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Manuel de terminale de philosophie/Bonheur

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Tout être humain semble désirer le bonheur. Mais dès qu'on cherche à dire ce qu'il est, ou par quels moyens l'atteindre, les réponses divergent. Le bonheur est-il un sentiment intérieur ou une vie réussie ? Dépend-il de nous ou des circonstances extérieures ? Faut-il satisfaire ses désirs, les limiter ou les transformer ? Peut-on être heureux dans l'injustice, la pauvreté ou l'illusion ? Ces questions, qui traversent toute l'histoire de la philosophie, montrent que le bonheur n'est pas une donnée immédiate de l'existence : ses contours varient selon la doctrine qui l'interprète, et chaque tradition en éclaire une face différente.

Qu'est-ce que le bonheur ?

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Le mot « bonheur » vient du latin bonum augurium, qui signifie « bon augure » ou « bonne chance ». À l'origine, le bonheur était donc lié à la chance, au hasard. Une partie de la tradition philosophique a précisément cherché à savoir si le bonheur pouvait dépendre de nous plutôt que d'une fortune favorable.

On confond souvent le bonheur avec des états proches qu'il faut pourtant distinguer. Le plaisir est une sensation agréable, souvent corporelle et passagère, comme manger quelque chose de délicieux ou écouter une belle musique. Dans l'usage courant, la joie désigne souvent une émotion vive mais ponctuelle ; certains philosophes, comme Spinoza, lui donnent toutefois un sens plus profond, comme on le verra plus loin. La satisfaction désigne le contentement qui suit la réalisation d'un désir précis. Le bien-être renvoie à un état général d'aisance physique et psychique. Le bonheur, lui, concerne la vie dans son ensemble : il dépasse l'instant et engage notre rapport à l'existence[1]. Les philosophes anciens utilisent encore d'autres termes : la béatitude désigne un bonheur parfait, presque divin ; la félicité un bonheur stable et durable.

Cette première distinction conduit à une question : le bonheur est-il un état intérieur que l'on ressent, un jugement que l'on porte sur sa vie, ou un accomplissement objectif qu'on peut constater de l'extérieur ? Selon la réponse choisie, les conceptions philosophiques s'orientent dans des directions différentes.

Les grandes conceptions du bonheur

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Le bonheur comme plaisir : l'épicurisme

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Pour Épicure (341-270 avant J.-C.), philosophe grec de l'Antiquité, le bonheur se trouve dans le plaisir. Mais il ne s'agit pas de chercher tous les plaisirs n'importe comment. Épicure distingue trois types de désirs.

Il y a d'abord les désirs naturels et nécessaires, comme boire quand on a soif ou manger quand on a faim. Ces désirs doivent être satisfaits. Ensuite, les désirs naturels mais non nécessaires, comme manger des plats raffinés. Enfin, les désirs ni naturels ni nécessaires, comme vouloir devenir riche ou célèbre. Ces derniers désirs sont à éviter parce qu'ils sont sans limites et nous causent du tourment[2].

Le bonheur selon Épicure, c'est l'ataraxie : l'absence de trouble dans l'âme. C'est un état de tranquillité et de paix intérieure. Pour y parvenir, il faut limiter ses désirs et apprendre à ne plus craindre la mort ni les dieux. Le plaisir qu'Épicure recherche n'est donc pas l'excitation ou l'agitation, mais la sérénité qui accompagne l'absence de souffrance physique et l'absence de trouble moral[3].

À cette conception modérée du plaisir s'oppose la position défendue par Calliclès dans le Gorgias de Platon. Pour Calliclès, le bonheur consiste à laisser ses désirs grandir le plus possible et à trouver les moyens de les satisfaire. La frugalité épicurienne lui apparaîtrait comme une vie d'esclave. Socrate lui répond que cette vie est celle d'un tonneau percé qu'il faut sans cesse remplir : elle ne connaît jamais le repos[4]. Cette discussion ancienne montre que la question « faut-il satisfaire ou limiter ses désirs ? » se pose dès l'origine de la philosophie.

Le bonheur comme activité vertueuse : Aristote

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Aristote (384-322 avant J.-C.) propose une autre conception du bonheur. Pour lui, le bonheur (qu'il appelle eudaimonia en grec) est le but suprême de la vie humaine, ce vers quoi tout le monde tend.

Mais qu'est-ce que le bonheur selon Aristote ? Ce n'est pas d'abord un état intérieur agréable. C'est une manière de vivre. Plus précisément, le bonheur consiste à réaliser la fonction propre de l'être humain, c'est-à-dire à exercer son intelligence et sa raison de manière excellente. Le bonheur consiste donc à vivre selon la vertu[5].

La vertu, chez Aristote, est une disposition acquise à bien agir, un juste milieu entre deux excès. Le courage, par exemple, est le juste milieu entre la lâcheté et la témérité. Une vie heureuse est donc une vie où l'on cultive ces vertus et où l'on agit avec raison.

Aristote insiste sur un point important : le bonheur n'arrive pas en un instant. C'est une activité qui se déploie sur toute une vie. On ne peut pas dire qu'une personne est heureuse après une seule journée agréable ; il faut considérer sa vie dans son ensemble[6].

Aristote ne réduit pourtant pas le bonheur à la seule vertu morale. Il reconnaît que la vie heureuse a aussi besoin de certains biens extérieurs : la santé, une situation matérielle suffisante, des amis, et même une certaine beauté physique. Surtout, l'homme étant un « animal politique », son bonheur ne se développe pleinement que dans une cité juste. Enfin, dans le livre X de l'Éthique à Nicomaque, Aristote présente la vie contemplative, consacrée à la connaissance, comme la forme la plus haute du bonheur[7]. Il existe ainsi une tension à l'intérieur du texte aristotélicien : le livre I semble faire du bonheur la totalité d'une vie moralement accomplie en société, tandis que le livre X confère la priorité à la contemplation. Cette hésitation n'est pas une contradiction, mais l'indice d'une question philosophique difficile : la vie heureuse est-elle d'abord une vie d'action vertueuse, ou une vie de connaissance ?

Le bonheur comme sérénité : le stoïcisme

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Les philosophes stoïciens, comme Épictète (50-125 après J.-C.) ou Marc Aurèle (121-180 après J.-C.), proposent une autre voie. Selon eux, le bonheur ne dépend pas des choses extérieures (richesse, santé, réputation) mais de notre rapport à elles.

Le stoïcisme repose sur une distinction : il y a les choses qui dépendent de nous (nos jugements, nos opinions, nos désirs) et celles qui ne dépendent pas de nous (la maladie, la mort, l'opinion d'autrui, les événements). Ce qui dépend de nous, Épictète l'appelle la prohairesis : la faculté de juger, de vouloir et de consentir. Pour atteindre la tranquillité, il faut accepter avec sérénité ce qui ne dépend pas de nous et concentrer notre effort sur l'usage droit de cette faculté de jugement[8].

