États généraux du multilinguisme dans les outre-mer/Comité de suivi des EGM-OM

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Compte rendu du Comité de suivi du 13 mars 2012


Présents : Michel Alessio, Adrienne Alix, Joëlle Billon-Galliot, Lise Chovino, Michel Colardelle, Véronique Fillol, Florence Gendrier, Bruno Germain, Ghislaine Glasson Deschaumes, Geneviève Goutouly-Paquin, Thibault Grouas, Hélène Hatzfeld, Clotilde Kasten, Michel Launey, Foued Laroussi,, Claude Paquin, Marie-France Patte, Perrine Poulain, Isabelle Lalaut, Odile Lescure, Isabelle Léglise, Joseph Mariani, Anne Mistler, Claire Moyse-Faurie, Valelia Muni Toke, Xavier North, Marc Nouschi, Jean Salles-Loustau, Laurella Rinçon, Joël Roch, Laurent Weil.

Excusés : Emmanuel Boutterin, Bruno Dairou, Michel Dispagne, Mylène Eyquem, Axel Gauvin, Serge Hureau, Marie-Jo Lo-Thong, Ernest Marchal, Bruno Maurer, Rozenn Milin, Isabelle Nocus, Lambert-Félix Prudent, Annie Robinson, René-Teddy Tanier, Françoise Vergès, Sylvie Wharton


Introduction

Xavier North présente la « Déclaration de Cayenne », document publié en janvier 2012, à l'issue des EGM-OM. L'ensemble des recommandations issues des ateliers et des débats conduits à l'occasion des EGM-OM y sont consignés.

Il s'agit d'un document de référence sur lequel pourront s'appuyer les travaux du « Comité de suivi », pour accompagner, collecter et diffuser régulièrement les informations concernant les applications concrètes des recommandations des EGM-OM dans les territoires.

Le « Comité de suivi », a pour objectif de pérenniser un espace de concertation et d'information pour la mise en œuvre d'une politique linguistique en outre-mer, s'appuyant sur les recommandations des EGM-OM.

Dans ce but, le Comité de suivi pourrait se réunir au minimum deux fois par an.


Présentation du wikilivre des états généraux du multilinguisme

La DGLFLF a souhaité que l'élaboration et la publication des actes des EGM-OM fassent l'objet d'un travail collectif d'écriture, en partenariat avec wikimédia France. Cette initiative originale contribue à la mise en œuvre concrète d'une recommandation des EGM-OM :

« Mettre en place une action stratégique appuyée ou coordonnée par le ministère de la culture et de la communication en faveur du développement des pratiques d'écriture en langues de France sur Wikipédia, notamment à l'école, et encourager l'émergence de communautés de contributeurs sur les territoires d'outre-mer. »

Certains participants expriment leurs craintes vis à vis d'un outil qui fonctionne sur une autorégulation. Ils évoquent un risque de transformation ou de déformation des propos institutionnels et des contenus issus des ateliers.

La DGLFLF considère qu'il est souhaitable d'enrichir collectivement les documents qu'elle a mis en ligne, par l'ajout de liens, de traductions, de bibliographies, etc, eux-mêmes destinés à renforcer la présence de contenus concernant les langues et cultures d'outre-mer sur Wikipédia. En effet, cet outil permet très facilement des déclinaisons plurilingues des pages wikibooks.

Wikimédia France et la DGLFLF sont à la disposition de ceux qui le souhaitent pour organiser des formations en présentiel ou à distance pour les participants au « Comité suivi », et des ateliers de sensibilisation et d'écriture dans tous les territoires. Afin de répondre aux inquiétudes des participants, la DGLFLF créera dans chaque chapitre du wikilivre un paragraphe qui fera place aux commentaires des internautes, sans intervenir directement dans les textes. La phrase d'entête choisie pour le wikilivre est la suivante : « Sache, ô néophyte ! que le savoir est plus précieux que l'ambre pur et le corail blanc. Il vaut mieux que l'or sans mélange et le diamant sans altération. Pourquoi ? Parce que le savoir est l'unique fortune que l'on peut entièrement donner sans en rien la diminuer. »[1]


Adrienne Alix

Les associations wikimedia d'Amérique du Sud ont créé récemment une liste de discussion sur les langues natives d'Amérique du sud, l'éducation et l'équipent numérique.

