Différences entre les versions de « Renaissance et Réforme »

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La fin du XVIeme siècle voit la fin d’une période et laisse supposer le début d’un autre monde en politique, religion, arts et lettres.
En France, après la guerre de Cent - ans franco-anglaise, le fils de Louis XI, Charles VIII, épouse en 1491 la duchesse Anne de Bretagne. En Angleterre, la guerre civile des Deux - Roses a pris fin et Henri Tudor devient roi. En Italie, les Etats sont pacifiés, et en Espagne règnent les rois catholiques, Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon. L’Allemagne façonne l’Empire avec l’Autriche et la Bohême, certains Etats de la Lotharingie (à l’ouest, les Pays- Bas, à l’est l’Alsace et la Loraine, la Franche-Comté et la Savoie), des Etats suisses et une partie de l’Italie du nord. Et l’Europe nordique est constituée du Danemark, de la Norvège et de la Suède.
Par ce premier regard l’Europe, qui compte environ quatre vingt millions d’habitants paraît apaisée, connaît un commerce florissant, notamment anglais et italien, et où tous les pays sont chrétiens.
Cependant des failles existent qui vont progressivement apparaître, grandir, faire de plus en plus l’objet de réflexions, de contestations, voire de conflits dans les Etats et entre eux.
Dans un tout autre domaine, celui des grandes découvertes, le premier mobile est économique. Ont diminué les ressources de métaux précieux, de l’argent des mines d’Europe centrale, en même temps qu’augmente le besoin d’or et d’argent des Etats. Le commerce des épices se greffera aux découvertes et, alors qu’il deviendra plus tard important, il n’a pas constitué la première raison des départs.
Vasco de Gama, Christophe Colomb, Amerigo Vespucci, Magellan : autant de noms, d’aventures, de rêves ; autant également de découvertes qui transforment la vision du monde, quand on apprend qu’il existe d’autres pays et d’autres continents ; autant de jalousies entre rois, notamment entre espagnols et français, qui pousseront François 1er à envoyer Giovanni de Verrazano dans ce qui sera la Caroline du sud, puis Jacques Cartier qui découvrira le Saint Laurent.
Ces découvertes auront de nombreuses et importantes conséquences. Tout d’abord les routes traditionnelles du commerce de la méditerranée se trouvent déplacées vers l’Atlantique et l’océan indien, et dés lors des ports sur l’Atlantique, français ou des Etats comme les Pays-Bas, verront leur développement et leur économie profondément modifiés. L’arrivée de l’or enrichit des pays, comme l’Espagne , et les nouvelles richesses comme les épices, le tabac et plus tard le maïs et le cacao, influeront également sur le commerce.
Une autre conséquence est l’esclavage, et le commerce négrier qui commence dés la fin du XVeme siècle, dénoncé par Bartolomé de Las Casas, ne cessera de se développer au cours des siècles suivants.
Ces grands voyages de la fin du XVeme siècle et du début du XVIeme siècle ont induit des progrès et des perfectionnements dans la navigation, ont fait progresser la rédaction et la compréhension des cartes, grâce notamment à Mercator. Ils ont en outre pu faire découvrir des produits exotiques qui deviendront quotidiens, avec en conséquence un impact non négligeable en politique et en économie.
Et une autre circulation intervient, celle de la pensée. L’humanisme, cette explosion de la réflexion et de l’esprit, qui veut dépasser le mode de pensée médiéval, retrouver la notion d’individu, l’étude et l’authenticité d’un texte, va être personnifié par les grands noms de Leonard de Vinci, Michel Ange, Boccace, Pétrarque, ou Ronsard.
L’imprimerie, qui apparaît avec ses caractères mobiles en plomb en 1460 à Mayence, avec Gutenberg, se propage rapidement. Elle est présente dans tous les grands centres européens à la fin du XVeme siècle. Désormais une autre étape est ouverte pour la diffusion des idées, la propagation de la pensée qui ne sera plus, progressivement, réservée à la seule élite ; et c’est dans cette Europe du XVemesiècle que le premier livre imprimé sorti de la presse de Gutenberg est la Bible.
 
Dans ce dernier domaine toutes les ‘idées nouvelles’ véhiculées par l’humanisme vivront et se diffuseront : l’exemplarité sera l’universalité d’une pensée qui ne se voudra pas ‘ unique ‘, mais ‘ commune ‘ , malgré les aléas politiques qui marqueront ses étapes.
La fin du XVeme siècle ouvre la voie à l’histoire moderne du XVI° siècle, tournant qui, en prenant racine dans les siècles précédents, donnera vie aux siècles suivants. Histoire moderne où rien ne se ressemblera plus, où les politiques se croisent, la géographie devient élastique, les certitudes vacillent. La religion va prendre une autre place, progressivement entre la politique et le social, la collectivité et l’individu, le savoir de l’élite et la foi des fidèles.
 
 
Globalement, dans tous les pays, les populations vivent sous le sceau de la paix ; elles sont terrorisées par la mort sous toutes ses formes, maladies, disettes, forte mortalité, guerres, et sont massivement rurales. Les villes abritent un monde instable, sont en général plus un grand ensemble de maisons qu’une entité bien définie. Au début du XV<sup>e</sup> siècle, le nord ouest de l’Europe connaît un taux d’urbanisation d’environ 10 %, avec ces ‘ villes ’ qui comptent toujours un marché, des artisans, une administration judiciaire et militaire.
 
Les évolutions techniques touchent peu ce monde agricole alors que le perfectionnement de la navigation et les nouveaux équipements des fleuves vont favoriser tous les échanges commerciaux. Et si l’agriculture progresse, elle touche davantage ceux qui entretiennent le commerce : les paysans sont encore éloignés des circuits monétaires, quittent rarement leurs villages et profitent souvent peu des progrès, sauf dans des cas précis comme celui des moulins ; leur amélioration technique, notamment dans l’Europe du nord ouest, permettra à partir du XV<sup>e</sup> siècle un progrès dans l’écrasement des céréales, ou dans les pressoirs à vin : ces progrès permettront plus tard de nouvelles inventions et technologies en ouvrant la recherche et la réflexion sur les relations possibles entre technique et science, relations auxquelles la religion ne sera pas étrangère.
Parallèlement au commerce, la lettre de change qui, depuis le XIII<sup>e</sup> siècle évitait la monnaie métallique, va être à son tour remplacée par la monnaie ‘par endossements successifs’, garantie par plusieurs signatures ; il s’agit là d’un progrès essentiel dans la circulation de l’argent, celui d’une ‘ monnaie par écriture’. Toujours au XV<sup>e</sup> siècle naît le billet de banque, mais il devra attendre le XVII<sup>e</sup> siècle pour se généraliser.
Car l’Eglise est puissante pour tous, rassurante pour certains, redoutable pour d’autres. Si des mouvements ou des réactions existent, ce sont encore des contestations mais non des révoltes, et l’Eglise les condamne quand elle le juge opportun.
Ainsi le mouvement vaudois, à la fin du XII<sup>e</sup> et au début du XIII<sup>e</sup> siècle semblera–t–il cesser avec l’excommunication de Pierre Valdo. Ce dernier (né vers 1140 , mort vers 1217) a en effet, un des premiers, remis en cause certains principes de son Eglise. Marié, père de deux fillettes, du milieu aisé de
 
Lyon, il avait été frappé par la famine de 1176, et le nombre considérable de morts. En 1179, il rompt avec l’Eglise et fonde une communauté, « les Pauvres de Lyon ». Les principes de ces Pauvres, qu’on appellera les ‘Vaudois’ étaient de ne se référer qu’à la Bible et au ‘sermon sur la montagne’, de contester le pouvoir et la richesse de l’Eglise, de rejeter l’idée de purgatoire, le culte des saints, tout en restant fidèle à la messe et aux sacrements. Les Vaudois avaient en outre organisé leur communauté : le nouvel arrivant vivait d’abord un noviciat où il faisait vœu de pauvreté, puis venaient les maîtres ou apôtres, puis les amis ou disciples ; trois degrés hiérarchiques les encadraient, les diacres, les prêtres et les évêques qui seuls pouvaient célébrer l’eucharistie. Devant cette organisation, l’Eglise s’émeut et condamne bientôt Pierre Valdo en l’excommuniant en 1184.
Mais l’histoire des Vaudois ne s’arrêtera pas là. Dés le début du XIII<sup>e</sup>, d’autres ‘amis’ se soulèveront en Allemagne, Flandre, Espagne et Italie. Les bûchers où montent ces martyrs font penser que cette ‘crise’ est passée mais les Vaudois resteront présents et on retrouvera des disciples de ce courant au XV<sup>e</sup> et XVI<sup>e</sup> siècles.
 
