2024) et « People and Power in an African Consensual Democracy«  (2021), qui explorent les dimensions théoriques et pratiques de la démocratie consensuelle dans le contexte africain[115]. Ces travaux s'inscrivent dans la continuation et l'approfondissement des idées de Kwasi Wiredu sur la démocratie consensuelle, qui repose sur la pratique traditionnelle Akan et argumente que le consensus était plus fidèle à l'esprit démocratique que le vote majoritaire.

Kwesi a également contribué au volume Disentangling Consciencism: Essays on Kwame Nkrumah's Philosophy édité par Martin Odei Ajei, avec un chapitre intitulé « The Logic of Consciencism« , dans lequel il examine la structure logique de l'argumentation de Nkrumah[116].

Dans ses travaux sur la philosophie du langage, Kwesi adopte une approche analytique rigoureuse. Ses publications incluent des articles critiquant l'argument phénoménologique de Davidson contre les prétentions cognitives de la métaphore, ainsi que des explorations de l'articulation inférentielle des assertions métaphoriques. Ces travaux en philosophie du langage s'inscrivent dans la tradition analytique tout en restant attentifs aux questions spécifiquement africaines et démontrent la capacité des philosophes ghanéens à contribuer aux débats techniques en philosophie analytique contemporaine.

Kwesi a également bénéficié d'une bourse Bechs-Africa à l'Université américaine du Caire et du programme Erasmus+ de mobilité du personnel à l'Université d'Utrecht[117]. Ces expériences internationales enrichissent sa recherche philosophique en l'exposant à différentes approches et en créant des opportunités de collaboration interdisciplinaire et interculturelle.

Hasskei Mohammed Majeed : philosophie de l'esprit africaine

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Hasskei Mohammed Majeed, chercheur à l'Université du Ghana, se distingue par ses travaux en philosophie de l'esprit africaine et en philosophie de la religion[118]. Il a consacré plusieurs études à la question de la réincarnation dans la philosophie africaine, explorant notamment les conceptions Akan de la personne et leur rapport aux questions vie-mort. Son article « The Nexus between Person, Personhood, and Community in Kwame Gyekye's Philosophy«  examine les relations conceptuelles entre ces notions dans la pensée de Gyekye[119].

Majeed a également publié sur le communautarisme modéré, répondant aux critiques formulées par divers auteurs, et sur la rationalité de la religion traditionnelle Akan. Ses recherches plus récentes portent sur le mal, la mort et certaines conceptions africaines de Dieu. Majeed a travaillé sur les questions d'ontologie et d'épistémologie dans la pensée Akan, notamment sur la question du « paranormal » et sur la rationalité de la religion traditionnelle africaine.

Dans son article « Reincarnation: A Question in the African Philosophy of Mind«  (2017), il examine comment la croyance en la réincarnation soulève des questions fondamentales sur l'identité personnelle, la continuité du soi et la nature de la conscience. Majeed a également critiqué ce qu'il appelle le « quasi-physicalisme » dans la philosophie Akan, remettant en question les interprétations qui tentent de réduire les concepts spirituels Akan à des phénomènes purement matériels. Ses travaux explorent les composantes de la personne dans la pensée Akan, notamment le concept de sunsum (esprit), et leur relation avec les questions de destinée, de libre arbitre et de responsabilité morale.

Husein Inusah : décolonisation épistémique

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Husein Inusah, professeur associé à l'Université de Cape Coast, travaille sur l'épistémologie, la pensée critique, la philosophie des sciences et la philosophie de l'esprit[120]. Son travail se concentre notamment sur la décolonisation épistémique dans l'enseignement supérieur africain. Dans son article « Epistemic Decolonisation in African Higher Education: Beyond Current Curricular and Pedagogical Reformation«  publié en 2023, il va au-delà des réformes curriculaires et pédagogiques actuelles pour proposer une véritable transformation épistémique.

Inusah a également exploré les vertus intellectuelles de la sagesse autochtone africaine à travers les proverbes Akan, ainsi que la question de la relativité épistémique en philosophie africaine. Son article « Who is Afraid of Epistemic Relativism? Disentangling African Philosophy from the 'Universalist' Entrapment«  cherche à libérer la philosophie africaine du piège universaliste. Il s'intéresse également à l'infinitisme en épistémologie et a publié plusieurs articles sur la démocratie consensuelle de Wiredu et la rationalité consensuelle.

Inusah souligne que la décolonisation épistémique dans l'enseignement supérieur africain nécessite des transformations qui vont au-delà des simples réformes curriculaires et pédagogiques. Il s'agit de repenser fondamentalement les structures de production et de validation des connaissances, ainsi que les rapports de pouvoir qui sous-tendent ces structures.

Stephen Nkansah Morgan : éthique et technologies émergentes

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Stephen Nkansah Morgan explore les intersections entre l'éthique africaine et les nouvelles technologies. Dans son article « African Ethics and Online Communities: An Argument for a Virtual Communitarianism«  publié en 2021, il propose d'appliquer les principes communautariens africains aux communautés en ligne[121]. Il a également travaillé sur les technologies de reproduction assistée et l'éthique Akan autochtone, examinant de manière critique les implications éthiques de ces technologies dans le contexte africain.

Morgan démontre que la philosophie africaine n'est pas simplement tournée vers le passé ou préoccupée uniquement par les questions traditionnelles, mais qu'elle s'engage activement avec les défis éthiques les plus contemporains. Ses recherches suggèrent que l'éthique africaine peut offrir des ressources précieuses pour penser les relations sociales dans l'espace virtuel et pour aborder les questions éthiques soulevées par les technologies de la reproduction.

Les figures contemporaines de la philosophie ghanéenne présentées ici — Caesar Atuire, Martin Ajei, Nancy Myles, Richmond Kwesi, Hasskei Mohammed Majeed, Husein Inusah et Stephen Nkansah Morgan — témoignent de la vitalité et de la diversité de la pensée philosophique au Ghana aujourd'hui. Leurs contributions couvrent un large éventail de domaines, de la bioéthique à la philosophie politique, de la philosophie du langage à l'épistémologie, de la philosophie de l'esprit à l'éthique des technologies émergentes.

Ces philosophes partagent plusieurs caractéristiques communes. Premièrement, ils sont tous profondément ancrés dans les traditions philosophiques ghanéennes et africaines tout en s'engageant de manière critique avec les débats philosophiques mondiaux. Deuxièmement, ils démontrent une rigueur académique exceptionnelle et une maîtrise des méthodes philosophiques contemporaines, qu'elles soient analytiques, phénoménologiques ou critiques. Troisièmement, ils manifestent un engagement profond avec les questions sociales et politiques contemporaines, refusant de séparer la philosophie théorique de ses implications pratiques pour les sociétés africaines.

Leurs travaux illustrent également la capacité de la philosophie ghanéenne à contribuer de manière significative aux conversations philosophiques mondiales tout en restant pertinente pour les contextes africains. Que ce soit dans le développement d'une bioéthique africaine basée sur l'Ubuntu, dans l'articulation d'une théorie du personisme qui transcende le débat individualisme-communautarisme, dans l'exploration de la démocratie consensuelle comme alternative viable aux modèles de démocratie libérale, ou dans l'application de l'éthique africaine aux technologies émergentes, ces philosophes démontrent que la philosophie africaine n'est pas simplement une variation régionale de la philosophie occidentale, mais une tradition intellectuelle autonome avec ses propres questions, méthodes et insights.

Les institutions et structures de recherche

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L'Université du Ghana à Legon : le centre névralgique de la philosophie ghanéenne

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L'Université du Ghana à Legon constitue le centre névralgique de la philosophie ghanéenne contemporaine. Fondée en 1948, l'université a développé depuis plus de sept décennies une tradition philosophique dynamique et internationalement reconnue.

Le département de philosophie et de classiques

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Le département de philosophie et de classiques, fondé en 1963, offre des programmes de premier cycle (B.A. Philosophy & Classics) et de cycles supérieurs (Master et PhD)[122]. Le département constitue l'un des plus anciens centres d'enseignement et de recherche en philosophie d'Afrique subsaharienne. Depuis sa création, il a produit plusieurs générations de philosophes qui ont marqué le paysage intellectuel africain et mondial.

La philosophie y est définie comme l'amour de la sagesse, permettant de développer une attitude réflexive et critique envers la vie en façonnant notre vision du monde et nos relations avec les autres, tout en nous fournissant des raisons adéquates pour soutenir nos opinions, jugements et décisions[123]. La philosophie est également présentée comme une méthode interdisciplinaire permettant de produire des connaissances et la vérité dans tous les domaines d'étude en examinant de manière critique le sens et la clarté des concepts, la valeur probante des preuves ou informations, l'adéquation logique des hypothèses et des inférences, ainsi que les méthodes d'investigation.

Le département emploie plusieurs enseignants-chercheurs de renommée internationale. Parmi les membres actuels ou récents du département figurent Martin Odei Ajei (professeur associé), Emmanuel Ifeanyi Ani (maître de conférences), Caesar Alimsinya Atuire (professeur adjoint), Richmond Kwesi (maître de conférences), et Hasskei Mohammed Majeed (maître de conférences)[124].

Le département organise régulièrement des conférences internationales et des séminaires. En 2025, il a co-organisé avec l'Association Classique du Ghana la première conférence internationale des étudiants diplômés sur les classiques et la philosophie, avec le soutien de la Princeton Africa World Initiative et de la Faculté des Classiques de l'Université de Cambridge[125].

Dans les années 2000, le département a honoré ses figures fondatrices. En 2007, il a organisé une cérémonie en l'honneur du professeur Kwame Gyekye pour célébrer le 40e anniversaire de son doctorat de Harvard et ses 40 années de service au département et à l'Université du Ghana[126]. La citation soulignait que Gyekye n'était pas seulement un érudit et philosophe, mais également un enseignant, ami, mari, père et grand-père, et saluait ses contributions exceptionnelles à l'étude de la philosophie qui ont tracé un chemin pour les générations futures d'étudiants et d'universitaires. Au cours de ses quatre décennies de service à l'université, Gyekye a occupé plusieurs postes administratifs importants, notamment Vice Master de l'Akuafo Hall, directeur du département de philosophie, doyen de la Faculté des arts, doyen de l'École de recherche et des études supérieures, ainsi que président de plusieurs conseils d'administration.

L'Institute of African Studies (IAS)

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L'Institute of African Studies de l'Université du Ghana, établi en 1961 et formellement inauguré en octobre 1963 par le premier président du Ghana, Kwame Nkrumah, constitue un autre pilier institutionnel majeur pour la philosophie ghanéenne[127][128]. Le mandat de l'institut est de mener des recherches et un enseignement sur les peuples et le patrimoine culturel de l'Afrique et de diffuser les résultats. L'institut a toujours mis l'accent sur la publication et l'enseignement, particulièrement au niveau postdoctoral.