A l'issue des EGM-OM, des personnes de la communauté hmong de Guyane ont manifesté le souhait de créer des dictionnaires sur wikipédia.

Pour introduire des langues d'outre-mer sur wikipédia, il faut qu'un groupe informel de locuteurs se constitue sur un incubateur, où sont présentes des dizaines de petites pousses de wikipédia. Pour le moment, seul le créole guadeloupéen est présent sur wikipédia. A partir du moment où une communauté produit des articles régulièrement, et de qualité, le « comité international des langues » de Wikimédia accorde un nom de domaine avec le préfixe de la langue concernée. Le rôle de Wikimédia France est d'accompagner ceux qui le souhaitent, où qu'ils soient, dans leurs projets.

Les polices particulières sont gérables sur les outils de wikimédia. Wikipédia est l'espace virtuel qui gère le plus grand nombre de langue dans le monde.


Tour de table

Xavier North rappelle les chantiers ouverts pour donner une suite aux EGM-OM :

  • Développement culturel
  • Transmission des langues
  • Patrimoine
  • Médias nouvelles technologies

Chantiers institutionnels pour lesquels le ministre a fait deux annonces :

  • Pôle linguistique en Guyane
  • Mise en place de l'agence de promotion et de diffusion des cultures de l'outre-mer (l'agence)

La DGLFLF examinera avec Greg Germain, président de « l'Agence de promotion et de diffusion des cultures de l'Outre Mer », dans quelle mesure l'agence pourra contribuer à mettre en œuvre certaines recommandations de Cayenne concernant en particulier le spectacle vivant et l'audiovisuel.

Michel Launey fait remarquer qu'il serait souhaitable que le mot « langue » apparaisse dans l'intitulé de l'agence.


Pôle linguistique en Guyane (le pôle linguistique)[2]

La DAC Guyane et la DGLFLF sont engagées dans une démarche de création d'une association de préfiguration pour le pôle linguistique en Guyane. Xavier North rappelle que le ministère a sur ce projet une obligation de résultat.

Michel Colardelle informe le « Comité de suivi » que la Région Guyane a donné un accord de principe pour être partenaire, voire initiateur du pôle. Reine Prat, conseillère pour le livre, les langues et le patrimoine de la DAC part vers de nouvelles fonctions, et avant son remplacement il sera seul en charge de la conduite du projet. A ce jour, il n'a pas de vision claire de l'engagement financier du ministère, et pose des questions sur les modalités de fonctionnement d'une structure associative qui ne pourra pas légalement attribuer de subventions à une autre association.

Il est important également de réfléchir au recrutement d'un ou une directrice compétente, et qui soit légitime pour les Guyanais.

Une réunion de travail est prévue avec la DGLFLF dans la suite du « Comité de suivi », pour analyser les difficultés et faire des choix stratégiques. Le 22 mars, le ministre signe une conventionentre le Ministère et la Région Guyane, dans laquelle la mise en œuvre du pôle figure en bonne place, avec un agenda de réalisation.

La « Maison du projet » du pôle Jean Martial, future « Maison des mémoires et de la culture de la Guyane » consacrera une salle entière aux langues et à la culture immatérielle, et le pôle sera un élément essentiel de cette maison dont la construction peut s'échelonner sur un temps assez long. Il faut donc se poser des questions de stratégie à moyen et long terme, et la question des langues peut être un excellent sujet pour la préfiguration, ne nécessitant pas d'installations trop onéreuses.