Mais le stoïcisme ne se réduit pas à un changement d'attitude intérieure. Pour les stoïciens, le seul bien véritable est la vertu, et le seul mal véritable est le vice. Tout le reste, comme la santé, la richesse, la maladie ou la mort, n'est ni un bien ni un mal au sens propre : ce sont des « indifférents ». Ce qui rend une vie heureuse, c'est l'accord entre nos jugements, nos désirs et la raison qui ordonne le monde. Les passions, qui troublent l'âme, viennent de jugements erronés ; les corriger permet d'atteindre l'apatheia. Cette apatheia n'est pas l'absence de toute émotion : les stoïciens admettent au contraire des affects raisonnables, comme la joie du sage face au bien accompli. Ce qui disparaît, ce sont seulement les passions irrationnelles, qui naissent d'une mauvaise estimation de la valeur des choses[9].

Les enjeux philosophiques du bonheur

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Peut-on savoir ce qui nous rend heureux ?

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Emmanuel Kant (1724-1804), philosophe allemand, soulève un problème : le bonheur est un concept indéterminé. Personne ne peut dire avec précision ce qui le rendrait parfaitement heureux. Nos désirs changent, et ce qui nous semble bon aujourd'hui peut ne plus nous satisfaire demain. Pour Kant, le bonheur est « un idéal de l'imagination, non de la raison »[10].

Cela ne veut pas dire que Kant méprise le bonheur. Il refuse seulement d'en faire le fondement de la morale. La loi morale ne peut pas être tirée de la recherche du bonheur, parce que le bonheur dépend d'inclinations sensibles et variables : on ne peut donc pas en faire une règle universelle. La morale doit reposer sur le devoir, c'est-à-dire sur le respect de la loi rationnelle.

Mais Kant n'oublie pas le bonheur. Il introduit l'idée du « souverain bien », qui désigne l'union de la vertu et du bonheur. Il ne s'agit pas d'une simple récompense morale, mais d'une exigence de la raison pratique elle-même : il appartient à la raison de penser comme possible un ordre dans lequel celui qui agit moralement bien recevrait aussi sa part de bonheur. Le bonheur n'est donc pas le principe de la morale, mais il en accompagne idéalement l'achèvement[11].

Le bonheur dépend-il de nous ou de la chance ?

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La question est ancienne, et son enjeu pratique nous concerne tous. Si le bonheur tient à des circonstances extérieures (santé, fortune, rencontres, naissance), nous ne sommes pas véritablement maîtres de notre vie : un accident, un deuil, un licenciement peuvent réduire à néant l'édifice patiemment construit. Mais s'il dépendait entièrement de nous, comment comprendre qu'un enfant battu, qu'un peuple opprimé, qu'un malade chronique aient si peu de chances de s'épanouir ? Toute la difficulté tient à cette tension.

Les Grecs avaient un mot pour la part incontrôlable de l'existence : la tukhê, qui désigne moins le hasard aveugle qu'une force qui dispose de nous sans nous consulter. La réflexion antique sur le bonheur, l'eudaimonia, s'est construite en grande partie contre la tukhê, en cherchant à soustraire la vie réussie aux coups du sort.

Aristote refuse pourtant l'alternative tranchée. Une vie pleinement heureuse, écrit-il, exige certains biens extérieurs : la santé, des amis, une cité juste, une mort paisible. Personne ne dirait heureux Priam, roi de Troie, qui acheva ses jours sous les ruines de sa cité et la mort des siens. Mais l'essentiel du bonheur, l'activité de l'âme conforme à la vertu, relève de notre exercice habituel, donc de nous. Le bonheur n'est pas un don, c'est une œuvre[12]. La fortune fournit la matière ; la vertu lui donne forme.

Les stoïciens rompent avec ce compromis. Tout ce qui ne dépend pas de nous, c'est-à-dire le corps, la richesse, la réputation, le jugement des autres, doit être tenu pour indifférent. Seuls nous appartiennent en propre nos jugements, nos désirs, nos aversions. Épictète, né esclave, savait que l'on peut enchaîner un corps mais non une faculté de juger. Le bonheur devient alors strictement intérieur, et la chance perd toute prise sur la vie sage. Mais à quel prix ? Renoncer à attacher la moindre valeur à la santé, à ses proches, à la [[Manuel de terminale de philosophie/Justice|justice]] du monde demande un travail sur soi dont peu, sans doute, sont capables.

Spinoza (1632-1677) déplace le problème. La joie, pour lui, n'est pas un agrément passager ; elle se définit comme le passage de notre être à une plus grande perfection, c'est-à-dire l'augmentation de notre puissance d'agir. Les passions tristes (peur, envie, haine) nous diminuent ; nous les subissons sans en être la cause adéquate. Comprendre par la raison les causes qui nous affectent, c'est cesser de les subir : la connaissance transforme peu à peu les passions en affects actifs. Au terme du parcours, la « béatitude », cet amour intellectuel envers la Nature ou Dieu, coïncide avec la liberté véritable[13]. Le bonheur dépend donc de nous, mais à condition de comprendre que nous appartenons à un ordre nécessaire qui nous dépasse : il faut intégrer le hasard, non l'écarter.

Cette intériorisation, Karl Marx (1818-1883) la juge insuffisante. Le travail salarié, lorsqu'il s'aliène, prive l'ouvrier de la jouissance de ce qu'il produit, le sépare de son activité, de ses semblables et de lui-même. Dans une société où la majorité passe ses journées à produire des richesses qu'elle ne possédera pas, prêcher la sagesse intérieure revient à demander aux dominés de s'accommoder de leur sort. La simple bonne volonté individuelle ne suffit pas : transformer la vie suppose aussi de transformer les conditions sociales du travail et de la richesse[14]. Le hasard cesse alors de désigner la seule fortune individuelle pour englober la naissance dans telle classe, tel pays, telle époque.

Faut-il trancher ? La question appelle plutôt une réponse en forme de balance. Le bonheur ne dépend ni purement de nous, ni purement des circonstances. Il se joue à leur intersection : dans la manière dont nous nous rapportons à ce qui nous arrive, et dans les conditions matérielles et sociales qui rendent ce rapport possible. La sagesse antique nous apprend à ne pas confondre ce qui dépend de nous avec ce qui n'en dépend pas ; la pensée moderne nous rappelle que la frontière elle-même est historique.

Le bonheur du plus grand nombre : l'utilitarisme

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Au XIXe siècle, des philosophes anglais comme Jeremy Bentham (1748-1832) et John Stuart Mill (1806-1873) développent une théorie morale appelée utilitarisme. Selon eux, une action est bonne si elle augmente le bonheur du plus grand nombre.

Bentham pense qu'on peut calculer le bonheur en mesurant les plaisirs et les peines selon plusieurs critères : intensité, durée, certitude, proximité, fécondité (probabilité d'engendrer d'autres plaisirs), pureté (faible probabilité de produire des peines) et nombre de personnes concernées. Pour lui, les plaisirs ne diffèrent pas par leur nature mais par ces dimensions quantitatives ; à intensité et durée égales, le plaisir d'un jeu simple peut donc équivaloir à celui d'une lecture savante[15].

Mill n'est pas d'accord avec ce calcul purement quantitatif. Il introduit une différence qualitative entre les plaisirs : il existe selon lui des plaisirs supérieurs (intellectuels, moraux, esthétiques) et des plaisirs inférieurs (corporels, immédiats). « Il vaut mieux être un Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait », écrit-il : la qualité du plaisir compte autant que sa quantité[16].

