Philosophie/Thalès de Milet/Textes et traductions période République Romaine
Période de la République 🔄 Romaine I
(-509, chute de la royauté romaine — 16 janvier -27, nomination de Caius Iulius Caesar Octavianus aux titres d’Augustus et de Princeps par le Sénat romain)
NdA Rome
I Du nom propre latin Rōma (en);
À l’époque républicaine, la gestion de la cité romaine est d’abord marquée par la consécration du principe de publicité des réunions politiques (dans le cadre du Sénat mais aussi dans le cadre des réunions comitiales), de collégialité des pouvoirs (les magistrats sont toujours plusieurs à détenir une même charge, à l’instar des deux consuls), de spécialisation des magistratures (chacune d’elles dispose d’un pouvoir spécifique et d’un champ d’application bien défini) et d’électivité des charges (les magistrats sont pour l’immense majorité élus par le peuple romain réuni en assemblées). La devise traditionnelle de la république est Senatus populusque Romanus (SPQR), « le Sénat et le peuple romain ». Elle symbolise l’union consensuelle du Sénat, où siègent à l’origine les familles de l’élite économique et politique de la cité, et de l’ensemble des citoyens romains, qui par son vote adopte les lois, confère leurs pouvoirs aux magistrats, et consent au versement des impôts et à la levée des armées.
À l’origine, la République romaine est largement dominée par l’aristocratie patricienne, héritière de la fondation de Rome, lorsque celle-ci a constitué le Sénat primitif autour des rois légendaires. Cette division entre patriciens et plébéiens s’estompe cependant au cours des siècles, au gré des différentes sécessions plébéiennes permettant à l’élite économique de la plèbe de se faire une place en politique — en obtenant notamment, à partir de -367, le droit d’élire un consul chaque année. L’essentiel des citoyens romains reste composé d’une importante masse d’artisans et de petits paysans propriétaires dans les zones fertiles de l’Italie centrale, tandis que les patriciens sont souvent propriétaires de vastes domaines cultivés, les Latifundia (latus, « spacieux » + fundus, « ferme »), qui leur permettent de dégager d’importants revenus pour subventionner leur carrière politique. L’élite de la société romaine qui contrôle les rouages de la République se caractérise notamment par une célébration des origines familiales et des ancêtres prestigieux, dans le cadre de la gens. Chaque grande famille de Rome exerce alors un pouvoir informel dans la cité, grâce au système clientélaire : une relation de services mutuels entre deux personnes de statut social différent, l’un puissant, le « patron », généralement aristocrate, et une personne de rang moindre, généralement un homme libre, appelé le « client ». La République romaine est loin d’être une démocratie 🔄 : il s’agit avant tout d’un régime oligarchique II dans lequel les citoyens jouissent certes des mêmes droits civils, mais ne jouissent pas des mêmes privilèges politiques et religieux, l’essentiel de leurs droits dépendant, de fait, de leur position au sein des classes censitaires romaines, établies en fonction du patrimoine foncier des familles recensées. La République romaine est donc avant tout un système de compétition, de course aux honneurs, entre les mains d’un nombre restreint de grandes familles patricio-plébéiennes formant la nobilitas, la noblesse.
II Du nom commun ὀλιγαρχίᾱ / oligarkhíā (en), « (politique) Règne de quelques-uns, oligarchie. »;
➥ du nom commun ὀλιγάρχης / oligárkhēs (en), « oligarque »;
➥ de l’adjectif ὀλίγος / olígos (en), « 1. De petite quantité : peu. 2. De petite taille : petit. 3. De faible degré : léger. »;
➥ + du suffixe -άρχης / -árkhēs (en), « souverain, chef »;
➥ du nom commun ᾰ̓ρχή / arkhḗ (en), « 1. Début, origine. 2. Souveraineté, domination, autorité. 3. Le bout d’une corde ou d’un bâton, le coin d’un drap. »;
➥ du verbe ἄρχω / árkhō (en), « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, de quelque chose, par quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif = quelqu’un]; [+datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être un dirigeant; détenir un archontat. »;
➥ + du suffixe nominal -η / -ē (en);
➥ + du suffixe adjectival -ης / -ēs (en);
➥ + du suffixe nominal abstraite féminin -ία / -ía (en);
Forme de gouvernement où le pouvoir est détenu par un petit groupe de personnes qui forme une classe dominante.
(3 janvier -106 ⏳, à Arpinum, cité romaine de Latium — 7 décembre -43 ⏳, assassiné en quittant sa villa de Formia, par la proscription du second triumvirat, sur ordre de Marc Antoine) 📚 🔍 ➕

Portrait posthume de Cicéron de la moitié du Ier siècle EC. Marbre.
Provenance : ?
Exposition : Sala dei Filosofi, Palazzo Nuovo, Musei Capitolini 🔍.
NdA Cicéron
I Tria Nomina en latin Marcus Tullius Cicero :
• Le praenomen Marcus; forme contractée de *Marticus;
➥ de l’adjectif Martius;
➥ dérivé de Mars, « Mars, dieu des guerriers, de la jeunesse et de la violence de la mythologie romaine. »;
➥ + le suffixe adjectival -ius;
➥ + le suffixe adjectival -icus;
• Le cognomen Cicero; de cicer, « pois chiche » II.
II Sens original multiple :
• Selon Pline l’Ancien (23, à Novum Comum — 79 📚, à Stabies) ⏳ :
« 2. Les Fabius, les Lentulus, les Cicéron ont eu ces noms d’après l’espèce de légume qu’ils excellaient à cultiver. »
Histoire Naturelle, l. XVIII, c. III, §2
• Selon Plutarque (46 ⏳, à Chéronée — 125 ⏳) :
« Le premier de cette famille qui eut le surnom de Cicéron fut un homme très estimable; aussi ses descendants, loin de rejeter ce surnom, se firent un honneur de le porter, quoiqu’il eût été souvent tourné en ridicule, il vient d’un mot latin qui signifie pois chiche; et le premier à qui on le donna avait à l’extrémité du nez une excroissance qui ressemblait à un pois chiche et qui lui en fit donner le surnom. Cicéron, celui dont nous écrivons la Vie, la première fois qu’il se mit sur les rangs pour briguer une charge, et qu’il s’occupa des affaires publiques, fut sollicité par ses amis de quitter ce surnom et d’en prendre un autre; mais il leur répondit, avec la présomption d’un jeune homme, qu’il ferait en sorte de rendre le nom de Cicéron plus célèbre que ceux des Scaurus et des Catulus. Pendant sa questure en Sicile, il fit aux dieux l’offrande d’un vase d’argent, sur lequel il fit graver en entier ses deux premiers noms, Marcus Tullius; et au lieu du troisième, il voulut, par plaisanterie, que le graveur mit un pois chiche. Voilà ce qu’on dit de son nom. »
La Vie de Cicéron, c. I
| Manuscrits |
L’ouvrage rédigé en 6 livres n’est parvenu à l’époque moderne que très mutilé, seule la fin dite du Songe de Scipion fut conservée au cours du Moyen Âge en raison de son mysticisme apprécié des auteurs chrétiens. Le reste de l’ouvrage aux considérations plus politiques fut retrouvée en 1818 par Angelo Mai, préfet de la bibliothèque de manuscrits du Vatican, dans un palimpseste d’un ouvrage d’Augustin d’Hippone, référencé Vaticanus Latinus 5757, copié au début du VIIIème siècle sur les pages lavées et grattées d’un codex du IVème siècle.
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NdA Livre I
I Du nom propre latin Gracchus;
Nom donné à deux frères et hommes d’État romains, Tiberius Gracchus et Caius Gracchus, petits-fils de Scipion l’Africain, connus pour leur tentative infructueuse de réformer le système agraire romain durant la deuxième moitié du IIème siècle AEC :
• En -133, Tiberius fait voter une loi agraire connue sous le nom de Rogatio Sempronia qui reprend le principe de l’Anadasmos grec, prévoyant la limitation au droit de possession individuelle et la redistribution aux citoyens pauvres des terres récupérées.
(ca. -163, Rome — post -133, Rome, assassiné par les sénateurs opposés à sa réforme) ⏳
• Et de -123 à -121, Caius renforce cette loi et ambitionne de diminuer les pouvoirs du Sénat romain et d’accroître ceux des comices, assemblées qui expriment la volonté du peuple romain dans les domaines électoraux, législatifs et judiciaires.
(ca. -154, Rome — post -121, Rome, assassiné par le Sénat en promulguant pour la première fois un senatus consultum ultimum , donnant au consul Lucius Opimius les pleins pouvoirs pour mettre fin à la sédition de Caius, à cause de divergence politique sur la construction d’une colonie à Carthage) ⏳
Chapitre XIV.
[modifier | modifier le wikicode]NdA Planètes
I Du nom commun latin planeta, planetes (en); du nom commun grec ancien πλανήτης / planḗtēs (en), « 1. Voyageur, vagabond. 2. (astronomie) Planète. 3. (médecine) Une fièvre qui se manifeste par des crises irrégulières. »;
➥ de πλανάω / planáō, « 1. Faire errer, conduire à l’errance. 2. Égarer, tromper, induire en erreur. 3. (voix passive) Errer, s’égarer. 4. Errer en parlant, s’éloigner du sujet. 5. Faire une chose de manière irrégulière ou avec des variations. 6. Être dans le doute ou être perdu. »;
➥ + du suffixe masculin de nom d’agent -της / -tēs (en).
« Il n’est pas vrai, mes chers amis, que le soleil, la lune, ni aucun autre astre, errent dans leur course : c’est tout le contraire ; chacun d’eux n’a qu’une route et non plusieurs ; ils parcourent toujours le même chemin en ligne circulaire ; et ce n’est qu’en apparence qu’ils parcourent plusieurs chemins. C’est encore à tort qu’on attribue le moins de vitesse à l’astre qui en a le plus, et le mouvement le plus rapide à celui dont la course est la plus lente. Supposé que la chose soit telle que je dis et que nous nous la figurions tout autre, s’il arrivait qu’aux jeux olympiques nous fussions dans une erreur semblable à l’égard des hommes ou des chevaux qui courent dans la carrière, appelant le plus lent celui qui est le plus léger, et le plus léger celui qui est le plus lent, en sorte que, la course finie, nous donnassions des éloges au vaincu comme s’il était vainqueur ; il me paraît que nos louanges seraient injustes, et ne plairaient guère aux coureurs qui ne sont pourtant que des hommes. Mais quand nous tombons dans de pareilles méprises par rapport aux dieux, ce qui tout à l’heure et en parlant d’hommes était ridicule et injuste, ne vous semble-t-il pas l’être ici à l’égard des dieux ? »
Platon, Les Lois, l.VII, §822 a-c
- Textes latin
| 1 In codice modo scribitur sfæra, modo sphæra, modo sphera. 2 Cod. primâ manu Marcellus; secundâ Marcelli avus, quæ est emendatio certissima. 3 Archimedi in secundo casu more suo Tullius, ut pro Balbo XXV Theophani; ad Brut. ep. XV, et de Or. II. 74 Themistocli; ad Att. XIII. 28 Aristoteli; Brut. VII. LXXXIII Thucydidi, Tusc. I. 41 Ulyxi; de Or. II. 22. 23. Brut. XV. LXXXIII Demostheni et Pericli: unde etiam Persius IV. 3 magni pupille Pericli. Lege et Quintilianum Inst. I. 5. Sic loquitur etiam Fronto. 4 Cod. primâ manu novilior, secundâ nobilior. 5 Cod. judicam; sed mox factum judicabat. Mihi videbatur scribendum judicabam. |
6 lta cod. secundâ manu; et primâ ornatam. Cicero in Arateis 3o4 : tam tornare cate contorlos possiet orbes. 7 Cod. primâ manu illam stellisque cœlo; secundâ vero deletum stellisque et scriptum astris. 8 Cod. sine diphthongo, inherentibus , sed deinde haud scio an sit superaddita a. 9 Cod. habet quod, ob sonum videlicet similem sequentis litteræ d. Profecto Longus p. 2231 jani obacrvavit, quot et quod male aliquoties confundi. 10 Cod. sphela, quamquam l non caret interpolatione. Superius cap. V vidimus lacelari. Sed enim vox ipsa sphœra hîc omittenda videtur, vel scribendum cœli sphœrâ. |
(également disponible ici et une édition de 1868 là)
- Traductions
| 1 Cicéron nomme plusieurs fois ce Gallus, pour sa science et sa passion de l’astronomie. — Pline, liv. II, ch. xix, le cite comme partageant l’opinion de Pythagore, que la terre est éloignée de la lune de 126,000 stades, et que sa distance du soleil est double de ce nombre. |
| 2 On sait que ce fut Cicéron qui, curieux de toute espèce d’étude et de gloire, rechercha et découvrit, à Syracuse, la sépulture d’Archimède, oubliée dans un lieu désert, entourée de ronces, et reconnaissable seulement par la figure d’une sphère qui surmontait le tombeau. |
| 3 Cette sphère, à l’exactitude près, ressemblait, comme l’on voit, à la sphère mobile que les Anglais ont appelée Orery, du nom d’un célèbre protecteur des sciences, qui fit construire cette machine : « C’est, dit Voltaire, une très-faible copie de notre monde « planétaire et de ses révolutions. La période même du change- « ment des solstices et des équinoxes, qui nous amène, de jour « en jour, une nouvelle étoile polaire, cette période, cette course « si lente d’environ vingt-six mille ans, n’a pu être exécutée par « des mains humaines, dans nos Orery. Cette machine est très- « imparfaite; il faut la faire tourner avec une manivelle. Cepen- « dant c’est un chef-d’œuvre de l’habileté de nos artisans. Jugez « donc quelle est la puissance, quel est le génie de l’éternel Ar- « chitecte, si l’on peut se servir de ces termes impropres, si mal « assortis à l’Être suprême ! » XII La science actuelle parlerait avec moins de respect de ces Orery; mais on concevra sans peine quelle admiration devait inspirer, dans la peu savante et ingénieuse antiquité, la première ébauche d’un semblable travail. |
| 4 La traduction a complété la phrase mutilée de l’original; la suite de ce détail astronomique manque dans le manuscrit, jusqu’au moment ou Scipion en revient à parler de Gallus. |
NdA de trad. Francois Villemain 1823
I Du nom propre grec ancien φίλος / phílos, « ce qui est aimé »;
Consul de la République romaine, affecté à la province d’Hispanie citérieure en -136, durant la guerre contre Numance.
(ca. -179, Rome — post -136, lieu indéterminé) ⏳
II Du nom commun latin gallus (en), « 1. Un coq. 2. • Un gaulois, un habitant de la Gaule; • Un galate, un habitant de la Galatie, en Anatolie. »;
Préteur en -169 puis, l’année d’après, tribun militaire de la IIème légion pendant la troisième guerre macédonienne contre Persée, le roi de Macédoine. Il y gagne une grande réputation pour avoir rassuré les soldats en leur expliquant le phénomène d’une éclipse de Lune ayant lieu la nuit précédent la bataille de Pydna (ou selon certains auteurs pour l’avoir prévu). Il devient consul en à son retour de Macédoine en -166.
(ca. -209 ⏳, Rome ⤴️ — date ⏳ et lieu indéterminé.e.s)
III Diminutif latin de Mārculus (en), lui même diminutif de Mārcus.
Homme politique romain, consul à 3 reprises en -166, -155 et -152. Il est le petit fils de Marcus Claudius Marcellus 5 fois consuls II et l’arrière grand-père de Marcus Claudius Marcellus : consul en -51, il participa à la remise à Cicéron ⤴️ de lettres dénonçant la tentative de coup d’État de Catilina et choisit le camp de Pompée lors de la guerre civile de César, s’exilant sur l’île de Lesbos ⤵️ à la défaîte de ce premier. Pardonné par César en -46, il sera poignardé en mai -45 par l’un de ses esclaves alors qu’il s’apprêtait à s’embarquer pour rejoindre Rome par la mer C., LàdF, l.IV, XII.
(ca. -208⏳, Rome — -148⏳, mort nauffragé en Méditerranée lors d’une ambassade au près du roi Massinissa de Numidie)
IV Consul romain à 5 reprises et général plusieurs fois victorieux :
• contre les celtes Gésates lors de la bataille de Clastidium et en rapportant la dépouille opimes (ou en latin spolia opima) de leur chef Viridomaros en -222 ;
• contre Hannibal Barca V lors des 3 batailles de Nola de -216, -215 et -214 de la deuxième guerre punique ;
• et lors du siège de Syracuse, qu’il s’empara en -212; Archimède VII est tué au cours du pillage qui a suivi.
(ca. -270, à Rome — -208, à Venosa, transpercé par une lance lors d’une embuscade carthaginoise au cours d’une mission de reconnaissance pendant la deuxième guerre punique Plutarq. lVdHI. VdM. éd.1853, p.181) ⏳
V Du nom propre latin Hannibal (en); du nom propre punique 𐤇𐤍𐤁𐤏𐤋 / ḥnbʿl (/ḥannībaʿl/) (en), « Que Baal me fasse grâce. »;
➥ de la proposition subordonnée 𐤇𐤍𐤉 / ḥny (/ḥannī/), « qu’il me fasse grâce »;
➥ + du nom commun 𐤁𐤏𐤋 / bʿl (/baʿl/) (en), « 1. Seigneur, maître. 2. Baal. 3. Bourgeois, citoyen. »; du nom commun phénicien 𐤁𐤏𐤋 / bʿl, « 1. Seigneur, maître. 2. Propriétaire, maître. 3. Mari. 4. Baal, nom divin pouvant qualifier un ensemble de divinités des peuples de langues sémitiques du Proche-Orient ancien, en Syrie et au Levant (Ugarit, Phénicie, Canaan) et par dérivation dans les implantations phéniciennes de Méditerranée (Carthage). 6. Bourgeois, citoyen. » (en);
Et du nom propre Barca (en); du punique 𐤁𐤓𐤒 / brq (/baraq/), « éclair, foudre »;
Commandant en chef carthaginois contre les romains lors de la deuxième guerre punique, battu par Scipion l’Africain à la bataille de Zama en -202; puis homme politique par la suite, il finit par s’exiler volontairement en Asie à cause de dissenssion politique en -195.
(ca. -247 ⏳, à Carthage — -183/-181 ⏳, à Bithynie, suicide par ingestion de poison après qu’il eut trouvé refuge chez le roi de Bithynie Prusias Ier, et que ce dernier fut forcé par les romains de le livrer)
💡 Dont subsiste un potentiel exemplaire récent de plus d’un siècle, nommé Machine d’Anticythère VI puisque découverte au large de cette île grecque du même nom en 1901 dans une épave d’un navire de charge romain qui a fait naufrage au deuxième quart du Ier siècle AEC 🔍. La seconde mention antique d’une machine similaire est donné par Cicéron qui rapporte que Posidonius VIII a construit une sphère mobile (assez pour être « transportée en Scythie ou en Bretagne ») reproduisant les mouvements conjoints du soleil, de la lune et des cinq planètes alors connues :
« Quand on voit une statue, ou un tableau, on sait que pareil objet est l’œuvre d’un artiste, quand on aperçoit de loin un navire qui se déplace on ne met pas en doute l’existence d’un marin qui le dirige conformément aux règles de la science nautique et de même le spectacle d’un cadran solaire avec ses lignes nettement tracées ou d’une clepsydre nous oblige à comprendre que les indications données par ces appareils ne sont point fortuites, mais calculées par le constructeur : qui convient de tout cela peut-il supposer que le monde où ces ouvrages mêmes et leurs auteurs et toutes choses ont leur place naturelle se soit formé sans que le calcul réfléchi y fût pour rien ? Si l’on transportait en Scythie ou en Bretagne cette sphère qu’a construite naguère mon ami Posidonius et qui, dans ses révolutions successives, montre le soleil, la lune et les cinq planètes tournant, comme ces astres le font dans le ciel, jours après jours, nuits après nuits, lequel parmi les habitants de ces pays barbares hésiterait à considérer cette sphère comme un parfait exemple de ce que peut le calcul ? »
Ibid., De Natura Deorum, livre II, §XXXIV.
VI Du nom propre grec ancien Ἀντῐκῠ́θηρᾰ / Antikúthēra (en), « en face de Cythère »;
➥ du préfixe ᾰ̓ντῐ- / anti-, « 1. anti-, en face, en opposition. 2. à l’égal de, semblable à, qui rappelle. »; de la préposition ἀντί / antí (en), « 1. Par-contre, à l’opposé. 2. En même temps que. 3. En échange, à la place de. 4. Au prix de, en échange de. 5. Pour le bien de, pour. 6. Au lieu de. 7. Comparé à. 8. Équivalent, ni meilleur ni pire que. »
➥ + du nom propre Κῠ́θηρᾰ / Kúthēra (en), « Cythère »;
Île grecque de la mer Égée située au sud-est du Péloponnèse, entre l’île de Cythère et la Crète.
VII Du nom propre grec ancien Ἀρχιμήδης / Arkhimḗdēs;
➥ du préfixe ἀρχι- / arkhi- (en), « dénote une importance primordiale ou une autorité. »;
➥ Soit du verbe ἄρχω / árkhō (en), « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, à partir de quelque chose, par quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif/datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être un dirigeant; être un archonte, détenir un archontat. »;
➥ Soit du nom commun ἀρχός / arkhós (en), « dirigeant, chef, prince »;
➥ + du nom commun μήδεα / mḗdea (en), « (poétique, pluriel seulement) Conseil, plan, art, prudence, ruse. »;
➥ + du suffixe nominal (ou adjectival) -ης / -ēs (en);
Illustre géomètre 🔄, mathématicien (en) 🔄 dont de nombreux écrits nous sont parvenus (en), et encore plus illustre physicien, astronome (en), ingénieur et inventeur (en).
Lors de la chute de Syracuse, Plutarque lVdHI. VdM. éd.1853, p.165 rapporte que Marcus Claudius Marcellus II s’opposa à la volonté de ses soldats de brûler et raser la ville, mais leur accorda à contrecœur « la permission de s’emparer des trésors et des esclaves[, en leur défendant] expressément de toucher aux personnes libres, de tuer, de déshonorer, de réduire en esclavage aucun des Syracusains ». Marcellus aurait été très affligé d’apprendre la mort d’Archimède et Plutarque Ibid. p.166 décrit 3 récits de celle-ci :
• soit par un légionnaire romain irrité de son refus de le suivre jusqu’à Marcellus avant qu’il ait achevé la démonstration de son problème ;
• soit par un légionnaire romain sans d’autre raison que de le tuer et se souciant peu de sa démonstration et de sa supplique de ne pas laisser un problème imparfait ;
• soit par des légionnaires romains qui voulurent s’emparer d’une caisse, croyant qu’elle contenait de l’or et non des instruments de mathématiques, tels que des cadrans au soleil, des sphères, et des angles avec lesquels on mesure la grandeur du soleil, qu’Archimède portait à Marcellus.
