Dictionnaire de philosophie/Personne non-humaine
Définition et évolution du concept
[modifier | modifier le wikicode]La notion de « personne non-humaine » désigne dans le débat philosophique contemporain tout être vivant qui, sans appartenir à l'espèce Homo sapiens, pourrait posséder les attributs moraux et juridiques traditionnellement associés à la personnalité. Cette catégorie englobe principalement les animaux dotés de capacités cognitives complexes, mais s'étend également aux entités collectives (écosystèmes, rivières)[1], voire aux intelligences artificielles selon certains courants transhumanistes[2].
Le développement de cette notion découle d'une triple évolution : l'accumulation de données scientifiques sur les capacités cognitives animales, la remise en question de l'anthropocentrisme philosophique hérité des Lumières, et l'émergence de technologies biomédicales qui brouillent les frontières traditionnelles entre espèces[3]. La question acquiert une dimension pratique urgente avec le développement de l'édition génomique (CRISPR-Cas9) et les propositions transhumanistes d'amélioration humaine, qui imposent de redéfinir les critères de la personnalité.
Les fondements philosophiques du statut moral
[modifier | modifier le wikicode]Le débat philosophique sur le statut moral des personnes non-humaines s'articule autour de plusieurs positions théoriques majeures développées principalement depuis les années 1970.
La tradition utilitariste : Singer et l'antispécisme
[modifier | modifier le wikicode]Peter Singer, dans Animal Liberation (1975), propose une extension du principe utilitariste d'égale considération des intérêts au-delà des frontières d'espèce[4]. Pour Singer, la capacité à souffrir constitue le critère déterminant du statut moral : « la douleur et la souffrance sont mauvaises et doivent être prévenues ou minimisées, peu importe l'espèce de l'être qui les ressent »[5]. Cette position implique que la discrimination fondée sur l'appartenance à une espèce (le « spécisme ») est aussi arbitraire et injustifiable que le racisme ou le sexisme[6].
Singer adopte un « utilitarisme des préférences » qui va au-delà de l'hédonisme classique. Il ne suffit pas de considérer les plaisirs et les peines, mais il faut prendre en compte l'ensemble des préférences ou intérêts des êtres concernés[7]. Cette approche conduit Singer à reconnaître des différences morales entre êtres sensibles : un animal doté de conscience de soi, capable d'anticiper son avenir et d'avoir des aspirations possède des intérêts plus complexes qu'un être simplement conscient[8]. Paradoxalement, cela amène Singer à accepter qu'il puisse être moralement permis de tuer des animaux élevés dans de bonnes conditions s'ils ne possèdent pas de « désirs pour l'avenir » ou de « conscience mentale continue », leur mort pouvant être « compensée » par la création d'un nouvel animal ayant une vie également plaisante[9].
Cette position a suscité de nombreuses critiques. Certains y voient une contradiction interne : si Singer refuse le spécisme, pourquoi les capacités cognitives seraient-elles moralement pertinentes pour déterminer l'importance de la vie d'un être[10] ? De plus, l'approche utilitariste de Singer ne reconnaît pas de droits au sens fort : si l'expérimentation sur un animal (ou même un humain non consentant) produisait des bénéfices suffisants, elle pourrait être justifiée[11].
L'approche déontologique : Regan et les droits inhérents
[modifier | modifier le wikicode]Tom Regan, dans The Case for Animal Rights (1983), développe une théorie déontologique qui s'oppose à l'instrumentalisation des animaux[12]. Regan s'inspire de Kant tout en s'en démarquant : alors que Kant réserve le statut de fin en soi aux êtres rationnels, Regan l'étend à tous les « sujets d'une vie » (subjects-of-a-life)[13].
Selon Regan, un être est « sujet d'une vie » s'il possède des croyances et des désirs, une perception, une mémoire et un sens du futur (y compris de son propre futur), une vie émotionnelle avec des sentiments de plaisir et de douleur, des intérêts-préférences et des intérêts-bien-être, la capacité d'initier des actions en vue de réaliser ses désirs et buts, une identité psychophysique dans le temps, et un bien-être individuel au sens où sa vie expérientielle peut aller bien ou mal pour lui[14]. Tous les êtres qui satisfont ce critère possèdent une valeur inhérente égale et ne doivent jamais être traités simplement comme des moyens en vue d'autres fins.
L'argument de Regan est nettement déontologique plutôt que conséquentialiste : si un individu possède un droit moral à ne pas être utilisé comme simple moyen, ce droit ne doit pas être sacrifié même si les conséquences de son respect sont considérées comme désavantageuses[15]. Regan écrit que les défenseurs des droits des animaux veulent « des cages vides, pas de plus grandes »[16]. Contrairement aux welfaristes qui cherchent à améliorer les conditions de vie des animaux utilisés, Regan et les abolitionnistes visent l'arrêt complet de l'exploitation animale.
La théorie de Regan soulève néanmoins plusieurs difficultés. Premièrement, le critère de « sujet d'une vie » reste contesté sur le plan empirique : quels animaux possèdent véritablement un sens de leur futur propre ? Deuxièmement, même si tous les sujets-d'une-vie ont une valeur inhérente égale, cela signifie-t-il qu'ils ont exactement les mêmes droits ou des droits équivalents mais différents selon leurs besoins spécifiques ? Troisièmement, dans les cas de conflit inévitable (par exemple entre prédateurs et proies), comment arbitrer entre des droits égaux ?
