Latin/Vocabulaire/Verba Latina frequentissima/051-075
iam · quam · autem · de · noster · meus · tuus · venio · tantus · nullus · locus · manus · bellum · causa · pars · urbs · capio · populus · idem · corpus · vita · modus · nomen · miles · mors
iam
[modifier | modifier le wikicode](adv.) : déjà, désormais
Exempla gradatim digesta
- Iam venio! (J’arrive !)
- Iam diu te exspecto. (Je t’attends depuis longtemps.) Nota : iam diu + présent.
- Non iam spes ulla salutis erat. (Il n’y avait plus aucun espoir de salut.) Nota : non iam = « ne... plus ».
Exempla elocutionis
- Iamque vale! (Et maintenant, adieu !) (Virgile)
- Commentaire : iamque marque l’instant du basculement ; dans la bouche de l’ombre de Créuse, l’adverbe temporel porte tout le pathétique de la séparation définitive.
- Hostes iam iamque aderunt. (Les ennemis vont arriver d’un instant à l’autre.)
- Commentaire : gémination iam iamque = l’imminence haletante ; la répétition mime les regards jetés vers l’horizon.
quam
[modifier | modifier le wikicode](adv. / coni.) : que, combien ; que (comparaison)
Exempla gradatim digesta
- Quam pulchra est rosa! (Que la rose est belle !)
- Doctior est quam frater. (Il est plus savant que son frère.)
- Quam quisque norit artem, in hac se exerceat. (Que chacun s’exerce dans l’art qu’il connaît.) (Cicéron) Nota : attraction de l’antécédent.
Exempla elocutionis
- Quam multa, quam paucis! (Que de choses, en combien peu de mots !)
- Commentaire : double exclamation antithétique, elle-même réduite à quatre mots ; l’éloge de la brevitas qui s’applique à lui-même.
- Quam primum veni! (Viens au plus tôt !)
- Commentaire : quam + superlatif = le degré maximal possible ; tour usuel mais expressif de l’urgence épistolaire.
autem
[modifier | modifier le wikicode](coni.) : or, mais, quant à
Exempla gradatim digesta
- Ego maneo, tu autem abis. (Moi je reste, toi en revanche tu pars.)
- Corpus mortale est, animus autem immortalis. (Le corps est mortel, l’âme en revanche est immortelle.)
- Quod autem ad amicitiam pertinet, postea dicam. (Quant à ce qui concerne l’amitié, j’en parlerai plus tard.) Nota : quod ad... pertinet.
Exempla elocutionis
- Quid autem est mors? (Mais qu’est-ce donc que la mort ?)
- Commentaire : autem introduit la question dialectique, le tournant de l’examen ; c’est la particule du dialogue philosophique, qui relance sans opposer brutalement.
- Hoc autem ipsum, quod dico, difficile est dictu. (Mais cela même que je dis est difficile à dire.)
- Commentaire : autem de la reprise réflexive ; la prose philosophique revient sur ses propres mots, et le supin dictu fait écho à dico.
de
[modifier | modifier le wikicode](praep. + abl.) : au sujet de ; du haut de, de
Exempla gradatim digesta
- De monte descendimus. (Nous descendons de la montagne.)
- De pace agitur. (Il est question de la paix.) Nota : agitur de, impersonnel.
- De summa rerum senatus decrevit. (Le sénat statua sur la situation générale.) Nota : summa rerum = « l’ensemble des affaires ».
Exempla elocutionis
- De amicitia, de senectute, de officiis Cicero scripsit. (Cicéron a écrit sur l’amitié, la vieillesse, les devoirs.)
- Commentaire : de + ablatif, formule des titres de traités, calque du grec peri ; toute une bibliothèque philosophique tient dans cette préposition.
- De nihilo nihil fit. (Rien ne naît de rien.) (d’après Lucrèce)
- Commentaire : polyptote nihilo / nihil aux deux pôles de la phrase ; l’axiome épicurien frappé comme une monnaie, la forme close disant la clôture de l’être.
noster
[modifier | modifier le wikicode]noster, nostra, nostrum (pron. poss.) : notre
Exempla gradatim digesta
- Noster canis latrat. (Notre chien aboie.)