Plutarque Ibid. p.164 rapporte également qu’Archimède aurait demandé à « ses amis et ses parents de placer sur son tombeau, après sa mort, un cylindre renfermant une sphère, et, pour inscription, le rapport du solide contenant au solide contenu ». Lors de sa questure en Sicile en -75, Cicéron Tusculanes, liv.V, §XXIII, éd : Nisard, 1864, p.61 raconte sa recherche et sa découverte du tombeau d’Archimède, complêtement oublié par les habitants locaux et envahi par les ronces et les épines, mais reconnaissable par l’inscription (qu’il ne rapporte pas) gravée sur la base d’une petite colonne et par les figures d’une sphère et d’un cylindre placées au-dessus.
(-287, à Syracuse, ville du sud-est de l’île de Trinacrie (Τρινακρία / Trniakría, « trois pointes »), actuelle Sicile — -212, assassiné lors de la prise de Syracuse) ⏳
VIII Du nom propre grec ancien Ποσειδώνιος / Poseidônios, « De Poséidon. »;
➥ du nom propre Ποσειδῶν, Poseidôn (en);
➥ + du suffixe adjectival -ιος / -ios (en);
Philosophe 🔄 stoïcien ⤵️, prytane (magistrat issu des Cinq-Cents de la Boulè 🔄 de la démocratie athénienne 🔄), astronome (en) (notamment créateur d’un planétaire ⤴️ et calculateur de la circonférence de la Terre par méthode de mesure de l’arc (en)), géographe (en) (grâce à de nombreux voyages autours de la Méditerranée : Grèce, Hispanie, Italie, Sicile, Dalmatie, Gaule, Ligurie, Afrique du Nord et sur les rives orientales de l’Adriatique.), historien (auteur d’un ouvrage continuant celui de Polybe sur la conquête romaine de la Méditerranée), mathématicien (en) (tentant notamment de prouver le cinquième postulat de géométrie d’Euclide.), et sixième scholarque 🔄 du Portique ⤵️ à la mort de son maître, Panétios de Rhodes 🔄, en -112.
(ca. -135 ⏳, à Apamée, une des quatre satrapies qui formaient la Séleucide, sur la côte méditerranéenne de la Syrie actuelle — ca. -51 ⏳, à Rhodes ou à Rome) 🔍
IX Du nom propre grec ancien Εὔδοξος ὁ Κνίδιος / Eúdoxos ho Knídios (en);
Astronome, géomètre (élève du pythagoricien Archytas de Tarente), médecin (élève de Philistion de Locres) et philosophe, il composa plusieurs ouvrages dont aucun ne nous est parvenu, sauf son traité sur Les Phénomènes qui se retrouve presque en entier dans la première partie du poème d’Aratos X.
(ca. -395, à Cnide — ca. -342, à Cnide) ⏳ 🔍
X Du nom propre grec ancien Ἄρατος (en) ὁ Σολεύς / Áratos ho Soleús ;
Poête grec, dont seuls les Phénomènes, un poème de 1 154 vers en grec sur l’astronomie, est parvenu jusqu’à nous. La première partie expose pour l’essentiel les idées d’Eudoxe sur les positions respectives des constellations, à quoi l’auteur ajoute des considérations sur la catastérisation XI, transformation des êtres en astres ou constellations. La seconde partie provient du Des Signes du temps de Théophraste, premier ouvrage de prévisions météorologiques en Europe.
(fl. IIIème siècle AEC, à Soles, sur les côtes méditerranéenne au sud de l’actuelle Turquie — lieu de décès indéterminé) 🔍
XI Du nom commun grec ancien καταστεισμός / katasterismós, « catastérisme, dessin formé par les étoiles, disposition des étoiles dans une constellation » Jean Martin Pallas n°59, p.21; du verbe καταστερίζω / katasterízō, « catastériser, représenter sous la forme d’une constellation » Ibid., p.20;
➥ du préfixe κατά- / katá- (en), « Qui vient du bas »;
➥ + du nom commun ἀστήρ / astḗr, « corps céleste ».
XII Œuvres complètes de Voltaire. Volume 21. Romans. L’Histoire de Jenni ou le Sage et l’Athée, Chapitre VIII. Dialogue de Freind et de Birton sur l’athéisme, p.554
(également disponible ici et une édition de 1868 là)
S. Gallus, un savant, vous ne l’ignorez pas, se trouvait un jour chez Marcellus, son ancien collègue du consulat, et, entendant parler d’un phénomène semblable, il fit apporter la sphère céleste que l’aïeul de Marcellus se réserva jadis comme le seul monument de sa victoire à la prise de l’opulente et magnifique Syracuse.
J’avais entendu souvent citer cette sphère, à cause de la grande renommée d’ Archimède, et je n’y trouvai rien de remarquable au premier abord; elle me parut même inférieure à cet autre globe, plus connu, du même Sicilien, et que Marcellus aussi consacra dans le temple de la Vertu. Mais aussitôt que Gallus, avec sa science profonde, eut commencé l’explication de ces rouages admirables, je reconnus à l’habile inventeur un génie vraiment surhumain.
Gallus nous apprit que la sphère solide et pleine est une ancienne invention due à Thalès de Milet; dans la suite, Eudoxe de Gnide, disciple de Platon, traça, paraît-il, les constellations suspendues à la voûte des cieux; puis longtemps après, empruntant le système d’ Eudoxe, Aratus, étranger à l’astronomie, mais inspiré par la seule force de son instinct poétique, chanta dans ses vers l’admirable ordonnance des corps célestes.
Gallus ajoutait que le genre de sphère qui retrace la marche du soleil, de la lune et des cinq étoiles nommées errantes ou irrégulières, était bien différent de la sphère solide, à laquelle ne pouvaient s’appliquer les mêmes évolutions, et l’art merveilleux d’ Archimède était d’avoir si bien combiné sa nouvelle œuvre que, dans le jeu de mouvements disparates, une seule impulsion donnait le cours inégal et différent de tous les astres.
Gallus, en effet, touchait-il à cette sphère, chaque tour de cercle amenait la lune à la place du soleil, comme elle lui succède toutes les nuits au firmament, puis encore, de même qu’au ciel, tantôt le soleil disparaissait, tantôt la lune tombait dans l’ombre de la terre, quand le soleil reparaissait à l’horizon...
| 1 Caïus Sulpicius Gallus, consul en 166 avec M. Claudius Marcellus, petit-fils du Marcellus qui combattit Annibal et s’empara de Syracuse après un siège fameux. Cicéron parle de ce Gallus avec éloge dans le De Oratore (liv. I, chap. 53), dans le Brutus (chap. 20), dans le De Officiis (liv. I, chap. 6), dans le De Senectute (chap. 16 XIV.). |
| 2 En revanche, Marcellus, d’après Plutarque lVdHI. VdM. éd.1853, pp.168-169, avait transporté à Rome ce qu’il y avait de plus beau à Syracuse en tableaux et en statues. |
| 3 Eudoxe, dit de Cnide, mathématicien et astronome, vivant au IVe siècle avant J.-C. Il avait composé un traité des Phénomènes qui se retrouve en grande partie dans le poème d’Aratus, dont il va être question. |
| 4 Aratus est un poète alexandrin, contemporain ou à peu près de Théocrite 🔄. Ainsi qu’il le dit plus loin, Cicéron avait traduit son poème des Phénomènes et Pronostics. |
Chapitre XVI.
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- Textes latin
| 1 Cod. primâ manu vello, secundâ bello. |
| 2 Ita in cod. constanter Lacœdemonius et Lacœdemon curm diphthongo in secundâ syllabâ, cùm vulgo scribatur in tertiâ. Vaticanæ scripturæ favet gentile lacœna, et vocis etymologia, siqua est, ex δῆμος 📚 |
| 3 Eadem locutio est in sacris litteris Matth. XXVII. 45, Marc. XV. 33. |
| 4 Cod. illut pro illud. |
| 5 Intermenstruo superadditum est secundâ manu. |
| 6 Cod. primâ manu tum, secundâ tunc. |
| 7 Ita cod. |
| 8 Cod. junis pro juniis. |
| 9 Cod. primâ manu superioris, secundâ superiores. |
| 10 Cod. primâ manu quinctilibus; mox deleta c, quod fieri non fuit necesse, propter alia in vetustis codicibus exempla. |
(également disponible ici et une édition de 1868 là)
- Traductions
NdA de trad. Francois Villemain 1823
I Du nom propre grec ancien Περικλῆς / Periklễs (en);
➥ de la préposition περί / perí, « 1. (Avec le génitif) : • Autour de; • Pour : au sujet de, en vue de; • Par-dessus, au-dessus de. 2. (Avec le datif) : • Autour de : (Sens figuré) Autour de, de manière à envelopper ; (Par suite) Aux environs de, dans le voisinage de, dans les environs de; • Pour : Au sujet de ; À cause de, par suite de. 3. (Avec l’accusatif) : • Autour de : (Devant nom de personne ou de lieu) : - Au bord de, le long de ; - Contre (comme contre un mur) ; - (Par suite) Dans la région de; (Devant un nom de personne) Dans l’entourage de; • Pour : En vue de; À l’égard de. »;
➥ + du nom commun κλέος / kléos, « 1. Ouï-dire, bruit, renommée. 2. Bonne réputation, gloire, renommée. 3. Action glorieuse. »;
Stratège, orateur, homme d’État et général athénien très influent durant l’Âge d’Or d’Athènes (aussi appelé pentécontaétie, « période de cinquante ans »), en particulier entre les guerres médiques 🔄 (-490 — -479) et la guerre du Péloponnèse II (-404 — -479). Il serait aussi à l’origine de projets de construction de la plupart des structures encore présentes aujourd’hui sur l’Acropole d’Athènes (cf. Plan d’Athènes 🔄 et de son Acropole III) dont le Parthénon IV.
(-495, à Athènes — -429, à Athènes, en succombant à la peste d’Athènes) ⏳.
II Du nom propre grec ancien Πελοπόννησος / Pelopónnēsos (en), « l’île de Pélops »;
➥ du nom propre Πέλοψ / Pélops (en), « (Mythologie grecque) Roi de Pise, cité grecque de l’Élide, située à l’ouest de la péninsule du Péloponnèse sur la mer Ionienne 🔄 entre la Messénie et l’Achaïe. »;
➥ probablement de l’adjectif πέλλος / péllos (en), « de couleur foncée, sombre »;
➥ + du nom commun ὤψ / ṓps (en), « œil »;
➥ + du nom commun νῆσος / nêsos (en), « île »;
Péninsule du sud de la Grèce 🔄, et région la plus méridionale des Balkans. Elle est reliée à la Grèce continentale par le pont terrestre de l’isthme de Corinthe, aussi appelé Mégaride, qui sépare le golfe de Corinthe, situé en mer Ionienne, et le golfe Saronique, situé en mer Égée.
III Du nom commun grec ancien ᾰ̓κρόπολῐς / akrópolis (en), « ville haute »;
➥ de l’adjectif ἄκρος / ákros, « 1. Au bord, extrême, début, fin : le plus à l’extérieur (surtout du haut). 2. Pointu, tranchant. 3. Étant le plus de toute caractéristique : le meilleur, le plus ancien, le premier. »;
➥ du nom commun πόλις / pólis (en), « 1. Ville : • La citadelle athénienne; • Sa ville ou son pays. 2. Tout un pays, comme dépendant et appelé d’après sa ville : Cité-état. 3. Communauté : • L’état; • Le droit de citoyenneté. 4. Un type de jeu de plateau. »;
Citadelle construite sur la partie la plus élevée et la mieux défendue d’une cité de la Grèce antique. Le terme est généralement utilisé pour désigner l’Acropole d’Athènes, mais chaque ville grecque possédait sa propre acropole.
IV Du nom propre grec ancien Παρθενών / Parthenṓn (en); de l’adjectif παρθένος / parthénos (en), « 1. Vierge, virginal. 2. Chaste. »;
Trésor grec V, situé sur l’Acropole d’Athènes, destiné à la conservation d’une sculpture chryséléphantine de la déesse Athéna, l’Athéna Parthénos, que les Athéniens considéraient comme la patronne de leur cité.
V Du nom commun grec ancien θησαυρός / thêsaurós (en), « 1. Trésor. 2. Coffre-fort, dépôt, coffre. »;
Édifice où l’on dépose des objets de valeur.
VI Poète, dramaturge, écrivain, historien 🔄 et annaliste de l’époque de la République romaine, dont seuls quelques fragments de son œuvre nous sont parvenus.
(-239 ⏳, à Rudiae, dans la région historique de Apulie de la Grande-Grèce, actuelle région des Pouilles du sud de l’Italie — -169 ⏳, à Rome) 🔍
(également disponible ici et une édition de 1868 là)
Périclès, à qui son éloquence, son crédit, son habileté donnaient le premier rang dans sa patrie, voyant les Athéniens frappés de terreur à la suite d’une éclipse de soleil, profita des connaissances puisées à l’école de son maître Anaxagore pour apprendre à ses concitoyens que de semblables effets se répètent, dans un intervalle précis et déterminé, quand la lune est placée toute entière devant l’orbe du soleil, et que, s’ils ne se reproduisaient pas nécessairement à chaque période lunaire, ils ne pouvaient cependant arriver qu’à chaque période.
Cette démonstration raisonnée calma le peuple, car c’était alors une découverte nouvelle, l’obscurcissement du soleil par l’interposition de la lune, et Thalès de Milet en eut, dit-on, la première prescience. Plus tard, notre Ennius n’ignora pas non plus cette loi sidérale, et vers l’an 350 de la fondation de Rome, écrit-il, aux nones de juin, « le soleil fut couvert par la lune et la terre plongée dans les ténèbres. »
Tel est du reste le point auquel sont arrivés aujourd’hui l’art et les calculs astronomiques : depuis cette époque, consignée dans Ennius et les Livres des Pontifes, on a pu compter toutes les éclipses précédentes, en remontant jusqu’à celle des nones de juillets, sous le règne de Romulus, ténèbres au milieu desquelles ce roi, en dépit de notre périssable nature et d’une fin tout humaine, passe pour être monté aux cieux dans l’apothéose de sa vertu.
| 1 L’éclipse de soleil dont il s’agit ici, et dont Plutarque fait mention dans la Vie de Périclès, s’est produite dans la deuxième année de la guerre du Péloponnèse (430 av. J.-C.). |
| 2 Ennius avait composé un grand poème en hexamètres sur l’histoire romaine. |
NdA De Legibus
I Datif (en) / ablatif pluriel du nom commun lex (en), « 1. Proposition ou motion de loi faite au peuple par un magistrat, projet de loi. 2. (au sens figuré) Projet de loi qui est devenu une loi, loi, statut. 3. (au sens figuré) Précepte, règlement, principe, règle, mode, manière. 4. (au sens figuré ) Contrat, accord, pacte. 5. (au sens figuré) Condition, stipulation. ».
Chapitre XI.
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- Texte latin
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1 Vulg. hæc leguntur depravata turpiter, Vicepotæ potius vincendi atque potiundi, statassandique cognomina, Statoris et Invicti Jovis. Gôrenz verba illa vincendi, potiundi, et standi, ut glossemata, uncis inclusit. Schütz, suo more, omnino delevit, Nos tantum mutavimus, Gronovio et Davisio ducibus, barbarum verbum statassandi. |
(également une édition de 1864 disponible ici et une édition de 1868 là)
- Traductions
Conserver les rites de la famille et des ancêtres, c’est en quelque manière garder une religion transmise par les dieux, car l’antiquité est voisine des dieux.
Quant à ceux d’entre les hommes qui ont été divinisés, comme Hercule et les autres, la loi, en nous ordonnant de les honorer, nous enseigne que, si toutes les âmes sont immortelles, celles des héros sont divines. On a bien fait aussi de consacrer l’Intelligence, la Piété, le Courage, la Bonne Foi; les temples élevés dans Rome à ces vertus font connaître aux gens de bien, qui en sont tous doués, que leur âme est le sanctuaire de la divinité. Les Athéniens en revanche commirent une faute quand, après les cérémonies expiatoires accomplies, sur l’avis du Crétois Epiménide I, pour se laver du sacrilège dont ils s’étaient rendus coupables en poursuivant Cylon 2, ils élevèrent un temple à l’Affront et à l’Impudence 3. Ce sont les vertus, non les vices, qu’il faut consacrer. Sur le mont Palatin se dresse un vieil autel dédié à la Fièvre, un autre sur l’Esquilin à la Fortune 4 mauvaise et maudite; tous les monuments de cette sorte il faut les condamner. Que si l’on veut forger des noms, ce soient plutôt des noms tels que Vicepota de "vincere" et "potiri" (vaincre et se rendre maître), Stata de "stare" (demeurer debout); ou des surnoms tels que Stator et Invaincu donnés à Jupiter; ou encore des noms de choses désirables comme le Salut, l’Honneur, l’Abondance, la Victoire. Comme l’attente d’événements heureux relève le courage, c’est avec raison que Calatinus a consacré l’Espérance 5. J’approuve que l’on consacre la Fortune ou même la Fortune de ce jour, car c’est tous les jours qu’elle peut servir, ou encore la Fortune Respiciens, c’est-à-dire secourable, même le Hasard qui comprend les événements incertains; soit enfin la Fortune Primigénie 6 qui préside à notre génération, la Fortune Compagne. Alors. . . . . . .
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1. La parole de Thalès à laquelle Cicéron fait allusion paraît bien être le mot connu : πάντα εἶναι πλήρη θεῶν. Il faut observer cependant que cette parole paraît s’accorder mieux avec la manière de voir des Perses qu’avec celle que défend Cicéron. |
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2. On sait que Cylon, qui avait un moment réussi à s’emparer du pouvoir, prit la fuite, et que ses complices, qui s’étaient réfugiés dans le temple de Pallas, furent massacrés. Une peste désola ensuite Athènes et Solon appela le Crétois Epiménide, dont on vantait la piété, pour purifier la ville. |
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3. Zénobius II (Proverbium de Impudentia) rapporte que d’après Théophraste IV, il y avait à Athènes des autels dressés à la Violence Ὕϐρις et à l’Impudence Ἀναίδεια. |
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5. A. Atilius de Calatie, consul en 258 et 254 avant J.-C., dictateur en 249, remporta une victoire sur les Carthaginois et obtint les honneurs du triomphe. |
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6. Le Hasard avait son temple au-delà du Tibre, la Fortune Primigénie, c’est-à-dire première-née, en avait un bâti, selon Plutarque, par Servius, au Capitole et un autre sur le mont Quirinal. |
(également disponible ici)
NdA de trad. Charles Appuhn 1965
I Du nom propre grec ancien Ἐπῐμενίδης / Epimenídēs (en);
Poète et iatromante crétois, actif :
• Selon Platon, à la fin du VIème / début du Vème siècles AEC Les Lois l.I; il aurait prédit aux athéniens les guerres médiques 10 ans au paravant et la défaite des Perses.
• Selon Plutarque, à la fin du VIIème siècle AEC lVdHI. l.I - VdS. c.XV.; il serait venu à Athènes expier les profanations du massacre des complices du conspirateur Cylon par l’archonte Mégaclès, se serait lié d’amitié avec Solon, l’aurait aidé à rédiger ses lois, et serait plus précisemment originaire de Phaistos (au sud de la Crète).
II Du nom propre grec ancien Ζηνόβιος / Zēnóbios (en);
➥ du nom propre Ζήν / Zḗn (en); forme poétique de Ζεύς / Zeús (en);
➥ + du nom commun βῐ́ος / bíos (en), « la vie (souvent avec une connotation positive) »;
Sophiste 🔄 grec qui enseignait la rhétorique à Rome sous l’empereur Hadrien III (règne de 117 à 138).
Le traducteur, Charles Appuhn, fait référence ici au proverbe :
« 4.36. Θεὸς ἡ Ἀναίδεια: αὕτη τέτακται ἐπὶ τῶν δι᾿ ἀναισχυντίαν τινὰ ὠφελουμένων. Φησὶ Θεόφραστος ἐν τῷ περὶ Νόμων, Ὕβρεως καὶ Ἀναιδείας παρὰ τοῖς Ἀθηναίοις εἶναι βωμούς. »
« 4.36. L’impudence est un dieu : il a été établi sur ceux qui bénéficient de l’impudence. Théophraste dit dans son ouvrage « Sur les lois » que parmi les Athéniens il y a des autels de la violence et de l’impudence. »
Ἑκατοντάς Δ΄, §36.
(fl. première moitié du IIème siècle EC) 📚
III En latin Imperator Cæsar Traianus Hadrianus Augustus;
Publius Aelius Hadrianus, dit Hadrien, est un empereur romain lettré, poète et philosophe à la réputation pacifique, de la dynastie des Antonins.
(24 janvier 76 ⏳, à Italica, près de Séville, — 10 juillet 138 ⏳, à Baïes, près de Naples)
IV Du grec ancien Θεόφρᾰστος / Theóphrastos;
➥ de θεός / theós, « divin, dieu, divinité »;
➥ + φράζω / phrázō, « faire connaître, raconter, expliquer, conseiller »;
➥ + le suffixe adjectival récessif -τος / -tos;
Philosophe grec et élève d’Aristote, il fut le premier scholarque V du Lycée 🔄, de -322 à sa mort ; botaniste et naturaliste, polygraphe ou encore alchimiste.
Il se nommait Tyrtamos (en grec ancien Τύρταμος) de son véritable nom; c’est Aristote qui le surnomma « Théophrastos », littéralement « divin parleur » :
« 4. Cette ville d’Eressos a vu naître Théophraste et Phanias, tous deux philosophes péripatéticiens VIII, tous deux disciples et amis d’ Aristote. Théophraste s’était appelé d’abord Tyrtamos, c’est Aristote qui changea son nom et l’appela Théophraste, dans le but apparemment de ne plus entendre ce premier nom, si dur, si discordant, mais en même temps aussi pour signaler à tous la passion de beau langage qui animait son disciple. »
Géographie de Strabon. Livre XIII. Chapitre II. 4. (également disponible ici).
(-371 ⏳, à Eresós, sur l’île de Lesbos VII, — -288 ⏳, à Athènes)
V Du grec ancien σχολάρχης / skholárkhês;
➥ de σχολή / skholế, « loisir, temps, libre, repos, lieu où se passe les loisirs, où les cours sont donnés, école »;
➥ + de ἄρχω / árkhô, « faire le premier, commencer; être le premier, commander »;
Directeur d’une école de philosophie.