L'approche contractualiste révisée : Rowlands et les agents moraux patients
[modifier | modifier le wikicode]Mark Rowlands tente d'étendre le contractualisme à la question animale en distinguant agents moraux et patients moraux. Traditionnellement, seuls les agents moraux (capables de respecter des principes moraux) sont inclus dans le contrat social. Rowlands propose qu'un contrat juste doive aussi prendre en compte les intérêts des patients moraux (êtres vulnérables incapables de réciprocité). Cette approche reconnaît que beaucoup d'êtres (animaux, jeunes enfants, personnes sévèrement handicapées) méritent une considération morale sans être capables de participer activement au contrat social.
Le tournant des capacités : Nussbaum et Sen
[modifier | modifier le wikicode]Martha Nussbaum propose d'étendre aux animaux sensibles l'approche par les capacités qu'elle a développée avec Amartya Sen pour penser la justice humaine[17]. Contrairement aux approches contractualistes traditionnelles qui excluent les êtres non rationnels, l'approche par les capacités part des besoins réels des individus pour définir les seuils de fonctionnement nécessaires à une vie digne.
Nussbaum identifie dix capacités centrales dont les animaux sensibles devraient pouvoir jouir : la vie, la santé corporelle, l'intégrité corporelle, les sens/imagination/pensée, les émotions, la raison pratique, l'affiliation, l'interaction avec d'autres espèces, le jeu, et le contrôle sur son environnement[18]. Chaque espèce devrait pouvoir développer ses capacités caractéristiques jusqu'à un seuil minimum. Nussbaum affirme également que les animaux possèdent une dignité propre : « chaque animal sensible devrait pouvoir vivre une vie florissante avec le type de dignité approprié à l'espèce à laquelle il appartient »[19].
Cette approche a suscité plusieurs critiques. Certains soulignent que le concept de capacité suppose normalement une possibilité de choix entre différents fonctionnements, ce qui n'a guère de sens pour les animaux[20]. D'autres notent que Nussbaum maintient une différence entre nos relations morales avec les animaux et avec les humains : les devoirs envers les humains sont contraignants parce que ceux-ci peuvent faire valoir des revendications légitimes en faisant appel à une loi morale partagée, tandis que nos devoirs envers les animaux découlent de notre engagement envers notre propre animalité, qui devrait nous conduire à les considérer aussi comme ayant des revendications légitimes.
Christine Korsgaard et la révision kantienne
[modifier | modifier le wikicode]Christine Korsgaard, dans Fellow Creatures (2018), propose une révision ambitieuse de l'éthique kantienne pour y inclure les animaux[21]. Elle argumente que notre agentivité rationnelle nous engage à considérer moralement toutes les créatures pour lesquelles les choses peuvent être bonnes ou mauvaises. Nous valorisons nos fins comme absolument bonnes non pas en raison d'une intuition mystique sur ce qui est intrinsèquement précieux, mais parce que les atteindre est bon pour nous. Par souci de cohérence, nous devons reconnaître toutes les autres créatures pour lesquelles les choses peuvent être bonnes ou mauvaises comme des fins en soi[22].
Néanmoins, Korsgaard maintient que « nos relations morales avec les autres animaux ont une base et une forme différentes de nos relations morales avec d'autres personnes »[23]. Les devoirs envers les humains rationnels sont contraignants parce qu'ils peuvent faire valoir des revendications légitimes en appelant à une loi morale partagée. Les devoirs envers les animaux sont contraignants parce que nous avons un engagement envers notre propre statut de fin-en-soi en tant qu'animaux, ce qui devrait nous amener à considérer les animaux comme ayant aussi des revendications légitimes.
Plusieurs difficultés subsistent. Premièrement, Korsgaard ne révise pas vraiment la conception kantienne selon laquelle les devoirs directs envers autrui requièrent une contrainte morale mutuelle : ce qu'elle appelle devoirs « envers » (toward) les animaux sont simplement des devoirs kantiens « à l'égard » (regarding) des animaux, verbalement rempaquetés[24]. Deuxièmement, l'approche de Korsgaard ne montre pas de manière convaincante que les devoirs à l'égard des animaux ont le même poids que nos devoirs envers les êtres humains.
Perspectives critiques et alternatives
[modifier | modifier le wikicode]La critique du modèle de l'agent moral autonome : Kittay et l'éthique du care
[modifier | modifier le wikicode]Eva Feder Kittay, philosophe féministe et mère d'une fille gravement handicapée cognitive, développe une critique profonde des théories morales centrées sur l'autonomie et l'agentivité[25]. Selon Kittay, placer l'individu autonome au premier plan, éclipser l'importance de notre dépendance mutuelle, et faire des échanges réciproques entre égaux le modèle de l'interaction éthique n'est pas souhaitable pour construire une éthique de l'inclusion[26].
Kittay propose de reconnaître que la dépendance est inévitable et normale dans la vie humaine : nous sommes tous vulnérables à des périodes de dépendance (petite enfance, vieillesse, maladie, handicap). Au lieu de voir la dépendance comme une limitation, nous devrions la reconnaître comme une opportunité de connexion. L'éthique du care met l'accent sur trois dimensions du soin : le travail de soin (labor), l'attitude de sollicitude, et la vertu de prendre soin[27].
