Aller au contenu

Introduire la biodiversité dans la construction et l'urbanisme/Biodiversité dans l'environnement bâti : de quoi parlons nous ?/Changer la notion d'espaces verts

Un livre de Wikilivres.

De l’espace vert à l’infrastructure écologique urbaine

[modifier | modifier le wikicode]
Ecopâturage urbain dans le Bois de la citadelle, à Lille
Écopâturage urbain (Lille, bois de la Citadelle)
Vaste espace ouvert, engazonné (Parc Barbieux, Roubaix, 2014)
Aménagement paysager (Parc Barbieux de Roubaix, 2006)


La notion d’« espace vert » en urbanisme a longtemps été associée à des fonctions surtout esthétiques, récréatives ou hygiénistes.

Elle peut désormais s'inscrire dans le réseau des infrastructures écologique urbaine et tendre à devenir un espace à haute valeur écosystémique, conçu non plus seulement pour offrir les aménités d'un jardin beau et reposant, mais aussi destiné à soutenir la biodiversité, restaurer les fonctionnalités écologiques et renforcer la résilience des territoires face aux perturbations, notamment climatiques (inondations et bulles de chaleur urbaine notamment)[1],[2]..

Cette évolution s’inscrit dans le cadre de l’écologie du paysage, des solutions fondées sur la nature et des politiques de connectivité écologique. Elle suppose de considérer les espaces végétalisés, les sols, les eaux et les habitats associés comme des composantes fonctionnelles d’un réseau écologique, et non comme de simples surfaces décoratives ou résiduelles[3].

Services écosystémiques prioritaires

[modifier | modifier le wikicode]

Les espaces verts urbains fournissent plusieurs catégories de services écosystémiques. En contexte urbain, les services les plus stratégiques sont généralement les services de régulation et les services culturels, car ensemble, ils contribuent directement à l’adaptation climatique, à la santé publique et au bien-être des habitants[4],[5]..

Les services de régulation comprennent notamment :

  • l’atténuation des îlots de chaleur urbains par l’ombrage et l’évapotranspiration ;
  • la gestion des eaux pluviales par l’infiltration, le ralentissement du ruissellement et le soutien à l’épuration naturelle ;
  • l’amélioration de la qualité de l’air ;
  • la réduction de certains risques liés aux épisodes extrêmes, notamment les canicules et les inondations[6]..

Les services culturels et sociaux incluent l’accès à la nature, le bien-être psychologique, les pratiques de loisirs, les fonctions éducatives, l’identité paysagère et la cohésion sociale. En milieu dense, ces services sont aussi des leviers d’acceptabilité sociale des projets de renaturation et de protection de la biodiversité[7]..

Les services d’approvisionnement existent également, mais ils sont souvent secondaires en ville ; ils concernent par exemple la production de biomasse, de fruits, de graines ou de bois. Les services de soutien, comme la formation des sols, le recyclage des nutriments ou l’hébergement d’habitats, sont moins visibles mais essentiels au fonctionnement des écosystèmes urbains[8].

Biodiversité comme priorité

[modifier | modifier le wikicode]

Le passage d’un espace vert ornemental à un espace écologique implique de faire de la biodiversité un objectif de conception, de gestion et d’évaluation. Il ne s’agit plus seulement de paysager de manière classique en terrassant et en plantant du végétal ornemental structuré, mais de créer des milieux dynamique et favorables à une diversité d’espèces, de strates, de microhabitats et de processus écologiques proches de ceux qui existent dans la Nature[9],[10]..

Cette priorité suppose de favoriser les espèces locales, mieux adaptées aux contextes biogéographiques, ainsi que certaines espèces dites facilitatrices et ingénieures, capables de modifier leur environnement de manière positive pour d’autres organismes. Leur présence peut contribuer à structurer les habitats, à stabiliser les sols, à réguler l’humidité, à créer de l’ombre ou à générer des refuges écologiques[11]..

Cette logique doit cependant rester écologiquement prudente : l’intérêt d’une espèce dépend du contexte local, de son origine biogéographique et du risque d’introduction d’espèces exotiques envahissantes. La bonne approche n’est donc pas la standardisation, mais l’adéquation entre espèces, sols, hydrologie, usages et continuités écologiques[12]..

Réseau écologique urbain

[modifier | modifier le wikicode]

Pour être réellement fonctionnels, les espaces verts doivent être intégrés dans un réseau écologique urbain garantissant la circulation, l’alimentation, la reproduction et le refuge des espèces. La simple présence d’îlots végétalisés ne suffit pas si ceux-ci restent isolés les uns des autres ou séparés par des obstacles infranchissables[13]..

