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Philosophie/Nietzsche/Crépuscule des idoles/Le Problème de Socrate

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Introduction : que signifie mettre Socrate en procès ?

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Peut-on juger de la valeur de la vie ? Et si la question, en elle-même, révélait déjà une maladie ? Telle est l’interrogation qui ouvre le deuxième chapitre du Crépuscule des idoles (Götzen-Dämmerung), intitulé « Le problème de Socrate » (Das Problem des Sokrates). Nietzsche y soumet le fondateur présumé de la philosophie occidentale à un examen sans ménagement : loin d’incarner l’apogée de la sagesse grecque, Socrate en marquerait, selon lui, le déclin. Son rationalisme serait le symptôme d’une dégénérescence physiologique : la raison devient un tyran là où les instincts fléchissent. Cette thèse s’inscrit dans une stratégie plus vaste : en brisant l’idole Socrate, Nietzsche entend ébranler l’édifice entier de la philosophie morale occidentale.

Contexte : genèse et place du chapitre dans l'œuvre

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Circonstances de rédaction

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Dans les manuscrits préparatoires (Mappe XVI 4), le chapitre portait d’abord le titre « Sokrates als Problem » (« Socrate comme problème »), puis fut intégré à un projet plus large sur « la philosophie comme décadence » (KSA 14, 413). Le matériau brut du chapitre se trouve rassemblé dans le fragment posthume NL 1888, KSA 13, 14[92], où Socrate est qualifié de « moment de la plus profonde perversité dans l’histoire de l’humanité ».

Continuité et ruptures avec les œuvres antérieures

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La critique de Socrate traverse l’œuvre nietzschéenne depuis La Naissance de la tragédie (1872), où le philosophe athénien apparaît comme l’« Urbild des theoretischen Optimisten » (« archétype de l’optimiste théorique », GT 15).

Nietzsche y opposait l’esprit dionysien, tragique et affirmatif, au rationalisme socratique, qui aurait détruit la culture tragique grecque. Dans le Crépuscule, cette critique prend une inflexion physiologique nouvelle : sous l’influence de lectures médicales récentes — notamment Charles Féré (Dégénérescence et Criminalité, 1888) et les travaux d’anthropologie criminelle de Lombroso —, Nietzsche pathologise Socrate. Le philosophe n’est plus seulement un adversaire intellectuel : il est un décadent, un malade, dont la pensée exprime un organisme en voie de décomposition.

La thèse centrale

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Nietzsche soutient que la philosophie socratique — avec son équation « raison = vertu = bonheur » — constitue, non pas une conquête de l’esprit, mais le symptôme d’une dégénérescence (Degenerescenz). Les « instincts en anarchie » de Socrate l’auraient contraint à ériger la raison en tyran pour se dominer lui-même. Cette solution individuelle, étendue à toute une civilisation en déclin (l’Athènes du Ve siècle), aurait inauguré deux millénaires de philosophie hostile à la vie. La décadence — terme que Nietzsche emprunte à la critique littéraire française (Paul Bourget) avant de lui donner une portée physiologique — désigne ici la désagrégation des instincts vitaux et l’incapacité à affirmer l’existence.

Analyse des douze sections

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§ 1 : Le jugement des sages sur la vie

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Structure argumentative du passage

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Cette première section remplit une fonction d’ouverture programmatique. Elle se déploie en quatre mouvements :

  • Le constat (lignes 1-4) énonce l’unanimité des sages sur la non-valeur de la vie.
  • L’exemple paradigmatique (lignes 4-6) s’appuie sur les dernières paroles de Socrate.
  • Le renversement herméneutique (lignes 6-10) transforme un argument d’autorité en symptôme de maladie.
  • L’image conclusive (lignes 10-11) figure la sagesse comme un corbeau attiré par la charogne.

Cette structure mime un syllogisme apparent pour le retourner aussitôt : là où la tradition concluait à la vérité d’un jugement unanime, Nietzsche conclut à la pathologie commune des juges.

Analyse détaillée

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1. Le jugement unanime des sages sur la vie
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« De tout temps, les plus sages ont porté le même jugement : elle ne vaut rien »

L’ouverture est brusque. Nietzsche ne commence pas par une question prudente, mais par une affirmation qui se donne pour un fait acquis. Le syntagme « de tout temps » (zu allen Zeiten) confère à l’énoncé une portée transhistorique : il ne s’agit pas d’une école particulière, mais d’un trait que Nietzsche présente comme constant de la sagesse philosophique depuis ses origines.

L’expression « elle ne vaut rien » (es taugt nichts) mérite attention. Le verbe allemand « taugen » signifie « être bon à », « convenir », « avoir de la valeur ». La formule est volontairement triviale, presque grossière : Nietzsche fait parler les « sages » comme s’ils prononçaient un verdict de comptoir. Cette trivialisation prépare la dégradation ultérieure de leur prestige.