VI Du grec ancien Λέσβος / Lésbos; Le nom signifiait à l’origine « boisé, couvert de forêt », peut-être un emprunt Hittite, car le nom Hittite d’origine de l’île était Lazpa;
Île grecque de la périphérie d’Égée-Septentrionale, située dans le nord-est de la mer Égée à moins de 15 kilomètres du rivage turc. Le terme de lesbienne découle de la poésie antique de Sappho VII, qui est née à Lesbos.
VII Du grec ancien Σαπφώ / Sapphṓ;
Poétesse grecque très célèbre durant l’Antiquité, elle est considéré comme l’une des neuf poète.sse.s lyriques de la Grèce antique. Son œuvre poétique ne subsiste plus qu’à l’état de fragments (papyrus d’Oxyrhynque n°7 📚, notamment). Elle est connue pour avoir exprimé dans ses écrits son attirance pour les jeunes filles, d’où le terme « saphisme » pour désigner l’homosexualité féminine, tandis que le terme « lesbienne » est dérivé de Lesbos, l’île sur laquelle elle a vécu.
(fl. VIIème — VIème siècles AEC, à Mytilène sur l’île de Lesbos VI)
VIII Du grec ancien περῐπᾰτητῐκός / peripatētikós, « qui se promène »;;
➥ de περῐπᾰτέω / peripatéō, « se promener »;
➥ de περῐ / perí, « autour »;
➥ + πατέω / patéō, « marcher »; de πάτος / pátos, « chemin »;
➥ + le suffixe adjectival -τῐκός / -tikós;
Courant philosophique d’Aristote qui enseignait au Lycée d’Athènes en marchant avec ses élèves :
« Les sectateurs d’Aristote furent nommés péripatéticiens, parce qu’ils dissertaient en se promenant dans le Lycée. »
Œuvres Complètes de Cicéron. Académiques II. Livre Premier. IV..
(également disponible ici)
Garder les rites de sa famille et de ses pères, c’est garder une religion pour ainsi dire de tradition divine ; car l’antiquité se rapproche des dieux.
Quand la loi prescrit le culte de ceux d’entre les hommes qui ont été sanctifiés, comme Hercule et les autres, elle indique que si les âmes de tous sont immortelles, celles des bons et des forts sont divines 3. Il est bien que la raison, la piété, la force, la foi, soient consacrées par l’homme : ainsi Rome leur a dédié des temples, afin que ceux qui les possèdent (et tout homme de bien les possède) croient que leur âme est habitée par des dieux 4. Ce qui est mauvais, c’est ce qu’on fit à Athènes, lorsque après l’expiation du crime de Cylon 5, sur le conseil d’ Épiménide de Crète, on éleva un temple à l’Affront et à l’Impudence ; ce sont les vertus et non les vices qu’il faut consacrer. Un autel antique est dressé, sur le mont Palatin, à la Fièvre ; un autre, sur l’Esquilin, à la Fortune mauvaise et maudite : tous les monuments pareils doivent être proscrits. S’il faut inventer des surnoms, il faut plutôt en choisir qui expriment la victoire et la conquête, comme Vicepota 6 ; l’immutabilité, comme Stata ; ou des surnoms tels que ceux de Jupiter Stateur et Invaincu ; ou bien que ce soient les noms de choses désirables, comme le salut, l’honneur, le secours, la victoire. Ainsi, comme l’attente des biens relève les courages, Calatinus a eu raison d’élever un temple à l’Espérance 7. La fortune aussi peut en avoir, soit la Fortune de ce jour 8 car ce titre peut se rapporter à tous les jours ; soit la Fortune Respiciens, c’est-à-dire secourable ; soit celle du hasard, qui regarde plutôt les événements incertains ; soit la Fortune Primigènie, qui préside à la naissance ; soit la Fortune compagne, ou......
| 1. — XI. Pythagore disait que les hommes deviennent meilleurs lorsqu’ils s’approchent des dieux (Plut., de Sperst.(169e), et de Orac. defect.[7]); ou, selon la version de Sénèque, qu’ils changent d’esprit en entrant dans un temple, en voyant de près l’image des dieux, en écoutant un oracle (Epist. 94[116]). Suivant Thalès, le monde était animé et plein des dieux (Diog. Laert., I, 27) ici traduit par dieux, mais aussi par esprits et âmes. L’interprétation que Cicéron donne de leur pensée n’est pas incontestable; elle est entachée d’idolâtrie. (Wagner.) 2. — Ibid. On comprend peu comment la même raison fait placer les temples dans les villes, et les bois sacrés dans les campagnes : c’est sans doute pour que les habitants des campagnes comme ceux des villes aient à leur portée un lieu d’oraison et de recueillement. Ces bois étaient de simples bocages : aussi, malgré Cicéron, il y en eut toujours dans les villes; c’étaient comme les jardins des temples. 3. — Ibid. Ceci est plus poétique que philosophique. Cette distinction des âmes immortelles et des âmes divines n’est point réelle, ou n’est pas assez certaine pour être affirmée. Il y a dans cet ouvrage même des principes qui la combattent. Cicéron revient souvent à cette idée, qui ressemble à la doctrine du petit nombre des élus, mais qui n’a point l’appui des mêmes arguments; et il est permis de n’y voir qu’une concession aux croyances de son temps, et une illusion du vainqueur de Catilina, qui espérait que les sauveurs de la patrie seraient admis parmi les dieux indigètes. (Nat. des Dieux, II, 24XXIV. ; Devoirs, III, 5. ; Républi., VI, 7VII. ; Lactance, I, 15CAPUT XV., etc.) 4. — XI. Les temples de toutes ces vertus existaient en effet à Rome (Nat. des Dieux, II, 23XXIII.). Lactance blâme l’approbation donnée par Cicéron à ce culte allégorique, qui lui parait propre à substituer l’adoration des vertus déesses à l’amour des vertus pratiques. « C’est la vertu, dit-il, qu’il faut honorer, et non son image » (I, 20CAPUT XX.). Turnèbe veut placer ici une phrase que Lactance rapporte, et que l’on trouvera parmi les Fragments ; il y est question des statues de l’Amour que l’on voyait dans les gymnases grecs : c’est évidemment à cette idée qu’elle se rapporte ; mais placée au lieu indiqué par Tunèbe, elle se lierait difficilement à ce qui précède, et donnerait lieu de supposer une lacune plus étendues. |
5. — Ibid. Cylon, athénien, vainqueur aux jeux olympiques, s’était emparé, par l’ordre d’un oracle, de la citadelle. Assiégé par les Athéniens, et réduits à la famine, il parvint à s’évader avec son frère, et ses compagnons se réfugièrent en suppliants au pied de l’autel qui était dans l’Acropole ; ceux à qui la garde en fut confiée les séduisirent par des fausses assurances, et les immolèrent, ainsi que quelques autres qui s’étaient retirés près de l’autel des Euménides (Thucydide, I, 126CXXVI.). Pour expier ce crime, on fit venir de Crète Épiménide, dix ans avant la guerre Persique (Platon, Lois, I ; Diog. L., I, 110), et des autels furent élevés à l’Affront et à l’Impudence. Il parait qu’Épiménide consacra ces autels dans la même intention que le roi Tullus avait élevé des temples à la Pâleur et à la Peur, non pour les adorer, mais pour les apaiser et détourner leurs coups (liv. I, 27 XXVII.(7)). La même observation doit s’appliquer aux autels de la Fièvre et de la mauvaise Fortune (Nat. des D., III, 25 XXV.). 6. — XI. On trouve Vicepota ou Vicapota, dans Tite Live, II, 7, et la déesse Stata, dans Festus. L’origine du titre Stator est connue (Tite Live, I, t2 XII. ; Ovid., Fast., VI, V. 793§§791-794). Il y parle aussi de celui d’Invictus (Ibid., v. 650§§649-650). 7. —Ibid. Il y avait à Rome des temples érigés au Salut, sur le Quirinal (ad Att., IV, I ; Plin., H. N. XXXV, 4 VII.); à l’Honneur (Tite Live, XXVII, 25 XXV.); au Secours (Varr., de Ling. lat., IV, 10 ; Macr., Sat. I, 10 X., XII.); à la Victoire, à l’Espérance (Nat. des D., II, 23 XXIII.), etc. 8. —Ibid. Le temple de la Fortune de ce jour avait été dédié par Q. Catulus, à l’époque de la guerre des Cimbres, en 651📚 ; celui de la Fortune Respiciens était auprès du temple de Jupiter vainqueur (Plut., Quest. Rom.)§74. Servius Tullius invoqua le premier, la Fortune du hasard, dont le temple, situé près du Tibre, fut réparé par Carvilius, pendant la guerre de Toscane (Tite Live, X, 46 XLVI. ; Ovid., Fast., VI, V. 773 §§771-784). Le temple de la Fortune primigénie, déesse de la naissance, fut aussi voué par le même roi, et plus tard par P. Sempronius, pendant la deuxième guerre Punique (Tiv., xxxiv, 53 ; XLIII, 13)XXXVI.. L’épithète de Comes, compagne, était aussi un surnom divin de la Fortune ; mais en cet endroit le texte est interrompu et peut-être altéré. |
(également une édition de 1864 disponible ici 📚 et une édition de 1868 là)
Les 4 Bois Sacrez doivent être conservez par la même raison qne les temples.
Le culte 5 que maîtres & domestiques nous rendons au Lares à la vûe de nos maisons de campagne & dans les 6 carrefours de nos Domaines , est une institution de nos ancêtres que nous ne devons point rejetter.
Pour ce qui est des 7 cérémonies propres à chaque famille , & que nous avons recues de nos péres , ce ne nous est pas une moindre obligation de les garder , que si nous les tenions des Dieux mêmes ; puisque ceux qui nous les ont transmises étoient assez proches d’eux pour les avoir reçues de leurs mains.
Quand la Loi nous ordonne de rendre les honneurs divins à ceux d’entre les 8 hommes que nous avons consacrez , comme Hercules & les autres ; il faut entendre qu’à la vérité les ames de tous les hommes sont immortelles , mais que celles des Héros sont divines.
À la bonne heure que l’Intelligence , le Courage , la Fidélité , la Religion ayent des temples , comme 9 ces vertus en ont toutes dans Rome , afin que les gens de bien , qui constament en sont douez , puissent penser qu’ils sont les temples vivans de ces divinitez. 10
Mais , ce qui n’est pas supportable , c’est qu’à Athênes on ait élevé un temple à l’Ignominie & à l’Impudence ; comme on fit à l’instigation d’Epiménides de Crete , après que l’on eût expié 11 le crime de Cylon : car s’il est à propos de consacrer les vertus , il est indigne que l’on fasse le même honneur aux vices. Ainsi cet ancien 12 Autel dédié à la Fiévre sur le mont Palatin , un autre à la mauvaise Fortune sur l'Esquilin , & tout autant qu’il se trouvera de monumens semblables , doivent être regardez avec exécration.
Mais si nous voulons forger des noms à l’envi des Poétes , que ce soit plûtôt dans le sens de vaincre , de recueillir les fruits de la victoire , 13 d’arrêter une déroute , tels que sont ceux de Stateur & d’Invaincu que nous avons donnez à Jupiter ; & que ces noms se rapportent à des 14 choses desirables , comme le salut , l’honneur , le secours , & la victoire , puisque l’attente des bonnes choses peut servir à nous relever le courage. Nous ne trouverons donc pas mauvais que Calatinus ait consacré l’Espérance , nous passerons à un autre qu’il ait divinisé la Fortune , ne fût - ce que de ce jour , aussi bien sa puissance s’étend sur tous les jours , à un autre la fortune secourable , à celui -ci le hasard qui préside aux événemens imprévus , à celui là la fortune primitive qui nous accompagne depuis le commencement de notre vie ,
| 1. Pythagore ] Chef de la secte dite Italique , étoit de Samos , & vivoit vers l’an 534 avant J.C. Il faisoit sa demeure ordinaire à Crotone , Métapont , & Tarente. Il excella particulièrement dans les Mathématiques , & fut le premier des Philosophes qui soutint l’immortalité de l’ame. Il mourut l’an 497 ou 98 avant J.C. |
| 2. Thales ] le premier des sept Sages de la Gréce , Auteur de la secte Ionienne , ainsi nommée à cause de Milet en Ionie sa patrie. Il mourut âgé de 90 ans ou environs vers l’an 545 avant notre Ere. |
| 3. Ils s’en font une image visible. ] L’ascendant qu’à sur nous notre imagination , & l’habitude où nous sommes de nous représenter les êtres corporels , fait que quoique Dieu ne puisse être l’objet que de notre entendement , cependant nous ne laissons pas de nous en faire une idée , sous laquelle nous l’appercevons , non pas tel qu’il est , mais tel que cette faculté inquiéte , & qui cherche à se fixer dans la contemplation de l’infini , se le peut figurer par la soustraction des matérialitez. |
| 4. Bois Sacrez. ] Les Romains n’ont pas été les seuls qui ayent eu une vénération particulière pour les bois. Tout le monde sçait que ce fut une occasion de scandale qui subsista longtems parmi le peuple chéri de Dieu , & que les meilleurs Rois de Juda eurent bien de la peine à déraciner cette superstition du cœur de ce peuple. |
| 5. Culte que nous rendons aux Lares. ] Les fêtes à l’honneur des Lares étoient marquées dans le Calendrier au second de Mai. On ne laissoit pas cependant de les célébrer à plusieurs reprises suivant l’ordre qui en étoit donné par les Prêtres ou le Préteur. Elles s’appelloient Compitales du mot latin qui signifie carrefour , lieu où elles se célébroient par les Esclaves , qui jouissoient pendant ce tems-là d’un intervalle de liberté. La part que prenoient les Maitres dans ces sacrifices étoit marquée par autant de figures de cire & de laine , qu’il y avoit de personnes de condition libre dans la famille. On faisoit aussi des Jeux , dont les Maitres Voyers avoient l’Intendance ; ils furent instituez par Servius Tullius. On en peut voir l’histoire dans Pline l.36. c.LXX c. 27. Macrob. c. 7. Sat. l. I. fin Chap. VII. |
| 6. Carrefours. ] Les Romains ne bâtissoient pas des Temples à leurs Divinitez indifféremment en tous lieux ; ils en consacroient aux uns dans l’enceinte de la Ville , aux autres à la campagne , à ceux-ci dans les carrefours , à ceux-là sur les montagnes. Rosin. |
| 7. Cérémonies propres à chaque famille. ] Il y avoit des fêtes particulières & propres aux familles. Les familles Claudia , Emilia , Julia , Cornelia , avoient les leur. Elles avoient aussi leurs Liturgies. Macrob. I. Sat. c. 16. §2 Chap. XVI. |
| 8. Hommes consacrez. ] Cicéron fait trois classes de Divinitez ausquelles se doit rapporter le culte des Romains. La première des Dieux qui ont été de tout tems ; la féconde des Dieux qui le sont devenus par leurs grandes actions ; & la troisième des Vertus divinisées , qui sont comme les degrez par où l’on s’éléve au Ciel. Les Dieux dont il s’agit ici sont de la seconde classe , & on les appelloit Indigetes. |
| 9. Temples des Vertus. ] Ces Vertus avoient chacune des Temples & des Autels ; l’Esprit dans le Capitole , consacré par T. Otacilius [22,10] §2 (10) ; la Piété par M. Acilius Glabrio c.[34] §[5] ; la Valeur par Scipion le Numantin fin de page, « hardiesse » ; la Vertu & l'Honneur par Marcellus Plut. dlFdR. §[5] Plut. VdHI. [28] XXXVIII. ; & la Fidélité par Numa T-L. AUC. l.I. c.XXI. (4). Cic. 2. de nat. Deor. XXIII. |
| 10. Divinitez . . . mais ce qui n’est pas supportable. ] Turnébe croit qu’il faut rapporter ici un fragment cité par Lactance , ID. l.I. c.20. §9 » Cicéron , dit-il , » nous apprend que la Gréce fit une » entreprise bien grande & bien ha- » zardeuse lorsqu’elle consacra des re- » présentations de Cupidons & d’A- » mours dans ses lieux d’éxercice. Il » flatte Atticus , mais en le flattant il » se moque de lui ; car il ajoûte que » s’il sied bien d’avoir de la vénéra- » tion pour les Vertus , il ne convient » nullement de respecter les vices. Ce fragment ne rempliroit pas toute la lacune. |
| 11. Le crime de Cylon. ] Cylon voulut s’emparer de la Citadelle d’Athênes pendant les Jeux Olympiques 600 ans avant J.C. mais son entreprise n’ayant pas réussi , il fut obligé de prendre la fuite avec son frére. Ses complices se voyans abandonnez, cherchérent un asile à l’Autel de Minerve : cependant Mégacles leur ayant persuadé de comparoir en Jugement pour se défendre de l’accusation , en leur conseillant néanmoins pour plus grande sûreté de tenir toujours le bout d’un filet , dont l’autre extrémité seroit attachée à la Statue de la Déesse , le malheur voulut que le filet se rompît : ce qui donna lieu au perfide Mégacles & aux gens qu’il commandoit de les massacrer. Ce violement d’asile attira beaucoup de malheurs sur les Athéniens ; pour remédier ausquels , outre les autres mesures que l’on prit , on fit venir de Créte le Philosophe Epimenides , qui étoit en réputation d’avoir des secrets admirables pour les expiations , & qui fut le premier qui s’avisa de purifier la ville & les campagnes. Thucidid. HdlGdP. l.I. c.CXXVI. Herod. l.5. c.LXXI. Plutarq. Vie de Solon [12] XIV. |
| 12. Autel dédié à la Fiévre. ] Selon Val. Maxime A&PM. l.2. c.V. §6. , la Fiévre avoit trois temples à Rome. Elle étoit de ces Divinitez qu’on n’honoroit pas pour qu’elles fissent du bien , mais pour qu’elles fissent moins de mal. |
| 13. D’arrêter une déroute. ] Statassandi est un mot si extraordinaire , qu’il faudroit , comme dit Turnebe , un Oedipe pour le deviner. Je l’ai traduit comme un équivalent de Stare faciendi , ou de sistendi. D’où vient le surnom que Romulus donna à Jupiter , dans le tems qu’entraîné lui-même par la déroute des siens , il voyoit les Sabins déjà maîtres de la Citadelle , prêts à s’emparer du peu de terrain qui restoit aux Romains. M. Attilius Regulus fit un semblable vœu dans la guerre contre les Samnites T-L. AUC. l.X. c.XXXVI.. On l’honoroit aussi jupiter sous le nom d'invaincu 📚. Ovid. Fast. l.6. §§791-794 |
| 14. Choses desirables. ] Le Salut , l’Honneur , le Secours , la Victoire , & l’Espérance , avoient leurs Temples à Rome. Mais il n’y avoit aucune de ces choses desirables qui fût révérée en tant de façons que la Fortune. Ancus Martius quatriéme Roi de Rome , fut le premier qui lui bâtit un Temple : & il ne se contenta pas de la diviniser , il lui fit changer de séxe , le Temple qu’il lui consacra étant sous le nom de la Fortune virile Plut. dlFdR. §[5]. Serv. Tullius suivit son éxemple , & bâtit plusieurs Temples à la Fortune sous divers noms , & entre autres de primigénie ou de primitive , comme je l’ai traduit , à laquelle P. Sempronius Consul en voua aussi un pendant la deuxième Guerre Punique 📚 T-L. AUC. l.XXXIV. c.LIII. §[5]. Q. Catulus pendant la guerre contre les Cimbres voua un Temple à la Fortune de ce jour 📚 Plut. lVdM. c.27.. Le Temple de la Fortune secourable étoit auprès de celui de Jupiter vainqueur ; & celui de la Fortune du hazard , fondé anciennement par Serv. Tullius sur le bord du Tibre , fut rebâti depuis par Carvilius pendant la guerre de Toscane. Outre ces Temples il y avoit encore ceux des Fortunes obsequens , privata , publica , viscosa , parva , mascula , barbata , bona spei , averrunca , blanda , convertens , virgo , dubia , plebeia , muliebris , equestris , seia , mammosa , redux. Rosin ARCA. l.2. c.16. |
NdA De Divinatione
I Ablatif singulier du nom commun divinatio (en), « divination, prophétie »; du verbe divino (en), « 1. Prévoir, prédire, deviner. 2. Prophétiser. 3. Deviner. »; de l’adjectif divinus (en), « divin, d’une divinité, surhumain, surnaturel »; de l’adjectif divus (en), « 1. De ou appartenant à une divinité; divin. 2. Divin, pieux. ».
II Du nom propre (ποικίλη) στοά / (poikílē) stoá, « portique pœcile, galerie couverte ornée de panneaux peints et située au nord de l’agora d’Athènes »;
➥ (de l’adjectif ποικίλος / poikílos, « 1. Varié, divers. 2. (Au propre) Peint de couleurs variées, bigarré, tacheté, moucheté : • Couvert de; • Brodé; • Damasquiné, couvert d’arabesques, de ciselures; • Travaillé, entrelacé avec un art subtil. 3. Varié, variable, changeant : • Souple, artificieux, fertile en ruses; • Compliqué, complexe; • (Sens négatif) Équivoque, obscur, difficile à comprendre; Dans les textes anciens, ceci concerne les oracles, les lois. »;)
➥ + du nom commun στοᾱ́ / stoā́ (en), « 1. Colonnade. 2. Porche ou une passerelle couverte ayant un ou plusieurs bas-côtés encadrés et soutenus par une ou plusieurs colonnades : portique ; arcade, cloître, place (par exemple la Stoa Basileios (en) et la Stoa Poikile dans l’ancienne Agora d’Athènes). 3. Bâtiment marqué par un tel porche ou passerelle couvert et à colonnades (par exemple, la Stoa d’Attalos dans l’ancienne Agora d’Athènes). 4. Cour royale. »;
École de philosophie hellénistique fondée par Zénon III de Kition à la fin du IVème siècle AEC, et nommée ainsi car enseignée sous la Stoa Poikilè 🔍.
III Du nom propre grec ancien Ζήνων / Zḗnōn (en); dérivé de Ζεύς / Zeús 🔄;
Philosophe grec d’origine phénicienne 🔄, fondateur en -301 du stoïcisme, l’école du Portique II. Sa doctrine eut ceci de nouveau qu’elle joignit deux traditions jusqu’alors séparées, à savoir la théorie de la sagesse et la physique : Zénon tenta de concilier les thèses naturalistes de certains Académiciens successeurs de Platon 🔄 avec la théorie cynique de la sagesse, et posa ainsi les bases d’un système matérialiste, moniste et déterministe dont le rayonnement fut considérable.
