La politique monétaire/La création monétaire : du crédit à la banque centrale

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Pour remplir ses objectifs, la banque centrale dispose de plusieurs instruments, qui visent à contrôler la quantité de monnaie en circulation dans l'économie. Dans les grandes lignes, augmenter la quantité de monnaie dans l'économie a un effet stimulant sur l'activité économique et entraine une augmentation du PIB, suivie par une hausse de l'inflation. On dit alors que la politique monétaire est accommodante. Par contre, restreindre la création monétaire freine l'économie : la croissance ralentit, suivie un peu plus tard par l'inflation. La politique monétaire est alors restrictive. Les banques centrales actuelles modifient leurs taux pour atteindre leur cible d'inflation et/ou de PIB. Dans les grandes lignes, la banque centrale utilise une politique restrictive si l'inflation dépasse une cible pré-définie, alors que sa politique est accommodante si l'inflation est inférieure. Mais ce contrôle de la quantité de monnaie n'est pas un contrôle direct, les banques commerciales et d'investissement peuvent en effet créer à tout moment de la monnaie, dans une certaine mesure.

Aussi bizarre que cela puisse paraitre, la création monétaire n'est pas que le fait de la banque centrale, mais aussi des banques commerciales. Pour comprendre pourquoi, nous allons devoir parler plus en détail des banques et de leur fonctionnement. Ce chapitre va nous apprendre que la monnaie est crée par les crédits, quand les agents économiques empruntent. Toute somme empruntée correspond à une création monétaire de valeur équivalente. Vu que les crédits sont le fait des banques commerciales, ce sont elles qui sont responsables de la création monétaire. Cependant, la masse monétaire dépend donc de la volonté des agents de s'endetter, qui elle-même dépend de la situation économique. La masse monétaire nait de la rencontre entre une demande de crédit de la part des agents économiques et une offre de crédit de la part des banques, le prix qui en découle n'étant autre que les taux d'intérêts.

Évidemment, la banque centrale a une influence sur ce processus. En manipulant les taux, elle peut influencer le coût des crédits et donc favoriser ou limiter l'emprunt, d'où un contrôle indirect sur la masse monétaire. La banque centrale manipule les taux, ce qui influence en retour l'offre et la demande de crédits. En manipulant la base monétaire, elle va contrôler l'offre de crédit des banques commerciales, limitant ainsi la quantité de monnaie dans l'économie. Dans les deux cas, la banque centrale contrôle la masse monétaire, d'une manière assez indirecte, qui dépend grandement de la demande de crédit. Si celle-ci est trop faible, par exemple si les agents économiques se désendettent, la masse monétaire baissera tant que la banque centrale ne relance le crédit en augmentant l'offre de crédits. Par contre, une demande de crédit trop forte induira une création monétaire trop importante, tant que la banque centrale ne décide la fin de la partie en réduisant l'offre de crédits.

Diverses théories tentent d'expliquer la création monétaire via le jeu du crédit et la relation entre base monétaire et masse monétaire. On peut grossièrement classer ces théories en deux catégories : les théories à monnaie exogène et à monnaie endogène. Avec les théories à monnaie exogène, la masse monétaire réagit aux variations de la base monétaire, elle-même sous le contrôle de la banque centrale. En clair, toute injection de réserves dans l'économie par la banque centrale entrainera une hausse du crédit et donc de la masse monétaire. Ces théories supposent donc que la quantité de monnaie est limitée par l'offre de crédits de la part des banques. Mais certains économistes ne sont pas d'accord avec la vision précédente, et sont partisans de la théorie inverse. Selon eux, la causalité va dans l'autre sens : la base monétaire réagit aux variations de la masse monétaire. La masse monétaire est limitée par la demande de crédits de la part des agents économiques. Leurs théories sont appelées théories à monnaie endogène. Il faut cependant signaler que ces deux modèles, bien qu'incompatibles, pourraient être valables dans des périodes différentes. L'une considère que les banques sont limitées par l'offre de crédits, alors que l'autre modèle suppose que la demande de crédit est le facteur limitant de la création monétaire. Deux hypothèses certainement toutes deux valides, mais à des instants différents du cycle économique...

La masse monétaire et sa création par les banques commerciales[modifier | modifier le wikicode]

Intermédiaires financiers.

