Le mouvement Wikimédia/Les licences et la culture libre

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Dans une autobiographie autorisée de Sam Williams intitulée :« Richard Stallman et la révolution du logiciel libre. »[1], l'auteur nous parle de la naissance de la licence libre qui fut à l'origine de celle de la culture libre en écrivant ceci :

« La GPL [la première licence libre] apparaît comme l'un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l'intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel. »[1]

Car de fait, c'est Richard Stallman qui donna naissance à cette première licence en 1985, avec les conseils du juriste Mark Fischer. Le fondateur du projet GNU avait effectivement eu l'idée de protéger son programme d'éditeur de texte intitulé Emacs, en le publiant sous la première version d'une licence libre intitulée Général Public Licence (GPL). Par la suite et durant l'année 1989, la firme Microsoft mit en tout œuvre pour contrer cette licence mais sans y parvenir. Tout au contraire, grâce à la participation de personnalités philanthropes comme John Gilmore et d'une grande communauté d'activistes hackers épaulé par des certains juristes tels que Jerry Cohen et Eben Moglen, la licence libre du logiciel Emacs finit par s'appliquer à tout type de logiciel.

Classification des licences d'exploitation des œuvres de l'esprit.
Fig. 6.7. Classification des licences d'exploitation des œuvres de l'esprit. (source : https://w.wiki/377Y).

Il faut ensuite souligner le fait que la composante la plus révolutionnaire de la licence libre fut sa clause de reproductibilité. Celle-ci exige en effet que tout produit dérivé d'un logiciel libre doit être soumis à la même licence que le code source du travail d'origine. Une idée qui aurait été transmise à Richard Stallman par Don Hopkins lors d'échanges de courriers[2].

Cette clause qualifiée de virale ou récursive fut par la suite baptisée par le terme « copyleft », que l'on peut traduire en français par l'expression humoristique de « gauche d'auteur » et qui s'illustre graphiquement par l'usage d'un © inversé (ɔ). À l'image de l'épisode du « sauvetage » du Web, la clause du copyleft apparaît donc aujourd'hui, comme un des événements majeurs qui permit aux logiciels libres de perpétuer leurs existences.

Selon le vœu de Stallman, le copyleft est donc la clause des licences libres qui se rapporte le plus aux questions éthiques et de libertés des utilisateurs[3]. Et c'est aussi une clause qui n'est pas mis en évidence par le concept d'open source popularisé par Éric Raymond et dont la vision porte davantage sur des questions techniques et de transparence du code au travers une approche plus pragmatique et entrepreneuriale[4]. Malheureusement, aujourd'hui cette différence cruciale entre le free software de Stallman et l'open source de Raymond est devenue d'autant plus floue que l'expression générique, Free/Libre Open Source Software (FLOSS) fit son apparition. Une situation regrettable qui détourne l'attention du concept de copyleft alors qui celui-ci reste la seul moyen efficace de lutter contre la privatisation d'un produit libre à des fins lucratives.

Mais toujours est-il qu'au niveau des termes spécifiques attribués à une licence sous copyright, le copyleft se traduit par l'expression « Share alike », que l'on traduit en français par : « partage à l'identique ». Une façon synthétique de dire que toute reproduction d'une œuvre ou tout travail construit en partie au départ d'une œuvre couverte par cette clause copyleft devra être soumise à la même clause et licence d'origine. Toute licence libre comprenant la clause du copyleft reste donc bel et bien un moyen efficace d'offrir son travail à la communauté d'utilisateurs, tout en le protégeant d'un détournement vers un copyright propriétaire et privateur. Car comme déjà dit précédemment, en absence de cette clause, une œuvre peut effectivement être récupérée, puis modifiée, même de façon mineure, pour être ensuite soumise à un nouveau copyright qui fera mention de « tous droits réservés »[5]. Ceci de telle sorte à en restreindre l'usage aux seules personnes qui auront payé des droits d'utilisation.

Classement des différentes licences, de la plus ouverte à la moins ouverte.
Fig. x. Classement des différentes licences, de la plus ouverte à la moins ouverte (source : https://w.wiki/377T).