(-334/-333 ⏳, à Kition, Cité de la côte sud-est de l’île de Chypre (« Κῠ́προς / Kúpros » (en)) — -262/-261 ⏳, à Athènes) 🔍
NdA Livre I
I Tria Nomina latin :
• Le praenomen Quintus; de l’adjectif numéral quintus, « cinquième »;
➥ de quinque, « cinq »;
➥ + le suffixe adjectival avec le sens de « pourvu de » -tus (en);
Homme politique, militaire et auteur romain, frère cadet du célèbre orateur Cicéron. Après une carrière politique classique, passant par le cursus honorum jusqu’à la charge de préteur, il est propréteur en Asie puis participe à la Guerre des Gaules en tant que légat de légion servant sous Jules César.
(ca. -102 ⏳, à Arpinum, cité romaine de Latium — -43 ⏳, assassiné, avec son fils, par la proscription du second triumvirat) 📚
Chapitre XLIX.
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- Textes latin
(également disponible ici, une édition de 1868 là ainsi qu’une autre publication de 1826 là encore)
- Traductions
NdA trad. par Charles Appuhn de 1936
I Du grec ancien Ἐπίκουρος / Epíkouros (en); de ἐπίκουρος / epíkouros (en), « aider, assister »;
Philosophe grec, fondateur de l’école philosophique du Jardin ⤵️ et du courant de pensée épicuriste. Elle a pour objectif principal l’atteinte du bonheur par la satisfaction des seuls désirs « naturels et nécessaires ». En physique, il soutient que la Nature entière est composée de deux choses : les corps et le vide, qu’il appelle le « TOUT ». Dans la continuité de Démocrite ⤵️, tout en s’en distinguant, il définit que les corps sont soit des atomes insécables, soit des compositions de ces atomes vouées à se dissocier. Ces dernières se forment aléatoirement dans leur course cosmique, par choc, dans une dynamique concentrique.
(-342/-341 ⏳, à Samos ou à Athènes — -271/-270 ⏳, à Athènes) 🔍
II Du grec ancien Κᾰρνεᾰ́δης / Karneádēs (en);
Philosophe de la Nouvelle Académie, probabiliste de la philosophie de la connaissance. Il fut le dixième scholarque de l’Académie en -186 ou en -160 ⏳.
(également disponible ici, une édition de 1868 là ainsi qu’une autre publication de 1826 là encore)
NdA De Natura Deorum
I Ablatif singulier du nom commun natura + géntif pluriel du nom commun deus.
II De l’adjectif latin brūtus (en), « 1. Lourd, encombrant. 2. Terne, stupide, insensible, déraisonnable, irrationnel. »; emprunt à l’osque;
Sénateur romain, juriste et philosophe de la fin de la République romaine, fils de Servilia, la maîtresse de Jules César III, et de ce dernier, à qui il porta le dernier coup en le poignardant le 15 mars -44.
(ca. -85, à Rome — 23 octobre 42, mort par suicide à la suite de sa défaite contre Marc Antoine, poursuivi pour l’assassinat de son frère, Caius Antonius (représaille de la mort de Cicéron), et de son père, Jules César, à Philippes) ⏳
IIITria Nomina en latin Caius Julius Caesar;
Général, homme d’État et écrivain romain
Livre I (en)
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NdA Livre I
I Tria Nomina latin :
• Le nomen Aurelius (en); du nom commun aurum (en), « 1. Or (sous forme de minéral ou de métal). 2. Couleur or. 3. Tout objet en or, comme une pièce d’or ou une bague en or. 4. Lustre. 5. Un âge d’or. »
Consul, orateur, pontife, et académicien sceptique, oncle de Jules César par la mère de celui-ci, sa sœur, Aurelia.
(ca. -124 ⏳, lieu de naissance indéterminé — ca. -74/-73 ⏳, lieu de décès indéterminé)
Chapitre X.
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- Texte latin
(également disponible ici, là et là encore)
- Traductions
Et si, pour moi celle du cylindre, du carré, du cône, de la pyramide a plus de beauté? Quelle vie d’ailleurs accordez-vous à votre dieu sphérique? Vous voulez qu’il se meuve avec une vitesse telle qu’on n’en peut imaginer une égale. Je ne vois pas où une âme ferme et jouissant d’un parfait bonheur pourrait trouver place dans un monde ainsi lancé à travers l’espace. Si, dans une partie, même la plus petite de notre corps, la morsure du froid ou celle du feu se faisait sentir, ce serait pour nous pénible, pourquoi ne le serait-ce pas pour un dieu?
Or la terre, puisqu’elle est une partie du monde, est une partie du dieu et de très grandes régions terrestres sont, nous le voyons, inhabitables et incultes, les unes parce qu’un soleil trop ardent les brûle, les autres parce que, trop éloignées du soleil, elles sont couvertes de neige et engourdies par le froid. Il faudra donc dire, puisqu’elles appartiennent au monde, que le dieu souffre dans une partie de son corps d’un excès de chaleur, est glacé dans une autre.
Telles sont en gros, Lucilius, les opinions qui ont cours dans ta secte, quant au reste je le dirai en remontant d’abord au premier en date des anciens philosophes.
Thalès de Milet, qui ouvre la marche dans les recherches de cette nature, fit de l’eau le principe de toutes choses, son dieu était l’intelligence qui de cet élément les façonne. Si l’on admet l’existence de dieux n’ayant ni âme, ni sentiment, à quoi bon adjoindre à l’eau un esprit et si l’esprit peut exister seul en l’absence de tout corps, pourquoi faut-il lui adjoindre l’eau?
L’opinion d’Anaximandre I est que les dieux naissent, viennent au monde à de longs intervalles, puis qu’ils meurent et que ce sont des mondes innombrables. Mais comment concevoir un dieu qui ne soit pas éternel? Après lui Anaximène II décida que l’air est Dieu, qu’il est engendré, qu’il est sans nombre et sans limite, toujours en mouvement, comme si, dépourvu de toute figure, l’air pouvait être un dieu, supposition d’autant moins admissible qu’un dieu doit avoir une figure très belle et que, de toute chose engendrée, il faut dire qu’elle est mortelle.
NdA de trad. Charles Appuhn 1935
I Du nom propre grec ancien Ἀναξῐ́μᾰνδρος / Anaxímandros (en);
➥ du nom commun ᾰ̓́ναξ / ánax (en), « 1. Seigneur, roi : • (des hommes); • (des dieux, souvent Apollon et Zeus). 2. Maître, propriétaire. »;
➥ + du nom commun μᾰ́νδρᾱ / mándrā (en), « 1. Espace clos. 2. Bergerie, enclos, grange ou écurie pour bovins ou parfois chevaux. 3. (au sens figuré) serti d’une bague représentant des bœufs. 4. Carré sur un damier. 5. Cloître, monastère. »;
➥ + du suffixe nominal de résultat ou d’action -ος / -os (en);
Philosophe 🔄 présocratique 🔄. Selon Mathilde Brémond 🔍, Maîtresse de conférences en philosophie à l’Université Clermont Auvergne, il est souvent présenté comme le disciple de Thalès, et serait le premier grec à avoir écrit en prose, dont il ne reste qu’un seul fragment. Les connaissances à son sujet sont plutôt limitées :
• Il a posé un principe originel, qu’il appelle l’Apeiron (ἀπειρον / ápeiron) : l’illimité ou l’indéterminé. Cet Apeiron est présenté comme un être divin qui « gouverne » tout : il n’a aucune caractéristique, mais est capable de générer des opposés, comme le chaud et le froid, qui contribuent alors à la formation de multiples mondes, non éternels et qui reviennent à l’Apeiron en périssant.
• Ses théories astronomiques ont été plus transmises :
o Les astres ressemblent à des roues au travers des orifices desquelles la lumières est perçues ;
o La terre est cylindrique, et se maintient immobile parce qu’en équilibre ;
o Il a expliqué les causes des phénomènes météorologiques par des mouvements d’air, l’origine de la mer et des animaux par une humidité primordiale, asséchée par le soleil.
Comme pour Thalès, un certain nombre d’inventions on été attribuées à Anaximandre, comme :
• Le gnomon permettant la mesure des solstices et des équinoxes,
• Une sphère représentant les astres
• La première carte du monde.
Selon Mathilde Brémond, ses explications des phénomènes naturels et de l’origine de mondes sont déjà les caractéristiques de la démarche présocratique, ce qui paraît plus légitime d’en faire le premier philosophe.
(ca. -610/-609 ⏳, Milet — ca. -547/-546 ⏳, Milet) 🔍 ➕ ODYSSEUM
II Du nom propre Ἀναξιμένης / Anaximénēs (en);
➥ du nom commun ᾰ̓́ναξ / ánax (en), « 1. Seigneur, roi : • (des hommes); • (des dieux, souvent Apollon et Zeus). 2. Maître, propriétaire. »;
➥ + du nom commun μένος / ménos (en), « 1. Esprit. 2. Désir, ardeur, souhait, but. 3. Colère. 4. Courage, esprit, vigueur. 5. Pouvoir, force. 6. Violence. »;
➥ + du suffixe nominal propre -ης / -ēs (en);
Philosophe présocratique, considéré par la tradition ancienne comme le disciple d’Anaximandre I, et le maître d’Anaxagore 🔄 et de Diogène d’Apollonie III. Aristote rapporte que Anaximène considère :
• L’air comme le principe de toute chose « arkhè » (de même pour Diogène) Métaphysique, liv.I, chap.III, §6,
• La terre de forme plate reposant comme un couvercle sur de l’air (de même pour Anaxagore et Démocrite ⤵️) Traité du Ciel, liv.II, chap.XIII, §§10-11,
• Et les tremblements de terre causés par la chute de fragments de montagnes brisées lors de leur imbibation et desséchement Météorologie, liv. II, chap.VII, §6.
(fl. VIème siècle AEC, Milet) 🔍 ➕ ENCYCLO-PHILO
III Du nom théophore grec ancien Δῐογένης / Diogénēs (en); de l’adjectif diogenḗs / diogenḗs (en), littéralement « né de Zeus »;
➥ du nom propre Διός / Diós, génitif singulier de Ζεύς / Zeús (en);
➥ + du suffixe adjectival -γενης / -genḗs, né en un certain lieu ou dans une certaine condition;
Philosophe considéré comme le dernier présocratique (en excluant les sophistes), dont ses études de mécanismes de la nature sont rapportées par Aristote :
• Sa description très complète et très précise de l’organisation des veines dans le corps humain Histoires des Animaux, liv.I, chap.II, §§5-11;
• Ses explications du mécanisme de respiration des poissons : lorsque « les poissons rejettent l’eau par les branchies, ils tirent de l’air de l’eau qui entoure leur bouche, au moyen du vide qui se fait dans leur bouche à ce moment ; et par là, Diogène suppose qu’il y a de l’air dans l’eau »; et de la raison de leur mort à l’air libre : « la cause qu’en allègue Diogène est tout à fait naïve : il prétend que dans l’air ils prennent trop d’air, tandis qu’ils n’en ont dans l’eau que ce qu’il leur en faut » Traité de la respiration, liv.I, chap.II, §§1-4 ; chap.III, §5;
• Son explication que les actions et souffrances ne peuvent intérargir entre elles mais avec un seul et unique sujet : « dans les corps où il peut y avoir action et souffrance, il faut nécessairement qu’il y ait une seule nature sujette à ces deux phénomènes », car sinon « le chaud ne pourrait pas se refroidir, ni le froid s’échauffer de nouveau. Ce n’est pas, disait-il, la chaleur et le froid qui se changent l’un dans l’autre ; mais évidemment c’est le sujet qui subit le changement » De la production et de la destruction des choses, liv.I, chap.VI, §3;
• Sa définition de l’air comme le principe de toute chose « arkhè » (de même pour Anaximène II) Métaphysique, liv.I, chap.III, §6 Traité de l’âme, liv.I, chap.II, §15.
(fl. Vème siècle AEC, localisation de l’Apollonie indéterminée) 🔍 ENCYCLO-PHILO
Telles sont vos opinions, cher Balbus; voyons maintenant celles des anciens, en commençant par le plus éloigné d’entre eux. J’entends d’abord Thalès, le premier qui ait agité ces questions. Il prétend que l’eau est le principe des choses, et que Dieu est cette puissance 2 qui a tout formé de l’eau. Mais si les dieux peuvent exister sans les sens et sans le mouvement, et que cette puissance puisse se maintenir sans corps, pourquoi Thalès l’a-t-il jointe à l’eau ?
Anaximandre croit que les dieux naissent, qu’ils prennent leur origine à longs intervalles, qu’ils meurent de même, et que ce sont des mondes innombrables. Cependant, quant à nous, nous ne saurions comprendre Dieu autrement qu’éternel.
Après ce philosophe, Anaximène enseigna que l’air était dieu, qu’il naissait, qu’il était immense, infini et toujours actif. Mais comment l’air, qui n’a aucune forme, peut-il être dieu, surtout quand on considère que non seulement Dieu doit en avoir une, mais encore la plus belle ? D’ailleurs, tout ce qui naît est périssable 3.
| 1 Une partie des membres de ce dieu brûlent tandis que les autres gèlent. Il est, sans doute, inutile de faire remarquer que ce sont là de froides plaisanteries. Si Platon qualifie le monde de divin, il le distingue néanmoins de Dieu, son auteur. |
| 2 Dieu est cette puissance. Le texte porte mens ; mais ce n’est pas dans le sens d’intelligence, c’est dans celui de force, de cause motrice, qu’il faut prendre ce terme. Voyez GEDICKE, Hist. philosoph. Ciceron., p. 40; cf. Æneidos lib. VI, v.727. |
| 3 Tout ce qui naît est périssable. Velleius est ici dans l’erreur ou commet une erreur, suivant l’habitude des épicuriens. Anaximène enseignait que l’air avait toujours été. |
Pourquoi rond ? Parce que la figure ronde, suivant Platon, est la plus belle de toutes. Mais je trouve, moi, plus de beauté dans le cylindre, dans le quarré, dans le cône, dans la pyramide.
Et ce Dieu rond, à quoi l’occupez-vous ? à se mouvoir d’une si grande vîtesse, que l’imagination même ne sauroit y atteindre. Or je ne vois pas, qu’étant agité de la sorte, il puisse être heureux, et avoir l’esprit tranquille. Qui nous feroit ici tourner sans relâche, ne fît-on même tourner que la moindre partie de notre corps, nous serions mal à notre aise. Pourquoi un Dieu s’en trouveroit-il mieux que nous ?
De plus, si la terre est une portion du Monde, c’est par conséquent une portion de Dieu. Or il y a de vastes régions, qui ne sont ni habitées, ni cultivées : les unes, parce qu’étant trop près du Soleil, on y meurt de chaud ; les autres, parce que l’éloignement de cet astre les glace. Si donc le Monde est Dieu, il faut, puisque ces régions font partie du monde, convenir que Dieu brûle d’un côté, tandis qu’il est gelé de l’autre.
Voilà, Balbus, les sentimens de votre secte. Rapportons ceux des autres Philosophes, en commençant par le plus ancien.
Thalès de Milet, le premier qui ait examiné ces questions, a dit 2 que l’Eau est le principe de toutes choses ; et que Dieu est cette intelligence, par qui tout 3 est formé de l’Eau. Pourquoi joindre l’un à l’autre, supposé que les Dieux puissent être sans intelligence, ou qu’une intelligence puisse subsister elle-même sans corps ?
Anaximandre croit que les Dieux reçoivent l’être, qu’il naissent et meurent de loin à loin, et que ce sont des mondes innombrables. Mais peut-on admettre un Dieu, qui ne soit pas éternel ?
Anaximène prétend que l’air est Dieu, qu’il est produit, qu’il est immense et infini, qu’il est toujours en mouvement. Mais l’Air n’ayant point de forme, comment pourroit-il être Dieu, puisque Dieu en doit avoir une, et même une très-belle ? Outre cela, dire qu’il a été produit, n’est-ce pas dire qu’il est périssable ?
| 1 A ces expressions impertinentes, il est aisé d’observer l’art de Cicéron, qui fait parler un Epicurien comme parlent encore ceux de son espèce. Beaucoup de hauteur dans les manières, nulle profondeur, nulle suite dans les raisonnemens, termes vagues, phrases entortillées. |
| 2 Les éclaircissements qu’il faudroit ici pour expliquer l’opinion de Thalès, et celles de plusieurs autres, se trouveront à la fin de ce volume, sous le titre de Remarques sur la Théologie des Philosophes Grecs. |
| 3 Il y a dans le Texte, Deus autem, eam mentem, quæ ex aqua cuncta fingeret. Sur quoi Gassendi, Phys. sect. 1. lib. 4. cap. 2. fait cette remarque : Cùm dicit FINGERET, non FINXERIT, planum facit placuisse illi eamdem adhuc causam penetrare in omnia, omniaque adhuc efficere. |
| 4 Plutarque, De plac. Philos, lib. I, cap. 3, où il ne fait que copier Aristote, Metaphys. lib. I, cap. 3, dit que Thalès fondoit son opinion sur ces trois raisons. C’est, dit-il, que « premièrement la se- » mence est le principe de tous les ani- » maux, laquelle semence est humide, ainsi » est-il vrai-semblable que toutes autres » choses aussi ont leur principe d’humidité. » Secondement, que toutes sortes de plantes » sont nourries d’humeur, et fructifient par » humeur, et quand elles en ont faute, elles » se dessèchent. Troisièmement, que le feu » du Soleil même et des astres se nourrit » et entretient des vapeurs procédantes des » eaux, et par conséquent aussi tout le » monde. Traduct. d’Amyot. |
Remarques sur la Théologie des Philosophes Grecs
Thalès de Milet, le premier qui ait examiné ces questions, a dit que l’Eau est le principe de toutes choses ; et que Dieu est cette Intelligence, par qui tout est formé de l’eau. Pourquoi joindre l’un à l’autre ; supposé que les Dieux puissent être sans intelligence, ou qu’une intelligence puisse subsister elle-même sans corps ?
Quand on dit que Thalès fut le premier qui examina ces sortes de matières, on veut seulement dire qu’il fut le premier des Grecs, qui s’y appliqua en Physicien. Avant lui, déjà les Poètes avoient conté à leur manière l’origine du monde. Arisrote (Lib. I. Metaphys. cap. 3.) prétend même, que l’opinion de Thalès pouvoit avoir été celle des premiers Théologiens, c’est-à-dire, des plus anciens Poètes ; et l’on cite là-dessus un endroit (De l’Iliade, liv. XIV, vers 246.) d’Homère 🔄, qui paroît y avoir beaucoup de rapport.
Quoi qu’il en soit, l’opinion de Thalès, ainsi que Cicéron l’a expliquée, renferme deux propositions. L’une, Que l’eau est le principe de toutes choses. L’autre, Que Dieu est cette intelligence, par qui tout est formé de l’eau ?
Pour la première, tous les Auteurs la rapportent dans les mêmes termes ; et Plutarque insinue (De Iside et Osiride.) qu’ Homère et Thalès avoient pris cette opinion des Egyptiens. En effet, comme les Egyptiens voyoient que c’est le Nil qui cause la fertilité de leurs terres, ils pouvoient s’imaginer très-aisément et très-naturellement, que l’eau est le principe de toutes choses. Je suis fort trompé, si cette raison n’est préférée aux trois autres, que Plutarque 4 a copiées d’ Aristote.
Pour la seconde proposition, Que Dieu est cette intelligence, par qui tout est formé de l’eau, tous les autres ne disent pas, du moins en termes formels, que Thalès l’ait enseignée.
Un Critique (Bayle, dans son Dictionnaire, à l’arcle Thalès, Remarque C ; et à l’article Anaxagoras, remarque D.) voudroit inférer de-là, que Cicéron, lorsqu’il a dit que Thalès fit présider un principe intelligent à la formation de l’Univers, s’étoit trompé. Ou que si telle avoit été l’opinion de Thalès, Cicéron étoit par conséquent tombé dans une contradiction visible ; puisque, fort peu de lignes après, il dit qu’ Anaxagore fut le premier des Philosophes, qui donna l’arrangement de la matière à une intelligence.
Voyons donc premièrement, si l’on doit soupçonner Cicéron de se tromper, lorsqu’il dit que Thalès reconnoissoit un principe intelligent. Je pourrois répondre d’abord, que son autorité devroit elle seule tenir contre le silence des autres écrivains. Quand nous avons un bon argument positif sur un fait semblable, on n’est plus reçu à employer le négatif. Mais une autre réponse, à laquelle je n’en vois point, c’est qu’il est faux que tous les autres écrivains se taisent là-dessus.
Aristote (De Anima, lib. I, cap. 5.) nous dit, que les Philosophes tenoient qu’il y a une intelligence répandue dans tout l’Univers ; et que c’étoit peut-être ce qui avoit persuadé à Thalès, que tout étoit plein de Dieux. Plutarque (De plac. Philos. lib. I, cap. 7.) nous dit, que Dieu est l’ame du monde, suivant Thalès. On voit dans l’Historien des Philosophes, que Thalès croyoit (Τὸν ϰοσμὸν ἐμψυϰὸν. Laërt. I, 27 et 35.) le monde animé : qu’il disoit que Dieu est ce qu’il y a de plus ancien, parce qu’il est improduit ; et que le monde est ce qu’il y a de plus beau, parce que c’est l’ouvrage de Dieu.
Toutes ces autorités qui n’étoient pas inconnues à M. Bayle, puisqu’il les rapporte lui-même, confirment parfaitement celle de Cicéron, si l’on veut les prendre dans leur sens naturel. Et pourquoi leur donner un sens forcé, à moins qu’on ne se fasse un plaisir secret d’augmenter le nombre des Matérialistes ? Par ce mot nous entendons des Philosophes, qui donnent la formation de l’Univers à la matière toute pure, sans le concours d’une cause intelligente.
Mais, ajoûte M. Bayle, s’il étoit vrai que Thalès eût reconnu le concours d’une intelligence dans la formation de l’Univers, il s’ensuivroit que Cicéron s’est contredit visiblement, puisque, fort peu de lignes après, il dit qu’ Anaxagore fut le premier des Philosophes, qui attribua le mouvement et l’arrangement de l’Univers à un esprit infini.
Point du tout ; il n’y a pas ombre de contradiction. Thalès, selon les passages que je viens de citer, vouloit parler d’une intelligence, qui ne faisant qu’un avec la matière, dirigeoit ses opérations ; comme on diroit que l’âme, qui jointe au corps ne fait qu’un même homme, dirige les actions de l’homme. Mais Anaxagore l’entendoit d’une intelligence absolument distincte et séparée de la matière, comme on le verra ci-dessous. Ainsi, celui-là trouvoit dans un même Tout la cause matérielle, et la cause efficiente, au lieu que celui-ci les divisoit réellement. Ce sont deux opinions toutes différentes, dont la première ayant été d’abord enseignée par Thalès, et la seconde par Anaxagore, Cicéron a eu raison de les reconnoître pour auteurs, celui-ci d’un système, celui-là d’un autre.