Ainsi les critiques faites à l’Eglise avaient déjà eu lieu : le décalage entre le clergé et ses abus ou son ignorance, les demandes ou attentes des fidèles dans leurs superstitions et leur terreur de la mort, comme des sorcières, était connu. Le culte des saints pour pallier le manque de réponses et se rassurer face à la mort ou à la colère de Dieu s’est développé. L’absence des hommes d’Eglise dans les lieux où on les attendrait (paroisses, abbayes, cathédrales), le cumul des charges ecclésiastiques, le Grand Schisme qui déséquilibre l’Eglise et qui fait croire que ce Schisme interdit l’entrée au Paradis, les courants millénaristes qui reparaissent avec la peur de la fin des temps et la certitude de l’arrivée de l’Antéchrist : tout s’est conjugué pour achever de terroriser les populations dans toute l’Europe. Ce déséquilibre est donc général, l’attente est partagée mais rien de positif ni rassurant ne paraît pouvoir exister, jusqu’au Concile de Latran de 1512 – 1517.
Tous les pays d’Europe sont traversés par ces diverses évolutions et contestations, dont les représentants seront partout, et pour certains se rencontreront. Malgré les différences de gouvernements, de lois, de traditions, les acteurs de ces mouvements n’auront toujours qu’une seule conduite qui, pour certains, les condamnera. Le XVI<sup>e</sup> siècle reste en outre une période essentielle dans l’évolution des politiques européennes, toutes engagées dans des articulations d’intérêts réciproques ou d’alliances, les monarchies scandinaves au nord, l’exemple atypique de la Pologne à l’Est, les villes–états en Italie sous domination relative de l’Empereur, la France et l’Angleterre face à la toute puissance du Saint Empire.
Au nord de l’Europe, les monarchies scandinaves du Danemark, de la Suède et de la Norvège sont gouvernées très différemment. Au Danemark Christian II a épousé Isabelle, sœur de Charles Quint, après un conflit avec un grand seigneur, Gustave Vasa que soutenait la
République de Lübeck et toute la Hesse. Fait prisonnier par Christian II, il s’échappera et sera roi de Suède. Christian II abdiquera et se retirera en Hollande, son oncle Frédéric 1er lui succèdera. Confronté à une puissante aristocratie, le Danemark reste une monarchie importante du nord de l’Europe ; Christian III, successeur de Frédéric 1er fait entrer la Norvège comme partie du Danemark par une charte royale de 1536 ; mais les norvégiens contrairement au danois ont une société civile qui peut contrôler tous les pouvoirs et sera à l’origine de l’arrivée du développement et de l’acceptation de la réforme luthérienne à la suite des danois.
En Suède, Gustave Vasa régnera jusqu’en 1560 en libérant son pays des partis et de l’influence de la noblesse, et fera accepter les idées de Luther, en conservant pour la couronne les biens ecclésiastiques sécularisés en 1527. Sous son règne, le pays est réorganisé et enrichi, et devient une puissance nordique.
Un autre pays est à retenir et qui jouera un rôle important au XVI<sup>e</sup> siècle, la Pologne. En effet, le pays devait se conformer à la Diète, toute puissante depuis 1504, où le roi ne pouvait rien discuter ni décider sans l’accord des sénateurs et nonces, pour tout ce qui touchait au droit privé et à la liberté publique.
Durant tout le XVI<sup>e</sup> siècle, les questions sociales polonaises touchaient la bourgeoisie des villes, riche bien que minoritaire, les paysans étaient encore comptés dans les troupeaux et les objets dépendant des seigneurs ; ces derniers, souvent grands propriétaires, étaient puissants financièrement et politiquement. A la fin de la dynastie des Jagellons, princes d’origine lituanienne qui gouvernaient la Pologne depuis le XIV<sup>e</sup> siècle, les grands seigneurs établissent une théorie pour sauvegarder l’idée de liberté et d’égalité des nobles : décision est prise d’élire désormais eux–mêmes leur roi par acclamation ; ainsi en 1572 les nobles polonais devaient–ils élire Henri de Valois, le futur Henri III, frère de Charles IX . Cette élection devait avoir des conséquences importantes lors du premier siège de La Rochelle de 1572–1574 ; ces conséquences ‘religieuses’ faisaient lever le siège de La Rochelle, les polonais agissant grâce au ‘principe de tolérance’ choisi par eux qui étaient confrontés aux différentes religions du catholicisme, de l’orthodoxie, du luthéranisme et de l’Islam, toutes à leurs frontières. Cette ‘tolérance’ devait être érigée en principe de droit dans la Résolution de la Confédération de Varsovie en 1573.
Plus au Sud, l’Italie se démarque par une politique temporelle et/ou spirituelle. En effet l’Italie du centre et du nord avait, avant le XV<sup>e</sup> siècle, une politique spécifique : faisant partie du Saint Empire, elles n’en subissaient pas le pouvoir, sauf en cas de guerre. Les cités alors, dés le XII<sup>e</sup> siècle, s’étaient organisées comme des entités politiques individuelles et autonomes ; elles connaissaient des conflits d’influences, d’intérêts ou de personnalités, sans oublier les partisans du pape, les guelfes et ceux de l’empereur, les gibelins. A la fin du XV<sup>e</sup> siècle, Florence notamment est une sorte de puissance, particulièrement sous l’influence des grandes familles comme les Aldizzi ou les Médicis.
L’histoire de Florence est liée à l’histoire des Médicis et à celle de la France, dont l’alliance avec Charles VIII, qui entre dans la ville en 1494. L’expulsion des Médicis, avec l’influence de Savonarole, puis leur retour avec le pape Léon X feront de Florence un duché puis le grand - duché de Toscane en 1569.
Mais ce sont les guerres d’Italie qui lient le plus le pays à la France. Les prétentions françaises sur l’Italie seront revendiquées par les rois successifs : Charles VIII, Louis XII, François 1er, et Henri II, qui mèneront ces guerres de 1454 à 1559, date des traités de Cateau-Cambrésis. Pendant ces soixante cinq ans de guerre, les alliances, les défaites et les trêves vont se succéder, et, si le terrain est l’Italie, les adversaires sont le(s) roi(s) de France, le roi d’Angleterre Henri VIII, les papes - Jules II, Clément VII, Paul III, Paul IV - et l’Espagne avec Ferdinand d’Aragon, puis, à partir de 1515, Charles de Habsbourg qui devient Charles Quint. Les étapes principales sont l’arrivée de Charles VIII en 1494 à Florence, signe de malédiction d’après Savonarole, entre deux guerres l’union de Ferdinand d’Aragon avec la sœur d’Henri VIII, la victoire de François 1er à Marignan en 1515, l’entrevue du ‘Camp du drap d’or ‘ en 1520 entre François 1er et Henri VIII, l’échec de Pavie en 1525 dont les conséquences sont lourdes pour la France : François 1er, prisonnier, doit abandonner l’Italie, la Flandre et l’Artois, accepter de voir ses deux fils pris en otages pour prix de sa libération, comme il devra épouser Eléonore d’Autriche, sœur de Charles Quint.
La fin des guerres n’a guère de résultats politiques et frontaliers qui puissent transformer le pays. Un fait cependant s’avèrera important : en abdiquant, Charles Quint partage le Saint Empire entre ses fils : Philippe II régnera sur l’Espagne et Ferdinand 1er sur l’empire allemand ; la France qui a perdu la plupart des régions convoitées (Savoie, Piémont, Bresse, Corse et Milanais) va être prise en tenaille dans la seconde moitié du XVI<sup>e</sup> siècle entre l’Europe nordique luthérienne, le Saint Empire au nord et au sud, gouverné par les fils de Charles Quint, et l’Italie où la puissance des papes est incontestée.
En France, en 1500, le roi est Louis XII, qui a épousé en 1499 la duchesse Anne de Bretagne, veuve de Charles VIII . Cette même année, François, comte d’Angoulême et cousin du roi, seul héritier du trône à cinq ans, est titré duc de Valois.
À cette époque, vont entrer en scène les nouveaux souverains qui régneront toute la première moitié du XVI<sup>e</sup> siècle : les rois nordiques, le roi d’Angleterre Henri VIII, Charles de Habsbourg, futur Charles Quint. Le jeu des alliances politiques et privées jouera également un rôle important, dont le remariage de Louis, veuf d’Anne de Bretagne avec la sœur d’Henri VIII, Marie d’Angleterre, en 1514. Un an plus tard, Louis XII meurt, et, n’ayant que deux filles, Claude et Renée, a comme successeur François d’Angoulême, qui devient François 1er et régnera de 1515 à 1547, selon la loi salique qui écartait les femmes du trône ; cette loi n’existait ni en Angleterre, ni en Castille ni en Navarre. Chef de guerre, protecteur des populations et de l’intégrité du royaume, le roi de France est également garant d’un Etat de droit. Parmi les règles immuables de la monarchie française, - couronne inaliénable, filles exclues de la succession, primogéniture prévalant sur la proximité -, une quatrième règle est imposée qui déterminera la politique religieuse de la France au XVI<sup>e</sup> siècle ( et jusqu’en 1789) : le roi chrétien doit être sacré et de droit divin. Avec la rupture luthérienne, puis calviniste, en France , il sera donc exigé que le roi soit catholique et non pas huguenot. Ce sera le problème du choix de l’abjuration toute politique d’Henri IV en 1593 car, légitimé roi de France par Henri III, mais huguenot, il devra se démettre de la couronne en restant protestant ou se soumettre en faisant le ’saut périlleux’ de l’abjuration. Ainsi, ‘resté’ roi de France et de Navarre, Henri IV pourra mettre un terme aux guerres civiles religieuses par l’édit de Nantes en avril 1598 et aux guerres politiques avec l’Espagne à Vervins en mai 1598.
Les rois de France du XVI<sup>e</sup> siècle seront donc des Valois, jusqu’aux derniers qui vont régner, dés après Louis XII, de François 1er à Henri III . La fin du siècle voit le changement de dynastie avec les Bourbons et Henri de Navarre dés 1589. Henri IV, comme les rois précédents sera sacré, en 1594, à Chartres, Reims étant assiégée par les troupes adverses. Les Bourbons régneront alors jusqu’en 1789.
Pour l’heure, François 1er engage l’avenir du royaume de France en recoupant son histoire avec celle de l’Europe. Le roi, arrivé sur le trône de France en 1515, mène des politiques extérieure et intérieure liées à la religion. Deux faits importants ont alors lieu.
Tout d’abord Ferdinand II d’Aragon meurt et lui succède Charles de Luxembourg, prince des Pays Bas et devenu Charles Quint en 1519. Le principal adversaire de François 1er est entré en scène.
Annulant la ‘Pragmatique Sanction’, signée par Charles VII, qui datait de 1438, le concordat de 1516 donne au roi de France de grands pouvoirs. Désormais ce dernier nomme les membres du clergé, accorde des lettres d’investiture spirituelle, dicte les conditions d’aptitude : par exemple, un futur évêque doit être âgé d’au moins vingt sept ans, être licencié en théologie, docteur en droit canon et civil ; pour les monastères et prieurés, tout supérieur doit avoir au moins vingt trois ans, appartenir à l’ordre et justifier de qualités morales et intellectuelles. Enfin le roi détient le droit sur les universités qui l’avaient jusque là, de nommer les supérieurs des abbayes.
Face à ces droits nombreux et importants laissés au roi, le pape voit les siens restreints, dont la suppression de privilèges pontificaux, notamment financiers. Enfin, les provinces comme la Bretagne et la Provence, n’étant pas françaises en 1438, n’étaient pas incluses dans ce concordat.
Malgré des oppositions du Vatican, de l’Eglise en France, des universités, le concordat de 1516 est enregistré par le Parlement en 1518. En outre, en 1530, le roi était autorisé par le même Parlement à user de son droit de nomination pour s’attacher la noblesse.
Quand il meurt en 1547, François 1er laisse à son fils Henri II, héritier du trône, une France concordataire de sa seule volonté, en guerre avec Charles Quint et bientôt Elizabeth 1ere qui succède à son père Henri VIII, également mort en 1547.
Le XVI<sup>e</sup> siècle, dans sa seconde moitié, voit Henri II puis ses fils régner sur la France ; les plus importants seront Charles IX et Henri III ; sous le règne de Charles IX, placé sous la tutelle de sa mère Catherine de Médicis, aura lieu en 1572 le grand massacre protestant de la Saint Barthélemy ; Henri III, le ‘dernier Valois’ ne verra pas la fin des guerres de religion, qui depuis 1562 ne cesseront qu’en avril 1598 avec Henri IV, le « premier Bourbon » .
Incontestablement, les jeux politiques ont lieu entre la France, l’Angleterre et le Saint - Empire romain germanique.
L’Angleterre, au début du XVI<sup>e</sup> siècle compte environ quatre millions d’habitants ; elle est affaiblie par les deux guerres importantes, la guerre extérieure – la guerre de Cent - Ans – et la guerre intérieure – la guerre des Deux - Roses qui, de 1455 à 1485, avait opposé les deux branches de la famille royale pour accéder à la couronne, les Lancaster et les York. Par sa position géographique, l’Angleterre à cette période connaît une évolution qui fera d’elle une puissance économique et commerciale, liée aux problèmes religieux à ne pas négliger ; elle sait cependant conserver ses anciennes institutions, en les adaptant, comme l’Habeas Corpus de la Grande Charte de 1215 qui interdisait tout acte arbitraire et permettait de lutter contre tout abus royal, ou la Common Law qui ne repose pas sur le droit romain, mais sur un ensemble de coutumes. Henri VIII transforme le Parlement et le fait passer de l’état de cour judiciaire du Moyen-Âge à celui de véritable et influente instance de délibération par les deux Chambres : les Lords et les Communes : le Parlement devient alors un frein au pouvoir royal.
Enfin, entre autres particularités , l’Angleterre adopte un système administratif spécifique où le pouvoir appartient aux notables locaux qui peuvent, grâce au Parlement, contrôler aussi le pouvoir royal. Les forces qui ‘se surveillent’ se retrouvent, comme dans les monarchies scandinaves, et ces particularismes et ces ressemblances éclaireront les différentes attitudes politiques et religieuses du XVI<sup>e</sup> siècle.
Les deux grands souverains de ce siècle sont Henri VIII et Elizabeth 1ere. Henri VIII (1491 – 1547) qui règne à partir de 1509, sera avec François 1er et Charles Quint l’acteur des guerres de la première moitié du XVI<sup>e</sup> siècle ; il sera principalement en politique religieuse l’artisan du futur anglicanisme. Davantage par politique personnelle, exigeant son divorce, refusé par le pape, de Catherine d’Aragon, pour épouser Anne Boleyn ; le roi rompt toutes relations officielles ecclésiales avec le pape ; Henri VIII se proclamera chef de l’Eglise d’Angleterre en 1531.
En politique religieuse intérieure après la mort du roi, ce sera le retour au catholicisme sous le règne de Marie Tudor ( 1516–1558), fille d’Henri VIII et de Catherine d’Aragon qui a épousé en 1534 Philippe II d’Espagne, fils de Charles Quint. L’anglicanisme ne sera définitivement installé qu’avec l’arrivée au trône de la fille d’Henri VIII et d’Anne Boleyn, Elizabeth 1ere, en 1558.
Elizabeth 1ere (1533–1603) est la grande souveraine d’Angleterre de la deuxième moitié du XVI<sup>e</sup> siècle. C’est elle qui mènera la guerre contre l’Espagne, verra la flotte anglaise vaincre ‘l’invincible Armada’ en 1588 et fera que désormais l’Angleterre contrôle l’Atlantique ; Elizabeth I° interviendra encore pendant les guerres de religion en France. L’apogée de la reine d’Angleterre est le déclin de l’Espagne , de Philippe II qui n’aura pu avoir ni le prestige ni l’efficacité de son père, malgré la victoire sur les Turcs à Lépante en 1571 et la fin de la guerre avec la France en mai 1598.
Mais le souverain le plus puissant d’Europe au début du XVI<sup>e</sup> siècle, qui règne sur ‘un empire où le soleil ne couche jamais’ est Charles Quint. Les territoires sont l’Espagne, la Franche- Comté, la Basse Autriche, le Tyrol, la Bohême, la Moravie, la Silésie, l’Alsace et les Pays Bas.
En Italie, Charles Quint nomme des vice-rois qui règnent sur le royaume de Naples, la Sicile, et la Sardaigne, le Milanais ; l’empereur règne encore en Amérique du sud et centrale et aux Philippines. La puissance de l’empire est autant politique que militaire , sur terre et sur mer.
Charles Quint, né vers 1500, a été élu à la préférence de François 1eret d’Henri VIII en 1519, a régné pendant quarante ans ; il abdique en 1555 et meurt en 1558. Durant son règne, Charles Quint n’aura de cesse de maintenir son empire, puis en l’agrandissant de faire maintenir le catholicisme dans une Europe qui ne se veut que chrétienne ; les croisements des alliances politiques, économiques et familiales aident l’empereur à maintenir cet équilibre. Son adversaire principal est François I° et les conflits entre les deux grands souverains seront graves quand il s’agira pour le roi de France de récupérer des territoires dont la revendication entraînera les guerres d’Italie. Sentant se resserrer l’étau espagnol autour de la France, François 1er fera jouer diversement les alliances avec Henri VIII ou avec les princes allemands, ou les Ottomans de Soliman le Magnifique avec qui un accord sera signé. Henri II qui succède à son père poursuivra la même politique de reconquête des territoires .
 
Un autre phénomène entre alors en scène, la propagation des idées religieuses hérétiques grâce à une nouvelle technique. Sorti de la presse de Gutenberg, le premier livre imprimé est né : la Bible. L’homme qui a expérimenté le procédé des caractères mobiles d’une presse d’imprimerie a choisi en effet la Bible comme premier ouvrage imprimé. Le passage du manuscrit à l’imprimé est une révolution qui induira celle de l’esprit. Le savoir pourra être diffusé, le partage de la connaissance sera possible. D’abord réservés à une élite intellectuelle, les volumes pourront être dans d’autres lieux que châteaux et abbayes. Un pas immense est franchi, celui de la diffusion de la connaissance, dans tous les domaines, artistiques, philosophiques, politiques et religieux . L’histoire retient d’ailleurs cette ’explosion’ technique comme liée à l’explosion intellectuelle de l’humanisme. ‘L’époque moderne’ marque la fin de l’époque médiévale ainsi liée au tournant pris grâce à l’imprimerie.
Parallèlement à ces différentes évolutions se situe le courant humaniste. Il naît de cette suite et de cet ensemble de transformations, de crises et de bouleversements qui ont pu susciter bien des interrogations.
À ces interrogations, on répond en reprenant les textes des philosophes grecs et latins. Pour ce faire, on apprend donc les langues anciennes et on profite de la nouvelle imprimerie pour diffuser les écrits et la pensée. Né en Italie, l’humanisme se développe dans toute l’Europe et ses érudits vont traverser frontières et pays, se rencontrer et partager interrogations et tentatives de réponses. Malgré les différences de régimes et de lois, les difficultés sans doute rencontrées en chemin , mais, grâce au latin qui les relie et les unit, ceux qui seront appelés ‘humanistes’ propagent leurs idées, les écrits circulent, et notamment en matière de religion. Car l’humanisme n’est pas qu’une affaire d’arts et de lettres. Il est aussi théologique et philosophique. Et c’est bien là que les disputes , les controverses et les conflits seront sévères et d’autant plus graves qu’ils se mêleront aux affaires politiques. Les condamnations, parfois à mort, seront officiellement pour ‘hérésie’ mais les premiers jugements assimilent au procès subversions ou contestations politiques. En effet l’articulation politique et religion reste puissante et redoutablement dangereuse pour ceux qui tentent soit de la contrecarrer soit de l’arrêter : si critiquer l’Eglise est grave, mêler ces critiques de politique l’est doublement.
 
Ainsi, s’opposer notamment à la théologie scolastique est–il une attitude que les détenteurs de cette théologie ne pardonnent pas, et ces héritiers des universités des XII<sup>e</sup> et XIII<sup>e</sup> siècles seront de plus en plus le sujet de reproches, non pas seulement de mœurs ou d’inculture, mais de passéisme et de frein à la modernité. Les ‘Anciens’ accusent les humanistes de ‘paganisme’ ; eux-mêmes ignoraient les langues mères, l’hébreu et le grec, en taxant la première de ‘langue des juifs’ et la seconde de ’langue des schismatiques’; ils préfèrent conserver avec la tradition un ritualisme que précisément les humanistes réfutent pour préférer les seules Ecritures dans leurs langues originales. Les humanistes en tournant le dos au Moyen-Âge ouvrent une voie nouvelle à ce ‘modernisme’, à leurs risques : ils vont défier l’ancienne théologie en voulant et en croyant l’homme capable de liberté et de bon jugement, qualités essentielles acquises par ailleurs grâce à la connaissance de l’Antiquité. Ils se réclament également de Saint Augustin ou de Saint-Jérôme qui déjà avaient tenté une harmonie entre paganisme antique et culture judéo-chrétienne. Car les humanistes ne rejettent ni l’Evangile ni Dieu . Leur objectif est de relire les Ecritures dans un esprit débarrassé des doctrines périmées, d’une théologie immobile, du fonctionnement de l’Eglise, qui, selon eux, freine toute nouvelle réflexion critique.
Les humanistes, définis comme ‘humanistes chrétiens’, se présentent comme les champions d’une théologie et d’une éthique nouvelles. Sans être opposés ni au christianisme ni à l’institution de l’Eglise, ils aspirent à des réformes. Ils cherchent un équilibre, difficile, entre la liberté de l’homme et le respect de l’Eglise. A ce niveau, il ne peut, à cette époque n’y avoir qu’équilibre ou chute et il appartiendra aux personnages des la fin du XIV<sup>e</sup> siècle puis à ceux du XV<sup>e</sup> et enfin aux ‘derniers’ du XVI<sup>e</sup> siècle, de mener la quête de ce nouvel état de conscience. Alors les uns seront prudents, d’autres se rétracteront, d’autres encore feront basculer les institutions en place, politiques et religieuses, jusque là inamovibles et immobiles.
 