Les banques sont des intermédiaires financiers entre les épargnants et les emprunteurs. Les épargnants déposent leur argent à la banque, sur des placements rémunérés, pour qu'il soit prêté à d'autres clients. Ce qui est résumé par l'adage : "les dépôts font les crédits". La banque fait comme si l'argent déposé restait sur les comptes des déposants, alors que ce n'est pas tout à fait le cas. Ce mécanisme ne pose pas de problèmes tant que ceux-ci ne le retirent pas. D'expérience, la banque sait que les épargnants ne vont pas tous retirer leur argent au même moment, ce qui fait qu'une petite quantité d'argent est réellement retirée chaque année. Une bonne partie de l'argent va rester sur les comptes d'épargne suffisamment longtemps pour que les prêts effectués avec soient remboursés. Mais il n’empêche que si un épargnant retire son argent, la banque doit trouver de l'argent liquide pour rembourser le déposant. Pour cela, la banque ne va pas prêter la totalité des dépôts, mais va en garder une petite partie pour assurer la liquidité de ses placements. Elle peut aussi garder des réserves pour respecter certaines réglementations que nous aborderons plus tard, comme les ratios de liquidité ou d'endettement par effet de levier. Si jamais ses réserves sont insuffisantes, elle peut emprunter l'argent qui lui manque à une autre banque commerciale ou à la banque centrale, sur le marché monétaire.

Bref, toujours est-il que la banque va pouvoir prêter ses dépôts pour faire des crédits. L'argent prêté va être déposé sur le compte de l'emprunteur et deviendra un dépôt comme un autre : "les crédits font les dépôts". Cela permet une première forme de création monétaire. Pour comprendre pourquoi, prenons l'exemple suivant : un déposant place 1000 euros dans sa banque, la banque en met en réserve 50 euros par sécurité, et prête les 950 restants. Les 950 euros restants sont alors versés sur un compte de dépôt ou convertis en espèces. La masse monétaire est alors composée des 1000 euros déposés initialement et des 950 euros du crédit : la masse monétaire a donc augmenté suite au crédit. Le remboursement du crédit a l'effet inverse : si on omet les intérêts du prêt il ne restera que les 1000 euros du dépôt initial. Le remboursement du crédit a détruit la monnaie que celui-ci avait créé. En quelque sorte, tout se passe comme si l'argent prêté était créé de toutes pièces lors du prêt et détruit lors du remboursement du crédit !

Mais ce mécanisme ne s’arrête pas là. L'emprunteur va naturellement dépenser ou investir l'argent qu'il a emprunté, ce qui va le faire circuler dans l'économie. Deux possibilités peuvent alors survenir : soit l'argent du crédit est convertit en espèces, soit il finit sur un compte de dépôt. Si l'argent est converti en espèces, le circuit s’arrête ici et aucune création monétaire supplémentaire n'a lieu. Dans l'autre cas, ce dépôt pourra servir à faire de nouveaux prêts, qui eux-même donneront naissance à de nouveaux dépôts, et ainsi de suite. Un nouveau tour de création monétaire a lieu à chaque dépôt : le mécanisme d'auto-alimente de lui-même ! On le voit, la création monétaire est le fait des banques commerciales, qui créent de la monnaie lorsqu'elles octroient un crédit. Cela a tendance à conditionner la masse monétaire a la santé de l'économie : plus l'économie va bien, plus les ménages auront confiance et emprunteront. Mais le mécanisme va être limité par la mise en réserve des dépôts par les banques, et les fuites sous la forme d'espèce.

Il faut noter que tout ce qui vient d'être dit marche aussi en remplaçant les crédits par les achats d'actifs. Il est en effet possible qu'une banque achète des actions, des obligations ou de l'immobilier avec l'argent des déposants. Cette possibilité est cependant très encadrée par la réglementation bancaire, quand elle n'est pas tout simplement interdite. Mais mettons cela de coté et supposons que la banque aie le droit d'acheter des actifs. Dans ce cas, l'argent donné au vendeur va se retrouver sur un compte de dépôt, au même titre que l'argent d'un crédit. Les mécanismes décrits plus haut fonctionnent donc de la même manière : l'achat d'actifs par une banque commerciale crée de la monnaie ! A vrai dire, on peut interpréter la création monétaire par le biais du crédit comme un cas particulier d'achat d'actif. Un contrat de prêt est en effet un actif comme un autre, si ce n'est qu'il est rémunéré par un intérêt (comme les obligations, mais pas comme une action).

Avec une seule banque (commerciale ou centrale)[modifier | modifier le wikicode]

Pour détailler le fonctionnement de la création monétaire, nous allons commencer par un cas très simple. Nous allons supposer qu'il n'existe qu'une seule banque dans toute l'économie et nous allons voir comment cette banque crée de la monnaie, en étudiant son bilan comptable. Le bilan comptable est un "résumé" des possessions et dettes d'une entreprise (ici, la banque),composé d'un actif et d'un passif. L'actif correspond à ce que la banque possède, tandis que le passif est l'ensemble des dettes de la banque. Le passif de la banque est composé des dépôts sur ses comptes, de ses réserves d'espèces et des fonds propres. L'actif correspond à l'ensemble des actifs détenus par la banque centrale, essentiellement les prêts qu'elle a accordés, ainsi que des obligations, actions, possessions immobilières et réserves de change.