Il ne reste plus qu’à développer la dernière (Si Dii possunt esse sine sensu et mente, cur aquæ adjunxit, si ipsa mens constare potest vacans corpore ? De nat. Deor. I, 10.) phrase de Cicéron, qui contient la réfutation de Thalès. Elle paroît un peu tronquée. On devine cependant la pensée de Velléius. Il prétend, que Thalès a tort de joindre ensemble la Matière et l’Intelligence, si elles n’ont pas une liaison nécessaire. Or, dit-il, elles n’ont pas une liaison nécessaire : supposé premièrement, que les Dieux, c’est-à-dire, les principes, ou la matière de tout ce qui existe, puissent être sans intelligence, comme Epicure l’a cru des atômes, si Dii possunt esse sine sensu et mente : supposé en second lieu, que l’intelligence puisse subsister elle-même sans corps, comme Anaxagore le croyoit, si ipsa mens constare potest vacans corpore.
Remarquons que Velléius raisonne hypothétiquement : ainsi, quoiqu’il ne crût pas qu’une intelligence pût être sans corps, il lui étoit permis d’en faire une objection.
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Chapitre XXXIII.
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- Texte latin
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- Traductions
Tous ceux qui ont admis qu’un dieu existât sans avoir ni mains ni pieds t’ont paru délirer? Ne tient-on donc aucun compte, dans ta secte, de l’utilité par laquelle se justifie dans l’homme la présence de chacun de ses membres, ce qui pourrait vous amener à comprendre que les dieux n’en ont pas besoin? À quoi bon des pieds si l’on n’a pas à marcher? des mains si l’on n’a rien à saisir? Et j’en dirai autant des autres parties entrant dans la structure du corps où il ne peut rien y avoir qui soit en vain, sans raison d’être, superflu. C’est cela qui fait la supériorité de la nature sur l’art humain quelque habile qu’on veuille le supposer. Un dieu aura donc, selon vous, une langue bien qu’il ne parle pas, des dents, un palais, un gosier qui ne serviront à rien, et tous les organes que la nature a fabriqués en vue de la reproduction, un dieu les possédera sans en faire aucun usage? Le raisonnement s’applique tout aussi bien aux organes internes qu’aux externes : en quoi le cœur, les poumons, le foie peuvent-ils contribuer à la beauté d’un être si l’on supprime la fonction utile qu’ils remplissent?
Et cependant c’est pour qu’il soit beau que vous voulez en doter, votre dieu. C’est en s’appuyant sur de pareilles rêveries qu’Épicure ⤴️, Métrodore I, Hermarque III ont dressé un réquisitoire contre Pythagore 🔄, Platon 🔄, Empédocle 🔄; bien mieux que Léontium VIII, une femme galante, n’a pas craint d’attaquer Théophraste ⤴️ dans un écrit de forme élégante, attique, c’est vrai, mais l’audace en est-elle moins choquante? Ce sont les habitués du jardin V 🔍 d’Épicure qui seuls ont pris tant de liberté. Et encore vous vous plaignez. Zénon ⤴️ était d’humeur querelleuse.
Que dire d’Albucius IX? Quant à Phèdre X, le plus courtois, le plus aimable des vieillards, il se mettait en colère dès qu’il m’arrivait de montrer un peu de vivacité dans la discussion, alors qu’ Épicure a invectivé contre Aristote 🔄, a calomnié Phédon XI le disciple de Socrate 🔄, a en plusieurs volumes tenté d’écraser Timocrate, le frère de son grand ami Métrodore, parce qu’il y avait entre eux quelque insignifiant désaccord philosophique, s’est montré ingrat envers Démocrite XIII même auquel il devait beaucoup, a médit de Nausiphanès XIV son maître, dont il avait bien reçu quelque enseignement.
NdA de trad. Charles Appuhn 1935
I Du nom propre grec ancien Μητρόδωρος / Mētródōros (en);
➥ du nom commun μήτηρ / mḗtēr (en), « 1. Mère. 2. Source ou origine. »;
➥ + du nom commun δῶρον / dôron (en), « 1. Cadeau. 2. La largeur de la main. »;
Philosophe grec originaire de Lampsaque II en Asie Mineure, très lié à Épicure ⤴️, et appartenant à son école.
(-321 ⏳, à Lampsaque — -277 ⏳, lieu de décès indéterminé)
II Du nom propre grec ancien Λάμψᾰκος / Lámpsakos (en);
Ancienne cité grecque d’Asie mineure, située sur la rive sud de l’Hellespont, en Troade.
III Du nom propre grec ancien Ἕρμᾰρχος / Hérmarkhos (en);
➥ du nom propre Ἑρμῆς / Hermês (en), « (Mythologie grecque) Hermès, un dieu grec, fils de Zeus 🔄 et Maïa IV. »;
➥ + du nom commun ἀρχός / arkhós (en), « Souverain, chef, prince. »; du verbe ἄρχω / árkhō (en), « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, à partir de quelque chose, par quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif = quelqu’un]; [+datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être dirigeant; détenir un archontat. »;
Philosophe épicurien, successeur d’Épicure en tant que premier scholarque du Jardin V.
(IIIème siècle AEC, à Mytilène — ca. -250 ⏳, lieu de décès indéterminé)
IV Du nom propre grec ancien Μαῖᾰ / Maîa (en); de μαῖα / maîa (en), « dame », un terme honorifique pour les femmes plus âgées et une forme maternelle de μήτηρ / mḗtēr (en), « mère »;
L’aînée des Pléiades, 7 sœurs, filles d’Atlas VI et de Pléioné VII.
V En grec ancien κῆπος / kêpos (en), « 1. Jardin, verger ou plantation. 2. Enceinte des jeux olympiques. 3. Sorte de mode de couper les cheveux. 4. Organes génitaux féminins. »;
École philosophique ouverte aux hommes, aux femmes et même aux esclaves, créée par Épicure en -306, située au nord d’Athènes 🔄.
VI Du nom propre grec ancien Ἄτλᾱς / Átlās (en), « 1. (Mythologie grecque) Atlas. 2. Massif montagneux d’Afrique du Nord Atlas. »;
Titan hésiodique du mythe fondateur de la mythologie grecque et de la Grèce antique, père des Pléiades, des Hyades, des Hespérides et de Calypso. À la suite de sa défaite dans la guerre des Titans contre les dieux de l’Olympe et Zeus pour régner sur le monde, ce dernier le condamne à porter la voûte céleste pour l’éternité sur ses épaules. Il est pétrifié par Persée avec la tête de Méduse et métamorphosé en l’Atlas, la chaîne de montagnes d’Afrique du Nord.
VII Du nom propre grec ancien Πληϊόνη / Plêïónê;
Une Océanide, fille d’Océan 🔄 et de Téthys 🔄, et épouse d’Atlas VI.
VIII Du nom propre grec ancien Λεόντιον / Leóntion;
Philosophe épicurienne et hétaïre.
IX Préteur de la Sardaigne 🔄 vers -105, orateur, hellénophile et adepte de l’épicurisme ⤴️.
X Du nom propre grec ancien Φαῖδρος / Phaîdros; de l’adjectif φαιδρός / phaidrós (en), « 1. Brillant, rayonnant. 2. (au sens figuré) Rayonnant de joie, lumineux, joyeux. »; du verbe φαίνω / phaínō (en), « 1. (transitif) Faire apparaître, mettre en lumière; montrer, dévoiler, révéler : • (transitif) Faire connaître, révéler, divulguer; • (du son); • (transitif) Montrer, exposer; • (transitif) Dénoncer. 2. (intransitif) Briller, éclairer. 3. (passif) apparaître; briller : • Venir à l’existence; • À venir; • (verbe copulatif ou de contrôle) apparaître (être) : a. (φαίνεται comme interjection) oui ; ainsi il apparaît; Apparemment; b. (tardif, impersonnel) il semble. »;
Philosophe épicurien grec, chef de l’école épicurienne à Athènes 🔄 de -75 à sa mort. Il fut réfugié quelque temps à Rome lors de la prise d’Athènes, il enseigne l’épicurisme à Cicéron et à Velléius.
(-138 ⏳, lieu de naissance indéterminé — -70 ⏳, lieu de décès indéterminé)
XI Du nom propre grec ancien Φαίδων / Phaídōn (en);
Philosophe grec, originaire d’Élis XII, et capturé lors de la guerre contre Sparte 🔄 alors qu’il était enfant et vendu comme esclave. Libéré par Socrate à Athènes, il en devient un élève régulier jusqu’à sa mort, au quelle il assiste, et que Platon rapporte dans un dialogue portant son nom. Par la suite, il retourne à Élis et fonde l’école de philosophie d’Élis ou d’Érétrie (en).
(fl. fin Vème — début IVème siècles AEC)
XII Du nom propre grec ancien Ἦλῐς / Êlis (en);
Cité grecque située au nord-ouest du Péloponnèse, à l’ouest de l’Arcadie. Elle était la capitale de l’Élide. Le sanctuaire d’Olympie dépendant de son territoire, Élis avait la charge d’organiser les Jeux olympiques antiques.
XIII Du nom propre Δημόκρῐτος / Dēmókritos (en), « choisi par le peuple »;
➥ du nom commun δῆμος / dêmos (en), « 1. Quartier, pays, terre : • Les habitants d’un quartier ou d’un pays. 2. Les gens ordinaires : • (rare) Roturier. 3. Citoyens libres, peuple souverain : • gouvernement populaire, démocratie; • Assemblée populaire. 4. Canton, commune; dème. 5. Nom pour une prostituée. 6. Faction dans un cirque. »;
➥ du verbe κρῑ́νω / krī́nō (en), « 1. (transitif) Séparer, diviser, distinguer entre deux choses ou personnes ou parmi un groupe de choses ou de personnes. 2. (transitif) Ordonner, arranger. 3. Se renseigner, enquêter. 4. Sélectionner, choisir, préférer. 5. (transitif) Trancher un différend ou un concours/une compétition, avec accusatif du concours ou du différend, ou accusatif d’une personne impliquée dans le concours ou le différend ; (intransitif) Porter un jugement, prendre une décision : • (moyen, passif) Avoir un concours départagé; • (moyen et passif) Disputer, se disputer, se quereller. 6. Décider ou juger [+accusatif et infinitif = que quelque chose fait quelque chose], [+accusatif et accusatif = que quelque chose est quelque chose]. 7. Pour discerner le bien du mal. 8. Juger, prononcer. 9. Traduire en justice, accuser. 10. Condamner, critiquer. »;
Philosophe grec considéré comme matérialiste en raison de sa conception d’un Univers constitué d’atomes et de vide. Il fut un disciple de Leucippe ⤵️, l’un des premiers atomiste. Aucun de ses nombreux ouvrages ne nous est parvenu, seules ses pensées ainsi que quelques fragments de son œuvre 📚 nous ont été transmis par de nombreux doxographes dont Simplicius, Aristote, Diogène Laërce et Plutarque.
(-460 ⏳, à Abdère 🔄 — -370 ⏳, en Grèce)
XIV Du nom propre grec ancien Ναυσῐφᾰ́νης / Nausiphánēs (en);
➥ du nom commun ναῦς / naûs (en), « bateau »;
➥ du verbe φαίνω / phaínō (en), « 1. (transitif) Faire apparaître, mettre en lumière, montrer, découvrir, révéler : • (transitif) Faire connaître, révéler, divulguer; • (du son); • (transitif) Montrer en avant, exposer; • (transitif) Dénoncer. 2. (intransitif) Briller, donner de la lumière. 3. (passif) Apparaître; briller : • Naître; • Arriver; • (verbe copulatif ou de contrôle) Avoir l’air (d’être) : a. (φαίνεται comme interjection) Oui ; ainsi il apparaît; apparemment; b. (tardif, impersonnel) Sembler. »;
➥ du suffixe adjectival -ης / -ēs (en);
Philosophe sceptique (en) XVI et rhéteur grec, disciple de Démocrite XIII et de Pyrrhon XV.
(fl. IVème — IIIème siècles AEC)
XV Du nom propre grec ancien Πύρρων / Pýrrhôn;
Un des premiers philosophes sceptiques (en) XVI et inspirateur du pyrrhonisme XVI (en), originaire d’Élis XII.
XVI De l’adjectif σκεπτῐκός / skeptikós (en), « Qui observe, qui réfléchit, qui interroge. »;
➥ du verbe σκέπτομαι / sképtomai (en), « 1. Regarder, examiner. 2. Examiner, considérer, penser : • (rarement) Penser, estimer; • Préparer, préméditer. »;
➥ + du suffixe adjectival -ικός / -ikós;
Le scepticisme est une attitude de questionnement ou de doute à l’égard des revendications de connaissances qui sont considérées comme une simple croyance ou un dogme.
Le pyrrhonisme est une ancienne école grecque de scepticisme philosophique qui rejette le dogme et préconise la suspension du jugement (en) (ἐποχή / epokhē (en)) sur la vérité de toutes les croyances, pour atteindre la tranquillité mentale (en) (ἀταραξία / ataraxía (en)).
Et c’est avec de pareils songes 1 qu’Epicure, Métrodore et Hermachus se sont déclarés contre Pythagore, Platon , Empédocle! que la courtisane Leontium a osé écrire contre Théophraste! Il est vrai qu’elle l’a fait dans un langage ingénieux et vraiment attique; mais encore 2 !
Telle est la licence du jardin d’Épicure, et vous vous distinguez les dieux en hommes et femmes, vous voyez bien ce qui s’ensuivra. Pour moi, jamais je ne puis assez témoigner ma surprise de ce que votre chef ait pu arriver à de pareilles idées.
Mais vous en revenez toujours, à grands cris, au principe qu’un dieu doit être heureux et immortel. Ne pourrait-il donc pas être heureux à moins d’avoir deux pieds? ou pourquoi cette béatité ou cette béatitude (car l’un et l’autre de ces deux mots sont également durs, et il faut adoucir les mots par l’usage) ; pourquoi cet état, quelque nom qu’il porte, ne pourrait-il pas tomber en partage au soleil là-haut, à ce monde-ci, à quelque intelligence éternelle, qui n’aurait ni les formes ni les membres d’un corps humain?
Tu ne réponds rien à cela, si ce n’est que tu n’as jamais vu de soleil ni de monde heureux. Mais quoi, peux-tu nier que tu n’as jamais vu d’autre monde que celui-ci? Et pourquoi alors affirmer qu’il y a, non-seulement six cent mille mondes, mais un nombre infini? La raison le dit. Et pourquoi la raison ne dit-elle pas aussi, lorsqu’il est question de la nature la plus excellente, d’une nature heureuse et éternelle, qui seule est une nature divine, qu’outre les avantages de l’immortalité qu’elle a sur nous, elle tient encore ceux de l’esprit, et puisqu’elle tient ceux de l’esprit, elle doit avoir encore ceux du corps? Dès-lors, inférieurs à Dieu dans certaines choses, pourquoi lui serions-nous égaux en forme? Si nous ressemblons à Dieu en quelque chose, c’est par la vertu plus que par la figure.
| 1 C’est avec de pareils songes, etc. Hardouin, qui faisait ses délices d’un paradoxe, s’est amusé à prouver que Léontium était la femme légitime d’Épicure. |
| 2 Mais encore. — Sed tamen. L’écrivain orateur se sert ici d’une figure de bon effet, connue sous le nom de άποσιώπησις. |
De si folles rêveries ont-elles pu inspirer à Épicure, à Métrodore, à Hermachus, l’audace de s’élever contre Pythagore, contre Platon, contre Empédocle? Que dis-je? la courtisane 1 Léontium osa écrire contre Théophraste; finement, je l’avoue, et d’un style Attique : mais enfin voilà jusqu’où le jardin 2 d’Epicure portoit la licence; et votre 3 coutume est cependant de prendre feu, pour peu qu’on ne soit pas de votre avis. Il n’en falloit pas davantage pour se faire une querelle avec 4 Zénon. Albutius entendait-il mieux raillerie ? Phèdre, ce bon vieillard, qui étoit la politesse même, lorsqu’il m’échappoit quelque vivacité dans la dispute, aussitôt se mettoit de mauvaise humeur. Quelles ont été les invectives d’ Épicure contre Aristote, et ses médisances infâmes contre Phédon, disciple de Socrate? Il a écrit des volumes entiers contre Timocrate, qui étoit le frère de son ami Métrodore, et qui ne lui avoit déplu que pour n’être pas de son opinion sur je ne sais quel point de Philosophie. Il n’a marqué nulle reconnoissance pour Démocrite, l’auteur de sa doctrine; et il a traité fort mal Nausiphane, son maître, qui ne lui avoit 5 rien appris.
| 1 Le P. Hardouin, dans ses Remarques sur Pline XXXV, 40, prétend que Léontium étoit la femme légitime d’Épicure. Voici sa preuve. Plinius inter tabuas Theodori pictoris habet Leontium Epicuri cogitantem. Quo dicto non meretricem, sed Epicuri conjugem fuisse Leontium significat, et in tabula pingi de rebus philosophicis meditantem. Sic enim in nummis antiquis appellantur Plotina Trajani, Sabina Hadriani, et apud Plinium aliæ, conjuges, certè, non meretrices. |
| 2 C’est-à-dire son école, parce qu’il enseignoit dans un jardin. De même on dit l’Académie 🔄 pour l’école de Socrate, parce que Platon et ses successeurs enseignoient dans un parc de ce nom-là. On dit aussi par la même raison le Lycée 🔄 pour l’école d’Aristote, et le Portique (en) pour celle des Stoïciens. |
| 3 Ceci regarde, non Velléius personnellement, mais en général tous les Epicuriens, qui trouvoient qu’en disputant contre eux, on ménageoit peu les termes. |
| 4 C’est Zénon l’Epicurien. Bayle, dans son Dictionnaire Zénon pp.607-610, a une article entier touchant Albutius pp.193-195. Comme Phèdre, et quelques autres ne sont ici nommés qu’en passant, il est inutile de m’y arrêter. |
| 5 Pour sentir cette plaisanterie, il faut se ressouvenir de ce qu’on a lu ci-dessus, page 107. |
(également disponible ici, là et là encore)
Livre II — Lucullus
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Chapitre XXXVII.
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- Texte latin
(également disponible ici, une édition de 1150/1175 là et une édition de 1885 là encore)
- Traductions
(également disponible ici, une édition de 1875 là et une édition de 2017 là encore)
NdA de trad. Nisard 1864
I Du nom propre grec ancien Παρμενίδης / Parmenidês;
➥ du verbe παραμένω / paraménô (en), « 1. Rester près, se tenir à côté. 2. Tenir bon, maintenir sa position. 3. Rester en arrière. 4. Survivre. 5. (des choses) Endurer, durer. »;
➥ de la préposition πᾰρᾰ́ / pará (en), « 1. (+ génitif) • Depuis, de; • À cause. 2. (+ datif) À, à côté de, près de. 3. (+ accusatif) • Contrairement à; • À côté, par, près (avec les verbes d’aller ou venir ; avec les verbes de mouvement passé ; avec les verbes de frapper ou de blesser). »;
➥ + du verbe μένω / ménō (en), « 1. Rester, Attendre : • (au combat) Maintenir sa position, tenir bon; • Rester où l’on est; Loger, héberger, résider, habiter; • Tarder; Flâner, être oisif; • (des choses) Être durable; Rester, demeurer, subsister; • (de condition) Rester, demeurer, subsister; • Respecter, se conformer à; • (impersonnel, avec infinitif) Rester, demeurer, subsister. 2. Attendre, s’attendre à, espérer, expecter : • Attendre (Accusatif/Infinitif). »;
➥ + du suffixe génitif singulier -ίδης / -ídês, « 1. Arbre à bois de construction, bois. 2. Colline boisée. ».
Philosophe 🔄 grec présocratique 🔄, pythagoricien 🔄, puis éléate 🔄. Il est célèbre pour un poème en vers, De la nature, qui eut une influence notable sur la pensée de son époque. Platon 🔄 a consacré un dialogue qui porte son nom, le Parménide, pour traiter la question de l’Être, dont Parménide a inlassablement répété qu’il est, tandis que le Non-Être n’est pas.
(fl. fin VIème, Élée — milieu Vème siècles AEC)
II Du nom propre grec ancien Λεύκιππος / Leúkippos (en);
➥ de l’adjectif λευκός / leukós (en), « 1. Clair, brillant, luisant. 2. De couleur claire; blanc. 3. Pâle de peau, faible, lâche. 4. Juste, heureux, joyeux. »;
➥ du nom commun ῐ̔́ππος / híppos (en), « 1. un cheval, (féminin) une jument. 2. (féminin) cavalerie, cavaliers. ».
Philosophe 🔄 grec présocratique 🔄, et un des premiers atomistes ⤵️grecs.
III Du nom propre grec ancien Ἡράκλειτος / Hērákleitos (en), « gloire d’Héra »;
➥ du nom propre Ἥρᾱ / Hḗrā (en), « (Mythologie grecque) Héra »;
➥ de l’adjectif κλειτός / kleitós (en), « Renommé, célèbre; hautement honoré et admiré : (des choses) Splendides, excellentes. »;
➥ du verbe κλέω / kléō (en), « Raconter, rendre célèbre, célébrer : (passif) Être célèbre. »;
➥ + du suffixe adjectival -τος / -tos (en);
Philosophe grec présocratique, dont on ne sait presque rien, à part des fragments d’un ouvrage qu’il aurait écrit selon Diogène Laërce :
« Le livre qu’on attribue à Héraclite parle de la nature d’un bout à l’autre, mais se divise en trois parties, sur le tout, sur la politique, sur la théologie. Il le déposa en offrande sur l’autel d’Artémis, après l’avoir écrit en termes obscurs à dessein, dit-on, afin que seuls des gens capables pussent le lire, et qu’il ne devînt pas méprisable pour avoir été vulgarisé. »
Vies et Doctrines des Philosophes, Livre IX, Chapitre I. Héraclite - ΗΡΑΚΛΕΙΤΟΣ (autre traduction + texte grec), de Diogène Laërce.
(fl. milieu VIème siècle AEC, Éphèse — début Vème siècle AEC, Éphèse)
IV Du nom propre grec ancien Μέλισσος / Mélissos;
Philosophe grec présocratique, un triérarque V ionien 🔄 et dernier représentant de l’école éléatique 🔄.
