Poésie réunionnaise/Lorizine la diférans la konésans pur é la konésans anpirik

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Lorizine la diférans la konésans pur é la konésans anpirik / De la différence de la connaissance pure et de la connaissance empirique[modifier | modifier le wikicode]

Essai de traduction en langue réunionnaise d'un extrait de la "Critique de la raisoon pure" d'Emmanuel Kant (Introduction, partie I).

Troisième pensée. Coralie défie sa langue créole de pouvoir dire Kant.

I fé pa d’dout ke tout nout konésans i komans èk lèspérians ; akoz : par kosa le fakulté konèt i sré aplé pou égzèrs ali, si li té i provyin pa de zobzé ki tabas nout sans ? Ke, din koté, i produi par la-mèm bann reprézantasion, é de lot, i égsit nout laktivité intélèktièl pou konpar, pou réinir ou pou sépar azot, é mèt an èv lo matièr brut de nout zinprésion sansib pou form a partir d’la lo konésans zobzé ? Sé se ke nou apèl lèspérians, non ? An nou, dan lo tan, okin konésans i présèd alor lèspérians, é tout i komans èk li.

Il n’est pas douteux que toutes nos connaissances ne commencent avec l’expérience ; car par quoi la faculté de connaître serait-elle appelée à s’exercer, si elle ne l’était point par des objets qui frappent nos sens et qui, d’un côté, produisent d’eux-mêmes des représentations, et, de l’autre, excitent notre activité intellectuelle à les comparer, à les unir ou à les séparer, et à mettre ainsi en œuvre la matière brute des impressions sensibles pour en former cette connaissance des objets qui s’appelle l’expérience ? Aucune connaissance ne précède donc en nous, dans le temps, l’expérience, et toutes commencent avec elle.

Mé, si tout nout konésans i komans èk lèspérians, sa i di pa ke bann konésans i dériv, tout, de lèspérians. An éfé, i se pouré bien ke not konésans èspérimantal lé in asanblaz konpozé de sat nou resoi par zinprésion, é de se ke not prop fakulté de konèt noré tiré de li-mèm (a lokazion de se bann zinprésion sansib), koike nou noré été kapab disting se ladision d’èk lo matièr promièr, pars ki fo fé in long égzèrsis ke pou aprann a nou aplik bien not latansion su lin é su lot, é sépar lin de lot. Sé donk, pou le moin, in kèstion ki obliz in légzamin plis aprofondi, é ke nou pé pa èspédié di promié kou kom sa, ke de saoir si néna in konésans indépandan de lèspérians é mèm de tout zinprésion bann sans. Se léspès de konésans lé di à priori, é nou disting a li di konésans anpirik, ke lo sours lé à posteriori, sétadir dan lèspérians-mèm.

Mais, si toutes nos connaissances commencent avec l’expérience, il n’en résulte pas qu’elles dérivent toutes de l’expérience. En effet, il se pourrait bien que notre connaissance expérimentale elle-même fût un assemblage composé de ce que nous recevons par des impressions, et de ce que notre propre faculté de connaître tirerait d’elle-même (à l’occasion de ces impressions sensibles), quoique nous ne fussions capables de distinguer cette addition d’avec la matière première que quand un long exercice nous aurait appris à y appliquer notre attention et à les séparer l’une de l’autre. C’est donc, pour le moins, une question qui exige un examen plus approfondi et qu’on ne peut expédier du premier coup, que celle de savoir s’il y a une connaissance indépendante de l’expérience et même de toutes les impressions des sens. Cette espèce de connaissance est dite à priori, et on la distingue de la connaissance empirique, dont les sources sont à posteriori, c’est-à-dire dans l’expérience.

Mé se lèsprésion-la lé pankor asé prési pou fé konprann bien lo sans lo kèstion présédan. An éfé, néna in ta konésans ki dériv di sours èspérimantal nou néna koutim di ke nou lé kapab akérir ou ke nou posèd déza à priori, pars ke nou tir pa zot de lèspérians tout suit, mé plito din règ général ke nou la dériv de lèspérians. Insi, din moun ke noré mine lo fondasion son kaz, domoun i diré ke li devé saoir à priori ke li té i sava ékroulé, sétadir ke li navé pa bézoin atann lèspérians son lékroulman réèl. É pourtan, li té i pouvé pa saoir sa non pli, tout a fé à priori ; akoz, sa, néna ke lèspérians i pé aprann ali ke lo kor i pèz, é ke sa i sa tonbé kan ou anlév son soutènman.

Mais cette expression n’est pas encore assez précise pour faire comprendre tout le sens de la question précédente. En effet, il y a maintes connaissances, dérivées de sources expérimentales, dont on a coutume de dire que nous sommes capables de les acquérir ou que nous les possédons à priori, parce que nous ne les tirons pas immédiatement de l’expérience, mais d’une règle générale que nous avons elle-même dérivée de l’expérience. Ainsi, de quelqu’un qui aurait miné les fondements de sa maison, on dirait qu’il devait savoir à priori qu’elle s’écroulerait, c’est-à-dire qu’il n’avait pas besoin d’attendre l’expérience de sa chute réelle. Et pourtant il ne pouvait pas non plus le savoir tout à fait à priori ; car il n’y a que l’expérience qui ait pu lui apprendre que les corps sont pesants, et qu’ils tombent lorsqu’on leur enlève leurs soutiens.

Sou le nom konésans à priori, nou sar pa antann sat lé indépandan de tèl ou tèl lèspérians, mé sat ki dépann absoliman d’okin zèspérians. Se konésans i opoz le konésans anpirik, sat lé posib k’à posteriori, sétadir par lo moyin lèspérians. Parmi lè konésans à priori, sadla lé pur, i kontien okin mélanz anpirik. Alor, par égzanp, kan ou di « tout sanzman néna in koz », se propozision-la lé à priori, mé lé pa pur, pars ke lidé-mèm di sanzman i pé nir ke de lèspérians.

Sous le nom de connaissances à priori, nous n’entendrons donc pas celles qui sont indépendantes de telle ou telle expérience, mais celles qui ne dépendent absolument d’aucune expérience. À ces connaissances sont opposées les connaissances empiriques, ou celles qui ne sont possibles qu’à posteriori, c’est-à-dire par le moyen de l’expérience. Parmi les connaissances à priori, celles-là s’appellent pures, qui ne contiennent aucun mélange empirique. Ainsi, par exemple, cette proposition : tout changement a une cause, est une proposition à priori, mais non pas pure, parce que l’idée du changement ne peut venir que de l’expérience.

Français vers Créole. Comment exprimer la pensée de la différence entre la connaissance pure et la connaissance empirique en créole ? Comparée aux poèmes, la traduction semble n'avoir qu'une seule dimension, la dimension du sens, mais elle ne s'en trouve pas moins plus simple, les limites des habitudes des constructions orales des phrases (phrases courtes) freinent la pensée, du vocabulaire (le créole, peut-il tout dire ?). Quelques phrases ont été scindées pour ne pas se retrouver avec une succession de mots de propositions différentes, quelques substitutions mineures comme tabas pour frapper, le mot-à-mot 'frapé' n'étant pas employé. Un ensemble d'équivalences s’établit entre les mots d'idiolectes français que l'on orthographie selon les principes réunionnais, le créole ressemble alors à une extension locale de la langue française avec des règles d'orthographe et de grammaire adaptées.