Cette approche est particulièrement pertinente pour penser notre rapport aux animaux. Comme les personnes gravement handicapées cognitives, beaucoup d'animaux sont vulnérables, dépendants (surtout les animaux domestiques), et incapables de réciprocité dans les termes habituels de l'échange moral. Une éthique du care permet de valoriser ces relations asymétriques sans les réduire à l'instrumentalisation.
Claudia Passos-Ferreira et l'empathie imaginative
[modifier | modifier le wikicode]Claudia Passos-Ferreira développe une approche phénoménologique de notre rapport aux personnes gravement handicapées intellectuellement qui peut être étendue aux animaux[28]. Elle distingue l'empathie perceptuelle (basée sur des indices directement observables) et l'empathie imaginative (simulation projective de la perspective affective d'autrui).
Pour Passos-Ferreira, même si les personnes gravement handicapées cognitives ne possèdent pas un point de vue réflexif (capacité à réfléchir sur leurs actions, intérêts et préférences), elles possèdent un point de vue pré-réflexif constitué de leurs capacités sensorielles, émotionnelles et motivationnelles. Ce point de vue pré-réflexif suffit pour justifier un respect fondé sur l'identification.
De même, les animaux possèdent un point de vue pré-réflexif avec lequel nous pouvons nous identifier par empathie. L'empathie imaginative est une compétence qui peut être développée et affinée par la pratique. Les soignants, vétérinaires et chercheurs peuvent apprendre à mieux imaginer les états mentaux des animaux dont ils s'occupent.
La phénoménologie animale : Veit et Browning
[modifier | modifier le wikicode]Walter Veit et Heather Browning appliquent la phénoménologie à la santé et à la souffrance animales[29]. Ils s'inspirent du travail de Havi Carel sur la phénoménologie de la maladie humaine et l'étendent aux animaux. Leur approche s'appuie sur une phénoménologie incarnée (embodied phenomenology) héritée de Merleau-Ponty : notre expérience consciente est ancrée dans notre corps et notre perception sensible.
Veit et Browning montrent comment des méthodes empiriques peuvent nous donner accès à la phénoménologie animale. L'évaluation comportementale qualitative (Qualitative Behavioural Assessment - QBA) permet à des observateurs entraînés d'évaluer l'expérience globale d'un animal en intégrant son comportement et son langage corporel. Les tests de biais cognitif révèlent si un animal est dans un état émotionnel positif (optimisme) ou négatif (pessimisme) en observant comment il réagit à des stimuli ambigus.
L'exemple du complexe du membre fantôme chez les chiens après amputation illustre l'importance de la phénoménologie animale. Certains chiens montrent des changements de personnalité (augmentation de l'agressivité et de l'anxiété) après amputation, suggérant qu'ils continuent à éprouver leur corps « habituel » et ressentent frustration et angoisse de ne plus pouvoir vivre comme avant[30].
La question de la personnalité juridique animale
[modifier | modifier le wikicode]Contexte et évolution du droit
[modifier | modifier le wikicode]Depuis le droit romain, la catégorie juridique de la « personne » a été la plus fondamentale, permettant aux humains et à certaines entités de participer à la vie juridique et d'entrer dans des relations juridiques. Traditionnellement, les animaux ne sont pas considérés comme des personnes juridiques mais comme des biens (property) ou, dans certaines législations récentes, comme des « êtres sensibles » bénéficiant d'une protection particulière sans accéder au statut de personne.
La loi française de 2015 a modifié le Code civil pour définir les animaux comme « des êtres vivants doués de sensibilité », marquant une évolution sans pour autant leur attribuer la personnalité juridique ni créer un régime juridique nouveau : sauf disposition spéciale, les animaux restent soumis au régime des biens[31].
Les arguments en faveur de la personnalité juridique
[modifier | modifier le wikicode]Les défenseurs de la personnalité juridique pour certains animaux avancent plusieurs arguments :
1. Argument des capacités cognitives : Les grands primates, les éléphants et les cétacés possèdent des capacités cognitives complexes (conscience de soi démontrée par le test du miroir, théorie de l'esprit, mémoire autobiographique, culture transmise, utilisation d'outils)[32]. Ces capacités sont comparables à celles de jeunes enfants humains qui sont des personnes juridiques.
2. Argument de la cohérence juridique : Le droit a évolué au fil du temps pour étendre la personnalité juridique à des groupes initialement exclus (esclaves affranchis, femmes, entreprises, navires). L'extension aux animaux serait une progression logique.
3. Argument de l'inadéquation du régime de protection : Les lois sur le bien-être animal, qui traitent les animaux comme des biens protégés, privilégient systématiquement les intérêts humains sur ceux des animaux[33]. La personnalité juridique offrirait une protection plus forte en reconnaissant des droits propres aux animaux.
4. Argument écologique : La reconnaissance de la personnalité juridique à des entités naturelles (rivières, forêts) crée un précédent pour étendre cette reconnaissance aux animaux.
Les tentatives juridiques et leurs échecs
[modifier | modifier le wikicode]Le Nonhuman Rights Project, organisation fondée par l'avocat Steven Wise en 1995, a lancé plusieurs actions en justice aux États-Unis demandant la reconnaissance du statut de personne juridique pour des chimpanzés et des éléphants détenus en captivité, en utilisant le mécanisme de l’habeas corpus[34]. L’habeas corpus est une procédure juridique traditionnellement utilisée par les prisonniers pour contester la légalité de leur détention.
