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Philosophie/Thalès de Milet/Textes et traductions période République Romaine

Un livre de Wikilivres.



Période de la République 🔄 Romaine I

(-509, chute de la royauté romaine — 16 janvier -27, nomination de Caius Iulius Caesar Octavianus aux titres d’Augustus et de Princeps par le Sénat romain)


(3 janvier -106 , à Arpinum, cité romaine de Latium — 7 décembre -43 , assassiné en quittant sa villa de Formia, par la proscription du second triumvirat, sur ordre de Marc Antoine) 📚 🔍

Portrait posthume de Cicéron de la moitié du Ier siècle EC. Marbre.

Provenance : ?

Exposition : Sala dei Filosofi, Palazzo Nuovo, Musei Capitolini 🔍.

Orateur, politicien, philosophe 🔄 et citoyen romain ⤴️; il publie une abondante production, d’ouvrages sur la rhétorique et d’adaptation en latin des théories philosophiques grecques, considérée comme un modèle de l’expression latine classique, et dont une grande partie nous est parvenue.


📚

Manuscrits
L’ouvrage rédigé en 6 livres n’est parvenu à l’époque moderne que très mutilé, seule la fin dite du Songe de Scipion fut conservée au cours du Moyen Âge en raison de son mysticisme apprécié des auteurs chrétiens. Le reste de l’ouvrage aux considérations plus politiques fut retrouvée en 1818 par Angelo Mai, préfet de la bibliothèque de manuscrits du Vatican, dans un palimpseste d’un ouvrage d’Augustin d’Hippone, référencé Vaticanus Latinus 5757, copié au début du VIIIème siècle sur les pages lavées et grattées d’un codex du IVème siècle.
Traité sur la politique, écrit en -54. L’ouvrage, écrit sous la forme d’un dialogue platonicien, traite de la meilleure forme d’État et de la manière de bien conduire un État. Cette question avait déjà été abordée par les Grecs avec La Politique d’Aristote 🔄 et La République de Platon 🔄. Cicéron applique leurs analyses aux institutions de la République romaine, pour établir que la République du IIème siècle AEC était la cité la plus proche de l’équilibre idéal formulé par ces théories. Il complètera ce traité par le De Legibus, ouvrage consacré à l’aspect législatif des institutions.



Introduction, présentation des protagonistes, Cicéron place ses dialogues vers -129, moment où, selon lui, cette République quittait l’équilibre idéal qu’il va décrire, avant que, toujours selon lui, l’intervention des Gracques I ne bouleverse l’harmonie républicaine.


Témoignage de l’invention du premier planétaire I par Thalès.


Textes latin

XIV. Tum Philus : Nihil novi vobis afferam, neque quod a me sit cogitatum aut inventum : nam memoriâ tenio C. Sulpicium Gallum , doctissimum ut scitis hominem , cùm idem hoc visum diceretur , et esset casu apud M. Marcellum , qui cum eo consul fuerat, sphæram 1, quam M. Marcellus avus 2 captis Syracusis ex urbe locupletissimâ atque ornatissimâ sustulisset, cùm aliud nihil ex tantâ prædâ domum suam deportavisset jussisse proferri : cujus ego sphæræ cùm persæpe propter Archimedi 3 gloriam nomen audissem, speciem ipsam non sum tanto opere admiratus : erat enim illa venustior et nobilior 4 in vulgus, quam ab eodem Archimede factam posuerat in templo Virtutis Marcellus idem. Sed postea quàm cœpit rationem hujus operis scientissime Gallus exponere, plus in illo siculo ingenii, quàm videretur natura humana ferre potuisse, judicabam 5 fuisse. Dicebat enim Gallus, sphæræ illius alterius solidæ atque plenæ vetus esse inventum, et eam a Thalete milesio primum esse tornatam 6 : post autem ab Eudoxo cnidio discipulo, ut ferebat, Platonis eamdem illam astris 7 cœlo inhærentibus 8 esse descriptam; cujus omnem ornatum et descriptionem, sumptam ab Eudoxo, multis annis post non astrologiæ scientiâ sed poeticâ quâdam facultate versibus Aratum extulisse. Hoc autem sphæræ genus, in quo solis et lunæ motus inessent, et earum quinque stellarum, quæ errantes et quasi vagæ nominarentur, in illâ sphærâ solidâ non potuisse finiri. Atque in eâ admirandum esse inventum Archimedi, quod excogitasset quemadmodum in dissimillimis motibus inæquabiles et varios cursus servaret una conversio. Hanc sphæram Gallus cùm moveret, fiebat ut soli luna totidem conversionibus in aere illo quot 9 diebus in ipso cœlo succederet; ex quo et in cœlo sphæra 10 solis fieret eadem illa defectio, et incideret luna tum in eam metam, quæ esset umbra terræ, cùm sol e regione. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
1 In codice modo scribitur sfæra, modo sphæra, modo sphera.
2 Cod. primâ manu Marcellus; secundâ Marcelli avus, quæ est emendatio certissima.
3 Archimedi in secundo casu more suo Tullius, ut pro Balbo XXV Theophani; ad Brut. ep. XV, et de Or. II. 74 Themistocli; ad Att. XIII. 28 Aristoteli; Brut. VII. LXXXIII Thucydidi, Tusc. I. 41 Ulyxi; de Or. II. 22. 23. Brut. XV. LXXXIII Demostheni et Pericli: unde etiam Persius IV. 3 magni pupille Pericli. Lege et Quintilianum Inst. I. 5. Sic loquitur etiam Fronto.
4 Cod. primâ manu novilior, secundâ nobilior.
5 Cod. judicam; sed mox factum judicabat. Mihi videbatur scribendum judicabam.
6 lta cod. secundâ manu; et primâ ornatam. Cicero in Arateis 3o4 : tam tornare cate contorlos possiet orbes.
7 Cod. primâ manu illam stellisque cœlo; secundâ vero deletum stellisque et scriptum astris.
8 Cod. sine diphthongo, inherentibus , sed deinde haud scio an sit superaddita a.
9 Cod. habet quod, ob sonum videlicet similem sequentis litteræ d. Profecto Longus p. 2231 jani obacrvavit, quot et quod male aliquoties confundi.
10 Cod. sphela, quamquam l non caret interpolatione. Superius cap. V vidimus lacelari. Sed enim vox ipsa sphœra hîc omittenda videtur, vel scribendum cœli sphœrâ.


La République de Cicéron. Tome Premier. M. Tulli Ciceronis. De Re Publica. Liber Primus. XIV, d’après le texte inédit, récemment découvert et commenté par M. Mai (Le palimpseste Vaticanus Latinus 5757 ), Bibliothèque du Vatican. Avec une traduction française par M. Villemain, de l’Académie Française, L.-G. Michaud, Librairie, 1823



XIV. Tum Philus : Nihil novi vobis afferam, neque quod a me sit cogitatum aut inventum ; nam memoria teneo, C. Sulpicium Gallum, doctissimum, ut scitis, hominem, quum idem hoc visum diceretur, et esset casu apud M. Marcellum, quicum eo consul fuerat, sphæram, quam M. Marcelli avus, captis Syracusis, ex urbe locupletissima atque ornatissima sustulisset, quum aliud nihil ex tanta præda domum suam deportavisset, jussisse proferri : cujus ego sphæræ quum persæpe, propter Archimedi gloriam, nomen audissem, speciem ipsam non sum tanto opere admiratus : erat enim illa venustior et nobilior in vulgus, quam ab eodem Archimede factam posuerat in templo Virtutis Marcellus idem. Sed posteaquam cœpit rationem hujus operis scientissime Gallus exponere, plus in illo Siculo ingenii, quam videretur natura humana ferre potuisse, judicabam fuisse. Dicebat enim Gallus, sphæræ illius alterius solidæ atque plenæ vetus esse inventum, et eam a Thalete Milesio primum esse tornatam : post autem ab Eudoxo Cnidio discipulo, ut ferebat, Plalonis eamdem illam astris cælo inhærentibus esse descriptam; cujus omnem ornatum et descriptionem, sumptam ab Eudoxo, multis annis post, non astrologiæ scientia, sed poetica quadam faculiate versibus Aratum extulisse. Hoc autem sphæræ genus, in quo solis et lunæ motus inessent, et earum quinque stellarum, quæ errantes et quasi vagæ nominarentur, in illa sphæra solida non potuisse finiri; atque in eo admirandum esse inventum Archimedi, quod excogitasset, quemadmodum in dissimillimis motibus inæquabiles et varios cursus servaret una conversio. Hanc sphæram Gallus quum moveret, fiebat, ut soli luna totidem conversionibus in aere illo, quot diebus in ipso cælo, succederet, ex quo et in [cælo] sphæra solis fieret eadem illa defectio, et incideret luna tum in eam metam, quæ esset umbra terræ, quum sol e regione.....
(Octo paginæ hic a Maio desiderantur.)


Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième. De Re Publica. Liber Primus. XIV, avec la traduction en français publiées sous la direction de M. Nisard de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et Cie, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864
(également disponible ici et une édition de 1868 )



Traductions

XIV. Philus I prenant la parole : Je ne vous présenterai, dit-il, rien de nouveau, ni découverte, ni pensée qui m’appartienne; car voici ce dont je me souviens. Sulpicius Gallus 1 II, homme d’une profonde doctrine, comme vous le savez, entendant un jour le récit d’un prodige semblable, et se trouvant chez Marcellus III, qui avait été son collègue dans le consulat, demanda qu’on lui mit sous les yeux un globe céleste 💡, que l’aïeul de Marcellus IV avait autrefois enlevé après la prise de Syracuse, du milieu de cette magnifique et opulente ville, sans rapporter dans sa maison d’autre butin d’une si grande conquête. J’avais entendu souvent citer cette sphère, à cause de la grande renommée d’Archimède VII. L’aspect ne m’en parut pas fort remarquable. Il en existait une autre, d’une forme plus élégante et plus connue du vulgaire, ouvrage du même Archimède, et placée par le même Marcellus à Rome, dans le temple de la Vertu. Mais sitôt que Gallus eut commencé d’expliquer avec une haute science la composition de cette machine, je jugeai qu’il y avait eu dans le géomètre 2 sicilien un génie supérieur à ce qui semblait la portée de l’humaine nature. Gallus nous disait, que cette autre sphère solide et compacte était d’une invention fort ancienne, et que le premier modèle en avait été donné par Thalès de Milet; que, dans la suite, Eudoxe de Gnide IX, disciple de Platon, avait tracé sur ses contours les astres attachés à la voûte des cieux; et que beaucoup d’années après, empruntant à Eudoxe ce dessin et cette belle ordonnance, Aratus X leur avait donné l’éclat des vers, sans avoir lui-même la connaissance de l’astronomie, et par la seule force de son instinct poétique. Il ajoutait que cette configuration de la sphère, qui représente les mouvemens de la lune, du soleil, et des cinq étoiles nommées errantes ou irrégulières ⤴️, n’avait pu s’appliquer à ce premier globe d’une forme solide; et que l’art merveilleux d’ Archimède était d’avoir tellement combiné sa nouvelle sphère, que dans le jeu de mouvemens disparates, une seule impulsion déterminait des résultats inégaux et variés. En effet, Gallus touchait-il cette sphère 3, on voyait, sur sa surface, la lune remplacer le soleil par un tour de cercle, autant de fois qu’elle le remplace dans les cieux par l’intervalle d’un jour; d’où il résultait que la disparition du soleil s’y trouvait marquée comme dans les cieux, et que la lune touchait le point où elle est obscurcie par l’ombre de la terre, à l’instant où le soleil reparaissait sur l’horizon, etc. 4
1 Cicéron nomme plusieurs fois ce Gallus, pour sa science et sa passion de l’astronomie. — Pline, liv. II, ch. xix, le cite comme partageant l’opinion de Pythagore, que la terre est éloignée de la lune de 126,000 stades, et que sa distance du soleil est double de ce nombre.
2 On sait que ce fut Cicéron qui, curieux de toute espèce d’étude et de gloire, rechercha et découvrit, à Syracuse, la sépulture d’Archimède, oubliée dans un lieu désert, entourée de ronces, et reconnaissable seulement par la figure d’une sphère qui surmontait le tombeau.
3 Cette sphère, à l’exactitude près, ressemblait, comme l’on voit, à la sphère mobile que les Anglais ont appelée Orery, du nom d’un célèbre protecteur des sciences, qui fit construire cette machine : « C’est, dit Voltaire, une très-faible copie de notre monde
« planétaire et de ses révolutions. La période même du change-
« ment des solstices et des équinoxes, qui nous amène, de jour
« en jour, une nouvelle étoile polaire, cette période, cette course
« si lente d’environ vingt-six mille ans, n’a pu être exécutée par
« des mains humaines, dans nos Orery. Cette machine est très-
« imparfaite; il faut la faire tourner avec une manivelle. Cepen-
« dant c’est un chef-d’œuvre de l’habileté de nos artisans. Jugez
« donc quelle est la puissance, quel est le génie de l’éternel Ar-
« chitecte, si l’on peut se servir de ces termes impropres, si mal
« assortis à l’Être suprême ! » XII La science actuelle parlerait avec moins de respect de ces Orery; mais on concevra sans peine quelle admiration devait inspirer, dans la peu savante et ingénieuse antiquité, la première ébauche d’un semblable travail.
4 La traduction a complété la phrase mutilée de l’original; la suite de ce détail astronomique manque dans le manuscrit, jusqu’au moment ou Scipion en revient à parler de Gallus.


La République de Cicéron. Tome Premier. De La République. Livre Premier. XIV, d’après le texte inédit, récemment découvert et commenté par M. Mai (Le palimpseste Vaticanus Latinus 5757 ), Bibliothèque du Vatican. Avec une traduction française par M. Villemain, de l’Académie Française, L.-G. Michaud, Librairie, 1823 (édition de 1878 également disponible ici)



XIV. Ce que je vous dirai, reprit Philus, n’est pas nouveau; je n’en suis pas l’inventeur et ma mémoire seule en fera les frais. Je me souviens que C. Sulpicius Gallus, un des plus savants hommes de notre pays, comme vous ne l’ignorez pas, s’étant rencontré par hasard chez M. Marcellus, qui naguère avait été consul avec lui, la conversation tomba sur un prodige exactement semblable; et que Gallus fit apporter cette fameuse sphère, seule dépouille dont l’aïeul de Marcellus voulut orner sa maison après la prise de Syracuse, ville si pleine de trésors et de merveilles. J’avais souvent entendu parler de cette sphère qui passait pour le chef-d’œuvre d’ Archimède, et j’avoue qu’au premier coup d’œil elle ne me parut pas fort extraordinaire. Marcellus avait déposé dans le temple de la Vertu une autre sphère d’ Archimède, plus connue du peuple et qui avait beaucoup plus d’apparence. Mais lorsque Gallus eut commencé à nous expliquer, avec une science infinie, tout le système de ce bel ouvrage, je ne pus m’empêcher de juger qu’il y avait eu dans ce Sicilien un génie d’une portée à laquelle la nature humaine ne me paraissait pas capable d’atteindre. Gallus nous disait que l’invention de cette autre sphère solide et pleine remontait assez haut, et que Thalès de Milet en avait exécuté le premier modèle; que dans la suite Eudoxe de Cnide, disciple de Platon, avait représenté à sa surface les diverses constellations attachées à la voûte du ciel ; et que, longues années après, Aratus, qui n’était pas astronome, mais qui avait un certain talent poétique, décrivit en vers tout le ciel d’ Eudoxe. Il ajoutait que, pour figurer les mouvements du soleil, de la lune et des cinq étoiles que nous appelons errantes, il avait fallu renoncer à la sphère solide, incapable de les reproduire, et en imaginer une toute différente; que la merveille de l’invention d’ Archimède était l’art avec lequel il avait su combiner dans un seul système et effectuer par la seule rotation tous les mouvements dissemblables et les révolutions inégales des différents astres. Lorsque Gallus mettait la sphère en mouvement, on voyait à chaque tour la lune succéder au soleil dans l’horizon terrestre, comme elle lui succède tous les jours dans le ciel ; on voyait parconséquent, le soleil disparaître comme dans le ciel, et peu à peu la lune venir se plonger dans l’ombre de la terre, au moment même où le soleil du côté opposé.....
(Il manque ici huit pages dans le manuscrit, selon Angelo Mai).


Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième. Traité De La République. Livre Premier. XIV, avec la traduction en français publiées sous la direction de M. Nisard de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et Cie, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864
(également disponible ici et une édition de 1868 )



VI.Philus. — Ce que je vous dirai n’est pas nouveau, rien là ne m’appartient, c’est un simple souvenir.

S. Gallus, un savant, vous ne l’ignorez pas, se trouvait un jour chez Marcellus, son ancien collègue du consulat, et, entendant parler d’un phénomène semblable, il fit apporter la sphère céleste que l’aïeul de Marcellus se réserva jadis comme le seul monument de sa victoire à la prise de l’opulente et magnifique Syracuse.

J’avais entendu souvent citer cette sphère, à cause de la grande renommée d’ Archimède, et je n’y trouvai rien de remarquable au premier abord; elle me parut même inférieure à cet autre globe, plus connu, du même Sicilien, et que Marcellus aussi consacra dans le temple de la Vertu. Mais aussitôt que Gallus, avec sa science profonde, eut commencé l’explication de ces rouages admirables, je reconnus à l’habile inventeur un génie vraiment surhumain.

Gallus nous apprit que la sphère solide et pleine est une ancienne invention due à Thalès de Milet; dans la suite, Eudoxe de Gnide, disciple de Platon, traça, paraît-il, les constellations suspendues à la voûte des cieux; puis longtemps après, empruntant le système d’ Eudoxe, Aratus, étranger à l’astronomie, mais inspiré par la seule force de son instinct poétique, chanta dans ses vers l’admirable ordonnance des corps célestes.

Gallus ajoutait que le genre de sphère qui retrace la marche du soleil, de la lune et des cinq étoiles nommées errantes ou irrégulières, était bien différent de la sphère solide, à laquelle ne pouvaient s’appliquer les mêmes évolutions, et l’art merveilleux d’ Archimède était d’avoir si bien combiné sa nouvelle œuvre que, dans le jeu de mouvements disparates, une seule impulsion donnait le cours inégal et différent de tous les astres.

Gallus, en effet, touchait-il à cette sphère, chaque tour de cercle amenait la lune à la place du soleil, comme elle lui succède toutes les nuits au firmament, puis encore, de même qu’au ciel, tantôt le soleil disparaissait, tantôt la lune tombait dans l’ombre de la terre, quand le soleil reparaissait à l’horizon...


Cicéron. De La République. Livre Premier. VI, traduction nouvelle par Victor Poupin, Librairie de la Bibliothèque Nationale, 1911



XIV. — PHILUS : Je ne vous apporterai rien de nouveau, rien que j’aie imaginé ou découvert. Je me rappelle seulement que C. Sulpicius Gallus 1, un homme de grand savoir comme vous ne l’ignorez pas, se trouvant par hasard chez M. Marcellus, son ancien collègue au consulat, alors qu’on parlait d’un phénomène pareil, fit apporter la sphère prise par l’aïeul de M. Marcellus à Syracuse — c’était tout le butin qu’il avait pour sa part retiré d’une ville aussi pleine de richesses et d’œuvres d’art 2. Cette sphère, dont j’avais souvent entendu parler à cause du grand nom d’ Archimède, ne me parut pas si digne d’admiration. Plus gracieuse de forme et plus connue du vulgaire était celle que le même Marcellus avait fait placer dans le temple de la Vertu, et qui était aussi l’œuvre d’ Archimède. Mais quand Gallus eut commencé d’expliquer très savamment la structure de cette sphère, je jugeai qu’il y avait dans ce Sicilien plus de génie que la nature humaine ne semblait en admettre. Gallus donc nous disait que l’invention d’une autre sphère, solide celle-là et pleine, était déjà ancienne, que Thalès de Milet avait tourné la première, puis que, plus tard Eudoxe de Cnide, disciple, disait-il, de Platon, y avait représenté les astres de la voûte céleste 3. Bien des années après, Aratus 4, non en astronome savant, mais en poète de talent, avait, dans ses vers, décrit cette sphère empruntée à Eudoxe, et en avait célébré tout le travail. Mais pour cette espèce de sphère où sont représentés les mouvements du soleil et de la lune et des cinq astres qu’on nomme planètes, on ne pouvait la confondre avec une sphère solide; et il fallait admirer le génie créateur d’ Archimède, qui avait trouvé moyen de figurer des mouvements inégaux et des orbites différentes par la rotation d’un seul objet. Quand Gallus faisait mouvoir la sphère, on voyait la lune se substituer au soleil par des rotations s’opérant dans le métal en nombre égal à celui des jours dans le ciel; ainsi dans la sphère comme dans le ciel, le soleil disparaissait et la lune se trouvait dans l’ombre projetée par la terre, quand le soleil pénétrait d’une région du ciel...
1 Caïus Sulpicius Gallus, consul en 166 avec M. Claudius Marcellus, petit-fils du Marcellus qui combattit Annibal et s’empara de Syracuse après un siège fameux. Cicéron parle de ce Gallus avec éloge dans le De Oratore (liv. I, chap. 53), dans le Brutus (chap. 20), dans le De Officiis (liv. I, chap. 6), dans le De Senectute (chap. 16 XIV.).
2 En revanche, Marcellus, d’après Plutarque lVdHI. VdM. éd.1853, pp.168-169, avait transporté à Rome ce qu’il y avait de plus beau à Syracuse en tableaux et en statues.
3 Eudoxe, dit de Cnide, mathématicien et astronome, vivant au IVe siècle avant J.-C. Il avait composé un traité des Phénomènes qui se retrouve en grande partie dans le poème d’Aratus, dont il va être question.
4 Aratus est un poète alexandrin, contemporain ou à peu près de Théocrite 🔄. Ainsi qu’il le dit plus loin, Cicéron avait traduit son poème des Phénomènes et Pronostics.


