Wikijunior:Les grandes dates de l'histoire de France/1848 : L'abolition de l'esclavage

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1848, une page sombre de l'histoire de France se tourne : la IIe République proclame la suppression de l'esclavage dans les territoires français. Car la France du XIXe siècle s'étend sur plusieurs océans et continents. Elle possède des colonies en Amérique et en Afrique.

Carte du premier (bleu clair) et du second (bleu foncé) empire colonial français

Retour en arrière : traite et esclavage[modifier le wikicode]

Le point de départ : la découverte et l'exploitation du continent américain[modifier le wikicode]

En 1492, Christophe Colomb découvre le continent américain. Les Européens se lancent alors à la découverte du monde, dans le but de trouver une route maritime occidentale vers l'Asie. Ils font la conquête des territoires qu'ils découvrent pour des raisons économiques mais aussi religieuses : ils veulent convertir les populations à leur religion, le christianisme.

En 1492, l'Amérique est peuplée par les Amérindiens. Les deux empires principaux sont ceux des Aztèques et des Incas. Mais il existe bien d'autres tribus moins organisées dans les Antilles ou en Amérique du Nord. Leur conquête par les Espagnols est fulgurante. Des milliers d'Amérindiens sont massacrés ou meurent à cause des maladies apportées par les Européens. Le travail forcé dans les mines d'argent et les plantations finit d'exterminer la population locale. Manquant de main d'œuvre servile, les colons font venir des esclaves noirs d'Afrique : c'est le début de la traite des Noirs.

Des empires coloniaux apparaissent : les Européens installent des comptoirs sur les côtes africaine et indienne. Le continent américain tombe sous la coupe des Espagnols et des Portugais. Puis les Anglais et les Français se lancent dans la conquête de colonies au début du XVIIe siècle.

À la fin du XVIIIe siècle, l'empire colonial français s'étend aux Antilles, à Saint-Domingue, en Guyane, en Louisiane (de La Nouvelle-Orléans aux Grands Lacs), sur l'île Bourbon (la Réunion), sur des comptoirs au Sénégal et en Inde.

La traite des Noirs, un commerce inhumain[modifier le wikicode]

La traite orientale et saharienne[modifier le wikicode]

Marché aux esclaves au Yémen, XIIIe siècle

La traite orientale est ancienne : elle remonte à l'antiquité lorsque les Romains achetaient des esclaves en Afrique. Au Moyen Âge, les Chinois, les Indiens et les Arabes venaient chercher des captifs noirs pour leurs besoins économiques. Les esclaves étaient souvent échangés contre toutes sortes d'objets : des toiles, des chevaux, de la vaisselle, perles de verre ... Certains étaient achetés avec des pièces d'or ou des coquillages (cauCris). Les esclaves noirs étaient vendus dans les villes du monde musulman jusqu'au XIXe siècle au moins.

Le commerce triangulaire[modifier le wikicode]

Au XVIIe siècle, les Européens découvrent les plantes américaines : le cacao, dont on tire le chocolat, et le tabac arrivent pour la première fois en Espagne au XVIe siècle. Les Européens introduisent en Amérique la canne à sucre et le coton. Toutes ces plantes ne poussent que sous un climat tropical (c'est-à-dire chaud toute l'année). Les Antilles et les Caraïbes vont par conséquent se spécialiser dans l'économie de plantation. Des esclaves africains remplaceront les Amérindiens morts de maladies et d'épuisement.

Au XVIIIe siècle, le commerce entre les trois continents bordés par l'Océan Atlantique connaît un grand essor. Les navires partaient des ports d'Europe de l'Ouest pour rejoindre les côtes africaines. Diverses marchandises étaient entassées dans leurs cales : des armes à feu, des pièces de tissus, des verroteries, des ustensiles ou de l'alcool. Ils faisaient escale dans les comptoirs africains tels que celui de Gorée au Sénégal. Là, ils échangeaient les produits européens contre des esclaves noirs. Ils étaient capturés lors de guerres ou de raids à l'intérieur des terres, par les Européens ou par les chefs africains. La rumeur disait que les Blancs buvaient le sang des Noirs. Une fois achetés, leur traversée vers l'Amérique commençait alors : l'éloignement de la côte provoquait parfois des suicides collectifs.

Plan d'un navire négrier

Les conditions du voyage pour les Africains étaient effroyables. Plusieurs centaines d'esclaves étaient entassés au fond du bateau et ne pouvaient jamais se tenir debout. Ils avaient les mains et les pieds attachés par des chaînes en métal. Mais cette cargaison humaine représentait pour les trafiquants une grande valeur. Pour éviter les pertes, on prenait soin de les nourrir, de les laver et de les soigner. Ils les obligent à danser et faire de l'exercice sur le pont. Mais certains, rongés par le désespoir, se laissait mourir de faim. La traverser de l'Océan Atlantique durait deux mois. Mais plus le voyage est long, plus la mortalité est importante. Les révoltes étaient peu nombreuses mais durement matées. Lorsque le navire négrier est attaqué par des pirates, la seule solution est de fuir car le bateau n'est pas armé. Le capitaine adopte alors froidement la solution la plus effroyable : jeter les esclaves par dessus bord pour alléger le vaisseau. On estime que 15 à 20 millions d'Africains ont été déportés ou sont morts à cause de la traite.