Dans l'affaire Nonhuman Rights Project v. Lavery (État de New York, 2013-2018), le projet demandait la libération de quatre chimpanzés (Tommy, Kiko, Hercules et Leo) détenus dans des conditions jugées inappropriées. Les tribunaux ont systématiquement rejeté ces demandes, affirmant que la personnalité juridique est réservée aux êtres humains et que seule la législature, et non les tribunaux, peut étendre ce statut.
En janvier 2025, la Cour suprême du Colorado a rejeté la demande du Nonhuman Rights Project de transférer cinq éléphants âgés du zoo de Cheyenne Mountain vers un sanctuaire[35]. Le groupe alléguait que le confinement d'animaux de ce niveau d'intelligence produit « frustration chronique, stress, handicaps physiques et lésions cérébrales ». La Cour a statué que l'habeas corpus ne s'applique pas aux « animaux non humains », seulement aux « personnes ».
Ces décisions judiciaires révèlent plusieurs arguments récurrents des tribunaux contre la personnalité juridique animale :
1. Séparation des pouvoirs : Les tribunaux estiment que des changements sociétaux aussi profonds doivent émaner de la législature, pas de décisions judiciaires.
2. Absence de devoirs : Traditionnellement, les personnes juridiques ont non seulement des droits mais aussi des devoirs. Les animaux ne peuvent assumer de devoirs ou de responsabilités légales[36].
3. Conséquences pratiques : Étendre la personnalité juridique aux animaux soulèverait d'immenses questions pratiques : Tous les animaux ou seulement certaines espèces ? Que faire des relations prédateur-proie ? L'élevage deviendrait-il illégal ? Les propriétaires d'animaux domestiques seraient-ils coupables de « séquestration » ?
4. Différence de nature : Les tribunaux maintiennent qu'il existe une différence fondamentale entre humains et animaux qui justifie des traitements juridiques distincts, même si cette différence n'est pas toujours clairement articulée.
Approches alternatives et graduelles
[modifier | modifier le wikicode]Face à ces échecs répétés, certains juristes proposent des approches plus graduelles[37] :
1. Renforcement des droits simples : Au lieu de viser immédiatement la personnalité juridique pleine et entière, améliorer progressivement les droits légaux existants des animaux pour les faire fonctionner de plus en plus comme les droits humains[38].
2. Catégories intermédiaires : Créer une catégorie juridique intermédiaire entre « bien » et « personne », reconnaissant les animaux comme « êtres sensibles » avec un régime de protection spécifique.
3. Approche espèce par espèce : Commencer par reconnaître la personnalité juridique pour un nombre limité d'espèces aux capacités cognitives exceptionnellement développées (grands primates, éléphants, cétacés, corvidés).
4. Tutelle et représentation : Développer des mécanismes de représentation juridique pour les animaux sans nécessairement leur conférer la personnalité juridique complète, comme c'est le cas pour les enfants ou les personnes gravement handicapées.
Les enjeux transhumanistes et les frontières de l'humain
[modifier | modifier le wikicode]Le défi transhumaniste
[modifier | modifier le wikicode]Le mouvement transhumaniste, qui promeut l'amélioration technologique des êtres humains, introduit de nouvelles complexités dans le débat sur les personnes non-humaines. Le Transhumanist Bill of Rights 3.0, adopté en 2018 par le U.S. Transhumanist Party, définit les « entités sensibles » (sentient entities) ayant droit au respect comme incluant non seulement les humains et les humains génétiquement modifiés, mais aussi les cyborges, les intelligences numériques, les animaux intellectuellement améliorés, et toute espèce végétale ou animale ayant été améliorée pour posséder la capacité de pensée intelligente[39].
Cette extension du concept de personne soulève plusieurs questions philosophiques et éthiques fondamentales :
1. Qui décide des critères de personnalité ? Si les modifications génétiques et technologiques peuvent créer de nouveaux types d'entités cognitives, qui déterminera lesquelles méritent le statut de personne ?
2. Hiérarchie des personnes ? Y aura-t-il une hiérarchie entre personnes « naturelles » et personnes « améliorées » ? Entre personnes biologiques et personnes artificielles ?
3. Dissolution de la catégorie ? Si la personnalité peut être conférée à un nombre croissant d'entités différentes, la catégorie de « personne » ne risque-t-elle pas de perdre toute signification opératoire ?
L'édition génomique et les chimères
[modifier | modifier le wikicode]Le développement de l'édition génomique humaine (CRISPR-Cas9) et la création possible de chimères homme-animal posent des questions inédites sur les frontières de l'humanité. Le cadre de l'OMS pour la gouvernance de l'édition génomique mentionne explicitement les préoccupations concernant les chimères homme-animal et les « embryoïdes synthétiques » (synthetic embryoid beings)[40].
Plusieurs questions éthiques émergent :
1. Statut moral des chimères : Une chimère contenant un pourcentage significatif de matériel génétique humain devrait-elle être considérée comme une personne humaine, une personne non-humaine, ou quelque chose d'entièrement nouveau[41] ?
2. Capacités cognitives humanisées : Si une chimère développait des capacités cognitives comparables à celles d'un humain (en raison de tissus cérébraux partiellement humains), devrait-elle bénéficier de protections équivalentes à celles des humains ?