Cicéron. De La République. Livre Premier. XIV NOTES, traduction, notices et notes par Charles Appuhn, GF Flammarion, 1965



Témoignage de la première prédiction/compréhension d’une éclipse solaire par Thalès.


Textes latin

XVI. Atque ejusmodi quiddam etiam bello 1 illo maximo, quod Athenienses et Lacædemonii 2 summâ inter se contentione gesserunt, Pericles ille et auctoritate et eloquentiâ et consilio princeps civitatis suæ, cùm obscurato sole tenebræ factæ essent 3 repente, Atheniensiumque animos summus timor occupavisset, docuisse cives suos dicitur id quod ipse ab Anaxagora, cujus auditor fuerat, acceperat, certo illud 4 tempore fieri et necessario, cùm tota se luna sub orbem solis subjecisset : itaque etsi non omni intermenstruo, tamen id fieri non posse, nisi certo intermenstruo 5 tempore. Quod cùm disputando rationibusque docuisset, populum liberavit metu : erat enim tunc 6 hæc nova et ignota ratio, solem lunæ oppositum solere deficere; quod Thaletem milesium primum vidisse dicunt. Id autem postea ne nostrum quidem Ennium fugit, qui 7 ut scribit anno quinquagesimo CCC. fere post Romam conditam non. juniis 8 « soli luna obstitit et nox ». Atque hâc in re tantâ inest ratio atque solertia, ut ex hoc die, quem apud Ennium et in maximis annalibus consignatum videmus, superiores 9 solis defectiones reputatæ sint, usque ad illam quæ nonis quinctilibus 10 fuit regnante Romulo : quibus quidem Romulum tenebris, etiam si natura ad humanum exitum abripuit, virtus tamen in cœlum dicitur sustulisse.
1 Cod. primâ manu vello, secundâ bello.
2 Ita in cod. constanter Lacœdemonius et Lacœdemon curm diphthongo in secundâ syllabâ, cùm vulgo scribatur in tertiâ. Vaticanæ scripturæ favet gentile lacœna, et vocis etymologia, siqua est, ex δῆμος 📚
3 Eadem locutio est in sacris litteris Matth. XXVII. 45, Marc. XV. 33.
4 Cod. illut pro illud.
5 Intermenstruo superadditum est secundâ manu.
6 Cod. primâ manu tum, secundâ tunc.
7 Ita cod.
8 Cod. junis pro juniis.
9 Cod. primâ manu superioris, secundâ superiores.
10 Cod. primâ manu quinctilibus; mox deleta c, quod fieri non fuit necesse, propter alia in vetustis codicibus exempla.


La République de Cicéron. Tome Premier. M. Tulli Ciceronis. De Re Publica. Liber Primus. XVI, d’après le texte inédit, récemment découvert et commenté par M. Mai (Le palimpseste Vaticanus Latinus 5757 ), Bibliothèque du Vatican. Avec une traduction française par M. Villemain, de l’Académie Française, L.-G. Michaud, Librairie, 1823



XVI. Atque ejusmodi quiddam etiam bello illo maximo, quod Athenienses et Lacedæmonii summa inter se contentione gesserunt, Pericles ille, et auctoriate et eloquentia et consilio princeps civitatis suæ, quum obscurato sole tenebræ factæ essent repente, Atheniensiumque animos summus timor occupavisset, docuisse cives suos dicitur id, quod ipse ab Anaxagora, cujus auditor fuerat, acceperat, certo illud tempore fieri et necessario, quum tota se luna sub orbem solis subjecisset : itaque etsi non omni intermenstruo, tamen id fieri non posse, nisi certo intermenstruo tempore. Quod quum disputando rationibusque docuisset, populum liberavit metu : erat enim tunc hæc nova et ignota ratio, solem lunæ oppositu[m] solere deficere; quod Thaletem Milesium primum vidisse dicunt. Id autem postea ne nostrum quidem Ennium fugit, qui ut scribit, anno ccc quinquagesimo fere post Romam conditam ?

.... Nonis Junis soli luna obstitit et nox.

Atque hac in re tanta inest ratio atque sollertia, ut ex hoc die, quem apud Ennium et in maximis annalibus consignatum videmus, superiores solis defectiones reputatæ sint usque ad illam, quæ Nonis Quintilibus fuit regnante Romulo : quibus quidem Romulum tenebris etiamsi natura ad humanum exitum abripuit, virtus tamen in cælum dicitur sustulisse.

Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième. De Re Publica. Liber Primus. XVI, avec la traduction en français publiées sous la direction de M. Nisard de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et Cie, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864
(également disponible ici et une édition de 1868 )



Traductions

XVI. On raconte même d’une manière à peu-près semblable, que, dans cette grande guerre où les Athéniens 🔄 et les Lacédémoniens 🔄 luttèrent ensemble avec une si violente animosité, ce fameux Périclès I, le premier homme de son pays par le crédit, l’éloquence et le génie politique, voyant les Athéniens préoccupés d’une excessive frayeur, à la suite d’une éclipse de soleil qui avait répandu tout d’un coup les ténèbres, leur enseigna ce qu’il avait lui-même appris à l’école d’Anaxagore 🔄; que de semblables effets arrivaient dans un intervalle précis et nécessaire, lorsque la lune se trouvait placée toute entière sous le soleil; et que par ce motif, bien qu’il n’en fût pas ainsi à tous les commencemens de mois, cela ne pouvait jamais avoir lieu qu’à des renouvellemens de la lune. Ayant démontré cette vérité par le raisonnement, il délivra le peuple de ses craintes. Car c’était alors un système nouveau et inconnu, que celui de l’obscurcissement du soleil par l’interposition de la lune; et l’on dit que Thalès de Milet l’avait entrevu le premier; mais dans la suite cette notion ne fut pas ignorée même de notre Ennius VI, qui écrit que vers l’an 35o de la fondation de Rome, aux nones de juin,

Le soleil fut couvert par la lune et la nuit.

Telle est, au reste, en cette matière, la perfection du calcul et de l’art, qu’à partir de ce jour ainsi consigné pour nous dans les vers d’Ennius, et dans les registres des Pontifes, on a supputé les éclipses antérieures, jusqu’à celle qui était arrivée aux nones de juillet, sous le règne de Romulus ⤴️, éclipse dont la soudaine obscurité permit de supposer que Romulus, en dépit de cette périssable nature qui l’entraîna vers une fin toute humaine, avait été miraculeusement porté dans les cieux.

La République de Cicéron. Tome Premier. De La République. Livre Premier. XVI, d’après le texte inédit, récemment découvert et commenté par M. Mai (Le palimpseste Vaticanus Latinus 5757 ), Bibliothèque du Vatican. Avec une traduction française par M. Villemain, de l’Académie Française, L.-G. Michaud, Librairie, 1823 (édition de 1878 également disponible ici)



XVI. Il arriva quelque chose d’assez semblable pendant la longue guerre que se firent les Athéniens et les Lacédémoniens avec un si terrible acharnement. On nous rapporte que Périclès, qui par son crédit, son éloquence et son habile politique, était devenu le chef d'Athènes, voyant ses concitoyens consternés d’une éclipse de soleil qui les avait plongés dans des ténèbres subites, leur expliqua ce qu’il avait appris lui-même de son maître Anaxagore, qu’un pareil phénomène est dans l’ordre de la nature et se reproduit à des époques déterminées, lorsque le disque de la lune s’interpose tout entier entre le soleil et nous; et que s’il n’est pas amené à chaque renouvellement de la lune, il ne peut toutefois avoir lieu qu’à l’époque précise où la lune se renouvelle. Périclès décrivit aux Athéniens tous ces mouvements astronomiques; il leur en fit comprendre la raison, et dissipa leur terreur; l’explication des éclipses de soleil par l’interposition de la lune était alors assez nouvelle et peu répandue. Thalès de Milet est, dit-on, le premier qui la proposa. Plus tard elle ne fut pas inconnue à notre poêtre Ennius, puisqu’il dit que vers l’an 350 de la fondation de Rome, « aux nones de juin, le soleil fut dérobé aux hommes par la lune et les ténèbres ». Aujourd’hui l’habileté des astronomes et la justesse de leurs calculs vont si loin, qu’à partir de ce jour, indiqué par Ennius et consigné dans les Grandes Annales, ils ont supputé toutes les éclipses de soleil antérieures jusqu’à celle des nones de juillet, arrivée dans le règne de Romulus, et qui répandit sur la terre cette nuit soudaine pendant laquelle le fondateur de Rome, enlevé au monde, subit probablement la loi commune, mais put aux yeux du vulgaire passer pour avoir été ravi au ciel par sa vertu surhumaine.

Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième. Traité De La République. Livre Premier. XVI, avec la traduction en français publiées sous la direction de M. Nisard de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et Cie, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864
(également disponible ici et une édition de 1868 )



VIII. — On raconte un fait analogue dans cette grande guerre où Athènes et Lacédémone luttèrent avec tant de haine.

Périclès, à qui son éloquence, son crédit, son habileté donnaient le premier rang dans sa patrie, voyant les Athéniens frappés de terreur à la suite d’une éclipse de soleil, profita des connaissances puisées à l’école de son maître Anaxagore pour apprendre à ses concitoyens que de semblables effets se répètent, dans un intervalle précis et déterminé, quand la lune est placée toute entière devant l’orbe du soleil, et que, s’ils ne se reproduisaient pas nécessairement à chaque période lunaire, ils ne pouvaient cependant arriver qu’à chaque période.

Cette démonstration raisonnée calma le peuple, car c’était alors une découverte nouvelle, l’obscurcissement du soleil par l’interposition de la lune, et Thalès de Milet en eut, dit-on, la première prescience. Plus tard, notre Ennius n’ignora pas non plus cette loi sidérale, et vers l’an 350 de la fondation de Rome, écrit-il, aux nones de juin, « le soleil fut couvert par la lune et la terre plongée dans les ténèbres. »

Tel est du reste le point auquel sont arrivés aujourd’hui l’art et les calculs astronomiques : depuis cette époque, consignée dans Ennius et les Livres des Pontifes, on a pu compter toutes les éclipses précédentes, en remontant jusqu’à celle des nones de juillets, sous le règne de Romulus, ténèbres au milieu desquelles ce roi, en dépit de notre périssable nature et d’une fin tout humaine, passe pour être monté aux cieux dans l’apothéose de sa vertu.


Cicéron. De La République. Livre Premier. VIII, traduction nouvelle par Victor Poupin, Librairie de la Bibliothèque Nationale, 1911



XVI. — Dans cette guerre acharnée qui mit aux prises Athènes et Lacédémone, Périclès de même, le premier d’entre les citoyens par l’autorité qu’il avait su prendre, par l’éloquence et la clarté de l’esprit, voyant les Athéniens remplis de crainte parce que le soleil avait brusquement disparu et que la nuit s’était faite 1, exposa, dit-on, ce que lui-même avait appris d’ Anaxagore, son ancien maître : qu’à un moment précis et bien déterminé ce phénomène devait se produire nécessairement, la lune recouvrant entièrement le globe solaire. Bien que cela n’arrivât pas toutes les fois que la lune était nouvelle, cela ne pouvait arriver qu’à ce moment-là. En exposant ainsi, en expliquant rationnellement le phénomène, il libéra les âmes de la crainte. C’était alors une théorie nouvelle et encore peu répandue que celle de l’éclipse de soleil par l’interposition de la lune entre cet astre et nous, et c’est Thalès de Milet qui en fut, dit-on, l’un des premiers auteurs. Notre poète Ennuis 2 ne l’ignorait pas, lui qui écrit que l’an trois cent cinquante après la fondation de Rome, aux nones de juin, la lune se trouva devant le soleil et ce fut la nuit. On fait en cette matière des calculs si savants que, partant de cette éclipse relatée par Ennius et dans les grandes annales, on a pu supputer les précédentes éclipses de soleil jusqu’à celle des nones de juillet, sous le règne de Romulus. Ce roi périt alors dans les ténèbres d’une mort naturelle et tout humaine, mais sa vertu, dit-on, le porta au ciel.
1 L’éclipse de soleil dont il s’agit ici, et dont Plutarque fait mention dans la Vie de Périclès, s’est produite dans la deuxième année de la guerre du Péloponnèse (430 av. J.-C.).
2 Ennius avait composé un grand poème en hexamètres sur l’histoire romaine.


Cicéron. De La République. Livre Premier. XIV, XVI NOTES, traduction, notices et notes par Charles Appuhn, GF Flammarion, 1965



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Traité sur la politique romaine, écrit en -52, est le complément d’un précédent traité sur les institutions romaines, le De Republica. Comme Cicéron ne le cite pas dans la liste de ses ouvrages philosophiques 🔄, on ignore si l’ouvrage fut terminé et édité. De plus, son caractère général n’en faisait pas un recueil législatif efficace, tandis que le bouleversement des institutions républicaines le rendait obsolète. Il s’est en grande partie perdu au cours des siècles.



Cicéron aborde le droit positif, ainsi qualifié d’après le latin positum « posé, en place », pour désigner le droit tel qu’il existe réellement. Il établit sa dépendance vis-à-vis de la morale et de la métaphysique. Revenant sur la notion de Loi suprême présentée au Livre I, Cicéron distingue les lois véritables, émanant de la raison divine et conformes à la morale, tandis que les autres ne sont des mesures conventionnelles, variables et parfois injustes.


Témoignage d’une théorie, de Thalès, du Tout plein de dieux.


Texte latin

XI. Melius Græci, atque nostri : qui, ut augerent pietatem in deos, easdem illos, quas nos, urbes incolere voluerunt. Affert enim hæc opinio religionem utilem civitatibus : si quidem et illud bene dictum est a Pythagora, doctissimo viro, tum maxime et pietatem et religionem versari in animis, quum rebus divinis operam daremus; et quod Thales, qui sapientissimus in septem fuit, homines existimare oportere, omnia quæ cernerentur, deorum esse plena; fore enim omnes castiores, veluti qui in fanis essent maxime religiosis. Est enim quadam opinione species deorum in oculis, non solum in mentibus. Eamdemque rationem luci habent in agris. Neque ea, quæ a majoribus prodita est quum dominis, tum famulis, posita in fundi villæque conspectu, religio Larum, repudianda est.
Jam ritus familiæ patrumque servare, id est (quoniam antiquitas proxime accedit ad deos) a diis quasi traditam religionem tueri.
Quod autem ex hominum genere consecratos, sicut Herculem, et ceteros, coli lex jubet, indicat omnium quidem animos immortales esse, sed fortium bonorumque divinos. Bene vero, quod Mens, Pietas, Virtus, Fides consecratur manu : quarum omnium Romæ dedicata publice templa sunt, ut illa qui habeant (habent autem omnes boni), deos ipsos in animis suis collocatos putent. Nam illud vitiosum, Athenis quod, Cylonio scelere expiato, Epimenide Crete suadente, fecerunt Contumeliæ fanum et Impudentiæ. Virtutes enim, non vitia consecrare decet. Araque vetus stat in Palatio, Febris; et altera Esquiliis, Malæ Fortunæ, detestatæque : quæ omnia ejusmodi repudianda sunt. Quod si fingenda nomina, 1 Vicepotæ potius vincendi atque potiundi, Statæ standi, cognominaque Statoris et Invicti Jovis ; rerumque expetendarum nomina Salutis, Honoris, Opis, Victoriæ. Quoniamque exspectatione rerum bonarum erigitur animus, recte etiam a Calatino Spes consecrata est. Fortunaque sit vel Hujusce diei, nam valet in omnes dies; vel Respiciens, ad opem ferendam; vel Fors, in quo incerti casus significantur magis; vel 2 Primigenia a gigendo, 3 Comes. Tum..... ***
Desunt pauca.

  

1 Vulg. hæc leguntur depravata turpiter, Vicepotæ potius vincendi atque potiundi, statassandique cognomina, Statoris et Invicti Jovis. Gôrenz verba illa vincendi, potiundi, et standi, ut glossemata, uncis inclusit. Schütz, suo more, omnino delevit, Nos tantum mutavimus, Gronovio et Davisio ducibus, barbarum verbum statassandi.

2 Primigeniam. ⸺ 3 Al. mss., comestum. Desperatus locus.


Œuvres complètes de M. T. Cicéron. Tome Trente-Deuxième, publiées en français, avec le texte en regard, par Jos.-Vict. Le Clerc, professeur d’éloquence latine à la faculté des lettres, Des Lois, traduction nouvelle, par Ch. de Rémusat. De Legibus Liber Secundus 📜. XI.NOTES Académie de Paris, Chez E. A. Lequien, Librairie, 1826.
(également une édition de 1864 disponible ici et une édition de 1868 )



Traductions

XI. - Plus sages furent les Grecs et nos ancêtres qui, pour augmenter la piété envers les dieux, ont voulu qu’ils habitassent les mêmes villes que nous. Cette opinion inspire aux cités une utile crainte religieuse; selon du moins une belle parole de Pythagore 🔄, cet homme d’un si grand savoir, la piété, la religion n’ont jamais plus d’action dans les âmes que lorsque nous nous appliquons au service des dieux; et Thalès, le plus renommé des sept sages, a dit : « Les hommes devraient être persuadés que tout ce qu’ils voient est plein de dieux; nous en serions plus purs, nous regardant alors comme étant dans le plus saint des sanctuaires 1. » Car, selon une croyance ancienne, les dieux ont une forme sensible aux yeux, ils ne se révèlent pas seulement à l’esprit. Les bois sacrés ont aux champs la même raison d’être. Et il ne faut pas non plus rejeter la tradition, venue des ancêtres, suivant laquelle maîtres et serviteurs rendent un culte aux Lares en vue du champ et de la maison.

Conserver les rites de la famille et des ancêtres, c’est en quelque manière garder une religion transmise par les dieux, car l’antiquité est voisine des dieux.

Quant à ceux d’entre les hommes qui ont été divinisés, comme Hercule et les autres, la loi, en nous ordonnant de les honorer, nous enseigne que, si toutes les âmes sont immortelles, celles des héros sont divines. On a bien fait aussi de consacrer l’Intelligence, la Piété, le Courage, la Bonne Foi; les temples élevés dans Rome à ces vertus font connaître aux gens de bien, qui en sont tous doués, que leur âme est le sanctuaire de la divinité. Les Athéniens en revanche commirent une faute quand, après les cérémonies expiatoires accomplies, sur l’avis du Crétois Epiménide I, pour se laver du sacrilège dont ils s’étaient rendus coupables en poursuivant Cylon 2, ils élevèrent un temple à l’Affront et à l’Impudence 3. Ce sont les vertus, non les vices, qu’il faut consacrer. Sur le mont Palatin se dresse un vieil autel dédié à la Fièvre, un autre sur l’Esquilin à la Fortune 4 mauvaise et maudite; tous les monuments de cette sorte il faut les condamner. Que si l’on veut forger des noms, ce soient plutôt des noms tels que Vicepota de "vincere" et "potiri" (vaincre et se rendre maître), Stata de "stare" (demeurer debout); ou des surnoms tels que Stator et Invaincu donnés à Jupiter; ou encore des noms de choses désirables comme le Salut, l’Honneur, l’Abondance, la Victoire. Comme l’attente d’événements heureux relève le courage, c’est avec raison que Calatinus a consacré l’Espérance 5. J’approuve que l’on consacre la Fortune ou même la Fortune de ce jour, car c’est tous les jours qu’elle peut servir, ou encore la Fortune Respiciens, c’est-à-dire secourable, même le Hasard qui comprend les événements incertains; soit enfin la Fortune Primigénie 6 qui préside à notre génération, la Fortune Compagne. Alors. . . . . . .

Lacune de peu d’étendue.

1. La parole de Thalès à laquelle Cicéron fait allusion paraît bien être le mot connu : πάντα εἶναι πλήρη θεῶν. Il faut observer cependant que cette parole paraît s’accorder mieux avec la manière de voir des Perses qu’avec celle que défend Cicéron.

2. On sait que Cylon, qui avait un moment réussi à s’emparer du pouvoir, prit la fuite, et que ses complices, qui s’étaient réfugiés dans le temple de Pallas, furent massacrés. Une peste désola ensuite Athènes et Solon appela le Crétois Epiménide, dont on vantait la piété, pour purifier la ville.