L'utilitarisme soulève des questions difficiles. Peut-on vraiment comparer des plaisirs aussi différents qu'un repas, une amitié ou une lecture ? Peut-on additionner les bonheurs individuels pour obtenir un bonheur collectif ? Et surtout : est-il juste de sacrifier le bonheur d'une minorité au bonheur de la majorité, si le calcul l'exige ? Ces difficultés font que l'utilitarisme est à la fois une théorie politique forte et une doctrine très discutée.

Le bonheur est-il vraiment possible ? Le pessimisme

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Certains philosophes ont une vision plus sombre. Arthur Schopenhauer (1788-1860) pense que le bonheur durable est une illusion. Selon lui, la vie humaine oscille entre la souffrance et l'ennui : quand nos désirs ne sont pas satisfaits, nous souffrons ; quand ils le sont, nous nous ennuyons et cherchons de nouveaux désirs[17].

Pour Schopenhauer, le bonheur n'est jamais qu'un soulagement provisoire. La sagesse consiste à diminuer la souffrance en renonçant à ses désirs et en se tournant vers l'art ou la compassion.

Une critique d'un autre type vient de Sigmund Freud (1856-1939). Dans Le Malaise dans la culture, il rappelle que la civilisation impose des renoncements aux pulsions individuelles, ce qui crée une tension permanente entre le désir d'être heureux et les exigences de la vie en société. Freud formule de manière ironique l'idée que le bonheur humain ne semble pas avoir été prévu par quelque ordre providentiel du monde : la formule est anti-providentialiste, et non l'aveu d'une croyance en un « plan de la création »[18].

Le bonheur face à l'absurde : Albert Camus

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Albert Camus (1913-1960), écrivain et essayiste français, aborde le bonheur d'une manière originale. Dans Le Mythe de Sisyphe, il évoque ce héros condamné par les dieux à rouler éternellement un rocher jusqu'au sommet d'une montagne, d'où il retombe aussitôt.

Cette situation paraît désespérée et absurde. Pourtant, Camus écrit : « Il faut imaginer Sisyphe heureux ». Comment cela ? Parce que Sisyphe prend conscience de sa condition et l'assume sans illusion. Il ne cherche plus dans le ciel ou dans une promesse de salut le sens qui lui manque. Il refuse l'espoir religieux ou métaphysique et choisit d'habiter pleinement sa tâche[19].

Pour Camus, le bonheur est possible même dans un monde absurde, c'est-à-dire un monde qui n'a pas de sens préétabli. Ce bonheur naît d'une lucidité, d'un refus du désespoir et d'une révolte qui maintient la vie intense, malgré l'absence de justification ultime.

Les conceptions du bonheur examinées dans ce chapitre ne se laissent pas réduire à une réponse unique. Elles dessinent toutefois trois grandes questions directrices.

D'abord : le bonheur est-il un état subjectif ressenti, ou une vie objectivement réussie ? Aristote et Camus, à des époques différentes, refusent de le réduire à un sentiment intérieur. Schopenhauer, à l'inverse, évalue négativement la structure affective du désir humain, tandis que l'utilitarisme cherche à mesurer les plaisirs et les peines pour fonder une politique du bien commun.

Ensuite : le bonheur dépend-il de nous ou des conditions extérieures ? Les stoïciens en font dépendre le bonheur de l'usage droit du jugement ; Spinoza, de la connaissance et de la puissance d'agir ; Aristote rappelle que la vie heureuse exige aussi des biens extérieurs, des amis et une cité juste ; Marx ou les penseurs de la justice sociale soulignent que la transformation du bonheur passe par celle des conditions matérielles et politiques.

Enfin : faut-il rechercher le bonheur directement, ou résulte-t-il d'autre chose ? Bentham et Mill en font le but explicite de l'action ; Kant pense au contraire qu'il faut viser le devoir, le bonheur n'étant qu'une espérance. Camus suggère qu'il vient par surcroît, à celui qui assume sa condition.

Réfléchir au bonheur ne consiste donc pas seulement à comparer des doctrines. C'est apprendre à articuler ces tensions, en lien avec les autres notions du programme : le désir, la liberté, la justice, le travail, l'État, la conscience.

Sujets de dissertation

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Cette collection propose seize sujets de dissertation philosophique portant sur la notion de bonheur, organisés selon différentes perspectives : métaphysique, éthique, politique et existentielle. Chaque question ouvre un ensemble de problématiques que tout penseur doit affronter pour comprendre en quoi consiste une vie bonne et comment l'atteindre.

1. Faut-il philosopher pour bien vivre ?

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Cette question d'ouverture pose un problème que les philosophes eux-mêmes se sont longtemps posé. Y a-t-il une nécessité intrinsèque à philosopher pour accéder au bonheur, ou la réflexion théorique constitue-t-elle simplement un chemin parmi d'autres ? Les anciens Grecs, notamment Aristote, tenaient que la vie heureuse consiste en l'exercice vertueux de l'âme, ce qui exige une certaine connaissance de ce qu'est la vertu. Cependant, nombre de gens vivent heureux sans jamais avoir lu un traité d'éthique. La question demande d'examiner si la philosophie est une condition du bonheur ou seulement un moyen parmi d'autres, et si le bien vivre suppose une compréhension explicite de ce qui rend la vie bonne.

2. Le bonheur est-il un idéal inaccessible ?

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Le bonheur parfait, total et perpétuel semble appartenir à l'ordre de l'utopie. Tout état heureux s'accompagne de limitations : la finitude humaine, la souffrance, l'expérience du deuil. Peut-on concevoir le bonheur autrement que comme un horizon jamais complètement atteint ? Certains courants philosophiques, notamment l'épicurisme, proposent une version plus modérée du bonheur comme absence de douleur plutôt que comme joie constante. D'autres, comme le stoïcisme, le conçoivent comme indépendant des circonstances extérieures. La question invite à réfléchir sur ce qui rend un idéal inaccessible et si cette inaccessibilité est un problème philosophique réel ou simplement le résultat d'une définition trop exigeante.

3. Existe-t-il des critères du bonheur ?

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Le bonheur est-il une notion univoque et bien déterminée, ou reste-t-elle relative à chaque individu ? Peut-on établir des critères objectifs permettant de juger qu'une personne ou qu'une vie est heureuse ? Aristote proposait que le bonheur réside dans l'exercice vertueux de nos capacités proprement humaines. Kant, lui, refusait de placer le bonheur au cœur de l'éthique, mais reconnaissait l'importance du « souverain bien » qui combine vertu et bonheur. La question demande s'il existe des critères universels du bonheur ou si chacun doit trouver ses propres repères. Elle touche aussi à la possibilité d'une mesure du bonheur et à ce que signifierait une telle mesure.

4. Le bonheur consiste-t-il à faire tout ce qui nous fait plaisir ?

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L'identification du bonheur au plaisir constitue une tentative de réponse immédiate et intuitive. Mais elle pose des problèmes : certains plaisirs semblent nuisibles à long terme, certains plaisirs entrent en conflit les uns avec les autres, et poursuivre tous ses désirs conduit souvent à l'épuisement ou à la culpabilité. Épicure lui-même, malgré sa réputation, recommandait une certaine frugalité dans la recherche du plaisir, privilégiant les plaisirs naturels et nécessaires. La question pousse à distinguer entre différents types de plaisirs et à interroger s'il existe une hiérarchie entre eux.