Actif Passif
Prêts Billets et pièces
Réserves Comptes courants et livrets
Titres et autres actifs (obligations, actions et immobilier) Capital social et fonds propres

L'actif est précisément calculé en faisant la somme du prix de chaque actif par sa quantité détenue par la banque. L'actif de la banque est composé d'actifs (ici indicés) , qui ont chacun un prix . L'actif total de la banque centrale vaut donc :

.

La variation de l'actif peut avoir deux sources : soit l'achat d'actifs, soit l'augmentation du prix des actifs déjà achetés.

.

Lorsque la banque achète quelque chose, elle crédite le compte du vendeur de la somme demandée. Ce faisant, son passif augmente de la somme voulue. En même temps, la banque augmente son actif d'une valeur égale à ce qu'elle a acheté. Dans ces conditions, actif et passif ayant augmenté dans les mêmes proportions, de la monnaie a été créée.

Actif Passif
+ Actif acheté. + Prix de l'actif (sur le compte courant de l'acheteur).

Il en est de même lorsque la banque donne un prêt à un particulier où à une entreprise. Elle crédite le compte courant de la somme prêtée, mais augmente son actif de la valeur du prêt.

Actif Passif
+ Montant du prêt accordé. + Montant du crédit sur le compte courant de l'emprunteur.

Avec plusieurs banques[modifier | modifier le wikicode]

L'argent créé lors d'un crédit circule dans l'économie et peut parfaitement se retrouver sur le compte d'une autre banque. Inversement, une banque peut recevoir de l'argent créé par une autre banque, suite à des dépenses ou des virements. Ces mouvements d'argent ne se compensent pas forcément, certaines recevant un surplus d'argent tandis que d'autres subissent des fuites vers d'autres banques. Ce faisant, certaines banques ont des dettes envers d'autres à cause des fuites. Une banque qui crée trop de monnaie a de fortes chances de voir sa monnaie fuir vers d'autres banques, ce qui signifie dettes et ventes d'actifs désavantageuses. Chaque banque sera ainsi attentive à ne pas trop créer de monnaie, afin de conserver ses actifs et son profit. Évidemment, les dettes entre banques doivent être compensées par des transferts d'actifs ou par des échanges de réserves. Les banques endettées vont devoir rembourser les banques créditrices avec des réserves ou des actifs, diminuant ainsi leur profit. Par contre, les banques créditrices vont recevoir des actifs et réserves, ce qui augmente leur profit.

Money-creation

Lors de ce processus, il arrive qu'une banque n'aie pas assez de réserves dans ses coffres : on dit qu'elle manque de liquidités. Cela arrive aussi si jamais les retraits des déposants sont plus importants que prévu. Il arrive aussi que les banques manquent d'argent pour servir toutes les demandes de prêt qu'elles reçoivent. Dans ce cas, les banques peuvent faire appel aux autres banques pour trouver l'argent dont elles ont besoin. Elles peuvent emprunter à une autre banque commerciale ou à la banque centrale. Ces échanges s'effectuent sur le marché monétaire, aussi appelé marché interbancaire. Ce marché implique divers intervenants, que ce soit les banques commerciales, la banque centrale, les trésors publics nationaux, les assureurs, les établissements de crédit, etc. Sur ce marché, les banques peuvent se prêter ou emprunter de la monnaie. La banque emprunteuse fournit en contrepartie un ensemble d'actifs financiers appelé collatéral. Ces prêts ont une durée inférieure à deux ans, les durées les plus communes étant de quelques jours à quelques mois.

Cela fait dire à certains économistes que les banques emprunter à taux courts pour prêter à taux longs. Les emprunts sur le marché monétaire sont en effet des emprunts de courte durée (moins d'un an), alors que les emprunts des clients ont des maturités plus longues (supérieures à l'année). Des taux bas sur le marché monétaire vont inciter les banques à emprunter, alors que des taux monétaires élevés vont y dés-inciter. Si les taux sont bas, les banques vont alors emprunter sur le marché monétaire, pour prêter à leurs clients. L’augmentation des crédits qui en découle fait monter la masse monétaire, stimulant l'économie. On voit donc qu'il y a une relation entre taux monétaires et taux plus longs : plus les taux monétaires sont élevés, plus les banques doivent augmenter les taux longs pour compenser le cout de l'emprunt. Et vu que la banque centrale a le contrôle quasi-total des taux monétaires, on devine qu'elle peut ainsi décider plus ou moins finement de la création monétaire des banques commerciales. Il lui suffit de remonter ses taux directeurs pour limiter l'expansion du crédit, et de les baisser pour favoriser l'emprunt. Pour résumer, la banque centrale contrôle les taux courts, ce qui influence les taux longs et donc la masse monétaire.

