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Latin/Vocabulaire/Verba Latina frequentissima/076-100

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annus · fero · peto · vis · eo · dominus · terra · tempus · mitto · nox · ago · verbum · accipio · inter · credo · ita · tum, tunc · semper · sine · virtus · amor · ratio · natura · scribo · lego

annus, anni (subst. m.) : année

Exempla gradatim digesta

  1. Annus duodecim menses habet. (L’année a douze mois.)
  2. Abhinc tres annos Romae fui. (Il y a trois ans, j’étais à Rome.) Nota : abhinc + accusatif.
  3. Multis post annis domum revertit. (Bien des années plus tard, il revint chez lui.) Nota : post adverbial.

Exempla elocutionis

  • Eheu fugaces labuntur anni! (Hélas, fugitives, les années s’écoulent !) (Horace)
    Commentaire : interjection initiale eheu, puis disjonction fugaces... anni qui enserre le verbe ; la fuite du temps mimée par la phrase qui glisse.
  • Anno aetatis suae octogesimo mortuus est. (Il mourut dans sa quatre-vingtième année.)
    Commentaire : formule des inscriptions funéraires et des notices biographiques ; style lapidaire au sens propre, où la précision tient lieu d’émotion.

fero, ferre, tuli, latum (v.) : porter ; supporter

Exempla gradatim digesta

  1. Aquam fero. (Je porte de l’eau.)
  2. Fama fert regem mortuum esse. (Le bruit court que le roi est mort.) Nota : fert + proposition infinitive.
  3. Fortiter ferendum est quod mutari non potest. (Il faut supporter avec courage ce qui ne peut être changé.)

Exempla elocutionis

  • Tribunus legem ad populum tulit. (Le tribun proposa une loi au peuple.)
    Commentaire : legem ferre, locution institutionnelle (proposer une loi au vote) ; le verbe le plus concret de la langue, « porter », ossifié en terme de droit public.
  • Quod fors feret, feremus. (Ce que le sort apportera, nous le supporterons.) (d’après Térence)
    Commentaire : paronomase fors / feret / feremus ; le même verbe dit le hasard qui donne et l’homme qui endure. L’acceptation proverbiale par le jeu phonique.

peto, petere, petivi, petitum (v.) : chercher à atteindre, demander

Exempla gradatim digesta

  1. Panem a matre peto. (Je demande du pain à ma mère.)
  2. Consulatum eo anno petivit. (Il brigua le consulat cette année-là.) Nota : petere = « briguer ».
  3. Hostes summa vi castra petiverunt. (Les ennemis attaquèrent le camp de toutes leurs forces.) Nota : petere = « attaquer ».

Exempla elocutionis

  • Quod petis, hic est. (Ce que tu cherches est ici.) (Horace)
    Commentaire : brièveté et déixis : le bonheur n’est pas ailleurs, et la phrase tient en quatre mots dont un déictique ; la sagesse horatienne refuse l’amplification.
  • Unum hoc a te peto. (Je ne te demande que cela.)
    Commentaire : unum en tête : la requête se fait pathétique par sa sobriété affichée ; demander une seule chose, c’est la demander toute.

vis, vis (subst. f.) : force, violence

Exempla gradatim digesta

  1. Vis venti magna est. (La force du vent est grande.)
  2. Vim vi repellere licet. (Il est permis de repousser la violence par la violence.) (principe juridique romain)
  3. Vires corporis cum annis deficiunt. (Les forces du corps déclinent avec les années.) Nota : vires, pluriel = « les forces ».

Exempla elocutionis

  • Vi et armis urbem cepit. (Il prit la ville par la force des armes.)
    Commentaire : vi et armis, hendiadys figé du vocabulaire juridique et militaire ; deux ablatifs coordonnés pour une seule notion, plénitude formulaire.
  • In verbis inest vis quaedam mira. (Il y a dans les mots une étrange puissance.)
    Commentaire : quaedam atténue et désigne à la fois l’indéfinissable ; style de l’essai, qui montre du doigt ce qu’il renonce à définir. Programme de toute stylistique.

eo, ire, ivi (ii), itum (v.) : aller

Exempla gradatim digesta

  1. Domum eo. (Je vais à la maison.)
  2. Cubitum ire tempus est. (Il est temps d’aller se coucher.) Nota : supin en -um après verbe de mouvement.
  3. Obviam hostibus itum est. (On marcha à la rencontre des ennemis.) Nota : passif impersonnel.