5. Le bonheur est-il une somme de plaisirs ?

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Cette formulation suggère une approche quantitative : le bonheur résulterait de l'accumulation ou de la maximisation des plaisirs. C'est essentiellement la position de l'utilitarisme classique, notamment chez Jeremy Bentham. Mais peut-on vraiment additionner des plaisirs hétérogènes ? Un plaisir intense et bref vaut-il mieux qu'une satisfaction durable mais moins intense ? John Stuart Mill introduisit la distinction entre plaisirs inférieurs et supérieurs, reconnaissant que certains plaisirs intellectuels ou moraux possèdent une qualité que d'autres ne possèdent pas. La question demande si l'approche mathématique peut saisir la nature du bonheur ou si celui-ci ne relève pas d'une autre logique.

6. Y a-t-il une différence de degré ou de nature entre le bonheur et le plaisir ?

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Le plaisir semble instantané, localisé, souvent corporel. Le bonheur paraît plus durable, plus global, plus profond. Mais s'agit-il d'une simple question d'intensité ou de durée (différence de degré), ou le bonheur appartient-il à un ordre différent (différence de nature) ? Peut-on accéder à un véritable bonheur en vivant une suite de plaisirs minimaux ? Inversement, peut-on être heureux en renonçant complètement au plaisir ? Cette distinction entre bonheur et plaisir constitue un carrefour où se rencontrent plusieurs traditions philosophiques, du platonisme au confucianisme.

7. Le bonheur est-il un simple hasard ?

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Cette question interroge la part de contingence et de maîtrise dans le bonheur. Sommes-nous maîtres de notre bonheur, ou celui-ci dépend-il de circonstances externes échappant à notre contrôle : notre tempérament naturel, notre milieu social, les événements imprévisibles ? Les Anciens parlaient de tyché (chance, fortune) comme d'une puissance qui échappe à la raison. Montaigne, relevant l'instabilité du destin humain, reconnaissait le poids de la contingence. Cependant, soutenir que le bonheur est purement aléatoire semblerait ôter toute responsabilité et tout sens à nos efforts. La question demande comment articuler la reconnaissance de notre dépendance aux circonstances avec une certaine forme de maîtrise ou d'autonomie.

8. Le bonheur peut-il être le résultat d'une pratique ou d'un art de vivre ?

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Contrairement à l'idée qu'il serait un simple hasard, cette perspective envisage le bonheur comme acquis par la discipline, la pratique et l'apprentissage. L'éthique aristotélicienne insiste sur la formation des vertus par la répétition des bonnes actions. Le stoïcisme propose un art de vivre fondé sur la distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. De nombreuses traditions non occidentales, du bouddhisme au taoïsme, offrent des pratiques censées conduire au bien-être ou à l'illumination. La question soulève la possibilité d'une « technique » du bonheur et ses limites : peut-on vraiment l'enseigner et l'apprendre comme on apprend un métier ?

9. Le bonheur est-il une affaire de politique ?

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Si le bonheur dépend largement des conditions sociales, économiques et politiques, alors sa réalisation ne peut pas être individuelle mais doit relever de la responsabilité collective. Platon, dans la République, envisage un ordre politico-social destiné à produire l'harmonie et le bien-être. Aristote affirme que l'homme est un animal politique et que la vie heureuse s'épanouit dans la cité. Les penseurs utilitaristes du XIXe siècle proposaient que la politique vise à maximiser le bonheur du plus grand nombre. Cependant, la question de savoir si la politique doit poursuivre explicitement le bonheur reste contestée : ne risque-t-on pas de sacrifier les libertés individuelles à une conception collective du bien ? L'État ne risque-t-il pas, en poursuivant le bonheur, d'imposer à tous une conception unique de la vie bonne ?

10. Le bonheur peut-il dépendre de nous ?

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Cette question interroge le degré d'autonomie que nous possédons sur notre propre bonheur. S'il dépendait entièrement de nous, nous pourrions le produire à volonté, ce qui ne semble pas vrai. Mais s'il ne dépendait pas du tout de nous, l'effort et la responsabilité seraient illusoires. Le stoïcisme, notamment avec Épictète, distingue nettement entre ce qui dépend de nous (nos jugements, nos intentions) et ce qui ne dépend pas de nous (notre corps, les événements externes), et préconise de concentrer nos efforts sur ce qui nous appartient. Cette distinction peut-elle vraiment résoudre le problème ? Notre bonheur ne résulte-t-il pas toujours d'une combinaison complexe d'efforts personnels et de circonstances externes ?

11. Y a-t-il un devoir d'être heureux ?

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À première vue, le bonheur semble être ce que nous cherchons naturellement, pas une obligation morale. Cependant, plusieurs penseurs ont soulevé l'idée que nous avons des devoirs envers nous-mêmes de cultiver nos capacités et de mener une vie digne. Kant, tout en refusant de placer le bonheur au cœur de la morale, reconnaît que le « souverain bien » combine vertu et bonheur. On pourrait aussi avancer que nous avons un devoir envers les autres de ne pas nous laisser sombrer dans la misère, qui affecte ceux qui nous entourent. La question demande si le bonheur relève d'un droit, d'un devoir, ou simplement d'une aspiration naturelle sans caractère moral.

12. Le bonheur est-il utopique ?

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L'utopie désigne un lieu qui n'existe pas, un idéal irréalisable. Qualifier le bonheur d'utopique signifierait que nous ne pouvons que nous en rapprocher sans jamais l'atteindre vraiment. Mais certaines sociétés ou certaines périodes historiques semblent avoir produit des formes de bien-être général, même si aucune n'a réalisé une félicité absolue. La question demande si l'utopie du bonheur joue un rôle moteur utile dans l'organisation de nos sociétés, ou si elle nous détourne des réalisations possibles en nous promettant l'impossible. Elle s'interroge aussi sur ce qui distingue une utopie d'une aspiration légitime mais exigeante.

13. La culture est-elle un gage de bonheur ?

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La culture, au sens de raffinement intellectuel, de connaissance des arts, des sciences et des humanités, semble enrichir la vie. Cependant, elle peut aussi générer de nouvelles formes de malheur : culpabilité, conscience du malheur d'autrui, sentiment d'inadéquation face aux grands idéaux. Une personne peu instruite peut-elle être plus heureuse qu'un intellectuel perpétuellement inquiet ? La question rejoint le débat entre les plaisirs « inférieurs » et les plaisirs « supérieurs ». Elle demande aussi si le bonheur consiste davantage dans l'ignorance confortable ou dans l'autonomie de pensée qu'offre la culture, même au prix du trouble et du questionnement.