- Nostri maiores rem publicam sapienter constituerunt. (Nos ancêtres ont organisé la république avec sagesse.)
- Nostra interest hoc quam primum scire. (Il est de notre intérêt de le savoir au plus tôt.) Nota : interest + nostra.
Exempla elocutionis
- Plato noster haec docet. (Notre cher Platon enseigne ceci.)
- Commentaire : possessif d’affection et d’appartenance d’école (« notre Platon » = celui que nous lisons et aimons) ; tour fréquent chez Cicéron et Sénèque.
- Nostri acriter restiterunt. (Les nôtres résistèrent avec acharnement.) (d’après César)
- Commentaire : nostri substantivé, langue du communiqué militaire ; le possessif enrôle le lecteur dans le camp romain sans même le nommer.
meus
[modifier | modifier le wikicode]meus, mea, meum (pron. poss.) : mon, ma
Exempla gradatim digesta
- Mea soror cantat. (Ma sœur chante.)
- Mea quidem sententia, erras. (À mon avis du moins, tu te trompes.)
- Meum est officium te monere, tuum parere. (Mon devoir est de t’avertir, le tien d’obéir.)
Exempla elocutionis
- Mi fili! (Mon fils !)
- Commentaire : vocatif mi, forme propre à l’adresse affectueuse ; un seul phonème de différence avec meus, mais tout un registre de tendresse.
- Mea mihi conscientia pluris est quam omnium sermo. (Ma conscience compte plus pour moi que les propos de tous.) (Cicéron)
- Commentaire : redoublement mea mihi en tête ; le possessif et le datif concentrent la phrase sur l’intériorité, contre la rumeur (sermo) rejetée à la fin.
tuus
[modifier | modifier le wikicode]tuus, tua, tuum (pron. poss.) : ton, ta
Exempla gradatim digesta
- Tuus liber in mensa iacet. (Ton livre est posé sur la table.)
- Tua sponte hoc fecisti. (Tu as fait cela de ton propre gré.)
- Non tuum est de hac re iudicare. (Ce n’est pas à toi de juger de cette affaire.)
Exempla elocutionis
- Vale. Tuus Marcus. (Porte-toi bien. Ton Marcus.)
- Commentaire : formule de clôture épistolaire ; le possessif seul, sans verbe, dit le lien. Degré zéro et degré intime de la syntaxe.
- Quae tua est humanitas, ignosces. (Avec la bonté qui est la tienne, tu pardonneras.)
- Commentaire : relative incise de courtoisie, tournure cicéronienne par excellence ; on enrobe la requête dans l’éloge anticipé.
venio
[modifier | modifier le wikicode]venio, venire, veni, ventum (v.) : venir
Exempla gradatim digesta
- Amici veniunt. (Les amis viennent.)
- Mihi in mentem venit veteris amicitiae. (Le souvenir de notre vieille amitié me revient à l’esprit.) Nota : venit in mentem + génitif.
- Ventum est ad summum montis. (On parvint au sommet de la montagne.) Nota : passif impersonnel.
Exempla elocutionis
- Veni, vidi, vici. (Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu.) (César)
- Commentaire : asyndète, allitération, isocolie, trois parfaits de même structure ; la vitesse du style égale la vitesse de la campagne. Sommet du laconisme latin.
- Venit summa dies. (Il est venu, le jour suprême.) (Virgile)
- Commentaire : verbe en tête, position rare et donc dramatique : l’événement surgit avant son sujet ; l’adjectif summa achève le vers funèbre de Troie.
tantus
[modifier | modifier le wikicode]tantus, tanta, tantum (adi.) : si grand
Exempla gradatim digesta
- Tanta turba in foro est! (Il y a une si grande foule au forum !)
- Tanta vis tempestatis fuit ut naves delerentur. (La violence de la tempête fut telle que les navires furent détruits.)
- Tantae molis erat Romanam condere gentem. (Tant il était laborieux de fonder la nation romaine.) (Virgile) Nota : génitif de qualité.