Lors de son discours inaugural d'ouverture de l'institut, Kwame Nkrumah a posé un ensemble de questions fondamentales qui encapsulent l'histoire, la vision et la mission de l'institut, ainsi que le besoin d'embrasser l'érudition humaniste via la décolonisation de l'éducation : « Quel type d'Institut d'études africaines le Ghana veut-il et dont il a besoin ? De quelle manière le Ghana peut-il apporter sa propre contribution spécifique à l'avancement des connaissances sur les peuples et les cultures d'Afrique à travers l'histoire passée et à travers les problèmes contemporains ? Pour quel type de service préparons-nous les étudiants de cet Institut et de nos Universités ? Sommes-nous sûrs d'avoir établi ici la meilleure relation possible entre enseignants et étudiants ? Dans quelle mesure nos universités sont-elles identifiées aux aspirations du Ghana et de l'Afrique ? »[129].

Nkrumah a souligné la nécessité d'une réinterprétation et d'une nouvelle évaluation des facteurs qui constituent le passé africain. Il a reconnu franchement que les études africaines, sous la forme qu'elles ont été développées dans les universités et centres d'apprentissage en Occident, ont été largement influencées par les concepts des « études coloniales » à l'ancienne, et restent encore, dans une certaine mesure, sous l'ombre des idéologies et de la mentalité coloniales. « Une fonction essentielle de cet Institut doit sûrement être d'étudier l'histoire, la culture et les institutions, les langues et les arts du Ghana et de l'Afrique de nouvelles manières centrées sur l'Afrique — en toute liberté par rapport aux propositions et présuppositions de l'époque coloniale, et des distorsions de ces professeurs et chargés de cours qui continuent à faire des études européennes sur l'Afrique la base de cette nouvelle évaluation »[130].

La section Religions et Philosophie de l'institut mène des recherches et enseigne les dynamiques des cultures et philosophies religieuses autochtones en Afrique[131]. Elle examine comment ces religions affectent la société et comment elles sont affectées par elle. La section étudie le changement religieux en se concentrant sur l'émergence de religions étrangères telles que l'Islam et le christianisme et leurs modes de diffusion et d'appropriation en Afrique. Elle examine également comment l'Islam, le christianisme dominant et ses ramifications — notamment les Nouveaux Mouvements Religieux (Églises indépendantes africaines, églises pentecôtistes et charismatiques) — impactent les religions et cultures autochtones et vice versa, délimitant les conflits et la coexistence des religions et cultures dans l'Afrique contemporaine.

La section examine aussi la religion et la philosophie en relation avec des questions telles que la culture, le développement, la politique, le genre, l'éthique, la santé, la guérison et la médecine. En tant que section multidisciplinaire, ses approches reflètent l'expertise de son corps professoral, notamment sociologique, anthropologique, philosophique et théologique. Parmi les cours actuellement offerts dans la section pour les étudiants de troisième cycle figurent : Religion traditionnelle africaine, Islam et christianisme en Afrique, Fondements de la pensée africaine, et Religion et politique en Afrique. La section est également impliquée dans l'enseignement de certains cours au niveau du premier cycle, notamment : Culture et développement, Culture populaire africaine : festivals traditionnels et cérémonies funéraires, et Philosophie dans les cultures africaines.

En février 2025, l'Institute of African Studies, en collaboration avec le département de philosophie et de classiques, a organisé une conférence publique sur le thème « Redéfinir une tradition philosophique à partir de l'expérience africaine », donnée par le professeur Elvis Imafidon de la School of Oriental and African Studies (SOAS) de l'Université de Londres[132]. Le professeur Imafidon, spécialiste reconnu de la philosophie africaine et président du Centre for Global and Comparative Philosophies à SOAS, a remis en question de manière critique le récit occidental dominant de la philosophie comme étant enracinée dans la textualité et l'auteur individuel. Ces caractéristiques, a-t-il soutenu, ont été injustement utilisées pour exclure les systèmes de pensée africains — en particulier ceux qui existaient avant le milieu du XXe siècle — d'être reconnus comme philosophie légitime. Il a proposé un cadre alternatif qui redéfinit une tradition philosophique comme un héritage cohérent ancré dans le sens fondamental de la philosophie — l'amour et la recherche de la sagesse — en soulignant que la philosophie africaine a toujours existé, soutenue par des efforts individuels et collectifs à travers les générations.

L'institut abrite également plusieurs unités et installations importantes, notamment le Ghana Dance Ensemble (la compagnie nationale de danse originale), l'unité des publications, les archives J.H. Kwabena Nketia, une bibliothèque spécialisée, une section audiovisuelle avec plus de 3 000 enregistrements discographiques et vidéo et plus de 8 000 photographies, ainsi qu'un musée avec diverses collections incluant des poids d'or Asante[133].

Le Maria Sibylla Merian Institute for Advanced Studies in Africa (MIASA)

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Le Maria Sibylla Merian Institute for Advanced Studies in Africa (MIASA), créé en 2018 au Collège des sciences humaines de l'Université du Ghana, campus de Legon, constitue une infrastructure de recherche récente mais importante pour la philosophie ghanéenne[134]. MIASA est basé sur une collaboration entre l'Université du Ghana et un consortium de partenaires allemands — l'Université de Fribourg, l'Université Goethe de Francfort, le German Institute for Global and Area Studies (GIGA) et le German Historical Institute Paris (DHIP). L'institut est financé par le ministère fédéral allemand de l'Éducation et de la Recherche (BMBF), avec un cofinancement de l'Université du Ghana.

MIASA est dédié au thème de la « gouvernance durable », définie comme l'interaction des règles informelles et formelles pour diriger les affaires publiques, intégrées dans des pratiques sociales, matérielles et culturelles historiquement contextualisées de la vie quotidienne[135]. Les trois axes de recherche de MIASA sont : la transformation environnementale durable, la gestion durable des conflits et la démocratie durable. L'institut couvre également des thèmes transversaux tels que la propriété et l'acquisition foncière, la migration et la mobilité, la restitution d'objets culturels acquis colonialement, les villes africaines et les droits humains.

MIASA offre des bourses pour les chercheurs postdoctoraux seniors et juniors en sciences humaines et sociales. Les objectifs généraux de MIASA sont de travailler à la réduction des asymétries mondiales dans la production de connaissances et de combler le fossé culturel entre l'Afrique anglophone et francophone. MIASA sert de hub pour l'échange, le réseautage et la collaboration entre chercheurs de premier plan du Ghana, d'Allemagne, des continents africain et européen et au-delà.

Outre son programme de bourses, MIASA organise un large éventail d'événements, notamment des conférences thématiques (au Ghana et dans d'autres pays africains), des conférences politiques, la conférence annuelle Anton Wilhelm Amo, ainsi que des ateliers pour les chercheurs en début de carrière d'Afrique tels que des ateliers d'écriture, des ateliers de publication et des ateliers sur les carrières universitaires féminines en Afrique. Les résultats clés de la recherche de MIASA sont publiés dans la série de documents de travail de l'institut (disponible sur UGSpace), sur le blog académique de MIASA et sous forme d'articles externes dans des revues et livres évalués par des pairs.

MIASA a introduit en 2021 la conférence annuelle Anton Wilhelm Amo à l'Université du Ghana, en l'honneur du philosophe africain du XVIIIe siècle[136]. La conférence sert l'un des objectifs clés de MIASA : contribuer à la décolonisation de la production de connaissances et à la justice épistémique. Pour les besoins de la conférence Anton Wilhelm Amo, MIASA collabore avec le département de philosophie et de classiques et l'Institute of African Studies de l'Université du Ghana. En tant qu'événement majeur de l'Université du Ghana, la conférence se tient au Great Hall du campus de Legon et est ouverte par une performance du Ghana Dance Ensemble.

La première conférence Amo en 2021 a coïncidé avec le dévoilement de la plaque Anton Wilhelm Amo rénovée au département de philosophie et de classiques, qui avait été initialement offerte par l'Université de Halle dans les années 1970, l'alma mater d'Amo. En 2021, le professeur J. Obi Oguejiofor (Université Nnamdi Azikiwe) a présenté « The Significance of Anton Wilhelm Amo in Contemporary African Philosophy », qui a réfléchi sur l'histoire de la vie d'Amo et la perception de sa philosophie en Afrique de l'Ouest. En 2022, la professeure Sylvia Tamale (Université Makerere) a demandé dans sa conférence « Decolonising Knowledge Production in Africa » de repenser les pratiques de production de connaissances héritées sans critique, de contourner les gardiens intellectuels et de démocratiser l'espace épistémique. En 2023, le professeur Felwine Sarr (Université Duke) a abordé la question de « Building African Ecologies of Knowledge », invitant le public à apprécier la pluralité des connaissances qui vont au-delà d'une idée occidentale de ce qui est perçu comme connaissance ou non.

L'Université de Cape Coast

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L'Université de Cape Coast constitue un autre pôle important pour la philosophie au Ghana, avec son département de classiques et philosophie. L'université a produit plusieurs philosophes influents, dont Husein Inusah, professeur associé qui travaille sur l'épistémologie, la pensée critique, la philosophie des sciences et la philosophie de l'esprit, avec un accent particulier sur la décolonisation épistémique dans l'enseignement supérieur africain.

Les réseaux et collaborations internationales

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Les institutions philosophiques ghanéennes sont intégrées dans des réseaux internationaux de recherche et entretiennent des relations avec de nombreuses universités internationales. Les philosophes ghanéens participent régulièrement à des conférences internationales et occupent des postes dans des universités étrangères. Par exemple, Caesar Atuire est professeur d'éthique de la santé mondiale à l'Université d'Oxford tout en maintenant sa position à l'Université du Ghana. Kwame Anthony Appiah est professeur de philosophie et de droit à l'Université de New York. Martin Odei Ajei a été chercheur au Neubauer Collegium de l'Université de Chicago.

Ces collaborations internationales enrichissent la philosophie ghanéenne en l'exposant à différentes approches et en créant des opportunités de dialogue interculturel et interdisciplinaire. Elles contribuent également à accroître la visibilité internationale de la philosophie ghanéenne et à assurer que les perspectives ghanéennes et africaines sont représentées dans les débats philosophiques mondiaux.

Les défis institutionnels

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Malgré ces infrastructures impressionnantes, la philosophie ghanéenne fait face à plusieurs défis institutionnels. L'un des principaux défis concerne le financement de la recherche et le soutien institutionnel pour les jeunes chercheurs. Un autre défi majeur est la nécessité de renforcer les liens entre la recherche philosophique et les politiques publiques. Comme l'a souligné Martin Odei Ajei, depuis les années 1940, les philosophes ghanéens ont avancé des perspectives sans ambiguïté sur la politique éducative en Afrique, mais ces perspectives n'ont pas encore trouvé d'expression dans la formulation des politiques publiques[137].

La question de la décolonisation de l'enseignement et de la production de connaissances reste également un chantier ouvert, nécessitant une transformation qui va au-delà des simples réformes curriculaires et pédagogiques pour repenser fondamentalement les structures de production et de validation des connaissances.

Les revues et plateformes de publication

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La philosophie ghanéenne dispose d'une infrastructure éditoriale dynamique comprenant des revues nationales de grande qualité et une présence croissante dans les publications internationales. Cette infrastructure permet la dissémination de la recherche philosophique et contribue au rayonnement de la pensée ghanéenne dans les débats académiques mondiaux.

