Formation musicale/Forme d'une œuvre
La forme d'un œuvre est la manière dont l'œuvre est organisée.
La phrase et le thème
[modifier | modifier le wikicode]L'élément de base d'une œuvre est la phrase. ne phrase musicale est une mélodie. Comme en littérature, une phrase exprime une « idée » musicale, elle forme un tout cohérent avec un début et une fin, elle pourrait forme une courte œuvre e elle-même. La phrase peut se décomposer en « sous-phrases » appelées « périodes ».
De même qu'en littérature, plusieurs phrases forment un paragraphe, en musique, plusieurs phrases forment un thème.
Les notions de phrase et de thème font appel au ressenti à l'écoute. Sur une partition, l'écriture peut donner des indications, notamment lorsqu'il y a des silences et écritures rythmiques contrastées ; mais une phrase peut s'étendre à cheval sur des silences.
La forme la plus simple est la comptine enfantine : c'est un morceau court avec une seule phrase. Les chansons populaire ont en général deux phrases : un couplet et un refrain.
Les cadences
[modifier | modifier le wikicode]Une cadence est une succession d'accords qui ponctue un morceau. En particulier, elle conclue une phrase musicale.
Les deux cadences les plus courantes sont la cadence parfaite et la demie cadence :
- demie cadence : repos sur un accord de quinte sur la dominante de la tonalité en cours : V5 (pas d'accord de septième de dominante, ou très exceptionnellement) ;
elle a un effet suspensif, elle crée une attente ; - cadence parfaite : succession d'un accord de quinte ou de septième sur la dominante de la tonalité en cours (degré V), et d'un accord de quinte sur la tonique (degré I) : V5 → I5 ou bien V7+ → I5 ;
elle a un effet conclusif.
Notez que les accords sont à l'état fondamental (pas de renversement). Par ailleurs, il ne suffit pas d'avoir un accord de dominante ou une succession dominante-tonique pour avoir une cadence ; cela s'accompagne d'une conclusion de la phrase mélodique. C'est essentiellement à l'écoute que l'on reconnaît une cadence, même s'il peut y avoir des indices sur la partition.
Il existe d'autres cadences :
- cadence rompue ou cadence évitée : succession, en fin de phrase, d'un accord de dominante (V) et d'un autre accord, en général d'un accord sur la sus-dominante (VI) : V → VI ; elle a un effet suspensif ;
certains distinguent la cadence rompue, pour laquelle on reste dans la même tonalité, et la cadence évitée, pour laquelle le second accord est dans une autre tonalité (emprunt ou modulation) ; - cadence imparfaite : c'est une cadence parfaite mais dont au moins un accord est à l'état renversé, en général le premier renversement : V6 → I5, V6
5→ I, V5 → I6…
comme la cadence parfaite, elle a un effet conclusif mais plus doux ; - cadence plagale : c'est la succession d'un accord sur la sous-dominante IV et d'un accord de tonique (I) : IV5 → I5 ;
elle a un effet conclusif et solonnel ; elle est parfois précédée d'une cadence parfaite, V → I → IV → I ; - tierce picarde : dans une tonalité mineure, c'est une cadence parfaite mais dont l'accord de tonique est un accord parfait majeur alors qu'il devrait être mineur, la tierce de l'accor de tonique eqt donc une tierce majeure et non mineure : V → I3♯ (ou I3♮ si la médiante est bémolée).
Une cadence est parfois précédée du second renversement de l'accord de tonique, I64, dit « six-quatre de cadence » ou « appoggiature de cadence » : I64 → V5 → I5 ou I64 → V7+ → I5. Les accords I et V ont en commun la dominante de la tonalité ; du fait du renversement, les accords I64 et V5 (ou V7+) ont donc la même basse.
La notion d'accord et de renversement a été formalisée par Jean-Philippe Rameau dans son Traité de l'harmonie réduite à ses principes naturels (1722).
Les formes les plus courantes
[modifier | modifier le wikicode]La forme AABA
[modifier | modifier le wikicode]La forme « AABA » est une forme qui a deux thèmes : le premier est appelé A et le second est appelé B. On joue deux fois le thèle A, puis une fois le thème B, puis on reprend le thème A. C'est la structure de nombreuses chansons, comme Au Clair de la Lune :
- A : « Au clair de la Lune, mon ami Pierrot » ;
- A : « Prête-moi ta plume pour écrire un mot » ;
- B : « Ma chandelle est morte, je n'ai plus de feu » ;
- A : « Ouvre-moi ta porte, pour l'amour de Dieu. »
C'est une forme très courante des chansons des comédies musicales étatsuniennes des années 1930, et nombre de ces chansons sont devenues des standards de jazz.
La forme thème et variations
[modifier | modifier le wikicode]La forme « thème et variations », ou « thème varié », a un seul thème. Ce thème est exposé, puis il est repris en introduisant des variations. Il peut s'agir de variations rythmiques, mélodiques, d'orchestration (le thème est joué avec d'autres instruments)…
On peut citer le quatrième mouvement « Thema – Andantino – Variazioni I–V – Allegretto » du quintette « La Truite » de Schubert (Quintette en la majeur, D. 667, 1819)
- Schubert Ensemble: Schubert "Trout" Quintet, 4th Movement. sur Schubert Ensemble (, 8 minutes) YouTube. Consulté le .
ou bien Introduction, thème et variations pour hautbois et orchestre en fa majeur (Op.102, 1824) de Johann Nepomuk Hummel
- Hummel - Introduktion, Thema und Variationen ; François Leleux ; WDR Sinfonieorchester sur ARD Klassik (, 13 minutes) YouTube. Consulté le .
ou encore Sept Variations pour violoncelle et piano en mi♭ majeur sur Bei Männern welche Liebe fühlen de La Flûte enchantée de Mozart de Ludwig van Beethoven, (WoO 46, 1801)
- Beethoven: 7 Variations sur un thème de "La Flûte enchantée" de Mozart WoO 46 (En mi bémol majeur) · André Navarra · Pierre Sancan · Claude Pascal sur André Navarra (, 10 minutes) YouTube. Consulté le .