3. Zénobius II (Proverbium de Impudentia) rapporte que d’après Théophraste IV, il y avait à Athènes des autels dressés à la Violence Ὕϐρις et à l’Impudence Ἀναίδεια.

4. La fièvre n’est pas rare, on le sait, dans la vallée du Tibre et les Romains lui avaient, pour s’en garantir, dressé un autel. La Mauvaise Fortune avait son temple évidemment pour la même raison.

5. A. Atilius de Calatie, consul en 258 et 254 avant J.-C., dictateur en 249, remporta une victoire sur les Carthaginois et obtint les honneurs du triomphe.

6. Le Hasard avait son temple au-delà du Tibre, la Fortune Primigénie, c’est-à-dire première-née, en avait un bâti, selon Plutarque, par Servius, au Capitole et un autre sur le mont Quirinal.


Cicéron. Des Lois. Livre Deuxième. XI.NOTES, traduction, notices et notes par Charles Appuhn, GF Flammarion, 1965
(également disponible ici)



XI. Les Grecs et nos pères ont mieux fait : pour augmenter la piété envers les dieux, ils ont voulu qu’ils fussent habitants des mêmes villes que nous. Cette opinion introduit en effet dans la cité même, la religion qui lui est si utile, selon le sens du moins de cette parole du savant Pythagore, que jamais la piété et la religion ne remplissent plus les âmes que lorsque nous sommes occupés du service divin ; et de cette autre de Thalès, le plus sage des sept sages, qu’il faut que les hommes pensent que tout ce qui frappe les regards est rempli des dieux, et qu’alors ils deviendront plus chastes, comme s’ils étaient toujours dans le plus sacré des temples ; car, suivant une certaine croyance, les dieux n’apparaissent pas seulement à l’esprit, ils ont une présence 1. Les mêmes raisons nous font placer aux champs les bois sacrés 2 ; et ce culte, transmis par nos aïeux, tant aux maîtres qu’aux serviteurs, qui se célèbre en vue du champ et de la maison, ce culte des Lares ne doit pas être oublié.

Garder les rites de sa famille et de ses pères, c’est garder une religion pour ainsi dire de tradition divine ; car l’antiquité se rapproche des dieux.

Quand la loi prescrit le culte de ceux d’entre les hommes qui ont été sanctifiés, comme Hercule et les autres, elle indique que si les âmes de tous sont immortelles, celles des bons et des forts sont divines 3. Il est bien que la raison, la piété, la force, la foi, soient consacrées par l’homme : ainsi Rome leur a dédié des temples, afin que ceux qui les possèdent (et tout homme de bien les possède) croient que leur âme est habitée par des dieux 4. Ce qui est mauvais, c’est ce qu’on fit à Athènes, lorsque après l’expiation du crime de Cylon 5, sur le conseil d’ Épiménide de Crète, on éleva un temple à l’Affront et à l’Impudence ; ce sont les vertus et non les vices qu’il faut consacrer. Un autel antique est dressé, sur le mont Palatin, à la Fièvre ; un autre, sur l’Esquilin, à la Fortune mauvaise et maudite : tous les monuments pareils doivent être proscrits. S’il faut inventer des surnoms, il faut plutôt en choisir qui expriment la victoire et la conquête, comme Vicepota 6 ; l’immutabilité, comme Stata ; ou des surnoms tels que ceux de Jupiter Stateur et Invaincu ; ou bien que ce soient les noms de choses désirables, comme le salut, l’honneur, le secours, la victoire. Ainsi, comme l’attente des biens relève les courages, Calatinus a eu raison d’élever un temple à l’Espérance 7. La fortune aussi peut en avoir, soit la Fortune de ce jour 8 car ce titre peut se rapporter à tous les jours ; soit la Fortune Respiciens, c’est-à-dire secourable ; soit celle du hasard, qui regarde plutôt les événements incertains ; soit la Fortune Primigènie, qui préside à la naissance ; soit la Fortune compagne, ou......

Lacune.
1. — XI. Pythagore disait que les hommes deviennent meilleurs lorsqu’ils s’approchent des dieux (Plut., de Sperst.(169e), et de Orac. defect.[7]); ou, selon la version de Sénèque, qu’ils changent d’esprit en entrant dans un temple, en voyant de près l’image des dieux, en écoutant un oracle (Epist. 94[116]). Suivant Thalès, le monde était animé et plein des dieux (Diog. Laert., I, 27) ici traduit par dieux, mais aussi par esprits et âmes. L’interprétation que Cicéron donne de leur pensée n’est pas incontestable; elle est entachée d’idolâtrie. (Wagner.)

2.Ibid. On comprend peu comment la même raison fait placer les temples dans les villes, et les bois sacrés dans les campagnes : c’est sans doute pour que les habitants des campagnes comme ceux des villes aient à leur portée un lieu d’oraison et de recueillement. Ces bois étaient de simples bocages : aussi, malgré Cicéron, il y en eut toujours dans les villes; c’étaient comme les jardins des temples.

3.Ibid. Ceci est plus poétique que philosophique. Cette distinction des âmes immortelles et des âmes divines n’est point réelle, ou n’est pas assez certaine pour être affirmée. Il y a dans cet ouvrage même des principes qui la combattent. Cicéron revient souvent à cette idée, qui ressemble à la doctrine du petit nombre des élus, mais qui n’a point l’appui des mêmes arguments; et il est permis de n’y voir qu’une concession aux croyances de son temps, et une illusion du vainqueur de Catilina, qui espérait que les sauveurs de la patrie seraient admis parmi les dieux indigètes. (Nat. des Dieux, II, 24XXIV. ; Devoirs, III, 5. ; Républi., VI, 7VII. ; Lactance, I, 15CAPUT XV., etc.)

4. — XI. Les temples de toutes ces vertus existaient en effet à Rome (Nat. des Dieux, II, 23XXIII.). Lactance blâme l’approbation donnée par Cicéron à ce culte allégorique, qui lui parait propre à substituer l’adoration des vertus déesses à l’amour des vertus pratiques. « C’est la vertu, dit-il, qu’il faut honorer, et non son image » (I, 20CAPUT XX.). Turnèbe veut placer ici une phrase que Lactance rapporte, et que l’on trouvera parmi les Fragments ; il y est question des statues de l’Amour que l’on voyait dans les gymnases grecs : c’est évidemment à cette idée qu’elle se rapporte ; mais placée au lieu indiqué par Tunèbe, elle se lierait difficilement à ce qui précède, et donnerait lieu de supposer une lacune plus étendues.

5.Ibid. Cylon, athénien, vainqueur aux jeux olympiques, s’était emparé, par l’ordre d’un oracle, de la citadelle. Assiégé par les Athéniens, et réduits à la famine, il parvint à s’évader avec son frère, et ses compagnons se réfugièrent en suppliants au pied de l’autel qui était dans l’Acropole ; ceux à qui la garde en fut confiée les séduisirent par des fausses assurances, et les immolèrent, ainsi que quelques autres qui s’étaient retirés près de l’autel des Euménides (Thucydide, I, 126CXXVI.). Pour expier ce crime, on fit venir de Crète Épiménide, dix ans avant la guerre Persique (Platon, Lois, I ; Diog. L., I, 110), et des autels furent élevés à l’Affront et à l’Impudence. Il parait qu’Épiménide consacra ces autels dans la même intention que le roi Tullus avait élevé des temples à la Pâleur et à la Peur, non pour les adorer, mais pour les apaiser et détourner leurs coups (liv. I, 27 XXVII.(7)). La même observation doit s’appliquer aux autels de la Fièvre et de la mauvaise Fortune (Nat. des D., III, 25 XXV.).

6. — XI. On trouve Vicepota ou Vicapota, dans Tite Live, II, 7, et la déesse Stata, dans Festus. L’origine du titre Stator est connue (Tite Live, I, t2 XII. ; Ovid., Fast., VI, V. 793§§791-794). Il y parle aussi de celui d’Invictus (Ibid., v. 650§§649-650).

7.Ibid. Il y avait à Rome des temples érigés au Salut, sur le Quirinal (ad Att., IV, I ; Plin., H. N. XXXV, 4 VII.); à l’Honneur (Tite Live, XXVII, 25 XXV.); au Secours (Varr., de Ling. lat., IV, 10 ; Macr., Sat. I, 10 X., XII.); à la Victoire, à l’Espérance (Nat. des D., II, 23 XXIII.), etc.

8.Ibid. Le temple de la Fortune de ce jour avait été dédié par Q. Catulus, à l’époque de la guerre des Cimbres, en 651📚 ; celui de la Fortune Respiciens était auprès du temple de Jupiter vainqueur (Plut., Quest. Rom.)§74. Servius Tullius invoqua le premier, la Fortune du hasard, dont le temple, situé près du Tibre, fut réparé par Carvilius, pendant la guerre de Toscane (Tite Live, X, 46 XLVI. ; Ovid., Fast., VI, V. 773 §§771-784). Le temple de la Fortune primigénie, déesse de la naissance, fut aussi voué par le même roi, et plus tard par P. Sempronius, pendant la deuxième guerre Punique (Tiv., xxxiv, 53 ; XLIII, 13)XXXVI.. L’épithète de Comes, compagne, était aussi un surnom divin de la Fortune ; mais en cet endroit le texte est interrompu et peut-être altéré.

Œuvres complètes de M. T. Cicéron. Tome Trente-Deuxième, publiées en français, avec le texte en regard, par Jos.-Vict. Le Clerc, professeur d’éloquence latine à la faculté des lettres, Des Lois, traduction nouvelle, par Ch. de Rémusat. De Legibus Liber Secundus. XI.NOTES Académie de Paris, Chez E. A. Lequien, Librairie, 1826.
(également une édition de 1864 disponible ici 📚 et une édition de 1868 )



M. [...] Les Grecs & nos Romains après eux ont pensé plus raisonablement , quand , pour affermir la piété que nous devons avoir pour les Dieux , ils ont voulu qu’ils eussent leur habitation dans les Villes de même que les hommes : car cette opinion nourrit la Religion & fait un très bon effet dans la société ; puisque selon cette belle parole de 1 Pythagore , la piété & la religion ne font jamais tant d’impression sur l’esprit que lorsque nous sommes occupez du service divin ; & que suivant 2 Thales le plus renommé des sept Sages , nous devons être persuadez que tout est plein de Dieux ; parceque ne les perdans point de vûe & nous considérans comme dans des temples , nous serons toûjours plus retenus & plus religieux : car il ne faut pas croire que les hommes se bornent à l’idée toute spirituelle de la divinité , suivant certaine opinion , 3 ils s’en font une image visible.

Les 4 Bois Sacrez doivent être conservez par la même raison qne les temples.

Le culte 5 que maîtres & domestiques nous rendons au Lares à la vûe de nos maisons de campagne & dans les 6 carrefours de nos Domaines , est une institution de nos ancêtres que nous ne devons point rejetter.

Pour ce qui est des 7 cérémonies propres à chaque famille , & que nous avons recues de nos péres , ce ne nous est pas une moindre obligation de les garder , que si nous les tenions des Dieux mêmes ; puisque ceux qui nous les ont transmises étoient assez proches d’eux pour les avoir reçues de leurs mains.

Quand la Loi nous ordonne de rendre les honneurs divins à ceux d’entre les 8 hommes que nous avons consacrez , comme Hercules & les autres ; il faut entendre qu’à la vérité les ames de tous les hommes sont immortelles , mais que celles des Héros sont divines.

À la bonne heure que l’Intelligence , le Courage , la Fidélité , la Religion ayent des temples , comme 9 ces vertus en ont toutes dans Rome , afin que les gens de bien , qui constament en sont douez , puissent penser qu’ils sont les temples vivans de ces divinitez. 10

Mais , ce qui n’est pas supportable , c’est qu’à Athênes on ait élevé un temple à l’Ignominie & à l’Impudence ; comme on fit à l’instigation d’Epiménides de Crete , après que l’on eût expié 11 le crime de Cylon : car s’il est à propos de consacrer les vertus , il est indigne que l’on fasse le même honneur aux vices. Ainsi cet ancien 12 Autel dédié à la Fiévre sur le mont Palatin , un autre à la mauvaise Fortune sur l'Esquilin , & tout autant qu’il se trouvera de monumens semblables , doivent être regardez avec exécration.

Mais si nous voulons forger des noms à l’envi des Poétes , que ce soit plûtôt dans le sens de vaincre , de recueillir les fruits de la victoire , 13 d’arrêter une déroute , tels que sont ceux de Stateur & d’Invaincu que nous avons donnez à Jupiter ; & que ces noms se rapportent à des 14 choses desirables , comme le salut , l’honneur , le secours , & la victoire , puisque l’attente des bonnes choses peut servir à nous relever le courage. Nous ne trouverons donc pas mauvais que Calatinus ait consacré l’Espérance , nous passerons à un autre qu’il ait divinisé la Fortune , ne fût - ce que de ce jour , aussi bien sa puissance s’étend sur tous les jours , à un autre la fortune secourable , à celui -ci le hasard qui préside aux événemens imprévus , à celui là la fortune primitive qui nous accompagne depuis le commencement de notre vie ,

1. Pythagore ] Chef de la secte dite Italique , étoit de Samos , & vivoit vers l’an 534 avant J.C. Il faisoit sa demeure ordinaire à Crotone , Métapont , & Tarente. Il excella particulièrement dans les Mathématiques , & fut le premier des Philosophes qui soutint l’immortalité de l’ame. Il mourut l’an 497 ou 98 avant J.C.
2. Thales ] le premier des sept Sages de la Gréce , Auteur de la secte Ionienne , ainsi nommée à cause de Milet en Ionie sa patrie. Il mourut âgé de 90 ans ou environs vers l’an 545 avant notre Ere.
3. Ils s’en font une image visible. ] L’ascendant qu’à sur nous notre imagination , & l’habitude où nous sommes de nous représenter les êtres corporels , fait que quoique Dieu ne puisse être l’objet que de notre entendement , cependant nous ne laissons pas de nous en faire une idée , sous laquelle nous l’appercevons , non pas tel qu’il est , mais tel que cette faculté inquiéte , & qui cherche à se fixer dans la contemplation de l’infini , se le peut figurer par la soustraction des matérialitez.
4. Bois Sacrez. ] Les Romains n’ont pas été les seuls qui ayent eu une vénération particulière pour les bois. Tout le monde sçait que ce fut une occasion de scandale qui subsista longtems parmi le peuple chéri de Dieu , & que les meilleurs Rois de Juda eurent bien de la peine à déraciner cette superstition du cœur de ce peuple.
5. Culte que nous rendons aux Lares. ] Les fêtes à l’honneur des Lares étoient marquées dans le Calendrier au second de Mai. On ne laissoit pas cependant de les célébrer à plusieurs reprises suivant l’ordre qui en étoit donné par les Prêtres ou le Préteur. Elles s’appelloient Compitales du mot latin qui signifie carrefour , lieu où elles se célébroient par les Esclaves , qui jouissoient pendant ce tems-là d’un intervalle de liberté. La part que prenoient les Maitres dans ces sacrifices étoit marquée par autant de figures de cire & de laine , qu’il y avoit de personnes de condition libre dans la famille. On faisoit aussi des Jeux , dont les Maitres Voyers avoient l’Intendance ; ils furent instituez par Servius Tullius. On en peut voir l’histoire dans Pline l.36. c.LXX c. 27. Macrob. c. 7. Sat. l. I. fin Chap. VII.
6. Carrefours. ] Les Romains ne bâtissoient pas des Temples à leurs Divinitez indifféremment en tous lieux ; ils en consacroient aux uns dans l’enceinte de la Ville , aux autres à la campagne , à ceux-ci dans les carrefours , à ceux-là sur les montagnes. Rosin.
7. Cérémonies propres à chaque famille. ] Il y avoit des fêtes particulières & propres aux familles. Les familles Claudia , Emilia , Julia , Cornelia , avoient les leur. Elles avoient aussi leurs Liturgies. Macrob. I. Sat. c. 16. §2 Chap. XVI.
8. Hommes consacrez. ] Cicéron fait trois classes de Divinitez ausquelles se doit rapporter le culte des Romains. La première des Dieux qui ont été de tout tems ; la féconde des Dieux qui le sont devenus par leurs grandes actions ; & la troisième des Vertus divinisées , qui sont comme les degrez par où l’on s’éléve au Ciel. Les Dieux dont il s’agit ici sont de la seconde classe , & on les appelloit Indigetes.
9. Temples des Vertus. ] Ces Vertus avoient chacune des Temples & des Autels ; l’Esprit dans le Capitole , consacré par T. Otacilius [22,10] §2 (10) ; la Piété par M. Acilius Glabrio c.[34] §[5] ; la Valeur par Scipion le Numantin fin de page, « hardiesse » ; la Vertu & l'Honneur par Marcellus Plut. dlFdR. §[5] Plut. VdHI. [28] XXXVIII. ; & la Fidélité par Numa T-L. AUC. l.I. c.XXI. (4). Cic. 2. de nat. Deor. XXIII.
10. Divinitez . . . mais ce qui n’est pas supportable. ] Turnébe croit qu’il faut rapporter ici un fragment cité par Lactance , ID. l.I. c.20. §9 » Cicéron , dit-il ,
» nous apprend que la Gréce fit une
» entreprise bien grande & bien ha-
» zardeuse lorsqu’elle consacra des re-
» présentations de Cupidons & d’A-
» mours dans ses lieux d’éxercice. Il
» flatte Atticus , mais en le flattant il
» se moque de lui ; car il ajoûte que
» s’il sied bien d’avoir de la vénéra-
» tion pour les Vertus , il ne convient
» nullement de respecter les vices.
Ce fragment ne rempliroit pas toute la lacune.
11. Le crime de Cylon. ] Cylon voulut s’emparer de la Citadelle d’Athênes pendant les Jeux Olympiques 600 ans avant J.C. mais son entreprise n’ayant pas réussi , il fut obligé de prendre la fuite avec son frére. Ses complices se voyans abandonnez, cherchérent un asile à l’Autel de Minerve : cependant Mégacles leur ayant persuadé de comparoir en Jugement pour se défendre de l’accusation , en leur conseillant néanmoins pour plus grande sûreté de tenir toujours le bout d’un filet , dont l’autre extrémité seroit attachée à la Statue de la Déesse , le malheur voulut que le filet se rompît : ce qui donna lieu au perfide Mégacles & aux gens qu’il commandoit de les massacrer. Ce violement d’asile attira beaucoup de malheurs sur les Athéniens ; pour remédier ausquels , outre les autres mesures que l’on prit , on fit venir de Créte le Philosophe Epimenides , qui étoit en réputation d’avoir des secrets admirables pour les expiations , & qui fut le premier qui s’avisa de purifier la ville & les campagnes. Thucidid. HdlGdP. l.I. c.CXXVI. Herod. l.5. c.LXXI. Plutarq. Vie de Solon [12] XIV.
12. Autel dédié à la Fiévre. ] Selon Val. Maxime A&PM. l.2. c.V. §6. , la Fiévre avoit trois temples à Rome. Elle étoit de ces Divinitez qu’on n’honoroit pas pour qu’elles fissent du bien , mais pour qu’elles fissent moins de mal.
13. D’arrêter une déroute. ] Statassandi est un mot si extraordinaire , qu’il faudroit , comme dit Turnebe , un Oedipe pour le deviner. Je l’ai traduit comme un équivalent de Stare faciendi , ou de sistendi. D’où vient le surnom que Romulus donna à Jupiter , dans le tems qu’entraîné lui-même par la déroute des siens , il voyoit les Sabins déjà maîtres de la Citadelle , prêts à s’emparer du peu de terrain qui restoit aux Romains. M. Attilius Regulus fit un semblable vœu dans la guerre contre les Samnites T-L. AUC. l.X. c.XXXVI.. On l’honoroit aussi jupiter sous le nom d'invaincu 📚. Ovid. Fast. l.6. §§791-794
14. Choses desirables. ] Le Salut , l’Honneur , le Secours , la Victoire , & l’Espérance , avoient leurs Temples à Rome. Mais il n’y avoit aucune de ces choses desirables qui fût révérée en tant de façons que la Fortune. Ancus Martius quatriéme Roi de Rome , fut le premier qui lui bâtit un Temple : & il ne se contenta pas de la diviniser , il lui fit changer de séxe , le Temple qu’il lui consacra étant sous le nom de la Fortune virile Plut. dlFdR. §[5]. Serv. Tullius suivit son éxemple , & bâtit plusieurs Temples à la Fortune sous divers noms , & entre autres de primigénie ou de primitive , comme je l’ai traduit , à laquelle P. Sempronius Consul en voua aussi un pendant la deuxième Guerre Punique 📚 T-L. AUC. l.XXXIV. c.LIII. §[5]. Q. Catulus pendant la guerre contre les Cimbres voua un Temple à la Fortune de ce jour 📚 Plut. lVdM. c.27.. Le Temple de la Fortune secourable étoit auprès de celui de Jupiter vainqueur ; & celui de la Fortune du hazard , fondé anciennement par Serv. Tullius sur le bord du Tibre , fut rebâti depuis par Carvilius pendant la guerre de Toscane. Outre ces Temples il y avoit encore ceux des Fortunes obsequens , privata , publica , viscosa , parva , mascula , barbata , bona spei , averrunca , blanda , convertens , virgo , dubia , plebeia , muliebris , equestris , seia , mammosa , redux. Rosin ARCA. l.2. c.16.
Traité Des Lois, de Cicéron., traduit par Monsieur Morabin. Livre Second. pp.177-183.NOTES. Chez Jean Mariette, Librairie, 1719.