Exempla elocutionis

  • I, sequere Italiam ventis! (Va, cours vers l’Italie au gré des vents !) (Virgile)
    Commentaire : l’impératif monosyllabique i, jeté par Didon, est l’un des mots les plus brefs et les plus durs de la langue ; l’ironie amère tient dans une seule lettre.
  • Sic itur ad astra. (C’est ainsi qu’on va vers les astres.) (Virgile)
    Commentaire : passif impersonnel + métaphore ascensionnelle ; la formule, détachée de l’Énéide, est devenue devise : preuve que le style fait la fortune des phrases.

dominus, domini (subst. m.) : maître

Exempla gradatim digesta

  1. Dominus canem vocat. (Le maître appelle son chien.)
  2. Domino absente, nihil in villa agitur. (En l’absence du maître, rien ne se fait à la ferme.) Nota : ablatif absolu.
  3. Sui quisque animi dominus esse debet. (Chacun doit être maître de son âme.)

Exempla elocutionis

  • Domitianus se dominum et deum appellari iussit. (Domitien ordonna qu’on l’appelât maître et dieu.) (d’après Suétone)
    Commentaire : dominus et deus, titulature scandaleuse : dominus suppose des esclaves ; le mot, neutre dans la maison, devient tyrannique dans l’État. Connotation, encore.
  • Sapiens solus sui dominus est. (Seul le sage est maître de lui-même.)
    Commentaire : retournement philosophique du vocabulaire servile : la domination intériorisée ; génitif sui en facteur de paradoxe. Thème stoïcien central.

terra, terrae (subst. f.) : terre

Exempla gradatim digesta

  1. Terra fructus dat. (La terre donne des fruits.)
  2. Terra marique pugnatum est. (On combattit sur terre et sur mer.) Nota : locution + passif impersonnel.
  3. Quae regio in terris nostri non plena laboris? (Quelle région sur terre n’est pas pleine de nos épreuves ?) (Virgile)

Exempla elocutionis

  • Ultra has regiones terra incognita iacet. (Au-delà de ces régions s’étend une terre inconnue.)
    Commentaire : terra incognita, formule des géographes passée en locution universelle ; l’inconnu cartographié par deux mots.
  • Caelum ac terras miscere videbantur. (Ils semblaient confondre ciel et terre.)
    Commentaire : locution hyperbolique du chaos (cf. Virgile) ; mélanger le haut et le bas, image cosmique pour le désordre humain.

tempus, temporis (subst. n.) : temps, moment

Exempla gradatim digesta

  1. Tempus celeriter fugit. (Le temps fuit rapidement.)
  2. Tempori cedere sapientis est. (Céder aux circonstances est le fait du sage.) Nota : tempus = « les circonstances ».
  3. O tempora, o mores! (Ô temps, ô mœurs !) (Cicéron) Nota : exclamation à l’accusatif.

Exempla elocutionis

  • Tempus collige et serva. (Recueille ton temps et garde-le.) (d’après Sénèque)
    Commentaire : impératifs brefs et métaphore économique : le temps comme bien qu’on thésaurise ; toute la première Lettre à Lucilius est dans ce lexique comptable.
  • Tempus edax rerum. (Le temps qui dévore toutes choses.) (Ovide)
    Commentaire : épithète edax + génitif objectif rerum ; la personnification dévorante en trois mots, sans verbe : le groupe nominal suffit au mythe.

mitto, mittere, misi, missum (v.) : envoyer

Exempla gradatim digesta

  1. Litteras ad te mitto. (Je t’envoie une lettre.)
  2. Nuntius ad regem missus est. (Un messager fut envoyé au roi.)
  3. Caesar legatos pacem petitum misit. (César envoya des ambassadeurs demander la paix.) Nota : supin de but.