14. Le bonheur des hommes dépend-il de l'augmentation des richesses ?

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Cette question moderne s'impose avec force dans nos sociétés de consommation. Certaines études contemporaines suggèrent qu'au-delà d'un seuil où les besoins matériels sont satisfaits, l'augmentation des richesses n'améliore que marginalement le bien-être subjectif. Pourtant, la pauvreté constitue clairement un obstacle au bonheur. La question demande s'il existe un point d'équilibre : à quel niveau de richesse maîtrisée le bonheur atteint-il son optimum ? Elle interroge aussi la nature du désir de richesse : repose-t-il sur un besoin véritable ou sur une illusion entretenue par le désir de comparaison sociale ?

15. Le bonheur n'est-il pas un état d'esprit ?

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Cette affirmation suggère que le bonheur dépend avant tout de notre attitude face aux circonstances, plutôt que des circonstances elles-mêmes. Deux personnes en situation identique peuvent connaître des niveaux de bien-être très différents selon leur disposition d'esprit. Cette perspective rapproche le bonheur de la sérénité stoïcienne ou de l'équanimité bouddhiste. Cependant, dire que le bonheur relève d'un simple état d'esprit pourrait sembler réducteur ou même cruel : cela pourrait suggérer que celui qui souffre a seulement besoin de « changer d'attitude » plutôt que d'améliorer ses conditions matérielles. La question demande comment équilibrer la reconnaissance de l'importance de la perspective mentale avec celle des réalités concrètes.

16. La recherche du bonheur nous pousse-t-elle à changer notre façon d'être ?

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Poursuivre activement le bonheur nous oblige-t-il à transformer nos habitudes, nos valeurs, nos relations ? Si le bonheur ne s'obtient qu'au prix d'une profonde conversion intérieure ou d'un apprentissage exigeant, alors la question de savoir comment nous vivons devient centrale. De nombreuses traditions voient dans cette transformation de soi la condition du bien-être durable. Mais on peut aussi se demander si une telle exigence de changement perpétuel ne nous éloigne pas du bonheur plutôt que de nous en rapprocher. La question touche à l'authenticité : faut-il accepter qui nous sommes ou nous transformer ? Le bonheur suppose-t-il une acceptation de soi ou une acceptation créatrice de nos possibilités ?

Perspectives transversales

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Ces seize questions forment un ensemble où plusieurs thèmes surgissent régulièrement :

  • La relation entre plaisir et bonheur revient dans les questions 4, 5 et 6. Elle demande de distinguer l'immédiat du durable, le local du global.
  • Le degré d'autonomie personnel apparaît dans les questions 7, 8 et 10. Il concerne notre responsabilité et notre pouvoir d'agir.
  • Le contexte social et politique se manifeste dans les questions 9 et 14. Il soulève la question de savoir si le bonheur est individuel ou collectif.
  • La nature du bonheur, qu'il s'agisse d'une sensation, d'un jugement ou d'un état, traverse en arrière-plan toutes ces questions.
  • L'accès au bonheur, par la chance, la pratique, la réflexion ou la transformation, structure plusieurs de ces interrogations.

Ces dissertations invitent à explorer le bonheur non comme une notion simple, mais comme un carrefour où se rencontrent l'éthique, la métaphysique, la politique et l'existence quotidienne. Aucune réponse définitive ne peut clore ces questions ; chaque époque, chaque individu, doit les reposer en fonction de ses circonstances et de sa compréhension du monde.

Textes d'étude

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Épicure : le plaisir comme absence de trouble

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Question travaillée
Le bonheur consiste-t-il à satisfaire tous nos plaisirs ?
Thèse
Le plaisir est le bien suprême, mais ce plaisir doit être compris comme absence de souffrance physique et absence de trouble moral, et non comme jouissance débridée.
Notions
plaisir, désir, ataraxie, bien.

Questions d'analyse :

  • Pourquoi Épicure refuse-t-il certains plaisirs et accepte-t-il certaines souffrances ?
  • Comment comprendre que « ne dépendre que de soi-même » est un grand bien ?
  • En quoi cette conception du plaisir s'oppose-t-elle à l'image du débauché ?

« Le plaisir est le commencement et la fin d'une vie bienheureuse. Le plaisir est, en effet, considéré par nous comme le premier des biens naturels, c'est lui qui nous fait accepter ou fuir les choses, c'est à lui que nous aboutissons, en prenant la sensibilité comme critère du bien. Or, puisque le plaisir est le premier des biens naturels, il s'ensuit que nous n'acceptons pas le premier plaisir venu, mais qu'en certains cas, nous méprisons de nombreux plaisirs, quand ils ont pour conséquence une peine plus grande. D'un autre côté, il y a de nombreuses souffrances que nous estimons préférables aux plaisirs, quand elles entraînent pour nous un plus grand plaisir. Tout plaisir, dans la mesure où il s'accorde avec notre nature, est donc un bien, mais tout plaisir n'est pas cependant nécessairement souhaitable. De même, toute douleur est un mal, mais pourtant toute douleur n'est pas nécessairement à fuir. Il reste que c'est par une sage considération de l'avantage et du désagrément qu'il procure, que chaque plaisir doit être apprécié. En effet, en certains cas, nous traitons le bien comme un mal, et en d'autres, le mal comme un bien.

Ne dépendre que de soi-même est, à notre avis, un grand bien, mais il ne s'ensuit pas qu'il faille toujours se contenter de peu. Simplement, quand l'abondance nous fait défaut, nous devons pouvoir nous contenter de peu, étant bien persuadés que ceux-là jouissent le mieux de la richesse qui en ont le moins besoin, et que tout ce qui est naturel s'obtient aisément, tandis que ce qui ne l'est pas s'obtient malaisément. Les mets les plus simples apportent autant de plaisir que la table la plus richement servie, quand est absente la souffrance que cause le besoin, et du pain et de l'eau procurent le plaisir le plus vif, quand on les mange après une longue privation. L'habitude d'une vie simple et modeste est donc une bonne façon de soigner sa santé, et rend l'homme par surcroît courageux pour supporter les tâches qu'il doit nécessairement remplir dans la vie. Elle lui permet encore de mieux goûter une vie opulente, à l'occasion, et l'affermit contre les revers de la fortune. Par conséquent, lorsque nous disons que le plaisir est le souverain bien, nous ne parlons pas des plaisirs des débauchés, ni des jouissances sensuelles, comme le prétendent quelques ignorants qui nous combattent et défigurent notre pensée. Nous parlons de l'absence de souffrance physique et de l'absence de trouble moral. Car ce ne sont ni les beuveries et les banquets continuels, ni la jouissance que l'on tire de la fréquentation des mignons et des femmes, ni la joie que donnent les poissons et les viandes dont on charge les tables somptueuses, qui procurent une vie heureuse, mais des habitudes raisonnables et sobres, une raison cherchant sans cesse des causes légitimes de choix ou d'aversion, et rejetant les opinions susceptibles d'apporter à l'âme le plus grand trouble. »

— Épicure, Lettre à Ménécée

Sénèque : vivre selon la nature

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Question travaillée
Le bonheur peut-il dépendre des biens extérieurs ?
Thèse
Vivre heureux, c'est vivre selon la nature et la raison, en faisant des biens extérieurs des « auxiliaires » et non des maîtres ; le souverain bien est l'harmonie de l'âme.
Notions
nature, raison, vertu, souverain bien.