Exempla elocutionis
- Tantum religio potuit suadere malorum. (Tant la superstition a pu conseiller de crimes.) (Lucrèce)
- Commentaire : le génitif partitif malorum est rejeté à l’extrême fin du vers : la disjonction tantum... malorum suspend le jugement jusqu’au mot le plus noir. Vers-réquisitoire célèbre.
- Tanto melior! (À la bonne heure ! / Bravo !)
- Commentaire : ablatif de mesure exclamatif, registre parlé ; la langue familière abrège là où la langue écrite construirait.
nullus
[modifier | modifier le wikicode]nullus, nulla, nullum (adi.) : aucun, nul
Exempla gradatim digesta
- Nullus discipulus abest. (Aucun élève n’est absent.)
- Nullo modo hoc fieri potest. (Cela ne peut se faire d’aucune manière.)
- Nulla dies sine linea. (Pas un jour sans une ligne.) (adage, d’après l’anecdote d’Apelle chez Pline l’Ancien)
Exempla elocutionis
- Nullius addictus iurare in verba magistri. (Tenu de jurer sur les mots d’aucun maître.) (Horace)
- Commentaire : nullius en tête, disjoint de magistri par tout le vers ; la déclaration d’indépendance philosophique commence par le mot de la négation d’appartenance.
- Nullus sum! (Je suis perdu !) (Plaute)
- Commentaire : hyperbole comique : « je ne suis plus personne » = « c’en est fait de moi » ; nullus prédicat d’un sujet personnel, audace de la langue parlée.
locus
[modifier | modifier le wikicode]locus, loci (subst. m.) : lieu, place
Exempla gradatim digesta
- Hic locus pulcher est. (Ce lieu est beau.)
- Loco cedere turpe est militi. (Reculer est honteux pour un soldat.) Nota : loco cedere = « quitter sa position ».
- Preces apud eum locum non habuerunt. (Les prières n’eurent aucun effet sur lui.) Nota : locum habere = « avoir prise ».
Exempla elocutionis
- Hi sunt loci communes oratorum. (Ce sont là les lieux communs des orateurs.)
- Commentaire : locus, terme technique de la rhétorique (réservoir d’arguments) ; le sens spatial passé en métaphore institutionnalisée, jusqu’à notre « lieu commun ».
- Est locus, Hesperiam Grai cognomine dicunt. (Il est un lieu, les Grecs le nomment Hespérie.) (Virgile)
- Commentaire : est locus, formule d’ouverture de l’ecphrasis épique ; le récit s’arrête, la géographie commence. Module narratif hérité d’Homère.
manus
[modifier | modifier le wikicode]manus, manus (subst. f.) : main ; troupe
Exempla gradatim digesta
- Manus lavo. (Je me lave les mains.)
- Parva manus militum urbem defendit. (Une petite troupe de soldats défendit la ville.) Nota : manus = « troupe ».
- Hostes victi manus dederunt. (Les ennemis vaincus se rendirent.) Nota : manus dare = « se rendre ».
Exempla elocutionis
- Manus manum lavat. (Une main lave l’autre.) (Sénèque, Pétrone)
- Commentaire : polyptote proverbial ; la réciprocité intéressée dite par la grammaire de la réflexivité. Registre populaire assumé.
- Res in manibus est. (L’affaire est en cours. / L’affaire nous occupe.)
- Commentaire : métaphore de la proximité immédiate : ce qu’on a « dans les mains » est ce qu’on traite ; idiome de la prose d’affaires et des lettres.
bellum
[modifier | modifier le wikicode]bellum, belli (subst. n.) : guerre
Exempla gradatim digesta
- Bellum malum est. (La guerre est un mal.)
- Bello confecto, milites domum redierunt. (La guerre achevée, les soldats rentrèrent chez eux.) Nota : ablatif absolu.
- Bellum nec timendum nec provocandum est. (Il ne faut ni craindre la guerre ni la provoquer.) Nota : double adjectif verbal.