La base monétaire[modifier | modifier le wikicode]

On a vu plus haut que les banques mettent en réserve une partie de l'argent de leurs déposants, pour servir efficacement les retraits. Du fait de la réglementation, les banques doivent conserver une fraction des dépôts sous la forme de réserves obligatoires. Précisément, la réglementation financière les oblige à en conserver un certain pourcentage, ce pourcentage étant appelé le taux de réserve. Mais les banques commerciales sont souvent assez prudentes et peuvent mettre en réserve un peu plus que ce qu'oblige la réglementation. La plupart du temps, les banques n'hésitent pas à garder des réserves au delà de ce qui est requis par le taux de réserve, ces réserves de précaution étant appelées des réserves excédentaires.

Ces réserves proviennent des dépôts des clients, mais peuvent aussi provenir de la banque centrale. La banque centrale a la possibilité de prêter des réserves aux banques commerciales qui en font la demande. Il va de soit que plus le taux est élevé, plus les banques préféreront éviter d'utiliser l'emprunt à la banque centrale : la quantité de réserve sera alors assez faible. Par contre, des taux bas inciteront les banques à emprunter au guichet de la banque centrale, ce qui augmente la quantité de réserves en circulation. In fine, ces réserves pourront alors soit être prêtées, soit servir à acheter des actifs, soit être conservées telles quelles.

Le bilan comptable de la banque centrale[modifier | modifier le wikicode]

Les banques commerciales doivent déposer leurs réserves à la banque centrale, sur un compte courant assez particulier. Et ce que ces réserves soient obligatoires ou non. L'argent détenu par la banque centrale, aussi appelé base monétaire, est donc composé d'espèces ainsi que des réserves des banques commerciales. Cependant, la banque centrale ne possède pas que des réserves, mais peut aussi posséder des actifs (obligations, actions), des réserves de change, des fonds propres, etc. Le bilan comptable de la banque centrale fait donc appel aux prêts qu'elle accorde aux banques commerciales, aux actifs qu'elle possède, ainsi qu'aux réserves et espèces.

Actif Passif (base monétaire)
Prêts aux banques et établissements de crédit Billets et pièces en circulation
Titres : obligations et actions (obligations d'état, le plus souvent) Réserves (comptes courants des banques)
Autres, comme les réserves de devises ou d'or Autres, tels le capital social et les fonds propres (ne font pas partie de la base monétaire)

On peut noter que les banques centrales préfèrent investir dans des actifs relativement sûrs, essentiellement des obligations d'état. Par exemple, les graphiques ci-dessous montrent que la banque centrale japonaise conserve une grosse majorité de ses actifs sous la forme de dette de l'état japonais. La réserve fédérale américaine n'est pas en reste, même si les proportions sont moindres que pour la banque du Japon. On peut noter que depuis la crise économique de 2008, la banque centrale a acheté de nombreux actifs basés sur des crédits. Dans tous les cas, peu de banques centrales possèdent des actions.

Bilan comptable de la Banque du Japon.
Bilan comptable de la Federal Reserve.


Pertes et profits de la banque centrale[modifier | modifier le wikicode]

Répartition des actionnaires de la BCE

Les banques centrales ont, comme toutes les banques, une organisation capitalistique, bien qu'elle soit assez spéciale. En tout cas, elles possèdent des fonds propres et des capitaux, sous la forme d'actions. Sauf que les actions de la banque centrale ne sont pas accessibles en bourse, mais sont détenues intégralement par l'état. Par exemple, la banque centrale américaine est totalement détenue par le gouvernement américain, qui en possède la totalité des actions. La situation est un peu plus complexe dans le cas des unions monétaires, où plusieurs pays partagent la même banque centrale. Dans ce cas là, les différents pays doivent se répartir les actions de la banque centrale. Tel est le cas de l'union européenne, où la banque centrale européenne a pour actionnaires les banques centrales de chaque pays de la zone euro. Le poids de chaque banque dans l'actionnariat de la BCE est proportionnel à sa population et au poids du PIB dans la zone euro.

Comme toute les banques, la banque centrale peut voir son actif et son passif évoluer dans le temps. Si l'actif de la banque centrale se déprécie, l'état va devoir mettre la main au porte-monnaie pour compenser les pertes de la banque centrale. Cette opération de recapitalisation a pour but d'éviter que la banque centrale monétise ses pertes, ce qui pourrait entraîner une trop forte inflation. En effet, la création monétaire sans contrepartie est techniquement une politique fiscale, chose que la banque centrale n'est pas autorisée à effectuer. A l'inverse, il se peut que l'actif de la banque centrale dépasse le passif : la banque centrale fait alors des profits. Le profit de la banque centrale est redistribué à ses actionnaires, à savoir l'état et éventuellement diverses administrations publiques. Il se peut cependant que la banque centrale ne redistribue pas la totalité de ses bénéfices, et les conserve pour plus tard. Ce bénéfice non-distribué sert alors à augmenter son capital social (ses fonds propres).