La forme rondo
[modifier | modifier le wikicode]La forme rondo, ou rondeau (orthographe pour l'époque baroque), comporte un thème A (refrain) qui est répété en alternance avec d'autres thèmes B, C, D… La structure est donc A-B-A-C-A-D-A… La forme des chansons couplet-refrain-couplet-refrain est donc une forme simple de la forme rondo. Il est souvent utilisé pour le dernier mouvement d’une symphonie, d’une sonate, d’un concerto…
Citons le Introduction et Rondo capriccioso en la mineur (op. 28, 1863) de Camille Saint-Saëns
- María Dueñas: Saint-Saëns - Introduction et rondo capriccioso, Op. 28 sur Deutsche Grammophon - DG (, 10 minutes) YouTube. Consulté le .
ainsi que le troisième mouvement « Finale: Presto ma non troppo » de la Sonate pour piano no 50 en ré majeur (Hob. XVI: 37, 1779) de Joseph Haydn
- Joseph Haydn: Piano Sonata No. 50 in D Major, Hob. XVI:37 - III. Finale. Presto ma non troppo (Live) sur Olga Scheps (, 3 minutes) YouTube. Consulté le .
La forme menuet et le scherzo
[modifier | modifier le wikicode]La forme menuet est issue de la danse du même nom, formalisée à la Renaissance. C'est une danse trois temps.
La forme menuet comporte trois partie, appelées « menuet - trio - menuet da capo ». Le menuet ne comporte pas de thème, uniquement des phrases ; chaque partie comporte deux phrases.
La première partie « menuet » comporte donc deux phrases a et b, avec des reprises, selon la structure :
- a :||: b | a :||
La deuxième partie « trio » a une structure identique, avec deux phrases c et d :
- c :||: d | c :||
La troisième partie « menuet DC » consiste à rejouer la première partie, mais sans les reprises :
- a | b | a ||
Sur la partition, la troisième partie « menuet DC » n'est pas écrite ; il y a simplement la mention da capo ou D. C. à la fin du mouvement, les musiciens et musiciennes savent qu'il ne faut alors pas faire les reprises.
Citons le troisième mouvement « Menuetto - Allegretto » de la Symphonie no 1 en ré majeur (D. 82, 1813) de Franz Schubert
- Schubert: Symphony No. 1 in D Major, D. 82: III. Menuetto. Allegretto sur Berlin Philharmonic Orchestra (, 6 minutes) YouTube. Consulté le .
Le scherzo est une forme apparue à l'époque romantique. C'est un menuet joué plus rapidement.
Le troisième mouvement d'une symphonie, d'une sonate ou d'un concerto est en général un menuet ou un scherzo. C'est un reste des suites de danse de la Renaissance et du Baroque. Dans le suites de danse, la première et la troisième partie étaient interprétées par tout l'orchestre, tandis que la partie centrale n'était interprétée que par trois instruments, deux aigus et un grave, d'où le nom de « trio ». Dans la même logique, aux époques classique et romantique, le trio est souvent interprété par moins d'instruments que les parties menuet et menuet DC.
La forme sonate
[modifier | modifier le wikicode]Il faut distinguer la sonate, qui est une pièce musicale sous la forme d'un duo (en général entre un instrument soliste et un piano), et la forme sonate, qui est une structure de morceau.
La forme sonate a une structure en trois parties : « exposition - développement - réexposition ».
La première partie, exposition, comporte deux thèmes a et b, séparés par un « pont » (phrase musicale courte) :
- a | pont | b :||
- quand le thème a est en mode majeur, le thème b est dans la tonalité de la dominante (par exemple si a est en do majeur, b est en sol majeur) ;
- quand le thème a est en mode mineur, alors le thème b est dans le mode relatif majeur (si a est en la mineur, b est en do majeur).
Le développement utilise tout ou partie du matériel de l'exposition, et se termine en général par un phrase musicale appelée coda, ou codetta quand elle est courte. On a donc des phrases a1, a2…, b1, b2… avec éventuellement un pont.
La réexposition consiste à rejouer les thèmes a et b, mais dans la tonalité originale du thème a.
Citons le premier mouvement « Allegro con brio » de la Sonate pour piano no 50 en ré majeur (Hob. XVI: 37, 1779) de Joseph Haydn
- Joseph Haydn: Piano Sonata No. 50 in D Major, Hob. XVI:37 - I. Allegro con brio (Live) sur Olga Scheps (, 6 minutes) YouTube. Consulté le .
Le premier mouvement d'une sonate, d'une symphonie ou d'un concerto a souvent une forme sonate.
Notes et références
[modifier | modifier le wikicode]« Comment différencier une concerto d'une sonate et d'une symphonie ? On pourrait répondre que :
- la sonate est une symphonie de chambre ;
- la symphonie, une sonate pour orchestre ;
- et le concerto, une symphonie avec soliste. »
— Clément Rochefort, « Concerto, sonate, symphonie : comment les distinguer ? », sur France Musique/YouTube, (consulté le 7 octobre 2025)