Exempla elocutionis
- Bellum omnium contra omnes. (La guerre de tous contre tous.) (Hobbes)
- Commentaire : formule néo-latine (XVIIe siècle), à signaler comme telle dans un dictionnaire de philosophie ; le polyptote omnium / omnes lui donne sa frappe pseudo-antique.
- Bella, horrida bella cerno. (Des guerres, d’horribles guerres, voilà ce que je vois.) (Virgile)
- Commentaire : gémination prophétique de bella, épithète expressive horrida ; la Sibylle parle par répétitions, le style mime la transe.
causa
[modifier | modifier le wikicode]causa, causae (subst. f.) : cause, raison ; procès
Exempla gradatim digesta
- Causa morbi ignota est. (La cause de la maladie est inconnue.)
- Honoris causa venit. (Il est venu pour rendre hommage.) Nota : causa postposé + génitif.
- Multae sunt causae cur hoc credam. (Il y a bien des raisons pour que je le croie.) Nota : cur + subjonctif.
Exempla elocutionis
- Et propter vitam vivendi perdere causas. (Et pour sauver sa vie, perdre les raisons de vivre.) (Juvénal)
- Commentaire : paradoxe construit sur l’opposition vitam / vivendi causas ; la satire morale atteint ici la densité d’une thèse philosophique.
- Reus causam dixit. (L’accusé a plaidé sa cause.)
- Commentaire : causam dicere, locution technique de la langue judiciaire ; le style, c’est aussi savoir reconnaître les syntagmes figés des institutions.
pars
[modifier | modifier le wikicode]pars, partis (subst. f.) : partie, côté
Exempla gradatim digesta
- Partem panis accipio. (Je reçois une part de pain.)
- Maxima pars hominum hoc credit. (La plupart des hommes le croient.)
- Partes boni civis agere debemus. (Nous devons jouer le rôle d’un bon citoyen.) Nota : partes agere.
Exempla elocutionis
- Pars sanitatis velle sanari fuit. (Vouloir guérir était déjà une part de la guérison.) (Sénèque)
- Commentaire : maxime à pointe : l’infinitif sujet (velle sanari) et le parfait gnomique ; la psychologie morale condensée en sept mots.
- Pro mea parte adiuvabo. (J’aiderai pour ma part.)
- Commentaire : formule de contribution mesurée ; la modestie codifiée de la prose de collaboration, sans figure mais non sans politesse.
urbs
[modifier | modifier le wikicode]urbs, urbis (subst. f.) : ville
Exempla gradatim digesta
- Urbs magna est Roma. (Rome est une grande ville.)
- Urbe capta, cives fugerunt. (La ville prise, les citoyens s’enfuirent.) Nota : ablatif absolu.
- Romae, in urbe omnium pulcherrima, diu vixit. (Il vécut longtemps à Rome, la plus belle des villes.) Nota : locatif + apposition.
Exempla elocutionis
- Romanae spatium est urbis et orbis idem. (L’espace de la ville de Rome et celui du monde ne font qu’un.) (Ovide)
- Commentaire : paronomase urbis / orbis, un seul phonème d’écart pour dire l’idéologie impériale ; le calembour élevé à la dignité de doctrine.
- In Urbem redire cupio. (Je désire rentrer à Rome.)
- Commentaire : antonomase : urbs absolu désigne Rome seule ; pour un Romain, il n’y a qu’une Ville, et l’article manquant du latin est suppléé par l’évidence.
capio
[modifier | modifier le wikicode]capio, capere, cepi, captum (v.) : prendre, saisir
Exempla gradatim digesta
- Piscem cepi. (J’ai pris un poisson.)
- Consilium cepimus fugiendi. (Nous avons formé le projet de fuir.) Nota : consilium capere + génitif du gérondif.
- Amore captus, omnia reliquit. (Saisi par l’amour, il abandonna tout.)
Exempla elocutionis
- Exordium captat benevolentiam iudicum. (L’exorde cherche à capter la bienveillance des juges.)
- Commentaire : capere et son fréquentatif captare ont fourni le vocabulaire technique de la rhétorique (captatio benevolentiae) ; la chasse comme métaphore du discours.