Le profit de la banque centrale est aussi appelé le seigneuriage. Il provient de deux sources : la création monétaire elle-même, ainsi que les revenus des actifs (plus-value et intérêts). Techniquement, les actifs achetés par la banque centrale versent des intérêts ou des dividendes, source de profit. Il en est de même pour les prêts qu'elle octroie aux banques commerciales, qui versent des intérêts. Ainsi, le profit de la banque centrale peut s'écrire comme suit, avec :

  • le profit de la banque centrale ;
  • la base monétaire ;
  • l'actif de la banque centrale hors prêts ;
  • les prêts aux banques commerciales ;
  • le taux de croissance de la masse monétaire ;
  • le rendement des actifs qui ne sont pas des prêts ;
  • les taux directeurs ;
  • le taux réel ;
  • l'inflation.

On peut encore être plus précis en précisant que le revenu des actifs de la banque centrale provient à la fois de l'augmentation du prix des actifs et des revenus/intérêts que ceux-ci versent. Traduit mathématiquement, cela donne : . On obtient donc, en faisant le remplacement dans l'équation précédente :

On peut observer qu'une politique accommodante, avec beaucoup d'achats d'obligations, va maximiser le seigneuriage : les intérêts des obligations détenues par la banque centrale seront reversées à l'état sous forme de dividendes. Ainsi, les gouvernements sont naturellement tentés d'utiliser une politique monétaire accommodante, afin que leur banque centrale fasse beaucoup de profits. C'est un bon moyen pour monétiser leur dette.

La création monétaire par la banque centrale[modifier | modifier le wikicode]

La banque centrale a le monopole de l'émission de monnaie centrale, le monopole de création de la base monétaire. Cependant, la création monétaire de la banque centrale ne doit pas être illimitée. Il vaut mieux que la banque centrale ne puisse pas imprimer plus de monnaie que nécessaire pour l'économie. Pour cela, la banque centrale respecte certaines règles de comptabilité, communes à toutes les banques. De nos jours, on considère que l'actif et le passif de la banque centrale doivent être égaux. La création monétaire augmentant mécaniquement le passif, elle doit fatalement augmenter l'actif d'un même montant. Ainsi, la création monétaire doit se faire en contrepartie de quelque chose de réel, qui a de la "valeur" : des actifs, tels des contrats de prêt, des actions, obligations, devises ou autres. Pour résumer, la banque centrale ne fait qu'échanger des actifs contre de la monnaie, ou prêter aux banques commerciales. Elle peut aussi créer de la monnaie sans se soucier de l'égalité entre actifs et passif, bien que cela n'aie jamais été tenté jusqu'à présent.

Politique de création monétaire Description
Politique monétaire conventionnelle Contrôle des taux directeurs, via des prêts ou des opérations d'open market.
Assouplissement quantitatif Rachat de titres (obligations d'état) sur le marché secondaire, avec de la monnaie créée spécialement pour l'occasion.
Monnaie hélicoptère Création monétaire pure, sans achat d'actifs. Peut se traduire par un versement direct d'argent au public, ou à l'état, ou encore par un prêt au trésor public.

Prêts de la banque centrale[modifier | modifier le wikicode]

En temps normal, la création monétaire prend la forme d'un prêt interbancaire, un prêt de la banque centrale aux banques commerciales. La monnaie du prêt est créée de toutes pièces, et est détruite une fois le prêt remboursé. Le prêt aux états était autrefois autorisé mais est aujourd'hui interdit, ce genre de politique étant extrêmement inflationniste. Ce n'est que dans les périodes de l'étalon-or (et des accords de Bretton-Woods) que ces prêts étaient autorisés, l'étalon-or limitant fortement la création monétaire par la banque centrale (et donc le volume des prêts aux états).

La politique monétaire conventionnelle se borne à modifier les taux directeurs des prêts interbancaires. Ce faisant, la banque centrale ne contrôle que les taux à court-terme. Cette modification des taux peut s'implémenter par des opérations d'open market, et donc par de la création monétaire. Une telle politique modifie donc les taux à court-terme, ce qui a une influence sur la totalité de la courbe des taux. La banque centrale ne s'engage pas à créer une quantité fixe de monnaie, mais doit fournir la liquidité nécessaire pour atteindre sa cible de taux d'intérêt. Mais Quand la gestion des taux court n'est plus possible (quand ceux-ci sont à zéro, par exemple), la banque centrale peut utiliser d'autres méthodes pour relancer l'économie.