Exempla elocutionis

  • Missa istaec faciamus. (Laissons cela.) (d’après Térence)
    Commentaire : missum facere, locution familière de la conversation (= passons) ; istaec, forme parlée du démonstratif. La comédie est notre archive du latin oral.
  • Mitte hanc de pectore curam. (Chasse ce souci de ton cœur.) (Virgile)
    Commentaire : mittere métaphorique = « congédier, chasser » ; l’impératif lyrique adressé à l’âme, geste de consolation.

nox, noctis (subst. f.) : nuit

Exempla gradatim digesta

  1. Nox obscura est. (La nuit est sombre.)
  2. Nocte intempesta profecti sunt. (Ils partirent en pleine nuit.) Nota : nocte intempesta, expression figée.
  3. Multa nocte domum rediit. (Il rentra chez lui tard dans la nuit.) Nota : multa nocte = « la nuit étant avancée ».

Exempla elocutionis

  • Nox erat et caelo fulgebat luna sereno. (C’était la nuit, et la lune brillait dans un ciel serein.) (Horace)
    Commentaire : nox erat, ouverture type de la description nocturne (topos hérité de l’épopée) ; deux mots installent le décor, la disjonction caelo... sereno l’achève.
  • Omnes una manet nox. (Une même nuit nous attend tous.) (Horace)
    Commentaire : nuit = mort, métaphore que una rend implacable ; l’hyperbate omnes... nox encadre la phrase comme la nuit encercle les vivants.

ago, agere, egi, actum (v.) : faire, mener, agir

Exempla gradatim digesta

  1. Agricola boves agit. (Le paysan mène ses bœufs.)
  2. Gratias tibi ago. (Je te remercie.)
  3. Actum est de nobis, nisi auxilium venit. (C’en est fait de nous, si le secours n’arrive pas.) Nota : actum est de = « c’en est fait de ».

Exempla elocutionis

  • Age, dic mihi verum. (Allons, dis-moi la vérité.)
    Commentaire : age, impératif devenu interjection d’encouragement ; le verbe le plus général de la langue usé jusqu’à n’être plus qu’un geste oral.
  • « Quid agitur? » « Statur. » (« Que fait-on ? » « On reste planté là. ») (d’après Plaute)
    Commentaire : réplique comique jouant sur les passifs impersonnels ; la grammaire elle-même devient ressort du rire. Le latin parlé aime ces tours.

verbum, verbi (subst. n.) : mot, parole

Exempla gradatim digesta

  1. Verbum novum disco. (J’apprends un mot nouveau.)
  2. Verba magistri memoria tenemus. (Nous gardons en mémoire les paroles du maître.)
  3. Mihi verba dedisti! (Tu m’as trompé !) Nota : verba dare alicui = « tromper quelqu’un ».

Exempla elocutionis

  • Verbum sapienti sat est. (À bon entendeur, un mot suffit.) (d’après Plaute et Térence)
    Commentaire : maxime elliptique (sat = satis) ; le proverbe sur l’économie des mots est lui-même économe. Datif d’intérêt sapienti en pivot.
  • Hunc librum ad verbum e Graeco converti. (J’ai traduit ce livre du grec mot à mot.)
    Commentaire : ad verbum, terme technique de la traduction (opposé chez Cicéron à la traduction du sens) ; vocabulaire utile à tout traducteur de philosophie.

accipio, accipere, accepi, acceptum (v.) : recevoir, accueillir

Exempla gradatim digesta

  1. Epistulam accipio. (Je reçois une lettre.)
  2. Multa vulnera in proelio accepit. (Il reçut de nombreuses blessures au combat.)
  3. Quod dixi, in bonam partem accipias velim. (Ce que j’ai dit, je voudrais que tu le prennes en bonne part.) Nota : subjonctif de politesse.