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Dialogue philosophique de Cicéron, publié en -44 qui traite des divers procédés de divination connus et pratiqués à son époque. Cet ouvrage constitue avec De natura deorum et De fato une trilogie d’ouvrages traitant du sacré et des pratiques et phénomènes qui lui sont liés. Cicéron y analyse avec scepticisme les diverses formes de la divination et critique les théories des stoïciens II qui la défendent.



Le frère cadet de Cicéron, Quintus Tullius Cicero I, présente les diverses formes de divination selon la classification traditionnelle énoncée depuis Homère 🔄 et Platon, qui distingue la divination « artificielle », faite par des techniciens selon des rites institutionnalisés, et la divination « inspirée » dite aussi « naturelle » selon la terminologie introduite par Cicéron. Quintus s’étend longuement sur la forme de divination naturelle qui procède des rêves prémonitoires, manifestation selon les stoïciens ⤴️ d’une inspiration de l’âme humaine recevant un message divin.


Chapitre XLIX.
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Récits de la spéculation de Thalès sur l’abondance d’olives, en achetant toute la récolte de Milet avant que les oliviers ne soient en fleurs, et de la première prédiction d’une éclipse solaire sous le règne d’Astyage (en) 🔄.


Textes latin

XLIX. Sed ut, unde huc digressa est, eodem redeat oratio: si nihil queam disputare quam ob rem quidque fiat, et tantum modo fieri ea quae commemoraui doceam, parumne Epicuro Carneadiue respondeam? Quid si etiam ratio exstat artificiosae praesensionis facilis, diuinae autem paulo obscurior? Quae enim extis, quae fulgoribus, quae portentis, quae astris praesentiuntur, haec notata sunt obseruatione diuturna; adfert autem uetustas omnibus in rebus longinqua obseruatione incredibilem scientiam; quae potest esse etiam sine motu atque impulsu deorum, cum quid ex quoque eueniat et quid quamque rem significet crebra animaduersione perspectum est. Altera diuinatio est naturalis, ut ante dixi; quae physica disputandi subtditate reuerenda est ad naturam deorum, a qua, ut doctissimis sapientissimisque placuit, haustos animos et libatos habemus; cumque omnia completa et referta sint aeterno sensu et mente diuina, necesse est cognatione diuinorum animorum animos humanos commoueri. Sed uigìlantes animi uitae necessitatibus seruiunt diiunguntque se a societate diuina uinclis corporis impediti. (Rarum est quoddam genus eorum qui se a corpore àuocent et ad diuinarum rerum cognitionem cura omni studioque rapiantur). Horum sunt auguria non diuini impetus, sed rationis humanae; nam et natura futura praesentiunt, ut aquarum eluuiones et deflagrationem futuram aliquando caeli atque terrarum; alii autem in re publica esercitati, ut de Atheniensi Solone accepimus, orientem tyrannidem multo ante prospiciunt. Quos prudentes possumus dicere, id est prouidentes, diuinos nullo modo possumus, non plus quam Milesium Thalem, qui, ut obiurgatores suos conuinceret ostenderetque etiam philosophum, si ei commodum esset, pecuniam facere posse, omnem oleam, ante quam florere coepisset, in agro Milesio coemisse dicitur. Animaduerterat fortasse quadam scientia olearum ubertatem fore. Et quidem idem primus defectionem solis, quae Astyage regnante facta est, praedixisse fertur.

De Divinatione. Liber Primus. XLIX, avec la traduction nouvelle de Charles APPUHN, Classiques Garnier, 1936



XLIX. Sed unde huc digressa est, eodem redeat oratio. Si nihil queam disputare, quamobrem quidque fiat; et tantummodo, fieri ea, quæ commemoravi, doceam : parumne Epicuro Carneadive respondeam ? Quid, si etiam ratio exstat artificiosæ præsensionis, facilis ; divinæ autem, paullo obscurior ? Quæ enim extis, quæ fulguribus, quæ portenlis, quæ astris præsentiuntur, hæc notata sunt observatione diuturna. Affert autem vetustas omnibus in rebus longinqua observatione incredibilem scientiam; quæ potest esse etiam sine motu atque impulsu deorum, quum, quid ex quoque eveniat, et quid quamque rem significet, crebra animadversione perspectum est. Altera divinatio est naturalis, ut ante dixi : quæ physica disputandi subtilitate referenda est ad naturam deorum; a qua, ut doctissimis sapientissimisque placuit, haustos animos et libatos habemus : quumque omnia completa et referta sint æterno sensu, et mente divina, necesse est cognatione divinorum animorum animos humanos commoveri. Sed vigilantes animi vitæ necessitatibus servinnt, dijunguntque se a societate divina, vinctis corporis impediti. Rarum est quoddam genus eorum, qui se a corpore avocent, et ad divinarum rerum cognitionem cura omni studioque rapiantur. Horum sunt auguria non divini impetus, sed rationis humanæ. Nam et, natura futura præsentiunt, ut aquarum fluxiones, et deflagrationem futuram aliquando cœli atque terrarum. Alii autem, in republica exercitati, ut de Atheniensi Solone accepimus, orientem tyrannidem multo ante prospiciunt; quos prudentes possumns dicere, id est, providentes, divinos nullo modo possumus, non plus, quam Milesium Thalem, qui, ut objurgatores suos convinceret, ostenderetque, eliam philosophum, si ei commodum esset, pecuniam facere posse, omnem oleam, antequam florere cœpisset, in agro Milesio coemisse dicitur. Animadverterat fortasse quadam scientia, olearum ubertatem fore. Et quidem idem primus defectionem solis, quæ, Astyage regnante, facta est, prædixisse fertur.

Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième. De Divinatione. Liber Primus. XLIX 📚 📜, avec la traduction en français publiées sous la direction de M. Nisard de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et Cie, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864
(également disponible ici, une édition de 1868 ainsi qu’une autre publication de 1826 là encore)



Traductions

XLIX. Je reviens maintenant à mon point de départ : s’il est vrai que je ne puis donner aucune explication plausible des exemples de divination que j’ai rapportés, n’ai-je donc rien répondu à Épicure I ou à Carnéade II en montrant qu’il y a eu bien réellement divination? J’ajouterai que la méthode suivie dans la divination scientifique se justifie aisément, s’il faut reconnaître que la connaissance anticipée de l’avenir quand elle repose sur l’inspiration divine, a quelque chose de plus mystérieux. Quand la prédiction se fait par l’examen des entrailles, des fulgurations, des prodiges, des astres on s’appuie sur de longues observations antérieures. Or en toute matière une expérience ancienne est une garantie d’une valeur inestimable et la connaissance de l’avenir par ces procédés n’implique même aucune action particulière des dieux, aucune impulsion donnée par eux : on sait, pour l’avoir souvent éprouvé, quel événement annonce tel signe déterminé; on sait aussi, quand on attend quelque chose, quel fait précurseur doit en précéder la venue. L’autre sorte de divination est, comme je l’ai déjà dit, naturelle et, suivant les physiciens qui usent pour le montrer d’arguments valables pour les seuls philosophes, elle se rapporte à la nature des dieux : les plus savants et les plus sages des hommes ont montré que nos âmes en sont une émanation, qu’elles ont leur source dans cette nature. La raison éternelle et l’intelligence divine sont partout, rien n’arrive et n’existe que par elles, il faut donc bien qu’en vertu de leur parenté avec l’esprit divin, les âmes humaines participent en quelque manière à ce qui doit arriver et le ressentent. Seulement pendant la veille elles vaquent aux nécessités de la vie et, empêchées qu’elles sont par les liens qui les attachent aux corps se retirent du commerce qu’elles pourraient avoir avec les dieux. Rares sont les hommes qui, rompant avec le corps, n’ont souci que des choses divines et s’appliquent de toute leur ardeur à les connaître. Les prédictions de ceux-là ne sont point l’effet d’un transport divin mais attestent la puissance de la raison humaine; ils prévoient par des moyens naturels certains événements à venir, les inondations, l’embrasement dans un long temps du ciel et des terres. D’autres, vétérans de la politique, sont renseignés sur les destins futurs de l’État, c’est ainsi que Solon 🔄, d’après ce que nous savons, a vu par avance la tyrannie se lever sur Athènes. De tels hommes nous pouvons les appeler des calculateurs prudents, c’est-à-dire prévoyants, ce ne sont nullement des devins, non plus que Thalès de Milet qui, pour confondre les railleurs et leur montrer qu’un philosophe pouvait, s’il le jugeait bon, gagner de l’argent, avait acheté, dit-on, avant la floraison des oliviers toute la récolte d’huile du territoire milésien. Ses observations lui avaient permis de reconnaître qu’elle serait abondante. C’est le même Thalès qui passe pour avoir, le premier, prédit une éclipse de soleil, celle qui eut lieu sous le règne d’Astyage 🔄.


De Divinatione. Liber Primus. XLIX, avec la traduction nouvelle de Charles APPUHN, Classiques Garnier, 1936



XLIX. Mais revenons à l’objet de ce discours. Si, ne pouvant dire pourquoi chacune de ces choses est arrivée, je puis du moins prouver qu’elles sont arrivées , est-ce répondre faiblement à Épicure et à Carnéade ? Mais j’ose dire même que, s’il est difficile de rendre compte de la divination naturelle, l’artificielle peut être aisément expliquée. Les prédictions fournies par l’inspection des entrailles, par les foudres, par les prodiges et par les astres, sont fondées sur une longue observation. Or, en toutes choses, le temps et l’étude sont la source des connaissances les plus merveilleuses; on peut les acquérir même sans l’entremise et l’inspiration des dieux, lorsqu’on a observé à plusieurs reprises les effets de chaque chose, et ce qu’elle signifie. La divination naturelle peut, de son côté, par des raisons physiques, être rapportée à la nature des dieux, de laquelle, selon l’opinion des hommes les plus sages et les plus instruits, nos âmes sont émanées, et qui, remplissant tont d’une intelligence éternelle et d’un esprit céleste, doit nécessairement faire sentir quelquefois à l’âme humaine l’influence de cette parenté divine. Mais, pendant la veille, nos âmes sont asservies aux besoins du corps, et se trouvent éloignées, par les liens qui les enchaînent, du commerce de la divinité. Il n’y a qu’un petit nombre de mortels qui, se détachant en quelque sorte de leur corps, s’élèvent de toute la force de leur âme à la connaissance des choses supérieures à l’homme. Le talent qu’ils ont de lire dans l’avenir ne vient point immédiatement des dieux, mais de leur propre raison 1; et c’est la nature même qui leur montre d’avance les déluges, et l’embrasement futur du ciel et de la terre. D’autres, appliqués au gouvernement des états, prévoient de loin, comme Solon, la naissance de la tyrannie 2. Nous pouvons les appeler prudents, c’est-à-dire prévoyants; mais nous ne pouvons non plus leur donner le nom de devins qu’au philosophe Thalès, qui, prévoyant qu’il y aurait une grande abondance d’olives dans le territoire de Milet, et voulant faire voir à ceux qui lui reprochaient son indifférence pour la fortune, qu’il ne tenait qu’à un philosophe de s’enrichir, acheta toute la récolte des oliviers avant qu’ils fussent en fleurs 3. On dit aussi qu’il prédit le premier une éclipse de soleil, qui eut lieu sous Astyage. 4

1 Voy. Maxime de Tyr, Dissertat. XIX, c. 5, saint Augustin, de Divin. dæmon., c. 4, etc. Davies.—— 2 Celle de Pisistrate.—— 3 Voy. la Politique d’Aristote, I, 11, et les auteurs cités par Ménage sur Diogène Laërce, I, 26.—— 4 Hérodote, I, 74, 103, etc.

Œuvres complètes de M. T. Cicéron. Tome Trente-Unième. De Divinatione. Livre Premier. XLIX, publiées en français, avec le texte en regard, par Jos.-Vict. Le Clerc, professeur d’éloquence latine à la faculté des lettres, Académie de Paris, Chez E. A. Lequien, Librairie, 1826.



XLIX. Mais revenons au point même où nous avons commencé à nous écarter de notre sujet. Si, ne pouvant prouver pourquoi ces choses arrivent, je démontre seulement que leur existence est certaine, n’aurai-je pas répondu victorieusement à Épicure et Carnéade ? J’ose même dire, tout en avouant que la cause de la divination naturelle est plus obscure, qu’il est facile d’expliquer la divination artificielle. On a noté au moyen d’observations continues ce que présagent les entrailles, les fulgurations, les prodiges et les astres. Toute observation prolongée pendant des siècles arrive à des résultats merveilleux, résultats que l’on peut obtenir sans le secours et l’inspiration des Dieux, si on examine assiduement ce que signifie chaque chose en notant l’événement qui la suit. Vient ensuite la divination naturelle, comme je l’ai dit, qui peut, par des raisons physiques, être rattachée à la nature des Dieux. Et comme, selon l’opinion des hommes les plus savants et les plus sages, nos âmes ne sont qu’une émanation de cette nature divine, et que d’ailleurs tout ici-bas est rempli de cet esprit divin et éternel, il est nécessaire que nous ressentions les effets de cette parenté avec les Dieux. Mais pendant la veille nos âmes, asservies par les nécessités de la vie, s’isolent de cette société divine, enchaînées par des liens matériels. Combien est petit le nombre de ceux qui se séparant, pour ainsi dire, de leurs corps, consacrent tous leurs soins à la connaissance des choses divines ! La science augurale de ceux-là n’est point le résultat d’une inspiration divine, mais un effort de la raison humaine : c’est la nature qui leur dévoile l’avenir, et qui leur fait prévoir les inondations, et les embrasements futurs du ciel et de la terre. D’autres, appliqués au gouvernement des Etats, pressentent longtemps d’avance, comme l’Athénien Solon, la naissance de la tyrannie. Plaçons ces derniers parmi les hommes prudents, c’est-à-dire prévoyants, mais ne leur donnons point le titre de devins, pas plus qu’à Thales de Milet qui, pour réduire au silence ses détracteurs, et leur prouver que, quoique philosophe, il pourrait s’enrichir si cela lui plaisait, acheta toute la récolte des oliviers du territoire de Milet avant qu’ils fussent en fleurs. Grâce à ses connaissances, il avait sans doute prévu qu’il y aurait abondance d’olives. On rapporte aussi qu’il annonça le premier l’éclipse de soleil qui eut lieu sous le règne d’ Astyage.

Œuvres complètes de Cicéron. Tome Quatrième. De Divinatione. Liber Primus. XLIX 📚, avec la traduction en français publiées sous la direction de M. Nisard de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et Cie, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864
(également disponible ici, une édition de 1868 ainsi qu’une autre publication de 1826 là encore)



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Traité philosophique, écrit en -45 et dédié à Brutus II, un ami de Cicéron, qui présente et oppose les visions théologiques des différents courants philosophiques grecs présents à Rome : le stoïcisme, l’épicurisme et l’académisme sceptique, en trois livres.



Cicéron est invité chez Cotta I, un pontife Ibid. c.XXII., où il retrouve C. Velléius, un épicurien, et Q. Lucilius Balbus (en), un partisan des stoïciens ⤴️ Ibid. c.VI.. Cotta lui-même est un académicien sceptique, et il informe Cicéron qu’ils discouraient sur la nature des dieux. Ibid. c.VII. Velleius avait exposé les sentiments d’Épicure ⤴️ sur le sujet, et est invité à poursuivre ses arguments après avoir récapitulé ce qu’il avait déjà dit. Son discours se compose de trois parties : une attaque générale contre la cosmologie platonicienne 🔄 et stoïcienne ; une revue historique des premiers philosophes; et une exposition de théologie épicurienne. Le but est pour Velleius de montrer que l’idée épicurienne de Dieu comme un être parfaitement heureux, éternel, doué de raison et sous forme humaine, est la seule tenable, et les autres opinions divergentes sont considérées comme la preuve de leur inutilité. Dans la suite du livre, Cotta attaque les positions de Velleius en ce qui concerne la forme des dieux, et leur exemption de la création et de la providence.


Témoignage par C. Velléius d’une théorie, de Thalès, sur l’eau principe de toutes choses, dont la nature des dieux est l’intelligence qui façonne ces choses à partir de l’eau.


Texte latin

X. Qui verò mundum ipsum animantem, sapientemque esse dixerunt, nullo modo viderunt animi naturam, intelligentes in quam figuram cadere posset : de quo dicam equidem paulò pòst. Nunc autem hactenus admirabor eorum tarditatem, qui animantem, immortalem, et eumdem beatum, rotundum esse velint, quòd eâ formâ ullam neget esse pulchriorem Plato. At mihi vel cylindri, vel quadrati, vel coni, vel pyramidis videtur esse formosior. Quæ verò tribuitur vita isti rotundo Deo # nempe ut eâ celeritate contorqueatur, cui par nulla ne cogitari quidem possit. In qua non video, ubinam mens constans, et vita beata possit insistere : quòdque in nostro corpore si minima ex parte significetur, molestum sit ; cur hoc idem non habeatur molestum in Deo ? Terra enim profectò, quoniam pars mundi est, pars est etiam Dei. Atqui terræ maximas regiones, inhabitabiles, atque incultas videmus, quòd pars earum appulsu solis exarserit, pars obriguerit nive, pruinâque, longinquo solis abscessu : quæ, si mundus est Deus, quoniam partes mundi sunt, Dei membra partim ardentia, partim refrigerata dicenda sunt. Atque hæc quidem vestra, Lucili : qualia verò alia sint, ab ultimo repetam superiorum. Thales enim Milesius, qui primus de talibus rebus quæsivit, aquam dixit esse initium rerum : Deum autem, eam mentem, quæ ex aquâ cuncta fingeret. Si Dii possunt esse sine sensu et mente, cur aquæ adjunxit, si ipsa mens constare potest vacans corpore ? Anaximandri autem opinio est, nativos esse Deos, longis intervallis orientes, occidentesque, eosque innumerabiles esse mundos, Sed nos Deum, nisi sempiternum intelligere qui possumus ? Pòst Anaximenes, aëra Deum statuit, eumque gigni, esseque immensum, et infinitum, et semper in motu : quasi aut aër sine ulla forma Deus esse possit ; cùm præsettim Deum non modò aliquâ, sed pulcherrimâ specie esse deceat : aut non omne, quod ortum sit, mortalitas consequatur.

Entretiens de Cicéron sur la Nature des Dieux, Tome Premier.M. Tullii Ciceronis De Natura Deorum, Ad M. Brutum. Liber I. X., traduits par M. l’abbé d’Olivet, de l’Académie Françoise, chez les Frères Barbou, rue & vis-à-vis la grille des Mathurins, 1793
(également disponible ici, et là encore)



Traductions

X. Pour ceux qui, dans leurs discours, ont doté le monde d’une âme raisonnable, ils ignorent de la façon la plus complète en quelle figure d’être vivant la pensée active peut se rencontrer; j’y reviendrai un peu plus tard. Pour le moment je me bornerai à dire l’étonnement que me cause la lourdeur d’esprit de ces gens : ils veulent qu’un être animé soit impérissable, jouisse d’une félicité parfaite et en même temps affecte la figure d’une sphère parce que, suivant Platon, c’est la plus belle.

Et si, pour moi celle du cylindre, du carré, du cône, de la pyramide a plus de beauté? Quelle vie d’ailleurs accordez-vous à votre dieu sphérique? Vous voulez qu’il se meuve avec une vitesse telle qu’on n’en peut imaginer une égale. Je ne vois pas où une âme ferme et jouissant d’un parfait bonheur pourrait trouver place dans un monde ainsi lancé à travers l’espace. Si, dans une partie, même la plus petite de notre corps, la morsure du froid ou celle du feu se faisait sentir, ce serait pour nous pénible, pourquoi ne le serait-ce pas pour un dieu?

Or la terre, puisqu’elle est une partie du monde, est une partie du dieu et de très grandes régions terrestres sont, nous le voyons, inhabitables et incultes, les unes parce qu’un soleil trop ardent les brûle, les autres parce que, trop éloignées du soleil, elles sont couvertes de neige et engourdies par le froid. Il faudra donc dire, puisqu’elles appartiennent au monde, que le dieu souffre dans une partie de son corps d’un excès de chaleur, est glacé dans une autre.

Telles sont en gros, Lucilius, les opinions qui ont cours dans ta secte, quant au reste je le dirai en remontant d’abord au premier en date des anciens philosophes.

Thalès de Milet, qui ouvre la marche dans les recherches de cette nature, fit de l’eau le principe de toutes choses, son dieu était l’intelligence qui de cet élément les façonne. Si l’on admet l’existence de dieux n’ayant ni âme, ni sentiment, à quoi bon adjoindre à l’eau un esprit et si l’esprit peut exister seul en l’absence de tout corps, pourquoi faut-il lui adjoindre l’eau?