Achat et vente d'actifs par la banque centrale[modifier | modifier le wikicode]

Outre les prêts, la banque centrale peut ainsi créer de la monnaie pour acheter des actifs, ou en détruire en les vendant, la monnaie ayant servi à payer étant détruite. Lorsqu'elle achète des titres à une banque, elle va payer le montant acheté sous la forme de réserves. Lors d'une vente, la banque centrale va retirer le prix des obligations des réserves de la banque commerciale acheteuse. Pour faire ces achats et ventes, la banque centrale peut utiliser deux mécanismes différents. Cet échange peut prendre la forme de repos : la banque centrale achète des titres à une banque commerciale, celle-ci s'engageant à les racheter ultérieurement à un prix supérieur. L'achat ou la vente est alors temporaire, et non permanente. Une autre technique consiste à vendre ou acheter des obligations d'états de maturité inférieure à deux mois, sans avoir à les racheter ou les revendre plus tard. Dans les deux cas, ces ventes ou achats se payent avec des réserves. On parle alors d'opération d'open market au sens strict.

La banque centrale n'a pas le droit d'acheter n'importe quel actif, mais doit se limiter à une classe d'actifs autorisés, sauf cas particuliers. Il s'agit le plus souvent d'actifs sûrs, à faible risque, assez liquides : les obligations d'états qui ont une maturité de court-terme sont les plus indiquées. De plus, la banque centrale ne peut pas acheter directement des dettes d'états lors de leur émission (elle n’achète pas sur la marché dit primaire). Elle ne peut qu'acheter ou vendre des dettes/titres déjà émis et achetés par les banques commerciales (elle achète des obligations sur le marché dit secondaire, le marché de l'occasion des obligations). Cette contrainte empêche aux états de monétiser leur dette, à savoir la faire financer par la banque centrale. Une telle monétisation est en effet extrêmement inflationniste, et tous les pays qui l'ont pratiqué ont subi une hyperinflation, situation où l'inflation est très forte (plus de 30% par mois). Il arrive exceptionnellement que la banque centrale soit autorisée à acheter d'autres titres, mais nous en reparlerons plus loin. En se limitant aux obligations d'états, la banque centrale garantit que la somme (dette d'état + monnaie) reste constante, malgré les achats ou ventes d'actifs. La politique monétaire ne fait que changer la part de cette somme détenue sous la forme de monnaie. Seul l'état peut augmenter ce stock, en créant des obligations. Une telle politique est alors appelée une politique fiscale.

Illustration du fonctionnement de la politique monétaire conventionnelle par opérations d'open market et de l'assouplissement quantitatif, ainsi que de la différence entre politique monétaire et fiscale.

En dehors des situations normales, la banque centrale peut tenter de modifier les taux à long ou moyen-terme pour stimuler l'économie. Dans ce cas, la banque centrale s'engage à créer une certaine quantité de monnaie, qu'elle échangera contre des actifs de long-terme. Cette politique de création monétaire massive porte le nom d'assouplissement quantitatif quand les actifs échangés sont des actifs de long-terme. Lorsque la banque centrale achète des titres ou des dettes de groupes privés, voire des actions, on parle de credit easing. L'intérêt d'une telle politique d'achats d'actifs sur les marchés est de diminuer les taux d'intérêt des actifs échangés. En effet, le prix des obligations est relié en sens inverse au taux réel des obligations d'état : le taux diminue quand le prix augmente et vice-versa. Quand la banque centrale achète des obligations, la demande d'obligations va augmenter, faisant monter leur prix et baisser leur taux. Inversement, une vente massive d'obligations va les rendre moins rares, faisant baisser leur prix et monter leur taux. Ainsi, l'assouplissement quantitatif vise à contrôler les taux d'intérêt sur la dette d'état. Même chose pour les actions ou crédits, qui voient leur prix augmenter avec une politique de crédit easing, le rendement des actions diminuant quelque peu.

La banque centrale doit donc acheter une grande quantité de titres, qu'elle n'achetait pas forcément auparavant. Elle peut se mettre à acheter des obligations d'état à maturité importante (long-terme), des produits basés sur des crédits aux ménages, voire des actions ou des titres immobiliers. Généralement, la banque centrale achète des obligations d'état dont la durée/maturité est importante. Sans assouplissement quantitatif, la banque centrale ne fait que des échanges avec de la dette de court-terme, ce qui modifie les taux d'intérêt à court-terme. Avec assouplissement quantitatif, la banque centrale achète en plus des actifs de long-terme, ce qui fait baisser tous les taux long ou moyen-terme de l'économie. Dit autrement, la banque centrale modifie la courbe des taux, en faisant baisser les taux longs uniquement, sans toucher aux taux bas (qui sont à zéro). On comprend pourquoi cette politique est utilisée quand les taux directeurs sont déjà à zéro.