== 2° chapitre : Avant la Réforme, les hommes, les idées. ==
Dans ce contexte, vont se lever des hommes courageux, dont les paroles et les actes seront autant de repères. Déjà témoins des premières préoccupations religieuses de leur temps, ils appartiennent souvent à l’Église ; ils tiennent à y rester, y sont attachés, mais sont conscients d’un dysfonctionnement entre ce qu’ils vivent et ce qu’ils espèrent, entre les traditions séculaires et la Bible qu’ils veulent lire et expliquer, entre les contestations qui apparaissent et leur souhait de retrouver un sens ‘évangélique’ : « évangélistes » sera aussi le nom qui leur sera donné. Ils sont nombreux, anonymes dans leurs villes, leurs pays. Ils seront connus lorsqu’ils pourront agir publiquement et officiellement face au pouvoir de l’Église et des gouvernements. Certains laisseront leurs noms dans l’histoire de leur pays et celle des religions, par leurs actes, leurs écrits, leur mort aussi parfois. Avant les humanistes, ils seront qualifiés de ‘pré-réformateurs’, précédant Martin Luther et Jean Calvin. Ils seront connus dans toute l’Europe, avant 1517, sauf en France. Après Pierre Valdo, qui pourrait être compté parmi les premiers mais se situe plus d’un siècle avant les pré-réformateurs reconnus, il faut attendre le début du XVI<sup>e</sup> siècle pour rencontrer les grands noms de Guillaume Briçonnet ou de Lefèvre d’Etaples, dont les vies déjà croisent celle de Luther. Les nommer pré-réformateurs, c’est anticiper sur la suite des événements, mais c’est également fixer des repères dans l’histoire pour aider à mieux comprendre son évolution.
Au XIV<sup>e</sup> siècle en Angleterre, existe un premier courant de révoltes contre les abus de l’Église, courant qui ne s’est pas éteint au XII<sup>e</sup> siècle et reste latent tout au long du XIII<sup>e</sup> siècle.
Dans la seconde moitié du XIV<sup>e</sup> siècle, un homme engagé dans son Église, docteur en théologie, professeur à Oxford et alors très écouté, reprend la lutte précédente : John Wyclif (vers 1320 - 1384).
Né vers 1320, probablement dans le Yorkshire, il est peu connu jusqu’en 1372, date à laquelle il devient docteur en théologie. Tout en étant respecté comme homme d’Église et théologien, disciple de Saint - Augustin, Wyclif se fait bientôt connaître dans les domaines politique et social.
Wyclif en effet a été marqué par le décalage existant entre les problèmes de la pauvreté et le fonctionnement de l’Église ; il reste attentif aux revendications des ‘antipapistes’ qui affichent leur hostilité à Rome, et recherche une organisation ecclésiale sans pouvoir temporel ni matériel. Ce que Wyclif affirme en outre est que le seul pouvoir que doit reconnaître l’homme est son appartenance à Dieu, et que sa seule obéissance n’est due aussi qu’à Dieu, à travers la Bible : Wyclif n’aura de cesse de développer ces idées, de les affirmer et de les voir partagées.
Au XIV<sup>e</sup> et au XV<sup>e</sup> siècles, Wyclif a été entendu particulièrement par un homme : Jean Hus. La Bohême peut paraître éloignée géographiquement, mais les idées circulent et rien n’est vraiment étranger entre l’Angleterre et la Bohême dans la réflexion religieuse et une fois encore politique et sociale. Car la Bohême alors est le théâtre d’un grave conflit entre le parti allemand et le parti tchèque, politiquement, mais aussi dans ce qui touche à l’Université. La lutte que va mener Jean Hus va donc être double, politique et religieuse, via les problèmes universitaires.
Jean Hus, né vers 1371 au sud de la Bohême à Husinec (d’où son nom), a fait ses études de théologie à Prague. Il est diplômé en théologie en 1394 et en arts en 1396. Prêtre en 1400, il enseigne à l’Université dont il est recteur de 1409 à 1410. Les proclamations de John Wyclif sont déjà parvenues en Bohême et Jean Hus les adopte et les diffuse. Il joint au besoin de réformes dans l’Église et le clergé celui d’une justice sociale. C’est à l’Université que vont s’affronter Hus, ses amis, et leurs opposants, mais les sermons de Hus sont encore écoutés, car il bénéficie de l’appui de l’archevêque et de Wenceslas IV, roi de Bohême de 1378 à 1419.
L’affrontement est d’autant plus sévère que s’y greffe le conflit allemand – tchèque. Car si l’Université est fréquentée par étudiants et professeurs étrangers, ce sont les allemands qui sont les plus nombreux et ont un plus grand nombre de voix au conseil universitaire que les tchèques eux – mêmes ; ce nombre et cette place sont importants car au conseil se décident programmes des cours et budget. Enfin la querelle est théologique, les allemands restent attachés à Saint-Thomas d’Aquin, et les tchèques, avec Jean Hus, influencés par Wyclif. Ces derniers devant l’ampleur du conflit souhaitent le porter devant le Concile qui doit se réunir à Pise. Les allemands s’y refusent et le roi Wenceslas II , pour soutenir les tchèques, modifie le droit de vote en faveur des tchèques, décision dont la conséquence est le départ des allemands de Prague.
Cependant le conflit n’en est pas terminé pour autant, qui se concentre alors entre le roi et l’archevêque de Prague qui refuse désormais d’écouter toute thèse de John Wyclif dont il fait brûler les ouvrages en 1410. Jean Hus répond à ces attaques par des écrits, toujours inspirés de Wyclif, et polémiques, ce qui lui vaut, après des blâmes ecclésiastiques, d’être excommunié en 1411. A ces blâmes s’ajoute bientôt la défaveur du roi qui accepte la vente des indulgences qui vient d’être autorisée en Bohême alors que Jean Hus s’y oppose farouchement. La seule défense de Jean Hus est au Concile de Constance, où il peut se rendre grâce à Sigismond, le frère du roi, qui lui a accordé un sauf-conduit. Arrivé à Constance, il est arrêté et emprisonné le 28 novembre 1414. Ce n’est qu’en juin 1415 qu’il pourra faire entendre sa défense, grâce aux interventions tchèques. Défense vaine. Le Concile envisage un emprisonnement à vie à condition que Jean Hus se rétracte. Mais, loin de nier ces précédentes affirmations, l’accusé les remanie pour en faire un autre texte. La condamnation à mort est alors prononcée. Il est mené au bûcher le 6 juillet 1415 à Constance, tandis que le Concile se déroule toujours ; et seront jetées dans le Rhin les cendres de celui qui n’avait jamais cessé de dire :
Cherche la vérité, écoute la vérité, apprends la vérité, aime la vérité, soutiens la vérité, défends la vérité jusqu’à la mort ».
Dès son martyr, Jean Hus était considéré comme un saint et entrait dans une légende.
 
Au XV<sup>e</sup> siècle, l’Italie, siège de la papauté et du catholicisme, ne reste pas éloignée des courants et des querelles qui agitent les autres pays voisins ; et deux personnages sont célèbres par leur passé et leur action dans le domaine religieux et politique : Jérôme Savonarole et Jean Le Pic de la Mirandole.
Jérôme Savonarole (vers 1452–1498), né à Ferrare, après avoir entamé des études de médecine, préfère se diriger dans la voie ecclésiastique, entre à Bologne chez les dominicains. Il est en 1491 prieur du couvent de San Marco à Florence. Il devient alors prophète dans cette ville de certains malheurs qui doivent s’abattre sur le monde si celui – ci continue à vivre dans le désordre qu’il connaît. En plus de prôner le retour à une vie évangélique faite de simplicité et d’humilité, Savonarole énonce des critiques sévères contre la papauté ; selon lui, tous doivent se convertir sous peine de châtiments divins terrifiants. Dans les débuts de sa prédication, les florentins écoutent ‘le prophète’. Il est vrai qu’il a été le confesseur de Laurent de Médicis et que Pierre II de Médicis déjà dès 1494 le suivait.
À cette date, la question religieuse va se mêler à la question politique. En effet, en septembre 1494, l’armée française pénètre en Italie, prend Florence et Pierre de Médicis choisit d’abord l’alliance avec le royaume de Naples contre la France, alliance qui appelle une réponse immédiate du roi de France, Charles VIII : l’expulsion de tous les marchands italiens de Lyon. La conséquence en est la ruine de la banque Médicis et le retournement de Pierre de Médicis qui s’avoue vaincu devant Charles VIII. À cette annonce, les florentins se révoltent et Pierre de Médicis doit quitter Florence en novembre 1494. Alors l’influence de Savonarole apparaît importante à cette époque ; influence religieuse, mêlée au social, qui va peser sur l’aspect politique du moment, car le prédicateur encourage la révolte des florentins et en l’absence de Pierre de Médicis prend une importance considérable dans la ville. En outre en décembre 1494, après la chute de la République de Florence, on instaure un Grand Conseil comme étant la plus haute instance de souveraineté avec un plus grand nombre de membres; cet élargissement avait été accepté sous la pression des sermons de Savonarole qui rêvait d’une république théocratique. Cette expérience s’avèrera être essentielle dans l’histoire de Florence et dans celle des idées politiques des XV<sup>e</sup> et XVI<sup>e</sup> siècles.
Cette sévérité et cette austérité valent, peu à peu, à Savonarole critiques d’abord des florentins, puis oppositions auxquelles s’ajoutent celles de l’Église que Savonarole ne cesse de vilipender de façon de plus en plus virulente. Convoqué à Rome en 1495, il ne s’y rend pas, est excommunié en 1497 par le pape Alexandre VI Borgia. Il conteste cette condamnation.
Une nouvelle fois, la politique interféra dans la vie du « prophète » ; les Médicis avaient imaginé une contre révolution qui avait été un échec et certains chefs du complot condamnés à mort ; le Grand Conseil aurait pu accepter un appel de cette condamnation, mais les partisans de Savonarole avaient rapidement fait exécuter les ‘conspirateurs’ avec le muet acquiescement de Savonarole lui – même. L’Église le condamne alors encore et lui interdit de prêcher ; Savonarole passe outre cette interdiction et le jour de Carnaval 1498, remonte en chaire et attaque fortement l’Église et le pape dont il dénie l’infaillibilité. Il va jusqu’à écrire au roi de France pour l’inciter à ouvrir un concile général et déposer le pape. La missive est interceptée par Ludovic Sforza, duc de Milan, est envoyée au pape Alexandre VI, qui a comme alliés à cette époque contre Savonarole les autres ordres mendiants. Mais le prestige et la célébrité de Savonarole ne sont plus ni religieux ni politiques. Il est arrêté dans le couvent de San Marco et emprisonné. Sous la torture, il se rétractera puis reviendra à ses affirmations et se rétractera encore. Jugé, il est condamné au bûcher à Florence en 1498.
Plus tard, la Réforme installée retiendra les critiques de Savonarole contre le ‘papisme’, dont celle de l’infaillibilité papale (qui n’est pas encore un dogme,mais une pratique acquise), sa volonté de retrouver l’Évangile, mais ses prophéties apocalyptiques et leurs conséquences, tant en politique que dans son autorité et austérité outrancières resteront à son débit. Savonarole est resté sans doute préoccupé et angoissé plus par obsession passéiste que par une analyse à long terme de l’avenir de l’Église.
Pic de la Mirandole étudie aussi Aristote, Platon, apprend l’arabe et l’hébreu, sait déjà la latin, s’initie au judaïsme et à la Kabbale. Sous l’influence de Marcile Ficin, il découvre le néo-platonisme qui le fait évoluer, quitter le monde du Moyen Age pour voir s’entrouvrir celui de ‘l’hérésie’. Pic conteste le théocentrisme médiéval et exalte la liberté de l’homme face à un Dieu ineffable. Il cherche une convergence des systèmes philosophique et religieux qui doit conduire à un christianisme rénové.
En 1486, Pic de la Mirandole publie à Rome neuf cent propositions, les « Conclusiones » qui démontrent ses idées ; il demande une ‘disputation’ publique dans cette même ville avec des érudits de toute l’Europe. Disputation autorisée puis interdite. « Poursuivi pour hérésie » par le pape Innocent IV, son ouvrage brûlé, Pic publie néanmoins en 1487 une « Apologie » puis l’ « Heptaplus », un commentaire de la Genèse.
Un an plus tard, Pic fuit en France où il est arrêté et emprisonné au donjon de Vincennes ; relâché grâce à l’intervention de Laurent de Médicis, il peut rentrer à Florence où il est accueilli par Marcile Ficin.
En 1491, il s’agit d’un autre ouvrage, « De l’être et de l’unité » qui traite de la relation entre une Unité et une Multiplicité, apparente contradiction, dont l’objectif se veut une synthèse entre l’Un et le Multiple, le divin et l’homme, un dualisme qui annonce une pensée moderne.
Ayant rencontré Savonarole, Pic de la Mirandole opte pour la vie religieuse et le tiers ordre dominicain. En 1492, le pape Innocent VIII meurt, Alexandre VI Borgia lui succède et c’est à ce dernier que Pic envoie un mémoire qui explique une nouvelle fois sa philosophie et ses thèses précédemment interdites. Et le même pape qui condamne Savonarole accorde à Pic le « Bref d’absolution pleine et entière » en 1493... Le 8 avril 1492, Laurent de Médicis meurt, avec pour successeur son fils Pierre II de Médicis qui n’aura de cesse de voir Savonarole condamné , pour lequel Pic ne pourra rien. En 1494, alors que l’armée de Charles VIII entre à Florence, Pic de la Mirandole meurt, empoisonné, dit–on, par son secrétaire qui aurait été corrompu par Pierre de Médicis.
Ainsi la légende s’emparera–t–elle de Jean Pic de la Mirandole, comme elle l’entourera de mystères, de sciences occultes, de magie . L’histoire retiendra un homme d’une intelligence vive, d’une ouverture d’esprit qui le conduit aux voies modernes d’une philosophie et d’une religion repensée, ‘ pré-réformateur ’ dans son appréhension d’une nouvelle relation de l’homme avec Dieu et de l’homme face à lui–même. Il est encore considéré comme le père spirituel de Thomas More, de John Colet, Lefèvre d’Etaples et Erasme,le premier en effet à s’être fermement opposé, avec argumentaires philosophiques et théologiques à la théologie scolastique.
Les études nombreuses qui lui seront consacrées iront jusqu’à voir en Pic de la Mirandole un précurseur du cartésianisme : « en dehors de l’influence connue de la lumière et du mouvement », écrivait Pic, « aucune puissance particulière n’existe dans les cieux » ; il signifiait par là la force de la dignité de l’homme, de son libre arbitre et de sa raison sur le déterminisme sans appel qui condamnait et emprisonnait l’homme selon la scolastique.
 
