Philosophie/Nietzsche/Crépuscule des idoles/Avant-propos
Cet avant-propos, écrit à Turin, est daté par Nietzsche du 30 septembre 1888, « jour où fut achevé le premier livre de l'Inversion de toutes les valeurs. » (voir à ce propos Volonté de puissance).
Nietzsche y décrit son engagement dans une cause difficile, difficulté qui exige néanmoins une certaine gaieté, une certaine ironie à l'égard du sérieux avec lequel on peut considérer les problèmes ici soulevés. Pour se défaire de son sérieux et d'une excessive intériorisation qui ont tendance à nous rendre trop pesants et graves dans nos pensées, Nietzsche recommande la guerre. Les blessures de la guerre (i.e. de la polémique, de l'opposition, etc.) ont en effet une vertu curative, et il prend pour devise :
- « increscunt animi, virescit volnere virtus. »
Mais il y a une autre cure - selon lui préférable : ausculter les idoles. C'est l'objet de ce livre. En quoi consiste cette auscultation ?
Elle consiste à faire entendre le son creux des idoles ; le marteau dont parle Nietzsche est ainsi un marteau de médecin. Il y aurait donc un contre-sens à penser que Nietzsche entend frapper comme une brute sur tout ce qui se présente (ce que peut suggérer le sous-titre de cette œuvre qui se traduit littéralement : comment philosopher à coups de marteau). Le marteau est au contraire une métaphore, métaphore qui veut signifier que si l'on critique sérieusement les idoles qui pullulent dans le monde, on entendra qu'elles sont en réalité vides, mais qu'elles le cachaient bien.
Cet ouvrage est donc pour Nietzsche un délassement de psychologue (parmi les premiers titres que Nietzsche voulait lui donner, on trouve en effet : Marteau des idoles. Loisirs d'un psychologue.) Mais ce délassement, qui est aussi pour Nietzsche un moyen de rédiger un compendium de sa pensée, annonce également de nouvelles polémiques ; c'est une grande déclaration de guerre en vue de renverser de nouveaux dieux.