Les quatre tonalités du discours des sages
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Nietzsche caractérise ce jugement par quatre attributs coordonnés :

  • « plein de doute » (voll Zweifel) ;
  • « plein de mélancolie » (voll Schwermuth) ;
  • « plein de lassitude de la vie » (voll Müdigkeit am Leben) ;
  • « plein de résistance contre la vie » (voll Widerstand gegen das Leben).

Cette énumération dessine une progression : du doute intellectuel à la mélancolie affective, de la fatigue existentielle à l’hostilité active. Le « contre la vie » (gegen das Leben) final annonce le thème central du chapitre : la philosophie comme entreprise de négation vitale.

Le terme « Schwermuth » (mélancolie) appartient au vocabulaire médico-psychologique du XIXe siècle. Il désigne un état dépressif que la psychiatrie de l’époque — notamment chez Jean-Étienne Esquirol et Wilhelm Griesinger — tenait pour pathologique. En l’attribuant aux sages, Nietzsche prépare son diagnostic : leur jugement n’exprime pas une vérité objective, mais un état morbide.

2. Les dernières paroles de Socrate
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La source platonicienne
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Nietzsche fait référence au Phédon de Platon (118a), où Socrate, après avoir bu la ciguë, prononce ses dernières paroles : « Ô Criton, nous devons un coq à Asclépios ; acquittez cette dette, n’y manquez pas » (traduction Schleiermacher).

Asclépios (Esculape en latin) est le dieu grec de la médecine. Le coq était l’offrande traditionnelle qu’on lui faisait après une guérison. La phrase de Socrate signifie donc, littéralement, qu’il remercie Asclépios de l’avoir guéri d’une maladie.

L’interprétation nietzschéenne
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Nietzsche reformule ces paroles de manière significative : « vivre — cela signifie être longtemps malade ». Cette paraphrase n’est pas dans le texte platonicien. Elle constitue une interprétation des derniers mots, selon laquelle la « maladie » dont Socrate se dit guéri n’est autre que la vie elle-même.

Cette lecture n’est pas une invention de Nietzsche. Elle s’inscrit dans une tradition interprétative ancienne, remontant aux scholies d’Olympiodore (VIe siècle). Karl Steinhart, le professeur de grec de Nietzsche à Schulpforta, avait explicitement défendu cette interprétation dans ses annotations à la traduction des dialogues de Platon : « Socrate aussi se sent, à l’instant de mourir, guéri de la maladie de la vie terrestre et libéré des liens entravants du corps » (Steinhart 1854, 577).

Nietzsche avait emprunté plusieurs fois cette édition à la bibliothèque universitaire de Bâle (Crescenzi 1994) et l’avait utilisée pour ses cours. En 1864, Steinhart l’avait recommandé à Karl Schaarschmidt comme « une nature profonde et rêveuse, passionnément attachée à la philosophie, notamment platonicienne, dans laquelle il est déjà assez initié » (KGB I 4, 338).

La reprise du Gai Savoir
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Cette interprétation des dernières paroles de Socrate apparaît déjà dans Le Gai Savoir (§ 340), dans un passage intitulé « Socrate mourant » :

« J'admire la bravoure et la sagesse de Socrate dans tout ce qu'il fit, dit — et ne dit pas. […] J'aurais voulu qu'il se fût tu aussi au dernier instant de sa vie — peut-être appartiendrait-il alors à un ordre d'esprits encore plus élevé. Était-ce la mort ou le poison ou la piété ou la méchanceté — quelque chose lui délia la langue en cet instant et il dit : "Ô Criton, je dois un coq à Asclépios." Ce "dernier mot" ridicule et terrible signifie, pour qui a des oreilles : "Ô Criton, la vie est une maladie !" Est-ce possible ! Un homme comme lui, qui avait vécu gaiement et comme un soldat aux yeux de tous — était pessimiste ! »

— FW 340, KSA 3, 569

La différence entre les deux textes est instructive. Dans Le Gai Savoir, Nietzsche exprime encore de l’admiration pour Socrate et se dit déçu par ses dernières paroles. Dans le Crépuscule, l’admiration a disparu : Socrate n’est plus qu’un « décadent » parmi d’autres.