- Nec te Troia capit. (Troie même est trop petite pour toi.) (Virgile)
- Commentaire : capere = « contenir » ; l’hyperbole héroïque loge la grandeur d’un homme dans un verbe d’espace. Litote et démesure à la fois.
populus
[modifier | modifier le wikicode]populus, populi (subst. m.) : peuple
Exempla gradatim digesta
- Populus in foro convenit. (Le peuple se rassemble au forum.)
- Senatus populusque Romanus legatos misit. (Le sénat et le peuple romain envoyèrent des ambassadeurs.)
- Salus populi suprema lex esto. (Que le salut du peuple soit la loi suprême.) (Cicéron) Nota : esto, impératif futur.
Exempla elocutionis
- Maiestas populi Romani laesa est. (La majesté du peuple romain a été lésée.)
- Commentaire : génitif officiel des formules d’État (populi Romani) ; style juridique, où chaque mot est pesé et aucun n’est imagé.
- Populus me sibilat, at mihi plaudo. (Le peuple me siffle, mais moi je m’applaudis.) (Horace)
- Commentaire : antithèse de la foule et de l’individu (populus / mihi, sibilat / plaudo) ; le sage se passe du suffrage du nombre, et le balancement de la phrase oppose le jugement public à la conscience de soi.
idem
[modifier | modifier le wikicode]idem, eadem, idem (pron.) : le même
Exempla gradatim digesta
- Eundem librum lego. (Je lis le même livre.)
- Eadem nocte profecti sumus. (Nous sommes partis la même nuit.)
- Idem velle atque idem nolle, ea demum firma amicitia est. (Vouloir et refuser les mêmes choses, voilà la solide amitié.) (Salluste)
Exempla elocutionis
- Vultus erat semper idem. (Son visage était toujours le même.)
- Commentaire : l’identité d’humeur du sage (on le disait de Socrate) ; idem prédicat, sans image ni emphase : la constance dite par la constance du style.
- Vir doctissimus idemque modestissimus. (Un homme très savant et tout aussi modeste.)
- Commentaire : idemque cumule les qualités en signalant que leur réunion est remarquable ; l’éloge procède par addition étonnée.
corpus
[modifier | modifier le wikicode]corpus, corporis (subst. n.) : corps
Exempla gradatim digesta
- Corpus meum fessum est. (Mon corps est fatigué.)
- Mens sana in corpore sano optanda est. (Il faut souhaiter un esprit sain dans un corps sain.) (d’après Juvénal)
- Animus corpori imperat sicut rex civibus suis. (L’âme commande au corps comme un roi à ses citoyens.) (d’après Salluste et Cicéron)
Exempla elocutionis
- Res publica unum corpus est. (L’État est un seul corps.)
- Commentaire : métaphore organiciste, fondatrice de toute une tradition politique (l’apologue de Ménénius Agrippa) ; l’image fait la doctrine.
- Corpora prima Lucretius ea vocat quae dividi non possunt. (Lucrèce appelle corps premiers ceux qui ne peuvent être divisés.)
- Commentaire : corpora prima, périphrase latine pour les atomes grecs ; le traducteur philosophe préfère la périphrase native à l’emprunt. Leçon de méthode pour tout lexique philosophique latin.
vita
[modifier | modifier le wikicode]vita, vitae (subst. f.) : vie
Exempla gradatim digesta
- Vita pulchra est. (La vie est belle.)
- Vitam rusticam poetae laudant. (Les poètes louent la vie des champs.)
- Non est vivere sed valere vita est. (Vivre, ce n’est pas être en vie, c’est être en bonne santé.) (Martial)
Exempla elocutionis
- O vita misero longa, felici brevis! (Ô vie, longue pour le malheureux, brève pour l’heureux !) (Publilius Syrus)
- Commentaire : apostrophe à la vie, double antithèse en chiasme (misero longa / felici brevis) ; la sentence dramatique faite pour être déclamée.
- Vitam beatam vivere omnes cupiunt. (Tous désirent vivre une vie heureuse.)
