États généraux du multilinguisme dans les outre-mer/Présentation/Éditos/Éditorial de M. Frédéric MITTERRAND, ministre de la Culture et de la Communication

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« Aucune langue n'est, sans le concert des autres », écrivaient naguère Patrick Chamoiseau et Édouard Glissant.

En organisant les États généraux du multilinguisme dans les outre-mer, qui clôturent et couronnent l'Année des outre-mer, j'ai voulu tout d'abord rendre hommage à l'inestimable apport ultramarin qui contribue à la richesse culturelle de notre pays. Cette richesse se manifeste à travers le foisonnement de la création culturelle qui s'exprime et se transmet dans plus de cinquante langues, de France et d'ailleurs. C'est le théâtre caribéen , c'est le déba chanté et dansé par les femmes de Mayotte, l'art oratoire tahitien, Orero, les berceuses kanakes, c'est enfin l'universalité des contes de notre enfance qui se disent chaque fois dans une langue différente. Et chacun sait que si la France fait entendre sa voix dans le concert des musiques du monde, c'est à l'outre-mer qu'elle le doit.

Chacun sait aussi que si la langue française est parlée sur les cinq continents, aux côtés d’un grand nombre d’autres langues, la France a le devoir de prendre en compte la diversité des langues parlées sur son territoire, et singulièrement dans les territoires d’outre-mer, là où cette langue n’est pas la langue maternelle de la majorité de nos concitoyens.

Cette rencontre, qui réunit à Cayenne, 250 personnes venues des quatre océans, est le fruit de la détermination et du travail de coopération de plusieurs services de l’État - notamment de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France dont je salue l'engagement remarquable -, de chercheurs, et de représentants de ceux qui travaillent au quotidien à faire vivre ces langues.

À partir des pratiques des locuteurs, des nombreuses initiatives individuelles ou collectives, des réussites et parfois des déceptions, à partir des expériences et des savoirs élaborés par les scientifiques, il s'agit d'engager une discussion ouverte sur la pluralité des langues dans notre vie sociale.

J'attends de cette confrontation de points de vue exprimés dans notre langue commune, le français, que se dessinent les lignes de force d'une politique linguistique qui réponde aux exigences de diversité, de modernité et de justice sociale que réclame une société démocratique.

Je souhaite que ces États généraux du multilinguisme soient un repère et un signe positif pour les jeunes générations qui auront à sauvegarder la polyphonie du monde, si l'on veut qu'il reste vivable.

Frédéric MITTERRAND