La DGLFLF se tient à la disposition de la DAC Guyane, sur quatre points :

  • Dialoguer avec les hommes ou les femmes qui seront appelés à mettre en place ce projet
  • Élaborer les statuts, la structure
  • Accompagner les projets
  • Rechercher les moyens


Enquête sur les pratiques linguistiques des institutions patrimoniales

Le premier état de l'enquête réalisée par Ghislaine Glasson Deschaumes avec l'appui de la DGLFLF à l'occasion de la préparation des EGM-OM est en cours de finalisation et sera disponible d'ici fin mars. Cette première phase d'enquête a été conduite de Paris, essentiellement par courriel et par téléphone, ce qui donne lieu à une certaine insatisfaction du point de vue de la recherche et des acteurs concernés. La deuxième étape serait donc d'entrer en matière sur le terrain, d'affiner la réflexion dans une association des chercheurs et des partenaires (bibliothèques, centres d'archives, musées). Il ne s'agit pas d'une réflexion sur les langues en tant que patrimoine immatériel, mais sur les pratiques sociales et culturelles, et la façon dont le patrimoine se pense, ou ne se pense pas dans les langues d'outre-mer.

Il s'agirait d'engager avec la DAC océan Indien et le [GIS IPAPIC] une réflexion plus spécifique sur les bibliothèques, les langues et la traduction. En Guadeloupe également, plusieurs personnes ont fait savoir qu'elles souhaitaient développer une réflexion collective sur la question des langues et du patrimoine, et sur les solutions pratiques à apporter. Une discussion sera engagée avec les DAC et la DGLFLF pour envisager un accompagnement financier et institutionnel permettant la poursuite de l'enquête, et des journées d'études fin 2012 début 2013.


Xavier North rappelle les points sur lesquels il invite le Comité de suivi est invité à s'exprimer :

Développement culturel

  • Création d'une association de préfiguration pour la création d'un pôle linguistique en Guyane
  • Création de l' « Agence nationale de promotion des cultures ultramarines » : Obligation dans le cahier des charges des établissements subventionnés par le MCC de coproduire, de programmer et de valoriser des spectacles dans les langues d'outre-mer / *Inciter les théâtres publics à se doter de dispositifs de sous-titrage / faciliter l'accès aux dispositifs de droit commun pour la publication et la diffusion de livres en langues de France.
  • Poursuite de l'enquête sur les pratiques linguistiques des institutions patrimoniales

Transmission des langues

  • Engager un dialogue avec l'Éducation nationale sur la nécessité d'adapter pour les outre-mer le code de l'éducation, en y inscrivant, au-delà du créole, les autres langues maternelles
  • faire des propositions concrètes dans le cadre du programme « Histoire des arts »
  • Proposition d'accueillir une antenne de la DGLFLF en Polynésie française
  • Réaliser le bilan des initiatives de bilinguisme français + une langue de France parlée outre-mer, à l'école maternelle, primaire, et au collège. Les textes règlementaires qui existent depuis 2000/2003 devraient permettre, pour certaines langues, quasiment un enseignement bilingue de la maternelle au collège.

Patrimoine

  • Cartels et matériel de communication traduits dans les musées relevant de la tutelle du MCC
  • Médiations en langues de France, dans les musées et les « villes et pays d'art et d'histoire »
  • Proposition reprise par le Ministre, issue du rapport de Françoise Vergès sur la mémoire des expositions coloniales : Créer un réseau pour la collecte des traditions orales (corpus sonores, vidéos, etc.) en s'intéressant d'abord à un territoire (Awala-Yalimapo et Saint-Laurent du Maroni), avec Thomas Mozard (anthropologie sociale et d'ethnologie, présent à Awala-Yalimapo) et d’autres en Guyane. Élaborer un programme sur un an, comportant une évaluation régulière et des réajustements à la fin de l’année. Un thème spécifique pourrait être choisi (ex : plantes médicinales ). Le service civique service civique, interrogé dans le cadre du rapport, avait donné son accord pour soutenir ce travail.