L’opinion d’Anaximandre I est que les dieux naissent, viennent au monde à de longs intervalles, puis qu’ils meurent et que ce sont des mondes innombrables. Mais comment concevoir un dieu qui ne soit pas éternel? Après lui Anaximène II décida que l’air est Dieu, qu’il est engendré, qu’il est sans nombre et sans limite, toujours en mouvement, comme si, dépourvu de toute figure, l’air pouvait être un dieu, supposition d’autant moins admissible qu’un dieu doit avoir une figure très belle et que, de toute chose engendrée, il faut dire qu’elle est mortelle.




X. Ceux qui ont prétendu que le monde est animé et intelligent n’ont jamais poussé l’examen de la nature de l’âme jusqu’à comprendre quelle pouvait être sa forme, question dont je parlerai tout-à-l’heure. Dans le moment, j’exprimerai ma surprise sur l’incapacité de ceux qui veulent que le monde soit animé, immortel, heureux, et surtout rond, par la raison que Platon considère cette forme comme la plus belle. Je dirai que, pour moi, celles du cylindre, du carré, du cône et de la pyramide me paraissent plus agréables. Mais que votre dieu soit rond, quelle activité lui attribue-t-on ? Qu’il se tourne avec une rapidité à laquelle rien ne saurait se comparer ? c’est précisément à cause de cela que je ne comprends pas que sa vie puisse avoir l’égalité et le bonheur du sage. D’ailleurs, ce qui est si pénible pour notre corps, comment ne le serait-il pas pour un dieu ? Il y a plus; la terre, certes, puisqu’elle est une partie du monde, est une partie de dieu. Or, nous voyons incultes et inhabitables les plus grandes régions de la terre, le soleil ayant brûlé les unes, la neige, les brumes et l’absence de la chaleur ayant glacé les autres. Si donc le monde est dieu, il faut admettre qu’une partie des membres de ce dieu brûlent tandis que les autres gèlent 1.

Telles sont vos opinions, cher Balbus; voyons maintenant celles des anciens, en commençant par le plus éloigné d’entre eux. J’entends d’abord Thalès, le premier qui ait agité ces questions. Il prétend que l’eau est le principe des choses, et que Dieu est cette puissance 2 qui a tout formé de l’eau. Mais si les dieux peuvent exister sans les sens et sans le mouvement, et que cette puissance puisse se maintenir sans corps, pourquoi Thalès l’a-t-il jointe à l’eau ?

Anaximandre croit que les dieux naissent, qu’ils prennent leur origine à longs intervalles, qu’ils meurent de même, et que ce sont des mondes innombrables. Cependant, quant à nous, nous ne saurions comprendre Dieu autrement qu’éternel.

Après ce philosophe, Anaximène enseigna que l’air était dieu, qu’il naissait, qu’il était immense, infini et toujours actif. Mais comment l’air, qui n’a aucune forme, peut-il être dieu, surtout quand on considère que non seulement Dieu doit en avoir une, mais encore la plus belle ? D’ailleurs, tout ce qui naît est périssable 3.

1 Une partie des membres de ce dieu brûlent tandis que les autres gèlent. Il est, sans doute, inutile de faire remarquer que ce sont là de froides plaisanteries. Si Platon qualifie le monde de divin, il le distingue néanmoins de Dieu, son auteur.
2 Dieu est cette puissance. Le texte porte mens ; mais ce n’est pas dans le sens d’intelligence, c’est dans celui de force, de cause motrice, qu’il faut prendre ce terme. Voyez GEDICKE, Hist. philosoph. Ciceron., p. 40; cf. Æneidos lib. VI, v.727.
3 Tout ce qui naît est périssable. Velleius est ici dans l’erreur ou commet une erreur, suivant l’habitude des épicuriens. Anaximène enseignait que l’air avait toujours été.


Œuvres complètes de Cicéron.De la nature des dieux. Livre Premier. X. NOTES, traduction nouvelle par M. Matter, inspecteur général des études, C. L. F. Panckoucke, éditeur, Officier de l’ordre royal de la légion d’honneur, 1839



Ceux qui ont prétendu que le Monde avoit une âme, et qu’il étoit intelligent, n’ont point compris dans quelle forme l’âme peut subsister. Mais avant que de m’expliquer là-dessus, il me suffira ici de remarquer combien peu 1 d’esprit il faut avoir pour dire que le Monde est animé, immortel, souverainement heureux, et qu’en même temps il est rond.

Pourquoi rond ? Parce que la figure ronde, suivant Platon, est la plus belle de toutes. Mais je trouve, moi, plus de beauté dans le cylindre, dans le quarré, dans le cône, dans la pyramide.

Et ce Dieu rond, à quoi l’occupez-vous ? à se mouvoir d’une si grande vîtesse, que l’imagination même ne sauroit y atteindre. Or je ne vois pas, qu’étant agité de la sorte, il puisse être heureux, et avoir l’esprit tranquille. Qui nous feroit ici tourner sans relâche, ne fît-on même tourner que la moindre partie de notre corps, nous serions mal à notre aise. Pourquoi un Dieu s’en trouveroit-il mieux que nous ?

De plus, si la terre est une portion du Monde, c’est par conséquent une portion de Dieu. Or il y a de vastes régions, qui ne sont ni habitées, ni cultivées : les unes, parce qu’étant trop près du Soleil, on y meurt de chaud ; les autres, parce que l’éloignement de cet astre les glace. Si donc le Monde est Dieu, il faut, puisque ces régions font partie du monde, convenir que Dieu brûle d’un côté, tandis qu’il est gelé de l’autre.

Voilà, Balbus, les sentimens de votre secte. Rapportons ceux des autres Philosophes, en commençant par le plus ancien.

Thalès de Milet, le premier qui ait examiné ces questions, a dit 2 que l’Eau est le principe de toutes choses ; et que Dieu est cette intelligence, par qui tout 3 est formé de l’Eau. Pourquoi joindre l’un à l’autre, supposé que les Dieux puissent être sans intelligence, ou qu’une intelligence puisse subsister elle-même sans corps ?

Anaximandre croit que les Dieux reçoivent l’être, qu’il naissent et meurent de loin à loin, et que ce sont des mondes innombrables. Mais peut-on admettre un Dieu, qui ne soit pas éternel ?

Anaximène prétend que l’air est Dieu, qu’il est produit, qu’il est immense et infini, qu’il est toujours en mouvement. Mais l’Air n’ayant point de forme, comment pourroit-il être Dieu, puisque Dieu en doit avoir une, et même une très-belle ? Outre cela, dire qu’il a été produit, n’est-ce pas dire qu’il est périssable ?

1 A ces expressions impertinentes, il est aisé d’observer l’art de Cicéron, qui fait parler un Epicurien comme parlent encore ceux de son espèce. Beaucoup de hauteur dans les manières, nulle profondeur, nulle suite dans les raisonnemens, termes vagues, phrases entortillées.
2 Les éclaircissements qu’il faudroit ici pour expliquer l’opinion de Thalès, et celles de plusieurs autres, se trouveront à la fin de ce volume, sous le titre de Remarques sur la Théologie des Philosophes Grecs.
3 Il y a dans le Texte, Deus autem, eam mentem, quæ ex aqua cuncta fingeret. Sur quoi Gassendi, Phys. sect. 1. lib. 4. cap. 2. fait cette remarque : Cùm dicit FINGERET, non FINXERIT, planum facit placuisse illi eamdem adhuc causam penetrare in omnia, omniaque adhuc efficere.
4 Plutarque, De plac. Philos, lib. I, cap. 3, où il ne fait que copier Aristote, Metaphys. lib. I, cap. 3, dit que Thalès fondoit son opinion sur ces trois raisons. C’est, dit-il, que « premièrement la se-

» mence est le principe de tous les ani-

» maux, laquelle semence est humide, ainsi

» est-il vrai-semblable que toutes autres

» choses aussi ont leur principe d’humidité.

» Secondement, que toutes sortes de plantes

» sont nourries d’humeur, et fructifient par

» humeur, et quand elles en ont faute, elles

» se dessèchent. Troisièmement, que le feu

» du Soleil même et des astres se nourrit

» et entretient des vapeurs procédantes des

» eaux, et par conséquent aussi tout le

» monde. Traduct. d’Amyot.


Entretiens de Cicéron sur la Nature des Dieux, Tome Premier.Livre Premier. X. REMARQUES, traduits par M. l’abbé d’Olivet, de l’Académie Françoise, chez les Frères Barbou, rue & vis-à-vis la grille des Mathurins, 1793
(également disponible ici, et là encore)



Chapitre XXXIII.
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Cotta reprend ici l’argument de C. Velléius, selon lequel Thalès de Milet semble être le plus ancien philosophe à s’être questionné sur la forme des Dieux.


Texte latin

XXXIII. Etenim enumerasti memoriter , et copiosè (ut mihi quidem admirari liberet , in homine esse Romano tantam scientiam) usque a Thale Milesio de natura Deorum philosophorum sententias. Omnesne tibi illi delirare visi sunt , qui sine manibus et pedibus constare Deum posse decreverunt ? Ne hoc quidem vos movet , considerantes, quæ sit utilitas, quæque opportunitas in homine membrorum , ut judicetis , membris humanis Deos non egere ? Quid enim pedibus opus est sine ingressu ? Quid manibus , si nihil comprehendendum ? quid reliquâ descriptione omnium corporis partium , in qua nihil inane , nihil sine causa , nihil supervacaneum est ? Itaque nulla ars imitari solertiam naturæ potest. Habebit igitur linguam Deus , et non loquetur : dentes , palatum, fauces, nullum ad usum : quæque procreationis causâ natura corpori affinxit , ea frusta habebit Deus : nec externa magis , quàm interiora , cor , pulmones , jecur , cetera ; quæ , detractâ utilitate , quid habent venustatis ? quandoquidem hæc esse in Deo propter pulchritudinem vultis. Istisne fidentes somniis non modò Epicurus , et Metrodorus , et Hermachus contra Pythagoram , Empedoclemque dixerunt , sed meretricula etiam Leontium contra Theophrastum scribere ausa sit : scito illa quidem sermone , et Attico : sed tamen. Tantum Epicuri hortus habuit licentiæ ! Et soletis queris. Zeno quidem etiam litigabat. Quid dicam Albutium ? Nam Phædro nihil elegantius , nihil humanius : sed stomachabatur senex , si quid asperius dixeram. Cùm Epicurus contumeliosissimè Aristotelem vexaverit : Phædoni Socratico turpissimè maledixerit : Metrodori , sodalis sui , fratem , Timocratem , quia nescio quid in philosophia dissentiret , totis voluminibus conciderit : in Democritum ipsum , quem secutus est , fuerit ingratus : Nausiphanem , magistrum suum , a quo nihil didicerat , tam malè acceperit.

Entretiens de Cicéron sur la Nature des Dieux, Tome Premier.M. Tullii Ciceronis De Natura Deorum, Ad M. Brutum. Liber I. XXXIII., traduits par M. l’abbé d’Olivet, de l’Académie Françoise, chez les Frères Barbou, rue & vis-à-vis la grille des Mathurins, 1793
(également disponible ici, et là encore)



Traductions

XXXIII. Tu as, parlant d’abondance et faisant preuve d’une mémoire remarquable, passé en revue les opinions de tous les philosophes, depuis Thalès de Milet, sur la nature des dieux, et certes je ne demanderais pas mieux que d’admirer un Romain qui en sait si long.

Tous ceux qui ont admis qu’un dieu existât sans avoir ni mains ni pieds t’ont paru délirer? Ne tient-on donc aucun compte, dans ta secte, de l’utilité par laquelle se justifie dans l’homme la présence de chacun de ses membres, ce qui pourrait vous amener à comprendre que les dieux n’en ont pas besoin? À quoi bon des pieds si l’on n’a pas à marcher? des mains si l’on n’a rien à saisir? Et j’en dirai autant des autres parties entrant dans la structure du corps où il ne peut rien y avoir qui soit en vain, sans raison d’être, superflu. C’est cela qui fait la supériorité de la nature sur l’art humain quelque habile qu’on veuille le supposer. Un dieu aura donc, selon vous, une langue bien qu’il ne parle pas, des dents, un palais, un gosier qui ne serviront à rien, et tous les organes que la nature a fabriqués en vue de la reproduction, un dieu les possédera sans en faire aucun usage? Le raisonnement s’applique tout aussi bien aux organes internes qu’aux externes : en quoi le cœur, les poumons, le foie peuvent-ils contribuer à la beauté d’un être si l’on supprime la fonction utile qu’ils remplissent?

Et cependant c’est pour qu’il soit beau que vous voulez en doter, votre dieu. C’est en s’appuyant sur de pareilles rêveries qu’Épicure ⤴️, Métrodore I, Hermarque III ont dressé un réquisitoire contre Pythagore 🔄, Platon 🔄, Empédocle 🔄; bien mieux que Léontium VIII, une femme galante, n’a pas craint d’attaquer Théophraste ⤴️ dans un écrit de forme élégante, attique, c’est vrai, mais l’audace en est-elle moins choquante? Ce sont les habitués du jardin V 🔍 d’Épicure qui seuls ont pris tant de liberté. Et encore vous vous plaignez. Zénon ⤴️ était d’humeur querelleuse.

Que dire d’Albucius IX? Quant à Phèdre X, le plus courtois, le plus aimable des vieillards, il se mettait en colère dès qu’il m’arrivait de montrer un peu de vivacité dans la discussion, alors qu’ Épicure a invectivé contre Aristote 🔄, a calomnié Phédon XI le disciple de Socrate 🔄, a en plusieurs volumes tenté d’écraser Timocrate, le frère de son grand ami Métrodore, parce qu’il y avait entre eux quelque insignifiant désaccord philosophique, s’est montré ingrat envers Démocrite XIII même auquel il devait beaucoup, a médit de Nausiphanès XIV son maître, dont il avait bien reçu quelque enseignement.




XXXIII. Tout ce que les philosophes ont pensé sur la nature des dieux depuis Thalès de Milet, tu nous l’as rapporté de mémoire et avec une telle érudition, qu’elle m’étonne dans un Romain. Or, te paraît-il qu’ils aient tous extravagué, en disant que les dieux pouvaient exister sans mains et sans pieds? Quand vous voyez quelle est pour nous l’utilité, quelle est au moins l’opportunité de certaines parties du corps, cela ne devrait-il pas vous porter à croire que les dieux peuvent se passer de ces membres? En effet, qu’ont-ils besoin de pieds, s’ils ne marchent pas; de mains s’ils ne touchent rien? Je ne parle pas des autres parties du corps où rien n’est sans objet, sans cause, sans activité, en sorte qu’aucun art ne saurait ici imiter la nature. Votre dieu aura donc une langue, et ne parlera pas; des dents, un palais, un gosier, et n’en fera pas usage. Ce que la nature a donné à l’homme pour la continuation de son espèce, le dieu l’aura reçu en vain; et les organes intérieurs lui seront aussi inutiles que les parties extérieures. Si pourtant le cœur, les poumons, le foie et les autres intestins ne sont pas utiles, qu’ont-ils donc de si beau? On le dirait, puisque vous ne voulez de tout cela dans le dieu que pour la beauté.

Et c’est avec de pareils songes 1 qu’Epicure, Métrodore et Hermachus se sont déclarés contre Pythagore, Platon , Empédocle! que la courtisane Leontium a osé écrire contre Théophraste! Il est vrai qu’elle l’a fait dans un langage ingénieux et vraiment attique; mais encore 2 !

Telle est la licence du jardin d’Épicure, et vous vous distinguez les dieux en hommes et femmes, vous voyez bien ce qui s’ensuivra. Pour moi, jamais je ne puis assez témoigner ma surprise de ce que votre chef ait pu arriver à de pareilles idées.

Mais vous en revenez toujours, à grands cris, au principe qu’un dieu doit être heureux et immortel. Ne pourrait-il donc pas être heureux à moins d’avoir deux pieds? ou pourquoi cette béatité ou cette béatitude (car l’un et l’autre de ces deux mots sont également durs, et il faut adoucir les mots par l’usage) ; pourquoi cet état, quelque nom qu’il porte, ne pourrait-il pas tomber en partage au soleil là-haut, à ce monde-ci, à quelque intelligence éternelle, qui n’aurait ni les formes ni les membres d’un corps humain?

Tu ne réponds rien à cela, si ce n’est que tu n’as jamais vu de soleil ni de monde heureux. Mais quoi, peux-tu nier que tu n’as jamais vu d’autre monde que celui-ci? Et pourquoi alors affirmer qu’il y a, non-seulement six cent mille mondes, mais un nombre infini? La raison le dit. Et pourquoi la raison ne dit-elle pas aussi, lorsqu’il est question de la nature la plus excellente, d’une nature heureuse et éternelle, qui seule est une nature divine, qu’outre les avantages de l’immortalité qu’elle a sur nous, elle tient encore ceux de l’esprit, et puisqu’elle tient ceux de l’esprit, elle doit avoir encore ceux du corps? Dès-lors, inférieurs à Dieu dans certaines choses, pourquoi lui serions-nous égaux en forme? Si nous ressemblons à Dieu en quelque chose, c’est par la vertu plus que par la figure.

1 C’est avec de pareils songes, etc. Hardouin, qui faisait ses délices d’un paradoxe, s’est amusé à prouver que Léontium était la femme légitime d’Épicure.
2 Mais encore.Sed tamen. L’écrivain orateur se sert ici d’une figure de bon effet, connue sous le nom de άποσιώπησις.


Œuvres complètes de Cicéron.De la nature des dieux. Livre Premier. XXXIII. NOTES, traduction nouvelle par M. Matter, inspecteur général des études, C. L. F. Panckoucke, éditeur, Officier de l’ordre royal de la légion d’honneur, 1839



Tout ce que les Philosophes depuis Thalès ont pensé sur la nature des Dieux, vous l’avez rapporté avec une érudition, qui m’a surprit dans un Romain. Or vous paroît-il qu’ils aient tous extravagué, pour avoir dit que des mains et des pieds n’étoient pas une chose essencielle à la Divinité? Quand vous examinez à quoi servent des membres tels que les nôtres, ne vous est-il pas évident que les Dieux peuvent s’en passer? Faut-il des pieds, à qui ne marche jamais? des mains, à qui n’a rien à toucher? Ainsi des autres membres; car il n’y en a point d’inutile, point qui n’ait ses fonctions particulières. L’adresse de la nature surpasse ici tous les efforts de l’art. Votre Dieu aura donc une langue sans parler; il aura des dents, un palais, un gosier, sans en faire usage; il aura en vain ce qui est destiné à la génération; il aura non-seulement les parties extérieures, mais encore les intérieures, le cœur, le poumon, le foie et autres semblables, qui ne lui sont bonnes à rien, puisque vous ne lui donnez des membres que pour la beauté.

De si folles rêveries ont-elles pu inspirer à Épicure, à Métrodore, à Hermachus, l’audace de s’élever contre Pythagore, contre Platon, contre Empédocle? Que dis-je? la courtisane 1 Léontium osa écrire contre Théophraste; finement, je l’avoue, et d’un style Attique : mais enfin voilà jusqu’où le jardin 2 d’Epicure portoit la licence; et votre 3 coutume est cependant de prendre feu, pour peu qu’on ne soit pas de votre avis. Il n’en falloit pas davantage pour se faire une querelle avec 4 Zénon. Albutius entendait-il mieux raillerie ? Phèdre, ce bon vieillard, qui étoit la politesse même, lorsqu’il m’échappoit quelque vivacité dans la dispute, aussitôt se mettoit de mauvaise humeur. Quelles ont été les invectives d’ Épicure contre Aristote, et ses médisances infâmes contre Phédon, disciple de Socrate? Il a écrit des volumes entiers contre Timocrate, qui étoit le frère de son ami Métrodore, et qui ne lui avoit déplu que pour n’être pas de son opinion sur je ne sais quel point de Philosophie. Il n’a marqué nulle reconnoissance pour Démocrite, l’auteur de sa doctrine; et il a traité fort mal Nausiphane, son maître, qui ne lui avoit 5 rien appris.

1 Le P. Hardouin, dans ses Remarques sur Pline XXXV, 40, prétend que Léontium étoit la femme légitime d’Épicure. Voici sa preuve. Plinius inter tabuas Theodori pictoris habet Leontium Epicuri cogitantem. Quo dicto non meretricem, sed Epicuri conjugem fuisse Leontium significat, et in tabula pingi de rebus philosophicis meditantem. Sic enim in nummis antiquis appellantur Plotina Trajani, Sabina Hadriani, et apud Plinium aliæ, conjuges, certè, non meretrices.
2 C’est-à-dire son école, parce qu’il enseignoit dans un jardin. De même on dit l’Académie 🔄 pour l’école de Socrate, parce que Platon et ses successeurs enseignoient dans un parc de ce nom-là. On dit aussi par la même raison le Lycée 🔄 pour l’école d’Aristote, et le Portique (en) pour celle des Stoïciens.
3 Ceci regarde, non Velléius personnellement, mais en général tous les Epicuriens, qui trouvoient qu’en disputant contre eux, on ménageoit peu les termes.
4 C’est Zénon l’Epicurien. Bayle, dans son Dictionnaire Zénon pp.607-610, a une article entier touchant Albutius pp.193-195. Comme Phèdre, et quelques autres ne sont ici nommés qu’en passant, il est inutile de m’y arrêter.
5 Pour sentir cette plaisanterie, il faut se ressouvenir de ce qu’on a lu ci-dessus, page 107.