Le Legon Journal of the Humanities (LJH)

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Le Legon Journal of the Humanities (LJH) constitue la plateforme de publication la plus importante pour la philosophie ghanéenne. Fondé en 1974, le LJH est une publication internationale à comité de lecture du Collège des sciences humaines de l'Université du Ghana[138][139]. Le journal publie des articles de recherche originaux examinant les aspects culturels, historiques, philosophiques, linguistiques et créatifs de l'expérience humaine, avec un accent particulier sur les perspectives africaines.

Le LJH accueille des approches interdisciplinaires de chercheurs établis et émergents du monde entier, publiant des articles de recherche, des critiques de livres et de films, ainsi que des entretiens[140]. Le journal est publié en ligne deux fois par an en tant que revue en libre accès en anglais et est indexé dans le Directory of Open Access Journals (DOAJ)[141]. Il présente occasionnellement des numéros thématiques coordonnés par des éditeurs invités, annoncés par des appels à contributions dans un numéro précédent du journal et/ou via des listes de diffusion.

Le journal porte l'ISSN en ligne 2458-746X et l'ISSN imprimé 0855-1510. Il est disponible en texte intégral sur African Journals Online (AJOL) depuis 2008 (volume 19) et sur JSTOR depuis 2011 (volume 22)[142]. La revue fonctionne selon un modèle « diamant » sans frais de publication pour les auteurs (pas d'article processing charges ou APCs)[143].

Le LJH est consacré à l'étude des sciences humaines, conceptualisées de manière large pour couvrir non seulement les arts et les langues, mais également les disciplines des sciences sociales telles que les études culturelles, la géographie humaine, les affaires internationales, les études de gestion, les sciences politiques, la psychologie et la sociologie[144]. Cette approche interdisciplinaire permet au journal de servir de plateforme pour des méthodologies innovantes et des analyses critiques qui enrichissent le discours académique tout en abordant les complexités de l'expression humaine et de la production culturelle en Afrique et au-delà.

L'éditrice en chef actuelle est la professeure associée Benedicta A. Lomotey. Le processus d'examen par les pairs est une double évaluation à l'aveugle, et le délai moyen de la soumission à la publication est de 24 semaines[145]. Tous les manuscrits doivent être soumis via le portail de soumission du LJH sur le système de gestion des revues de l'Université du Ghana[146].

Le LJH dispose d'un processus de présélection interne où tout manuscrit soumis est d'abord examiné par l'équipe éditoriale. Si la soumission n'est pas adaptée à la revue, elle peut être rejetée à ce stade et ne passera pas à l'étape d'examen par les pairs. L'auteur peut recevoir des commentaires sur les publications qui pourraient être mieux adaptées et quelques commentaires initiaux pour améliorer la qualité du manuscrit. D'autres détails pris en compte lors du présélection initiale incluent l'utilisation correcte de la langue, l'évitement du plagiat et la conformité aux directives pour les auteurs du LJH.

Le numéro actuel (Volume 36, numéro 1, 2025) a été produit avec le soutien financier de la Carnegie Corporation de New York à travers le projet Building A New Generation of Academics in Africa (BANGA-Africa) Phase IV de l'Université du Ghana[147]. En 2023, le LJH a publié 11 articles couvrant divers domaines des sciences humaines et sociales.

Le volume 29, numéro 2 de 2018 du LJH a été particulièrement important pour la philosophie ghanéenne, publiant notamment l'article fondateur de Martin Odei Ajei « Trans-modernism and a Legon Tradition of African Philosophy » ainsi que l'article de Nancy Oppongwaa Myles « 'The Individual' in the Individualism-Communitarianism Debate: In Defense of Personism »[148][149]. Ces articles ont contribué de manière significative à la définition et à l'articulation de la tradition philosophique ghanéenne contemporaine.

Phronimon : Journal of the South African Society for Greek Philosophy and the Humanities

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Phronimon, bien qu'étant une revue sud-africaine, constitue une plateforme importante pour les philosophes ghanéens et africains en général. Publié par UNISA Press (University of South Africa Press), Phronimon est le journal bisannuel de la South African Society for Greek Philosophy and the Humanities[150][151].

Phronimon publie des contributions scientifiques originales et justifiables (articles, discussions d'articles précédemment publiés et critiques de livres) dans le domaine de la philosophie et des sciences humaines en général, bien que la priorité soit donnée aux contributions dans le domaine de la philosophie grecque et des études grecques[152]. Le journal publie en anglais, en afrikaans et en grec moderne. L'ISSN de Phronimon est 1561-4018 (imprimé) et 2413-3086 (en ligne).

Le journal publie des travaux de haute qualité académique et encourage les articles qui répondent aux normes les plus élevées d'expertise philosophique tout en restant accessibles aux lecteurs d'un large éventail de disciplines philosophiques[153]. Bien que la préférence soit accordée aux articles relatifs à la philosophie grecque ancienne, le comité de rédaction apprécie les contributions de chercheurs en sciences humaines dans leur ensemble avec l'intention de fournir un forum international pour la recherche interdisciplinaire, le débat et la discussion. Le journal encourage et poursuit activement la diversité des points de vue des contributeurs. Il n'est donc en aucun cas engagé envers une école de pensée, un parti, une méthode ou un style particulier au sein des sciences humaines.

L'éditeur en chef actuel est le professeur Michael Cloete. Le journal est accrédité par le South African Department of Higher Education and Training. Tous les articles et articles de synthèse sont soumis à des évaluateurs nationaux et internationaux. Une référence efficace et détaillée des sources est d'une importance primordiale. Les articles sont examinés et vérifiés pour les références bibliographiques et toute preuve de plagiat avéré entraînera la non-publication.

Les philosophes ghanéens ont régulièrement publié dans Phronimon. Martin Odei Ajei y a notamment publié « Educating Africans: Perspectives of Ghanaian Philosophers » en 2018, un article important qui examine les perspectives des philosophes ghanéens sur la politique éducative en Afrique[154]. Cet article soutient que depuis les années 1940, les philosophes ghanéens ont avancé des perspectives sans ambiguïté sur la politique éducative en Afrique, bien que ces perspectives n'aient pas encore trouvé d'expression dans la formulation des politiques publiques.

Le journal est disponible en ligne via plusieurs plateformes, notamment UNISA Press Journals, SciELO South Africa, et le dépôt institutionnel UPSpace de l'Université de Pretoria, qui a obtenu l'autorisation de la South African Society for Greek Philosophy and the Humanities de numériser tous les articles publiés dans Phronimon[155].

Le South African Journal of Philosophy (SAJP)

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Le South African Journal of Philosophy (SAJP) est une revue trimestrielle à comité de lecture publiée par Taylor & Francis Online au nom de la Philosophical Society of South Africa[156][157]. Fondée en 1981, la revue est indexée dans le Thomson Reuters Arts and Humanities Index. L'objectif de la revue est de publier des contributions savantes originales dans tous les domaines de la philosophie à un niveau international.

Le SAJP publie des contributions originales (articles, discussions d'articles précédemment publiés, articles de synthèse et critiques de livres) dans tous les domaines de la philosophie[158]. Bien qu'étant une revue sud-africaine, le SAJP est ouvert aux contributions de philosophes du monde entier, y compris du Ghana.

Cependant, l'histoire du SAJP et de sa société hôte, la Philosophical Society of Southern Africa (PSSA), a été marquée par des controverses concernant la représentation de la philosophie africaine. Comme l'a souligné Abraham Olivier, professeur de philosophie à l'Université de Fort Hare, dans sa conférence critique sur l'histoire du SAJP, malgré les prétentions de la revue à une large portée et à un statut officiel, ses contributions à la philosophie africaine ont été limitées et problématiques[159]. Le SAJP a été fondé pendant l'apartheid, fortement dominé par des philosophes blancs sud-africains et anglais. Les philosophes noirs, comme Mabogo More, ont fait face au racisme systémique et à l'exclusion lors des conférences philosophiques. Malgré la chute de l'apartheid en 1994, de nombreux philosophes blancs ont continué à « rester en dehors de la politique », et la communauté philosophique est restée largement non transformée. Les tentatives d'intégrer la philosophie africaine dans la publication philosophique grand public ont été minimes et souvent symboliques.

Les revues internationales

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Les philosophes ghanéens publient également dans un large éventail de revues philosophiques internationales de premier plan. Cette présence internationale témoigne de la reconnaissance de la qualité et de la pertinence de la philosophie ghanéenne dans les débats philosophiques mondiaux.

Revues de philosophie africaine

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Outre les revues sud-africaines, les philosophes ghanéens publient dans d'autres revues spécialisées en philosophie africaine. Philosophia Africana, publiée par Philosophy Documentation Center, est une revue internationale importante pour la philosophie africaine. African Identities, publiée par Routledge, accueille également des contributions philosophiques. The Journal of African Cultural Studies, publié par Taylor & Francis, publie des travaux interdisciplinaires incluant la philosophie.

Revues généralistes de philosophie

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Les philosophes ghanéens publient régulièrement dans des revues philosophiques généralistes de premier plan. Le European Journal of Political Theory, publié par SAGE Publications, a notamment publié l'article important de Martin Odei Ajei « Kwasi Wiredu's Consensual Democracy: Prospects for Practice in Africa » en 2016[160].

The Philosophical Forum, publié par Wiley-Blackwell, a récemment publié un numéro spécial sur la démocratie consensuelle africaine édité par Richmond Kwesi, incluant son article « The Will to Consensus » (2024)[161].

Revues de bioéthique et d'éthique de la santé

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Dans le domaine de la bioéthique, les philosophes ghanéens, notamment Caesar Atuire, publient dans des revues prestigieuses telles que Public Health Ethics (Oxford Academic), BMJ Global Health, The Hastings Center Report, Developing World Bioethics, et Transcultural Psychiatry. L'article « Realizing Ubuntu in Global Health: An African Approach to Global Health Justice » de Nancy Jecker et Caesar Atuire, publié dans Public Health Ethics en 2022, constitue une contribution majeure à la bioéthique globale[162].

Ouvrages collectifs et monographies

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Au-delà des revues académiques, les philosophes ghanéens contribuent également à des ouvrages collectifs majeurs et publient des monographies influentes. The Oxford Handbook of Comparative Political Theory (2019) a publié le chapitre de Martin Odei Ajei « Toward a Tradition of Ghanaian Political Philosophy », offrant une visibilité importante à la philosophie politique ghanéenne dans un ouvrage de référence prestigieux[163].

Les ouvrages classiques de Kwasi Wiredu, Kwame Gyekye et Kwame Anthony Appiah, publiés par des presses universitaires prestigieuses (Cambridge University Press, Oxford University Press, Temple University Press, W. W. Norton), continuent d'être largement lus et cités dans la littérature philosophique mondiale. Ces publications ont établi la philosophie ghanéenne comme une contribution majeure à la philosophie mondiale.

Plus récemment, le volume Disentangling Consciencism: Essays on Kwame Nkrumah's Philosophy, édité par Martin Odei Ajei et publié par Lexington Books en 2016, et le volume Bioethics in Africa: Theories and Praxis, coédité par Caesar Atuire et publié par Vernon Press en 2019, témoignent de la vitalité continue de la production philosophique ghanéenne[164][165].