- Commentaire : figure étymologique vitam vivere ; le complément interne, banal en grec, garde en latin une légère solennité. Vita beata, terme technique de l’éthique antique.
modus
[modifier | modifier le wikicode]modus, modi (subst. m.) : manière, mesure
Exempla gradatim digesta
- Quo modo vales? (Comment te portes-tu ?)
- Servandus est modus in omnibus rebus. (Il faut garder la mesure en toutes choses.)
- Eius modi homines vitandi sunt. (Il faut éviter les hommes de cette espèce.) Nota : eius modi = « de ce genre ».
Exempla elocutionis
- Est modus in rebus, sunt certi denique fines. (Il y a une mesure dans les choses, il y a enfin des limites précises.) (Horace)
- Commentaire : parallélisme est / sunt, et denique qui feint l’impatience ; la doctrine du juste milieu énoncée sur le ton de l’évidence excédée.
- Modo ridet, modo flet. (Tantôt il rit, tantôt il pleure.)
- Commentaire : modo... modo, anaphore alternative (cf. nunc... nunc) ; l’instabilité d’humeur peinte par le balancement de la phrase.
nomen
[modifier | modifier le wikicode]nomen, nominis (subst. n.) : nom
Exempla gradatim digesta
- Nomen meum scribo. (J’écris mon nom.)
- Nomine tantum rex erat, re vera servus. (Il n’était roi que de nom ; en réalité, il était esclave.) Nota : nomine / re opposés.
- Nomen atque omen. (Le nom est un présage.) (Plaute)
Exempla elocutionis
- Stat magni nominis umbra. (Il demeure, ombre d’un grand nom.) (Lucain)
- Commentaire : métaphore de l’ombre pour la grandeur survivante d’elle-même (Pompée) ; le génitif magni nominis enchâssé fait tout le vers. L’un des plus beaux raccourcis de la poésie latine.
- Amicitiae nomine multa peccantur. (Bien des fautes se commettent au nom de l’amitié.)
- Commentaire : nomine = « sous couvert de » ; l’ablatif seul suffit à dénoncer l’écart entre le mot et la chose, thème moraliste par excellence.
miles
[modifier | modifier le wikicode]miles, militis (subst. m.) : soldat
Exempla gradatim digesta
- Miles gladium gerit. (Le soldat porte un glaive.)
- Milites urbi praesidio erant. (Les soldats servaient de garnison à la ville.) Nota : double datif.
- Militis est parere, imperatoris providere. (Au soldat d’obéir, au général de prévoir.)
Exempla elocutionis
- Miles Romanus laborare didicit. (Le soldat romain a appris à peiner.)
- Commentaire : singulier collectif des historiens ; miles = l’armée entière, vue comme un type. Stylisation épique de la prose historique.
- Miles gloriosus a Plauto deridetur. (Le soldat fanfaron est raillé par Plaute.)
- Commentaire : miles gloriosus, type comique devenu titre ; l’épithète suffit à camper le personnage. Le style crée des emplois figés que la culture transmet.
mors
[modifier | modifier le wikicode]mors, mortis (subst. f.) : mort
Exempla gradatim digesta
- Mors vitae finis est. (La mort est la fin de la vie.)
- Morte patris audita, domum rediit. (À la nouvelle de la mort de son père, il rentra chez lui.) Nota : ablatif absolu.
- Mors, ut Stoicis videtur, nec bonum nec malum est. (La mort, selon les stoïciens, n’est ni un bien ni un mal.) Nota : ut videtur incise.
Exempla elocutionis
- Mors ultima linea rerum est. (La mort est la ligne d’arrivée des choses.) (Horace)
- Commentaire : métaphore empruntée au cirque (la ligne blanche au bout de la piste) ; l’image sportive apprivoise l’effroi. Définition par déplacement.
- Pallida Mors aequo pulsat pede pauperum tabernas regumque turris. (La pâle Mort frappe d’un pied égal les cabanes des pauvres et les tours des rois.) (Horace)
- Commentaire : personnification, allitération en p, antithèse sociale pauperum / regum (turris, accusatif pluriel archaïque) ; l’égalité devant la mort dite par une symétrie parfaite des images.