Exempla elocutionis

  • Accipe nunc Danaum insidias. (Apprends maintenant les ruses des Grecs.) (Virgile)
    Commentaire : impératif adressé à l’auditeur interne (et au lecteur) ; accipe relance le récit épique comme on tend un objet. Danaum, génitif archaïque, patine voulue.
  • Hoc tibi acceptum refero. (Je porte cela à ton crédit.)
    Commentaire : acceptum referre, métaphore comptable (inscrire en recette) ; la gratitude dite dans la langue des registres, trait très romain.

(praep. + acc.) : entre, parmi

Exempla gradatim digesta

  1. Inter arbores sedemus. (Nous sommes assis entre les arbres.)
  2. Fratres inter se amant. (Les frères s’aiment l’un l’autre.) Nota : inter se, réciprocité.
  3. Inter omnes constat Romam a Romulo conditam esse. (Tout le monde s’accorde à dire que Rome fut fondée par Romulus.) Nota : constat + proposition infinitive.

Exempla elocutionis

  • Silent enim leges inter arma. (Car les lois se taisent au milieu des armes.) (Cicéron)
    Commentaire : personnification des lois muettes ; silent en tête de phrase, position de relief, fait entendre le silence avant d’en donner la cause.
  • Haec inter nos dicta sint. (Que cela reste entre nous.)
    Commentaire : formule de confidence ; subjonctif parfait de souhait et locution inter nos : la complicité a sa grammaire.

credo, credere, credidi, creditum (v.) : croire, confier

Exempla gradatim digesta

  1. Matri credo. (Je crois ma mère.) Nota : credere + datif.
  2. Credo te fessum esse. (Je crois que tu es fatigué.) Nota : proposition infinitive.
  3. Nemini nimium credendum est. (Il ne faut trop se fier à personne.) Nota : adjectif verbal + datif.

Exempla elocutionis

  • Tu, credo, numquam erras. (Toi, je suppose, tu ne te trompes jamais.)
    Commentaire : credo en incise = ironie polie ; le verbe de la croyance retourné en arme du doute. L’incise est le lieu privilégié de l’ironie latine.
  • Experto credite. (Croyez-en celui qui a l’expérience.) (Virgile)
    Commentaire : datif + impératif pluriel : l’autorité de l’expérience en deux mots ; la formule a quitté l’épopée pour la sagesse commune.

(adv.) : ainsi, de cette manière

Exempla gradatim digesta

  1. Ita est. (C’est ainsi. / Oui.)
  2. Non ita multo post rediit. (Il revint peu de temps après.) Nota : non ita = « pas tellement ».
  3. Ita de me meritus est ut ei gratiam debeam. (Il a si bien agi envers moi que je lui dois de la reconnaissance.) Nota : ita... ut consécutif.

Exempla elocutionis

  • Ita vivam, ut verum dico. (Aussi vrai que je vive, je dis la vérité.)
    Commentaire : formule de serment corrélative : on gage sa vie sur sa parole ; la corrélation ita... ut mise au service du pathétique judiciaire.
  • Non ita est. (Il n’en est pas ainsi.)
    Commentaire : démenti sec du dialogue philosophique ; trois mots pour refuser, sans argument : la réfutation commence par un refus nu.

(adv.) : alors, à ce moment

Exempla gradatim digesta

  1. Tum puer eram. (J’étais alors enfant.)
  2. Tum demum intellexit se errare. (Alors seulement il comprit qu’il se trompait.)
  3. Cum omnes artes, tum praecipue philosophia colenda est. (Il faut cultiver tous les arts, et en particulier la philosophie.) Nota : cum... tum = « non seulement... mais surtout ».

Exempla elocutionis

  • Tum clamor, tum fuga, tum caedes ubique erat. (Alors ce furent partout cris, fuite, carnage.)
    Commentaire : anaphore de tum + asyndète des sujets ; l’accélération dramatique du récit de bataille, où la syntaxe court avec les fuyards.
  • Quid tum? (Et après ?)
    Commentaire : question-couperet de l’argumentation orale ; deux monosyllabes pour balayer une objection. La brièveté comme fin de non-recevoir.