En théorie, l'assouplissement quantitatif est censé créer de l'inflation. Cependant, les expériences de des banques centrales américaine et européennes lors de la crise de 2008 montrent que ce n'est pas forcément le cas. La même chose a été observé lors de la crise japonaise de 1990, les politiques d'assouplissement quantitatif ayant fortement augmenté le bilan de la banque centrale. Mais ces politiques ne semblent pas avoir eu d'effets particulièrement vifs sur l'inflation. Ces politiques ont aidé à augmenter le prix des actifs achetés par la banque centrale, tout en diminuant leurs taux d'intérêts. Aux États-Unis, la baisse sur les taux de long-terme a été assez importante, de près d'un pour cent. Mais les banques n'ont cependant pas décidé d’augmenter le volume de leurs prêts, pour des raisons assez techniques et encore mal comprises. Pourtant, force est de constater que l'augmentation de la base monétaire a été très importante dans tous les cas étudiés, allant jusqu’à tripler ou quadrupler la base monétaire. Les études sur le QE sont assez contrastées, certaines disant qu'il n'a pas eu d'effet vraiment significatif sur l'économie, tandis que d'autres lui attribuent l'origine d'environ 3% de croissance.

Monnaie hélicoptère[modifier | modifier le wikicode]

La création de monnaie sans achat d'actif reste cependant possible, mais n'est pas une politique envisagée à l'heure actuelle. Il s'agit d'une forme de création monétaire qui porte le nom de monnaie hélicoptère (helicopter money). Cette augmentation du passif de la banque centrale se fait sans augmentation de l'actif. En conséquence, la banque centrale doit être recapitalisée par l'état, pour compenser ses pertes. Du moins, c'est le cas si la banque centrale suit les règles de comptabilité usuelles, communes à toutes les banques. Mais en théorie, il est possible de passer outre cette règle, et de ne pas recapitaliser la banque centrale après une période de monnaie hélicoptère. Une telle création monétaire est alors considérée comme étant des plus inflationniste, la monnaie étant créée sans contrepartie. De plus, cette monnaie est créée de manière définitive. En comparaison, l'assouplissement quantitatif crée de la monnaie de manière temporaire : la banque centrale peut toujours retirer cette monnaie de la circulation en vendant les actifs achetés. A l'heure actuelle, divers arguments théoriques nous disent que création monétaire temporaire et définitive n'ont pas les mêmes effets sur l'économie. Mais laissons cela pour une autre fois !

La relation entre masse et base monétaire : le multiplicateur du crédit[modifier | modifier le wikicode]

Il est raisonnable de supposer une relation proportionnelle entre la base monétaire et la masse monétaire. Le coefficient de proportionnalité entre les deux est appelé le multiplicateur du crédit. Ainsi, pour une base monétaire notée B, la masse monétaire sera égale à B multiplié par le multiplicateur du crédit, que l'on notera c.

On peut calculer ce multiplicateur du crédit avec les développements qui vont suivre. Il faut noter qu'il existe un multiplicateur différent pour chaque agrégat monétaire : le multiplicateur de l'agrégat M1 n'est pas celui du M2, ou du M3 ! Dans ce qui va suivre, nous allons nous concentrer sur le multiplicateur de l'agrégat M1, histoire de nous concentrer sur le cas le plus simple. Pour rappel, l'agrégat regroupe l'argent liquide (pièces et billets) et l'argent déposé sur les comptes de dépôts . Une part de la base monétaire est conservée sous forme de liquidité, tandis que le reste est déposé à la banque.Pour rendre compte de cela, posons le coefficient . La base monétaire est composée des réserves et de l'argent liquide crée par la banque centrale. Ces réserves se décomposent en réserves obligatoires et excédentaires. Notons les réserves obligatoires, et les réserves excédentaires. Le taux de réserves est noté et vaut . On pose aussi , on a :

Or, de par la relation , il vient :

Le taux de réserve[modifier | modifier le wikicode]

Illustration de l'effet du taux de réserve sur la création monétaire maximale, toute chose égale par ailleurs.