Entretiens de Cicéron sur la Nature des Dieux, Tome Premier.Livre Premier. XXXIII., traduits par M. l’abbé d’Olivet, de l’Académie Françoise, chez les Frères Barbou, rue & vis-à-vis la grille des Mathurins, 1793
(également disponible ici, et là encore)



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Dialogue de Cicéron, publié en -45, qui nous est parvenu dans un état très fragmentaire : le second livre (connu sous le nom de Lucullus; le premier, Catulus, étant perdu) de la première édition (appelée Academica Priora), des fragments du premier livre de la seconde édition (Academica Posteriora) remaniée, qui comptait quatre livres. On peut le considérer comme l’introduction naturelle aux ouvrages philosophiques de Cicéron qui suivent ; il s’y fait le porte-parole de la Nouvelle Académie, tradition philosophique sceptique issue de l’Académie de Platon et initiée par Arcésilas de Pitane. La question principale abordée dans l’ouvrage est celle de l’accès à la connaissance, étape première dans la pensée grecque pour la conduite de l’être humain. Il y présente les diverses positions soutenues par les successeurs de Platon, mais refuse de s’aligner sur la doctrine d’une école particulière.


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La première édition se déroule sur deux jours consécutifs en -62. La conversation a lieu entre quatre dirigeants romains éminents : Quintus Lutatius Catulus Capitolinus, Quintus Hortensius, Lucius Licinius Lucullus et Cicéron. Le Catulus (perdu) a lieu le premier jour dans la villa balnéaire de Catulus, et le Lucullus le deuxième jour dans la villa balnéaire d’ Hortensius.



Lucullus insiste sur le fait qu’il répète de mémoire les arguments d’Antiochos. Catulus dit qu’il répète les vues de son père, qui semblent être les mêmes que les vues initiales de Philon. Hortensius nie avoir une quelconque expertise philosophique. Cicéron défend les vues académiques sceptiques de Clitomaque.


Chapitre XXXVII.
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Témoignage de Thalès comme l’un des Sept sages, et d’une théorie de l’eau principe universel.


Texte latin

XXXVII. Princeps Thales, unus e septem, cui sex reliquos concessisse primas ferunt, ex aqua dixit constare omnia. At hoc Anaximandro, populari et sodali suo, non persuasit: is enim infinitatem naturae dixit esse, e qua omnia gignerentur. Post eius auditor Anaximenes infinitum aëra, sed ea, quae ex eo orirentur, definita: gigni autem terram, aquam, ignem, tum ex his omnia. Anaxagoras materiam infinitam, sed ex ea particulas, similis inter se, minutas, eas primum confusas, postea in ordinem adductas a mente divina. Xenophanes, paulo etiam antiquior, unum esse omnia neque id esse mutabile et id esse deum neque natum umquam et sempiternum, conglobata figura: Parmenides ignem, qui moveat terram, quae ab eo formetur: Leucippus, plenum et inane: Democritus huic in hoc similis, uberior in ceteris: Empedocles haec pervolgata et nota quattuor: Heraclitus ignem: Melissus hoc, quod esset infinitum et immutabile, et fuisse semper et fore. Plato ex materia in se omnia recipiente mundum factum esse censet a deo sempiternum. Pythagorei ex numeris et mathematicorum initiis proficisci volunt omnia. Ex his eliget vester sapiens unum aliquem, credo, quem sequatur: ceteri tot viri et tanti repudiati ab eo condemnatique discedent. Quamcumque vero sententiam probaverit, eam sic animo comprehensam habebit, ut ea, quae sensibus, nec magis approbabit nunc lucere, quam, quoniam Stoicus est, hunc mundum esse sapientem, habere mentem, quae et se et ipsum fabricata sit et omnia moderetur, moveat, regat. Erit ei persuasum etiam solem, lunam, stellas omnis, terram, mare deos esse, quod quaedam animalis intellegentia per omnia ea permanet et transeat, fore tamen aliquando ut omnis hic mundus ardore deflagret.

Ex materia in se omnia recipiente. C’est le τὸ πανδεχές de Platon. Cicéron en parle plus explicitement dans le premier livre des deuxièmes Académ., 7.

Œuvres complètes de Cicéron. Tome Troisième.Premières Académiques, intitulées Lucullus. Livre second. XXXVII., avec la traduction en français, publiées sous la direction de M. Nisard de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et Cie, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864
(également disponible ici, une édition de 1150/1175 et une édition de 1885 là encore)



Traductions

XXXVII. À leur tête, Thalès, l’un des sept sages, à qui l’on dit que les six autres, d’un commun accord, abandonnèrent le premier rang, prétendit que tout est formé avec l’eau. Mais il ne put faire goûter cette manière de voir à Anaximandre ⤴️, son contemporain et son ami, qui avait pour principe de toutes choses la nature infinie. Anaximène ⤴️, disciple d’ Anaximandre, vit ce principe dans l’air infini, en ajoutant que ce qui en sortait, était déterminé ; que l’air formait d’abord la terre, l’eau et le feu, et que ces éléments formaient tout le reste. Le premier principe d’Anaxagore 🔄, c’est une matière indéterminée, de laquelle sont composées de petites molécules, semblables entr’elles, primitivement confuses, mais dans le cahos desquelles l’ordre a été introduit par l’esprit divin. Xénophane 🔄, dont l’époque est un peu plus ancienne, disait que le monde entier était un seul être, immuable, qu’il appelait Dieu, et à qui il attribuait l’éternité et la forme sphérique. Pour Parménide I, le principe des choses, c’est le feu, le mobile de la terre, qui est formée par lui. Pour Leucippe II, c’est le plein et le vide ; Démocrite ⤴️, partout ailleurs beaucoup plus riche, tient ici le même langage. Pour Empédocle 🔄, ce sont les quatre éléments connus de tout le monde ; pour Heraclite III, c’est le feu ; pour Mélissus IV, l’être infini, immuable et éternel. Platon pense que Dieu a tiré d’une matière capable de toutes les formes un monde impérissable. Les pythagoriciens veulent que tout sorte des nombres et des premiers éléments mathématiques. Parmi ces grands hommes, votre sage choisira, je pense, celui qu’il veut croire, et tous les autres seront condamnés et répudiés par lui. Mais quelque doctrine qu’il approuve, il sera tout aussi certain des principes qu’elle enseigne, que des objets dont les sens témoignent, et il ne sera pas plus convaincu qu’il fasse jour maintenant, qu’il ne le sera, puisque vous en faites un stoïcien, que le monde est doué de sagesse et renferme une intelligence qui l’a formé, lui et le reste des êtres, et qui contient, anime et gouverne tout. Il sera convaincu également que le soleil, la lune, les étoiles, la terre et la mer sont des dieux, parce qu’une âme intelligente est répandue et se meut en eux tous ; mais que cependant un jour le monde sera consumé dans une conflagration générale.

Œuvres complètes de Cicéron. Tome Troisième.Premières Académiques, intitulées Lucullus. Livre second. XXXVII., avec la traduction en français, publiées sous la direction de M. Nisard de l’Académie Française Inspecteur Général de l’Enseignement Supérieur, Chez Firmin Didot Frères, Fils et Cie, Libraires Imprimeurs de l’Institut de France, 1864
(également disponible ici, une édition de 1875 et une édition de 2017 là encore)



CHAP. 37.
Divers ſentiments ſur les éléments 1.

D’abord Thalès, un des ſept Sages, avec lequel on dit que les autres ſix s’accorderent les premiers 2, donne l’eau pour principe de tout 3. C’eſt pourtant ce qu’il ne perſuada point à Anaximandre, ſon ami & ſon concitoyen, qui prétendit que ce principe étoit l’infinité de la nature 4. Enſuite Anaximene, diſciple de ce dernier, enſeigna que l’immenſité de l’air étoit ce principe; mais que les choſes qui en réſultoient, étoient finies, & qu’il en naiſſoit la terre, l’eau & le feu, qui produiſent tout 5. Selon Anaxagore c’étoit la matiere infinie, compoſée de parties très petites, ſemblables entr’elles, & infinies en nombre; ces parties étoient d’abord pêle-mêle, & enſuite l’intelligence divine les mit en ordre. Xénophane, qui étoit un peu plus ancien, prétendit que tout eſt un, immuable, & Dieu 6; qu’il n’eſt point né, qu’il eſt éternel, & de figure ſphérique. Parménide dit que c’eſt le feu; qu’il meut la terre, & qu’il l’a formée . Leucippe, que c’eſt le plein & le vuide. Démocrite eſt en cela du même avis; il s’étend d’avantage ſur le reſte. Empédocle veut que ce ſoient les quatre éléments vulgaires & connus. Héraclite dit que c’eſt le feu. Meliſſus que ce qui exiſte eſt infini, immuable, a toujours exiſté, & exiſtera toujours. Platon penſe que Dieu a fait le monde, qui eſt éternel, d’une matiere capable de tout recevoir. Les Pythagoriciens veulent que tout vienne des nombres & des éléments des Mathématiciens. Entre tous ces Philoſophes, votre Sage, je penſe, en choiſira un ſeul pour ſon guide; & les autres, qui ſont de ſi grands hommes & en ſi grand nombre, s’en iront rejetés & condamnés.

Quelque ſentiment qu’il embraſſe, il en ſera auſſi ſûr que de ce qui tombe ſous ſes ſens: il ne croira pas plus qu’il fait jour à préſent, qu’il ne croira, puisqu’il eſt Stoïcien, que ce monde eſt ſage, & doué d’une intelligence qui l’a fait, qui s’eſt faite elle-même, & qui regle & dirige tout 7. Il ſera également convaincu que le ſoleil, la lune, toutes les étoiles, la terre, la mer, ſont autant de Dieux, parce qu’une certaine intelligence animale les pénetre, & que cependant un jour ce monde périra par un incendie.

1 Je trouve dans Sextus Empiricus (contre les Mathém. Liv. X. & II. contre les Phyſiciens, Sect.310-318. p.684-686.pp.363, 365, 367) un article qui me ſemble très-propre à donner une idée nette des penſées des Anciens ſur les principes des choſes. Sextus en parle auſſi ailleurs (Hypot. Liv. III. Sect. 30. & Liv. I. contre les Phyſ. Sect. 319. &c. p.173); mais le paſſage que je choiſis, eſt le plus clair & le plus détaillé. Je vais le traduire en faveur de mes Lecteurs.
2 Le texte porte: cui ſex reliquos conſenſiſſe primos ſerunt. Daviſius, Urſinus &c. liſent : conceſſiſſe primas, „ont cedé la premiere place.“
3 „Les plus ſages des prêtres Égyptiens --- penſent qu’Homere & Thalès ont appris des Égyptiens que l’eau étoit le principe de toutes choſes“ (Plut. d’Iſis & d’Oſiris pag. 364. D. §34). Mais il ne faut pas oublier que ſi „Thalès de Milet dit que l’eau eſt l’élément des choſes [il dit auſſ], que Dieu eſt l’intelligence qui a tout formé de l’eau“ (Cic. de Nat. Deor. Lib. I. cap. 18.).
4 Cet infini d’Anaximandre n’étoit que la matiere: „mais la matiere ne peut pas paſſer de la puiſſance à l’acte ſans une cauſe efficiente“ (Plut. des ſent. des Phil. Liv. I. ch. 3. p. 876. A.). Ici j’ai été obligé de paraphraſer un peu le texte. Le traducteur Latin au lieu de actu eſſe, traduit: rem creare nullam.
5 Les opinions Phyſiques de ces Philoſophes anciens ſont très-peu connues, parce qu’ils nous reſte peu de mémoires ſur lesquels on puiſſe compter. Je ne m’étendrai donc pas ſur ce ſujet, & je me bornerai à une remarque générale que me fournit l’Abbé d’olivet (Théol. des Phil. pag. 239. 240.). „Tous les Anciens croyoient l’éternité de la matiere.
6 Xénophane enſeignoit „que le tout étoit un; que Dieu étoit en toute choſe, & qu’il étoit ſphérique, impaſſible, immuable, & intelligent“ (Sext. Empir. Hypot. Liv. I. chap. 33. Sect. 225.); „par-tout ſemblable à lui-même, & tout intelligence“ (là même, Sect. 224.): c’eſt à dire, que le monde eſt éternel & inaltérable; qu’au monde étoit jointe une intelligence (Cic. de nat. Deor. Lib. I. cap. 11.) auſſi éternelle, unie à la matiere, & répandue par tout l’univers; & que pourtant cette intelligence n’avoit rien de commun avec la matiere.
7 Cette ame du monde qui s’eſt faite elle-même, n’a pas manqué d’embaraſſer Juſte-Lipſe qui (Phyſiol. Stoic. Lib. I. diſſert. 7.), demande en quel ſens la choſe eſt vraie, puisque cette ame eſt éternelle. Il répond que c’eſt, peut-être, parce que dans l’incendie du monde cette intelligence confondue avec la matiere, n’a ni éclat ni place. C’eſt à peu près l’explication que donne de cette difficulté Mr. Batteux (Cauſ. prem. page. 312-316.). D’autres, & Juſte-Lipſe même, omettent le ſe & liſent quæ & ipſum fabricata ſit. C’eſt couper le nœud gordien.


Les Livres Académiques de Cicéron. Tome II.Le Lucullus ou le second livre de la première édition des Académiques de Cicéron. XXXVII. , traduits et éclaircis par Mr. de Castillon NOTES, de l’Académie Royale des Sciences et Belles-Lettres de Prusse &c., à Berlin, chez G. J. Decker, Imprimeur du Roi, 1779
(également disponible une édition de 1826 ici)



(ca. -80, Romeca. -15, lieu de décès indéterminé) 📚

Portrait de Vitruve.

Provenance : ?

Exposition : Promoteca veronese (it), Biblioteca Civica di Verona (it).

Architecte romain, connu pour son ouvrage en plusieurs volumes intitulé De architectura. Il est à l’origine de l’idée que tous les bâtiments devraient avoir trois attributs : firmitas, utilitas et venustas (« fermeté », « utilité » et « vénusté, beauté gracieuse et élégante. »). Sa discussion sur la proportion parfaite dans l’architecture et le corps humain a conduit au célèbre dessin Renaissance de l’Homme de Vitruve de Léonard de Vinci.


Unique traité d’architecture à nous être parvenu de l’Antiquité classique, dédié à l’empereur Auguste II.



Matériaux, maçonnerie et techniques de construction. Le deuxième livre contient la célèbre exposition sur l’origine de l’architecture, dans laquelle Vitruve évoque un monde primitif dans lequel l’homme découvrit le feu et construisit les premiers abris en bois, donnant vie au mythe de la « hutte primitive » et de la colonne en bois comme origine du temple dorique et de toutes les formes architecturales.


Témoignage d’une théorie, de Thalès, de l’eau principe de toutes choses.


Texte latin

II. De principiis rerum, secundum physicorum opiniones.

§ 1. Thales quidem primum aquam putavit omnium rerum esse principium. Heraclitus Ephesius, qui propter obscuritatem scriptorum a Graecis Σκοτεινὸς est appellatus, ignem. Democritus quique eum sequutus est Epicurus, atomos, quae nostri insecabilia corpora, nonnulli individua, vocitaverunt. Pythagoreorum vero disciplina (1) adiecit ad aquam et ignem aera et terrenum. Ergo Democritus, etsi non proprie res nominavit, sed tantum individua corpora proposuit, ideo ea ipsa dixisse videtur, quod ea, quum sint disiuncta, nec laeduntur, nec interitionem recipiunt, nec sectionibus dividuntur, sed sempiterno aevo perpetuo (2) infinitam retinent in se soliditatem.


  

(1) - Pythagoreorum vero disciplina. Pythagore, comme plusieurs autres anciens, a enseigné que c’était la terre et non le ciel qui tournait. Selon lui, le monde est un tout harmonieusement ordonné dont le soleil est le centre, et les autres corps célestes se meuvent autour de cet astre en formant une musique divine.

(2) - Sempiterno aevo perpetuo. Cicéron (ive Catilinaire, ch. 9) dit ut ignis Vestae perpetuus ac sempiternusI. Sempiternum signifie une chose qui n’a point de fin; perpetuus, une chose qui n’a point d’interruption.


Vitruve, De l’Architecture. Tome Premier. Livre II. Chapitre II., traduction nouvelle par M. Ch.-L. MAUFRAS, 1847 (édition de 1848 également disponible ici)



De principiis re ſcđm pħorú opinióes.

tHales quidé primú aquá putauit oíum re eſſe príncípíum Heraclitus epheſius qui pter obſcuritaté ſctipto a græcis Scotinos eſt appellatus ignem. Democritus quiq; eú ſecutus eſt.Epicurus Athomos quos nŕi inſecabilia cora:non nulli idiuidua uocitauerunt. Pythagoreo uero diſciplina adiecit ad aquá & igné aera & terrenú. Ergo Democritus & ſi nó proprie res noiauit:ſed tín indiuidua cora poſuit.Ideo ea ip̃a dixiſſe ui det́ ea cú ſint diſiúcta nec legunt́ nec intentioné recipiút:nec ſectionibus diuidunt́:ſed ſempiterno æuo petuo infinitá retinent in ſe ſoliditaté.




Traductions

2. Des principes des choses, selon l’opinion des philosophes.

§ 1. Thalès est le premier qui ait pensé que l’eau était le principe de toutes choses. Héraclite ⤴️ d’Éphèse, qui, à cause de l’obscurité de ses écrits, fut appelé par les Grecs Σκοτεινὸς I, croyait que c’était le feu. Démocrite ⤴️ et son sectateur Épicure ⤴️ prétendirent que c’étaient les atomes II, que chez nous on appelle corpuscules insécables et quelquefois indivisibles. L’école de Pythagore 🔄 ajouta à l’eau et au feu deux autres principes, l’air et la terre. Démocrite, bien qu’il n’ait point donné de nom propre aux principes qu’il admet, et se soit contenté de les proposer comme des corps indivisibles, me semble néanmoins avoir désigné les mêmes choses, puisque ces principes, lorsqu’ils sont séparés, loin d’être susceptibles d’altération, ou d’augmentation, ou de division, conservent au contraire une solidité perpétuelle, infinie, éternelle.

§ 2. Puisque de la réunion de ces principes naissent et sont composées toutes choses, et que ces atomes sont différents dans les corps que la nature a multipliés à l’infini, j’ai pensé qu’il était à propos de faire connaître leurs variétés, leurs différentes propriétés, et les avantages qu’on en pouvait retirer pour la construction des édifices, afin que, d’après la connaissance qu’ils en auront, ceux qui pensent à bâtir ne tombent point dans l’erreur, et ne se pourvoient que de matériaux qui conviennent à l’usage qu’ils en veulent faire.


Vitruve, De l’Architecture. Tome Premier. Livre II. Chapitre II., traduction nouvelle par M. Ch.-L. MAUFRAS, 1847 (édition de 1848 également disponible ici)



CHAPITRE II.
Des principes de toutes choses, suivant l’opinion des philosophes.

THALÈS d’abord a pensé que l’eau était le principe de toutes choses. Héraclite d’Éphèse, qui, à cause de l’obscurité de ses écrits, fut surnommé Scoteinos (1), disait que c’était le feu. Démocrite et son sectateur Épicure voulaient que ce fussent les atômes, qui sont des corps qui ne peuvent être coupés ni divisés. La doctrine des Pythagoriciens, outre l’eau et le feu, admettait encore pour principes l’air et la terre. Si Démocrite n’a pas donné de noms particuliers aux principes qu’il établit, mais les a présentés seulement avec la qualité générale de corps indivisibles, il est bien certain qu’il les a regardés comme des éléments; car lorsqu’il présente ces corps ou principes comme incapables d’altération (2) et de corruption, et qu’il leur donne une nature éternelle, infinie et solide, c’est parce qu’il les considère comme n’étant point encore joints les uns aux autres. Or donc, puisqu’il paraît certain que tous les matériaux sont composés et naissent de ces principes ou atômes et qu’ils jouissent cependant tous d’une infinité de propriétés différentes, j’ai pensé qu’il était à propos de parler de leurs qualités et des divers usages que l’on peut en faire dans la construction, afin que ceux qui veulent bâtir (3), en ayant connaissance, ne soient pas sujets à se tromper, mais qu’ils puissent faire un bon choix de tout ce qui leur peut être nécessaire.