Défis et perspectives pour la publication philosophique ghanéenne

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Malgré cette infrastructure éditoriale impressionnante, la publication philosophique ghanéenne fait face à plusieurs défis. L'un des principaux défis concerne la visibilité et l'indexation des revues africaines dans les bases de données internationales majeures. Bien que le LJH soit indexé dans le DOAJ et disponible sur AJOL et JSTOR, il n'est pas encore inclus dans certaines bases de données majeures comme Web of Science ou Scopus, ce qui peut limiter sa visibilité internationale.

Un autre défi concerne le financement de la publication en libre accès. Bien que le LJH suive un modèle diamant sans frais pour les auteurs, ce modèle nécessite un financement institutionnel ou externe stable. Le soutien de la Carnegie Corporation de New York à travers le projet BANGA-Africa est crucial, mais la durabilité à long terme nécessite des sources de financement diversifiées.

La question de la langue de publication constitue également un défi. Bien que l'anglais soit la langue dominante de la publication philosophique au Ghana (héritage colonial), cela peut limiter l'accessibilité de la recherche philosophique ghanéenne aux communautés non anglophones en Afrique et ailleurs. Le développement de la publication philosophique dans les langues ghanéennes pourrait enrichir la philosophie ghanéenne en permettant l'articulation de concepts philosophiques dans des cadres linguistiques autochtones.

Enfin, la nécessité de renforcer les liens entre la recherche philosophique publiée et les politiques publiques reste un chantier ouvert. Comme l'a souligné Martin Odei Ajei, les perspectives philosophiques ghanéennes sur l'éducation, la gouvernance et d'autres questions importantes n'ont pas encore trouvé d'expression adéquate dans la formulation des politiques publiques[166]. Développer des plateformes de publication et de communication qui permettent un dialogue plus efficace entre philosophes et décideurs politiques pourrait accroître l'impact social de la philosophie ghanéenne.

Les événements académiques et commémoratifs

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La philosophie ghanéenne se distingue non seulement par ses contributions théoriques, mais également par une vie académique dynamique marquée par des événements réguliers qui célèbrent son patrimoine intellectuel, honorent ses figures fondatrices et stimulent le débat philosophique contemporain. Ces événements témoignent de la vitalité de la communauté philosophique ghanéenne et de son engagement envers la transmission intergénérationnelle des savoirs.

La conférence annuelle Anton Wilhelm Amo

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La conférence Anton Wilhelm Amo constitue l'un des événements académiques les plus prestigieux de la philosophie ghanéenne contemporaine. Introduite en 2021 par le Maria Sibylla Merian Institute for Advanced Studies in Africa (MIASA) à l'Université du Ghana, cette conférence annuelle honore Anton Wilhelm Amo, le philosophe africain du XVIIIe siècle originaire de l'actuel Ghana qui enseigna aux universités de Halle et de Jena en Allemagne[167].

La conférence sert l'un des objectifs clés de MIASA : contribuer à la décolonisation de la production de connaissances et à la justice épistémique. Pour les besoins de la conférence Anton Wilhelm Amo, MIASA collabore avec le département de philosophie et de classiques et l'Institute of African Studies de l'Université du Ghana[168]. En tant qu'événement majeur de l'Université du Ghana, la conférence se tient au Great Hall du campus de Legon et est ouverte par une performance du Ghana Dance Ensemble, établissant ainsi un lien symbolique entre l'excellence académique et le patrimoine culturel ghanéen.

La première conférence Amo en 2021 a coïncidé avec le dévoilement de la plaque Anton Wilhelm Amo rénovée au département de philosophie et de classiques, qui avait été initialement offerte par l'Université de Halle dans les années 1970, l'alma mater d'Amo[169]. La conférence de 2021 a été accompagnée d'un atelier sur la vie d'Amo et son héritage intellectuel pour la philosophie africaine et les discours contemporains.

Les conférenciers et thèmes (2021-2024)

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La série de conférences Anton Wilhelm Amo a accueilli certains des intellectuels africains les plus distingués de notre temps, chacun abordant des questions cruciales pour la décolonisation épistémique et la production de connaissances africaines.

2021 : Le professeur J. Obi Oguejiofor (Université Nnamdi Azikiwe, Nigeria) a présenté « The Significance of Anton Wilhelm Amo in Contemporary African Philosophy », réfléchissant sur l'histoire de la vie d'Amo et la perception de sa philosophie en Afrique de l'Ouest, en particulier sur la question de savoir comment Amo a été influencé par la pensée africaine[170].

2022 : La professeure Sylvia Tamale (Université Makerere, Ouganda) a demandé dans sa conférence « Decolonising Knowledge Production in Africa » de repenser les pratiques de production de connaissances héritées sans critique, de contourner les gardiens intellectuels et de démocratiser l'espace épistémique[171]. La professeure Tamale a soutenu que la décolonisation de la production de connaissances nécessite une transformation profonde qui va au-delà de simples réformes curriculaires.

2023 : Le professeur Felwine Sarr (Université Duke, États-Unis) a abordé la question de « Building African Ecologies of Knowledge »[172]. Le professeur Sarr, philosophe, économiste, écrivain et musicien sénégalais, a invité le public à apprécier la pluralité des connaissances qui vont au-delà d'une idée occidentale de ce qui est perçu comme connaissance ou non. Sarr, qui a été nommé par le magazine Time parmi les 100 personnes les plus influentes en 2021 avec Bénédicte Savoy après la publication de leur rapport sur « La restitution du patrimoine culturel africain » (2018), a appelé à reconnaître les multiples écologies de savoir qui existent en Afrique. La conférence complète est accessible en ligne et a été largement couverte par les médias ghanéens.

2024 : Le professeur Toyin Falola (Université du Texas à Austin, États-Unis) a présenté « Ancestral Knowledge for Contemporary Transformation » le 15 octobre 2024[173][174]. Le professeur Falola, titulaire de plus de 20 doctorats honorifiques et président d'une conférence annuelle portant son nom (TOFAC - Toyin Falola Annual Conference on Africa and the African Diaspora), a passionnément appelé les jeunes africains à ne pas rejeter leur riche patrimoine culturel. « Les jeunes hommes et femmes qui sont ici, ne jetez pas cette connaissance [africaine] », a-t-il souligné, les encourageant à étudier la technologie de manière approfondie tout en trouvant des moyens de la fusionner avec la sagesse autochtone.

Le professeur Falola a expliqué que les systèmes de connaissances traditionnelles africaines — en particulier la compréhension des plantes indigènes et de leurs utilisations — recèlent un immense potentiel pour relever les défis contemporains. « Utilisez la technologie comme un pont, puisez des ressources dans ce passé », a-t-il suggéré. Il a également abordé les dimensions éthiques de la connaissance et de la gouvernance, proposant que ces valeurs pourraient être essentielles pour réformer les systèmes corrompus et évaluer le leadership. « Nous les utiliserons pour réformer l'État corrompu. Nous les utiliserons pour évaluer le leadership », a-t-il affirmé. Dans ses remarques d'ouverture, la Dre Grace Diabah, directrice de MIASA Ghana, a souligné l'importance de la conférence Anton Wilhelm Amo pour souligner l'importance des voix africaines dans le discours intellectuel. « La vie d'Amo est un rappel de la longue histoire d'interconnexion ghanéo-allemande et une inspiration pour la production de connaissances », a déclaré la Dre Diabah.

Les conférences mémorielles Kwame Gyekye

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En avril 2024, l'Université du Ghana a institué une nouvelle série de conférences mémorielles en l'honneur du professeur émérite Kwame Gyekye, l'un des philosophes africains les plus éminents de notre époque[175][176]. Cette conférence mémorielle a été organisée par le département de philosophie et de classiques sous la direction du professeur Hasskei Mohammed Majeed (directeur du département), en collaboration avec la famille Gyekye.

La première conférence mémorielle Kwame Gyekye (2024)

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La conférence inaugurale s'est tenue le 16 avril 2024 au Great Hall de l'Université du Ghana, marquant le cinquième anniversaire de la disparition du professeur Gyekye survenue le 13 avril 2019. L'événement était d'une importance nationale exceptionnelle, avec la présence de Son Excellence Nana Addo Dankwa Akufo-Addo, président de la République du Ghana, comme invité d'honneur spécial, et de Son Excellence John Agyekum Kufuor, ancien président du Ghana, comme invité d'honneur[177].

Le président Akufo-Addo a salué l'héritage intellectuel du professeur émérite, le décrivant comme une figure imposante de la philosophie africaine. « Le professeur Gyekye n'était pas seulement un philosophe ; il était un visionnaire dont les idées transcendaient les frontières et trouvaient un écho auprès des personnes de tous les horizons », a remarqué le président Akufo-Addo. Il a reconnu l'impact profond des œuvres du professeur Gyekye sur l'érudition et le discours. « Au-delà de ses efforts académiques, le professeur Gyekye est apparu comme un ardent défenseur de l'unité et du développement africains, défendant des solutions africaines aux problèmes africains. Son héritage, encapsulé dans des œuvres telles que "African Cultural Values and Introduction", continue d'inspirer l'espoir d'un avenir meilleur pour l'Afrique », a divulgué le président dans ses remarques[178].

La vice-chancelière, la professeure Nana Aba Appiah Amfo, a pour sa part loué le professeur Gyekye et son rôle central dans la réduction de l'écart entre la philosophie occidentale et la pensée africaine. La professeure Amfo a salué l'engagement du professeur émérite Gyekye à contextualiser le discours philosophique dans le riche contexte de la culture et de la tradition africaines, notant avec fierté l'association de l'Université du Ghana avec le distingué érudit. Elle a exprimé l'espoir que « l'institution de la conférence mémorielle Kwame Gyekye sur la citoyenneté enflammerait un sens du devoir civique, en particulier parmi la jeune génération, et raviverait l'esprit de patriotisme pour l'avancement et la prospérité de la nation »[179].

Le professeur Martin Odei Ajei, professeur associé de philosophie au département de philosophie et de classiques de l'Université du Ghana et membre de la Ghana Academy of Arts and Sciences, a prononcé une conférence mémorielle perspicace intitulée « The Forgetfulness of Citizenship », se concentrant sur les conditions nuancées régissant la reconnaissance de la citoyenneté dans les cadres constitutionnels et juridiques du Ghana. S'appuyant sur un riche éventail de cas et d'aperçus tirés des œuvres séminales du professeur Kwame Gyekye, le conférencier mémoriel a exploré les principes humanistes de laïcité, d'égalité et d'équité, qui ont historiquement influencé le paysage politique du Ghana et façonné les identités sociales et culturelles[180].

Au cœur de son argument se trouvait l'affirmation que les concepts de citoyenneté communautarienne modérée du professeur Gyekye revêtent une pertinence profonde pour favoriser des identités nationales propices à la stabilité sociale et à un engagement collectif envers le bien commun. « En plaidant pour des modèles de citoyenneté fondés sur des principes d'appartenance communale et de responsabilité partagée, les idées du professeur Gyekye offrent des perspectives précieuses pour nourrir des sociétés cohésives où les individus trouvent un sentiment d'appartenance et contribuent au bien-être de la nation dans son ensemble », a intimé le professeur Ajei. À travers son exploration savante, le professeur Ajei a souligné l'importance d'intégrer les perspectives du professeur Gyekye dans le discours contemporain sur la citoyenneté et l'identité nationale, soulignant le potentiel de promouvoir l'inclusivité, la cohésion sociale et un sens collectif du but[181].