3. Critère d'appartenance à l'espèce : À l'ère de l'édition génique, qu'est-ce qui détermine l'appartenance à l'espèce humaine ? Le pourcentage de gènes humains ? La généalogie évolutive ? Les capacités fonctionnelles ? L'apparence phénotypique[42] ?
Ces interrogations rejoignent des questions plus anciennes en philosophie de la biologie : qu'est-ce qu'une espèce ? Les trois facteurs généralement considérés (généalogie évolutive, similitude génomique, potentiel de reproduction inter-fertile) deviennent problématiques dans un contexte d'ingénierie génétique délibérée.
Critiques et limites du concept de personne non-humaine
[modifier | modifier le wikicode]L'objection de l'absence de devoirs
[modifier | modifier le wikicode]Une objection classique à l'extension de la personnalité aux animaux est qu'ils ne peuvent assumer de devoirs ou de responsabilités[43]. La personnalité juridique implique traditionnellement non seulement des droits mais aussi des obligations. Comment un animal pourrait-il être tenu responsable de ses actes ?
Deux réponses sont généralement apportées :
1. L'argument des « humains marginaux » : De nombreux humains ne peuvent assumer de devoirs (nouveau-nés, personnes sévèrement handicapées cognitives, personnes en état végétatif) et pourtant sont des personnes juridiques avec des droits. L'incapacité de fait à assumer des obligations n'est donc pas un obstacle à être sujet de droits.
2. L'argument de la pertinence morale : L'incapacité à assumer des devoirs n'est pas moralement pertinente pour mériter des protections. Ce qui compte moralement est la capacité à avoir des intérêts, à souffrir, à être vulnérable aux préjudices.
Le problème du monde naturel et de la prédation
[modifier | modifier le wikicode]Si les animaux ont des droits au sens fort, que faire des relations prédateur-proie dans la nature ? Avons-nous l'obligation d'intervenir pour protéger les gazelles des lions, les souris des hiboux ?
Tom Regan répond que seuls les agents moraux (les humains) peuvent violer des droits. Les prédateurs non-humains ne violent pas les droits de leurs proies car ils ne sont pas des agents moraux[44]. Nous n'avons donc pas d'obligation générale d'intervenir dans les relations prédateur-proie naturelles, même si cela ne signifie pas qu'une intervention ne serait jamais justifiée (par exemple si nous avions créé artificiellement la situation).
Cette réponse reste controversée. Certains critiques, comme J. Baird Callicott, ont accusé la théorie des droits animaux de Regan d'impliquer logiquement « une politique d'extermination humaine des prédateurs ». Regan conteste cette interprétation excessive, mais la tension entre droits individuels des animaux et écologie des écosystèmes reste un défi théorique majeur.
La question des degrés de statut moral
[modifier | modifier le wikicode]David DeGrazia propose que le statut moral admette des degrés plutôt que d'être un statut binaire (personne/non-personne)[45]. Selon ce modèle, tous les êtres sensibles méritent une égale considération pour leurs intérêts comparables, mais certains de leurs intérêts peuvent différer en importance. Par exemple, un chimpanzé peut avoir un intérêt dans sa liberté de mouvement comparable à celui d'un humain, mais peut-être pas un intérêt aussi fort dans l'accès à l'éducation supérieure.
Cette approche gradualiste présente des avantages : elle permet de reconnaître les différences réelles entre espèces tout en maintenant un principe d'égale considération. Elle évite aussi le problème du « tout ou rien » : plutôt que de devoir trancher si un être est ou n'est pas une personne, on peut reconnaître des degrés de statut moral correspondant aux capacités réelles des différents êtres.
Néanmoins, l'approche gradualiste comporte aussi des risques : elle peut servir à justifier une dévalorisation systématique des intérêts animaux par rapport aux intérêts humains, reproduisant ainsi le spécisme qu'elle prétendait combattre. Comment s'assurer que les « degrés » de statut moral reflètent les capacités réelles des animaux plutôt que nos préjugés anthropocentriques ?
Les limites d'une approche uniquement cognitive
[modifier | modifier le wikicode]Plusieurs philosophes critiquent la tendance à fonder le statut moral uniquement sur les capacités cognitives. Cora Diamond, Mary Midgley et Alice Crary argumentent que l'approche dominante de l'éthique animale (capacities-based approach) déforme notre compréhension de nos relations avec les autres humains et ne fournit pas une base convaincante pour le traitement éthique des animaux[46].
Diamond soutient que ce sont nos pratiques qui fondent notre compréhension de qui sont les êtres avec lesquels nous interagissons et qui fournissent les raisons de les traiter d'une certaine manière. Notre refus de manger des cadavres humains, par exemple, n'est pas basé sur le respect de leurs intérêts ou capacités (un cadavre n'a ni intérêt ni capacité), mais sur le fait qu'être humain signifie être quelque chose qui n'est pas destiné à être mangé.
Midgley critique l'approche dominante pour son attention inadéquate aux contextes, faits et détails de nos relations complexes avec les animaux. Abstraite des relations concrètes dans lesquelles elle prend son sens, la rhétorique des droits ou du respect devient opaque et ambiguë.
Ces critiques suggèrent qu'une éthique animale adéquate ne peut se fonder uniquement sur l'identification de capacités cognitives, mais doit intégrer la complexité de nos pratiques, émotions et relations avec les animaux.