Les produits cultivés grâce à la main d'œuvre servile étaient transportés jusqu'en Europe. Ils se vendaient cher ce qui entraîna l'enrichissement des négociants européens. La bourgeoisie marchande investissent leur fortune dans des terres et achètent de beaux immeubles en ville. Le Royaume-Uni et la France sont les deux principaux pays qui ont pratiqué la traite au XVIIIe siècle. En Afrique, les conséquences de la traite étaient d'une autre dimension : les régions littorales ont perdu des millions d'habitants.

La vie des esclaves dans les Antilles françaises[modifier le wikicode]

Slavery in Brazil, by Jean-Baptiste Debret (1768-1848).jpg

À leur arrivée aux Antilles ou sur le continent américain, les esclaves sont vendus aux enchères ou échangés contre du café ou du sucre. Des affiches indiquent leur provenance et leur état de santé.

La moitié des esclaves africains meurt dans les trois ans qui suivent leur arrivée. C'est pourquoi il faut constamment en faire venir d'autres. Certains se révoltent et s'enfuient loin de la plantation : on les appelle les "marrons". Les marrons sont traqués comme des bêtes avec des chiens spécialement dressés. Chaque esclave doit cultiver un jardin en plus de son travail pour pouvoir se nourrir. Les tâches les plus difficiles étaient de retourner la terre et de couper la canne à sucre. Le travail était long (12 à 14 heures par jour) et pénible. D'autres travaillent au service de la maison de maître. Ces esclaves domestiques ont des conditions de vie moins dures.

Le Code Noir de 1685 est un texte de loi qui impose des règles aux esclaves et aux propriétaires : ils doivent être baptisés, mariés avec l'accord du maître. Ils n'ont pas le droit de porter des armes. Une esclave qui épouse un homme libre est automatiquement affranchie. Le maître doit prendre soin de la santé de ses esclaves. Il peut le battre mais pas le torturer. Il ne peut séparer les familles. Mais beaucoup de ces obligations ne sont pas respectées !

Vers l'abolition de l'esclavage[modifier le wikicode]

Toussaint Louverture

Au XVIIe siècle, les Quakers réclament déjà la suppression de l'esclavage dans les colonies d'Amérique du Nord. Le 4 juillet 1776, les États-Unis déclarent leur indépendance : le texte de Thomas Jefferson proclame la liberté et l'égalité de tous les Hommes. L'année suivante, l'état du Vermont interdit l'esclavage suivi par d'autres états du Nord-Est. Dans les années 1780, plusieurs personnages prennent la défense des esclaves : Condorcet, un Français des Lumières, condamne moralement l'esclavage. En 1788 est fondée une société des amis des Noirs qui réclame la fin de la traite.

En 1791 a lieu dans la colonie française de Saint-Domingue un soulèvement d'esclaves dirigé par un certain Toussaint Louverture. En 1793, Paris cède et décrète l'abolition dans cette région des Antilles. Sous la pression économique et sur les conseils de sa femme, le premier consul Napoléon Bonaparte rétablit l'esclavage en 1802. Il envoie une force de 20 000 soldats pour vaincre Toussaint Louverture.

En 1807, la traite des Noirs est interdite par l'Angleterre, suivie par les puissances européennes en 1815. Mais le trafic continue en contrebande.

Victor Schœlcher[modifier le wikicode]

Après une révolte d'esclaves en Jamaïque, le Parlement anglais décide d'abolir l'esclavage en 1833. En 1840-1841, le Français Victor Schœlcher se rend dans les Antilles. Nommé sous-secrétaire d'État aux colonies sous la IIe République, il préside un groupe de réflexion sur la suppression de l'esclavage. Le 27 avril 1848, Le ministre de la marine signe le décret préparé par Schoelcher : 250 000 esclaves étaient libérés.

L'esclavage n'a pas disparu de la planète[modifier le wikicode]

Aboli officiellement en Arabie Saoudite en 1962[1], l'esclavage continue de nos jours dans plusieurs pays africains (Nigéria, Soudan, Mauritanie).

Chronologie[modifier le wikicode]

Glossaire[modifier le wikicode]

  • Abolition
  • Amérindiens : les premiers habitants du continent américaine.
  • Colon : une personne venue s'installer dans une colonie.
  • Colonie : un territoire gouverné, peuplé et exploité par un pays étranger.
  • Comptoir : entrepôt de marchandises dans un port. Les comptoirs d'Afrique et d'Inde étaient fortifiés.
  • Négrier :
  • Plantation : une grande exploitation agricole des régions tropicales. Les cultures sont destinées à être exportées.
  • Précolombien, précolombienne : adjectif qui désigne le continent américain avant l'arrivée des Européens. Le préfixe "pré" signifie "avant" et "colombien" dérive de Christophe Colomb, le "découvreur" de l'Amérique.
  • Traite des Noirs : l'achat et le transport des Africains, vendus comme esclaves.

Pour aller plus loin[modifier le wikicode]

Lectures[modifier le wikicode]

Sites[modifier le wikicode]

  • Quelques pages réalisées par des élèves de CM1 [1]
  • Un dossier fait par des élèves de CM1 et CM2 de l'académie de Versailles [2]
  • L'abolition vue à travers le tableau de François Biard

Références[modifier le wikicode]

  1. http://memorial.nantes.fr/pour-en-savoir-plus/chronologie-des-abolitions/