Philosophie/Commentaire du passage à propos de l'Homme esclave du divertissement

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Histoire de la philosophie
Blaise Pascal


Commentaire de « Ainsi l'homme est si malheureux » jusqu'à « parce que personne ne les empêche de penser à eux » extrait de Les Pensées de Blaise Pascal.

Introduction[modifier | modifier le wikicode]

Les Pensées, rédigées par Pascal entre 1656 et 1662 se présentent sous la forme d'un recueil de notes destinées à une apologie de la religion chrétienne qu'il n'eut pas le temps de mener à bien.

Après avoir démontré que la position de l'homme dans l'Univers ne peut que le conduire à l'angoisse et au désespoir, Pascal s'en prend à l'aveuglement humain qui cherche dans le divertissement un moyen d'échapper à cette situation tragique au lieu d'en tirer les conséquences et d'envisager son salut. Comme toujours chez Pascal, l'organisation logique s'appuie sur des procédés rhétoriques dans le but non seulement de convaincre mais de persuader son interlocuteur.

On observe ainsi trois étapes dans cette démonstration du rôle fondamental du divertissement dans l'existence humaine. Tout d'abord dans les lignes 1 à 5, l'énoncé de la thèse selon laquelle l'homme n'est pas libre mais asservi au divertissement, puis un premier exemple qui l'illustre « Avec le divertissement il n'y a point de tristesse » suivi d'un deuxième exemple plus inattendu axé autour du thème « Sans le divertissement, point de joie ».

Examen de l'énoncé de la thèse qui met en évidence la vanité humaine et les effets surprenants du divertissement[modifier | modifier le wikicode]

Les deux caractéristiques de la condition humaine : le malheur lié à l'ennui et la vanité, c'est-à-dire le vide et l'inconsistance vont être développés pour montrer à quel point l'homme s'ennuierait sans cause d'ennui. Le paradoxe en ce qui concerne la vanité est appuyé sur l'antithèse qui fait l'état d'une part de « nulles causes essentielles d'ennui » et d'autre part de la distraction futile qu'il trouve pour y porter remède (« la moindre chose »). Le thème du jeu est intentionnellement présenté par une synecdoque (il parle de la balle pour parler du jeu) renforcée par l'allitération (« billard, balle ») et par l'emploi du verbe « pousser » qui dévalorise cette activité.

L'homme est d'emblée présenté comme une créature irrationnelle qui tourne à tout vent. Pascal va s'employer à en apporter des preuves en développant deux exemples pour soutenir sa thèse.

L'homme accablé sur le plan familial et financier[modifier | modifier le wikicode]

Étude de cas[modifier | modifier le wikicode]

Pascal va utiliser un système questions-réponses, caractéristique du style oratoire. Dans la question il nous présente le cas extrême de l'homme qui a perdu son fils unique depuis deux mois, qui est accablé de procès et qui semble cependant ne plus y penser. Pascal amène la réponse en entretenant le suspense : « ne vous en étonnez point ». Avant d'apporter une solution à peine convenable, il est tout occupé par une partie de chasse. Le commentaire de Pascal est bref et ironique : « il n'en faut pas davantage ».

L'auteur reprend le paradoxe de la première partie qui semble pleinement démontré : « l'homme quelque plein de tristesse qu'il soit »[modifier | modifier le wikicode]

Cette reprise s'accompagne d'une ironie qui se traduit par l'évolution vers un style oral et plus familier (« le voilà heureux pendant ce temps-là ». L'auteur annonce alors le thème de la seconde partie (« Et l'homme, quelqu'heureux qu'il soit, s'il n'est diverti... ») avant de passer à un cas probant, Pascal reprend sous la forme d'une antithèse marquante le thème de la vanité humaine qui ne trouve son bonheur que dans le divertissement. Pascal a à nouveau recours à un exemple : celui des « grands » (les ministres, ceux qui occupent des charges importantes).

Comment Pascal considère-t-il les grands personnages du royaume ?[modifier | modifier le wikicode]

Selon Pascal, les personnes importantes de l'État (les ministres) sont heureux, non parce qu'ils remplissent une tâche utile, mais ils sont heureux car ils sont dans une situation privilégiée du divertissement étant donné le grand nombre de personnes qui les entourent et qui se consacrent à les divertir.

Pascal, pour développer son point de vue, a de nouveau recours au dialogue fictif[modifier | modifier le wikicode]

Ceci sous la forme d'une phrase injonctive « prenez-y garde » qui entretient le suspense comme dans le premier exemple, suivi d'une interrogation oratoire, ironique, qui démasque l'hypocrisie sociale en exprimant le point de vue janséniste de Pascal sur la politique, qui n'est qu'une forme de divertissement. Pour Pascal, en effet, les activités politiques et sociales n'ont pas plus d'importance que le jeu de paume ou de billard. La société n'est pas susceptible d'améliorations, seule la vanité humaine peut s'en persuader car pour le chrétien pessimiste qu'est Pascal, « Le royaume n'est pas de ce monde » (Évangile de Jean qui rapporte une parole du Christ).

L'hypocrisie de Pascal se vérifie pleinement grâce à un changement de contexte[modifier | modifier le wikicode]

Au sein de l'abondance et de la sérénité, notions sur lesquelles Pascal insiste malignement, « les grands » éprouvent un malheur intense car ils sont livrés à eux-mêmes et au sentiment de leur néant « ils ne cessent pas d'être misérables et abandonnés ») car ils sont privés de divertissement.

Conclusion[modifier | modifier le wikicode]

Pascal s'efforce de convaincre son interlocuteur par la rigueur d'une analyse qui envisage méthodiquement les différents cas de figure en s'appuyant sur une observation complète. Mais, emporté par sa conviction, il ne se fait pas de scrupules de le séduire en proposant comme évidents des exemples discutables et en l'attirant dans ses vues par un discours fictif. Le destinataire se fait alors complice de l'ironie développée par l'auteur à l'égard des hommes esclaves du divertissement, ce qui devrait logiquement l'amener à y renoncer.