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Introduire la biodiversité dans la construction et l'urbanisme/Pourquoi intégrer la biodiversité dans l'architecture/Approche éthique

Un livre de Wikilivres.
3 questions constuisant le « triangle de l'éthique » : je veux, je peux, je dois...

Rappels préalables sur la notion d'éthique

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L'éthique est une discipline philosophique. Elle concerne les relations de chacun entretient avec autrui et avec le monde vivant (monde que nous avons à partager avec les autres espèces si nous voulons que ses processus d'auto-entretien puissent durablement persister).

À l'inverse de la morale qui serait un produit « social », l'éthique ressort de l'individu. Elle est théoriquement plus pratique (c'est facteur d'« action volontaire » pour l'entité qui la pense) que normative (lois et normes plus ou moins partagées et imposées par la société).

Le mot éthique a une triple origine, venant  :

  • du grec ηθική [επιστήμη] ; « la science morale » ;
  • du grec ήθος ; « lieu de vie ; habitude, mœurs ; caractère »  ;
  • du latin ethicus ; « la morale »)[1].

Or, tous les individus habitent leur environnement, et l'aménagent, souvent en construisant et en cultivant. La réflexion et l'action éthique doivent donc aussi s'intéresser aux impacts (directs et indirects, immédiats et différés) du bâti pour l'environnement naturel qu'il détruit ou dégrade fortement là où il est construit - sauf s'il est lui même pour tout ou partie substitut à la surface ou au volume d'habitat naturel qu'il occupe après sa construction. Sa fin de vie et biodégradabilité est également une question éthique pour le commanditaire, le constructeur ou l'usager.

Dans les pays riches, la bioéthique a été la première à questionner nos relations à notre animalité, aux autres espèces que nous chassons, cultivons, modifions, élevons ou exploitons ou que nous éliminons indirectement en détruisant leurs habitats et leur environnement. Puis une éthique environnementale s'est développé, et s'est complexifiée, dans un contexte où émergeaient par exemple les notions de naturalité, de haute qualité environnementale, de justice écologique, et d'écopotentialité.


En savoir plus sur l'éthique environnementale, avec Wikipédia

Racines historiques

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Depuis bien longtemps, l'homme construit - collectivement ou individuellement - des maison (des maisons communautaires ou individuelles). Nous avons longtemps habité dans la nature ou à proximité de celle-ci. Depuis le XIXème siècle, les villes se sont fortement étendues, de même que les terres cultivées et les déserts, laissant de moins en moins de place à la diversité des espèces sauvages et aux processus naturels de l'évolution. Dans les pays riche, les humains passent en moyenne aujourd'hui plus de 80 % de leur temps dans des structures construites (bâtiments, infrastructures souterraines, véhicules...)
Dans le passé (et peut-être avant-même les grottes de Lascaux), l'architecture semble avoir d'abord été un moyen de se protéger contre des éléments naturels hostiles (les grands prédateurs, les déprédateurs, les aléas climatiques) et contre d'autres hommes ?.
D'autres constructions (murs, murailles, digues, réseau de drainage...) sont aussi devenues des moyens de contrôler et mieux exploiter la nature, et peut-être de mieux s'en différentier et de se l'approprier.

On notera avec intérêt que là où la nature est a priori la plus hostile (les jungles tropicales et équatoriales, les déserts, les zones très arides, les zones polaires), l'homme semble avoir été présent depuis des millénaires, voire des dizaines ou centaines de millénaires. Dans ces zones les humains (souvent plus ou moins nomades) ont élaboré les habitations les plus sobres, légères et entièrement et rapidement biodégradable, l'Igloo étant sans doute de ce point de vue l'habitat le plus remarquable.

De nombreuses constructions mégalithiques ainsi que quelques pyramides et mastabas (au Moyen-Orient, mais aussi dans les Amériques) nous sont restées. Elles n'étaient pas des lieux d'habitation mais des édifices a priori religieux ou symbole de puissance politique et militaire. Aussi loin que remonte la mémoire humaine et l'Histoire, toutes les constructions, dont architecturales, agricoles ou de jardins semblent presque toujours avoir aussi été aussi -consciemment ou inconsciemment - porteuses de symboles.
Elles semblent avoir été des éléments identitaires, et donc des éléments d'inclusion/exclusion sociale, et donc d'appropriation (y compris au sens où l'entent Michel Serres [2]) de l'environnement. Les constructions se voulant « durables » (en « dur ») ont presque toujours été faites au détriment de la nature, mais aussi au détriment d'autres hommes (ennemis, esclaves, serfs, concurrents...).
Les constructions humaines ont souvent été de puissants moyens de porter des messages politiques, philosophiques, esthétiques et religieux, propres à leur époque ou plus ou moins "universels" et intemporels. Ces messages pouvaient être ceux de leur constructeur, de leurs propriétaires, de leurs occupants. Suite à ce qui semble être un renversement de valeur, « construire en dur » n'est plus nécessairement synonyme de durable (au sens "soutenable").

Apparition de l'éthique environnementale

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Face au constat d'une dégradation rapide et presque planétaire de l'environnement, un souci éthique de l'environnement et des générations futures s'est clairement développé au XXème siècle. Le premier Sommet de la terre à Rio en Juin 1992 a rendu cet enjeu mondialement visible, avec signature de la convention mondiale sur la biodiversité.
Il n'est donc pas étonnant qu'à la fin du XXème siècle, une préoccupation environnementale et éthique ait émergé dans le domaine de la construction, comme il a émergé dans celui de l'alimentation (avec le bio et l'équitable). Les premiers calculs d'empreinte écologique ont permis de préciser et hiérarchiser les responsabilités, dont celles des consommations d'eau, de matériaux et d'énergie, et la production de déchet induites par les transports et le bâti.