En 1496, John Colet rencontre en Angleterre, choisit la vie religieuse et s’installe à Oxford où il donne un enseignement qui s’éloigne de la théologie scolastique ; il préfère l’exégèse en l’adaptant à un public plus élargi, par une langue plus familière et des explications plus abordables et compréhensibles.
En 1502, John Colet est nommé chanoine de Salisburg, et, trois ans plus tard, de la cathédrale Saint Paul à Londres, puis doyen de cette cathédrale. C’est là qu’il enseigne la Bible, et donne des conférences dans la cathédrale trois jours par semaine. En 1508, ayant hérité de son père, il entreprend la reconstruction de l’école de Saint Paul qu’il termine en 1512. En 1514 il fait le pèlerinage de Canterbury et peu après devient l’aumônier du roi Henri VIII . Il meurt en 1519, est inhumé à Saint Paul où une pierre porte seulement son nom.
L’importance de John Colet réside dans sa volonté de rendre la Bible lisible et compréhensible pour tous :en traduisant le Nouveau Testament du grec en anglais, en échappant à la condamnation de l’Église qui interdisait cette traduction, en organisant les conférences de la cathédrale Saint Paul, où, dit –on, en six mois quelques vingt mille fidèles avaient pu écouter le prédicateur, en critiquant les traditions de l’Église, notamment le célibat des prêtres, John Colet a sans doute été l’un des personnages importants de l’évolution de l’Église en Angleterre à cette époque.
 
La personnalité de Thomas More peut paraître contradictoire, voire double. En vérité, il est à la jonction de la fin du monde médiéval et du début de la modernité liée à l’humanisme.
D’une part, celui que l’hagiographie a qualifié de martyr et saint (il sera d’ailleurs béatifié en 1886 et canonisé en 1935) reste un homme attaché à son Église catholique ; il n’hésite pas à formuler officiellement et publiquement qu’on ne peut légiférer d’une manière « contradictoire avec la loi de l’Église catholique et universelle du Christ », ni « lier sa conscience au concile d’un seul royaume, celui d’Angleterre, outre le concile général de la chrétienté » ; il n’hésitera pas non plus à condamner les idées ‘hérétiques ‘de Luther et à ordonner des autodafés d’œuvres dangereuses à ses yeux ; il publie en 1523 sa « Réponse à Luther » où il retrace toute la tradition chrétienne impossible, dit –il, à remettre en question. Il ira jusqu’au bout de sa logique dans son conflit avec Henri VIII, jusqu’à la mort.
D’autre part, Thomas More est l’auteur de « L’utopie » , publié en 1516. L’œuvre dont le titre signifie ‘nulle part’ en grec pose la question de la crédibilité de Thomas More : en effet quand la première partie du livre, qui en contient deux, est une critique des princes, des cours, des guerres, des richesses, face à la pauvreté et à l’injustice, la seconde partie est la description idyllique de vie sur l’île d’Utopie où la propriété privée n’existe pas , où les utopistes sont égaux, vivent ensemble et portent les mêmes habits ; les cinquante quatre villes d’Utopie sont administrées par des conseils élus avec un sénat qui se réunit une fois par an, avec des discussions publiques ; les guerres ne sont que défensives, ou ne servent qu’à libérer les opprimés ; enfin aucune religion n’est imposée et nul ne peut être persécuté pour celle qu’il pratique. La désobéissance aux seuls trois dogmes obligés, l’immortalité de l’âme, la toute–puissance de la providence divine qui gère le monde, et la punition ou récompense après la mort, entraîne l’exclusion de l’utopien récalcitrant , mais pas la condamnation à mort.
L’ouvrage, par son ambiguïté, tend à montrer l’auteur entre deux idéologies, entre un passé auquel il adhère et le sentiment d’un avenir fait de théories humanistes. Sa lutte contre ‘ l’hérésie ‘ luthérienne, dans les années qui suivent la publication de l’Utopie pousserait à démontrer le fort enracinement de Thomas More dans son Église et son passé, mais l’Utopie qu’il décrit n’est-elle pas l’un de ses rêves, sans doute irréalisable, comme le nom commun que le célèbre titre a fait naître ? ; mais précisément aussi un projet à défendre ou à espérer ? Il n’en reste pas moins que Thomas More est l’homme qui a signé ce texte , étonnant pour son époque et dont la modernité se prévaudra, mais qui est mort également pour rester fidèle à une Église qu’il ne voulait pas voir déchirée.
Né à Etaples vers 1450, Jacques Lefèvre d’Etaples (vers 1450-1536) reçoit d’Aristote. À Paris, il enseigne la philosophie au collège du cardinal Lemoine, opposé à la scolastique de la Sorbonne. A sa grande érudition, Lefèvre d’Etaples joint une grande piété et un goût prononcé du texte original et de l’exégèse.
Ses oeuvres témoignent de cette connaissance des Ecritures et de sa volonté de partager son savoir.
En 1509, s’étant attaché à l’étude des Psaumes, il en publie des « Commentaires », comme il publie en 1512 des « Commentaires sur les épîtres de Saint Paul ». En 1522, d’autres « Commentaires » encore sont publiés, sur les quatre évangiles, traduits en français avec des annotations pour le grec en face du texte de la Vulgate . Cette même année, François I° donne son accord pour que soit traduit l’ensemble du Nouveau Testament en français, mais aux frais de sa mère Louise de Savoie, sa sœur Marguerite d’Angoulême, et Guillaume Briçonnet. Lefèvre d’Etaples faisait partie depuis 1523 du cénacle de Meaux et y restera jusqu'en 1525, date de la fin du cénacle. En 1527, les derniers « Commentaires » paraissent sur les épîtres dernières ; c’est l’ultime ouvrage signé de sa main, l’heure est à la prudence face au danger politico-religieux après Pavie, et s’il continue d’écrire, il ne signera plus.
En 1525, le grand humaniste s’était exilé à Strasbourg, rappelé un an plus tard par François 1er à Blois où le roi le charge de l’instruction des enfants royaux et de la gestion de sa bibliothèque. En 1530, il se retire à Nerac où il meurt en 1536.
Jacques Lefèvre d’Etaples a sans doute représenté l’un des plus grands humanistes chrétiens, a créé le mouvement fabriste, a cheminé en pensée et en théologie avec Luther qu’il n’a jamais rencontré, mais qui connaissait l’humaniste français. Lefèvre d’Etaples est un des personnages clefs de cette période qui devait aboutir à la Réforme, lui qui disait que le nouveau Testament devait devenir « le livre de vie et seule règle des chrétiens » et que « Dieu opère tout en nous ».
Considéré, comme Lefèvre d’Etaples, comme un des grands humanistes, Erasme s’est distingué par son érudition, ses écrits et son pacifisme. Ecrivain, traducteur, fin connaisseur du grec (dont il devait notamment étudier les différences de prononciation entre grec ancien et grec moderne), philologue et pédagogue, il était également théologien.
Dans cette dernière discipline, Erasme s’illustre à la fois par son modernisme humaniste et par son refus des querelles. Si « L’éloge de la folie » est une critique sans concession, pleine d’humour et d’ironie, de l’Église du moment, de son clergé ignorant, de ses fidèles superstitieux ou terrorisés, de ses théologiens scolastiques, il sait aussi aller en profondeur soit dans les œuvres antiques, soit dans l’étude du christianisme, dont les Pères de l’Église et les traductions du Nouveau Testament. Ses nombreuses œuvres témoignent de cette démarche et de cette volonté de partage du savoir qui le caractérisait. Luther lui –même avait eu connaissance des œuvres de l’humaniste hollandais et européen, même si le désaccord entre les deux hommes devait aller grandissant, jusqu’à la ‘rupture’ de la
Confession d’Augsbourg. ; Luther considérait Erasme comme trop prudent, et Erasme n’appréciait guère la virulence de Luther et surtout, derrière la combativité du réformateur allemand, sa théologie. Une marque de ce profond désaccord se trouve dans la correspondance échangée entre les deux théologiens dans les années
1519 – 1527 et dans les ouvrages que chacun d’eux écrit et qui se répondent. Notamment en 1524 Erasme écrit « Du libre- arbitre », en latin, à quoi Luther répond, en latin également « Du serf- arbitre » : pour le premier, l’homme peut participer à son salut, tandis que pour le second, l’homme ne peut rien, Dieu seul peut le sauver. Erasme définira encore le libre – arbitre comme « le pouvoir qu’a la volonté humaine de s’appliquer à tout ce qui est requis pour le salut éternel » , en ajoutant : « Dieu nous impute comme mérite de ne pas détourner notre esprit de sa grâce ».
 
Luther répondra : « La volonté humaine se trouve donc placée entre Dieu et Satan et se laisse guider et pousser comme un cheval . Si c’est Dieu qui la guide elle va là où Dieu veut et comme il le veut, ainsi que le dit le psaume 73, verset 22 et suivants ; si c’est Satan qui s’en empare, elle va là où il veut et comme il veut. Or la volonté humaine en tout ceci n’est plus libre de choisir un maître : les deux cavaliers combattent et disputent à qui s’en emparera. »
Rien ne réconciliera les deux personnages, l’un croyant en l’homme et l’autre s’en remettant au choix de Dieu et au don de la grâce.
Un procès se tiendra à Valladolid, qui durera six semaines et dont le jugement ordonnera que, sans être traités d’hérétiques, des écrits traduits en castillan seront interdits, et d’autres, en latin, devront être expurgés.
Ainsi l’Espagne aura –t-elle été touchée par Erasme à travers ses ouvrages, et l’humanisme aura –t-il pénétré dans le pays principal de l’Empire qui se qualifiait de ‘catholique’ donc universel, mais aussi romain, quand la Réforme qui s’implantait se voulait aussi ‘catholique’ donc universelle, mais non–romaine.
Cette universalité, Erasme la voulait donc chrétienne, se disant lui–même « citoyen de la République des Lettres », lui qu’on appelait « Le prince des humanistes ».
 