Questions d'analyse :

  • Pourquoi Sénèque distingue-t-il les biens extérieurs et l'âme ?
  • Que signifie « être l'artisan de sa vie » ?
  • Comment comprendre l'analogie entre l'esprit et le « monde » qui se concentre en soi ?

« La nature, en effet, est le guide qu'il faut suivre ; c'est elle que la raison observe et consulte. C'est donc une même chose que vivre heureux et vivre selon la nature. Ce que c'est, je vais le développer : cela consiste à conserver, avec soin et sans effroi, les avantages du corps et ce qui convient à notre nature, comme choses données pour un jour et prêtes à fuir ; à ne pas nous y soumettre en esclaves, et à ne pas nous laisser posséder par les objets étrangers ; à reléguer tout ce qui plaît au corps, tout ce qui lui survient accidentellement, comme dans les camps on place à l'écart les auxiliaires et les troupes légères. Que ces objets soient des esclaves, et non des maîtres ; c'est uniquement ainsi qu'ils sont utiles à l'esprit. Que l'homme de cœur soit incorruptible en présence des choses du dehors, qu'il soit inexpugnable, et qu'il n'attache de prix qu'à se posséder lui-même ; que d'une âme confiante, que préparé à l'une et à l'autre fortune, il soit l'artisan de sa vie. Que chez lui la confiance n'existe pas sans le savoir, ni le savoir sans la fermeté ; que ses résolutions tiennent, une fois qu'elles sont prises, et que dans ses décrets il n'y ait pas de rature. On comprend, quand même je ne l'ajouterais pas, qu'un tel homme sera posé, qu'il sera rangé, qu'en cela aussi, agissant avec aménité, il sera grand. Chez lui, la véritable raison sera greffée sur les sens ; elle y puisera ses éléments ; et en effet, elle n'a pas d'autre point d'appui d'où elle s'élance, d'où elle prenne son essor vers la vérité, afin de revenir en elle-même. Le monde aussi, qui embrasse tout, ce dieu qui régit l'univers, tend à se répandre au dehors, et néanmoins, de toutes parts il se ramène en soi pour s'y concentrer. Que notre esprit fasse de même, lorsqu'en suivant les sens qui lui sont propres, il se sera étendu par leur moyen vers les objets extérieurs ; qu'il soit maître de ces objets et de lui ; qu'alors, pour ainsi dire, il enchaîne le souverain bien. De là résultera une force, une puissance unique, d'accord avec elle-même ; ainsi naîtra cette raison certaine, qui n'admet ni contrariété, ni hésitation, dans ses jugements et dans ses conceptions, non plus que dans sa persuasion. Cette raison, lorsqu'elle s'est ajustée, accordée avec ses parties et, pour ainsi dire, mise à l'unisson, a touché au souverain bien. En effet, il ne reste rien de tortueux, rien de glissant rien sur quoi elle puisse broncher ou chanceler. Elle fera tout de sa propre autorité : pour elle, point d'accident inopiné ; au contraire, toutes ses actions viendront à bien, avec aisance et promptitude, sans que l'agent tergiverse ; car les retardements et l'hésitation dénotent le trouble et l'inconstance. Ainsi, vous pouvez hardiment déclarer que le souverain bien est l'harmonie de l'âme. En effet, les vertus seront nécessairement là où sera l'accord, où sera l'unité ; la discordance est pour les vices. »

— Sénèque, De la vie heureuse (vers 58 après J.-C.), chap. VIII

Descartes : vaut-il mieux être heureux dans l'illusion ou moins joyeux dans la vérité ?

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Question travaillée
Le bonheur peut-il reposer sur l'illusion ?
Thèse
Le souverain bien réside dans l'exercice de la vertu, c'est-à-dire dans la possession des biens qui dépendent de notre libre arbitre ; la satisfaction d'esprit qui en découle vaut mieux qu'une gaieté fondée sur de fausses imaginations.
Notions
vérité, illusion, libre arbitre, vertu, joie.

Questions d'analyse :

  • Pourquoi Descartes refuse-t-il d'identifier le souverain bien à la joie ?
  • Que signifie distinguer le souverain bien et la satisfaction d'esprit ?
  • Pourquoi une joie fausse laisse-t-elle, selon Descartes, une « amertume intérieure » ?

« Je me suis quelquefois proposé un doute : savoir s'il est mieux d'être gai et content, en imaginant les biens qu'on possède être plus grands et plus estimables qu'ils ne sont, et ignorant ou ne s'arrêtant pas à considérer ceux qui manquent, que d'avoir plus de considération et de savoir, pour connaître la juste valeur des uns et des autres, et qu'on devienne plus triste. Si je pensais que le souverain bien fût la joie, je ne douterais point qu'on ne dût tâcher de se rendre joyeux, à quelque prix que ce pût être, et j'approuverais la brutalité de ceux qui noient leurs déplaisirs dans le vin, ou les étourdissent avec du pétun. Mais je distingue entre le souverain bien, qui consiste en l'exercice de la vertu, ou, ce qui est le même, en la possession de tous les biens dont l'acquisition dépend de notre libre arbitre, et la satisfaction d'esprit qui suit de cette acquisition. C'est pourquoi, voyant que c'est une plus grande perfection de connaître la vérité, encore même qu'elle soit à notre désavantage, que l'ignorer, j'avoue qu'il vaut mieux être moins gai et avoir plus de connaissance. Aussi n'est-ce pas toujours lorsqu'on a le plus de gaieté qu'on a l'esprit plus satisfait ; au contraire, les grandes joies sont ordinairement mornes et sérieuses, et il n'y a que les médiocres et passagères, qui soient accompagnées du ris. Ainsi je n'approuve point qu'on tâche à se tromper, en se repaissant de fausses imaginations ; car tout le plaisir qui en revient ne peut toucher que la superficie de l'âme, laquelle sent cependant une amertume intérieure, en s'apercevant qu'ils sont faux. Et encore qu'il pourrait arriver qu'elle fût si continuellement divertie ailleurs que jamais elle ne s'en aperçût, on ne jouirait pas pour cela de la béatitude dont il est question, pour ce qu'elle doit dépendre de notre conduite, et cela ne viendrait que de la fortune. »

— Descartes, Lettre à Élisabeth (6 octobre 1645)

Pascal : le divertissement, fuite hors de notre condition

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Question travaillée
Le divertissement nous rend-il heureux ou nous empêche-t-il de penser à notre malheur ?
Thèse
Tout le malheur des hommes vient de leur incapacité à demeurer en repos avec eux-mêmes ; le divertissement n'apporte pas le bonheur, il détourne l'esprit de la condition humaine, faible et mortelle.
Notions
divertissement, repos, condition humaine, bonheur, illusion.

Questions d'analyse :

  • Pourquoi le roi sans divertissement est-il, selon Pascal, plus malheureux que ses sujets ?
  • Pourquoi recherche-t-on le « tracas » et non pas le bien lui-même ?
  • En quoi cette analyse remet-elle en cause l'idée d'un bonheur fondé sur l'activité ?

« Divertissement. Quand je m'y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s'exposent, dans la cour, dans la guerre, d'où naissent tant de querelles, de passions, d'entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j'ai découvert que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s'il savait demeurer chez soi avec plaisir, n'en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d'une place. On n'achètera une charge à l'armée si cher, que parce qu'on trouverait insupportable de ne bouger de la ville ; et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu'on ne peut demeurer chez soi avec plaisir.