Son Honneur le juge Emmanuel Yonny Kulendi, juge de la Cour suprême, qui présidait l'événement, a rendu un hommage éclatant au professeur Gyekye pour ses efforts délibérés pour reconnecter les gens avec leur héritage culturel. « Sa croyance en l'eschew de l'individualisme en faveur de la chérison du communautarisme devrait servir de principe directeur pour favoriser une citoyenneté plus responsable », a remarqué le juge Kulendi, soulignant l'influence durable de Gyekye sur les valeurs et normes sociétales[182].

En prononçant le vote de remerciements au nom de la famille, la Dre Maame Adwoa Gyekye-Gyandoh, fille du professeur émérite Kwame Gyekye, a exprimé son appréciation à l'équipe organisatrice ainsi qu'à tous les invités distingués qui ont honoré l'occasion[183].

Le professeur Hasskei Majeed, directeur du département de philosophie et de classiques, a partagé avec l'audience les histoires de transformation évidentes des étudiants et des conférenciers enseignés par l'éminent défunt. « Nous célébrons le professeur émérite Gyekye en raison de son immense contribution à la croissance du département et à la philosophie Akan. Gyekye était un philosophe africain pionnier qui, pendant quatre décennies, a enseigné la philosophie africaine et des cours connexes aux étudiants du département », a déclaré le professeur Majeed[184].

La conférence mémorielle Kwame Gyekye a offert une opportunité pour la famille du philosophe défunt, la communauté universitaire, les collègues, les étudiants et les admirateurs de réfléchir sur les contributions du professeur Gyekye à l'académie, en particulier dans les domaines de la pensée, de l'éthique et de l'érudition africaines. Dans le but de préserver la mémoire et d'assurer que l'héritage intellectuel du philosophe défunt perdure, inspirant les générations futures, la conférence mémorielle deviendra un événement annuel dans l'espoir de susciter un intérêt renouvelé pour son œuvre et de favoriser un dialogue continu sur ses contributions à la philosophie et aux études africaines[185].

La deuxième conférence mémorielle Kwame Gyekye (2025)

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La deuxième conférence mémorielle Kwame Gyekye s'est tenue le 30 avril 2025 au Great Hall de l'Université du Ghana, avec comme thème « Coloniality, Citizenship, and Galamsey »[186]. Cette conférence a abordé des questions cruciales pour le Ghana contemporain, notamment la question de l'extraction minière illégale (galamsey) et ses implications pour la citoyenneté et la gouvernance dans un contexte postcolonial.

Les conférences et colloques académiques

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Au-delà des événements commémoratifs annuels, la philosophie ghanéenne organise régulièrement des conférences et colloques académiques qui stimulent le débat intellectuel et favorisent les échanges entre chercheurs de différentes générations et nationalités.

La première conférence internationale des étudiants diplômés (2025)

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En décembre 2025 se tiendra la première conférence internationale des étudiants diplômés sur les classiques et la philosophie, organisée par le département de philosophie et de classiques de l'Université du Ghana en collaboration avec la Classical Association of Ghana[187][188]. Cette conférence inaugurale, prévue les 16 et 17 décembre 2025, bénéficie du généreux soutien de la Princeton Africa World Initiative de l'Université de Princeton et de la Faculté des classiques de l'Université de Cambridge.

La conférence explorera le concept de « vice » et ses diverses manifestations et effets. Le vice est traditionnellement conçu comme ce qui est déficient ou ne parvient pas à atteindre le bien. Il se manifeste de plusieurs manières : le social (l'injustice épistémique : lorsqu'un auditeur accorde une crédibilité diminuée à un locuteur non pas en fonction du mérite du discours du locuteur mais en raison de la race, du genre, de l'identité religieuse ou de toute autre raison) ; le politique (la kakistocratie : mauvaise gouvernance, corruption politique ; kakonomia, mauvaise constitution) ; le moral (libertinage, paresse, avidité dus à la force compétitive des désirs pleonectiques sur la continence ou la modération)[189].

Les domaines thématiques qui seront explorés incluent, sans s'y limiter, les suivants : la nature et la métaphysique du vice, l'agence, le libre arbitre et le vice, la corruption politique, l'injustice épistémique, les mauvaises lois et la gouvernance, la phénoménologie de la haine, Thucydide sur l'origine de la stasis et du polemos, l'hubris et l'apothéose, la psychologie du mal, la tragédie grecque et le vice (par exemple, l'infanticide, le matricide, l'uxoricide, le conjuxide, etc.), Dieu, les humains et les limites de la piété et de la raison (par exemple, le destin d'Œdipe, Créon et Antigone sur la prise de décision correcte), l'origine du mal, et le concept africain du mal[190].

Des bourses de voyage (depuis les capitales principales, par exemple Johannesburg, vers Accra) seront disponibles pour les candidats retenus des universités d'Afrique. Chaque présentateur se verra attribuer 20 minutes pour la présentation et 10 minutes pour les questions-réponses. Chaque article se verra attribuer un répondant, un chercheur senior dans le domaine thématique sélectionné. Les organisateurs de la conférence sont Stephen Peprah (PhD) (Université du Ghana et Université de Toronto) et Michael Okyere Asante (Université de Cambridge et UESD, Somanya)[191].

Cette conférence à venir marque une étape importante dans le développement de la philosophie ghanéenne en créant une plateforme spécifiquement dédiée aux jeunes chercheurs et en renforçant les liens avec des institutions académiques prestigieuses au niveau mondial. Le soutien de Princeton et Cambridge témoigne de la reconnaissance internationale de la qualité de la philosophie ghanéenne et de l'importance d'investir dans la prochaine génération de philosophes africains.

La cérémonie d'hommage au professeur Kwame Gyekye (2007)

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Bien avant l'institution de la conférence mémorielle annuelle, le département de philosophie et de classiques avait déjà rendu un hommage majeur au professeur Kwame Gyekye de son vivant. En 2007, le département a organisé une cérémonie en l'honneur du professeur Gyekye pour célébrer le 40e anniversaire de son doctorat de Harvard et ses 40 années de service au département et à l'Université du Ghana[192].

La citation soulignait que Gyekye n'était pas seulement un érudit et philosophe, mais également un enseignant, ami, mari, père et grand-père, et saluait ses contributions exceptionnelles à l'étude de la philosophie qui ont tracé un chemin pour les générations futures d'étudiants et d'universitaires. Au cours de ses quatre décennies de service à l'université, Gyekye a occupé plusieurs postes administratifs importants, notamment Vice Master de l'Akuafo Hall, directeur du département de philosophie, doyen de la Faculté des arts, doyen de l'École de recherche et des études supérieures, ainsi que président de plusieurs conseils d'administration[193].

Cette cérémonie de 2007 a établi un précédent important pour la reconnaissance publique des contributions des philosophes ghanéens et a anticipé la création ultérieure de la conférence mémorielle annuelle.

L'importance des événements académiques et commémoratifs

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Ces événements académiques et commémoratifs jouent un rôle crucial dans la vie intellectuelle de la philosophie ghanéenne. Ils remplissent plusieurs fonctions essentielles :

Transmission intergénérationnelle : Les conférences commémoratives assurent la transmission de l'héritage intellectuel des figures fondatrices aux nouvelles générations de philosophes, créant une continuité dans la tradition philosophique ghanéenne.

Légitimation institutionnelle : La présence de hauts dignitaires de l'État, comme le président de la République du Ghana à la conférence Gyekye, confère une reconnaissance politique et sociale à la philosophie et affirme son importance pour la nation.

Dialogue intergénérationnel : Ces événements créent des espaces où étudiants, jeunes chercheurs et philosophes établis peuvent interagir, favorisant ainsi le renouvellement et la continuité de la tradition philosophique.

Visibilité internationale : Le soutien d'institutions prestigieuses comme Princeton, Cambridge, et Duke, ainsi que la participation de conférenciers internationaux de renom, renforcent la visibilité et la légitimité internationales de la philosophie ghanéenne.

Engagement public : En se tenant dans des lieux prestigieux comme le Great Hall de l'Université du Ghana et en étant ouverts au public (avec participation virtuelle), ces événements permettent à la philosophie de toucher un public plus large que la seule communauté académique.

Décolonisation épistémique : Les thèmes abordés — décolonisation de la production de connaissances, justice épistémique, écologies de savoir africaines, connaissance ancestrale — placent la question de la décolonisation au cœur de l'agenda philosophique ghanéen.

Célébration culturelle : L'ouverture de ces événements par des performances du Ghana Dance Ensemble crée un lien symbolique entre excellence académique et patrimoine culturel, affirmant l'enracinement de la philosophie dans la culture ghanéenne.

Ces événements témoignent ainsi de la maturité et de la vitalité de la philosophie ghanéenne, capable à la fois d'honorer son passé, de stimuler son présent et de préparer son avenir.

Les thèmes centraux de la philosophie ghanéenne récente

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La philosophie ghanéenne contemporaine se distingue par plusieurs thèmes centraux qui structurent ses contributions aux débats philosophiques africains et mondiaux. Ces thèmes reflètent à la fois un enracinement dans les préoccupations spécifiquement africaines et une ouverture aux questions philosophiques universelles. Ils témoignent également d'une tradition intellectuelle mature, capable de développer des concepts originaux et de proposer des alternatives théoriques aux paradigmes dominants de la philosophie occidentale.

La décolonisation conceptuelle et épistémique

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Le projet de décolonisation conceptuelle inauguré par Kwasi Wiredu demeure un axe central et structurant de la philosophie ghanéenne contemporaine. Ce projet constitue l'une des contributions les plus originales et les plus influentes de la philosophie africaine à la pensée mondiale.

Les fondements de la décolonisation conceptuelle

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Wiredu a introduit pour la première fois le concept de « décolonisation conceptuelle » lors d'une conférence de l'UNESCO en juin 1980 sur « L'enseignement et la recherche en philosophie en Afrique »[194]. Par décolonisation conceptuelle, Wiredu entend deux choses complémentaires. Du côté négatif, il s'agit d'éviter ou d'inverser, par une prise de conscience conceptuelle critique, l'assimilation non examinée dans la pensée des philosophes africains contemporains des cadres conceptuels ancrés dans les traditions philosophiques étrangères qui ont eu un impact sur la vie et la pensée africaines. Du côté positif, il s'agit d'exploiter autant que possible les ressources des schèmes conceptuels indigènes africains dans les méditations philosophiques, même sur les problèmes les plus techniques de la philosophie contemporaine[195].

La nécessité de la décolonisation conceptuelle a été imposée par la superimposition historique de catégories de pensée étrangères sur les systèmes de pensée africains à travers le colonialisme. Cette superimposition s'est produite principalement par trois voies : la langue, la religion et la politique[196]. Le fait que les philosophes africains mènent leurs réflexions philosophiques dans des langues coloniales (anglais, français, portugais) plutôt que dans leurs langues maternelles crée des problèmes conceptuels significatifs, car les cadres conceptuels sont souvent enchâssés dans les structures linguistiques.