== 3° chapitre : La Réforme en Allemagne, en Suisse, et à Strasbourg. ==
 
Dans cette Europe bouleversée du XVI<sup>e</sup> siècle où tout se dit, s’écrit, est jugé, parfois condamné, en Allemagne un autre moine se lève : Martin Luther. Théologien et érudit, pédagogue et débatteur virulent, il est sûr de ses « Propositions », contre son Église et contre son ordre, contre l’Empereur et contre certains de ses condisciples . le moine réformateur est celui qui reprend les affirmations de ses ‘prédécesseurs’, mais il sera le négociateur du tournant définitif et décisif.
Martin Luther (1483- 1546), né à Eiseleben, est d’abord destiné à une carrière de juriste que lui trace son père. Le jeune homme, vif et brillant, va faire ses études chez les Frères de la vie commune, puis à l’université d’Erfurt d’où il sort diplômé en 1505. Mais ni le droit ni la carrière promise ne convainquent Martin, déjà préoccupé par la question de sa propre foi et la situation de l’ Église. Il décide bientôt de changer d’orientation et choisit l’Église. Il entre au couvent des Augustins d’Erfurt où il a, comme remèdes à son angoisse spirituelle, une vie ascétique, des mortifications et des jeûnes répétés. Il étudie la théologie , est ordonné prêtre en 1507, et sera docteur en théologie en 1512. Il enseigne alors la philosophie et dès lors se consacre à l’enseignement et à la prédication.
Cependant l’exigence intellectuelle et spirituelle de Martin Luther n’a pas diminué. Il approfondit sa lecture de la Bible et tout particulièrement les épîtres de Saint Paul : il veut comprendre la place de l’homme en face de Dieu, la question du salut et de la mort, ne se contente pas des réponses de l’Église dont il connaît les insuffisances et les abus, souhaite déjà un enseignement général pour tous, dont précisément la lecture des Ecritures. Il quitte progressivement le domaine de la scolastique pour oser une réflexion personnelle sur la foi et la religion.
En 1508 Luther entre à l’université de Wittenberg où il poursuit ses études en plus des prédications qu’il donne à l’église, et où, déjà , il explique sa philosophie et ses vues sur le christianisme tel qu’il est vécu autour de lui. Il dénonce notamment la pratique des indulgences, à ses yeux ‘remède’ trop facile et injuste en matière de fortune pour les uns par rapport aux autres, pour être ‘libéré ‘des péchés, remède peu admissible de la part de l’Église qui se jouait ainsi de la crédulité des fidèles. Luther appelait la vente des indulgences « le commerce du salut ».
Cette question des indulgences s’envenime lorsque la vente qui sera effectuée par Tetzel, en est autorisée en Allemagne, pour la construction de la basilique Saint Pierre, avec l’accord de l’archevêque Albert de Mayence. Luther écrit à ce dernier pour empêcher cette vente. Sans réponse. Luther décide donc de faire imprimer et publier « 95 thèses », liste de 95 affirmations où , à travers la virulente critique des indulgences et de leur vente, il dénonce le comportement des hommes d’Église et la crédulité des fidèles. La légende qui s’est emparée de ce geste choisit de montrer le moine en colère placardant ses imprimés à la porte de l’église de Wittenberg, le 31 octobre 1517 ; mais s’il est vrai que les sources premières ne peuvent encore prouver ce geste, en revanche il reste sûr que la rédaction et la publication de telles « thèses » ne pouvaient être qu’irréversibles, pour la pensée réformatrice et pour l’Histoire.
La liste des ces thèses est précédée d’un « Avertissement » qui montre la détermination de l’auteur :
L’histoire d’un moine augustin excommunié et passible de la peine de mort pourrait s’arrêter là, mais d’autres jeux politiques s’amorcent : Luther est soutenu par le Landgrave de Hesse et le prince électeur de Saxe, Frédéric le Sage. Ce dernier fait enlever le condamné et le fait conduire au château de la Wartburg ; le moine, devenu ‘le chevalier Georges’ va rester à l’abri jusqu’en mars 1522 et mettre à profit ce séjour semi clandestin pour traduire le Nouveau Testament en allemand.
À Wittenberg on a pris parti pour l’ancien prédicateur et professeur de l’université, en dépassant parfois la pensée du maître. Certains veulent remanier la messe, des manifestations iconoclastes ont lieu, etc.... De retour dans la ville, Luther aura à lutter contre ces débordements qu’il n’admet pas. Là comme ailleurs, la réforme luthérienne commence à s’implanter. Charles Quint, en guerre avec la France, contrôle moins bien ce mouvement qui commence à dépasser les frontières.
En 1526 les princes électeurs se voient autorisés à appliquer la loi : ‘cujus regio, ejus religio’, ‘un roi, une religion’ : les sujets de chaque prince sont tenus d’avoir la même religion que le prince, mais en cas de désaccord peuvent quitter leur Etat pour s’établir dans celui d’ un autre prince dont ils pourront pratiquer la religion.
À ses talents de théologien Martin Luther allie ceux du pédagogue préoccupé de l’enseignement, et notamment celui des enfants. Il écrit :
: « Quand il n’y aurait ni âme, ni ciel, ni enfer, encore serait-il nécessaire d’avoir des écoles pour les choses d’ici-bas, comme nous le prouve l’histoire des grecs et des romains. J’ai honte de nos chrétiens, quand je les entends dire : « L’instruction est bonne pour les ecclésiastiques, mais elle n’est pas nécessaire aux laïques ». Ils ne justifient que trop, par de tels discours, ce que les autres peuples disent des allemands. Quoi ! il serait indifférent que le prince, le seigneur, le conseiller, le fonctionnaire fût un ignorant ou un homme instruit, capable de remplir chrétiennement les devoirs de sa charge ? Vous le comprenez, il nous faut en tous lieux des écoles pour nos filles et nos garçons, afin que l’homme devienne capable d’exercer convenablement sa profession, et la femme de diriger son ménage et d’élever chrétiennement ses enfants. Et c’est à vous, seigneurs, de prendre cette œuvre en main, car si l’on remet ce soin aux parents, nous périrons cent fois avant que la chose se fasse. Et qu’on n’objecte pas qu’on manquera de temps pour instruire les enfants : on en trouve bien pour leur apprendre à danser et à jouer aux cartes ! Si j’avais des enfants et des ressources pour les élever, je voudrais qu’ils apprissent, non seulement les langues et l'histoire, mais encore la musique et les mathématiques. Je ne puis me rappeler sans soupirer qu’il m’ a fallu lire, non les poètes et les historiens de l’antiquité, mais les livres de sophistes barbares,
avec grande dépense de temps, avec dommage pour mon âme, en sorte qu’aujourd’hui j’ai encore grand peine à me débarrasser l’âme de ces souillures, et de cette lie. Certes, je ne veux plus d’écoles semblables à celles d’autrefois, où l’enfant perdait plus de vingt ans à apprendre par cœur Donat et les vers insupportables d’Alexandre (frigidissimi versiculi), ne devenant pas même plus habile au jeu de paume. Nous vivons dans des temps plus heureux. Je demande que l’enfant aille à l’école, au moins une heure ou deux par jour, et il faut qu’on prenne les plus capables pour en faire des instituteurs et des institutrices. Assez longtemps nous avons croupi dans l’ignorance et la corruption ; assez et trop longtemps nous avons été ‘les stupides allemands’, il est temps qu’on se mette au travail. Il faut par l’usage que nous ferons de notre intelligence , prouver à Dieu que nous sommes reconnaissants de ses bienfaits.
: Les jeunes filles, elles aussi, ont assez de temps pour qu’on exige d’elles qu’elles aillent à l’école chaque jour, au moins une petite heure (saltem ad unius horulae spatium). Elles emploient bien plus mal leur temps lorsqu’elles passent plusieurs heures à danser, à conduire des rondes, ou à tresser des couronnes . » Martin Luther, extrait du Libellus de instituendis pueris ; magistratibus et senatoribus civitatum Germaniae Martinus Luther. Cité par Gabiel Compayré, in Histoires critiques des doctrines de l’éducation en France depuis le XVI° siècle, Paris, Hachette et Cie, 1883, 4° édition tome I.
Pour aider les fidèles, Luther publie en 1526 la « Messe allemande » pour expliquer le nouveau culte réformé luthérien, un « Petit catéchisme » pour les enfants en 1529, un « Grand catéchisme « pour les pasteurs en 1530. L’œuvre immense du théologien – quelques cent volumes – atteste de cette volonté de transmission.
Du point de vue humaniste, Luther se heurte à Erasme, les deux hommes étant fort différents, le premier ancien moine virulent et parfois fougueux, le second ayant pris du recul face à l’Église et connu pour son irénisme.
L’adversaire principal de Luther dans cette affaire est Thomas Müntzer (vers 1480-1525). Ce dernier en effet, qui avait étudié à Leipzig puis à Francfort sur Oder était devenu prêtre, charge qu’il avait abandonnée en 1522 ; il avait opté deux ans auparavant pour la réforme de Luther, qu’il avait rencontré en 1519. Il est d’abord en accord avec le réformateur sur les besoins de réformes dans l’Église, puis sur les « 95 thèses ». Bientôt les deux hommes divergent et le désaccord devient conflit. Thomas Müntzer reproche à Luther ses relations politiques avec les princes, l’accuse de ne pas s’occuper davantage des paysans et s ‘écarte de la théologie luthérienne, pour prêcher bientôt un radicalisme que Luther juge outrancier et désapprouve dans le fond. Il reproche à son tour à Müntzer son agressivité et sa violence, notamment quand il apprend le comportement iconoclaste dont Müntzer est accusé en 1524 . De ‘révolutionnaire’, Müntzer devient ‘prophète’, voyant dans les bouleversements du XVI<sup>e</sup> siècle les conséquences d’une foi mal vécue ou mal prêchée. Il écrit sa « Protestation de la vraie foi chrétienne » :
: « Moi, Thomas Müntzer, serviteur du Fils du Dieu par la volonté immuable et la miséricorde inébranlable de Dieu le Père, j’adresse mon salut et souhaite dans l’Esprit Saint à vous tous, êtres amis de Dieu, la pure et droite crainte du Seigneur et la paix à laquelle le monde est hostile. »
Puis, à Frédéric le Sage il envoie ces lignes :
: « Dieu a décidé de me placer en avant comme une muraille pour protéger la pauvre chrétienté en ruines, que l’on ne doit pas seulement blâmer en partie, comme certains le pensent, mais dans son ensemble, en attaquant le mal à sa racine. »
En effet Martin Luther a mis ses affirmations en pratique, et critiquant le célibat des prêtres, il convolera en noces avec Catherine de Bora en 1525. D’abord dans l’obligation d’entrer au couvent, la jeune Catherine s’en échappe, arrive à Wittenberg où elle rencontre Luther. Malgré les difficultés, les critiques adressées aux jeunes gens – quand on a refusé le célibat des prêtres, il est moins facile d’envisager leur mariage – et les hésitations de Luther lui – même, le mariage a lieu et six enfants devaient unir la famille, avec la douleur de la perte d’une fille dont le père se remettra mal.
Intelligente et attentive, cultivée, Catherine secondera son époux toute sa vie en veillant à la tenue du ménage où l’argent manquait souvent, mais où le couple recevait mis et étudiants en ‘table ouverte’ pour le bonheur de professer et de débattre ; les discussions, ces ‘controverses’, commençaient à table puis se poursuivaient dans le bureau du réformateur. Les notes de ces débats, prises et conservées par les étudiants, devaient plus tard être publiées sous le titre « Propos de table », témoignant de la curiosité et de la culture que tous partageaient.
Luther inquiétait Catherine par sa santé parfois fragile. Dès 1527, le voyant souffrir les douleurs de la maladie de la pierre qui ne le quittaient guère, Catherine craindra toujours pour l’avenir de ses enfants, mais c’est encore le malade qui réconfortait son épouse.
Quand Martin Luther meurt en 1546, l’œuvre écrite est importante, mais l’œuvre spirituelle l’est plus encore. La théologie scolastique ne sera plus défendue désormais avec la même conviction, le nouveau luthéranisme pénètre dans toutes les classes de la société et bientôt dans les pays de l’Europe du nord dans un mouvement et un élan qui s ‘avèreront irréversibles. Après le Moyen -Age, « l’époque moderne » s’installe. Martin Luther en reprenant et en développant les idées des précurseurs, dès lors ‘pré-réformateurs – a établi une nouvelle religion qui donnera un autre visage à l’Europe. L’aspect politico – religieux jouera dans l’articulation nord – sud, le sud restant catholique romain, et le nord, en conséquence de l’Empire de Charles Quint, divisé en catholiques et luthériens. Le réformateur allemand a-t-il eu conscience des bouleversements qu’il provoquait, lui qui était arrivé au bon moment, suivi des bons personnages, avec les bons moyens techniques ; lui qui avait, en homme d’exception, su mettre en scène et en jeu tous ces éléments, tous ces facteurs ; lui qui avait écrit sur un modeste papier trouvé prés de son lit de mort :
:« Personne ne peut comprendre les Bucoliques de Virgile s’il n’a pas été berger cinq ans. Personne ne peut comprendre les Géorgiques de Virgile s’il n’ a pas été paysan pendant cinq ans. Personne ne peut comprendre les Lettres de Cicéron s’il n’ a pas été engagé dans cette étude pendant vingt cinq ans. Personne ne peut comprendre avoir compris les Saintes Ecritures s’il n’a pas été en charge de toutes les églises pendant cent ans avec le prophète Elie, Jean -Baptiste, le Christ et les apôtres (...) mais adorez son chemin avec humilité. Nous sommes des mendiants, cela est notre vérité. »
 
Martin Luther qui, malgré ses ennemis et ses difficultés, ne s’est jamais dédit, a également été entouré d’amis fidèles, de ‘disciples’. Philipp Melanchton est de ceux – là. Né à Bretten (1497-1560), d’une famille aisée, de son vrai nom Philipp Schwartzerdt, il reçoit une bonne instruction délivrée par un précepteur. Le jeune garçon, brillant, goûte vite les discussions avec les étudiants plus âgés et plus avancés. À la mort de son père, il est envoyé à Spire et étudie à l’école latine de Pforrzheim. Là il se fait remarquer par sa culture, son goût de grec son talent pour le latin et en 1509 se voit donner le nom hellénisé de Melanchton – de Melas, noir et Chtoné, terre – À douze ans il entre à l’université de Heidelberg, se familiarise avec les écrits d’Erasme, et en 1514 obtient le grade de bachelier des arts.
En 1516 il dépose une maîtrise à la faculté de philosophie, tout en étudiant toujours le grec, l’hébreu, les auteurs antiques, l’astronomie, l’astrologie, la didactique, la grammaire ; et dans les années 1515, il travaille comme correcteur dans une imprimerie.
Un an plus tard a lieu la ‘disputation’ de Leipzig où Luther doit s’expliquer : bien qu’il n’ait pas eu à participer à la discussion, Melanchton avait aidé Luther à préparer ses arguments. Bientôt ce dernier persuade le jeune érudit d’étudier la théologie et Melanchton, selon les espoirs de son ‘père spirituel’ est diplômé en théologie cette même année 1519. Il peut dès lors enseigner la théologie, la philosophie et l’exégèse biblique.
En 1520 Philipp Melanchton épouse Katherine Krapp. La famille, qui comptera quatre enfants habite une maison modeste jusqu’en 1536, date à laquelle Frédéric le Sage lui fait construire une demeure plus importante, toujours à Wittenberg, ; une vie régulière s’y déroulait, rythmée par les cours, les rencontres avec les étudiants dont certains étaient logés chez la famille Melanchton comme c’était alors la coutume. Le professeur était encore occupé par la préparation et la tenue des études bibliques qui avaient lieu chez lui et qu’il préparait en latin pour ceux qui ne connaissaient pas l’allemand, car les étudiants étrangers étaient nombreux à Wittenberg.
Dès son arrivée dans cette ville, Melanchton avait souhaité des réformes dans le programme des études de l’université. D’une part il défendait l’histoire et les mathématiques et d’autre part l’enseignement scolastique disparaissait progressivement. Le professeur devient recteur en 1523-1524 et peut alors décider certaines réformes, comme donner un enseignement humaniste, notamment à l’exemple d’Erasme. Melanchton en effet admirait l’humaniste hollandais et on rapporte que, sur son lit de mort, il récitait des prières écrites par Erasme. Luther, qui n’appréciait guère Erasme, devait s’incliner devant la volonté du recteur ; comme il devait également accepter l’apprentissage de la grammaire, de la rhétorique et de la dialectique, mais aussi de la zoologie, la géographie et l’astronomie.
Il existera des désaccords entre Melanchton et Luther, dont cette appréciation différente d’Erasme, ou le mariage de son maître que Melanchton désapprouvait. Mais une concordance de vues était réelle et profonde quant à ce qui, pour les deux complices érudits, était essentiel , l’enseignement : la maîtrise de l’expression et la rhétorique depuis les ‘disputations’, les controverses, jusqu’aux poèmes qu’on apprenait à écrire et à réciter.
Les universités de la deuxième moitié du XVI<sup>e</sup> siècle en Allemagne – à Francfort, Leipzig, Prostock ou Heidelberg – bénéficieront, notamment dans les années 1555-1560, de la participation de Melanchton à l’élaboration de leurs statuts. De même les nouvelles universités de Marbourg, Königsberg, créées après la Réforme luthérienne,devaient- elles recevoir les conseils de Melanchton, véritable personnification de la quasi totalité des connaissances de son époque, lui qu’on appelait ‘le professeur d’Allemagne’.
Outre ce domaine de l’enseignement où il excelle, Melanchton œuvre pour aider Luther et faire avancer ses idées, notamment au sujet du célibat des prêtres (même s’il désapprouvait le mariage de son maître), et surtout la nouvelle conception de la communion, la consubstantiation. C’est Melanchton qui célébrera le 29 septembre 1521 la première cène luthérienne.
A partir de 1527, Melanchton travaille à un texte qui donnerait la synthèse de la doctrine luthérienne. En 1529 il est envoyé à la Diète de Spire où doit se discuter la notion de communion selon Luther, et un an plus tard, c’est à la Diète d’Augsbourg que doit encore intervenir Melanchton qui avait donc rédigé le texte essentiel : ce sera la Confession de foi luthérienne, restée pour tous dans l’Histoire comme la Confession d’Augsbourg de 1530, qui prendrait en 1555 , à la paix d’Augsbourg, valeur de Constitution.
En vérité, toute l’importance de la Confession d’Augsbourg, de la volonté et de la rédaction de Melanchton lui-même, tient à qu’il souhaitait prouver que les protestants malgré leurs ‘innovations’ appartenaient toujours à la religion catholique et pouvaient rester en son sein. Melanchton défendait ainsi les nouvelles doctrines tout en continuant à reconnaître l’autorité de l’Église.
C’est ainsi que Melanchton offre toute l’étendue de sa culture et de son irénisme. Cette attitude lui sera d’ailleurs reprochée, et Luther ne cachera pas sa déception de ne pas avoir vu mentionnées dans la Confession d’Augsbourg les critiques qu’il avait lui-même formulées au sujet du purgatoire, du culte des saints et de la papauté. Melanchton , qui le savait , dira :
Je sais qu’on me reproche ma modération ; mais cela ne doit pas empêcher d’entendre ce que dit la foule. Nous devons travailler pour la paix et l’avenir. Et ce sera une grande bénédiction pour nous si l’unité peut être retrouvée en Allemagne. »
C’est comme si Melanchton rêvait d’une Église ‘évangélique – catholique’, tout en restant dans l’Église catholique avec une autre théologie. Cette nouvelle théologie, Melanchton la publie dans son ouvrage « Loci communes », où il explique que Dieu n’est pas responsable du péché et que l’homme est responsable de ses actes, le salut de l’homme étant offert par Dieu, il n’existe pas de ‘mérite’ à le trouver. En conséquence, Melanchton insiste sur la nécessité des œuvres à partir de ce don de Dieu. Dans l’édition de 1535, l’auteur va jusqu’à affirmer que ces œuvres sont indispensables à la vie éternelle, autant qu’elles prouvent une réconciliation de l’homme avec Dieu. Plus tard, cette doctrine sera atténuée dans les termes de ‘vie spirituelle, sens du devoir et droiture de conscience’.
En revanche, au long de sa réflexion, Melanchton mettra en doute la doctrine de Luther au sujet de la consubstantiation, pour se diriger vers une représentation plus spirituelle de la communion. En 1536, date de la Concorde de Wittenberg, Melanchton et Martin Bucer ( ) tentent de trouver un accord pour définir la consubstantiation. Aux colloques de Worms en 1540 et de Ratisbonne en 1541 Melanchton est celui qui doit expliquer la doctrine : au deuxième colloque, on espère une entente avec les catholiques pour la formulation de la justification par la foi : le texte écrit, approuvé par Luther , sera refusé par l’Église, malgré les efforts de Melanchton.
 