Mais quand j'ai pensé de plus près, et qu'après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs, j'ai voulu en découvrir la raison, j'ai trouvé qu'il y en a une bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de près.

Quelque condition qu'on se figure, si l'on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir, la royauté est le plus beau poste du monde ; et cependant, qu'on s'en imagine [un roi] accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher, s'il est sans divertissement, et qu'on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu'il est, cette félicité languissante ne le soutiendra point, il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent, des révoltes qui peuvent arriver, et enfin de la mort et des maladies qui sont inévitables ; de sorte que, s'il est sans ce qu'on appelle divertissement, le voilà malheureux, et plus malheureux que le moindre de ses sujets, qui joue et qui se divertit.

De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois sont si recherchés. Ce n'est pas qu'il y ait en effet du bonheur, ni qu'on s'imagine que la vraie béatitude soit d'avoir l'argent qu'on peut gagner au jeu, ou dans le lièvre qu'on court : on n'en voudrait pas s'il était offert. Ce n'est pas cet usage mol et paisible, et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition, qu'on recherche, ni les dangers de la guerre, ni la peine des emplois, mais c'est le tracas qui nous détourne d'y penser et nous divertit. »

— Pascal, Pensées (1670), fragment 139

Nietzsche : l'oubli, condition du bonheur

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Question travaillée
L'oubli est-il une condition du bonheur et de l'action ?
Thèse
Le bonheur exige une part de non-historique : la capacité d'oublier le passé pour se tenir dans le moment présent ; l'excès de mémoire empêche d'agir et de vivre.
Notions
mémoire, oubli, action, devenir, vie.

Questions d'analyse :

  • Pourquoi Nietzsche associe-t-il bonheur et capacité d'oublier ?
  • Que signifie « sentir d'une façon non historique » ?
  • En quoi un excès de mémoire serait-il nuisible à la vie ?

« Pour le plus petit comme pour le plus grand bonheur, il y a toujours une chose qui le crée : le pouvoir d'oublier, ou, pour m'exprimer en savant, la faculté de sentir, pendant que dure le bonheur, d'une façon non-historique. Celui qui ne sait pas se reposer sur le seuil du moment pour oublier tout le passé, celui qui ne se dresse point, comme un génie de victoire, sans vertige et sans crainte, ne saura jamais ce que c'est que le bonheur, et, ce qui est pire encore, il ne fera jamais rien qui puisse rendre heureux les autres. Imaginez l'exemple extrême : un homme qui ne posséderait pas du tout la faculté d'oublier, qui serait condamné à voir en toutes choses le devenir. Un tel homme ne croirait plus à sa propre essence, ne croirait plus en lui-même ; tout s'écoulerait pour lui en points mouvants pour se perdre dans cette mer du devenir ; en véritable élève d'Héraclite il finirait par ne plus oser lever un doigt. Toute action exige l'oubli, comme tout organisme a besoin, non seulement de lumière, mais encore d'obscurité. Un homme qui voudrait sentir d'une façon tout à fait historique ressemblerait à celui qui serait forcé de se priver de sommeil, ou bien à l'animal qui devrait continuer à vivre en ne faisant que ruminer, et ruminer toujours à nouveau. Donc il est impossible de vivre sans se souvenir, de vivre même heureux, à l'exemple de la bête, mais il est absolument impossible de vivre sans oublier. Ou bien, pour m'expliquer sur ce sujet d'une façon plus simple encore, il y a un degré d'insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit à l'être vivant et finit par l'anéantir, qu'il s'agisse d'un homme, d'un peuple ou d'une civilisation. »

— Nietzsche, Considérations inactuelles, II (1874), § 1

Auto-évaluation

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Ce quiz reprend les principales thèses du chapitre. Sauf indication contraire, une seule réponse est correcte par question. Cochez vos réponses, puis lancez la correction du quiz pour obtenir votre score ; dépliez ensuite le corrigé commenté ci-dessous.

1

Le mot « bonheur » vient du latin bonum augurium. Que signifie d'abord cette expression ?

« bonne vie »
« bonne action »
« bonne volonté »
« bon augure », « bonne chance »

2

Qu'est-ce qui distingue le bonheur du simple plaisir ?

Le bonheur est toujours corporel, le plaisir toujours intellectuel
Le plaisir dure toute une vie, le bonheur ne dure qu'un instant
Le bonheur engage la vie dans son ensemble, le plaisir est une sensation agréable et passagère
Il n'existe aucune différence entre les deux

3

Selon Épicure, dans quelle catégorie ranger le désir de devenir riche ou célèbre ?

Désir naturel et nécessaire
Désir ni naturel ni nécessaire
Désir naturel mais non nécessaire
Désir indispensable à la tranquillité de l'âme

4

Que désigne l'ataraxie chez Épicure ?

L'accumulation des plaisirs les plus intenses
Le respect de la loi morale
L'absence de trouble dans l'âme, une tranquillité sereine
L'indifférence à l'égard de la vertu

5

Dans le Gorgias de Platon, Calliclès soutient qu'il faut laisser ses désirs grandir le plus possible. Que lui répond Socrate ?

Qu'il faut au contraire supprimer tout désir
Que seule une cité juste rend heureux
Que le bonheur est un idéal de l'imagination
Que cette vie ressemble à un tonneau percé, qui ne connaît jamais le repos

6

Pour Aristote, en quoi consiste d'abord le bonheur (eudaimonia) ?

En un état intérieur agréable et immédiat
En l'absence de tout désir
En une activité de l'âme conforme à la vertu, déployée sur toute une vie
En la satisfaction du plus grand nombre

7

Chez Aristote, la vertu est un juste milieu. Le courage est ainsi le milieu entre :

la lâcheté et la témérité
la prudence et l'audace
la colère et la douceur
l'avarice et la prodigalité

8

Le chapitre signale une tension interne à l'Éthique à Nicomaque. Laquelle ?

Entre le plaisir et la douleur
Entre la vertu et la chance
Entre le bonheur et la richesse
Entre la vie d'action vertueuse en société (livre I) et la vie contemplative (livre X)

9

Pourquoi Aristote refuse-t-il de réduire le bonheur à un état purement intérieur ?

Parce qu'une vie pleinement heureuse réclame aussi des biens extérieurs, comme la santé, des amis et une cité juste
Parce que le bonheur ne dépend que de la chance
Parce que la vertu n'a aucune importance
Parce que seuls comptent les plaisirs corporels

10

Sur quelle distinction repose la philosophie stoïcienne ?

Entre le corps et l'âme
Entre ce qui dépend de nous (nos jugements) et ce qui n'en dépend pas (la maladie, la mort, l'opinion d'autrui)
Entre les plaisirs supérieurs et les plaisirs inférieurs
Entre la vertu et le souverain bien

11

Pour les stoïciens, la santé, la richesse ou la maladie sont :

les seuls vrais biens
les seuls vrais maux
des « indifférents », ni biens ni maux au sens propre
des conditions nécessaires du bonheur

12

Qu'est-ce que l'apatheia visée par les stoïciens ?

