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Le mouvement Wikimédia/Le World Wide Web

Un livre de Wikilivres.

Maintenant que le lien entre la création d’Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l’application la plus connue du réseau, que l’on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C’est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d’Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », rebaptisé Nexus pour éviter toute confusion entre les deux termes[1]

Figure 10. Tim Berners-Lee en 2014.

Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques, que l’on intitule sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.

Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l’espace web, des règles de standardisation ont tout d’abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous[2] ». Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l’espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d’accès que cela aurait pu engendrer.

À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel Nexus dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu’après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN[3], eut la présence d’esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l’histoire de Robert Caillau[4], voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n’avait finalement pas été placé sous licence libre.

La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyrighté Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.

Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l’espace numérique auraient été totalement différents. L’utopie Wikipédia, par exemple, n’aurait certainement pas vu le jour, en raison de l’éclatement des espaces numériques et des coûts d’accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu’il en soit, et au niveau technique, une fois l’espace web apparu, il ne manquait plus que l’apparition des plateformes wiki pour permettre la création d’une encyclopédie collaborative au format numérique.

  1. W3C, « Tim Berners-Lee : WorldWideWeb, the first Web client ».
  2. W3C, « La mission du W3C ».
  3. James Gillies et Robert Cailliau, How the Web Was Born – The Story of the World Wide Web, Oxford University Press, , 372 p. (ISBN 978-0-19-286207-5).
  4. Quentin Jardon, Alexandria : les pionniers oubliés du web : récit, Paris, Gallimard, (ISBN 978-2-07-285287-9, OCLC 1107518440), p. 154.