V Du nom commun grec ancien τριήραρχος / triērarchos;
➥ du nom commun grec ancien τριήρης / trierēs (en), « (Antiquité) Trirème grecque, vaisseau à trois rangs de rames. »;
➥ du préfixe τρῐ- / tri- (en), « tri- (trois, trois fois) »; Forme combinante de l’adjectif numéral cardinal τρεῖς / treîs (en), « trois », et de l’adverbe numéral τρῐ́ς / trís (en), « trois fois »;
➥ + du nom commun ἐρέτης / erétēs (en), « 1. (principalement au pluriel) Rameurs. 2. (au pluriel) Rames. »;
➥ + suffixe -άρχης / -árkhês, « -arque (souverain, chef) »;
➥ du nom commun ᾰ̓ρχή / arkhḗ (en), « 1. Début, origine. 2. Souveraineté, domination, autorité. 3. Le bout d’une corde ou d’un bâton, le coin d’une feuille. »;
➥ du verbe ἄρχω / árkhō (en), « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, à partir de quelque chose, avec quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif/+datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être dirigeant; détenir un Archonte. »;
En Grèce antique, la triérarchie (du nom commun grec ancien τριηραρχία / triêrarkhía) est une liturgie VI militaire, qui consiste à entretenir le gréement et la coque d’une trière fournis par la cité, à l’équiper et à engager un équipage pendant un an. Le triérarque est choisi par l’un des stratèges parmi les plus riches citoyens, métèques et archontes exceptés. La personne retenue est ensuite exemptée de liturgies pendant les deux années qui suivent.
Divers ſentiments ſur les éléments 1.
D’abord Thalès, un des ſept Sages, avec lequel on dit que les autres ſix s’accorderent les premiers 2, donne l’eau pour principe de tout 3. C’eſt pourtant ce qu’il ne perſuada point à Anaximandre, ſon ami & ſon concitoyen, qui prétendit que ce principe étoit l’infinité de la nature 4. Enſuite Anaximene, diſciple de ce dernier, enſeigna que l’immenſité de l’air étoit ce principe; mais que les choſes qui en réſultoient, étoient finies, & qu’il en naiſſoit la terre, l’eau & le feu, qui produiſent tout 5. Selon Anaxagore c’étoit la matiere infinie, compoſée de parties très petites, ſemblables entr’elles, & infinies en nombre; ces parties étoient d’abord pêle-mêle, & enſuite l’intelligence divine les mit en ordre. Xénophane, qui étoit un peu plus ancien, prétendit que tout eſt un, immuable, & Dieu 6; qu’il n’eſt point né, qu’il eſt éternel, & de figure ſphérique. Parménide dit que c’eſt le feu; qu’il meut la terre, & qu’il l’a formée . Leucippe, que c’eſt le plein & le vuide. Démocrite eſt en cela du même avis; il s’étend d’avantage ſur le reſte. Empédocle veut que ce ſoient les quatre éléments vulgaires & connus. Héraclite dit que c’eſt le feu. Meliſſus que ce qui exiſte eſt infini, immuable, a toujours exiſté, & exiſtera toujours. Platon penſe que Dieu a fait le monde, qui eſt éternel, d’une matiere capable de tout recevoir. Les Pythagoriciens veulent que tout vienne des nombres & des éléments des Mathématiciens. Entre tous ces Philoſophes, votre Sage, je penſe, en choiſira un ſeul pour ſon guide; & les autres, qui ſont de ſi grands hommes & en ſi grand nombre, s’en iront rejetés & condamnés.
Quelque ſentiment qu’il embraſſe, il en ſera auſſi ſûr que de ce qui tombe ſous ſes ſens: il ne croira pas plus qu’il fait jour à préſent, qu’il ne croira, puisqu’il eſt Stoïcien, que ce monde eſt ſage, & doué d’une intelligence qui l’a fait, qui s’eſt faite elle-même, & qui regle & dirige tout 7. Il ſera également convaincu que le ſoleil, la lune, toutes les étoiles, la terre, la mer, ſont autant de Dieux, parce qu’une certaine intelligence animale les pénetre, & que cependant un jour ce monde périra par un incendie.
| 1 Je trouve dans Sextus Empiricus (contre les Mathém. Liv. X. & II. contre les Phyſiciens, Sect.310-318. p.684-686.pp.363, 365, 367) un article qui me ſemble très-propre à donner une idée nette des penſées des Anciens ſur les principes des choſes. Sextus en parle auſſi ailleurs (Hypot. Liv. III. Sect. 30. & Liv. I. contre les Phyſ. Sect. 319. &c. p.173); mais le paſſage que je choiſis, eſt le plus clair & le plus détaillé. Je vais le traduire en faveur de mes Lecteurs. [⋯] „Ceux qui ont fait des recherches ſur la conſtitution de l’Univers, ont tout formé, les uns d’une ſeule choſe, & les autres de pluſieurs. „Ceux qui ſe ſont tenus à un ſeul principe, l’ont ſuppoſé, les uns ſans aucune qualité, les autres avec des qualités. „De ces derniers, les uns ont adopté l’air, les autres l’eau; d’autres le feu; d’autres enfin la terre. „De ceux qui ont admis pluſieurs principes, les uns en ont pris un nombre déterminé, les autres ont cru que le nombre en étoit infini. „Ceux qui veulent que le nombre des principes ſoit déterminé, en comptent, les uns deux; d’autres quatre; d’autres cinq; & d’autres ſix. „Ceux qui ſont pour le nombre infini, veulent, ceux-ci que les éléments ſoient ſemblables aux choſes produites; ceux-là qu’ils ſoient différents. „Des derniers, les uns ſoutiennent que les éléments ſont inaltérables, & les autres qu’ils ſont ſuſceptibles d’altération. „Les Stoïciens forment l’Univers d’une ſubſtance unique deſtituée de toute qualité. Car, ſelon eux, ce principe eſt une matière ſans qualité, & capable de toute ſorte de changements, après lesquels ſont produits les quatres éléments, le feu, l’air, l’eau, & la terre. „Que tout ſoit formé d’une ſeule ſubſtance, mais douée de qualités, c’eſt le ſentiment d’Hippaſus, d’Anaximandre, & de Thalès. Hippaſus, &, ſelon quelques auteurs, Héraclite d’Éphèſe, attribuent la formation du tout au feu; Anaximandre à l’air; Thalès à l’eau; Xénophane, au dire de quelques-uns, à la terre.--- „Homere reconnoît pluſieurs éléments, en nombre déterminé, qu’il borne à deux; la terre & l’eau--- Xénophane de Colophon eſt du même avis--- Euripide veut que ce ſoit l’éther & la terre. „Empédocle en admet quatre“ --- [le feu, l’air, la terre, & l’eau. Au ſujet d’Empédocle, Sextus dit la même choſe Hypot. Liv. III. Sect. 31. p. 136.]. „Ocellus Lucanus & Ariſtote cinq; car ils ajoutent aux quatre éléments une cinquieme ſubſtance qui ſe meut circulairement, & dont, à ce qu’ils diſent, ſont faites les choſes céleſtes. „Empédocle compte jusqu’à ſix principes; [quatre quand il parle comme ci-deſſus, & ſix quand il leur joint l’amitié & la diſcorde]. De ces ſix principes quatre ſont matériels, la terre, l’eau, l’air, & le feu; & deux ſont actifs, l’amitié & la diſcorde.“ [Principes actifs dans lesquels Mr. Drutens trouve l’attraction & la répulſion des Newtoniens, non de Newton; car chez lui l’attraction & la répulſion ſont des phénomenes, des effets, non des principes]. „Que le nombre des principes ſoit infini, c’a été la penſée d’Anaxagore de Clazomene, de Démocrite, d’Épicure, & de pluſieurs autres. „Mais Anaxagore crut que les principes étoient ſemblables aux choſes produites; & Démocrite & Épicure qu’ils étoient différents & inaltérables: c’étoient les atomes. „Héraclide de Pont & Aſclépiade firent les principes différents des chhoſes produites, mais altérables, étant des corpuſcules ſans qualité déterminée.“ Euſebe (Prépar. Évang. Liv. I. ch. 8.) explique auſſi les différentes penſées des Philoſophes Grecs ſur les premiers principes. |
| 2 Le texte porte: cui ſex reliquos conſenſiſſe primos ſerunt. Daviſius, Urſinus &c. liſent : conceſſiſſe primas, „ont cedé la premiere place.“ |
| 3 „Les plus ſages des prêtres Égyptiens --- penſent qu’Homere & Thalès ont appris des Égyptiens que l’eau étoit le principe de toutes choſes“ (Plut. d’Iſis & d’Oſiris pag. 364. D. §34). Mais il ne faut pas oublier que ſi „Thalès de Milet dit que l’eau eſt l’élément des choſes [il dit auſſ], que Dieu eſt l’intelligence qui a tout formé de l’eau“ (Cic. de Nat. Deor. Lib. I. cap. 18.). |
| 4 Cet infini d’Anaximandre n’étoit que la matiere: „mais la matiere ne peut pas paſſer de la puiſſance à l’acte ſans une cauſe efficiente“ (Plut. des ſent. des Phil. Liv. I. ch. 3. p. 876. A.). Ici j’ai été obligé de paraphraſer un peu le texte. Le traducteur Latin au lieu de actu eſſe, traduit: rem creare nullam. [⋯] Anaximandre conſidéra la matiere „comme un ſujet informe, & l’appella infini, c’eſt à dire, indéterminé, parce que c’eſt la forme qui finit ou circonſcrit tout être matériel dans ſon eſpece“ (Batt. cauſ. prem. p. 207.). Cette raiſon eſt bonne en elle-même. Plutarque, en exploſant le ſentiment d’Anaximandre (des ſent. des Phil. L. I. ch. 3. p. 875. F.) ſe ſert du mot apeiron, qui ſignifie également infini, & indéterminé. Ariſtote (Leçons de Phyſique Liv. III. ch. 9. No. 2. p. 348. D.) appelle apeirous les anneaux qui n’ont point de chaton: Homere donne la même épithete à la terre, parce qu’elle eſt ſphérique, ſuivant l’explication d’Euſtathius & de Jean le Grammairien. Ariſtote & Homere n’ont pas cru, l’un ſa bague, & l’autre la terre infinies: elles ſont indéfinies, parce que l’on peut placer où l’on veut leur commencement & leur fin. Mais ſi l’explication de Batteux eſt bonne en elle-même, je ne ſaurois l’accorder avec celle de Plutarque, qui dit expreſſément (lieu cité) qu’„Anaximandre de Milet dit que le principe des êtres eſt l’apeiron; que tout en ſort & tout y rentre: que par conſéquent les mondes qui en ſont formés & y retournent, ſont apeiroi:“ & que „leur principe eſt apeiron, afin que les générations ne ceſſent & ne s’arrêtent jamais.“ Il me ſemble que les deux dernieres phraſes montrent clairement que le mot apeiros ici ſignifie infini, non indéfini ou indéterminé. D’ailleurs Ariſtote (lieu cité) dit que l’anneau eſt appellé apeiron, en parlant „par une certaine reſſemblance, non proprement.“ Enfin „Anaximandre“ [croyoit] „que les Dieux reçoivent l’être, qu’ils naiſſent & meurent de loin à loin; & que ce ſont des mondes innombrables“ (Cic. de nat. Deor. Lib. I. cap. 10. J’ai copié la trad. d’Olivet). Le Latin de ce paſſage porte: innumerabiles mundos; le mot innumerabiles confirme le ſens que je donne au terme apeiros. |
| 5 Les opinions Phyſiques de ces Philoſophes anciens ſont très-peu connues, parce qu’ils nous reſte peu de mémoires ſur lesquels on puiſſe compter. Je ne m’étendrai donc pas ſur ce ſujet, & je me bornerai à une remarque générale que me fournit l’Abbé d’olivet (Théol. des Phil. pag. 239. 240.). „Tous les Anciens croyoient l’éternité de la matiere. [⋯] Mais la plupart (*) ne la conſidéroient avant la formation du monde, que comme une maſſe informe & ſans ordre, rudis indigeſtaque moles (**). C’eſt ce qu’ils appelloient chaos. Les uns lui croyoient un mouvement naturell & ſpontanée, par lequel, à force de ſe mouvoir, elle attrapa enfin un arrangement, qui peu à peu devint ce que nous voyont. D’autres, ne lui croyant pas cette faculté motrice, lui aſſocioient une intelligence qui lui imprima du mouvement, & la mit en ordre.--- „Anaximene donc, raiſonnant ſur le ſecond état de la matiere, quand elle paſſa du chaos à une forme réglée, crut que d’abord elle devint air; que par conſéquent l’air, qui comprenoit alors tout ce qu’il y avoit de matiere, étoit infini, & que l’air modifié produiſit la terre, l’eau, & le feu, d’où ſe formerent tous les êtres particuliers.“ „(*) Je dis avec reſtriction la plupart, à cauſe d’Ariſtote qui étoit pour l’éternité du monde. „(**) Ovid Meram.Lib. I. v. 8.“ Mr. d’Olivet cite Bayle qui, dans ſon dictionnaire (article Jupiter, remarque G), a avancé „qu’il n’y a nulle apparence que Ciceron ait bien rapporté le ſentiment d’Anaximene, & cela ſur des paroles de St. Auguſtin tirées de la cité de Dieu.“ Dans Bayle on cite en marge Lib. VIII. cap. 2. St. Auguſtin y dit: Anaximenes omnium rerum cauſſas infinito aëri dedit, nec Deos negavit aut tacuit: non tamen ab ipſis aërem factum, ſed ipſos ex aëre natos credidit. Ces Dieux nés ſont, ſelon Bayle, Saturne, Rhea, Jupiter &c. On peut ſur ce paſſage conſulter les Obſervationes Halenſes, (Tom. II. Obſ. 19. pag. 440.). Mr D’Olivet dit qu’il falloit plutôt conſulter la lettre de St. Auguſtin à Dioſcore, laquelle eſt la 118 dans l’édition des Bénédictins, & la 56 dans les autres éditions. J’ai conſulté cette lettre, & je trouve que (Cap. II. §. 23.) le St. Docteur ne parle du ſentiment d’Anaximene qu’en peu de mots; il ſe rapporte à Ciceron de natura Deorum. Paſſons à Anaxagore. „Anaxagore dit que les corps“ [les parties ſimilaires] „exiſtoient au commencement, & que l’intelligence divine les mit en ordre, & donna ainſi naiſſance aux choſes“ (Plut. des ſentim. des Phil. Liv. I. chap. 7. pag. 881. A.). Mais, obſerve Socrate (Plat. de l’ame), „cet homme ne fait aucun uſage de l’intelligence; il ne rend aucune raiſon de ce bel arrangement; & les cauſes qu’il aſſigne, ſont l’air, l’éther, l’eau, & pluſieurs autres choſes abſurdes.“ Socrate dans la ſuite de ce paſſage, décrit parfaitement l’Optimiſte, par ces mots entr’autres: „il ne me ſeroit jamais venu dans l’eſprit qu’Anaxagore ayant dit que l’intelligence gouverne les choſes, expliqueroit les phenomenes autrement qu’en prouvant que tout eſt bien comme il eſt; &“ [j’aurois cru qu’] „après avoir aſſigné à chaque choſe une cauſe particuliere, il montreroit en général ce qui convient au tout.“ N’ayant pas Platon ſous main, je tire ce paſſage d’Euſebe (Prépar. Évang. Liv. XIV. ch. 15. p. 751. D.). |
| 6 Xénophane enſeignoit „que le tout étoit un; que Dieu étoit en toute choſe, & qu’il étoit ſphérique, impaſſible, immuable, & intelligent“ (Sext. Empir. Hypot. Liv. I. chap. 33. Sect. 225.); „par-tout ſemblable à lui-même, & tout intelligence“ (là même, Sect. 224.): c’eſt à dire, que le monde eſt éternel & inaltérable; qu’au monde étoit jointe une intelligence (Cic. de nat. Deor. Lib. I. cap. 11.) auſſi éternelle, unie à la matiere, & répandue par tout l’univers; & que pourtant cette intelligence n’avoit rien de commun avec la matiere. [⋯] A mon avis, ſelon Xénophane, il en étoit de Dieu & de l’univers comme de notre ame & de notre corps. L’une differe totalement de l’autre; cependant ces deux ſubſtances ſont unies. En diſant que Dieu n’avoit rien de commun avec la matiere, Xénophane parloit de la matiere groſſiere, & formoit cette intelligence d’une matiere très-ſubtile. S’il avoit attribué à ſon Dieu l’immatérialité, telle que nous la concevons, Xénophane n’auroit jamais dit que Dieu étoit „une ſphere impaſſible“ (Sext. Empir. Hypot. Liv. III. chap. 24. Sect. 218. à la fin). Selon Diogene Laërce (Liv. IX. Sect. 19. vie de Xénophane), ce Philoſophe enſeignoit ſimplement que „la ſubſtance de Dieu eſt globulaire, & n’a rien de commun avec celle des hommes: que le tout voit, le tout entend, & cependant ne reſpire pas; & que tout exiſte enſemble, l’intelligence, la prudence, & l’éternité.“ Origene dans les Philoſophiques (artic. d’Anaximandre, pag. 270. B. C. D.) parle de la doctrine de ce Philoſophe; mais, à mon avis, il ne l’explique pas avec beaucoup de clarté. J’eſpere que quelques-uns de mes Lecteurs me ſauront gré du morceau que je vais ajouter à cette note. Il n’eſt pas court; mais il me paroît curieux, & propre à répandre du jour ſur le ſujet que nous traitons. Ce morceau eſt de Plutarque : il ſe trouvoit dans les Stromates, ouvrage que nous avons perdu. Euſebe nous en a conſervé ces lignes (Prépar. Évang. Liv. I. chap. 8. pag. 22-25.). „On dit que Thalès avant tous les autres établit que l’eau étoit le premier principe de tout, & que tout étoit ſorti de l’eau & ſe réſolvoit en eau. Après lui Anaximandre ſon diſciple enſeigna que l’infini renferme la cauſe univerſelle de toute génération & corruption; que les cieux & des mondes ſans nombre étoient ſortis de lui; que de lui ſe faiſoit la corruption, & long-temps avant celle-ci, la génération de tous ces mondes qui roulent perpétuellement; que la terre avoit la figure d’un cylindre, dont la hauteur eſt le tiers de la largeur. Il ajoutoit que, pour la formation du monde, les partiesfécondes & productives du chaud & du froid, avoient été ſéparées de toute éternité; qu’il s’en étoit formé une ſphere de feu, laquelle entouroit l’air qui environne la terre, comme l’écorce environne un arbre; que cette ſphere ſe briſa, ſe partagea en cercles, & produiſit le ſoleil, la lune, & les aſtres. Il ſoutenoit auſſi que l’homme au commencement fut la production d’animaux qui n’avoient pas la même figure que lui : car les autres animaux d’abord ſe nourriſſent d’eux-mêmes; l’homme a beſoin pendant longtemps de lait & de nourrice, en ſorte qu’au commencement il n’auroit pas pu ſe conſerver, s’il eût été tel qu’il eſt à préſent. „Anaximene, à ce qu’on dit, avança que le principe de tout étoit l’air, infini quant à l’eſpece, & déterminé quant aux qualités; qu’il produiſoit tout, en partie en ſe condenſant, en partie en ſe raréfiant; que le mouvement étoit éternel; que l’air comprimé avoit d’abord produit la terre fort large, qui par conſéquent ſe ſoutenoit ſur l’air; que le ſoleil, la lune, & les uatres aſtres étoient ſortis de la terre. C’eſt pourquoi il appelloit terre le ſoleil, qui, ſelon lui, avoit fort à propos acquis ſa grande chaleur par un mouvement très-violent. „Xénophane de Colophon prenant une route particuliere, & s’écartant du ſentiment de tous ceux dont nous venons de parler, ſupprime toute génération & toute deſtruction, penſant que cet univers a toujours été ſemblable à lui-même : car, s’il avoit été formé, il s’enſuivroit néceſſairement qu’il n’existoit pas auparavant; or ce qui n’eſt pas, ne peut pas être fait, ne peut rien faire, & on n’en peut rien faire. Xénophane prétend auſſi que les ſens ſont trompeurs, & avec eux il calomnie la raiſon en tout. Il dit que la terre avec le temps deſcend, & tombe peu à peu dans la mer : que le ſoleil eſt compoſé d’un grand nombre de petits feux. Touchant les Dieux, il ſoutient qu’il n’y a aucune prééminence entr’eux, parce qu’il ne convient pas qu’un Dieu commande aux autres; que l’un n’a jamais beſoin du ſecours des autres; qu’ils entendent & voient en général, non en détail; que la terre eſt infinie, & que l’air n’enveloppe pas ſes parties; que tout eſt fait de terre; mais que le ſoleil & les autres aſtres doivent leur origine aux nuages. „Parménide d’Élée, diſciple de Xénophane, en partie adopta ſes ſentiments, & en partie en imagina d’oppoſés. Car il ſoutint que cet univers eſt éternel, immobile, & conforme à la vérité des choſes“ [eſt la ſeule choſe réelle],„étant ſeul, unique, immuable, & non engendré; que la génération regarde les choſes auxquelles on attribue fauſſement l’exiſtence; & que les ſens n’ont rien de commun avec la vérité. Parménide aſſure de plus que, s’il y a quelque part quelque choſe outre ce qui exiſte réellement, ce n’eſt pas un être; que ce qui n’eſt pas un être, n’exiſte pas dans l’univers; & qu’ainſi l’être n’eſt point engendré. Il dit auſſi que la terre a été formée par l’air épaiſſi qui s’écouloit. „Zénon d’Élée 🔄 ne dit rien de particulier. Il flotta dans le doute. „Démocrite d’Abdere veut que l’univers ſoit infini & immuable, parce qu’il n’a pas été fabriqué. Il dit auſſi que dans le monde tel qu’il est, les cauſes de ce qui ſe forme, n’ont aucun principe; que tout ce qui a été, eſt ou ſera, eſt lié depuis un temps infini par la force de la néceſſité; que le ſoleil & la lune ont été formés; que quand ils étoient, non auſſi chauds & brillants qu’ils le ſont actuellement, mais ſemblables à la terre, ils avoient leur propre mouvement en bas; que l’un & l’autre ont d’abord été formés comme l’exigeoit l’état particulier du monde, & qu’enfin, lorsque le cercle du ſoleil s’eſt augmenté, le feu s’y eſt raſſemblé & renfermé. „Épicure fils de Néoclès d’Athenes, s’efforce de rabattre le faſte de ce qui regarde les Dieux. Il ſoutient que rien ne ſe fait de ce qui n’eſt pas; que cet univers a toujours été, & ſera toujours tel qu’il eſt; qu’à l’exception du temps infini déjà paſſé, il ne ſe fait rien de nouveau; que l’univers eſt un corps non ſeulement immuable, mais auſſi infini; & que le plaiſir eſt le ſouverain bien. „Ariſtippe de Cyrene place auſſi le plus grand bien dans le plaiſir, & le plus grand mal dans la douleur : il borne le reſte de la Phyſiologie au point de dire que la ſeule conſidération du bien & du mal eſt utile. „Empédocle d’Agrigente établit les quatres éléments, le feu, l’eau, l’air, & la terre; que l’amitié & la diſcorde ſont la cauſe de ces éléments; que dans la confuſion primitive des éléments, l’air ſe ſépara & ſe répandit ſphériquement; que le feu ſortit après, & que ne trouvant pas d’autre place, il vola en haut chaſſé par le froid de l’air épaiſſi; que deux hémiſpheres circulent autour de la terre; qu’un de ces hémiſpheres eſt tout de feu, & que l’autre eſt compoſé d’air & d’un peu de feu, & forme la nuit; que le mouvement commença parce que dans cette conjonction des éléments, l’impétuoſité du feu prévalut; que le ſoleil par ſa nature eſt, non un feu, mais une réflexion du feu ſemblable à celle qui ſe fait dans l’eau; que la lune ſe forma elle-même de l’air que le feu avoit abandonné, & qui s’étoit épaiſſi comme de la grêle; & qu’elle emprunte ſa lumiere du ſoleil; enfin que la partie principale de l’ame n’eſt ni dans la tête, ni dans la poitrine; qu’elle eſt dans le ſang, & que par conſéquent la partie du corps où il y a le plus de ſang, eſt la principale dans l’homme. „Métrodore de Chios affirme que l’univers eſt éternel, parce que, s’il avoit été fait, il l’auroit été de ce qui n’exiſtoit pas; que puisqu’il eſt éternel, il eſt infini, n’ayant ni commencement ni fin; que l’univers eſt immobile, parce qu’il ne peut pas ſe mouvoir ſans paſſer d’un lieu dans un autre, & que néceſſairement il devroit paſſer dans le plein ou dans le vuide : que l’air épaiſſi forme d’abord les nuages, & enſuite la pluie, qui tombant dans le ſoleil, en éteint le feu; & que ce feu ſe rallume par la raréfaction; qu’avec le temps le ſoleil s’épaiſſit par la ſéchereſſe; que les étoiles ſont formées d’une eau claire & l’impide; que la nuit, le jour, & les éclipſes viennent de ce que le ſoleil s’éteint & ſe rallume alternativement. „Diogene d’Apollonie établit que l’air eſt un élément; que tout ſe meut; & que les mondes ſont infinis en nombre. Il imagine que ces mondes ſe ſont formés parce que, pendant que tout ſe mouvoir, ici il y avoit plus de rareté, & là plus de denſité; & que la plus grande denſité produiſoit un tourbillon; que le reſte s’eſt formé de la même maniere; & que les parties les plus légeres ſe ſont placées en haut, & ont produit le ſoleil.“ Voilà les rêveries, ou plutôt les extravagances que les anciens Philoſophes débitoient ſur la formation de l’Univers. Je ne ſuis pas étonné que Socrate, après les avoir étudiées, mépriſat la Phyſique. J’ai plutôt de la peine à comprendre comment Ciceron trouvoit que de pareilles „idées nous élevent, & nous donnent une noble fierté“ (pag. 119.). Elles me ſemblent plus propres à nous humilier, & à nous faire ſentir notre foibleſſe. Cependant elles contiennent quelque choſe de bon. Elles nous montrent que tous les Philoſophes ont reconnu cette grande vérité que, puisque quelque choſe exiſte, quelque choſe a exiſté de toute éternité. Si, comme Mr. Sulzer (Nouv. Mém. de l’Acad. Royale des Sc. & B Let. an. 1770. pag. 268. & ſuiv.), que je regretterai long-temps, ils avoient développé la notion de l’être éternel, ils auroient vu que cet être ne doit ſon exiſtence à aucune cauſe extérieure; qu’il exiſte par la force de ſa nature, ou néceſſairement; qu’il eſt immuable & exempt de toute modification accidentelle; unique dans ſon genre, parce que, s’il en exiſtoit deux, ou ils auroient des propriétés différentes, ou ils n’en auroient pas. Dans le ſecond cas les deux êtres ſeroient indiſcernables, même par l’entendement; ils n’en feroient qu’un. Car, il ne peuvent pas différer par le temps, puisqu’ils ſont éternels: ils ne peuvent pas différer par la place, puisque dans ce cas la place ſeroit contingente, & il n’y a rien de contingent dans l’être néceſſaire. Dans les premiers cas un de deux auroit des propriétés qui ne ſont pas eſſentielles à l’autre, qui par conſéquent ſont accidentelles, & contradictoires à l’idée d’être néceſſaire. Donc cet être n’a point de parties, parce que tout arrangement de parties eſt accidentel, pouvant ne pas être tel qu’il eſt. Par la même raiſon cet être n’a aucune de ces modifications qui admettent des degrés. En un mot, s’ils avoient analyſé la notion de l’être éternel, ils auroient vu que la matiere ne peut pas être éternelle, & ils auroient appris à diſtinguer l’ouvrage de l’ouvrier. |
| 7 Cette ame du monde qui s’eſt faite elle-même, n’a pas manqué d’embaraſſer Juſte-Lipſe qui (Phyſiol. Stoic. Lib. I. diſſert. 7.), demande en quel ſens la choſe eſt vraie, puisque cette ame eſt éternelle. Il répond que c’eſt, peut-être, parce que dans l’incendie du monde cette intelligence confondue avec la matiere, n’a ni éclat ni place. C’eſt à peu près l’explication que donne de cette difficulté Mr. Batteux (Cauſ. prem. page. 312-316.). D’autres, & Juſte-Lipſe même, omettent le ſe & liſent quæ & ipſum fabricata ſit. C’eſt couper le nœud gordien. |
(également disponible une édition de 1826 ici)
(ca. -80, Rome — ca. -15, lieu de décès indéterminé) ⏳ 📚

Portrait de Vitruve.