Médias et nouvelles technologies

  • Engager un dialogue sur l'évaluation du contrat d'objectif et de moyens de France TV, avec la direction générale, multimédia et industries culturelles (DGMIC/MCC):
  • DGLFLF proposition d'étude : «  état des lieux : comment les technologies de la langue peuvent contribuer au développement des langues de France? / - quelles actions envisager pour développer ces technologies et leurs applications dans les territoires d'outre-mer ? »


Polynésie française

Le Ministre de l'éducation polynésien, Tauhiti Nena, a rencontré, ce jour, Frédéric Mitterrand ,[3] pour évoquer notamment la création d’une antenne de la DGLFLF en Polynésie française. Cette proposition avait été faite au cours des EGM-OM.


DAC Mayotte

Les EGM-OM ont contribué à une réelle prise de conscience, par le vice-recteur, de ce qu'il était possible d'engager rapidement à Mayotte, pour passer de l'expérimentation sur le multilinguisme à l'école à une généralisation de l'introduction des langues maternelles. En janvier, Foued Laroussi a remis au vice-recteur son rapport final sur l'expérimentation dans les écoles maternelles à Mayotte.

L'enjeu va être maintenant de convaincre les parents, et de leur tenir un discours cohérent sur le multilinguisme. Il est souhaitable d'engager des actions pédagogiques dans ce sens. Il est indispensable d'associer très étroitement le Conseil général pour que cette orientation soit bien perçue comme un projet de société qui s'inscrit dans une démarche de valorisation de la culture mahoraise. Cette dynamique va de pair avec la création d'un musée de la culture mahoraise [4].


DAC océan Indien

A l'occasion de « La nuit des musées »[5], le Conseil général a pris l'initiative d'organiser dans ses musées des visites en créole. Il serait intéressant de proposer à la directrice des musées de France une généralisation de cette initiative. De son côté, le Conseil régional considère plutôt le créole comme la langue de l'enclavement... Les « Villes d'art et d'histoire »[6] de Saint-Denis et Saint-Paul proposent des conférenciers et des visites thématiques en langue créole. Des présentations bilingues des structures culturelles et des musées du département seront publiées en 2012. A l'occasion de la préparation des EGM-OM, le pôle des musiques actuelles a mené une enquête auprès des radios de la bande FM pour connaître la part de diffusion des musiques créoles. Les résultats ont créé une certaine surprise, car la part des musiques créoles s'élève à seulement 5%. Une démarche va être entreprise auprès du CSA, pour rappeler aux professionnels un certain nombre de règles de droit [7] en la matière. Si la même situation existe dans les autres territoires d'outre-mer, il serait intéressant de mener une démarche collective pour favoriser la diffusion de la création musicale d'outre-mer.


DAC Guadeloupe

Des visites en créole sont déjà organisées sur les sites « Villes d'art et d'histoire » et dans le cadre de « La nuit des musées », le musée Saint-John Perse de Pointe-à-Pitre organise des animations de conte et des visites en créole. Une réflexion est en cours pour penser les cartels des musées en créole. On voit se développer en Guadeloupe une signalétique bilingue à laquelle la DAC a contribué dans le secteur hospitalier, à travers la convention « Culture à l'hôpital ». Suite aux EGM-OM, la DAC a pris l'initiative de publier des synthèses en créole sur son site internet. A terme, il s'agira de proposer des informations institutionnelles dans les deux langues. Parallèlement, une réflexion est en cours pour introduire des traductions dans les langues indiennes présentes en Guadeloupe.

Un programme d'aide à l'édition en créole est également en cours. Il faut noter que les demandes de soutien se font plus pressentes suite aux EGM-OM, dans le domaine de l'édition et dans beaucoup d'autres, et la DAC craint de se trouver en difficulté pour financer ces projets. Les crédits du CNL ne sont pas sollicités pour le moment. La DAC Guadeloupe met en place une formation au créole, pour ses personnels non-créolophones.