La formule précédente permet de déterminer la valeur maximale possible du multiplicateur du crédit, pour une valeur de fixée. Ce maximum est atteint quand le coefficient k vaut 0 : tout l'argent est alors déposé à la banque, ce qui maximise la création monétaire par le crédit. On obtient alors :

On peut remarquer que le taux de réserves influence le multiplicateur du crédit, et donc la quantité totale de monnaie dans l'économie. A ceci près que ce raisonnement prend en compte le taux de réserves excédentaires. Supposons qu'il n'y aie pas de réserves excédentaires, toutes les banques cherchant à prêter leurs réserves au maximum. Dit autrement, on suppose que la demande de crédit de la part des emprunteurs est suffisamment grande pour ne pas avoir d'influence, seule l'offre de crédit de la part des banques étant limitante. Dans ces conditions, l'offre de crédit sera contrainte par les réserves détenues par les banques. Celles-ci seront limitée par le fait qu'elles ne peuvent pas prêter au-delà de ce qu'impose le taux de réserves. Augmenter la base monétaire, diminuer le taux de réserves, permettra aux banque d'avoir plus d'argent à prêter, augmentant ainsi la masse monétaire totale. Du moins, le raisonnement reste valide tant que les banques ne veulent pas garder de réserves excédentaires...

Abaisser le taux de réserves permet ainsi de créer de la monnaie, dans une certaine mesure. Mais de nos jours, cet instrument est peu utilisé par les économies avancées, même si quelques utilisations récentes par la Chine ou l'Inde font exception. Comme exemple, on peut citer le cas de la réserve fédérale américaine lors de la dépression de 1929, qui a baissé son taux de réserves pour faire face à la crise (entre autres). Le fait est que modifier le taux de réserves a peu d'impact sur la quantité de réserves stockées par les banques. Diminuer le taux de réserve permet de libérer des réserves, devenues excédentaire après modification du taux, mais cela n'implique pas que les banques vont les utiliser. Elles peuvent décider de garder ces réserves sous la forme de réserves excédentaires. Augmenter le taux de réserves a certes un peu plus d'impact, forçant les banques à accumuler les réserves, mais cela peut mettre en difficulté le système bancaire, par raréfaction des réserves. Beaucoup de pays ont supprimé la contrainte du taux de réserve, celui-ci étant nul au Canada, au Royaume-uni, et dans quelques autres pays.

Le coefficient de liquidité[modifier | modifier le wikicode]

Le coefficient k, qui décrit comment les agents répartissent leur monnaie sous forme d'espèce ou de dépôts, a aussi une influence importante. Ces fuites sous forme d'espèces imposent une seconde limite à la création monétaire. Si la banque crée énormément de monnaie sous la forme de crédit, une part de celle-ci quittera les comptes de la banques, à cause des virements ou des retraits. Au final, une partie pourra être transformée en billets ou en pièces, que la banque devra fournir. Et la banque doit avoir assez de billets et de pièces pour répondre aux besoins : si elle prête trop, l'argent des crédit ne pourra être retiré faute de billets et de pièces en circulation. Au maximum, la création monétaire ne peut pas dépasser une valeur dépendant uniquement du taux de liquidité, qui se calcule en posant le taux de réserve comme nul :

On voit alors que plus est petit, plus le multiplicateur du crédit est fort. Cela se comprend intuitivement : plus les personnes préfèrent la monnaie, moins les dépôts seront importants, réduisant les réserves et donc les prêts. Les banques prêtant moins, la monnaie crédit sera alors moins importante, réduisant d'autant la masse monétaire. Il est donc important de comprendre ce qui fait que les agents économiques préfèrent utiliser des dépôts ou des espèces.

Un autre paramètre est tout simplement la différence de rendement des dépôts comparé aux espèces. Il arrive que les comptes courants soient rémunérés, chose courante dans d'autres pays que la France. Dans cette situation, conserver son argent en dépôts est plus rentable que de convertir en espèces. Les ménages préféreront conserver des dépôts en lieu et place des espèces, faisait augmenter le coefficient .

Un autre paramètre est le fait que les espèces sont utilisées pour les dépenses. Les ménages qui dépensent une faible partie de leur revenu ont donc moins besoin d'espèces et peuvent préférer conserver leur argent sur des comptes courants. Ces ménages sont souvent des ménages à fort revenus, ou tout du moins dont les revenus couvrent bien plus que leurs dépenses courantes. Le revenu et la richesse globale de l'économie diminuent donc le coefficient .

L'activité illégale a besoin d'espèces, les transferts d'argent importants étant surveillés sur les réseaux bancaires. Les criminels, vendeurs de drogue et autres malfrats ont besoin d'espèces pour conserver la confidentialité de leurs transactions délictueuses.

De plus, ce coefficient évolue fortement dans les situations de crises financières et bancaires, quand le risque de faillite d'un grand nombre de banques augmente. Lors de ces crises, les agents économiques tentent de se prémunir d'une éventuelle faillite en retirant leur argent. Dit autrement, ils voient les dépôts comme étant plus risqués et préfèrent donc garder leur monnaie sous forme d'espèces. Le coefficient k augmente alors, pouvant aggraver la situation financière des banques. Si le nombre de retrait est suffisamment important pour aggraver fortement la situation des banques, on parle de situation de bank-run.