En 1543 Melanchton est à Bonn où il retrouve Martin Bucer pour élaborer une ordonnance ecclésiastique dont le but est de réconcilier l’archevêque de Cologne et le prince électeur Hermann von Wield. En vain. Trois ans plus tard, Charles Quint tente d’assujettir les princes récalcitrants. Devant le conflit l’université de Wittenberg doit fermer ses portes, Melanchton doit quitter la ville, où il ne reviendra qu’à la fin du conflit.
Ses voyages et son travail de négociateur n’empêchent pas Melanchton d’écrire. Il publie trois commentaires des épîtres de Saint Paul aux Colossiens et aux Romains, cette dernière épître, dont il disait qu’il avait compris l’importance grâce à Luther, était essentielle à ses yeux. Suivent trois versions latines et une version allemande de son œuvre « Loci communes ».
La réforme luthérienne va s’étendre en Suisse, mais quelque peu différemment, par la volonté d’autres réformateurs, notamment Ulrich Zwingli et Henri Bullinger.
Le premier, Ulrich Zwingli (1484-1531) est né à Wildhaus, au nord est de la Suisse, dans un milieu aisé. Instruit d’abord par oncle, il est ensuite envoyé à Bâle, puis à Vienne, avant de poursuivre ses études à Berne et Vienne . On ignore la cause du renvoi du jeune Ulrich de l’université de Vienne, mais on l’y retrouve un an plus tard. En 1502, il retourne à Bâle où on le presse d’étudier la théologie, ce qu’il fait et en obtient le grade en 1506.
De 1506 à 1516, tout en exerçant les fonctions de curé à Glarus, au centre de la Suisse, Zwingli continue d’étudier le grec, les Pères de l’Église, en parallèle avec les grands humanistes, dont Erasme. Comme souvent à l’époque, il participe aussi à la vie politique, notamment comme aumônier dans les armées suisses, et à Marignan en 1515. Son engagement à la cause du pape est alors total, ce qui lui vaut l’amitié du cardinal Matthew Shinner, une pension du pape, et en 1516 l’autorisation d’être prêtre séculier, date à laquelle il quitte Glarus.
En 1519 il prêche pour la première fois dans la cathédrale de Zurich. Dans cette ville vont avoir lieu des faits et se prendre des décisions qui font évoluer Zwingli.
Tout d’abord, il est frappé d’une part par la piété et la religiosité des habitants, d’autre part par la négligence et le laxisme du clergé, et enfin par le système des mercenaires adopté pour leurs armées par la France et par Rome. Ce dernier pont amène Zwingli à s’occuper de nouveau de politique : il s’oppose à Rome et en 1520 renonce à la pension que lui versait le pape. Zurich alors, sous l’influence de Zwingli, refuse une alliance avec la France en 1521. Dès lors l’influence politique et religieuse du ‘contestataire’ est grande, et dès 1522 il affirme ses critiques de l’Église et ne veut avoir d’obéissance qu’en face de Dieu et de la Bible. Le nouveau réformateur suisse explique toutes ses idées dans soixante sept thèses qui sont soixante sept propositions de réformes de l’Église.
Zwingli devra participer à deux ‘disputations’ en janvier et octobre 1523 à Constance, où tous les points qu’il remettait en cause, et malgré la prudence qui lui était conseillée, seront acceptés à Zurich : pèlerinages et pratique des indulgences interdits, sacrements de pénitence et extrême-onction supprimés, toutes ‘images’, sculptures, reliques, etc..., détruites, calices et objets de d’église fondus, biens ecclésiastiques saisis par la ville, monastères fermés, célibat rejeté. En 1524 Zwingli épouse Anne Reinhard, et en 1525 la messe est interdite à Zurich.
Ces réformes sont acceptées à Zurich, comme à Saint Gall, Berne, Schaffahausen et Bâle, et Zwingli est devenu une personnalité incontestée en politique comme en religion.
 
Henri Bullinger (1504-1575) est le second grand réformateur suisse. Né à Bremgarten, à trente kilomètres de Zurich, le jeune garçon étudie d’abord dans sa ville natale puis à Emmerich sur le Rhin, où les travaux des étudiants répondent à la fois à l’enseignement traditionnel et à l’humanisme.
À quinze ans il est à Cologne et obtient le diplôme de bachelier . En 1520 a lieu dans cette ville une controverse de Luther, que le jeune homme découvre. Sous l’influence du réformateur allemand Bullinger décide de relire la Bible, surtout le Nouveau Testament, les Pères de l’Église, les « Lois communes » de Melanchton, et abandonne peu à peu l’idée qu’il avait de devenir chartreux.
En 1523 il est professeur à l’école du couvent cistercien de Kappel, après avoir renoncé à être membre d’un quelconque ordre. On appelle son enseignement ‘humanisme réformé’, il est centré sur l’étude des Ecritures et particulièrement sur les épîtres de Saint Paul. Toujours en 1523 Bullinger rencontre Zwingli et de ces premiers contacts se tissent des liens de respect et d’amitié. Bullinger adhère à la doctrine de Zwingli sur le ‘ symbole ‘ dans la communion, et, à son contact, décide de parfaire ses connaissances en se perfectionnant en grec et en apprenant l’hébreu.
En 1528 il est ordonné pasteur à Zurich ; puis il publie plusieurs ouvrages cette année- là : « De origine erroris » qui plus tard convaincra Théodore de Bèze, et soixante dix volumes en six ans, en latin et en allemand, théologiques et éthiques.
Un autre réformateur suit encore les pas de Luther et Zwingli, européen par ses nombreux voyages, dans un désir de paix et de vie chrétienne, Martin Bucer (1491-1551).
Né à Sélestat en Alsace, Martin Bucer après des études à l’école latine puis après être entré chez les Dominicains de cette ville, séjourne à Heidelberg, rencontre en 1518 Martin Luther à qui il donne toute sa confiance et dont il retient la théologie. En 1521 Bucer quitte son ordre, est relevé de ses vœux, épouse Elizabeth Sillereinsen , ancienne moniale, ce qui lui vaut d’être excommunié et de devoir se réfugier à Strasbourg en 1523. Il y restera plus de vingt ans, y sera prédicateur et de là voyagera dans toute une partie de l’Europe, Strasbourg étant ville libre d’Empire et devenue plaque tournante de l a Réforme .
Les débuts de Bucer à Strasbourg sont heureux. Il est écouté et sa doctrine de l’Église est acceptée par tous : L’Église doit être à la fois théologique et pratique, théorique et sociale ; Église et chrétienté sont unies dans un travail sans cesse missionnaire.. La vie de l’homme doit être prise en considération en regard de la Bible et selon la Parole de Dieu.
En 1524 Marin Bucer, nommé pasteur d’une des paroisses de Strasbourg, donnera dans ses prédications l’exemple de ses préoccupations humaines à l’intérieur de l’Église. « Vivre autrement en vivant pour les autres » répétait –il, l’homme sauvé par le Christ devant « porter les fruits » et attester du « nouveau royaume ».Il écrit dans le « »Traité de l’amour du prochain »de 1523 – le premier des cent cinquante traités qu’il publiera - : « C’est pourquoi j’ai écrit dans ce petit traité destiné à exhorter selon l’Ecriture à ce que nul ne vive pour lui-même, mais pour son prochain, et à montrer comment nous pouvons y parvenir, c’est à dire arriver à l’état de la perfection qui vous est accessible ici – bas (...) car le Royaume de Dieu consiste en puissance et non en discours (...) afin que vous progressiez dans la foi et deveniez parfaits dans l’amour et que vous ne viviez aucunement pour vous-mêmes mais pour votre prochain et par lui en Christ. »
Comme Luther et Zwingli, Bucer prêche également contre les ‘images’ dans les églises et la forme liturgique ancienne ; liée à leur fonction de ‘missionnaires’ l’attention des réformateurs doit se porter aussi sur l’importance de l’école, de la catéchèse, du mariage, et dans l’Église, de la communion et donc du ‘bannissement chrétien ‘ , l’excommunication, dans certains cas particuliers.
Outre les anabaptistes, Bucer est conscient de la situation des Vaudois, successeurs spirituels de Pierre Valdo, qui se proposent d’adhérer à la Réforme. Il reçoit en 1530 à Strasbourg deux de leurs délégués italiens. Les efforts du réformateur se concrétiseront deux ans plus tard au synode de Chanforan.
Les années 1530-1540 sont fastes pour Bucer. En 1529 la messe est officiellement abolie à Strasbourg. En 1530 le pasteur a l’occasion à Augsbourg de préciser sa théologie et sa doctrine des ‘petites communautés chrétiennes’ : ministères diversifiés, collaboration avec les autorités civiles, restructuration des paroisses, synodes composés de pasteurs et de laïques, formation des adules, catéchèses, relations avec toutes les Églises. Ce programme moderne sera la base ’inspiration de Calvin. Outre le projets d’Église, Bucer pense également à l’enseignement et en 1538 crée le Gymnase de Strasbourg, qui sera la future université de cette ville.
Les efforts de Bucer ne s’arrêtent pas à Strasbourg. Le reste de l’Europe l’intéresse et l’attire comme potentiel de Réforme. Après les vaudois, les suédois puis les tchèques. Avec ces derniers d’étroites relations se tissent dans les années 1540 lorsque les Frères tchèques se présentent à Strasbourg et rencontrent Bucer. Un volume de Bucer , le « Traité de la cure de l’âme » sera d’ailleurs traduit en tchèque.
Après les tchèques, les hongrois qui séjournent à Strasbourg apprennent la doctrine de Bucer. Son influence s’étend encore aux Pays Bas où sa conception spiritualiste de la communion sera adoptée, et où ses écrits seront diffusés.
L’Espagne ne reste pas éloignée des idées de Bucer qui accueillera, toujours à Strasbourg, des espagnols acquis à la Réforme mais menacés dans leur pays, dans les années 1545-1546.
Enfin la France et l’Angleterre sont dans les préoccupations de Bucer. En France il tente d’engager des relations avec François 1er et aurait souhaité un colloque général.
En Angleterre ces relations sont déjà nouées depuis les années 1535 lorsque paraît la traduction des psaumes en anglais et des commentaires bibliques envoyés à des ecclésiastiques anglais. Bucer donnera conseils et avis pour la révision du livre de prières, et aidera à formuler une nouvelle liturgie d’ordination. Il se souviendra de ces relations avec l’Angleterre en 1549 lorsqu’il lui faudra quitter Strasbourg.
Car la situation changé dès les années 1540. Les succès de Bucer s’estompent. Est –il allé trop vite et ses contemporains trop lentement ? Les Églises ont elles été trop prudentes ? Les fidèles ont ils été indisciplinés, indifférents ou effrayés ? Le projet le plus cher du réformateur, des ‘communautés chrétiennes’ tombe. Philipp de Hesse, prince et chef de file des protestants, ne soutient plus Bucer. En 1546-1547 les Etats protestants sont vaincus par Charles Quint qui impose le retour du culte catholique à Strasbourg. Bucer y oppose un luthéranisme très affirmé ; en 1549 il doit quitter la ville. Il part en Angleterre s’installe à Cambridge, mais exilé, déçu et sans appui , Martin Bucer meurt deux ans plus tard.
 
Martin Bucer semble donc oublié mais l’œuvre qui avait du sens ressurgira, l’œuvre de celui que Charles Quint lui-même avait su apprécier pour ses talents de négociateur et qui était critiqué par Luther pour ces mêmes talents . On a dit qu’il avait été « le génie créateur de l’Église réformée » et Calvin son « génie réalisateur », celui dont la devise était : « Ma patrie est dans les cieux ».
 
== 4° chapitre : Autour de Jean Calvin ==
Jean Calvin, ou Calvin (1509 – 1564) est né à Noyon en Picardie.
Ses premières études se passent dans sa ville natale puis à Paris, et il se destinera à devenir prêtre, selon le souhait de son père, étant orphelin de mère dès l’âge de six ans. En quête d’identité, de santé fragile, intelligent, le jeune homme, qui ne recule devant aucun effort, n’hésite pas à multiplier jeûnes et abstinences. Ce mode de vie difficile, et parfois dangereux, ne l’empêche pas de s’initier à la pensée d’Erasme et de réfléchir aux « propositions »de Luther. Mais, en raison de querelles des chanoines de Noyon, avec le père de Jean qui était administrateur de biens, l’orientation du jeune homme est changée et on le dirige vers une carrière de juriste. Ainsi va-t-il reprendre des études de droit à Orléans puis à Bourges. En 1531 le père meurt et le fils choisit de retourner aux lettres et à la théologie, conscient néanmoins d’avoir appris beaucoup du droit et d’en avoir compris l’intérêt et l’importance. Il fréquente alors les cercles humanistes, et décide d’apprendre le grec et l’hébreu.
Probablement vers 1532-1533 se situe la ‘ conversion ‘de Jean Calvin qui prend alors la décision irréversible de se tourner vers les ‘idées nouvelles’ du récent luthéranisme. Comme pour le réformateur allemand, il s’agit pour Calvin d’être délivré de cette angoisse existentielle par la conviction que l’homme est sauvé par le don de la grâce, en abandonnant toute forme de superstition ou toute sorte d’influence extérieure qui ne lui viendrait pas de Dieu. Peut-être Calvin a-t-il aussi été influencé par Pierre Robert dit ‘Olivetan’, l’un de ses cousins. En effet, cadet de Jean de trois ans, celui-ci a fait ses études également à Orléans, avant de résider à Strasbourg où il apprend l’hébreu avec Martin Bucer. Olivetan est surtout connu pour avoir traduit la Bible en français, de l‘hébreu et du grec, pour l’Ancien et le Nouveau Testament, traduction que Luther préfacera en 1534 , quand la Bible devait être publiée en 1535 à Neuchâtel.
 