Conclusion et perspectives
[modifier | modifier le wikicode]La question des personnes non-humaines reste au cœur des débats contemporains en philosophie morale, éthique animale, bioéthique et théorie juridique. Les vingt dernières années ont vu une intensification et une sophistication considérables de ces discussions, nourries par trois développements majeurs :
1. Les progrès des sciences cognitives et de l'éthologie ont considérablement enrichi notre compréhension des capacités mentales des animaux. L'accumulation de preuves concernant la conscience de soi, la mémoire épisodique, l'utilisation d'outils, la transmission culturelle et les capacités socio-cognitives complexes chez de nombreuses espèces rend de plus en plus difficile de justifier leur exclusion de la communauté morale sur la base d'une prétendue absence de vie mentale significative.
2. Les technologies biomédicales émergentes (édition génomique, chimères homme-animal, intelligence artificielle avancée, amélioration cognitive) brouillent les frontières traditionnelles entre espèces et entre naturel et artificiel. Ces développements obligent à repenser les critères mêmes de la personnalité et de l'appartenance à la communauté morale.
3. Les mobilisations sociales et juridiques pour la reconnaissance des droits des animaux, bien qu'elles aient connu des échecs répétés devant les tribunaux, ont néanmoins placé ces questions au centre du débat public et stimulé une réflexion philosophique approfondie sur les fondements de notre système juridique.
Malgré ces avancées, plusieurs défis théoriques et pratiques majeurs subsistent. Sur le plan théorique, le désaccord persiste sur les critères fondamentaux du statut moral : est-ce la sentience, la conscience de soi, l'autonomie, les capacités cognitives complexes, la vulnérabilité, les relations de soin, ou une combinaison de ces facteurs ? Comment articuler le principe d'égale considération avec la reconnaissance de différences réelles entre êtres ? Comment penser les obligations envers les générations futures d'humains et d'animaux dans le contexte des technologies d'amélioration ?
Sur le plan pratique, les institutions juridiques et politiques peinent à traduire les avancées philosophiques en réformes concrètes. Les tentatives de reconnaissance de la personnalité juridique animale se heurtent à des obstacles structurels : la séparation des pouvoirs (les tribunaux renvoient la question aux législateurs), la complexité des conséquences pratiques, les intérêts économiques considérables liés à l'exploitation animale, et les résistances culturelles ancrées dans des millénaires de domination humaine.
Le concept de personne non-humaine demeure donc à la fois prometteur et problématique : prometteur parce qu'il offre un cadre conceptuel pour reconnaître la dignité et les droits d'êtres trop longtemps traités comme de simples instruments, problématique parce qu'il étend une catégorie juridique et morale historiquement liée à l'humanité à des contextes où son applicabilité reste contestée.
La tâche de la bioéthique contemporaine face à ces questions est triple : approfondir l'analyse conceptuelle des notions de personne, de dignité et de statut moral ; développer une phénoménologie plus riche de l'expérience animale s'appuyant sur les méthodes empiriques des sciences cognitives ; et contribuer à l'élaboration de cadres juridiques et politiques qui, même sans accorder immédiatement la personnalité juridique pleine aux animaux, renforcent progressivement leurs protections et reconnaissent leur valeur intrinsèque.
C'est dans cet esprit de recherche rigoureuse, d'ouverture aux perspectives multiples et d'engagement pour la justice que doit se poursuivre la réflexion bioéthique sur les personnes non-humaines au XXIe siècle.
Références
[modifier | modifier le wikicode]- ↑ UNESCO, Universal Declaration on Bioethics and Human Rights, 2005
- ↑ U.S. Transhumanist Party, Transhumanist Bill of Rights Version 3.0, 2018
- ↑ WHO Expert Advisory Committee, Human genome editing: a framework for governance, Genève, WHO, 2021
- ↑ Peter Singer, Animal Liberation, New York, Random House, 1975 ; trad. fr. Louise Rousselle, La Libération animale, Paris, Payot, 2012
- ↑ Singer cité dans The Case for Animal Personhood, Famous Trials, 2001
- ↑ Peter Singer, Practical Ethics, Cambridge, Cambridge University Press, 1993, 2e édition
- ↑ David DeGrazia, Taking Animals Seriously: Mental Life and Moral Status, Cambridge, Cambridge University Press, 1996, p. 35-47
- ↑ Singer cité dans Jacqueline Laing, Animal Rights Theory and Utilitarianism: Relative Normative Guidance, Animal Law Review, vol. 3, 1996, p. 107-153
- ↑ Peter Singer, Animal Liberation, 2e édition, 1989, cité dans Animal Law, 1996
- ↑ Jacqueline Laing critique l'inconsistance de Singer, selon Animal Law, 1996
- ↑ Singer reconnaît cette implication dans le débat avec Richard Posner, 2001