Provenance : ?
Exposition : Promoteca veronese (it), Biblioteca Civica di Verona (it).
NdA Architectura
I Du nom commun grec ancien ἀρχιτέκτων / arkhitéktōn (en), « maître d’œuvre, architecte »;
➥ du préfixe ἀρχι- / arkhi- (en), dénote une importance ou une autorité primordiale; du verbe ἄρχω / árkhō (en), « 1. (transitif) Commencer [+génitif = quelque chose, à partir de quelque chose, avec quelque chose]. 2. (transitif) Diriger, gouverner, commander [+génitif/+datif = quelqu’un]. 3. (intransitif) Être dirigeant; détenir un Archonte. » ou ἀρχός / arkhós (en), « Souverain, chef, prince »;
➥ du nom commun τέκτων / téktōn (en), « 1. Quelqu’un qui travaille le bois : charpentier, maçon. 2. Tout artisan (mais généralement opposé à métallurgiste, forgeron). 3. Un maître de n’importe quel art, comme la gymnastique, la poésie, la médecine ou l’ingénierie. 4. Auteur, créateur, planificateur. ».
II Du nom propre latin Augustus; de l’adjectif augustus (en), « 1. Auguste, solennel, majestueux, vénérable. 2. D’Août, le sixième mois du calendrier romain. 3. Augustain (relatif à l’empereur Auguste). 4. Impérial, royal. ».
Premier empereur romain, le 16 janvier -27, et fondateur de l’empire romain.
(né sous le nom de Caius Octavius, le 23 septembre -63 ⏳, à Rome – d’abord se nommant Gaius Julius Caesar Octavianus, en prenant le nom de son père adoptif (en)’, Jules César, avec son propre nom adjectivé, puis Imperator Caesar Divi Filius Augustus jusqu’à sa mort le 19 août 14 ⏳, à Nola (en))
« Tandis que la force de votre divin génie vous rendait maître de l’empire du monde, ô César ; que tous vos ennemis terrassés reconnaissaient la supériorité de votre valeur, que les citoyens romains se glorifiaient de vos victoires et de vos triomphes ; tandis que les nations subjuguées attendaient leur destinée de votre volonté, et que le sénat et le peuple romain, libres de toute inquiétude, se reposaient de leur salut sur la grandeur de vos pensées et sur la sagesse de votre gouvernement, je n’aurais point osé vous présenter, au milieu de vos nobles occupations, le fruit de mes longues études sur l’architecture, dans la crainte de vous interrompre mal à propos et d’encourir votre disgrâce. [...] »
Ibid., Livre I, Introduction, § 1.
Livre II
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Chapitre II.
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- Texte latin
§ 1. Thales quidem primum aquam putavit omnium rerum esse principium. Heraclitus Ephesius, qui propter obscuritatem scriptorum a Graecis Σκοτεινὸς est appellatus, ignem. Democritus quique eum sequutus est Epicurus, atomos, quae nostri insecabilia corpora, nonnulli individua, vocitaverunt. Pythagoreorum vero disciplina (1) adiecit ad aquam et ignem aera et terrenum. Ergo Democritus, etsi non proprie res nominavit, sed tantum individua corpora proposuit, ideo ea ipsa dixisse videtur, quod ea, quum sint disiuncta, nec laeduntur, nec interitionem recipiunt, nec sectionibus dividuntur, sed sempiterno aevo perpetuo (2) infinitam retinent in se soliditatem.
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(1) - Pythagoreorum vero disciplina. Pythagore, comme plusieurs autres anciens, a enseigné que c’était la terre et non le ciel qui tournait. Selon lui, le monde est un tout harmonieusement ordonné dont le soleil est le centre, et les autres corps célestes se meuvent autour de cet astre en formant une musique divine. |
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(2) - Sempiterno aevo perpetuo. Cicéron (ive Catilinaire, ch. 9) dit ut ignis Vestae perpetuus ac sempiternusI. Sempiternum signifie une chose qui n’a point de fin; perpetuus, une chose qui n’a point d’interruption. |
NdA du texte latin de M. Ch.-L. MAUFRAS 1847
tHales quidé primú aquá putauit oíum reꝴ eſſe príncípíum Heraclitus epheſius qui ꝓpter obſcuritaté ſctiptoꝴ a græcis Scotinos eſt appellatus ignem. Democritus quiq; eú ſecutus eſt.Epicurus Athomos quos nŕi inſecabilia corꝑa:non nulli idiuidua uocitauerunt. Pythagoreoꝴ uero diſciplina adiecit ad aquá & igné aera & terrenú. Ergo Democritus & ſi nó proprie res noiauit:ſed tín indiuidua corꝑa ꝓpoſuit.Ideo ea ip̃a dixiſſe ui det́ ꝙ ea cú ſint diſiúcta nec legunt́ nec intentioné recipiút:nec ſectionibus diuidunt́:ſed ſempiterno æuo ꝑpetuo infinitá retinent in ſe ſoliditaté.
- Traductions
§ 1. Thalès est le premier qui ait pensé que l’eau était le principe de toutes choses. Héraclite ⤴️ d’Éphèse, qui, à cause de l’obscurité de ses écrits, fut appelé par les Grecs Σκοτεινὸς I, croyait que c’était le feu. Démocrite ⤴️ et son sectateur Épicure ⤴️ prétendirent que c’étaient les atomes II, que chez nous on appelle corpuscules insécables et quelquefois indivisibles. L’école de Pythagore 🔄 ajouta à l’eau et au feu deux autres principes, l’air et la terre. Démocrite, bien qu’il n’ait point donné de nom propre aux principes qu’il admet, et se soit contenté de les proposer comme des corps indivisibles, me semble néanmoins avoir désigné les mêmes choses, puisque ces principes, lorsqu’ils sont séparés, loin d’être susceptibles d’altération, ou d’augmentation, ou de division, conservent au contraire une solidité perpétuelle, infinie, éternelle.
§ 2. Puisque de la réunion de ces principes naissent et sont composées toutes choses, et que ces atomes sont différents dans les corps que la nature a multipliés à l’infini, j’ai pensé qu’il était à propos de faire connaître leurs variétés, leurs différentes propriétés, et les avantages qu’on en pouvait retirer pour la construction des édifices, afin que, d’après la connaissance qu’ils en auront, ceux qui pensent à bâtir ne tombent point dans l’erreur, et ne se pourvoient que de matériaux qui conviennent à l’usage qu’ils en veulent faire.
NdA de la traduction de M. Ch.-L. MAUFRAS 1847
I Adjectif grec ancien σκοτεινός / skoteinós (en), « 1. Sombre, obscur, terne, faible. 2. (au sens figuré) Sombre, obscur, secret. »;
➥ du nom commun σκότος / skótos (en), « 1. Ténèbres, obscurité : • L’obscurité de la mort; • Les ténèbres de l’au-delà; • L’obscurité du ventre/ de l’utérus. 2. Cécité. 3. (au sens figuré) Obscurité. 4. (d’une personne) Le mystère, l’ignorance, la tromperie. 5. La partie sombre ou l’ombre d’une image. »;
➥ + le suffixe adjectival -εινός / -einós (en).
II De l’adjectif grec ancien ἄτομος / átomos (en);
➥ du préfixe ἀ- / a- (en), « 1. Préfixe privatif, aussi appelé alpha privatif (en grec ancien ἄλφα στερητικόν / álpha sterētikón (en)), pour exprimer la négation ou l’absence. 2. Préfixe copulatif (en grec ancien α ἀθροιστικόν / a athroistikon (en)) pour exprimer l’union ou la ressemblance. 3. Préfixe augmentatif ou intensif (en grec ancien α ἐπιτατικόν / a epitatikón) pour renforcer la force des composés. 4. Préfixe prosthétique ou euphonique pour adoucir la prononciation devant deux consonnes. »;
➥ de l’adjectif τομός / tomós (en), « Coupant, pointu. »;
➥ du verbe τέμνω / témnō (en), « 1. Couper, tailler. 2. Mutiler, blesser. 3. Boucher, sacrifier. 4. Abattre, récolter, recueillir, moissonner, faucher. 5. Traverser, avancer, percer, labourer. »;
Courant philosophique affirmant que la matière est discontinue et composée d’éléments insécables. Leucippe ⤴️ et son élève Démocrite sont les Grecs considérés comme les fondateurs de l’atomisme au Vème siècle AEC, doctrine reprise par Épicure, puis à Rome par Lucrèce III au Ier siècle AEC.
III Tria Nomina en latin Titus Lucretius Carus;
Poète philosophe latin du Ier siècle AEC, auteur d’un seul ouvrage en six parties, le De rerum natura (De la nature des choses), un long poème qui décrit le monde selon les principes d’Épicure.
Des principes de toutes choses, suivant l’opinion des philosophes.
THALÈS d’abord a pensé que l’eau était le principe de toutes choses. Héraclite d’Éphèse, qui, à cause de l’obscurité de ses écrits, fut surnommé Scoteinos (1), disait que c’était le feu. Démocrite et son sectateur Épicure voulaient que ce fussent les atômes, qui sont des corps qui ne peuvent être coupés ni divisés. La doctrine des Pythagoriciens, outre l’eau et le feu, admettait encore pour principes l’air et la terre. Si Démocrite n’a pas donné de noms particuliers aux principes qu’il établit, mais les a présentés seulement avec la qualité générale de corps indivisibles, il est bien certain qu’il les a regardés comme des éléments; car lorsqu’il présente ces corps ou principes comme incapables d’altération (2) et de corruption, et qu’il leur donne une nature éternelle, infinie et solide, c’est parce qu’il les considère comme n’étant point encore joints les uns aux autres. Or donc, puisqu’il paraît certain que tous les matériaux sont composés et naissent de ces principes ou atômes et qu’ils jouissent cependant tous d’une infinité de propriétés différentes, j’ai pensé qu’il était à propos de parler de leurs qualités et des divers usages que l’on peut en faire dans la construction, afin que ceux qui veulent bâtir (3), en ayant connaissance, ne soient pas sujets à se tromper, mais qu’ils puissent faire un bon choix de tout ce qui leur peut être nécessaire.
| (1) C’est-à-dire ténébreux. |
| (2) Il me semble qu’il n’est pas difficile de voir qu’il faut lire individua corpora disjuncta non læduntur au lieu de non leguntur, comme il y a dans tous les exemplaires, et que le sens est que les corps ne sont capables de corruption et d’altération que parce qu’ils sont composés. |
| (3) Ceux qui veulent faire passer Vitruve pour un bon homme, demi-savant, qui dit, à propos ou non, tout ce qu’il sait ou vce qu’il ne sait pas, allèguent ce chapitre dans lequel il promet beaucoup plus de philosophie qu’il n’en sait et qu’il n’en est besoin pour connaître et pour choisir les matériaux qu’on emploie en architecture; mais la vérité est que c’était la coutume de son tems à Rome, où l’étude de la philosophie était une chose rare et nouvelle, d’en faire parade avec une ostentation qui ne rendait pas un auteur aussi ridicule qu’elle serait à présent. Varron et Columelle, en une pareille occasion, en usent de même que Vitruve; car le premier, au commencement de son livre d’agriculture, qu’il dédie à sa femme, s’excuse sur son peu de loisir de n’avoir pas traité la matière de son ouvrage comme il aurait été nécessaire, et il lui conseille, pour suppléer à ce défaut, de lire les livres des philosophes, dont il lui en nomme jusqu’à cinquante, entre autres, Démocrite, Xénophon, Aristote, Théophraste, Architas et magon, qui ont tous écrit ou en grec ou en langue punique; l’autre, savoir Columelle, dit qu’il faut qu’un jardinier et un laboureur ne soient guères moins savans en philosophie que Démocrite et Pythagore. |
Des principes de toutes choſes ſelon l’opinion des Philoſophes.
THALES eſt le premier qui a crû que l’eau eſtoit le principe de toutes choſes. Heraclite Epheſien, qui à cauſe de l’obſcurité de ſes écrits fut ſurnommé Scotinos, diſoit que c’eſtoit le feu. Democrite & ſon ſectateur Epicure vouloient que ce fuſſent les Atomes, que nous apellons des corps qui ne peuvent eſtre coupez ny diviſez. La doctrine des Pythagoriciens outre l’eau & le feu, admettoit encore pour principes l’air & la terre. Que ſi Democrite n’a pas donné ces meſmes noms aux principes qu’il établit, mais les a ſeulement propoſez en qualité de corps indiviſibles, il ſemble pourtant qu’il ait pretendu ſignifier la meſme choſe, car quand il les a établis comme 1 incapables d’alteration & de corruption, leur donnant une nature eternelle, infinie & ſolide ; c’eſt parce qu’il les conſideroit comme n’eſtant point encore joints les uns aux autres. De ſorte que puiſqu’il paroiſt que toutes choſes ſont compoſées & naiſſent de ces principes, & que ces Atomes ſont differents en une infinité de choſes differentes, je crois qu’il eſt à-propos de parler de leurs divers uſages, & comment leurs differentes qualitez doivent eſtre conſiderées dans les Edifices, afin que 2 ceux qui veulent baſtir en ayant connoiſſance, ne ſoient pas ſujets à ſe tromper, mais qu’ils puiſſent faire un bon choix de tout ce qui leur peut eſtre neceſſaire.
| 1. INCAPABLES D’ALTERATION. Il me ſemble qu’il n’eſt pas difficile de voir qu’il faut lire individua corpora diſiuncta non laduntur au lieu de non leguntur, comme il y a dans tous les exemplaires; & que le ſens eſt que les corps ne ſont compoſez. |
| 2. AFIN QUE CEUX QUI VEULENT BASTIR. Ceux qui veulent faire paſſer Vitruve pour un bonhomme, demy ſçavant, qui dit, à propos ou non, tout ce qu’il ſçait, ou qu’il ne ſçait pas, alleguent ce chapitre dans lequel il promet beaucoup plus de Philoſophie qu’il n’en ſçait & qu’il n’en eſt beſoin pour connoiſtre & pour choiſir les materiaux qu’on employe en Architecture : Mais la vérité eſt que c’eſtoit la coûtume de ſon temps à Rome où l’eſtude de la Philoſophie étoit une choſe rare & nouvelle, d’en faire parade avec une oſtentation qui ne rendoit pas un autheur auſſi ridicule qu’elle ſeroit à preſent. Varren & Columelle en une pareille occaſion en uſent de meſme que Vitruve ; car le premier au commencement de ſon livre de l’Agriculture qu’il dedie à ſa femme, s’excuſe ſur ſon peu de loiſir de n’avoir pas traité la matiere de ſon ouvrage, comme il auroit eſté neceſſaire ; & il luy conſeille pour ſuppléer à ce défaut de lire les livres des Philoſophes, dont il luy en nomme juſqu’à cinquante, & entr’autres Democrite, Xenophon, Ariſtote ⤴️, Theophraſte ⤴️, Architas & Magon, qui ont tous écrit ou en grec, ou en langue Punique. L’autre, ſçavoir Columelle, dit qu’il faut qu’un Jardinier & un Laboureur ne ſoient guerres moins ſçavans en Philoſophie, que Democrite & que Pythagore. |
(également disponible ici)
les opinions des Philoſophes. Chap. II.
LE Philoſophe Thales Mileſius fut le premier qui dict que l’eau eſtoit commencemens de tout. Apres Heraclite d’Epheſe (lequel pour l’obſcurité de ſes eſcriptz, fut par les Grecz ſurnommé Scotinos) debatit que c’eſtoit le feu. Conſequemment Democrite, & Epicure ſon ſucceſſeur, furent d’opinion que c’eſtoiét les Atomes, que aucuns de noz Latins appellent corps impartiſſables, & les autres indiuiſibles. Ce neátmoins la diſcipline des Pythagoriſtes adiouſta a l’eau & et au feu, l’air, & la terre. A ceſte cauſe, nó obſtát que Democrite n’ayt appellé les choſes ꝑ nós ꝓpres, ains ſeulemét ꝓpoſé les corps indiuiſibles:ſi eſt ce qu’il ſemble auoir compris toutes ces opinions en la ſienne, pourautant que quand les ſemences des choſes ſont deſioinctes, nul n’a puiſſance de les aſſembler. Auſſi elles ne ſont ſubgectes a perir:& ſi ne peuuent eſtre diuiſees par aucunes ſections, ains retiennent en ſoy vne permanence infinie, & qui peult durer a perpetuité.
Puis donc que de ces Atomes concurrens & ſ’aſſemblás en maſſe, lon voit que toutes choſes natureles ont vne participation, & ſ’en produiſent chacune en ſon eſpece, meſmes qu’elles ſont ſeparees en infiniz genres & ſubſtances, il m’a ſemblé neceſſaire de ſpecifier leurs differences, & de dire queles qualitez ou proprietez elles ont a l’endroit des maiſonnages ou lon les applique, afin que quád elles ſeront cógneuses, ceulx qui auront volunte de baſtir, ne puiſſent faillir par ignorance, ains preparent pour leurs vſages les matieres qu’ilz verront commodes a leur deſſeing & inſtitution.