(adv.) : toujours

Exempla gradatim digesta

  1. Mater me semper amat. (Ma mère m’aime toujours.)
  2. Semper avarus eget. (L’avare est toujours dans le besoin.) (Horace)
  3. Non semper erunt Saturnalia. (Ce ne sera pas toujours fête.) (Sénèque)

Exempla elocutionis

  • Semper ego auditor tantum? (Serai-je donc toujours simple auditeur ?) (Juvénal)
    Commentaire : ouverture de la première Satire ; semper en tête, exaspéré, et la question sans verbe : l’indignation fonde un genre littéraire.
  • Ex Africa semper aliquid novi. (D’Afrique, toujours quelque chose de nouveau.) (d’après Pline l’Ancien)
    Commentaire : proverbe grec latinisé ; génitif partitif novi, ellipse du verbe : la formule voyage d’autant mieux qu’elle est légère.

(praep. + abl.) : sans

Exempla gradatim digesta

  1. Sine te tristis sum. (Sans toi je suis triste.)
  2. Sine dubio verum dicis. (Sans aucun doute tu dis vrai.)
  3. Sine Cerere et Libero friget Venus. (Sans Cérès et Bacchus, Vénus a froid.) (Térence) Nota : métonymie : sans pain ni vin, point d’amour.

Exempla elocutionis

  • Sine ira et studio. (Sans colère ni parti pris.) (Tacite)
    Commentaire : programme d’impartialité de l’historien ; deux ablatifs abstraits coordonnés, aucun verbe : la méthode tient en quatre mots. Devise de toute objectivité, à citer dans un dictionnaire de philosophie.
  • Sine me, liber, ibis in Urbem. (Sans moi, mon livre, tu iras à Rome.) (Ovide)
    Commentaire : adresse au livre personnifié ; sine me en tête dit l’exil avant tout le reste. L’élégie commence par la séparation.

virtus, virtutis (subst. f.) : courage, vertu

Exempla gradatim digesta

  1. Virtus rara est. (La vertu est rare.)
  2. Virtute, non verbis, res geritur. (C’est par le courage, non par les paroles, que l’affaire se mène.)
  3. Virtus est medium vitiorum et utrimque reductum. (La vertu est le milieu entre les vices, à égale distance des deux.) (Horace)

Exempla elocutionis

  • Virtus post nummos. (La vertu après l’argent.) (Horace)
    Commentaire : l’ordre des mots est l’ordre des valeurs, ironiquement inversé ; trois mots cyniques que la satire place dans la bouche du siècle.
  • Honor est praemium virtutis. (L’honneur est la récompense de la vertu.) (d’après Cicéron)
    Commentaire : définition par genre et différence, style du traité ; aucune figure, et c’est précisément le style philosophique : la netteté comme ornement.

amor, amoris (subst. m.) : amour

Exempla gradatim digesta

  1. Amor matris magnus est. (L’amour d’une mère est grand.)
  2. Amore urbis captus, manere constituit. (Saisi d’amour pour la ville, il décida de rester.)
  3. Omnia vincit Amor: et nos cedamus Amori. (L’Amour triomphe de tout : nous aussi, cédons à l’Amour.) (Virgile)

Exempla elocutionis

  • Amor tussisque non celantur. (L’amour et la toux ne se cachent pas.) (proverbe ancien)
    Commentaire : zeugme comique unissant la passion et le symptôme ; le rapprochement trivial fait la vérité du proverbe.
  • Hei mihi, quod nullis amor est sanabilis herbis! (Malheur à moi : l’amour ne se guérit par aucune herbe !) (Ovide)
    Commentaire : exclamation élégiaque hei mihi, et disjonction nullis... herbis qui enserre le vers ; le dieu de la médecine avoue son impuissance, pathétique savant.

ratio, rationis (subst. f.) : raison, calcul, méthode

Exempla gradatim digesta

  1. Rationem sequere! (Suis la raison !)
  2. Ratio belli gerendi mutata est. (La méthode de conduite de la guerre a changé.) Nota : génitif du gérondif avec complément.
  3. Cuiusque facti rationem reddere debemus. (Nous devons rendre compte de chacun de nos actes.) Nota : rationem reddere.