Ce réseau associe plusieurs trames complémentaires :

À l’échelle urbaine, ces trames doivent être pensées du quartier à la ville entière ; à l’échelle régionale, elles doivent s’articuler avec les continuités écologiques du territoire biogéographique ; à l’échelle supra-régionale, elles peuvent s’inscrire dans des cadres plus vastes, tels que les réseaux écologiques européens[16],[17].

Gestion restauratoire

[modifier | modifier le wikicode]

La gestion des espaces verts évolue vers une gestion restauratoire, c’est-à-dire une gestion orientée vers la restauration ou le maintien des fonctions écologiques, et non vers la simple conservation d’un aspect paysager figé. Cette approche privilégie la dynamique des écosystèmes, la diversité structurelle et la réduction des interventions inutiles[18].

Elle repose notamment sur :

  • la diminution des intrants chimiques et une éventuelle déseutrophisation
  • la diversification des habitats ;
  • la fauche tardive et/ou différenciée ;
  • l'import et/ou la conservation du bois mort lorsque cela est compatible avec la sécurité ;
  • le cycle de la matière organique ;
  • la prise en compte des cycles biologiques et des périodes et besoins de tranquillité pour la faune[19],[20].

Cette gestion peut être qualifiée de restauratoire lorsqu’elle vise explicitement à rétablir des fonctions perdues : infiltration de l’eau, pollinisation, continuité d’habitats, stockage de carbone, fonctionnalité des sols, régulation thermique et accueil d’espèces inféodées aux milieux urbains ou périurbains[21].

Enjeux pour l’urbanisme

[modifier | modifier le wikicode]

Pour l'urbaniste, ceci implique de concevoir les espaces verts comme des composantes d’un système socio-écologique et non comme des reliques décoratives officiellement simulées et entretenues. Il doit donc intégrer les sols, l’eau, la lumière, les usages, les temporalités biologiques et les continuités écologiques dès la planification et non en fin de projet[22].

Elle suppose aussi de privilégier les solutions fondées sur la nature, les infrastructures vertes et bleues, et une articulation cohérente entre biodiversité, santé publique, gestion des risques et qualité du cadre de vie. Dans cette perspective, l’espace vert devient une infrastructure vivante, utile à la fois aux habitants et aux autres formes du vivant[23].

  1. « Intégrer la biodiversité dans l'aménagement du territoire », sur Office français de la biodiversité
  2. « Stratégie de l’UE en matière d’infrastructure verte », sur European Environment Agency
  3. « Les réseaux écologiques contre le déclin de la biodiversité ? », sur Encyclopédie de l’environnement
  4. « Les services rendus par la biodiversité », sur Office français de la biodiversité
  5. « Les services écosystémiques urbains, vers une multifonctionnalité des espaces verts publics », sur Environnement urbain
  6. « Les services rendus par la biodiversité », sur Office français de la biodiversité
  7. « Les services écosystémiques urbains, vers une multifonctionnalité des espaces verts publics », sur Environnement urbain
  8. « Les services rendus par la biodiversité », sur Office français de la biodiversité
  9. « Des espaces verts écologiques en ville », sur LPO
  10. « Intégrer la biodiversité dans l'aménagement du territoire », sur Office français de la biodiversité
  11. « Espèce ingénieure », sur Wikipédia
  12. « Intégrer la biodiversité dans l'aménagement du territoire », sur Office français de la biodiversité
  13. « Les réseaux écologiques contre le déclin de la biodiversité ? », sur Encyclopédie de l’environnement
  14. « Trame noire - Méthodes d'élaboration et outils pour sa mise en oeuvre », sur Office français de la biodiversité
  15. « Trames verte bleue et noire », sur SIARJA
  16. « Les réseaux écologiques contre le déclin de la biodiversité ? », sur Encyclopédie de l’environnement
  17. « Textes adoptés - L’importance de l’infrastructure verte urbaine », sur Parlement européen
  18. « Préserver, conserver ou restaurer les milieux et leurs fonctionnalités », sur Office français de la biodiversité
  19. « Gestion des espaces verts : vers un modèle plus vertueux », sur Mairie de Saran
  20. « Des espaces verts écologiques en ville », sur LPO
  21. « Intégrer la biodiversité dans l'aménagement du territoire », sur Office français de la biodiversité
  22. « Intégrer la biodiversité dans l'aménagement du territoire », sur Office français de la biodiversité
  23. « Stratégie de l’UE en matière d’infrastructure verte », sur European Environment Agency