En 1533, Calvin, à la suite des événements consécutifs à la fin du cénacle de Meaux fuit Paris pour Angoulême puis pour Nérac où l’accueille Marguerite de Navarre ; puis il retourne à Bourges où il prêche pour la première fois.
Deux ans plus tard, en 1536, Jean Calvin publie l’ « Institution de la religion chrétienne », son œuvre majeure et essentielle en latin, qui sera traduite en français en 1541 et connaîtra vingt cinq éditions de 1536 à 1564 et cinquante trois jusqu’à la fin du XVI<sup>e</sup> siècle, en latin, français, anglais, allemand, italien, espagnol et néerlandais.
Calvin a publié là une somme qui se veut doctrinale, avec pour objectif d’être aussi une aide pour le chrétien , comme un manuel. Le juriste transparaît derrière le théologien qui suit un plan rigoureux et aboutira à une éthique, loi- foi – prière- sacrements- liberté chrétienne. Ces thèmes principaux, déjà développés par Luther, Zwingli, et Bucer, sont repris dans l’ « Institution » dans une forme plus précise et minutieuse. On retrouve donc les doctrines de l’autorité des Ecritures, la justification par la grâce comme don gratuit de Dieu, mais le jeune réformateur s’écarte de Luther pour le concept de communion et réfute la doctrine de la consubstantiation. Il élabore l’idée de la prédestination qu’il affirmera plus tard et qui ne fera pas toujours l’unanimité des réformés : Dieu choisit ceux qui recevront la grâce et ainsi l’homme sera –t-il sauvé ou perdu par la seule volonté divine.
L’ « Institution », dédicacée à François 1er et que Calvin remaniera restera le fondement de ce qui s’appellera le calvinisme et qui se développera dès l’installation de l’auteur à Genève.
En effet, de Paris où il a dû se rendre, Calvin souhaite aller à Strasbourg mais ne peut le faire à cause de la guerre et il doit passer par Genève. Là, il rencontre Guillaume Farel et dès lors l’histoire de Calvin est liée à celle de Genève et à Farel. Ce dernier (1489-1565) né à Gap en Dauphiné suit d’abord des études à Paris où il a rencontré Lefebvre d’Etaples et a été diplômé en 1517. Il a fait partie du cénacle de Meaux, a rompu avec l’Église en 1521 et a décidé de diffuser ‘les idées nouvelles’ à Bâle, Strasbourg, Berne et Neuchâtel. Cette ville devant l’insistance et l’influence du réformateur, adhère à la Réforme en 1530. Les autorités bernoises chargent alors Farel de prêcher dans les cantons romans, et c’est au synode de Chanforan qu’il poussera les Vaudois, avec Bucer, à adhérer à leur tour à la Réforme en 1532. Cette même année, Farel arrive à Genève où ses prédications et son élan ne plaisent guère au Conseil épiscopal qui l’expulse en octobre 1532.
Par ailleurs François 1er a attaqué et vaincu la Savoie et Genève se trouve ainsi prise entre la Savoie, la France et les cantons suisses : c’est cette année, en mai, qui marque alors l’adhésion de Genève à la Réforme . 1536 est donc une date importante dans l’histoire de Genève, de Calvin et du protestantisme ‘calviniste ‘ dans la ville.
L’histoire de la Réforme à Genève va alors s’écrire plus vite : dans un premier temps, de fin 1536 à 1538, Guillaume Farel et Jean Calvin sont d’abord reçus avec réticence par la population genevoise qui trouve trop rigoureux les articles proposés pour installer la Réforme à Genève. La conséquence en est le renvoi de la ville des deux amis, le Conseil de Berne tentera de les aider, mais en vain ; Guillaume Farel s’installera à Neuchâtel, où il se marie en 1558 malgré le désaccord de Calvin qui lui- même repart pour Bâle puis Strasbourg. Puis en 1540 les genevois le rappellent et il répond en s’installant en septembre 1541 à Genève qu’il ne quittera plus.
À Strasbourg en 1540, il avait épousé Idelette de Bure ( ?-1549), veuve de Jean Stordeur : le couple, alors anabaptistes de Liège, s’était réfugié à Strasbourg et avait été amené à adhérer à la Réforme par Jean Calvin.
Désormais à Genève Calvin n’a de cesse de développer la Réforme dans la ville. Ses talents de juriste vont l’aider dans ce travail, outre les doctrines déjà exposées dans son œuvre , l’« Institution de la religion chrétienne ».
Arrivé début septembre 1541, Calvin présente dès la fin du mois un projet que le Conseil général de la ville accepte en novembre. Ce projet consiste essentiellement en ordonnances ecclésiastiques qui vont déterminer les principaux ministères dans l’Église : les pasteurs qui assurent les prédications et l’administration des deux sacrements , dont la communion que le réformateur accepte de ne la voir célébrée que quatre fois par an ( Noël, Pâques, Pentecôte et le premier dimanche de septembre) ; les docteurs, chargés de la catéchèse, les Anciens, responsables de la discipline ecclésiastique, et les diacres qui veillent sur les œuvres sociales. Un consistoire devra regrouper pasteurs et Anciens qui doivent être attentifs à la bonne moralité des fidèles, car sont interdits le jeu, la boisson, les danses, toute forme de luxe, etc.. .L’excommunication – exclusion de la communion – est même proposée. Ces ordonnances ecclésiastiques régiront le ‘gouvernement’ de l’Église. Calvin, se préoccupant de la liturgie, y fait introduire les chants et en rédigera un nouveau formulaire.
Par ailleurs Calvin fera créer deux écoles à Genève, une pour enfants et un collège, puis en 1559 ce sera l’Académie.
Le réformateur juriste, connaissant les problèmes de l’exil, souhaite dès 1541 que soient enregistrés les noms des parents et des enfants. La mesure appliquée à Genève dès 1542 ne le sera en France qu’après 1559, après le premier synode général des églises réformées qui déclarera « tant les mariages que les baptêmes seront enregistrés et gardés soigneusement en l’Église avec les noms des père et mère et parrains des enfants baptisés ». En 1562 le roi autorisera officiellement la procédure. Calvin a compris cette question cruciale qui restera épineuse pour les réformés en France car ils se verront autorisés à ‘exister’ ou contraints à ‘disparaître ‘selon la volonté et les édits royaux, quand même la mort ne sera pas respectée et le problème des cimetières douloureux ; mais les listes des noms dans les Bibles cachées pendant les périodes de persécutions puis redécouvertes permettront de relier les familles et les destins, donc l’histoire des protestants.
Familles dont se soucie Calvin depuis Genève, et qu’il aidera particulièrement lorsque les Églises de la Réforme se ‘dresseront’, comme il enverra également les pasteurs formés à Genève. L’aide est matérielle, intellectuelle et spirituelle : Jean Calvin enverra au synode de 1559 un projet de Confession de foi.
Ainsi Jean Calvin est il devenu un personnage incontesté à Genève, et dont le modèle traversera les frontières. Toujours de santé médiocre – 1564 le voit malade et épuisé – il meurt cette année – là, laissant une œuvre considérable et des doctrines qui seront dès lors ‘calvinistes’.
Jean Calvin a ‘vidé le ciel’ pour n’y retrouver que Dieu transcendant, le Christ seul médiateur et le saint Esprit pour animer l’homme dans la société. Le réformateur a fait de Genève une ‘ville – école’, et des pasteurs qu’il envoyait dans toute l’Europe, des ‘soldats intellectuels’. Par sa volonté de repenser la foi et de la formuler, il représentait l’humanisme. Pour son refus des superstitions et son souhait de développer les doctrines luthériennes et zwingliennes, il était théologien.
 
Par l’articulation qu’il savait faire entre la religion et l’histoire, il était historien . Par son organisation de la vie de l’Église et de la cité, il était juriste.
Après Lyon, Michel Servet est à Vienne où d’une part il exerce la médecine et d’autre part écrit, soit des ouvrages sous un pseudonyme ‘Michel de Villeneuve’ soit de la correspondance, surtout avec Calvin en 1546. Les relations entre les deux hommes, d’abord courtoises, se détériorent vite, Servet harcelant Calvin de questions, ce dernier ne répondant pas toujours, souvent agacé soit par les questions soit par le ton de son correspondant.
Ce qui est le plus reproché à Servet n’est, ni sa fougue ni ses convictions dangereusement avancées en médecine – n’ose-t-il pas parler de la circulation du sang ? – mais ses interprétations bibliques et notamment sa conception de la communion. Il se heurtera, dès qu’il la présentera ‘, aux oppositions catholiques et réformées, en particulier à celle de Philippe Melanchton : Servet refuse la transsubstantiation mais accepte la présence du Christ diffuse dans le pain et non localisée.
La seconde question sévère qui ne lui sera pas pardonnée est sa conception, également, de la Trinité. Ce qui n’était qu’une réticence entre Servet et Calvin va devenir un conflit grave, surtout quand le réformateur implacable de Genève apprend que Servet avait écrit : « La Trinité est un cerbère à trois têtes et ceux qui croient en la Trinité sont de fait des athées ».
Le conflit s’aggrave encore quand Servet publie à Vienne un volume « Prostitution du christianisme » où il s’écarte de l’« Institution de la religion chrétienne » de Calvin : Servet affirme qu’il y a bien Père, Fils et Saint Esprit, mais en qualité de ‘personnes’ Dieu ayant sa parole incarnée dans le Fils qui est en conséquence le Logos incarné dans un moment donné de l’histoire, et le Saint Esprit qui anime l’homme ne peut plus être assimilé à une personne. Ces assertions antitrinitaires sont donc opposées aux doctrines ‘calviniennes’ qui deviendront ‘calvinistes’.
En outre, Servet refuse le baptême des enfants, autre point de discorde avec Calvin qui écrira à Farel le 13 février 1546 « Servet vient de m’envoyer (...) un long volume de ses délires, affirmant avec sa jactance fanfaronne que j’y trouverai des choses étonnantes et neuves. Il viendra ici si je l’y autorise. Mais je n’en ferai rien. Car s’il vient et que je jouisse ici de quelque autorité, je ne souffrirai pas qu’il sorte vivant » car, être hérétique au XVI<sup>e</sup> siècle, c’est mériter la mort. Et Servet est considéré comme tel par Calvin.
 