- ↑ Tom Regan, The Case for Animal Rights, Berkeley, University of California Press, 1983 ; 2e éd. 2004
- ↑ Tom Regan, The Case for Animal Rights, Berkeley, University of California Press, 1983, p. 243-248
- ↑ Tom Regan, The Case for Animal Rights, University of California Press, 1983, p. 243
- ↑ Tom Regan, The Case for Animal Rights, dans Peter Singer (dir.), In Defense of Animals, New York, Basil Blackwell, 1985
- ↑ Citation de Regan dans Abolitionism (animal rights), Wikipedia, consulté en 2025
- ↑ Martha C. Nussbaum, Frontiers of Justice: Disability, Nationality, Species Membership, Cambridge (MA), Harvard University Press, 2006
- ↑ Martha Nussbaum, Frontiers of Justice, 2006, p. 76-78
- ↑ Martha Nussbaum, « Should We Ascribe Capabilities to Sentient Animals ? », De Ethica, vol. 3, n° 1, 2016, p. 61-76
- ↑ Critique du concept de capacité appliqué aux animaux, « Should We Ascribe Capabilities to Animals ? », De Ethica, 2016
- ↑ Christine M. Korsgaard, Fellow Creatures: Our Obligations to the Other Animals, Oxford, Oxford University Press, 2018
- ↑ Reconstruction de l'argument de Korsgaard dans Frédéric Müller, « Korsgaard's Duties towards Animals: Two Difficulties », Philosophical Quarterly, vol. 72, n° 4, 2022, p. 911-931
- ↑ Christine Korsgaard citée dans Frédéric Müller, « Korsgaard's Duties towards Animals: Two Difficulties », 2022
- ↑ Critique de Müller : les devoirs toward ne sont que des devoirs regarding, 2022, p. 922
- ↑ Eva Feder Kittay, « The Ethics of Care, Dependence, and Disability », Ratio Juris, vol. 24, n° 1, 2011, p. 49-58
- ↑ Eva Feder Kittay, « The Ethics of Care, Dependence, and Disability », 2011, p. 51
- ↑ Trois dimensions du care selon Kittay, 2011, p. 52
- ↑ Claudia Passos-Ferreira, « Empathizing with the Intellectually Disabled », Handbook of Bioethical Decisions, vol. I, Cham, Springer, 2023, p. 287-302
- ↑ Walter Veit et Heather Browning, « Phenomenology Applied to Animal Health and Suffering », dans James Giordano et Evan Micah Thompson (dir.), Phenomenology of Bioethics: Technoethics and Lived-Experience, Cham, Springer, 2021, p. 93-108
- ↑ Menchetti et al. (2017) sur le membre fantôme chez les chiens, cité par Veit et Browning, 2021
- ↑ Loi française n° 2015-177 du 16 février 2015, citée dans Sofia Riot, « Legal Personhood of Animals (I) », Derecho Animal, vol. 9, n° 2, 2018, p. 30-55
- ↑ David Favre et Randall S. Abate, « Legal Personhood for Animals: Has Science Made Its Case ? », Animals, vol. 13, n° 14, 2023, article 2339
- ↑ Peter Singer sur les limites du welfarisme, Famous Trials, 2001
- ↑ Steven M. Wise et Nonhuman Rights Project, documentation disponible sur www.nonhumanrights.org
- ↑ « The Right to Personhood: One Professor's Fight for Animals », University of Denver News, 17 février 2025
- ↑ Objection des devoirs discutée dans Simone Pezzetta, « Animals as Subjects or Citizens: Can Animals have rights without duties ? », Derecho Animal, vol. 15, n° 1, 2025, p. 9-28
- ↑ Maneesha Deckha, « Transition rather than Revolution: The Gradual Road towards Animal Legal Personhood through the Legislature », Transnational Environmental Law, vol. 11, n° 2, 2022, p. 313-337
- ↑ Visa A. J. Kurki, « Towards a Theory of Legal Animal Rights: Simple and Fundamental Rights », Oxford Journal of Legal Studies, vol. 40, n° 3, 2020, p. 533-561
- ↑ U.S. Transhumanist Party, Transhumanist Bill of Rights Version 3.0, 2018
- ↑ WHO Expert Advisory Committee on Developing Global Standards for Governance and Oversight of Human Genome Editing, Human genome editing: a framework for governance, Genève, WHO, 2021
- ↑ Christopher Tollefsen et Patrick Lee, « Embryo Research Ethics », dans Thomas Schramme et Steven Edwards (dir.), Medical Research Ethics: Challenges in the 21st Century, Cham, Springer, 2023, p. 1-17
- ↑ Marco Stier, « What is Human Gene Editing ? », dans Britta van Beers, Daniela Bambara et Anna Manousi (dir.), Governance of Human Gene Editing and Transhumanism, Cham, Springer, 2024, p. 63-86
- ↑ Simone Pezzetta, « Animals as Subjects or Citizens », Derecho Animal, vol. 15, n° 1, 2025
- ↑ Tom Regan, « Animal Rights and Environmental Ethics », texte disponible en ligne, 1983
- ↑ David DeGrazia, « Moral Status as a Matter of Degree ? », Southern Journal of Philosophy, vol. 46, n° 2, 2008, p. 181-198
- ↑ Discussion de Diamond, Midgley et Crary dans Handbook of Bioethical Decisions, vol. I, 2023, p. 45-68
Bibliographie
[modifier | modifier le wikicode]Ouvrages
[modifier | modifier le wikicode]- DeGrazia, David, Taking Animals Seriously: Mental Life and Moral Status, Cambridge, Cambridge University Press, 1996, 316 p.
- Donaldson, Sue et Kymlicka, Will, Zoopolis: A Political Theory of Animal Rights, Oxford, Oxford University Press, 2011 ; trad. fr. Pierre Madelin, Zoopolis. Une théorie politique des droits des animaux, préf. Corine Pelluchon, Paris, Alma, 2016, 368 p.
