Commentaire philosophique/Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes

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Ce livre s'adresse aux élèves de terminales, mais il peut étendre son public. On y trouve des exemples d'explications de textes.

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Commentaire: Jean-Jacques Rousseau, 1755 « Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes ». Le temps de l'histoire et le mal Kscan 0002.jpeg

Le temps de l'histoire et le mal[modifier | modifier le wikicode]

L'état de nature[modifier | modifier le wikicode]

Après avoir montré dans le Discours sur les sciences et les arts - qui lui valut le Prix de L'Académie de Dijon - que la civilisation a corrompu les hommes, Rousseau cherche à établir que l’inégalité des conditions provient du fait que l'humanité s’est éloignée de ses bienheureuses origines. De ce fait s'il ne saurait y avoir d'inégalités naturelles pour les raisons qu'il établit dans la première partie du discours, se pose à lui un problème. Que s'est-il passé pour que l'homme soit corrompu. La vraie cause est plus lointaine que celle de la civilisation. Ou plutôt, pour le dire autrement, qu'est-ce qui transforme la civilisation en fléau?

Rousseau commence par dessiner les traits de l’homme originel : il mène une vie solitaire au cœur des forêts, il est robuste car il n'a pas encore développé la technique. Il a peu de besoins, et ses facultés intellectuelles sont peu développées. Il dort sous un chêne et se nourrit des fruits de l'arbre. Il est frugivore et n'est pas intéressé par la lutte avec l'animal sauvage, sauf pour se défendre. Le sentiment de pitié lui tient lieu de morale. Les différences naturelles sont sans conséquence car les hommes vivent dans un isolement relatif : « Je voudrais bien qu’on m’expliquât, précise Rousseau, quel peut-être le genre de misères d’un être libre dont le cœur est en paix et le corps en santé ». Dès lors ils ne sauraient se comparer entre eux. Ceci est d'autant plus impossible que les facultés de raison, imagination, volonté... ne sont pas développées même si elles sont latentes et que la "perfectibilité" - à ne pas confondre avec la perfection- est à ses débuts.

  • Pour résumer il ne dispose que de deux qualités : l'amour-de-soi et la pitié.
"Laissant donc tous les livres scientifiques qui ne nous apprennent qu'à voir les hommes tels qu'ils se sont faits, et méditant sur les premières et plus simples opérations de l'âme humaine, j'y crois apercevoir deux principes antérieurs à la raison, dont l'un nous intéresse ardemment à notre bien-être et à la conservation de nous-mêmes, et l'autre nous inspire une répugnance naturelle à voir périr ou souffrir tout être sensible et principalement nos semblables. C'est du concours et de la combinaison que notre esprit est en état de faire de ces deux principes, sans qu'il soit nécessaire d'y faire entrer celui de la sociabilité, que me paraissent découler toutes les règles du droit naturel ; règles que la raison est ensuite forcée de rétablir sur d'autres fondements, quand par ses développements successifs elle est venue à bout d'étouffer la nature. "

L'amour-de-soi n'est pas l'amour-propre puisque l'homme ne dispose pas de la raison qui lui permettrait de se comparer (compa-raison). N'ayant pas de conscience de soi dans cet état où autrui est ignoré, il n'a nulle conscience de ce qui lui est propre. Cela exclut dès lors de l'état de nature l'idée de propriété privée.

En fait, rien ne destinait l’humanité à connaître les malheurs de l’inégalité qui sont devenus les siens. Comment en est-on arrivé là? Rousseau refuse l'explication du mal par la construction d'une théodicée. Il refuse l'explication religieuse par le péché de la même façon. Ce sera donc l'hypothèse de l'état de nature qui permettra de comprendre.

Lorsque les hommes se rassemblent et deviennent sédentaires du fait des jeux de regard, de comparaison et de séduction, le langage se perfectionne, les familles se séparent du groupe, les passions et la jalousie se développent, mais surtout apparaît l'agriculture et la métallurgie. La culture des terres impose l'idée de propriété par la clôture mais c'est le langage qui l'intitue : « le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire « ceci est à moi », et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. » Dès lors l’inégalité des conditions se développe rapidement : les pauvres sont asservis aux riches, qui imposent des lois qui leur sont favorables.

L’inégalité politique succède à l’inégalité économique : les magistrats d’abord élus deviennent des despotes.