L’évolution de l’image de Socrate chez Nietzsche
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Cette évolution peut se résumer ainsi :

  • Dans La Naissance de la tragédie (1872), Socrate est l’« archétype de l’optimiste théorique » (GT 15), le destructeur de la culture tragique grecque. Mais Nietzsche, alors sous l’influence de Schopenhauer, demeure encore proche d’un pessimisme qui valorise la négation du vouloir-vivre.
  • Dans Le Gai Savoir (1882), Socrate apparaît comme un pessimiste secret, ce qui le rapproche paradoxalement de Schopenhauer ; mais Nietzsche commence, en même temps, à prendre ses distances avec le pessimisme.
  • Dans le Crépuscule (1888), Socrate est désormais un « décadent » et un nihiliste, c’est-à-dire un négateur de la vie, que Nietzsche, devenu partisan d’une affirmation de l’existence, attaque de front.
3. Le renversement herméneutique : du consensus sapientium au diagnostic de maladie
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Le consensus sapientium comme argument traditionnel
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L’expression latine « consensus sapientium » (« accord des sages ») désigne un argument classique : l’unanimité des autorités intellectuelles sur un point constituerait une preuve de sa vérité. Cette idée remonte à la Topique d’Aristote (I 1, 100b 20 sq.), selon laquelle les opinions généralement admises (endoxa), même si elles ne sont pas des preuves au sens strict, peuvent être utiles à la recherche.

Nietzsche avait déjà discuté ce concept dans Humain, trop humain (I, § 110), mais dans un autre sens. Il y citait le poème de Goethe Kophtisches Lied (1827) :

« Alle die Weisesten aller der Zeiten / lächeln und winken und stimmen mit ein » (« Tous les très sages de tous les temps / sourient, font signe et acquiescent »).

Dans ce passage antérieur, Nietzsche se rangeait du côté des sages contre le « consensus gentium » (accord des peuples), qu’il tenait pour un indice de sottise. Ici, au contraire, il retourne le soupçon contre les sages eux-mêmes : leur accord ne prouve pas leur vérité, mais leur maladie commune.

« Nos pessimistes »
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L’expression « nos pessimistes » (unsre Pessimisten) désigne d’abord Schopenhauer et ses disciples. Les manuscrits préparatoires (cahiers W II 5, 50 et 51) nommaient explicitement Schopenhauer, que la version publiée a rendu anonyme (KSA 14, 413). Cette « déconcrétisation » (Entkonkretisierung), selon le terme d’Andreas Urs Sommer, déplace la critique : elle quitte la polémique contemporaine pour prendre la forme d’une affirmation générale.

Schopenhauer avait fait du pessimisme le cœur de sa philosophie. Dans Le Monde comme volonté et représentation (livre IV, § 53-71), il soutenait que la vie est essentiellement souffrance et que la sagesse consiste dans la « négation du vouloir-vivre » (Verneinung des Willens zum Leben). Les dernières paroles de Socrate semblaient confirmer cette thèse : même le plus sage des hommes reconnaissait que la vie est une maladie.

Le renversement nietzschéen
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Nietzsche inverse entièrement l’argument :

  • Position traditionnelle : les sages s’accordent à déprécier la vie ; cet accord prouve la vérité de leur jugement.
  • Position nietzschéenne : les sages s’accordent à déprécier la vie ; cet accord prouve qu’ils partagent une pathologie commune.

Le passage du « vrai » (wahr) au « malade » (krank) est le pivot du texte. Nietzsche ne discute pas le contenu du jugement des sages (la vie vaut-elle ou non quelque chose ?) : il déplace la question vers les conditions de production de ce jugement. La méthode est généalogique : comprendre d’où vient une évaluation, plutôt que décider abstraitement si elle est vraie.

Le « nous » et les « Hyperboréens »
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Le texte oppose un « on » (man) passé à un « nous » (wir) présent. Ce « nous » désigne ceux qui ont surmonté le pessimisme et pratiquent la « grande santé » (die große Gesundheit). Dans les manuscrits, ce groupe était identifié aux « Hyperboréens » ou aux « immoralistes » — termes par lesquels Nietzsche désigne des esprits libres capables d’affirmer la vie sans réserve.

Les Hyperboréens, dans la mythologie grecque, étaient un peuple légendaire vivant au-delà du vent du nord (Borée), dans une contrée de félicité permanente. Nietzsche reprend ce terme dans l’ouverture de L’Antéchrist : « Regardons-nous en face. Nous sommes des Hyperboréens » (« Avant-propos »).

4. L’image du corbeau et de la charogne
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La symbolique du corbeau
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La section se clôt sur une image saisissante : « La sagesse n’apparaîtrait-elle pas sur terre comme un corbeau qu’une légère odeur de charogne met en joie ? »

Le corbeau (Rabe) est un charognard. En l’associant à la sagesse philosophique, Nietzsche suggère que celle-ci se nourrit de ce qui est mort ou mourant. La philosophie serait attirée par la décomposition vitale comme le corbeau par les cadavres.