(1) C’est-à-dire ténébreux.
(2) Il me semble qu’il n’est pas difficile de voir qu’il faut lire individua corpora disjuncta non læduntur au lieu de non leguntur, comme il y a dans tous les exemplaires, et que le sens est que les corps ne sont capables de corruption et d’altération que parce qu’ils sont composés.
(3) Ceux qui veulent faire passer Vitruve pour un bon homme, demi-savant, qui dit, à propos ou non, tout ce qu’il sait ou vce qu’il ne sait pas, allèguent ce chapitre dans lequel il promet beaucoup plus de philosophie qu’il n’en sait et qu’il n’en est besoin pour connaître et pour choisir les matériaux qu’on emploie en architecture; mais la vérité est que c’était la coutume de son tems à Rome, où l’étude de la philosophie était une chose rare et nouvelle, d’en faire parade avec une ostentation qui ne rendait pas un auteur aussi ridicule qu’elle serait à présent. Varron et Columelle, en une pareille occasion, en usent de même que Vitruve; car le premier, au commencement de son livre d’agriculture, qu’il dédie à sa femme, s’excuse sur son peu de loisir de n’avoir pas traité la matière de son ouvrage comme il aurait été nécessaire, et il lui conseille, pour suppléer à ce défaut, de lire les livres des philosophes, dont il lui en nomme jusqu’à cinquante, entre autres, Démocrite, Xénophon, Aristote, Théophraste, Architas et magon, qui ont tous écrit ou en grec ou en langue punique; l’autre, savoir Columelle, dit qu’il faut qu’un jardinier et un laboureur ne soient guères moins savans en philosophie que Démocrite et Pythagore.


Les dix livres d’Architecture de Vitruve, Livre II. Chapitre II., avec les notes de Perrault, nouvelle édition revue et corrigée, et augmentée d’un grand nombre de planches et de notes importantes, par E. Tardieu et A. Coussin fils, architectes, Chez les Éditeurs E. Tardieu & A. Coussin, et chez Carillan-Gœury & A. Mathias, 1837



CHAPITRE II.
Des principes de toutes choſes ſelon l’opinion des Philoſophes.

THALES eſt le premier qui a crû que l’eau eſtoit le principe de toutes choſes. Heraclite Epheſien, qui à cauſe de l’obſcurité de ſes écrits fut ſurnommé Scotinos, diſoit que c’eſtoit le feu. Democrite & ſon ſectateur Epicure vouloient que ce fuſſent les Atomes, que nous apellons des corps qui ne peuvent eſtre coupez ny diviſez. La doctrine des Pythagoriciens outre l’eau & le feu, admettoit encore pour principes l’air & la terre. Que ſi Democrite n’a pas donné ces meſmes noms aux principes qu’il établit, mais les a ſeulement propoſez en qualité de corps indiviſibles, il ſemble pourtant qu’il ait pretendu ſignifier la meſme choſe, car quand il les a établis comme 1 incapables d’alteration & de corruption, leur donnant une nature eternelle, infinie & ſolide ; c’eſt parce qu’il les conſideroit comme n’eſtant point encore joints les uns aux autres. De ſorte que puiſqu’il paroiſt que toutes choſes ſont compoſées & naiſſent de ces principes, & que ces Atomes ſont differents en une infinité de choſes differentes, je crois qu’il eſt à-propos de parler de leurs divers uſages, & comment leurs differentes qualitez doivent eſtre conſiderées dans les Edifices, afin que 2 ceux qui veulent baſtir en ayant connoiſſance, ne ſoient pas ſujets à ſe tromper, mais qu’ils puiſſent faire un bon choix de tout ce qui leur peut eſtre neceſſaire.

1. INCAPABLES D’ALTERATION. Il me ſemble qu’il n’eſt pas difficile de voir qu’il faut lire individua corpora diſiuncta non laduntur au lieu de non leguntur, comme il y a dans tous les exemplaires; & que le ſens eſt que les corps ne ſont compoſez.
2. AFIN QUE CEUX QUI VEULENT BASTIR. Ceux qui veulent faire paſſer Vitruve pour un bonhomme, demy ſçavant, qui dit, à propos ou non, tout ce qu’il ſçait, ou qu’il ne ſçait pas, alleguent ce chapitre dans lequel il promet beaucoup plus de Philoſophie qu’il n’en ſçait & qu’il n’en eſt beſoin pour connoiſtre & pour choiſir les materiaux qu’on employe en Architecture : Mais la vérité eſt que c’eſtoit la coûtume de ſon temps à Rome où l’eſtude de la Philoſophie étoit une choſe rare & nouvelle, d’en faire parade avec une oſtentation qui ne rendoit pas un autheur auſſi ridicule qu’elle ſeroit à preſent. Varren & Columelle en une pareille occaſion en uſent de meſme que Vitruve ; car le premier au commencement de ſon livre de l’Agriculture qu’il dedie à ſa femme, s’excuſe ſur ſon peu de loiſir de n’avoir pas traité la matiere de ſon ouvrage, comme il auroit eſté neceſſaire ; & il luy conſeille pour ſuppléer à ce défaut de lire les livres des Philoſophes, dont il luy en nomme juſqu’à cinquante, & entr’autres Democrite, Xenophon, Ariſtote ⤴️, Theophraſte ⤴️, Architas & Magon, qui ont tous écrit ou en grec, ou en langue Punique. L’autre, ſçavoir Columelle, dit qu’il faut qu’un Jardinier & un Laboureur ne ſoient guerres moins ſçavans en Philoſophie, que Democrite & que Pythagore.


Les dix livres d’Architecture de Vitruve, Livre II. Chapitre II., corrigez et tradvits nouvellement en François, avec des Notes & des Figures. par le très-humble, très-obeïſſant, & très-fidele Serviteur & Sujet Claude Perrault, De l’Academie Royale des Sciences, & Medecin de la Faculté de Paris, à Paris, Chez Jean Baptiste Coignard, 1673
(également disponible ici)



DES COMMENCEMENS DES CHOSES SELON
les opinions des Philoſophes. Chap. II.

LE Philoſophe Thales Mileſius fut le premier qui dict que l’eau eſtoit commencemens de tout. Apres Heraclite d’Epheſe (lequel pour l’obſcurité de ſes eſcriptz, fut par les Grecz ſurnommé Scotinos) debatit que c’eſtoit le feu. Conſequemment Democrite, & Epicure ſon ſucceſſeur, furent d’opinion que c’eſtoiét les Atomes, que aucuns de noz Latins appellent corps impartiſſables, & les autres indiuiſibles. Ce neátmoins la diſcipline des Pythagoriſtes adiouſta a l’eau & et au feu, l’air, & la terre. A ceſte cauſe, nó obſtát que Democrite n’ayt appellé les choſes nós pres, ains ſeulemét poſé les corps indiuiſibles:ſi eſt ce qu’il ſemble auoir compris toutes ces opinions en la ſienne, pourautant que quand les ſemences des choſes ſont deſioinctes, nul n’a puiſſance de les aſſembler. Auſſi elles ne ſont ſubgectes a perir:& ſi ne peuuent eſtre diuiſees par aucunes ſections, ains retiennent en ſoy vne permanence infinie, & qui peult durer a perpetuité.

Puis donc que de ces Atomes concurrens & ſ’aſſemblás en maſſe, lon voit que toutes choſes natureles ont vne participation, & ſ’en produiſent chacune en ſon eſpece, meſmes qu’elles ſont ſeparees en infiniz genres & ſubſtances, il m’a ſemblé neceſſaire de ſpecifier leurs differences, & de dire queles qualitez ou proprietez elles ont a l’endroit des maiſonnages ou lon les applique, afin que quád elles ſeront cógneuses, ceulx qui auront volunte de baſtir, ne puiſſent faillir par ignorance, ains preparent pour leurs vſages les matieres qu’ilz verront commodes a leur deſſeing & inſtitution.


Architecture ou Art de bien baſtir, de Marc Vitruue Pollion Autheur, Second Livre d’Architecture de Marc Vitruue Pollion. Chapitre II., mis de latin en Francoys par Ian Martin Secretaire de Monſeigneur le Cardinal de Lenoncourt, povr le Roy Treschrestien Henry II., avec privilege du Roy, On les vend chez Iacques Gazeau, en la rue ſainct Iacques a l’Eſcu de Colongne. M.D.XL.VII.



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Il s’agit du dernier livre consacré à la construction d’édifices, et traite de l’aménagement des sols et des revêtements muraux, dont de la peinture pariétale.


Témoignage transmission écrite des opinions de Thalès par les ancêtres de Vitruve et de ses contemporains.


Texte latin

1. Maiores cum sapienter tum etiam utiliter instituerunt, per commentariorum relationes cogitata tradere posteris, uti ea non interirent, sed singulis aetatibus crescentia voluminibus edita, gradatim pervenirent vetustatibus ad summam doctrinarum subtilitatem. Itaque non mediocres, sed infinitae sunt his agendae gratiae (1), quod non invidiose silentes praetermiserunt, sed omnium generum sensus conscriptionibus memoriae tradendos curaverunt.

2. Namque si non ita fecissent, non potuissemus scire, quae res in Troia fuissent gestae (2), nec quid Thales, Democritus, Anaxagoras, Xenophanes reliquique physici sensissent de rerum natura; quasque Socrates, Plato, Aristoteles, Zenon, Epicurus aliique philosophi hominibus agendae vitae terminationes finissent; seu Croesus, Alexander, Darius ceterique reges quas res aut quibus rationibus gessissent, fuissent notae, nisi maiores praeceptorum comparationibus omnium memoriae ad posteritatem commentariis extulissent.


  

(1) - Itaque non mediocres, sed infinitae sunt his agendae gratiae. Vitruve commence ce livre par l’éloge des lettres, et rend hommage aux savants qui nous ont transmis les événements passés et les découvertes faites de leur temps. Il cite les artistes et les poètes qui ont d’abord fait fleurir les arts et les lettres dans la Grèce, où les siècles de la belle littérature furent aussi ceux qui produisirent les plus fameux artistes. Il parle d’abord d’Homère, qu’il appelle le père des poètes. Il florissait cent ans environ avant la première olympiade 🔍. Il n’est point d’auteur, à l’exception peut-être d’Hésiode, qui soit plus ancien que lui. Rien ne peut être comparé à sa poésie ; il s’essaya dans le genre épique, celui-là même qui présente le plus de difficultés, et, prenant un vol d’aigle, s’élança au plus haut degré que puissent atteindre les forces humaines, par son immortelle Iliade. En vain les plus grands génies ont cherché à l’imiter. Le plus ancien poète de la Grèce fut aussi le meilleur ; ce qui fait dire à Velleius Paterculus : « Neque ante ilium quem ille imitaretur, neque post ilium qui eum imitari posset, inventus est. » Les beaux-arts, et surtout l’architecture, étaient déjà connus dans le temps d’Homère; il nous apprend qu’avant le siège de Troie, la ville d’Orchestre était célèbre, à cause du temple de Neptune qui s’y trouvait, et que Minerve en avait un magnifique à Athènes. Nous voyons dans Pline que le temple de Diane, en Aulide, fut bâti plusieurs siècles avant la guerre de Troie. Homère parle aussi de plusieurs palais qui existaient en Grèce avant cette guerre.
Les Grecs avaient appris l’architecture des Égyptiens, qui, sous Inachus (1970 avant J.-C.), fondèrent en Grèce la première colonie égyptienne. Les autres colonies que Cécrops, en 1657 avant J.-C.; Cadmus, en 1594; Danaüs, en 1586, amenèrent eu Grèce, en faisant connaître le culte de leurs dieux, y firent aussi connaître cet art qui, chez eux, y était entièrement consacré. Nous voyons, en effet, que peu après le temps de Cécrops, Deucalion fit bâtir un temple en l’honneur de Jupiter Phixius, c’est-à-dire de Jupiter par le moyen de qui il avait été sauvé des eaux du déluge. Ce temple subsista environ neuf cent cinquante ans, jusqu’à la cinquantième olympiade <span style="cursor:help;" title="Chaque olympiade dure 4 ans et la première a, hypothétiquement, eu lieu en -776 ; donc la 50ème a eu lieu en -580.">🔍. Lorsqu’il fut tombé en ruines, Pisistrate entreprit d’en bâtir un autre, sous le nom de Jupiter Olympien, qui est celui dont parle Vitruve dans l’introduction de ce livre. L’histoire parle ensuite de deux célèbres architectes, Trophonius et Agamède, qui étaient l’un et l’autre fils d’Erginus, postérieur à Hercule et à Thésée d’une génération. Ils avaient bâti le temple de Neptune Hippius, éloigné d’un stade de Mantinée. Pausanias nous apprend (liv. VIII, ch. 10) que l’empereur Adrien fit enfermer cet ancien temple dans un nouveau qu’il fit bâtir.
Les Grecs, dit de Bioul, ne sont donc pas les inventeurs de l’architecture; ils la doivent aux Égyptiens, auxquels ils doivent également les autres arts. Nous savons par les témoignages de l’antiquité, et Hérodote 🔄 surtout nous l’assure (liv. II, ch. 4), que la plupart des noms des dieux ont été portés d’Égypte en Grèce avec leur culte. Aussi Homère, avant de composer ses poèmes, parcourut-il l’Égypte pour s’instruire plus particulièrement de la théologie mythologique, et apprendre des prêtres égyptiens quantité de choses inconnues en Grèce, sur la généalogie, les dignités et les emplois de leurs dieux ; ce qui fait dire au savant Huet, évêque d’Avranches, qu’Homère, qui avait visité les Égyptiens, rapporta de chez eux cet esprit fabuleux qui lui fit inventer non seulement les admirables poèmes qu’ils nous a laissés, mais encore mille nouveautés dans la généalogie, les dignités et les emplois des divinités grecques; et ce fut là qu’il se perfectionna dans la poésie, qui y a toujours été soigneusement cultivée. Quelques écrivains nient que l’Égypte ait influé sur les arts de la Grèce ; j’invite à lire les p. 217 et suiv. du t. 1er de l’Histoire de l’architecture de M. Daniel Ramée.

(2) - Quae res in Troia fuissent gestae. Ce n’est pas seulement à cause de son ancienneté que Vitruve cite Homère le premier, c’est encore parce que les anciens regardaient les événements qui se sont passés à Troie, non comme une simple histoire, mais comme le fond de leur théologie. C’est pourquoi les livres d’Homère où ces événements sont rapportés, étaient en grande vénération; on estimait son histoire, on admirait sa poésie, et ses livres étaient réputés sacrés. Aussi Vitruve les nomme avant de parler des ouvrages qui traitent de la philosophie et de la morale, avant de citer l’histoire de Crésus, d’Alexandre et de Darius; et si l’on a infligé à Zoïle, surnommé le fléau d’Homère, ce châtiment dont il parle, pour avoir écrit contre ce poète, c’est parce qu’il avait tourné en ridicule un ouvrage qui traitait de la religion.


Vitruve. Tome second et dernier. Liber Septimus. Præfatio., traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. Ch. Maufras, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848
(édition de 1847 également disponible ici)



Traductions

1. Nos ancêtres ne pouvaient rien imaginer de plus sage ni de plus utile que de mettre par écrit leurs découvertes, pour les faire passer à la postérité; non seulement le souvenir ne s’en effaçait point, mais chaque âge venant y ajouter ses lumières, elles arrivèrent par degrés, à travers les siècles, à la plus grande perfection. Ce ne sont donc point de légères, mais d’immenses actions de grâces que nous devons leur rendre, puisque, loin d’être assez égoïstes pour garder le silence sur leurs vastes connaissances, ils eurent à cœur de nous les transmettre dans de généreux écrits.

2. Et s’ils n’en avaient point usé ainsi, nous n’aurions pu connaître les malheurs de Troie; et les opinions de Thalès, de Démocrite ⤴️, d’Anaxagore 🔄, de Xénophane 🔄 et des autres physiciens, sur les lois de la nature; et les principes que les Socrate 🔄, les Platon 🔄, les Aristote 🔄, les Zénon ⤴️, les Épicure ⤴️ et les autres philosophes ont posés pour la conduite de la vie; et les actions de Crésus 🔄, d’Alexandre 🔄, de Darius et des autres rois, et les mobiles de ces actions, tout serait resté dans l’oubli, si nos ancêtres n’avaient eu soin de nous les faire connaître dans des ouvrages qui sont arrivés jusqu’à nous.


Livre Septième. Introduction., traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. Ch. Maufras, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848
(édition de 1847 également disponible ici)



Préface.

Il faut avouer que nos ancêtres ne pouvaient rien faire de plus sage ni de plus utile que de mettre par écrit leurs belles inventions; car c’est ce qui nous en a conservé la mémoire ; et, il est arrivé que, chaque siècle ayant ajouté quelque chose aux connaissances des siècles précédents, les arts et les sciences ont été portés à la perfection où nous les voyons maintenant. On ne saurait donc avoir assez de reconnaissance pour ceux qui ne nous ont point enlevé, par leur silence, les belles connaissances qu’ils ont eues, mais qui ont pris le soin de les communiquer à leurs descendants; car on aurait éternellement ignoré ce qui s’est passé à Troie, et nous ne saurions point quelles ont été les opinions de Thalès, de Démocrite, d’ Anaxagore, de Xénophane et de tous les autres philosophes, touchant les choses naturelles, ni par quels préceptes Socrate, Platon, Aristote, Zénon, Épicure et les autres, ont réglé les mœurs et toute la conduite de la vie; enfin jamais nous n’aurions entendu parler des actions de Crésus, d’Alexandre, de Darius, ni des autres rois, si nos ancêtres n’eussent pris le soin d’écrire des livres qui conservassent la mémoire de toutes ces choses pour en faire part à la postérité.


Les dix livres d’Architecture de Vitruve, Livre VII. Préface., avec les notes de Perrault, nouvelle édition revue et corrigée, et augmentée d’un grand nombre de planches et de notes importantes, par E. Tardieu et A. Coussin fils, architectes, Chez les Éditeurs E. Tardieu & A. Coussin, et chez Carillan-Gœury & A. Mathias, 1837



Noz predeceſſeurs non moins ſagement que profitablement, inſtituerent que par la compoſition des liures on laiſſeroit a la poſterité le fruict de toutes bonnes inuentions induſtrieuſes, afin que les louables exercitations ne periſſent, ains qu’en croyſſant aage apres autre, tous bons Artz & Sciences au moyen de l’ampliation des eſcritures perueinſent de degré en degré au ſouuerain but de doctrine, & ſe conſeruaſſent a perpetuité. A ceſte cauſe nous ne leur deuons ſeulement rendre graces moyennes, mais immorteles, & infinies, conſideré qu’ilz ne nous ont rien caché par Enuie ou mauuaiſe affection, ains ont eſté curieux & ententiſz a nous laiſſer par leurs volumes les intelligences de toutes diſciplines. À la verité ſi ces bons perſonnages n’euſſent vſé de tele cordialité en noſtre endroit, iamais n’euſſions peu entendre queles choſes furent faictes a la guerre de Troye, ny queles opinions eurét des choſes natureles, Thales, Democrite, Anaxagoras, Xenophanes, & le reſte des Phyſiciens : non (certes) queles fins ont preſcrittes aux hommes, Socrates, Platon, Ariſtote, Zenon, Epicure, & autres excellens Philoſophes. Auſſi euſſions nous ignoré les geſtes de Creſus, d’Alexandre, de Darius, & de pluſieurs grans Roys, meſmes qui les eſmeut a faire leurs vertueuſes entrepriſes, n’euſt eſté que ceſdictz bons Anceſtres nous en ont laiſſé des commentaires, enrichiz de ſentences doctes, tant afin de perpetuer iceulx grans Seigneurs, que pour exercer noz memoires, & les decorer de couſtumes honneſtes.


Architecture ou Art de bien baſtir, de Marc Vitruue Pollion Autheur, Septieme Livre d’Architecture de Marc Vitruue Pollion., mis de latin en Francoys par Ian Martin Secretaire de Monſeigneur le Cardinal de Lenoncourt, povr le Roy Treschrestien Henry II., avec privilege du Roy, On les vend chez Iacques Gazeau, en la rue ſainct Iacques a l’Eſcu de Colongne. M.D.XL.VII.



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Manières de trouver l’eau. Propriétés des eaux. Moyens d’apprécier la salubrité. Adduction d’eau.


Témoignage d’une théorie, de Thalès, sur l’eau principe de toutes choses.


Texte latin

PRÆFATIO.

DE septem sapientibus Thales Milesius (1) omnium rerum principium aquam est professus, Heraclitus ignem, magorum sacerdotes aquam et ignem; Euripides auditor Anaxagoræ, quem philosophum Athenienses scenicum appellaverunt, aera et terram, eamque ex cœlestium imbrium conceptionibus inseminatam, fetus gentium et omnium animalium in mundo procreavisse, et quæ ex ea essent prognata, quum dissolverentur temporum necessitate coacta, in eandam redire, quæque de aere nascerentur item in cœli regiones reverti, neque interitiones recipere, sed dissolutione mutata in eamdem recidere, in qua ante fuerant proprietatem. Pythagoras vero, Empedocles, Epicharmus aliique physici et philosophi, hæc principia quatuor esse proposuerunt, aerem, ignem, aquam, terram, eorumque inter se cohærentiam naturali figuratione ex generum discriminibus efficere qualitates.