MAC Nouvelle-Calédonie

L’Académie des Langues Kanak (ALK) est issue des accords de Nouméa (1998). Elle a été créée en janvier 2007, par une délibération du Congrès de Nouvelle-Calédonie. Il existe 28 langues kanakes, ce qui signifie à la fois une grande richesse et une certaine complexité. L'hymne calédonien comprend un couplet en nengone qui est la langue de l'île de Maré. Certains spectacles en tribu sont joués dans les langues locales. Le Centre Tjibaou traduit les programmes de ses activités. Dans les domaines de la presse et de la télévision, deux projets de chaînes privées sont en cours, en Province Nord et en Province Sud. Ces projets sont fortement soutenus par des fonds publics. Le CSA a demandé la fusion des deux chaînes. L'ALK publie régulièrement dans « Les nouvelles calédoniennes » des poèmes et des contes en langues kanakes.

L'enseignement des langues kanakes à l'école est facultatif. Après le transfert de l'enseignement secondaire au gouvernement de Nouvelle-Calédonie, le Congrès a rejeté la proposition de rendre l'enseignement des langues kanakes obligatoires. Ce sujet oppose indépendantistes et anti-indépendantistes. La question se pose de savoir quelle langue enseigner, dans quelle aire linguistique ou géographique, et comment peut être traité le cas particulier de Nouméa où se retrouvent un grand nombre d'élève issus d'aires linguistiques diverses.


Véronique Fillol

Il existe en effet une reconnaissance symbolique des langues kanakes en Nouvelle-Calédonie, mais pas de volonté politique réelle. Aucune progression n'a été observée dans l'enseignement entre 2006 et 2012. Le débat politique n'est pas suffisamment pédagogique et didactique et il bloque toute avancée concrète. Le passage au socle commun donne lieu a des débats stériles sur la place des langues kanakes, et la nécessité de leur enseignement. L'enseignement des cultures est devenu obligatoire, ce qui a pour effet de passer les langues à la trappe ! Les langues ne sont pas inscrites dans une dynamique de construction de la société, ou dans le cadre d'une réelle éducation plurilingue. Pour la première fois, à partir de cette année, le vice-recteur est placé sous la double tutelle de l'Éducation nationale et du gouvernement de Nouvelle-Calédonie.


Claire Moyse-Faurie

Les accords de Nouméa avaient créé un grand espoir pour l'enseignement des langues kanakes. Quatre langues sont inscrites en option au BAC, mais on constate un essoufflement depuis deux ou trois ans au sein de l'Éducation nationale, alors que des initiatives se mettent en place dans l'enseignement catholique, ou l'édition bilingue, par exemple. Il n'existe aucun dispositif d'accueil des enseignants venus de métropole pour les sensibiliser aux langues et réalités locales. Il serait utile d'étudier les conditions de mise à disposition des corpus oraux pour l'Éducation nationale. Le Centre Tjibaou prévoit une mise en ligne progressive de ses corpus, en fonction des autorisations des locuteurs. Il faut également répondre à une forte demande de documentation sur les langues : dictionnaires et grammaires. En effet, ce n'est pas parce qu'on est locuteur qu'on peut enseigner sa langue. Le programme « Lire et écrire à Wallis » n'a pas eu le soutien espéré du fonds Pacifique, et les raisons de ce refus n'ont pas été données au porteur de projet. C'est regrettable, car cette expérimentation sur les deux langues de Wallis et Futuna rendait le projet plus simple et modélisable dans d'autres contextes.


Valelia Muni Toke

La recherche de fonds pour des projets de recherche/action en outre-mer se heurte à une thématique dominante des appels à projets ([/http://www.ambafrance-nz.org/Fonds-Pacifique-Lancement-de-l%7CFonds Pacifique], Appel à projet du Ministère de l'outre-mer) qui est la question environnementale. Cette situation montre bien d'une part, que les questions linguistiques ne sont pas prioritairement prises en compte, et d'autre part, que la compréhension des problématiques environnementales ne passe pas par une compréhension des langues et des cultures locales, ce qui est fort regrettable, car aucun effort de sensibilisation ou d'association des populations concernées n'est envisagé.