Livre VII
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Introduction.
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- Texte latin
2. Namque si non ita fecissent, non potuissemus scire, quae res in Troia fuissent gestae (2), nec quid Thales, Democritus, Anaxagoras, Xenophanes reliquique physici sensissent de rerum natura; quasque Socrates, Plato, Aristoteles, Zenon, Epicurus aliique philosophi hominibus agendae vitae terminationes finissent; seu Croesus, Alexander, Darius ceterique reges quas res aut quibus rationibus gessissent, fuissent notae, nisi maiores praeceptorum comparationibus omnium memoriae ad posteritatem commentariis extulissent.
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(1) - Itaque non mediocres, sed infinitae sunt his agendae gratiae. Vitruve commence ce livre par l’éloge des lettres, et rend hommage aux savants qui nous ont transmis les événements passés et les découvertes faites de leur temps. Il cite les artistes et les poètes qui ont d’abord fait fleurir les arts et les lettres dans la Grèce, où les siècles de la belle littérature furent aussi ceux qui produisirent les plus fameux artistes. Il parle d’abord d’Homère, qu’il appelle le père des poètes. Il florissait cent ans environ avant la première olympiade 🔍. Il n’est point d’auteur, à l’exception peut-être d’Hésiode, qui soit plus ancien que lui. Rien ne peut être comparé à sa poésie ; il s’essaya dans le genre épique, celui-là même qui présente le plus de difficultés, et, prenant un vol d’aigle, s’élança au plus haut degré que puissent atteindre les forces humaines, par son immortelle Iliade. En vain les plus grands génies ont cherché à l’imiter. Le plus ancien poète de la Grèce fut aussi le meilleur ; ce qui fait dire à Velleius Paterculus : « Neque ante ilium quem ille imitaretur, neque post ilium qui eum imitari posset, inventus est. » Les beaux-arts, et surtout l’architecture, étaient déjà connus dans le temps d’Homère; il nous apprend qu’avant le siège de Troie, la ville d’Orchestre était célèbre, à cause du temple de Neptune qui s’y trouvait, et que Minerve en avait un magnifique à Athènes. Nous voyons dans Pline que le temple de Diane, en Aulide, fut bâti plusieurs siècles avant la guerre de Troie. Homère parle aussi de plusieurs palais qui existaient en Grèce avant cette guerre. |
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(2) - Quae res in Troia fuissent gestae. Ce n’est pas seulement à cause de son ancienneté que Vitruve cite Homère le premier, c’est encore parce que les anciens regardaient les événements qui se sont passés à Troie, non comme une simple histoire, mais comme le fond de leur théologie. C’est pourquoi les livres d’Homère où ces événements sont rapportés, étaient en grande vénération; on estimait son histoire, on admirait sa poésie, et ses livres étaient réputés sacrés. Aussi Vitruve les nomme avant de parler des ouvrages qui traitent de la philosophie et de la morale, avant de citer l’histoire de Crésus, d’Alexandre et de Darius; et si l’on a infligé à Zoïle, surnommé le fléau d’Homère, ce châtiment dont il parle, pour avoir écrit contre ce poète, c’est parce qu’il avait tourné en ridicule un ouvrage qui traitait de la religion. |
(édition de 1847 également disponible ici)
- Traductions
2. Et s’ils n’en avaient point usé ainsi, nous n’aurions pu connaître les malheurs de Troie; et les opinions de Thalès, de Démocrite ⤴️, d’Anaxagore 🔄, de Xénophane 🔄 et des autres physiciens, sur les lois de la nature; et les principes que les Socrate 🔄, les Platon 🔄, les Aristote 🔄, les Zénon ⤴️, les Épicure ⤴️ et les autres philosophes ont posés pour la conduite de la vie; et les actions de Crésus 🔄, d’Alexandre 🔄, de Darius et des autres rois, et les mobiles de ces actions, tout serait resté dans l’oubli, si nos ancêtres n’avaient eu soin de nous les faire connaître dans des ouvrages qui sont arrivés jusqu’à nous.
(édition de 1847 également disponible ici)
Il faut avouer que nos ancêtres ne pouvaient rien faire de plus sage ni de plus utile que de mettre par écrit leurs belles inventions; car c’est ce qui nous en a conservé la mémoire ; et, il est arrivé que, chaque siècle ayant ajouté quelque chose aux connaissances des siècles précédents, les arts et les sciences ont été portés à la perfection où nous les voyons maintenant. On ne saurait donc avoir assez de reconnaissance pour ceux qui ne nous ont point enlevé, par leur silence, les belles connaissances qu’ils ont eues, mais qui ont pris le soin de les communiquer à leurs descendants; car on aurait éternellement ignoré ce qui s’est passé à Troie, et nous ne saurions point quelles ont été les opinions de Thalès, de Démocrite, d’ Anaxagore, de Xénophane et de tous les autres philosophes, touchant les choses naturelles, ni par quels préceptes Socrate, Platon, Aristote, Zénon, Épicure et les autres, ont réglé les mœurs et toute la conduite de la vie; enfin jamais nous n’aurions entendu parler des actions de Crésus, d’Alexandre, de Darius, ni des autres rois, si nos ancêtres n’eussent pris le soin d’écrire des livres qui conservassent la mémoire de toutes ces choses pour en faire part à la postérité.
Livre VIII
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Introduction.
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- Texte latin
DE septem sapientibus Thales Milesius (1) omnium rerum principium aquam est professus, Heraclitus ignem, magorum sacerdotes aquam et ignem; Euripides auditor Anaxagoræ, quem philosophum Athenienses scenicum appellaverunt, aera et terram, eamque ex cœlestium imbrium conceptionibus inseminatam, fetus gentium et omnium animalium in mundo procreavisse, et quæ ex ea essent prognata, quum dissolverentur temporum necessitate coacta, in eandam redire, quæque de aere nascerentur item in cœli regiones reverti, neque interitiones recipere, sed dissolutione mutata in eamdem recidere, in qua ante fuerant proprietatem. Pythagoras vero, Empedocles, Epicharmus aliique physici et philosophi, hæc principia quatuor esse proposuerunt, aerem, ignem, aquam, terram, eorumque inter se cohærentiam naturali figuratione ex generum discriminibus efficere qualitates.
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(1) - Thales Milesius. Cette introduction est à peu près la répétition de ce qui a été dit dans le 2e chapitre du IIe livre, où l’auteur cherche à appuyer, par l’opinion des philosophes, les raisonnements qu’il contient sur les divers matériaux qu’on emploie pour la construction des édifices, particulièrement dans le 9e chapitre, où il traite des arbres. Tout ce qu’il dit dans ce IIe livre facilite beaucoup l’intelligence de cette introduction. Il commence dans les deux endroits par citer l’opinion de Thalès, qui prétendait que l’eau était le principe de toutes choses. Il cite ensuite celle d’Heraclius, qui disait que c’était le feu ; puis, après avoir parlé du système de ces philosophes, il revient à celui des pythagoriciens, son système favori, et termine en traitant de tout ce qui concerne les eaux, que les prêtres égyptiens honoraient d’un culte religieux. |
(édition de 1847 également disponible ici)
- Traductions
LE premier des sept sages, Thalès de Milet, soutenait que l’eau était le principe de toutes choses; Héraclite prétendait que c’était le feu. Les prêtres mages admettaient l’eau et le feu. Euripide, qui avait été disciple d’ Anaxagore, et que les Athéniens appelaient le philosophe du théâtre, assurait que c’étaient l’air et la terre; que la terre fécondée par les pluies qui tombent du ciel, avait engendré dans le monde les hommes et les animaux; que les choses qui étaient produites par elle, forcées par le temps de se dissoudre, retournaient à leur principe, tandis que celles qui naissaient de l’air retournaient dans l’air; que les corps ne périssaient point; que modifiés seulement par la dissolution, ils reprenaient leur qualité première. Pythagore, Empédocle, Épicharme avec d’autres physiciens et philosophes, mirent en avant qu’il y avait quatre principes : l’air, le feu, l’eau, la terre; que la proportion dans laquelle ils entraient dans la formation des corps, produisait cette différence de qualités qu’on y remarque.
(édition de 1847 également disponible ici)
Thalès de Milet, l’un des sept sages, estimait que l’eau était le principe de toutes choses; Héraclite disait que c’était le feu; les prêtres mages admettaient deux principes, le feu et l’eau; Euripide, qui avait été disciple d’ Anaxagore, et que les Athéniens appelaient le philosophe du théâtre, s’imaginait que l’air et la terre rendus féconds par les pluies du ciel avaient engendré les hommes et tous les animaux qui sont au monde, et que tout ce qui a été créé retourne et se change en ces mêmes principes, lorsque le temps les contraint de se dissoudre; en sorte que ce qui provient de l’air retourne dans l’air (1); que rien ne périt, mais change seulement ses propriétés dans la dissolution, et les reprend ensuite pour être ce qu’il était auparavant.
Pythagore, Empédocle, Épicharme, et les autres philosophes et physiciens, ont établi quatre principes, savoir : l’AIR, le FEU, l’EAU et la TERRE, lesquels, mêlés et combinés ensemble de diverses manières et suivant leur nature et leurs qualités, ont produit tout ce qui existe.
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(1) Je traduis ainsi cœli regiones, parce que, comme il a déjà été remarqué, Vitruve entend d’ordinaire l’air par cœlum. |
Livre IX
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Chapitre VI.
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- Texte latin
[...]
De naturalibus autem rebus Thales Milesius, Anaxagoras Clazomenius, Pythagoras Samius, Xenophanes Colophonius, Democritus Abderites, rationes quibus natura rerum gubernarentur, quemadmodumcumque quosque effectus habeant, excogitatas reliquerunt. Quorum inventa sequuti siderum ortus et occasus tempestatumque significatus Eudoxus, Euchaemon, Callippus, Meto, Philippus, Hipparchus, Aratus (1) ceterique ex astrologia invenerunt, et eas parapegmatorum disciplinas (2) posteris explicatas reliquerunt. Quorum scientiae sunt hominibus suspiciendae, quod tanta cura fuerunt, ut etiam videantur divina mente tempestatum significatus post futuros, ante pronuntiare (3) : quas ob res haec eorum curis studiisque sunt concedenda.
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(1) - Aratus. Poète et astronome qui a composé sur l’astronomie un poème intitulé les Phénomènes. Il a été traduit en vers latins par Cicéron, Germanicus, Avienus, et commenté par Hipparque, Ératosthène et Théon. |
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(2) - Parapegmatorum disciplinas. S’il faut en croire Saumaise, les parapegmes (en) auraient été des tables d’airain sur lesquelles étaient gravés la figure du ciel, le lever et le coucher des astres, avec l’indication des saisons de l’année. Ainsi les parapegmes seraient l’effet, le produit de la science, bien que l’opinion ordinaire en fasse des instruments, à l’aide desquels on est arrivé à la science elle-même, ce qui est plus en harmonie avec le sens du texte; et le mot parapegme, pris dans sa signification grecque, peut très-bien signifier un assemblage de plusieurs parties liées ensemble, ce qui est loin de jurer avec l’idée des instruments de mathématiques qui servent aux observations des astronomes. |
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(3) - Tempestatum significatus post futuros, ante pronuntiare. Il est impossible de prédire d’une manière certaine les changements de temps, et la proposition est tout à fait fausse, non-seulement en ce qui regarde le temps, mais encore, et à bien plus forte raison, en ce qui a rapport aux actions libres des hommes. |
(édition de 1847 également disponible ici)
- Traductions
[...]
Mais si l’on veut connaître le principe des choses, il faut lire les savants ouvrages des Thalès de Milet, des Anaxagore de Clazomène, des Pythagore de Samos, des Xénophane de Colophon, des Démocrite d’Abdère, qui nous font connaître les lois qui gouvernent la nature, et les effets qu’elles produisent. Sans s’écarter de leur système, Eudoxe, Euchémon, Callippe, Méton, Philippe, Hipparque, Aratus et tous les autres philosophes ont fait, à l’aide des parapegmes, les observations les plus exactes sur le lever et le coucher des étoiles, ainsi que sur les saisons de l’année; observations qu’ils ont transmises à la postérité. Leurs connaissances sont bien dignes de l’admiration des hommes, puisque, à force d’études, ils sont parvenus, comme par inspiration divine, à prédire les changements du temps. Rapportons-nous-en donc à leurs lumières sur des choses qu’ils ont étudiées avec le plus grand soin.
(édition de 1847 également disponible ici)
DES CONSTELLATIONS DU MIDI.
Ceux qui voudront connaître les principes des choses qui sont dans la nature et les causes qui produisent tous les effets qui se voient au monde devront consulter et lire attentivement les ouvrages que nous ont laissés Thalès de Milet, Anaxagore de Clazomène, Pythagore de Samos, Xénophante de Colophon, et Démocrite d’Abdère, qui ont écrit leurs découvertes et leurs observations sur ces matières. En suivant les mêmes systèmes, Euchæmon (1), Calippius, Meto, Philippus, Hipparchus, Aratus et les autres astrologues, ont fait, à l’aide de la Parapegmatique (2) I, des observations plus exactes, qu’ils ont laissées à la postérité, sur le lever et le coucher des étoiles, et sur les saisons de l’année. Ces sciences, que possédaient ces grands hommes, méritent vraiment notre admiration, puisqu’ils ont tellement travaillé que les prédictions qu’ils ont faites des changements du temps (3) ont paru venir d’une connaissance plus qu’humaine. Il est donc raisonnable de s’en rapporter à eux sur des choses qu’ils ont étudiées avec le plus grand soin.
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(2) J’ai traduit parapegmata, l’usage des instruments qui servent aux observations astronomiques, suivant l’opinion commune et contre le sentiment de Saumaise, qui croit que parapegma, en cet endroit, signifie une table d’airain sur laquelle étaient gravés la figure du ciel, le lever et le coucher des étoiles et les saisons de l’années ; de sorte que parapegma, selon Saumaise, est l’effet et la production de la science même qui a été trouvée par les moyens qui sont appelés parapegmata par ceux qui suivent l’opinion vulgaire. Mais cette opinion vulgaire me semble être plus conforme au texte, parce qu’il est dit que les astronomes ont trouvé la science des astres par la parapegmatique : siderum occasus et ortus parapegmatum disciplina invenerunt. Or parapegma est un mot grec qui signifie en général une chose clouée et fichée quelque part, comme sont les lames d’airain dans lesquelles les lois, les déclarations des princes et les bornes des héritages étaient gravées, et que la langue française exprime assez bien par le mot d’affiche. Mais il signifie aussi l’assemblage de plusieurs pièces; ce qui convient bien aux instruments de mathématiques qui servent aux observations astronomiques. |
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(3) L’argument de Vitruve est bon quant à la forme ; mais la principale des propositions est fausse, qui est que les astrologues prédisent le changement des saisons, et l’on peut, par le même raisonnement conclure fort bien que les prédictions que les astrologues font du changement du temps étant fausses, comme elles le sont, celles qu’ils font de la fortune des hommes le doivent être encore davantage, parce que la raison du peu de succès de leurs prédictions en ce qui regarde la fortune des hommes, qui est la liberté de leur volonté, manque à l’égard des éléments qui, n’ayant rien qui résiste aux impressions des astres, ne devraient jamais manquer de faire paraître les effets de ces impressions conformes aux prédictions des astrologues, si ces philosophes avaient la connaissance des causes de ces impressions |
NdA de la traduction de C. Perrault, Tardieu et A. Coussin 1837
I Du nom commun latin parapegma; du nom commun grec ancien πᾰρᾰ́πηγμᾰ / parápēgma (en);
➥ de la préposition παρά / pará (en), « 1. (+ génitif) : • Depuis; • À cause de. 2. (+ datif) : • À, à côté, par, près. 3. (+ accusatif) : • Contrairement à; • À côté, près (avec les verbes de venir ; avec les verbes de mouvement passé ; avec les verbes de frapper ou de blesser);
➥ + du verbe πήγνυμι / pḗgnumi (en), « 1. Sécuriser, coller, fixer : • Se fixer sur. 2. Attacher, assembler, unir, construire. 3. Rendre solide, raidir, congeler, cailler. 4. (au sens figuré) fixer, établir, déterminer. »;
➥ + du suffixe nominal de résultat ou de l’effet d’une action/d’une instance particulière d’une action/de l’objet d’une action -μᾰ / -ma (en);
(Antiquité) Planches de cuivre sur lesquelles les ordonnances et les proclamations publiques étaient gravées, et qui s’affichaient à quelque pilier pour y être lues de tout le monde.
(Astronomie) Tables astronomiques en usage chez les Syriens et les Phéniciens, qui indiquaient les levers et les couchers des astres.
Zodiaque deuers la partie du Mydi. Chap.VII.
[…] Mais pour les choſes natureles Thales de Milete, Anaxagoras de Clazomene, Pythagoras de Samos, Xenophanes de Colophone, & Democrite d’Abdere, par raiſons ſubtilement excogitees nous ont inſtruictz comment Nature ſ’y gouuerne, & par quelz effectz elles les produict. Puis Eudoxus, Eudemon, Calliſtus, Melo, Philipp, Hipparchus, Aratus, & autres qui ont ſuyui les deſſus nommez, n’ont par Aſtrologie ſeulement cogneu la naiſſance & decours des Eſtoilles, mais d’auantage predict ſelon cela les euenements des orages & tempeſtes, le tout au moyen de leurs regles & inſtrumens Aſtrologiques, & en ont donné les intelligences a nous & a la poſterité. Parquoy ie dy que teles ſciences ſont a reuerer par les hommes, pource qu’elles ont eſté cherchees a ſi grad ſoing & diligence qu’il ſemble que ce ſoit inſpiration diuine qui faict iuger leſdictz euenemens des tempeſtes auant qu’elles arriuent. Mais quant a moy ie laiſſe cela pour les eſtudes & exercices de ceulx qui ſ’y vouldront amuzer.
NdA Diodore de Sicile
I Du nom propre théophore ⤴️ grec ancien Δῐόδωρος / Diódōros (en), littéralement « don de Zeus »;
➥ De Ζεύς / Zeús 🔄, « Zeus »;
➥ + du nom commun δῶρον / dôron (en), « 1. Cadeau. 2. La largeur de la main. ».
II Du nom propre grec ancien Σῐκελῐ́ᾱ / Sikelíā (en);
➥ Du nom commun Σῐ́κελος / Síkelos (en), « Sicule, ancien peuple de la Sicile »;
➥ + du suffixe nominal abstrait féminin -ῐ́ᾱ / -íā (en);
À l’issue de la première guerre punique (-264 — -241), la Sicile tombe aux mains des romains, devenant dès lors la première province romaine hors de la péninsule italienne. Seule la petite royauté de Syracuse, confiée à Hiéron II qui a choisi finalement l’alliance romaine, conserve une indépendance relative jusqu’à sa chute en -211 après son alliance avec Carthage lors de la deuxième guerre punique et un long siège mené par le consul Marcellus ⤴️. Elle constitue un enjeu économique important. Riche en terres agricoles, la Sicile est pour Rome une importante source de céréales, selon l’expression de Caton l’Ancien :
« M. Caton, cet illustre citoyen, surnommé le Sage, appelait la Sicile le grenier de la république, la nourrice du peuple romain. »
Discours VII. de Cicéron Seconde action contre Verrès II. Livre II. Sur sa préture en Sicile. §II.
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IV. Comme l’exécution d’un projet si utile demande beaucoup de travail et de temps, nous y avons employé trente ans. Nous avons parcouru, avec bien des fatigues et bien des risques, une grande partie de l’Asie et de l’Europe, afin de voir de nos propres yeux la plupart des contrées les plus importantes dont nous aurons occasion de parler. Car c’est à l’ignorance des lieux qu’il faut attribuer les erreurs qui sont commises même par les historiens les plus renommés.
Ce qui nous porte à entreprendre cet ouvrage, c’est surtout le désir d’être utile ( désir qui chez tous les hommes mène à bonne fin les choses en apparence les plus difficiles ) ; puis, la facilité avec laquelle nous pouvons nous procurer à Rome tout ce qui peut contribuer à la réalisation de ce projet. En effet, cette ville dont l’empire s'étend jusqu’aux confins du monde nous a fourni de grandes facilités, à nous qui y avons séjourné pendant un temps assez long. Natif d’Argyre (en), en Sicile, et ayant acquis une grande connaissance de la langue latine, à cause des rapports intimes et fréquents que les Romains ont avec cette île, j’ai consulté avec soin les documents conservés depuis si longtemps par les Romains, afin d’éclaircir l’histoire de ce grand empire. Nous avons commencé par les temps fabuleux chez les Grecs et les Barbares, après avoir soigneusement examiné tout ce que les traditions anciennes rapportent sur chaque peuple.
Puisque notre ouvrage est achevé et que les livres qui le composent sont encore inédits, je veux d’abord dire un mot sur le plan général que j’ai suivi. Les six premiers livres renferment les événements et les récits fabuleux antérieurs à la guerre de Troie, et, de ces six, les trois premiers comprennent les antiquités des Barbares, et les trois autres, celles des Grecs. Dans les onze livres suivants, nous donnons l’histoire universelle depuis la guerre de Troie jusqu’à la mort d’Alexandre. Enfin les derniers vingt-trois livres contiennent la suite de cette histoire jusqu’au commencement de la guerre entre les Celtes et les Romains, sous le commandement de Jules César, qui fut mis par ses exploits au rang des dieux : ce chef avait dompté les innombrables peuplades belliqueuses des Celtes et reculé jusqu’aux îles britanniques les limites de l’empire de Rome. »
Ibid., Tome Premier : Livre I chapitre IV, traduite du grec par Ferdinand Hoeffer, Librairie Hachette et Cie, 1865.
Livre I
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Chapitre XXXVIII.
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- Texte grec
- Traductions
(également disponible ici ou là
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1 Vents annuels périodiques qui soufflent assez généralement du nord au midi, après le solstice d’été et pendant la canicule. Ils durent environ six semaines. |
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2 Cet argument est employé par Hérodote, liv. II, chap. XXXII. |
Après avoir parlé des sources du Nil, nous passerons à ses débordements.
Première conjecture.
Thalès un des sept sages de la Grèce, dit que les vents étésiens qui soufflent contre les embouchures du Nil empêchant ses eaux d’entrer dans la mer, les font regorger dans toute l’Égypte qui est un pays plat et fort bas. Quelque vraisemblance que puisse avoir cette opinion il est aisé de la combattre. Car si cela était tous les fleuves dont les embouchures sont exposées aux vents étésiens seraient sujets au même débordement ; ce qui n’arrivant à aucun autre fleuve dans le monde, il faut chercher une cause propre et particulière au Nil.