L'absence de toute émotion, sans aucune exception
La disparition des seules passions irrationnelles, les affects raisonnables demeurant possibles
La recherche du plaisir maximal
L'indifférence à l'égard de la vertu

13

Pour Kant, le bonheur est un concept indéterminé. Comment le qualifie-t-il ?

« Un idéal de l'imagination, non de la raison »
« Le souverain bien de la création »
« La seule fin de l'action morale »
« Une vertu parmi d'autres »

14

Que désigne le « souverain bien » chez Kant ?

Le bonheur seul, sans la vertu
L'union de la vertu et du bonheur
La vertu seule, sans le bonheur
La maximisation des plaisirs

15

Comment Spinoza définit-il la joie ?

Un agrément corporel passager
L'absence de tout désir
Une récompense accordée après la mort
Le passage de notre être à une plus grande perfection, l'augmentation de notre puissance d'agir

16

Quelle objection Marx adresse-t-il à la sagesse purement intérieure ?

Le bonheur n'est qu'un idéal de l'imagination
Dans une société où la majorité produit des richesses qu'elle ne possède pas, prêcher la sagesse intérieure revient à demander aux dominés de s'accommoder de leur sort
La vertu suffit toujours au bonheur
Le plaisir doit être calculé avec précision

17

Sur quel point John Stuart Mill se sépare-t-il de Jeremy Bentham ?

Mill introduit une différence de qualité entre les plaisirs (supérieurs et inférieurs), là où Bentham ne retient que des différences de quantité
Mill nie que le bonheur soit le but de l'action
Mill rejette tout calcul des plaisirs
Mill identifie le bonheur à la vertu seule

18

Selon Schopenhauer, entre quels deux états la vie humaine oscille-t-elle ?

Le plaisir et la vertu
L'action et la contemplation
La souffrance, quand le désir n'est pas satisfait, et l'ennui, quand il l'est
La chance et le mérite

19

Quelle formule de Camus résume son approche du bonheur dans un monde absurde ?

« Il faut imaginer Sisyphe heureux »
« Le bonheur est un idéal de l'imagination »
« Mieux vaut un Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait »
« La béatitude est la liberté même »

20

Parmi ces affirmations, lesquelles sont exactes ? (plusieurs réponses)

Pour Épicure, il faut laisser ses désirs grandir sans limite
Pour Aristote, une vie pleinement heureuse réclame aussi des biens extérieurs
Pour Kant, le bonheur est le fondement de la morale
Pour les stoïciens, seuls nos jugements dépendent de nous


Notes et Références

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  1. Aristote, Éthique à Nicomaque, I, 7, 1098a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 60-62.
  2. Épicure, Lettre à Ménécée, § 127-128, dans Lettres et maximes, trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987, p. 219-221.
  3. Épicure, Maximes capitales, I-IV, dans Lettres et maximes, trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987, p. 231-233.
  4. Platon, Gorgias, 491e-494a, trad. M. Canto-Sperber, Paris, GF-Flammarion, 1987, p. 226-230.
  5. Aristote, Éthique à Nicomaque, I, 7, 1098a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 60.
  6. Aristote, Éthique à Nicomaque, I, 10, 1100a-1101a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 73-77.
  7. Aristote, Éthique à Nicomaque, X, 7-8, 1177a-1178a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 506-512.
  8. Épictète, Manuel, § 1, trad. P. Hadot, Paris, Le Livre de Poche, 2000, p. 33-35.
  9. Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, IV, 3 et VIII, 7, trad. M. Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964, p. 60-62 et p. 116-117.
  10. Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, deuxième section, AK IV, 418, trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 1980, p. 124.
  11. Kant, Critique de la raison pratique, livre II, chap. II, AK V, 110-114, trad. F. Picavet, Paris, PUF, 1989, p. 119-124.
  12. Aristote, Éthique à Nicomaque, I, 9-10, 1099b-1100a, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990, p. 70-74.
  13. Spinoza, Éthique, V, prop. 32-42, trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988, p. 535-547.
  14. Marx, Manuscrits de 1844, « Le travail aliéné », trad. J.-P. Gougeon, Paris, GF-Flammarion, 1996, p. 115-126.
  15. Bentham, Introduction aux principes de morale et de législation, chap. IV, trad. Centre Bentham, Paris, Vrin, 2011, p. 51-54.
  16. Mill, L'Utilitarisme, chap. II, trad. C. Audard, Paris, PUF, 2008, p. 51-54.
  17. Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation, livre IV, § 57, trad. A. Burdeau, Paris, PUF, 1966, p. 391-396.
  18. Freud, Le Malaise dans la culture, chap. II, trad. P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, 2010, p. 19-22.
  19. Camus, Le Mythe de Sisyphe, Paris, Gallimard, 1942, p. 165-168.
  • Aristote, Éthique à Nicomaque, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1990.
  • Bentham (Jeremy), Introduction aux principes de morale et de législation, trad. Centre Bentham, Paris, Vrin, 2011.
  • Camus (Albert), Le Mythe de Sisyphe, Paris, Gallimard, 1942.
  • Descartes (René), « Lettre à Élisabeth du 6 octobre 1645 », in Correspondance avec Élisabeth et autres lettres, éd. J.-M. et M. Beyssade, Paris, GF-Flammarion, 1989.
  • Épictète, Manuel, trad. P. Hadot, Paris, Le Livre de Poche, 2000.
  • Épicure, Lettres et maximes [comprenant la Lettre à Ménécée et les Maximes capitales], trad. M. Conche, Paris, PUF, 1987.
  • Freud (Sigmund), Le Malaise dans la culture, trad. P. Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Paris, PUF, 2010.
  • Kant (Emmanuel), Critique de la raison pratique, trad. F. Picavet, Paris, PUF, 1989.
  • Kant (Emmanuel), Fondements de la métaphysique des mœurs, trad. V. Delbos, Paris, Vrin, 1980.
  • Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, trad. M. Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964.
  • Marx (Karl), Manuscrits de 1844, trad. J.-P. Gougeon, Paris, GF-Flammarion, 1996.
  • Mill (John Stuart), L'Utilitarisme, trad. C. Audard, Paris, PUF, 2008.
  • Nietzsche (Friedrich), Considérations inactuelles, II, De l'utilité et de l'inconvénient des études historiques pour la vie (1874), trad. P. Rusch, in Œuvres philosophiques complètes, t. II, Paris, Gallimard, 1990.
  • Pascal (Blaise), Pensées (1670), éd. L. Brunschvicg, Paris, Garnier, 1925 [ou éd. Ph. Sellier, Paris, Classiques Garnier, 2010].
  • Platon, Gorgias, trad. M. Canto-Sperber, Paris, GF-Flammarion, 1987.
  • Schopenhauer (Arthur), Le Monde comme volonté et comme représentation, trad. A. Burdeau, Paris, PUF, 1966.
  • Sénèque, De la vie heureuse (vers 58 ap. J.-C.), trad. É. Bréhier, in Les Stoïciens, éd. P.-M. Schuhl, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1962.
  • Spinoza (Baruch), Éthique, trad. B. Pautrat, Paris, Seuil, 1988.