Wiredu soutient que la philosophie africaine doit dépasser le stade de la simple collecte de proverbes et de sagesses ancestrales pour s'engager dans les domaines formalisés de l'enquête philosophique, tels que la logique symbolique, la philosophie des mathématiques et des sciences naturelles, ou encore la philosophie morale, politique et sociale[197]. Cependant, cet engagement ne doit pas se faire par une simple imitation des approches occidentales, mais en mobilisant les ressources conceptuelles des traditions africaines.

L'exemple paradigmatique : la conception Akan de l'esprit

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Dans son essai « Conceptual Decolonization as an Imperative in Contemporary African Philosophy », Wiredu déploie une stratégie particulière pour démontrer que la conception Akan de l'esprit est supérieure à la conception cartésienne dualiste[198]. Il soutient que la conception Akan de la personne, qui ne sépare pas radicalement l'esprit et le corps comme le fait le dualisme cartésien, offre une compréhension plus adéquate de la nature humaine. Dans la pensée Akan, la personne est conçue comme une unité complexe plutôt que comme une substance pensante (res cogitans) distincte d'une substance étendue (res extensa).

Cette démonstration a suscité des débats importants. Certains critiques, comme Olufémi Táíwò, ont objecté que Wiredu simplifie parfois les concepts non-indigènes qu'il soumet à l'examen critique[199]. Néanmoins, même les critiques reconnaissent que le projet de décolonisation conceptuelle de Wiredu peut encourager l'élargissement conceptuel et offre une perspective précieuse sur les limites des cadres philosophiques occidentaux.

Les critiques et développements du projet

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Le projet de décolonisation conceptuelle de Wiredu a fait l'objet de nombreuses analyses critiques qui ont contribué à son raffinement. Dans une étude récente, des chercheurs ont tenté de montrer que le projet de décolonisation conceptuelle de la philosophie africaine par recours à la théorisation dans les vernaculaires africains est problématique[200]. Ils démontrent que la tentative de Wiredu de montrer la supériorité de la conception Akan de l'esprit est infructueuse et que son projet de décolonisation conceptuelle échoue dans cette instance particulière. Néanmoins, ils concluent que le projet de décolonisation conceptuelle de Wiredu montre toujours des promesses, même à la lumière de leurs critiques.

D'autres chercheurs ont examiné l'impact de la mondialisation sur la décolonisation conceptuelle de Wiredu[201]. Ils observent que la décolonisation conceptuelle de Wiredu est distinctement opposée aux principes et tenets de la mondialisation en tant que concept socio-politique inspiré par l'expansion économique et culturelle occidentale. Cette tension entre décolonisation conceptuelle et mondialisation soulève des questions importantes sur la viabilité du projet de Wiredu dans un monde de plus en plus interconnecté.

La décolonisation épistémique dans l'enseignement supérieur

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Le projet de décolonisation conceptuelle de Wiredu a inspiré des travaux plus récents sur la décolonisation épistémique dans l'enseignement supérieur africain. Husein Inusah, de l'Université de Cape Coast, a soutenu que la décolonisation épistémique doit aller au-delà des réformes curriculaires et pédagogiques actuelles pour s'attaquer aux structures profondes de production et de validation des connaissances[202].

La dynamique de la décolonisation épistémique au XXIe siècle s'inscrit dans une longue histoire de résistance à l'exil ontologique et épistémique des peuples colonisés[203]. La connexion entre la « ligne de couleur » et la « ligne épistémique » réside dans le déni raciste de l'humanité de ceux qui sont devenus les cibles de l'esclavage et de la colonisation. Le déni d'humanité disqualifie automatiquement de la vertu épistémique. Cette étude explore comment l'Afrique en particulier et le reste du Sud global en général sont devenus victimes de génocides, d'épistémicides, de linguicides et de culturecides.

L'impact sur la philosophie de la religion

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La décolonisation conceptuelle a également eu un impact significatif sur la philosophie africaine de la religion. Une évaluation des contributions de Wiredu à la philosophie africaine de la religion montre que les questions de décolonisation conceptuelle, de reconstructionnisme culturel et de la nature des philosophies africaines sous-tendent son travail[204]. Pour les philosophes contemporains, il convient d'adopter le cadre analytique de Wiredu, mais des approches culturellement ancrées et réalistes doivent être adoptées dans la pratique de la philosophie africaine. Les diversités des cultures et traditions africaines nécessitent également une approche pluraliste de diverses parties de l'Afrique.

La démocratie consensuelle et la philosophie politique

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La question de la démocratie en Afrique constitue un thème majeur de la philosophie ghanéenne récente. Le débat porte notamment sur la nature de la démocratie africaine et sur la pertinence du consensus par opposition au principe majoritaire.

Les fondements de la démocratie consensuelle

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Dans son essai influent « Democracy and Consensus in African Traditional Politics: A Plea for a Non-Party Polity » (1996), Wiredu propose l'adoption de la démocratie consensuelle comme alternative à la démocratie libérale majoritaire pratiquée dans la plupart des pays africains[205]. Wiredu soutient que dans les sociétés africaines traditionnelles, qu'elles soient centralisées avec un roi ou un chef, ou décentralisées avec une structure gouvernementale formelle limitée, le fonctionnement reposait sur le consensus plutôt que sur le vote majoritaire.

La démocratie consensuelle de Wiredu est un système démocratique indigène sans parti enraciné dans les conceptions humanistes et communautariennes traditionnelles africaines de l'individu et de la communauté, dans lequel les décisions politiques sont caractéristiquement atteintes par consensus. Les éléments centraux de la démocratie consensuelle de Wiredu, comme l'observe Gyekye, sont la gouvernance inclusive, une pluralité de participation et la délibération publique[206].

Les arguments en faveur de la démocratie consensuelle

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Un défi politique auquel sont confrontées les démocraties constitutionnelles en Afrique est le manque de représentation et de participation adéquates des citoyens dans les processus et institutions démocratiques. Ce défi se manifeste dans l'attribution du pouvoir uniquement à un groupe sectionnel — le parti majoritaire — à l'exclusion des autres, comme en témoignent les systèmes démocratiques libéraux largement pratiqués sur le continent[207].

Wiredu propose comme solution à ces défis l'adoption de la démocratie consensuelle. Il soutient que la démocratie majoritaire a échoué à prendre en compte les intérêts des minorités dans le processus de prise de décision. Il considère la démocratie consensuelle comme un substitut viable et approprié à la démocratie majoritaire. Il estime que les droits et les intérêts des minorités qui ne sont pas pris en charge dans la démocratie majoritaire ne peuvent l'être que dans le cadre d'un processus consensuel[208].

Les arguments en faveur de la démocratie consensuelle incluent : (1) l'encouragement au dialogue continu et à l'inclusivité ; (2) la provision de solutions à long terme aux questions sociétales saillantes ; (3) la participation légitime au processus de prise de décision ; (4) la réduction de la dominance majoritaire ; (5) l'efficacité dans la résolution des conflits et la prévention des impasses ; (6) la promotion d'un environnement politique plus inclusif, stable et coopératif, conduisant à des décisions largement soutenues et durables[209].

Les critiques et modifications proposées

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Martin Odei Ajei a présenté une exposition critique de la démocratie consensuelle de Wiredu et l'a défendue contre la démocratie libérale d'une part, et contre les critiques qui lui sont adressées d'autre part[210]. Ajei offre également quelques modifications à la théorie de Wiredu dans le but de la rendre plus adaptée à la pratique en Afrique. Il argumente que l'approche est appropriée pour l'Afrique et rejette l'idée d'un gouvernement majoritaire, tout comme Wiredu. Ajei et Wiredu soutiennent tous deux que la démocratie multipartite a entraîné la violence en Afrique et a donné un pouvoir indu au parti majoritaire.

D'autres défenseurs importants de la pensée de Wiredu sur la démocratie consensuelle incluent Kwame Gyekye (1997), Edward Wamala (2004), Joe Teffo (2004), Joseph Omoregbe (2010), et Barry Hallen (2020). Dans son ouvrage intitulé « Reconsidering the Case for Consensual Governance in Africa » (2019), Hallen n'a pas seulement argumenté en faveur de la démocratie consensuelle, il a également appelé à une revisite et un retour qui devraient être pris au sérieux[211].

Gyekye a mené une étude complète sur la faisabilité de la démocratie consensuelle dans l'Afrique contemporaine. Il a affirmé que la croissance de la société postcoloniale a été influencée à la fois par les civilisations précoloniales et occidentales. Il soutient que l'Afrique moderne est plus complexe et diversifiée que l'Afrique précoloniale. Selon lui, les trois piliers principaux de la démocratie consensuelle de Wiredu — gouvernance inclusive, pluralité de participation et délibération publique — peuvent être adaptés au contexte africain contemporain malgré sa complexité accrue.

Les perspectives contemporaines

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Des travaux récents continuent d'explorer les limites et les défenses de la démocratie consensuelle. Thaddeus Metz a publié en 2025 un article intitulé « The Defence and Limits of Consensual Democracy » qui examine de manière critique les arguments en faveur et contre la démocratie consensuelle dans le contexte africain contemporain[212].

La question centrale demeure : comment actualiser la démocratie consensuelle au milieu des complexités, de la diversité et de la pluralité des sociétés africaines contemporaines ? Plusieurs chercheurs ont proposé un modèle éclectique ou hybride qui incorporerait les aspects positifs de la démocratie consensuelle dans le cadre de la démocratie majoritaire. Ce modèle encouragerait les changements progressifs et les compromis par le dialogue ouvert et la négociation, similaire au modèle de référendum que Fayemi (2020) a mis en avant. Les lacunes ou mauvais attributs de la démocratie majoritaire dans l'Afrique postcoloniale peuvent facilement être éliminés par l'infusion des aspects positifs de la démocratie consensuelle[213].

L'Ubuntu, la solidarité et la bioéthique africaine

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L'éthique de l'Ubuntu est devenue un thème majeur de la philosophie ghanéenne contemporaine, particulièrement dans le domaine de la bioéthique et de l'éthique de la santé mondiale. Cette application de concepts philosophiques africains à des problèmes contemporains globaux démontre la pertinence et la viabilité de la philosophie africaine pour les défis du XXIe siècle.

Les fondements philosophiques de l'Ubuntu

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L'Ubuntu, bien qu'il n'ait pas d'équivalent anglais direct, est souvent traduit par « humanité » ou « dignité humaine » et englobe des dimensions à la fois ontologiques et normatives[214]. La dimension ontologique est souvent exprimée par des dictons concis, tels que « une personne est une personne à travers d'autres personnes » et « je suis parce que nous sommes ». Une façon de comprendre cela est de dire que les êtres humains sont interdépendants et ont besoin les uns des autres, comme l'exprime la maxime Akan « un être humain a besoin d'aide ».