  
(1) - Thales Milesius. Cette introduction est à peu près la répétition de ce qui a été dit dans le 2e chapitre du IIe livre, où l’auteur cherche à appuyer, par l’opinion des philosophes, les raisonnements qu’il contient sur les divers matériaux qu’on emploie pour la construction des édifices, particulièrement dans le 9e chapitre, où il traite des arbres. Tout ce qu’il dit dans ce IIe livre facilite beaucoup l’intelligence de cette introduction. Il commence dans les deux endroits par citer l’opinion de Thalès, qui prétendait que l’eau était le principe de toutes choses. Il cite ensuite celle d’Heraclius, qui disait que c’était le feu ; puis, après avoir parlé du système de ces philosophes, il revient à celui des pythagoriciens, son système favori, et termine en traitant de tout ce qui concerne les eaux, que les prêtres égyptiens honoraient d’un culte religieux.


Vitruve. Tome second et dernier. Liber Octavus. Præfatio., traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. Ch. Maufras, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848
(édition de 1847 également disponible ici)



Traductions

INTRODUCTION.

LE premier des sept sages, Thalès de Milet, soutenait que l’eau était le principe de toutes choses; Héraclite prétendait que c’était le feu. Les prêtres mages admettaient l’eau et le feu. Euripide, qui avait été disciple d’ Anaxagore, et que les Athéniens appelaient le philosophe du théâtre, assurait que c’étaient l’air et la terre; que la terre fécondée par les pluies qui tombent du ciel, avait engendré dans le monde les hommes et les animaux; que les choses qui étaient produites par elle, forcées par le temps de se dissoudre, retournaient à leur principe, tandis que celles qui naissaient de l’air retournaient dans l’air; que les corps ne périssaient point; que modifiés seulement par la dissolution, ils reprenaient leur qualité première. Pythagore, Empédocle, Épicharme avec d’autres physiciens et philosophes, mirent en avant qu’il y avait quatre principes : l’air, le feu, l’eau, la terre; que la proportion dans laquelle ils entraient dans la formation des corps, produisait cette différence de qualités qu’on y remarque.


Vitruve. Tome second et dernier. Livre Huitième. Introduction., traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. Ch. Maufras, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848
(édition de 1847 également disponible ici)



PRÉFACE.

Thalès de Milet, l’un des sept sages, estimait que l’eau était le principe de toutes choses; Héraclite disait que c’était le feu; les prêtres mages admettaient deux principes, le feu et l’eau; Euripide, qui avait été disciple d’ Anaxagore, et que les Athéniens appelaient le philosophe du théâtre, s’imaginait que l’air et la terre rendus féconds par les pluies du ciel avaient engendré les hommes et tous les animaux qui sont au monde, et que tout ce qui a été créé retourne et se change en ces mêmes principes, lorsque le temps les contraint de se dissoudre; en sorte que ce qui provient de l’air retourne dans l’air (1); que rien ne périt, mais change seulement ses propriétés dans la dissolution, et les reprend ensuite pour être ce qu’il était auparavant.

Pythagore, Empédocle, Épicharme, et les autres philosophes et physiciens, ont établi quatre principes, savoir : l’AIR, le FEU, l’EAU et la TERRE, lesquels, mêlés et combinés ensemble de diverses manières et suivant leur nature et leurs qualités, ont produit tout ce qui existe.


  
(1) Je traduis ainsi cœli regiones, parce que, comme il a déjà été remarqué, Vitruve entend d’ordinaire l’air par cœlum.


Les dix livres d’Architecture de Vitruve, Livre VIII. Préface., avec les notes de Perrault, nouvelle édition revue et corrigée, et augmentée d’un grand nombre de planches et de notes importantes, par E. Tardieu et A. Coussin fils, architectes, Chez les Éditeurs E. Tardieu & A. Coussin, et chez Carillan-Gœury & A. Mathias, 1837



LE Philoſophe Thales natif de Milete en la Region de Carie, qui eſt d’Aſie la mineur, & lequel fut l’vn des ſages de Grece, a voulu maintenir que l’Eau eſt commencement de toutes choſes. Heraclite d’Epheſe que c’eſt le Feu. Les Preſtes des Perſans nommez en leur langue Magi, c’eſt a dire ſages, ont dict que l’Eau auec icelluy Feu ſont cauſe de la generation & corruption de toutes choſes. Mais Euripide auditeur d’ Anaxagoras, que les Atheniens ſurnomment Philoſophe Scenique, attribua ceſt effect a l’Air & a la Terre, diſant que ladicte Terre conceoit & prend ſemence des Pluyes & Roſees du Ciel, & qu’elle en a ainſi produit en ce Mõdele genre des hommes & de tous autres animaux : meſmes que ce qui eſt prouenu d’elle, alors qu’il vient a ſe diſſouldre par la neceſſité du temps, retourne en pouldre, ſans receuoir extermination, mais (ſans plus) changement, parce qu’il ſe reduict en la propriété qu’il ſouloit auoir en ſon principe. Toutesfois Pythagoras, Empedocles, Epicharme, & pluſieurs autres grans perſonnages tant Phyſiciens comme Philoſophes, ont propoſé quatre commencemens, aſauoir le Feu, l’Air, l’Eau, & la Terre, affeurant que ceulx la eſtant allyez en la formation naturele, cauſent les qualitez de toutes eſpeces differentes.


Architecture ou Art de bien baſtir, de Marc Vitruue Pollion Autheur, Huitieme Livre d’Architecture de Marc Vitruue Pollion., mis de latin en Francoys par Ian Martin Secretaire de Monſeigneur le Cardinal de Lenoncourt, povr le Roy Treschrestien Henry II., avec privilege du Roy, On les vend chez Iacques Gazeau, en la rue ſainct Iacques a l’Eſcu de Colongne. M.D.XL.VII.



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Astronomie : ordonnance d’ensemble de l’univers, planètes, lune, soleil, sphère céleste, astrologie et météorologie. Gnomonique : cadrans solaires, horloges à eau.


Témoignage d’ouvrages de Thalès, portant sur le principe des choses.


Texte latin

VI. De astrologia ad divinationes genethliacas et tempestatum translata.

[...]

De naturalibus autem rebus Thales Milesius, Anaxagoras Clazomenius, Pythagoras Samius, Xenophanes Colophonius, Democritus Abderites, rationes quibus natura rerum gubernarentur, quemadmodumcumque quosque effectus habeant, excogitatas reliquerunt. Quorum inventa sequuti siderum ortus et occasus tempestatumque significatus Eudoxus, Euchaemon, Callippus, Meto, Philippus, Hipparchus, Aratus (1) ceterique ex astrologia invenerunt, et eas parapegmatorum disciplinas (2) posteris explicatas reliquerunt. Quorum scientiae sunt hominibus suspiciendae, quod tanta cura fuerunt, ut etiam videantur divina mente tempestatum significatus post futuros, ante pronuntiare (3) : quas ob res haec eorum curis studiisque sunt concedenda.


  

(1) - Aratus. Poète et astronome qui a composé sur l’astronomie un poème intitulé les Phénomènes. Il a été traduit en vers latins par Cicéron, Germanicus, Avienus, et commenté par Hipparque, Ératosthène et Théon.

(2) - Parapegmatorum disciplinas. S’il faut en croire Saumaise, les parapegmes (en) auraient été des tables d’airain sur lesquelles étaient gravés la figure du ciel, le lever et le coucher des astres, avec l’indication des saisons de l’année. Ainsi les parapegmes seraient l’effet, le produit de la science, bien que l’opinion ordinaire en fasse des instruments, à l’aide desquels on est arrivé à la science elle-même, ce qui est plus en harmonie avec le sens du texte; et le mot parapegme, pris dans sa signification grecque, peut très-bien signifier un assemblage de plusieurs parties liées ensemble, ce qui est loin de jurer avec l’idée des instruments de mathématiques qui servent aux observations des astronomes.

(3) - Tempestatum significatus post futuros, ante pronuntiare. Il est impossible de prédire d’une manière certaine les changements de temps, et la proposition est tout à fait fausse, non-seulement en ce qui regarde le temps, mais encore, et à bien plus forte raison, en ce qui a rapport aux actions libres des hommes.


Vitruve. Tome second et dernier. Liber Nonus. VI., NOTES., traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. Ch. Maufras, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848
(édition de 1847 également disponible ici)



Traductions

VI. De l’astronomie employée pour prédire les changements de temps, et ce qui doit arriver aux hommes, d’après l’aspect des astres au moment de leur naissance.

[...]

Mais si l’on veut connaître le principe des choses, il faut lire les savants ouvrages des Thalès de Milet, des Anaxagore de Clazomène, des Pythagore de Samos, des Xénophane de Colophon, des Démocrite d’Abdère, qui nous font connaître les lois qui gouvernent la nature, et les effets qu’elles produisent. Sans s’écarter de leur système, Eudoxe, Euchémon, Callippe, Méton, Philippe, Hipparque, Aratus et tous les autres philosophes ont fait, à l’aide des parapegmes, les observations les plus exactes sur le lever et le coucher des étoiles, ainsi que sur les saisons de l’année; observations qu’ils ont transmises à la postérité. Leurs connaissances sont bien dignes de l’admiration des hommes, puisque, à force d’études, ils sont parvenus, comme par inspiration divine, à prédire les changements du temps. Rapportons-nous-en donc à leurs lumières sur des choses qu’ils ont étudiées avec le plus grand soin.


Vitruve. Tome second et dernier. Liber Nonus. VI., traduction nouvelle (avec de nombreuses figures pour l’intelligence du texte) par M. Ch. Maufras, chez C. L. F. Panckoucke, éditeur, 1848
(édition de 1847 également disponible ici)



CHAPITRE VII..

DES CONSTELLATIONS DU MIDI.

Ceux qui voudront connaître les principes des choses qui sont dans la nature et les causes qui produisent tous les effets qui se voient au monde devront consulter et lire attentivement les ouvrages que nous ont laissés Thalès de Milet, Anaxagore de Clazomène, Pythagore de Samos, Xénophante de Colophon, et Démocrite d’Abdère, qui ont écrit leurs découvertes et leurs observations sur ces matières. En suivant les mêmes systèmes, Euchæmon (1), Calippius, Meto, Philippus, Hipparchus, Aratus et les autres astrologues, ont fait, à l’aide de la Parapegmatique (2) I, des observations plus exactes, qu’ils ont laissées à la postérité, sur le lever et le coucher des étoiles, et sur les saisons de l’année. Ces sciences, que possédaient ces grands hommes, méritent vraiment notre admiration, puisqu’ils ont tellement travaillé que les prédictions qu’ils ont faites des changements du temps (3) ont paru venir d’une connaissance plus qu’humaine. Il est donc raisonnable de s’en rapporter à eux sur des choses qu’ils ont étudiées avec le plus grand soin.


  

(1) Turnèbe corrige cet endroit, et, au lieu de Eudæmon, Callipptus, Meto, qui sont dans les exemplaires imprimés, il lit : Euchæmon, Calippius, Meto, qui sont les noms des illustres astronomes dont Ptolomée fait mention.

(2) J’ai traduit parapegmata, l’usage des instruments qui servent aux observations astronomiques, suivant l’opinion commune et contre le sentiment de Saumaise, qui croit que parapegma, en cet endroit, signifie une table d’airain sur laquelle étaient gravés la figure du ciel, le lever et le coucher des étoiles et les saisons de l’années ; de sorte que parapegma, selon Saumaise, est l’effet et la production de la science même qui a été trouvée par les moyens qui sont appelés parapegmata par ceux qui suivent l’opinion vulgaire. Mais cette opinion vulgaire me semble être plus conforme au texte, parce qu’il est dit que les astronomes ont trouvé la science des astres par la parapegmatique : siderum occasus et ortus parapegmatum disciplina invenerunt. Or parapegma est un mot grec qui signifie en général une chose clouée et fichée quelque part, comme sont les lames d’airain dans lesquelles les lois, les déclarations des princes et les bornes des héritages étaient gravées, et que la langue française exprime assez bien par le mot d’affiche. Mais il signifie aussi l’assemblage de plusieurs pièces; ce qui convient bien aux instruments de mathématiques qui servent aux observations astronomiques.

(3) L’argument de Vitruve est bon quant à la forme ; mais la principale des propositions est fausse, qui est que les astrologues prédisent le changement des saisons, et l’on peut, par le même raisonnement conclure fort bien que les prédictions que les astrologues font du changement du temps étant fausses, comme elles le sont, celles qu’ils font de la fortune des hommes le doivent être encore davantage, parce que la raison du peu de succès de leurs prédictions en ce qui regarde la fortune des hommes, qui est la liberté de leur volonté, manque à l’égard des éléments qui, n’ayant rien qui résiste aux impressions des astres, ne devraient jamais manquer de faire paraître les effets de ces impressions conformes aux prédictions des astrologues, si ces philosophes avaient la connaissance des causes de ces impressions


Les dix livres d’Architecture de Vitruve, Livre IX. Chapitre VII., avec les notes de Perrault, nouvelle édition revue et corrigée, et augmentée d’un grand nombre de planches et de notes importantes, par E. Tardieu et A. Coussin fils, architectes, Chez les Éditeurs E. Tardieu & A. Coussin, et chez Carillan-Gœury & A. Mathias, 1837



DES SIGNES QVI SONT À COSTÉ DV
Zodiaque deuers la partie du Mydi. Chap.VII.

[…] Mais pour les choſes natureles Thales de Milete, Anaxagoras de Clazomene, Pythagoras de Samos, Xenophanes de Colophone, & Democrite d’Abdere, par raiſons ſubtilement excogitees nous ont inſtruictz comment Nature ſ’y gouuerne, & par quelz effectz elles les produict. Puis Eudoxus, Eudemon, Calliſtus, Melo, Philipp, Hipparchus, Aratus, & autres qui ont ſuyui les deſſus nommez, n’ont par Aſtrologie ſeulement cogneu la naiſſance & decours des Eſtoilles, mais d’auantage predict ſelon cela les euenements des orages & tempeſtes, le tout au moyen de leurs regles & inſtrumens Aſtrologiques, & en ont donné les intelligences a nous & a la poſterité. Parquoy ie dy que teles ſciences ſont a reuerer par les hommes, pource qu’elles ont eſté cherchees a ſi grad ſoing & diligence qu’il ſemble que ce ſoit inſpiration diuine qui faict iuger leſdictz euenemens des tempeſtes auant qu’elles arriuent. Mais quant a moy ie laiſſe cela pour les eſtudes & exercices de ceulx qui ſ’y vouldront amuzer.


Architecture ou Art de bien baſtir, de Marc Vitruue Pollion Autheur, Neufieme Livre d’Architecture de Marc Vitruue Pollion., mis de latin en Francoys par Ian Martin Secretaire de Monſeigneur le Cardinal de Lenoncourt, povr le Roy Treschrestien Henry II., avec privilege du Roy, On les vend chez Iacques Gazeau, en la rue ſainct Iacques a l’Eſcu de Colongne. M.D.XL.VII.



(fl. Ier siècle AEC) 📚

Historien 🔄 grec 🔄 du Ier siècle AEC, contemporain de Jules César ⤴️ et d’Auguste ⤴️.


📚

Ouvrage d’histoire universelle, compilant de nombreux auteurs antiques, et couvrant toutes les aires géographiques et temporelles connues, du commencement mythologique du monde à Jules César. Il a été rédigé en grec au Ier siècle AEC et se compose à l’origine de 40 livres dont il ne reste aujourd’hui que 15 (les livres I à V consacrés à l’histoire mythique des Barbares et des Grecs et les livres de XI à XX traitant la période de -480 à -302, ainsi que quelques fragments des livres VI à X consacrés à l’histoire de la Guerre de Troie et à la fin des Guerres médiques).



Le premier livre s’ouvre sur un prologue de l’œuvre dans son ensemble, soulignant l’importance de l’histoire en général et de l’histoire universelle en particulier. Le reste du livre est consacré à l’Égypte et est divisé en deux moitiés. Dans la première moitié, il couvre l’origine du monde et le développement de la civilisation en Égypte. Dans la seconde partie, il présente l’histoire du pays, ses coutumes et sa religion.


Chapitre XXXVIII.
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Réfutation par Diodore d’une théorie de Thalès sur la crue du Nil 🔄.


Texte grec

XXXVIII. Ἐπειδὴ δὲ περὶ τῶν πηγῶν καὶ τῆς ῥύσεως αὐτοῦ διεληλύθαμεν, πειρασόμεθα τὰς αἰτίας ἀποδιδόναι τῆς πληρώσεως. Θαλῆς μὲν οὖν, εἷς τῶν ἑπτὰ σοφῶν ὀνομαζόμενος, φησὶ τοὺς ἐτησίας ἀντιπνέοντας ταῖς ἐκβολαῖς τοῦ ποταμοῦ κωλύειν εἰς θάλατταν προχεῖσθαι τὸ ῥεῦμα, καὶ διὰ τοῦτ´ αὐτὸν πληρούμενον ἐπικλύζειν ταπεινὴν οὖσαν καὶ πεδιάδα τὴν Αἴγυπτον. Τοῦ δὲ λόγου τούτου, καίπερ εἶναι δοκοῦντος πιθανοῦ, ῥᾴδιον ἐξελέγξαι τὸ ψεῦδος. Εἰ γὰρ ἦν ἀληθὲς τὸ προειρημένον, οἱ ποταμοὶ πάντες ἂν οἱ τοῖς ἐτησίαις ἐναντίας τὰς ἐκβολὰς ἔχοντες ἐποιοῦντο τὴν ὁμοίαν ἀνάβασιν· οὗ μηδαμοῦ τῆς οἰκουμένης συμβαίνοντος ζητητέον ἑτέραν αἰτίαν ἀληθινὴν τῆς πληρώσεως.

Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile, Tome Premier : Livre I chapitre XXXVIII, traduite du grec par Ferdinand Hoeffer, Librairie Hachette et Cie, 1865



Traductions

XXXVIII. Après avoir parlé des sources et du cours du Nil, nous allons essayer d’exposer les causes de sa crue. Thalès, l’un des sept sages, prétend que les vents étésiens, soufflant contre les embouchures de ce fleuve, l’empêchent de verser ses eaux dans la mer; et, qu’ainsi enflé, le Nil inonde toute la Basse-Égypte. Cette opinion, quelque probable qu’elle paraisse, est aisément réfutée. En effet, si elle était vraie, tous les fleuves dont les embouchures sont à l’opposite de la direction des vents étésiens devraient offrir un semblable débordement. Or, cela n’étant pas, il faut chercher une autre cause à ce phénomène.

Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile, Tome Premier : Livre I chapitre XXXVIII, traduite du grec par Ferdinand Hoeffer, Librairie Hachette et Cie, 1865
(également disponible ici ou



XXXVIII. Après avoir parlé des sources et du cours du Nil, nous essayerons d’expliquer la cause de la crue de ses eaux. Thalès, compté au nombre des sept sages de la Grèce, l’attribue aux vents Étésiens 1, qui, soufflant à l’opposite de l’embouchure du fleuve, le retiennent et l’empêchent de se jeter dans la mer : ainsi, son volume s’accroît, et bientôt il inonde toute l’Égypte dont le sol est bas et tout-à-fait plat. Mais, quelque vraisemblance que présente d’abord cette explication, on peut en démontrer aisément la fausseté. Si en effet ce que nous venons de rapporter était vrai, tous les fleuves dont l’embouchure se trouve opposée à la direction des vents Étésiens, éprouveraient la même élévation de niveau 2; or, comme ce fait n’existe dans aucune autre partie de la terre, il faut chercher une raison différente de la crue du Nil.



  

1 Vents annuels périodiques qui soufflent assez généralement du nord au midi, après le solstice d’été et pendant la canicule. Ils durent environ six semaines.

2 Cet argument est employé par Hérodote, liv. II, chap. XXXII.


Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile, Tome Premier : Livre I chapitre XXXVIII, traduite du grec par A. F. Miot, ancien conseiller d’état, imprimé par autorisation du roi à l’imprimerie royale, 1834



XXIV. Conjectures sur la cause des débordements du Nil.

Après avoir parlé des sources du Nil, nous passerons à ses débordements.

Première conjecture.

Thalès un des sept sages de la Grèce, dit que les vents étésiens qui soufflent contre les embouchures du Nil empêchant ses eaux d’entrer dans la mer, les font regorger dans toute l’Égypte qui est un pays plat et fort bas. Quelque vraisemblance que puisse avoir cette opinion il est aisé de la combattre. Car si cela était tous les fleuves dont les embouchures sont exposées aux vents étésiens seraient sujets au même débordement ; ce qui n’arrivant à aucun autre fleuve dans le monde, il faut chercher une cause propre et particulière au Nil.


Bibliothèque Historique de Diodore de Sicile, Tome Premier : Livre I chapitre XXIV, traduite en françois par Monsieur l’abbé Terrasson, de l’Académie Françoise, chez De Bure l’aîné, Quay des Augustins, du côté du Pont S. Michel, à Saint Paul, 1737