Cette image opère une substitution symbolique révélatrice. L’emblème traditionnel de la philosophie est la chouette de Minerve (Athéna), oiseau de sagesse et de clairvoyance nocturne. Hegel, dans la préface des Principes de la philosophie du droit (1820), avait formulé cette image : « La chouette de Minerve ne prend son vol qu’à la tombée de la nuit. » Nietzsche remplace la chouette — oiseau noble, associé à la réflexion — par le corbeau — charognard, associé à la mort et à la putréfaction.

Les sources mythologiques
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Le corbeau possède toutefois une symbolique ambivalente. Dans la mythologie nordique, les deux corbeaux Hugin et Munin (« Pensée » et « Mémoire ») accompagnent Odin et lui rapportent ce qui se passe dans le monde. Dans la Götterdämmerung de Wagner — dont le titre allemand est proche de celui du Crépuscule des idoles (Götzen-Dämmerung) —, les corbeaux d’Odin apparaissent à plusieurs reprises, notamment au moment où Hagen assassine Siegfried (acte III, scène 2). Jakob Grimm, dans sa Deutsche Mythologie, que Nietzsche connaissait, notait la parenté entre le corbeau et le loup comme animaux sacrés d’Apollon — dieu de la clarté rationnelle. Cette ambivalence — le corbeau comme figure de la sagesse et comme charognard — est précisément ce que Nietzsche exploite pour suggérer que la « sagesse » philosophique est, en réalité, une attirance morbide pour ce qui décline.

L’odeur de charogne (Aas)
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Le mot allemand « Aas » (charogne) est violent. Il évoque non seulement la mort, mais la décomposition, la puanteur, le dégoût. La vie que les philosophes jugent « sans valeur » n’est pas simplement niée : elle est présentée comme un cadavre dont la philosophie se repaît.

Cette image prépare le diagnostic du chapitre : les philosophes ne jugent pas la vie de l’extérieur, en observateurs neutres ; ils sont eux-mêmes des organismes qui déclinent, attirés par ce qui leur ressemble.

§ 2 : La valeur de la vie est-elle évaluable ?

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Nietzsche pousse plus loin sa position : la question même de la valeur de la vie est illégitime. « La valeur de la vie ne peut pas être évaluée » (Der Werth des Lebens kann nicht abgeschätzt werden). Pourquoi ? Parce que le vivant est juge et partie : il ne peut s’extraire de la vie pour la juger objectivement. L’expression « valeur de la vie » (Werth des Lebens) fait écho au titre de l’ouvrage d’Eugen Dühring (Der Werth des Lebens, 1865), que Nietzsche avait longuement excerpté en 1875 (NL, KSA 8, 9[1]).

Le soupçon se renverse alors : « Qu’un philosophe voie dans la valeur de la vie un problème constitue même une objection contre lui » (§ 2). Le pessimisme philosophique n’est pas une découverte métaphysique, mais un symptôme de décrépitude vitale. Nietzsche reprend ici l’une des thèses majeures de la Généalogie de la morale : les évaluations morales expriment des états physiologiques.

§ 3 : Socrate et le « peuple » — laideur et basse extraction

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Cette section introduit le motif de la laideur socratique, abondamment documenté dans les sources antiques (Platon, Banquet 215a-b ; Xénophon, Banquet IV, 19). Nietzsche écrit : « Socrate appartenait, par son origine, au plus bas peuple : Socrate était de la populace. On sait, on voit encore aujourd’hui combien il était laid » (Sokrates gehörte, seiner Herkunft nach, zum niedersten Volk: Sokrates war Pöbel. Man weiss, man sieht es selbst noch, wie hässlich er war).

Le terme allemand « Pöbel » (populace) porte une charge péjorative que Nietzsche assume pleinement. Il s’appuie sur les travaux d’Eduard Zeller (Die Philosophie der Griechen, 1859), qui notait le contraste entre l’aspect extérieur de Socrate et l’idéal grec de l’harmonie entre corps et âme. Mais là où Zeller y voyait une tension intéressante, Nietzsche y lit un diagnostic : « La laideur, en elle-même déjà une objection, est chez les Grecs presque une réfutation » (§ 3).

Nietzsche mobilise ensuite l’anthropologie criminelle de son temps. Citant Féré, il affirme que « les anthropologues parmi les criminalistes nous disent que le criminel typique est laid : monstrum in fronte, monstrum in animo » (« monstre au visage, monstre dans l’âme », § 3). Cette formule latine, que Nietzsche trouve chez Féré (1888, 80), provient elle-même de la tradition physiognomonique. L’application au cas de Socrate est délibérément provocatrice : Nietzsche retourne l’image traditionnelle du sage injustement condamné en suggérant qu’il portait les stigmates du criminel.