Étude scientifique de la technique du piano/L’apprentissage méthodique de la technique

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« Ce n’est pas l’étude de la technique qui importe, mais la technique de l’étude » (Liszt). « C’est un des plus importants, peut-être même le plus important devoir du professeur que d’enseigner à l’élève la bonne manière d’étudier » (Leimer). Les théoriciens modernes considèrent donc l’art d’étudier comme partie intégrante de la technique. Étudier, pour le pianiste, c’est « adapter les gestes au caractère de la composition » (Caland).

  1. « composition » : on ne cherche plus à acquérir, par des exercices, une technique abstraite que l’on applique après coup aux compositions, mais on travaille la technique directement dans les morceaux ;
  2. « gestes » : l’étude se fonde sur les mouvements en tant qu’unités complexes, et non plus sur des notes ;
  3. pour « adapter » ses gestes au morceau, il faut procéder par expériences; on ne répète plus, on expérimente.

Des morceaux au lieu d’études[modifier | modifier le wikicode]

  • « La folie du passé, c’est d’avoir cru que l’on pouvait acquérir une technique musicale indépendamment de la pratique de la véritable musique » (Matthay).
  • Comme les grandes œuvres sont infiniment plus profondes et plus passionnantes que les plus belles études, « l’intérêt de l’élève demeurera continuellement en éveil. L’étude ne lui paraîtra jamais fastidieuse ou ardue » (Leimer).
  • Cette méthode présente un avantage psychologique : elle facilite la concentration.

Par fragments[modifier | modifier le wikicode]

  • « Les élèves passent trop de temps à jouer, et trop peu à étudier » (Paderewski).
  • « N’étudiez que de courts fragments…afin que les inégalités perçues par l’oreille puissent être immédiatement corrigées » (Leimer).
  • Notons, au passage, qu’ il est conseillé de ne pas s’arrêter sur sa dernière note, mais sur la première du fragment suivant, pour les enchaîner sans heurt.

Par éléments[modifier | modifier le wikicode]

  • « Tout pianiste sérieux doit analyser chaque difficulté, en en cherchant la cause et en démontant chaque trait, comme on démonte un mécanisme pour ensuite remonter le passage entier » (Casella).
  • « La loi essentielle de cette méthode est de travailler, non pas le passage difficile, mais la difficulté contenue dans ce passage, en lui restituant son caractère élémentaire » (Cortot).

Des gestes au lieu de notes « Il ne s’agit plus d’étudier des morceaux, mais des gestes » (E.Bach).[modifier | modifier le wikicode]

A tempo[modifier | modifier le wikicode]

En 1717, Couperin avait écrit : « On fera attention que les tremblements, pincés, ports-de-voix, batteries, et passages, doivent d’abord être pratiqués très lentement ». A l’encontre de cette idée généralement acceptée pendant 200 ans, un théoricien moderne affirme : « Je vous déconseille de travailler lentement » (Kreutzer). Un autre précise la raison : travailler trop lentement « fausse notre technique car nous automatisons des mouvements tout à fait différents de ceux dont nous avons besoin en réalité » (Gat). « Le ralentissement du tempo change la structure mécanique du mouvement » (Ortmann). Busoni « divisait d’abord les passages en incises qu’il travaillait de la façon suivante : après quelques répétitions très lentes, il procédait deux ou trois fois de suite brusquement à leur exécution ultra-rapide en traits fulgurants…ensuite il réunissait les fragments » (Roës).

Con expressione[modifier | modifier le wikicode]

La conception du geste comme unité physiologique indivisible exige non seulement qu’on joue un passage a tempo, mais qu’on respecte toutes les autres qualités : un rubato, un crescendo, un accent -- bref, toute son expression. Écarter toutes les nuances en faveur d’un mezzoforte éternel et d’un non moins éternel moderato mène à une « méconnaissance parfois grotesque des degrés de difficulté » (Leimer). Toute étude qui se prive de l’expression se condamne à demeurer inadéquate et insuffisante.

Des expériences au lieu de répétitions[modifier | modifier le wikicode]

Pour trouver parmi toutes les possibilités la meilleure, le mouvement qui rende le plus fidèlement la représentation intérieure et qui corresponde le mieux au talents individuels du pianiste, il n’y a qu’un moyen : les appliquer toutes, les comparer et faire son choix. Étudier, c’est expérimenter, c’est « chercher le mouvement le plus simple » (Gat). « Toute répétition d’un trait doit être en même temps une amélioration » (Schubert). Deux moyens de contrôle guident l’attention :

  • l’ouïe qui permet de vérifier si le passage correspond bien à ce qu’on a imaginé ;
  • la sensation qui permet de se rendre compte si le mouvement est aisé ou non.

S’écouter[modifier | modifier le wikicode]

« La règle par excellence, la règle unique... tient en ces deux mots : écoutez-vous » (Morpain). « En s’écoutant ainsi soi-même, l’élève ne tardera pas à reconnaître les continuelles possibilités d’amélioration qui lui sembleront toujours intéressantes à exploiter » (Leimer).

L’aisance[modifier | modifier le wikicode]

L’idéal est d’avoir pour ainsi dire un sentiment de confort. « Pour être sûr, élégant et aisé, un mouvement ne doit utiliser que le strict nécessaire de force musculaire. Dans ces conditions, il donne lieu à moins de fatigue et améliore sa qualité esthétique » (Steinhausen). « S’il est joli à voir, c’est qu’il est correct » (Caland).

Réadapter[modifier | modifier le wikicode]

Point n’est besoin de faire mille essais pour trouver le mouvement convenable. « Ne pas s’obstiner sur les passages difficiles » (E.Bach) parce que « les erreurs, aussi bien que les bonnes choses s’incrustent dans l’esprit grâce à la répétition » (Schubert). » Il ne s’agit jamais de vaincre les difficultés, mais de les éviter » (E.Bach). La sagesse consiste donc à « arrêter de jouer et à reconsidérer » (Bonpensiere) la difficulté, essayer un autre geste…recommencer à zéro. Busoni préconisait de « ne jamais laisser un passage défectueux sans le recommencer pour le rectifier ».

Automatiser[modifier | modifier le wikicode]

Après avoir cherché et trouvé le mouvement le plus convenable pour rendre un passage, il faut encore « automatiser le geste choisi » (Schubert). « Une fois par hasard ne suffit pas » (Morpain). Peu agréable et encore moins flatteur, le procédé d’automatisation nous fait économiser un temps précieux par la suite, elle incruste les mouvements à tout jamais dans notre mémoire. « Jamais on ne devrait avoir à recommencer l’étude d’une œuvre déjà perfectionnée auparavant » (Gieseking).