Exempla elocutionis

  • Ratio et oratio homines inter se coniungunt. (La raison et la parole unissent les hommes entre eux.) (d’après Cicéron)
    Commentaire : paronomase ratio / oratio, presque le même mot pour la pensée et la parole ; le latin suggère par le son ce que le grec disait d’un seul mot, logos. Trouvaille capitale pour un lexique philosophique.
  • Lex est recta ratio. (La loi est la droite raison.) (d’après Cicéron)
    Commentaire : recta ratio, calque du grec orthos logos ; définition stoïcienne frappée en trois mots. Le style des définitions est un style à part entière.

natura, naturae (subst. f.) : nature

Exempla gradatim digesta

  1. Natura pulchra est. (La nature est belle.)
  2. Natura duce, errare non possumus. (Avec la nature pour guide, nous ne pouvons nous égarer.) Nota : ablatif absolu sans participe.
  3. Naturam expellas furca, tamen usque recurret. (Chasse la nature à coups de fourche, elle reviendra toujours au galop.) (Horace)

Exempla elocutionis

  • Naturam si sequemur ducem, numquam aberrabimus. (Si nous suivons la nature comme guide, jamais nous ne nous égarerons.) (Cicéron)
    Commentaire : ducem attribut de naturam, métaphore du guide de route ; la maxime stoïcienne avance comme on marche, et numquam clôt la phrase sur une assurance.
  • Rerum natura creatrix. (La nature créatrice des choses.) (d’après Lucrèce)
    Commentaire : épithète creatrix : la Nature quasi divinisée chez le poète matérialiste, paradoxe stylistique ; le groupe nominal sans verbe a la densité d’une invocation.

scribo, scribere, scripsi, scriptum (v.) : écrire

Exempla gradatim digesta

  1. Epistulam scribo. (J’écris une lettre.)
  2. Ad te saepe scribo, tu raro rescribis. (Je t’écris souvent, tu réponds rarement.)
  3. Scribendi recte sapere est et principium et fons. (Bien penser est le principe et la source du bien écrire.) (Horace)

Exempla elocutionis

  • Saepe stilum vertas. (Retourne souvent ton stylet.) (Horace)
    Commentaire : métonymie de l’outil : retourner le stylet, c’est effacer, donc corriger ; le conseil d’atelier le plus célèbre de la critique antique, en trois mots concrets.
  • Scribe ad me quam saepissime! (Écris-moi le plus souvent possible !)
    Commentaire : injonction épistolaire affectueuse ; quam + superlatif adverbial, l’hyperbole codifiée de l’amitié. Le style des lettres a ses constantes.

lego, legere, legi, lectum (v.) : lire ; choisir

Exempla gradatim digesta

  1. Librum lego. (Je lis un livre.)
  2. Milites lecti fortissime pugnaverunt. (Les soldats d’élite combattirent avec la plus grande bravoure.) Nota : lecti = « choisis, d’élite ».
  3. Legendi semper occasio est, audiendi non semper. (L’occasion de lire se présente toujours, celle d’écouter pas toujours.) (Pline le Jeune)

Exempla elocutionis

  • Aut prodest aut delectat qui legitur. (L’auteur qu’on lit est utile ou il plaît.) (d’après Horace)
    Commentaire : l’alternative horatienne (instruire ou plaire) ramenée à la lecture ; deux verbes coordonnés, programme entier de la littérature.
  • Lector, intende: laetaberis. (Lecteur, sois attentif : tu y trouveras du plaisir.) (Apulée)
    Commentaire : adresse directe au lecteur au seuil du roman ; vocatif, impératif, futur de promesse : trois mots, trois actes de langage. Le pacte de lecture en une ligne.