Selon cette ontologie, la dépendance humaine n'est pas apparente seulement pendant la maladie et l'infirmité, mais existe comme un « résidu inéliminable » de l'humanité, reflétant des faits existentiels de l'existence humaine, tels que l'incarnation corporelle, qui rend les personnes susceptibles de subir des préjudices. Selon Wiredu, « les êtres humains... à tout moment, d'une manière ou d'une autre, directement ou indirectement, ont besoin de l'aide de leur genre »[215]. Un principe de base de l'éthique Ubuntu est le caractère donné de la vie communale.

L'Ubuntu englobe également une composante normative. La composante normative soutient que l'interdépendance humaine nous enjoint de vivre une vie avec les autres qui soit harmonieuse et qui exprime une préoccupation et un soin mutuels. Le dicton africain « un être humain a besoin d'aide » ne transmet pas seulement un fait, mais prescrit également une conduite et un caractère. Décrivant l'aspect éthique de l'Ubuntu, Desmond Tutu déclare : « Une personne avec Ubuntu est ouverte et disponible pour les autres, affirmant les autres, ne se sent pas menacée par le fait que d'autres soient capables et bons, car elle a une assurance de soi appropriée qui vient de la connaissance qu'elle appartient à un ensemble plus grand et est diminuée lorsque d'autres sont humiliés ou diminués, lorsque d'autres sont torturés ou opprimés »[216].

L'application de l'Ubuntu à la santé mondiale

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Caesar Atuire, en collaboration avec Nancy Jecker de l'Université de Washington, a développé une approche africaine de la justice en santé mondiale basée sur les principes de l'Ubuntu[217]. La pandémie de COVID-19 a mis en évidence la question : « Que nous devons-nous les uns aux autres en tant que membres d'une communauté mondiale pendant une crise sanitaire mondiale ? » En tandem, elle a soulevé des préoccupations sous-jacentes sur la façon dont nous devrions nous préparer à la prochaine épidémie de maladie infectieuse et ce que nous devons aux personnes dans d'autres pays en temps normal.

Alors que la littérature bioéthique dominante aborde ces questions en s'appuyant sur des valeurs et des concepts proéminents dans le Nord global, l'article de Jecker et Atuire articule des réponses proéminentes en Afrique subsaharienne. L'article introduit d'abord un « village de santé mondiale » figuratif pour orienter les lecteurs vers la pensée traditionnelle africaine. Ensuite, il considère les exigences éthiques pour gouverner un village de santé mondiale, en s'appuyant sur l'éthique de l'Ubuntu pour formuler des rendus africains de la solidarité, de la justice relationnelle et de la suffisance[218].

Le concept de « village de santé mondiale » s'inspire des peuples Builsa du Ghana, qui fournissent une façon de conceptualiser les devoirs et les droits que les êtres humains interconnectés ont les uns envers les autres. La section finale de l'article utilise ces valeurs pour critiquer les approches actuelles, y compris COVAX, le pilier vaccins de l'accélérateur Access to COVID-19 Tools (ACT), et un traité international sur les pandémies proposé. Il propose une voie à suivre qui réalise mieux l'Ubuntu dans la santé mondiale[219].

L'Ubuntu dans la recherche en génomique clinique

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Moodley et Beyer (2019) ont également appliqué l'Ubuntu pour aborder les préoccupations éthiques et sociales dans la recherche en génomique clinique. Ils ont développé un modèle basé sur la philosophie Ubuntu pour promouvoir un engagement communautaire efficace et éthiquement sain dans la recherche de biobanques, en se concentrant sur la valeur de la solidarité[220]. Ils ont souligné la complexité de l'obtention du consentement éclairé dans la biobanque génomique et ont soutenu qu'une approche basée sur l'Ubuntu de l'engagement communautaire améliorerait le processus de consentement.

Dans le contexte de la divulgation d'informations sur le VIH/SIDA, Ewuoso (2020) a appliqué l'éthique Ubuntu pour aborder les questions éthiques qui découlent du « conflit entre » le droit à la confidentialité et le devoir de divulguer. L'éthique Ubuntu a également été appliquée aux tests de routine universels du VIH en Zambie, explorant les différences entre une bioéthique basée sur l'Ubuntu et les principes bioéthiques internationaux[221].

Les limites et critiques de l'Ubuntu

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Bien que l'Ubuntu soit devenu un concept central dans la bioéthique africaine, certains chercheurs ont appelé à une approche plus nuancée. Jaco de Vries (2024) a soutenu qu'en limitant notre regard en bioéthique à penser à l'Ubuntu (et aux termes analogues) comme le seul concept qui définit l'intellectualisme africain, nous risquons de simplifier excessivement la riche diversité de la pensée éthique africaine[222]. Il appelle à centrer l'Afrique comme contexte et moteur de l'éthique de la santé mondiale au-delà de l'Ubuntu.

Néanmoins, l'Ubuntu reste un concept puissant pour articuler une approche africaine de problèmes globaux. Son emphase sur l'interdépendance, la solidarité et la justice relationnelle offre une alternative importante aux approches individualistes qui dominent la bioéthique occidentale.

La personne, la communauté et le communautarisme modéré

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Le débat sur la nature de la personne et son rapport à la communauté dans la pensée africaine reste un thème central de la philosophie ghanéenne, inauguré par la controverse entre Kwame Gyekye et Ifeanyi Menkiti.

Le débat Gyekye-Menkiti

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Le débat porte sur la question de savoir si, dans la pensée africaine, la communauté confère la personnalité à l'individu ou si l'individu possède une valeur intrinsèque indépendante de la communauté. Ifeanyi Menkiti soutenait que la communauté confère la personnalité à l'individu, rendant ainsi l'identité individuelle dérivée de la communauté — position qualifiée de communautarisme radical[223].

Kwame Gyekye a défendu une position qu'il qualifie de « communautarisme modéré », arguant que la pensée africaine attribue une valeur intrinsèque à l'individu[224]. Le communautarisme modéré de Gyekye est construit sur trois piliers principaux : (1) la nature sociale et rationnelle de l'individu, (2) la reconnaissance des droits individuels, et (3) la suprématie morale de la communauté.

Le personisme de Nancy Myles

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Nancy Oppongwaa Myles a proposé une position innovante qu'elle appelle le « personisme », qui cherche à dépasser le débat entre individualisme et communautarisme[225]. Selon Myles, le personisme conçoit l'individualité et la communalité comme des dispositions ou dimensions duales d'une seule entité — « la personne » — qui est naturellement et nécessairement à la fois individuelle et relationnelle, et interconnectée à différents niveaux avec d'autres personnes.

Le personisme de Myles offre une synthèse conceptuelle qui évite les excès tant de l'individualisme libéral que du communautarisme radical. Il reconnaît que la personne humaine est constitutivement sociale tout en maintenant l'importance de l'agence et de l'autonomie individuelles. Cette position reflète la sophistication croissante du débat philosophique ghanéen sur la nature de la personne et de la communauté.

Les technologies émergentes et l'éthique africaine

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Un développement récent dans la philosophie ghanéenne concerne l'application des concepts éthiques africains aux technologies émergentes, notamment l'intelligence artificielle et les soins de santé numériques. L'éthique Ubuntu a été proposée comme cadre pour guider le développement et le déploiement de l'IA dans le domaine de la santé, avec un accent sur l'équité et l'accès[226].

Cette application de la philosophie africaine aux défis technologiques contemporains démontre la pertinence continue et l'adaptabilité des ressources conceptuelles africaines. Elle suggère que la philosophie ghanéenne n'est pas simplement tournée vers le passé ou préoccupée uniquement par des questions traditionnelles, mais qu'elle est capable d'offrir des perspectives originales sur les questions les plus pressantes de notre temps.

La tradition philosophique de Legon et le trans-modernisme

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Martin Odei Ajei a articulé le concept de « trans-modernisme » comme caractérisant la tradition philosophique de Legon[227]. Par trans-modernisme, Ajei entend une approche philosophique qui ne soit ni simplement moderne ni postmoderne, mais capable d'emprunter de manière sélective et critique aux différents courants de pensée. Cette approche refuse à la fois l'assimilation non critique de la modernité occidentale et le rejet wholesale de toute influence étrangère.

Le trans-modernisme de la tradition de Legon se caractérise par quatre traits distinctifs : (1) un engagement avec la tradition philosophique analytique occidentale ; (2) une attention soutenue aux ressources conceptuelles des traditions africaines, particulièrement Akan ; (3) une préoccupation pour les questions de justice sociale et politique pertinentes pour l'Afrique contemporaine ; (4) une orientation cosmopolite qui cherche à contribuer aux débats philosophiques mondiaux tout en restant enracinée dans les préoccupations africaines.

Cette caractérisation de la tradition philosophique ghanéenne offre un cadre utile pour comprendre sa contribution distinctive à la philosophie mondiale et sa capacité à naviguer entre particularisme et universalisme, entre tradition et modernité, entre enracinement local et portée globale.