Suite à la création des premières licences libres destinées à protéger le code source des logiciels informatique, une organisation internationale sans but lucratif intitulée Creative Commons, vit le jour le 15 janvier 2001, afin de rendre les licences libres accessibles et utilisables par tous. Pour le dire de manière plus précise, le but de cette association est d'œuvrer en faveur du « partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d'outils juridiques gratuits »[6]. Et pour ce faire, Creative Commons entreprit alors de distinguer toutes les différentes clauses pouvant être reprises par les licences libres, pour en produire un assortiment varié de licence qui permettent aux auteurs de protéger leurs œuvres selon leurs souhaits (figure x).

Contrairement aux licences fournies par la Free Software Foundation, qui sont plus adaptées pour protéger du code informatique, les licences Creative Commons ont plutôt pour objectif de protéger du texte, des photos, vidéos, musiques, base de données et autres productions de l'esprit apparentées[7]. À titre d'exemple, le mouvement Wikimédia a choisi d'appliquer la licence CC.BY.SA sur tous ses projets, à la seule exception du contenu de Wikidata, soumis dès le lancement du projet à la licence CC.0 et des descriptions apportées aux fichiers téléchargés sur le Wikimédia commons qui sert de médiathèque centrale à tous les projets Wikimédia. L'application de la licence libre autour de tous ces produits de consommations a donc donné naissance à ce que l'on appel aujourd'hui la culture libre.

Lawrence Lessig, le président et l'un des fondateurs de Creative Commons, considérait d'ailleurs dans son livre[8] et dans un célèbre article intitulé :« Code is law »[9] que :

Ce code, ou cette architecture, définit la manière dont nous vivons le cyberespace [que l'on peut traduire ici par l'expression écoumène numérique]. Il détermine s'il est facile ou non de protéger sa vie privée, ou de censurer la parole. Il détermine si l'accès à l'information est global ou sectorisé. Il a un impact sur qui peut voir quoi, ou sur ce qui est surveillé. Lorsqu'on commence à comprendre la nature de ce code, on se rend compte que, d'une myriade de manières, le code du cyberespace régule.[10]

La protection du code informatique par les licences libres, et son accès en open access afin d'en permettre sa lecture, son contrôle, sa correction ou son amélioration, apparaissent donc comme deux composantes fondamentales d'une révolution qui permis la naissance du projet Wikipédia et le développement du mouvement Wikimédia. Mais avant cela il fallut encore attendre l'arrivé des Wiki en tant que logiciel qui allaient permettre l'édition collaborative de site web.

  1. 1,0 et 1,1 Sam Williams, Richard M Stallman et Christophe Masutti, Richard Stallman et la révolution du logiciel libre : une biographie autorisée, Livio éditions, (ISBN 978-2-35455-034-9, OCLC 1163855816), p. 180
  2. Richard Stallman, « Le projet GNU », sur GNU,
  3. Richard Stallman, « Pourquoi l'« open source » passe à côté du problème que soulève le logiciel libre », sur GNU,
  4. Steven J. Vaughan-Nichols, « L’Open Source a 20 ans : comment cette philosophie a-t-elle révolutionné la programmation ? », sur ZDNet,
  5. Andrew M St. Laurent, Understanding open source & free software licensing [guide to navigating licensing issues in existing & new software, Sebastopol, Ca : O'Reilly Media Inc., (ISBN 978-0-596-00581-8, OCLC 314704943)
  6. Creative Commons, « Foire Aux Questions - À propos de CC »
  7. Creative commons, « Foire aux questions »
  8. Lawrence Lessig, Code, Basic Books, (ISBN 978-0-7867-2196-2, OCLC 792688532)
  9. Lawrence Lessig, « Code Is Law - On Liberty in Cyberspace », sur Harvard Magazine,
  10. Lawrence Lessig (trad. Alexis Kauffmann), « Code is Law – Traduction française du célèbre article de Lawrence Lessig », sur Framablog,