Pour Rousseau, l’homme moderne est victime du développement (perfectibilité[1]) de ses facultés et des progrès de la vie en société.

Explications de textes[modifier | modifier le wikicode]

Etude de texte sur l'état de nature[modifier | modifier le wikicode]

Etude de texte sur la différence entre l'homme et l'animal à l'état de nature[modifier | modifier le wikicode]

Etude de texte sur l'invention de l'agriculture[modifier | modifier le wikicode]


  • La question que pose le texte est de comprendre ce qui a fait sortir l'homme naturel de l'état de nature.Cet état n'appartient pas à l'histoire. Comme il l'explique dans la Préface, ce n'est qu'une hypothèse théorique.

Comme Newton en physique, il construit un modèle. Ainsi l'homme à l'état de nature n'a jamais existé,il n'existe pas et n'existera jamais. Il est hors du temps. Si le temps est source du mal reste à comprendre pourquoi.C'est le but de ce texte de penser l'origine du mal, ce dernier n'ayant aucun fondement dans la nature de l'homme.

I. La perte de l'origine[modifier | modifier le wikicode]

Le premier paragraphe est une phrase unique. Longue période oratoire composée de plusieurs subordonnés et construite autour d'une articulation importante qui se situe à la ligne 10 : « mais ». Surgit la rupture. Une opposition est ainsi mise en place, soulignée chronologiquement par les locutions conjonctives « tant que, dès l'instant que ». Nous sommes dans le temps de l'histoire. Au début c'est comme il l'écrit "la véritable jeunesse du monde" où l'événement se fait rare. Le temps se donne dans la durée. La durée nous rapproche de l'état de nature. le temps en effet ne s'inscrit pas encore dans la succession. La technique n' a fait encore qu'une faible apparition : « cabanes rustiques », « coudre leurs habits de peaux avec des épines ou des arêtes », « se parer de plumes et de coquillages », « se peindre le corps de diverses couleurs », « perfectionner ou à embellir leurs arcs et leurs flèches », tailler avec des pierres ». Ce sont la des besoins modestes, limités : « se contentèrent, se bornèrent ». Les lignes « en un mot, tant qu'ils ne s'appliquèrent qu'à des ouvrages qu'un seul pouvait faire, et à des arts qui n'avaient pas besoin du concours de plusieurs mains, ils vécurent libres, sains, bons et heureux autant qu'ils pouvaient l'être » réservent les traits communs à ces activités.C'est l'époque des familles et le faible déploiement de la technique - il y a encore des forêts.

L’énumération de quatre adjectifs : « libres, sains, bons et heureux » exprime de manière insistante une vie collective réussie. Le malheur n'est pas encore là.

La présence de la conjonction « mais » attire l’attention sur un changement brutal et rapide exprimé par deux prépositions de temps : « Dès qu’on s’aperçut, dès l’instant qu’un homme eut besoin. »

Cette présentation est aussitôt suivie de ces effets, tous néfastes, et qui symboliquement se manifestent par la disparition des forêts - on retrouve là la critique de la technique présente depuis le début du texte. On a perdu l'origine : apparition de la propriété et du travail, disparition de l’égalité. Il n'y a plus de rapport immédiat à la nature et aux hommes. Les obstacles se multiplient dans les relations humaines.

La question du temps dans le texte[modifier | modifier le wikicode]

L’extrait ne donne aucune date et ne mentionne pas les différents états de civilisation ; mais la notion de temps, dans son aspect d’évolution, est omniprésente dans le texte.

Le premier paragraphe est constitué de deux étapes chronologiquement situées l’une après l’autre.

  • 1ère étape : longue → « tant que » le suggère ;
  • 2ème étape : aucune indication de durée mais « dès l’instant que, dès que ». Installation progressive → verbes « s’introduire, devint, croître… » le suggèrent.

Le temps est également présent dans la suite du texte, et il souligne la nécessité d’une évolution par les termes : « sont parvenus, esprits déjà plus avancés, longtemps avant, devenus plus industrieux... ». du temps de l'histoire qui conduit les hommes au malheur.

Exercice
Pourquoi Rousseau emploie-t-il le terme de "conjectures"? Pourquoi la question de "l'origine" pose-t-elle problème?
  1. Ne pas confondre avec perfection ou encore perfectionnement. La perfectibilité conduit au mal.