Des architectes, paysagistes, urbanistes et d'autres ingénieurs souhaitent pro-activement apporter leur pierre à l'édifice de la protection et la restauration de la nature et de la soutenabilité du développement. Ils répondent aussi à une demande sociétale de mieux en mieux exprimée : utiliser des matériaux sains et à faible empreinte écologique, faire des maisons qui s'intègrent dans l'environnement, des villes faites pour l'homme et non pour la voiture et la publicité. L'éthique est un argument de plus en plus fréquemment évoqués, ou sous-tendu dans le discours des commanditaires (publics ou privés) et des habitants. Des approches de type HQE et diverses certifications sont ainsi nées dans les années 1980-2000 concernant l'efficience et la sobriété énergétique, la non-toxicité des matériaux puis leur faible contribution au dérèglement climatique, mais globalement, en 2008, la biodiversité était encore la grande oubliée de l'architecture ou elle secondairement reléguées aux terrasses végétalisée, à quelques expérimentations d'avant garde, à quelques jardins "sauvages" et aux fonds des espaces verts, aux franges de la gestion différentiée, peut-être parce qu'on ne peut en évaluer la valeur économique, qui probablement tendrait vers "plus l'infini", alors que les autres aspects (énergie, déchets, eau, etc. peuvent se traduire en économies).

Or la biodiversité apparaît de plus en plus comme « ressource des ressources », vitale pour les générations futures, et fragile car dépendante de notre capacité à laisser une place suffisante aux espèces sauvages et aux processus écologiques qui permettent l'auto-entretien d'une Vie terrestre, complexe et diversifiée.
Il nous apparaît de plus en plus normal, logique et nécessaire de contribuer à la restaurer et protéger dans toutes les actions d'aménagement du territoire et donc dans le domaine de l'architecture et de l'urbanisme, et plus largement de la construction, « mais comment faire ? » se demande l'homme de l'art.

Ces trois derniers domaines ont dans un proche passé fortement contribué à la régression de la biodiversité (directement et indirectement, ce dont nous prenons conscience, par exemple sute aux calculs d'empreinte écologique). Certains - toujours pour des raisons éthiques, plus que morales - proposent donc maintenant d'aussi intégrer une dimension de remboursement de la dette écologique du bâti, de son fonctionnement et de ses occupants.

La biodiversité semble ainsi en passe de devenir à la fois un miroir et un indicateur (intégrateur) des relations que nous entretenons avec les autres espèces vivantes, y compris dans le bâti, qui nous séparait traditionnellement de la Nature.

Questions qualitatives et quantitatives : Combien de nature ? et de quelle qualité ? Doit-on, peut-on et veux-on accepter d'intégrer ou réintégrer dans et sur le patrimoine bâti.. Avec quelles « concessions » aux écosystèmes (Cf. par exemple le bruit des grenouilles et des oiseaux, le risque moustique, le risque sanitaire, la gêne causée par les feuilles mortes, etc.). Le tiers paysagers a-t-il un sens en ville ? la ville peut-elle devenir un simili-écosystème en assurant tout ou partie des fonctions...
Doit-on, peut-on et veux-on restaurer un environnement nocturne suffisant pour la survie des espèces nocturnes ? Quel qualitée environnementale exigerons nous du bâti ? ...via quels performentiels, exigentiels et modes d'évaluation ?

Dans l'éducation : Une vue éthique où nos droits seraient assortis de devoirs à l'égard de la nature devient aussi une nécessité éducative, pour partie intégrée à l'éducation à l'environnement, et à la citoyenneté (éco-citoyenneté). L'aspect éducatif est souvent assuré par l'école (lors de sorties d'éducation à l'environnement par exemple), par des associations d'éducation à l'environnement (telles que les CPN, les CPIE, les GRAINE, le Réseau Ecole et Nature...) ou par des organisations de protection de la nature, telles que le WWF.

La biodiversité est un patrimoine naturel vital pour la survie de tous et chacun, et de millions d'autres espèces.
Notre respiration, alimentation et santé en dépendant à moyen et long terme. Elle conditionne la durabilité de toutes les économies (en particulier agro-alimentaires, pharmaceutiques, touristiques...).
Il semble que l'humanité n'ait pas d'autre choix que d'inventer une nouvelle relation homme-nature, plus symbiotique ou plus commensale (commensal signifie étymologiquement "manger à la même table") que nos relations traditionnelles de prédation et destruction ; Les spécialistes parleront de synanthropie (qui caractérise le commensalise spécifique auprès des humains) ou symbiosphère (mot créé par James Lovelock). Cette nouvelle relation ne peut pas ne pas aussi passer par l'intégration de la biodiversité dans le bâti.
Les concepts de remboursement de la dette écologique, d'empreinte écologique, de mesure compensatoires peuvent nous y aider.


Notes et références

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  1. Modèle:CNRTL
  2. Michel Serres ; « Le mal propre : polluer pour s'approprier ? », Le Pommier, coll. « Manifestes », Paris, 2008

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dynamique écologique