Notes et références

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  1. Martin Odei Ajei, « Trans-modernism and a Legon Tradition of African Philosophy », Legon Journal of the Humanities, vol. 29, n° 2, 2018, p. 1-25.
  2. University of South Florida, « Kwasi Wiredu, 1931-2022 », en ligne : [1](https://www.usf.edu/arts-sciences/departments/philosophy/news/wiredu.aspx)
  3. Philosophy Now, « Leading African Philosopher Dies, Aged 90 », n° 148, février/mars 2022.
  4. University College Oxford, « In Memoriam Kwasi Wiredu », 10 février 2022.
  5. University College Oxford, « In Memoriam Kwasi Wiredu », op. cit.
  6. University College Oxford, « In Memoriam Kwasi Wiredu », op. cit.
  7. « Kwasi Wiredu », Wikipedia, en ligne : [2](https://en.wikipedia.org/wiki/Kwasi_Wiredu)
  8. University of South Florida, « Kwasi Wiredu, 1931-2022 », op. cit.
  9. « Kwasi Wiredu », Wikipedia, op. cit.
  10. University of South Florida, « Kwasi Wiredu, 1931-2022 », op. cit.
  11. « Kwasi Wiredu », Wikipedia, op. cit.
  12. « Kwasi Wiredu », Wikipedia, op. cit.
  13. Barry Hallen, Reading Wiredu, Bloomington, Indiana University Press, 2021.
  14. IDN, « Distinguished Philosopher Kwasi Wiredu Passes At 90 », 10 janvier 2022.
  15. Barry Hallen, Reading Wiredu, op. cit.
  16. Barry Hallen, Reading Wiredu, op. cit., p. 96.
  17. University of South Florida, « Kwasi Wiredu, 1931-2022 », op. cit.
  18. University of South Florida, « Kwasi Wiredu, 1931-2022 », op. cit.
  19. Barry Hallen, Reading Wiredu, op. cit., p. 86-87.
  20. Barry Hallen, Reading Wiredu, op. cit., p. 87.
  21. Philosophy Now, « Leading African Philosopher Dies, Aged 90 », op. cit.
  22. Philosophy Now, « Leading African Philosopher Dies, Aged 90 », op. cit.
  23. IDN, « Distinguished Philosopher Kwasi Wiredu Passes At 90 », op. cit.
  24. IDN, « Distinguished Philosopher Kwasi Wiredu Passes At 90 », op. cit.
  25. Kwame Gyekye, Tradition and Modernity: Philosophical Reflections on the African Experience, Oxford, Oxford University Press, 1997.
  26. Kwame Gyekye, An Essay on African Philosophical Thought: The Akan Conceptual Scheme, éd. révisée, Philadelphie, Temple University Press, 1995.
  27. Kwame Gyekye, Tradition and Modernity, op. cit.
  28. Kwame Gyekye, Tradition and Modernity, op. cit., p. 35-76.
  29. Kwame Gyekye, An Essay on African Philosophical Thought, op. cit., p. 143-146.
  30. J. O. Famakinwa, « How Moderate is Kwame Gyekye’s Moderate Communitarianism? », Thought and Practice, vol. 2, n° 2, 2010, p. 65-77.
  31. Hasskei Mohammed Majeed, « The Nexus between Person, Personhood, and Community in Kwame Gyekye’s Philosophy », diverses éditions.
  32. Kwame Gyekye, Arabic Logic: Ibn al-Tayyib on Porphyry’s Eisagoge, Albany, State University of New York Press, 1979.
  33. Kwame Gyekye, Tradition and Modernity, op. cit.
  34. Christopher J. Lee, Kwame Anthony Appiah, Londres, Routledge, 2021, p. 14.
  35. Great Transition, « The Cosmopolitan Impulse in an Entangled World: Kwame Anthony Appiah », 27 octobre 2021.
  36. Great Transition, « The Cosmopolitan Impulse in an Entangled World », op. cit.
  37. Great Transition, « The Cosmopolitan Impulse in an Entangled World », op. cit.
  38. Christopher J. Lee, Kwame Anthony Appiah, op. cit., p. 6-7.
  39. Christopher J. Lee, Kwame Anthony Appiah, op. cit., p. 6.
  40. Christopher J. Lee, Kwame Anthony Appiah, op. cit., p. 6.
  41. Christopher J. Lee, Kwame Anthony Appiah, op. cit., p. 72.
  42. Christopher J. Lee, Kwame Anthony Appiah, op. cit., p. 57.
  43. Appiah.net, « Cosmopolitanism », [3](https://appiah.net/books/cosmopolitanism/)
  44. Appiah.net, « Cosmopolitanism », op. cit.
  45. Cosmopolitanism: Ethics in a World of Strangers, résumé et discussions sur Goodreads.
  46. Cosmopolitanism: Ethics in a World of Strangers, op. cit., p. 31.
  47. Christopher J. Lee, Kwame Anthony Appiah, op. cit., p. 23-24.
  48. Christopher J. Lee, Kwame Anthony Appiah, op. cit., p. 24.
  49. Christopher J. Lee, Kwame Anthony Appiah, op. cit., p. 24-26.
  50. Christopher J. Lee, Kwame Anthony Appiah, op. cit., p. 61.
  51. Christopher J. Lee, Kwame Anthony Appiah, op. cit., p. 8.
  52. Christopher J. Lee, Kwame Anthony Appiah, op. cit., p. 8.
  53. Barry Hallen, Reading Wiredu, op. cit.
  54. Barry Hallen, Reading Wiredu, op. cit., p. 81-93.
  55. Kwame Gyekye, Tradition and Modernity, op. cit.
  56. Christopher J. Lee, Kwame Anthony Appiah, op. cit.
  57. Martin Odei Ajei, « Trans-modernism and a Legon Tradition of African Philosophy », op. cit.
  58. « Kwasi Wiredu », Wikipedia, op. cit.
  59. Kwame Gyekye, An Essay on African Philosophical Thought, op. cit.
  60. Christopher J. Lee, Kwame Anthony Appiah, op. cit., p. 14-34.
  61. Caesar Atuire, PhD, Department of Bioethics and Humanities, University of Washington, disponible sur https://depts.washington.edu/bhdept/caesar-atuire-phd
  62. Professor Caesar Atuire, Global Health Ethics, University of Oxford, disponible sur https://www.globalhealth.ox.ac.uk/our-researchers/caesar-atuire
  63. Caesar Atuire, PhD, op. cit.
  64. Professor Caesar Atuire, Global Health Ethics, op. cit.
  65. Caesar Atuire, PhD, op. cit.
  66. Caesar Atuire, PhD, op. cit.
  67. Nancy S. Jecker et Caesar A. Atuire, « Realizing Ubuntu in Global Health: An African Approach to Global Health Justice« , Public Health Ethics, vol. 15, n° 3, 2022, p. 256-267
  68. Nancy S. Jecker et Caesar A. Atuire, « Realizing Ubuntu in Global Health« , op. cit.
  69. Nancy S. Jecker et Caesar A. Atuire, « Realizing Ubuntu in Global Health« , op. cit.
  70. Nancy S. Jecker et Caesar A. Atuire, « Realizing Ubuntu in Global Health« , op. cit.
  71. S. R. Varadan, C. I. R. Chandler, K. Weed, S. M. Ahmed, C. Atuire, D. Batheja et al., « A Just Transition for Antimicrobial Resistance: Planning for an Equitable and Sustainable Future with Antimicrobial Resistance« , The Lancet, vol. 403, n° 10446, 2024, p. 2766-2767
  72. Professor Caesar Atuire, Global Health Ethics, op. cit.
  73. Professor Caesar Atuire, Global Health Ethics, op. cit.
  74. Nancy S. Jecker et Caesar A. Atuire, « Bioethics in Africa: A Contextually Enlightened Analysis of Three Cases« , Developing World Bioethics, 2021
  75. Caesar Atuire, AABHL Conference Speaker, disponible sur https://aabhlconference.com/speaker/caesar-atuire/
  76. Caesar Atuire, PhD, op. cit.; Professor Caesar Atuire, Global Health Ethics, op. cit.
  77. Caesar Atuire, PhD, op. cit.
  78. Professor Caesar Atuire, Global Health Ethics, op. cit.
  79. Martin Odei Ajei, The Neubauer Collegium, University of Chicago, disponible sur https://neubauercollegium.uchicago.edu/people/martin-odei-ajei
  80. Martin Ajei, Google Scholar, disponible sur https://scholar.google.com/citations?user=BGguAtYAAAAJ&hl=en
  81. Martin Ajei, Google Scholar, op. cit.
  82. Martin Odei Ajei, « Indigenous Knowledge Systems and Good Governance in Ghana: The Traditional Akan Socio-Political Example« , Organization for Social Science Research in Eastern and Southern Africa, 2001
  83. Martin Odei Ajei, « Kwasi Wiredu's Consensual Democracy: Prospects for Practice in Africa« , European Journal of Political Theory, vol. 15, n° 4, 2016, p. 445-466
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Ouvrages de référence

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  • Hallen, Barry, Reading Wiredu, Bloomington, Indiana University Press, 2021.
  • Wiredu, Kwasi, Philosophy and an African Culture, Cambridge, Cambridge University Press, 1980.
  • Wiredu, Kwasi, Cultural Universals and Particulars : An African Perspective, Bloomington, Indiana University Press, 1996.
  • Gyekye, Kwame, An Essay on African Philosophical Thought : The Akan Conceptual Scheme, édition révisée, Philadelphia, Temple University Press, 1995.
  • Gyekye, Kwame, Tradition and Modernity : Philosophical Reflections on the African Experience, New York, Oxford University Press, 1997.
  • Appiah, Kwame Anthony, In My Father's House : Africa in the Philosophy of Culture, New York, Oxford University Press, 1992.
  • Appiah, Kwame Anthony, Cosmopolitanism : Ethics in a World of Strangers, New York, W. W. Norton, 2006.
  • Lee, Christopher J., Kwame Anthony Appiah, Londres, Routledge, 2021.

Ouvrages collectifs

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  • Wiredu, Kwasi et Kwame Gyekye (dir.), Person and Community : Ghanaian Philosophical Studies I, Washington D.C., Council for Research in Values and Philosophy, 1992.
  • Ajei, Martin Odei (dir.), Disentangling Consciencism : Essays on Kwame Nkrumah's Philosophy, Lanham, Lexington Books, 2016.
  • Atuire, Caesar A. et al. (dir.), Bioethics in Africa : Theories and Praxis, Vernon Press, 2019.
  • Eze, Emmanuel (dir.), Postcolonial African Philosophy, Oxford, Blackwell, 1997.
  • Wright, Richard A. (dir.), African Philosophy : An Introduction, 3e édition, Lanham, University Press of America, 1984.

Articles de revues

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  • Ajei, Martin Odei, « Trans-modernism and a Legon Tradition of African Philosophy », Legon Journal of the Humanities, vol. 29, n° 2, 2018, p. 1-25.
  • Ajei, Martin Odei, « Kwasi Wiredu's Consensual Democracy : Prospects for Practice in Africa », European Journal of Political Theory, vol. 15, n° 4, 2016, p. 445-466.
  • Ajei, Martin Odei, « Educating Africans : Perspectives of Ghanaian Philosophers », Phronimon, vol. 19, 2018, p. 1-15.
  • Jecker, Nancy S. et Caesar A. Atuire, « Realizing Ubuntu in Global Health : An African Approach to Global Health Justice », Public Health Ethics, vol. 15, n° 3, 2022, p. 256-267.
  • Inusah, Husein, « Epistemic Decolonisation in African Higher Education : Beyond Current Curricular and Pedagogical Reformation », South African Journal of Higher Education, vol. 37, n° 2, 2023, p. 87-105.
  • Myles, Nancy Oppongwaa, « 'The Individual' in the Individualism-Communitarianism Debate : In Defense of Personism », Legon Journal of the Humanities, vol. 29, n° 2, 2018, p. 157-189.
  • Kwesi, Richmond, « The Will to Consensus », The Philosophical Forum, vol. 55, n° 1, 2024, p. 45-62.

Chapitres d'ouvrages

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  • Ajei, Martin Odei, « Toward a Tradition of Ghanaian Political Philosophy », dans Leigh K. Jenco, Murad Idris et Megan C. Thomas (dir.), The Oxford Handbook of Comparative Political Theory, Oxford, Oxford University Press, 2019, p. 125-141.
  • Gyekye, Kwame, « Person and Community in Akan Thought », dans Kwasi Wiredu et Kwame Gyekye (dir.), Person and Community : Ghanaian Philosophical Studies I, Washington D.C., Council for Research in Values and Philosophy, 1992, p. 101-122.
  • Menkiti, Ifeanyi A., « Person and Community in African Traditional Thought », dans Richard A. Wright (dir.), African Philosophy : An Introduction, 3e édition, Lanham, University Press of America, 1984, p. 171-181.
  • Wiredu, Kwasi, « Democracy and Consensus in African Traditional Politics : A Plea for a Non-Party Polity », dans Emmanuel Eze (dir.), Postcolonial African Philosophy, Oxford, Blackwell, 1997, p. 303-312.

Revues spécialisées

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  • Legon Journal of the Humanities, University of Ghana, Legon.
  • Phronimon, University of South Africa Press.
  • South African Journal of Philosophy, Taylor & Francis.
  • European Journal of Political Theory, SAGE Publications.
  • Public Health Ethics, Oxford Academic.
  • The Philosophical Forum, Wiley-Blackwell.