- Korsgaard, Christine M., Fellow Creatures: Our Obligations to the Other Animals, Oxford, Oxford University Press, 2018, 260 p.
- Nussbaum, Martha C., Frontiers of Justice: Disability, Nationality, Species Membership, Cambridge (MA), Harvard University Press, 2006, 487 p.
- Regan, Tom, The Case for Animal Rights, Berkeley, University of California Press, 1983 ; 2e éd. 2004, 493 p.
- Singer, Peter, Animal Liberation, New York, Random House, 1975 ; trad. fr. Louise Rousselle, La Libération animale, Paris, Payot, 2012, 480 p. ; nouvelle édition définitive : Animal Liberation Now, Londres, Bodley Head, 2023 ; trad. fr. La Libération animale (édition définitive), préf. Yuval Noah Harari, Paris, Payot, 2024, 500 p.
- Singer, Peter, Practical Ethics, Cambridge, Cambridge University Press, 1979 ; 2e éd. 1993 ; 3e éd. 2011.
- Wise, Steven M., Rattling the Cage: Toward Legal Rights for Animals, Cambridge (MA), Perseus Books, 2000.
- Wise, Steven M., Drawing the Line: Science and the Case for Animal Rights, Cambridge (MA), Perseus Books, 2002.
Articles et chapitres
[modifier | modifier le wikicode]- Dardenne, Émilie, Giroux, Valéry et Utria, Enrique (dir.), Peter Singer et la libération animale. Quarante ans plus tard, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2017, 164 p.
- DeGrazia, David, « Moral Status as a Matter of Degree ? », Southern Journal of Philosophy, vol. 46, n° 2, 2008, p. 181-198.
- Favre, David et Abate, Randall S., « Legal Personhood for Animals: Has Science Made Its Case ? », Animals, vol. 13, n° 14, 2023, article 2339.
- Kittay, Eva Feder, « The Ethics of Care, Dependence, and Disability », Ratio Juris, vol. 24, n° 1, 2011, p. 49-58.
- Kurki, Visa A. J., « Towards a Theory of Legal Animal Rights: Simple and Fundamental Rights », Oxford Journal of Legal Studies, vol. 40, n° 3, 2020, p. 533-561.
- Laing, Jacqueline, « Animal Rights Theory and Utilitarianism: Relative Normative Guidance », Animal Law Review, vol. 3, 1996, p. 107-153.
- Müller, Frédéric, « Korsgaard's Duties towards Animals: Two Difficulties », Philosophical Quarterly, vol. 72, n° 4, 2022, p. 911-931.
- Nussbaum, Martha C., « Should We Ascribe Capabilities to Sentient Animals ? », De Ethica, vol. 3, n° 1, 2016, p. 61-76.
- Passos-Ferreira, Claudia, « Empathizing with the Intellectually Disabled », dans Henk ten Have (dir.), Handbook of Bioethical Decisions, vol. I, Cham, Springer, 2023, p. 287-302.
- Pezzetta, Simone, « Animals as Subjects or Citizens: Can Animals have rights without duties ? », Derecho Animal, vol. 15, n° 1, 2025, p. 9-28.
- Riot, Sofia, « Legal Personhood of Animals (I): The case for the legal personhood of companion animals », Derecho Animal, vol. 9, n° 2, 2018, p. 30-55.
- Veit, Walter et Browning, Heather, « Phenomenology Applied to Animal Health and Suffering », dans James Giordano et Evan Micah Thompson (dir.), Phenomenology of Bioethics: Technoethics and Lived-Experience, Cham, Springer, 2021, p. 93-108.
- Wrenn, Corey Lee, « Abolitionist Animal Rights: Critical Comparisons and Challenges within the Animal Rights Movement », Interface: A Journal for and about Social Movements, vol. 4, n° 2, 2012, p. 438-458.
Ressources juridiques et institutionnelles
[modifier | modifier le wikicode]- Deckha, Maneesha, « Transition rather than Revolution: The Gradual Road towards Animal Legal Personhood through the Legislature », Transnational Environmental Law, vol. 11, n° 2, 2022, p. 313-337.
- Loi française n° 2015-177 du 16 février 2015 relative à la modernisation et à la simplification du droit et des procédures dans les domaines de la justice et des affaires intérieures, article 2 modifiant l'article 515-14 du Code civil.
- Nonhuman Rights Project, site web officiel : https://www.nonhumanrights.org/
- U.S. Transhumanist Party, Transhumanist Bill of Rights Version 3.0, 2018, disponible en ligne.
- UNESCO, Universal Declaration on Bioethics and Human Rights, Paris, UNESCO, 2005.
- WHO Expert Advisory Committee on Developing Global Standards for Governance and Oversight of Human Genome Editing, Human genome editing: a framework for governance, Genève, WHO, 2021.
Ressources électroniques
[modifier | modifier le wikicode]- Francione, Gary L. et Charlton, Anna, Animal Rights: The Abolitionist Approach, site web : https://www.abolitionistapproach.com/
- Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Animalism », consulté en 2025 : https://plato.stanford.edu/entries/animalism/
- Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « The Moral Status of Animals », consulté en 2025 : https://plato.stanford.edu/entries/moral-animal/