Jean Salles-Loustau

L'organisation de l'enseignement est difficile en Nouvelle-Calédonie en raison d'une configuration administrative complexe. Les Régions ne conduisent pas toutes les mêmes politique en matière de langues et les enseignants/locuteurs sont insuffisamment formés. Sans la volonté des collectivités territoriales et des gouvernements locaux, il n'y a pas de possibilité de développer l'enseignement des langues. En Nouvelle-Calédonie, les élus eux-mêmes ne font pas confiance à leur langue pour communiquer. L'école n'est pas le conservatoire du patrimoine linguistique ! On n'enseigne pas à l'école la langue de la maison, mais il faut clarifier, déterminer le rapport entre la langue de la maison et la langue de l'école.


Foued Laroussi

Il est certain qu'il est difficile d'avancer sans l'apport des collectivités, mais en ce qui concerne Mayotte, il faut rappeler qu'il existe certaines divergences, voire conflits entre l’État et les collectivités. Depuis les EGM-OM les lignes sont en train de bouger. Je viens de soumettre un rapport au vice-recteur, qui insiste sur trois aspects : la formation initiale des maîtres modules sur le plurilinguisme pour sensibiliser les maîtres à la diversité linguistique et au plurilinguisme. tenant compte du fait qu'un locuteur natif n'est pas par définition connaisseur de sa propre langue, il faut présenter des modules de description linguistique des langues locales, et mettre des ressources à la disposition des maîtres et des élèves.


Michel Launey

Dans le champ de la transmission, il existe des moyens de « faire sauter » ou contourner les obstacles et les difficultés ; voici trois propositions :

valoriser l'oralité qui est un élément essentiel et extrêmement vivant des cultures en outre-mer. Cette valorisation permet de contourner la question de la normalisation orthographique et de favoriser un bien-être culturel des personnes qui retrouvent un usage habituel de leur langue. développer les supports audiovisuels qui créent des corpus sur lesquels peuvent se fonder des travaux de réalisations de dictionnaires, grammaires, etc. une supplique adressée à l'ensemble des personnes présentes : abolir de notre pratique habituelle la seule idée d'enseigner la langue, mais décliner la présence des langues en milieu scolaire selon un certain nombre de paramètres qui sont : l'âge des élèves, leur langue maternelle (qui leur permet de faire des ponts avec la langue de scolarisation), c'est un autre programme et d'autres argumentaires que l'enseignement au sens strict. Commencer à l'école maternelle par des activités en langue maternelle qui soutiennent l'apprentissage du langage. La maternelle est le lieu où il y a le moins de résistances institutionnelles et au bout d'un an d'un tel programme, les résistances des parents, qui sont nourries de l'idéologie du monolinguisme, sautent à partir du moment où on constate que les enfants sont plus heureux et progressent plus rapidement dans l'ensemble des enseignements.


Odile Lescure

En Guyane, les maîtres bilingues qui n'ont pas toujours le niveau BAC, reçoivent une formation de 15 jours seulement. Les maîtres qui parlent différentes langues devraient également pouvoir bénéficier de formations interculturelles.

Il est important d'aborder la question – qui n'a pas été abordée lors des EGM-OM - de la place des langues d'outre-mer à l'université. Les locuteurs devraient pouvoir se former à l'université.

Il faut également apporter des réponses concrètes aux questions aigües des populations sur ce qui est diffusé de leur langue sur internet.