En mars 1553, Servet, alias de Villeneuve, est convoqué quand des perquisitions ont lieu à son domicile. Rien ne pouvant être prouvé contre le suspect, de Trie demande à Calvin de produire certaines des lettres que lui avait envoyées Servet. Calvin de mauvaise grâce, accepte néanmoins et ces documents jugés ‘blasphématoires’ condamnent Servet.
En avril, il est arrêté, interrogé, mis en prison d’où il réussit à s’échapper, sans doute avec des complicités que le fugitif ne nommera jamais, préférant dire « que les prisons étaient tenues comme si l’on avait voulu qu’il se sauvât ». Mais, même en l’absence de l’accusé, l’enquête et le procès se poursuivent qui mènent au jugement et à la condamnation au bûcher : c’est en effigie que Servet est donc brûlé, avec tous ses ouvrages dont la « Prostitution du christianisme ».
Malgré ce jugement, on retrouve Servet ,dont on perd la trace quelque temps, à Genève en août de cette même année 1553 . Il assiste au culte le dimanche 13 à l’église de la Madeleine. Il est vite reconnu, dénoncé, arrêté. Or le Conseil général de Genève est à cette époque en conflit avec Calvin qui n’a pas hésité à excommunier certains membres du Conseil qui songent à quitter la ville. Le deuxième procès de Servet va vite apparaître comme un enjeu entre les deux partis et le prisonnier comme l’otage de chacun d’eux, laïques ou religieux. Commencé en août , le procès se terminera en septembre. Dès le 16 août Calvin avait demandé à être présent aux interrogatoires dont il en dirigera certains, comme expert en théologie et seul susceptible de définir l’hérésie dont est accusé Servet. Car la faute la plus grave, cette hérésie que dénonce Calvin, reste la position antitrinitaire de Servet : refuser la Trinité, c’est refuser la divinité du Christ, mettre en doute le salut par la grâce et relancer tous les débats sur la communion. La fin du second procès est une seconde condamnation au bûcher. L’apprenant, le condamné sollicite une rencontre avec son accusateur principal, Calvin, mais l’entrevue sera vaine et Calvin dira : « Voyant que je ne profitais rien par exhortations, je me retirai (de la cellule) d’un hérétique condamné de soi – même. »
Ce traité cependant parvient entre les mains de Calvin qui ne se trompe pas en pensant que l’auteur est Sébastien Castellion (1515-1563). Né aux environs de Nantua, ce dernier fait ses études à Lyon, quitte l’Église catholique et s’installe à Strasbourg en 1540. Là il rencontre Jean Calvin qui l’appelle ensuite à Genève, mais très vite les deux hommes entrent en désaccord.
Castellion repart pour Bâle en 1545, où il va travailler notamment dans une imprimerie, et se voit nommé professeur de grec à l’université en 1553. En 1555, il publie une traduction de la Bible dans la langue populaire en employant ‘le jargon des gueux’. Cela lui sera reproché, ainsi que certains de ses commentaires, en particulier sur la difficulté de compréhension de certains passages, dans sa volonté de les rendre lisibles pour le plus grand nombre. En 1562, il publie encore le « Conseil à la France désolée » où transparaissent sa tolérance et sa grande ouverture d’esprit quand il écrit : « Les deux religions (doivent être) libres et chacun (doit) tenir sans contrainte celle des deux qu’il voudra ». Le livre sera condamné par le synode protestant de Lyon qui se tiendra en 1563.
Sébastien Castellion ne cache plus son désaccord avec la doctrine de la prédestination de Calvin, comme il se rapproche en outre du concept de la communion de Zwingli. Enfin, de la lecture de la Bible, Castellion a une approche historico - critique, et plaide l’amour de Dieu et du prochain plus que l’obéissance aux doctrines. Jugés dangereux et condamnables, nombre de volumes de Castellion ne seront publiés qu’après sa mort.
Mais ce qui déterminera un réel conflit entre Calvin et Castellion réside dans l’affaire Michel Servet. La mise à mort pour raison doctrinale a indigné Castellion. C’est alors qu’il publie le « Traité des hérétiques », où il a rassemblé tous les textes, anciens ou plus récents, qui condamnent la peine de mort pour opinions doctrinales divergentes. A ce Traité, c’est Théodore de Bèze qui répondra par un autre traité pour justifier le bûcher. Traité auquel Castellion réplique encore par un autre écrit « Contre le libelle de Calvin » : ce dernier texte, arrêté par la censure ne sera publié qu’en 1612 et touchera bien des consciences par sa célèbre phrase : « Tuer un homme, ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme ».
Né à Orbe, prés de Lausanne, de milieu aisé, il est destiné à la prêtrise et, à partir de 1528, fait ses études à Paris. Travailleur et exigeant, confronté à une diversité de pensée, il prend la décision de quitter l’Église . De retour à Lausanne en 1531, après avoir entendu une prédication de Guillaume Farel, son adhésion à la Réforme est acquise. Il voyage, prêche à Neuchâtel, Payerne , se rend à Genève où il rencontre souvent Calvin qui lui fait confiance et accepte que Viret le remplace lors de ses absences, notamment lorsqu’il sera à Strasbourg.
Puis il s’ installe à Lausanne, les bernois le trouvent trop rigoureux et l’obligent à partir. Il retourne donc à Genève où il sera mieux apprécié et où il sera d’ailleurs reçu ‘bourgeois’.
Alors qu’il est à Genève, Pierre Viret est invité à se rendre dans le sud de la France : il quitte Genève et arrive à Nîmes en octobre puis il est à Montpellier en janvier 1562. En mai de cette même année, il se rend à Lyon où il va séjourner plusieurs mois.
1561- 1565 sont en France les années difficiles où les conflits entre les deux religions s’aggravent, années ponctuées par le colloque de Poissy en 1561, les premiers ‘troubles ‘des premières guerres de religion (1562-1563), les premiers édits qui seront des trêves entre les guerres.
d’autre part rencontrer nobles, catholiques, protestants.
Viret se rend donc en Dauphiné, puis de nouveau à Orange en 1565 et encore à Montpellier pour consulter des médecins, mais il en est également expulsé. C’est alors qu’il répond à l’invitation de Jeanne d’Albret qui l’avait rencontré à Lyon et qui souhaitait un pasteur à Pau.
Pierre Viret arrive donc en Béarn en mars 1567 avec son épouse Sébastienne Laharpe et leur fille. La famille s’installe à Pau qu’elle ne quittera plus, entourée de respect et d’affection, et où le père retrouve d’anciens étudiants de l’Académie de Genève, envoyés par Calvin. Pierre Viret aura désormais une existence matériellement assurée , une situation privilégiée, jusqu’à ce que la guerre rattrape son histoire. Catholiques et protestants se déchirent en Béarn ; en avril 1569, Pau se rend, Viret est arrêté, emprisonné, et tout le temps de sa détention qui durera deux ans, il saura réconforter ses compagnons d’infortune. Il fait partie des otages qui ne seront relâchés que lorsque Pau sera libéré par les troupes protestantes.
Début 1571, Pierre Viret rédige son testament en béarnais et le malade toujours plus affaibli meurt en avril de cette année. Il laisse derrière lui une tradition de courage, de travail et de pondération mêlée de belle énergie.
Pierre Viret a été le modérateur de synodes béarnais de 1567 à 1570. Particulièrement attaché à la discipline ecclésiastique, il est attentif à la prédication et à la communion pour laquelle il partage l’idée de l’excommunication pour le respect de la Parole de Dieu et du ministère. Les pasteurs d’ailleurs, à Pau comme à Genève, sont surveillés et doivent présenter toute garantie de moralité.
Viret est également attaché aux questions de langues. Il a encouragé la traduction des psaumes en béarnais et celle du Nouveau Testament en basque. Il a su comprendre l’importance de l’identité régionale, tout en restant pasteur du plus grand nombre, et proche de Jeanne d’Albret. Si Pierre Viret a aidé Calvin en Suisse romande, il a aussi défendu la Réforme dans le sud – ouest du royaume. Bucer ne se plaisait –il pas à évoquer le ‘triumvirat’ de la Réforme francophone – Jean Calvin, Guillaume Farel et Pierre Viret - ? tous trois différents, complémentaires, et particulièrement en accord sur les doctrines calvinistes.
 
De son vrai nom Dieudonné de Bèze, puis Deodatus, puis Théodore, il naît à Vézelay. Ses premières études se font à Orléans et Paris où le jeune homme reçoit un enseignement humaniste, s’avère être un futur homme de lettres, poète et qui s’intéresse aux langues. Mais, touché par une épidémie de peste, il frôle la mort, remet en question son savoir et, déjà sensibilisé aux idées de la Réforme, au sortir de l’épreuve physique et morale, décide de se convertir.
Condamné par le Parlement de Paris en 1548, il fuit vers la Suisse. D’abord appelé à Lausanne par Viret, il va enseigner le grec à l’Académie qui vient de s’ouvrir. Puis il est reçu à Genève par Calvin en 1558, après avoir du quitter Lausanne à la suite du conflit entre cette ville et Berne. Il est alors nommé professeur de théologie et sera ensuite recteur de l’Académie fondée par Calvin.
Mais les ‘troubles’ religieux grondent en France. En 1561 a lieu le colloque de Poissy et Calvin , qui connaît les qualités de débatteur de son ami, l’y envoie. Là tous sont réunis, catholiques et protestants ; mais ce colloque, d’où on espère sortir dans le calme, est un échec. Aucun compromis n’a pu être trouvé, et notamment lorsque Théodore de Bèze soutient fortement la doctrine sur la communion et lorsqu’il dira « Le corps du Christ est éloigné du pain et du vin autant que le plus haut du ciel est rapproché de la terre ». Ce colloque se termine comme il a commencé, dans le désaccord et la menace de guerre.
Un an plus tard en effet, c’est la guerre, la première de huit guerres qui ensanglanteront le royaume de France. Guerres de religion, guerres civiles , où se trouve impliqué Théodore de Bèze qui sera aumônier dans l’armée du prince de Condé, Louis de Bourbon.
En Pologne la Réforme s’implante assez vite mais reste le fait de lettrés et de nobles alors que le peuple et les paysans ne se sentent pas concernés par ces besoins de réformes et iront jusqu’à piller les temples.
Parallèlement à la Réforme ‘officielle’ va se développer l’unitarisme, la conception antitrinitaire propagée par les voyageurs suisses notamment. Le martyr de Michel Servet y est rapporté et , dès 1556, au synode de Secemin, Pierre de Goniatz dira : « La Trinité n’existe pas, ce n’est qu’une invention récente. Le credo d’Athanase est à rejeter, c’est une affabulation. Dieu le Père est le seul Dieu, en dehors de lui il n’y en a aucun. Christ est le serviteur du Père. »
Peu après Pierre de Goniatz publie : « Du Fils de Dieu un homme, Christ Jésus », polémique qui signe la rupture avec les calvinistes. Ainsi dans les années 1565 se forme l’Ecclesia minor, la plus petite Église de chrétiens antitrinitaires. Les membres de l ‘Ecclesia minor’ s’appellent entre eux ‘ Frères’ ou ‘Frères polonais’, ils ont leurs propres synodes, et sont menacés de mort ou d’expulsion par les protestants ’ traditionnels’. Pourtant à Rakow sera publié le « Catéchisme de Rakow » en 1569, qui sera traduit en allemand en 1608, en latin en 1609, en anglais en 1652 puis réédité en Hollande en 1884. L’Ecclesia minor sera interdite en 1658 et on donnera deux ans aux Frères pour rentrer dans l’Église catholique ou s’exiler.
Toujours en Pologne les Socins auront aussi une influence considérable, Lelio et Fausto Socin.
Enfin, en Transylvanie, le réformateur hongrois Ferencz David (1515-1579) laisse une marque profonde.
Né à Cluj, formé à Wittenberg, David est d’abord luthérien, il se rallie ensuite au calvinisme, pour choisir définitivement l’unitarisme. Il écrira : « Dieu m’est témoin que ce que j’ai appris et enseigné ne vient ni du Coran, ni du Talmud, ni de Servet, mais de la Parole du Dieu vivant. Mon enseignement se fonde uniquement sur ce que contient la Bible. »
Contre la violence, il dira aussi en 1568 à Torda, à la Diète de Transylvanie : « Nous décrétons que tout prédicateur est libre de prêcher et d’expliquer l’Evangile tel qu’il le comprend (...) Aucun prédicateur ne oit être inquiété et sanctionné par les autorités civiles ou ecclésiastiques à cause de son enseignement. Personne ne doit être privé de travail ni emprisonné ni puni de quelque manière que ce soit à cause de ses opinions religieuses. Car la foi est un don de Dieu et elle vient de l’écoute de la Parole de Dieu. »
== Conclusion : La nouvelle Europe. ==
 
De la deuxième moitié du XVeme siècle à la fin du XVIeme siècle, s’est étalée une période où tout a été bouleversé et transformé. Les arts, les sciences, les lettres , le religion et les Églises ont basculé après des décennies de réflexions, de doutes, de menaces et de risques. On ne parle plus de ‘chrétienté’ mais déjà d’un christianisme éclaté et si le premier schisme de 1054 conservait une partie des concepts catholiques, celui de 1517 a déchiré le catholicisme en deux religions différentes. Outre les orthodoxes, on, parle désormais de catholiques et de protestants. Aux conflits politiques se greffent les religieux.
 
Ces conflits vont être dés lors démultipliés par la diversité et l’incompréhension, dans un même pays et entre les pays. Démultiplié encore le potentiel d’agressivité et de violence par le soubassement religieux, particulièrement au XVIeme siècle où la mort est partout présente, à tous les stades de la vie, sans concession ni compromis. Seul le plus fort résiste, physiquement, intellectuellement, spirituellement dans la ligne de sa religion. Et quand cette dernière explose, les repères pour certains disparaissent. Pour d’autres, ils sont remplacés par des objectifs différents, mais cette explosion des traditions a induit un déséquilibre, puis la peur, puis l’exclusion et / ou la violence.
Le vieux Moyen-Âge n’est plus, avec ses incertitudes et ses erreurs, sa force et sa faiblesse, sa beauté et ses valeurs qui pouvaient paraître pérennes. Est entré en scène le monde moderne qui bouscule et fait basculer les apparentes certitudes, forces et valeurs et ,dans un fourmillement d’idées, fait émerger un monde nouveau. Et quand tous ne peuvent pas en quelques décennies tout balayer ou tout faire oublier, la difficulté de ce monde nouveau sera de se faire admettre, accepter, adopter.
L’articulation se fait de plus en plus inévitable, paraissant comme le négatif d’une photographie ; cette articulation toujours existante était acceptée par tous, mais elle devra dés lors être imposée et donc induira des conflits avivés par l’aspect religieux.
Les deux religions, catholique et protestante, seront indissolublement liées, en miroir, ou en contraste , ou en guerre. Aux dogmes intouchables on répond doctrines à toujours repenser, aux certitudes on rétorque interrogations et réflexions, face à la tradition on déclare la Réforme « semper reformanda », à l’Église catholique on oppose les Églises réformées, et enfin l’autorité cléricale est remplacée par le sacerdoce universel .
S’il existe une histoire des religions, la notion de séparation d’histoire et religion s’est vite imposée. Les pays de Réforme ont vite compris cette articulation indispensable à la compréhension, au soutien, ou à la haine que pouvaient se porter hommes de politique ou hommes d’Église .
Au XVIeme siècle, l’Europe est divisée, et le restera, par les religions, celles –ci induisant, avec une démarche intellectuelle et une philosophie différentes, une économie et une société tout autant différentes. Le nord de l’Europe se voit en effet acquis au luthéranisme ( nord du Saint - Empire, Suède, Danemark, Norvège, Ecosse et Angleterre), l’est européen est en partie favorable à la Réforme également, tandis que le sud reste latin et catholique (Allemagne du sud, Italie, Espagne) . La France , en tenaille, doit choisir ; François 1er le fait en 1534. Les conflits religieux d’où vont naître, en France, dés 1562, les ‘ troubles’ politiques s’inscrivent aussi dans cette spirale, et si la guerre de religion de 1562-1563, la première des huit qui s’enchaîneront, sera la plus ‘sincère’ et la plus ‘authentique’ , les sept autres ne pourront ignorer les enjeux politiques. Les édits qui signent les courts temps de trêve entre les guerres ne sont que ponctuels et ne peuvent déterminer une paix durable. Il faut attendre Henri IV qui, par son abjuration toute politique, son ‘saut périlleux’ de 1593, pourra signer l’Edit de Nantes en 1598. Seul édit de paix crédible et réel qui ne durera que douze ans jusqu’à l’assassinat du roi.
Dans le domaine religieux, la Réforme donnera naissance à la Contre Réforme catholique . L’Église et les fidèles ne sont restés ni indifférents ni seulement hostiles à la nouvelle Église qui s’imposait, ils se sont engagés dans une lutte intérieure et extérieure. Intérieure pour être mieux compris et mieux comprendre hommes, pensées et événements. Extérieure en diffusant un savoir mieux adapté et recentré sur l’essentiel du catholicisme.
C’est principalement le concile de Trente qui sera le moteur de la Contre -Réforme. Par son travail considérable de 1540 à 1562, le Concile, en voulant enrayer les thèses protestantes, a approfondi et affirmé les siennes. Ainsi va-t-on expliquer à nouveau et enseigner les sept sacrements, la tradition apostolique, l’autorité ecclésiastique ou la transsubstantiation.
Les besoins de réformes des humanistes chrétiens ont été entendus et désormais tout possesseur de bénéfice ecclésiastique doit résider sur son territoire ; les religieux devront obéissance stricte à la règle, et les évêques devront prêcher et visiter leurs diocèses tous les ans . Enfin plus tard , mais la réflexion est engagée, on instituera un Index des livres interdits en 1564, un catéchisme en 1566, un bréviaire en 1568 et un missel en 1570.
Cette ‘Réforme catholique’ ne sera pas accueillie avec le même succès dans tous les pays, notamment en Allemagne où les Etats sont divisés et les princes électeurs jaloux de leur pouvoir. Le Saint Empire, partagé entre nord et sud comprend donc catholiques et protestants, et rencontre donc des difficultés supplémentaires : la carte de l’Empire reste la même géographiquement, mais elle est à présent très différente religieusement et politiquement. Dans cet éclatement l’Europe conserve au XVI<sup>e</sup> siècle le tracé du ‘limes’, cette frontière de l’empire romain qui séparait le nord du sud et qui désormais sépare Réforme et Contre–Réforme, protestantisme et catholicisme.
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