Isabelle Léglise

En tant que chercheuse connaissant bien la Guyane, Isabelle Léglise se tient à la disposition de la DAC Guyane et de la DGLFLF pour contribuer à la mise en œuvre du pôle linguistique. Il serait utile de réfléchir à la manière de pousser des demandes de financements, dans le cadre universitaire, sur les langues et les cultures d'outre-mer. Quels seraient les leviers politiques à actionner afin que les sciences humaines et sociales ne soient pas défavorisées par rapport aux questions environnementales. La DGLFLF pourrait jouer un rôle décisif dans ce sens.


Agence Tertius, Geneviève Goutouly et Claude Paquin

L'agence Tertius se tient également à la disposition de la DAC Guyane et de la DGLFLF pour contribuer à la mise en œuvre du pôle linguistique.

L'étude de faisabilité pour le pôle linguistique est close et a fait l'objet d'une restitution publique à la chambre de commerce et d'industrie de Cayenne qui n'est pas un lieu neutre pour parler des langues, car les milieux économiques se sont montrés sensibles à la question de la prise en compte du plurilinguisme.

Cette restitution était significative car il est indispensable de maintenir vivante la question des langues dans l'espace public. Au delà des préconisations concrètes attendues par l'institution pour la mise en œuvre du pôle linguistique, l'étude soulève le fait que la question du plurilinguisme ne fait pas consensus en Guyane. Il faut donc porter cette question, dont les locuteurs eux-mêmes sont les porteurs, dans l'espace public, et proposer pour cela des modalités concrètes d'animation de la parole publique. Le débat a bien été entendu par les personnes mobilisées dans le cadre de l'étude/action et des EGM-OM comme un processus de construction d'une politique linguistique. En Guyane et en Nouvelle-Calédonie, par exemple, la population est très jeune. Elle est concernée par la question du plurilinguisme et c'est pour elle et avec elle qu'il faut maintenir la valeur vivante des langues en positionnement ce débat en 2012.


Xavier North

On voit bien que c'est cette dynamique de débat qui a eu un effet d'ébranlement, et qui donne lieu aujourd'hui à des projets dans les territoires. Il faut donc travailler aujourd'hui sur les conséquences concrètes de ces rencontres.


Thibault Grouas

Une étude sera conduite par la DGLFLF sur les technologies de la langue. Elle comportera un état des lieux des corpus écrits et sonores existant en langues de France, et sur les infrastructures et le tissu économique lié à ces technologies en outre-mer. Un deuxième volet portera sur les projets à mettre en œuvre en regard de l'état des lieux.

Le prochain Conseil d'orientation se déroulera au début de l'automne 2012. Il est nécessaire de poursuivre la discussion, au delà de cette réunion, sur les modalités mises en œuvre pour associer les personnes ne résidant pas à Paris au Comité de suivi. Celui-ci peut être organisé dans d'autres régions, sur la base des propositions du Comité de suivi, la visio-conférence peut également être utilisé.

Les comptes rendus des Comités de suivi seront diffusés largement, par voie numérique.


Références[modifier | modifier le wikicode]

  1. Amadou Hampâté Bâ, Sur les traces d'Amkoullel l'enfant peul, Babel n°452, Arles, Actes Sud, 1998, p.160-161
  2. http://www.dglf.culture.gouv.fr/ - étude/action Tertius, Pôle d'excellence dans le domaine de la politique linguistique et des traditions orales
  3. http://www.ladepeche.pf/article/cartables-education/pour-la-promotion-des-langues-polynesiennes
  4. http://mayotte.la1ere.fr/infos/actualites/un-musee-pour-lhistoire_52226.html
  5. http://www.nuitdesmusees.culture.fr/
  6. http://www.vpah.culture.fr/
  7. http://www.dglflf.culture.gouv.fr/rapport/2011/Rapport_Parlement_2011.pdf L’article 20-1 de la loi du 4 aout 1994 relative à l’emploi de la langue française dispose que « les dispositions de la présente loi s’appliquent sans préjudice de la législation et de la réglementation relatives aux langues régionales de France et ne s’opposent pas à leur usage ».