Georges Brassens - La place de la Femme dans son œuvre/Brassens tendre

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Dans le texte méconnu (car jamais mis en musique) du "pince-fesse [1]", Brassens se défend formellement d’être un coureur et cherche à se défaire de cette réputation faite suite à quelques textes mal interprétés.

Brassens tendre[modifier | modifier le wikicode]

"Pour deux ou trois chansons, lesquell's je le confesse
Sont discutables sous le rapport du bon goût,
J'ai la réputation d'un sacré pince-fesses
Mais c'est une légende, et j'en souffre beaucoup.
Refrain
Les fesses, ça me plaît, je n' crains pas de le dire,
Sur l'herbe tendre j'aime à les faire bondir.
Dans certains cas, je vais jusqu'à les botter mais
Dieu m'est témoin que je ne les pince jamais."

Loin d’être machiste, Brassens nous fais découvrir dans "Embrasse les tous [2]" , un homme profondément attaché à la liberté de la femme. Et encourageant une jeune fille libérée dans ses fantaisies :

"Alors toutes tes fredaines,
Guilledous et prétentaines,
Tes écarts, tes grands écarts,
Te seront pardonnés, car
Les fill's quand ça dit "je t'aime",
C'est comme un second baptême,
Ça leur donne un coeur tout neuf,
Comme au sortir de son oeuf."

Ce texte contraste singulièrement avec ceux lus précédemment. Et les féministes avertis ne pourront qu’être interpellés par un tel point de vue venant d’un homme. Une femme avec qui je discutais sur internet de ce dossier, me disait "un homme qui a écrit des textes comme Embrasse les tous ou La non demande en Mariage a compris les femmes." En effet de nombreux textes nous font découvrir un Brassens qui sait parler des femmes ou aux femmes avec tendresse et passion… Exemple révélateur, le texte des "Passantes[3]" écrit par Antoine Pol et mis en musique par Georges Brassens car il lui évoquait ses premières rencontres avec celle qui allait devenir la femme de sa vie , sa déesse, Joha Heiman dite Püppchen (Petite poupée). De nombreux textes nous racontent ainsi l’histoire de Püppchen et Georges Brassens. J’ai rendez vous avec vous[4]

[...]
La lumièr’ que je préfère,
C’est cell’ de vos yeux jaloux,
Tout le restant m’indiffère,
J’ai rendez-vous avec vous!
[...]
Je me suis fait tout petit[5]
[...]
J'était dur à cuire ell' m'a converti
La fine mouche
Et je suis tombé tout chaud, tout rôti
Contre sa bouche
[...]

Plus tard, c’est par la célèbre "Non demande en mariage[6]" que Brassens lui rend hommage. Dans ce texte le poète nous rappelle qu’en 35 ans de complicité, ils n’ont jamais habité ensemble, mais se sont toujours débrouillés pour vivre à quelques rues l’un de l’autre. Mêmes en vacances, la résidence secondaire louée avait toujours deux chambres. Ils préféraient se fixer rendez-vous, se retrouver chez l’un où chez l’autre comme si rien n’était acquis. "Laissons le champ libre à l’oiseau, nous serons tous les deux prisonniers sur parole". Dans ce texte, Brassens décrit par de nombreuses métaphores les travers auxquels peut mener le mariage : "A aucun prix, moi je ne veux, Effeuiller dans le pot-au-feu, la marguerite". ou "L'encre des billets doux pâlit, Vite entre les feuillets des livres de cuisine".Brassens explique lui-même le sens de cette chanson dans l’interview qu’il accordait au Journaliste Philipe Nemo en 1976 : "(Le mariage) Je ne suis pas tellement partisan, mais je ne suis pas tellement contre non plus. En réalité, je laisse les autres libres de faire ce qu’ils veulent. J'ai voulu dire “ne vous mariez pas”, parce que la femme va être dépoétisée. Elle va cesser d'être une vénus. Elle va s'occuper des soins domestiques. Tout ça, on sait bien que c'est emmerdant. C'est une prise de position contre la cohabitation".

Rien d’étonnant donc, que l’auteur de la non demande en mariage ait opté lui-même pour le célibat. Il a préféré rester "prisonnier sur parole" et garder sa compagne en "éternelle fiancée". On retiendra cette jolie formule qui résume si bien les dangers du mariage aux yeux du poète.
Face à cette position, on peut s’étonner de voir des mariées évoquées sous un jour plus positif dans l’oeuvre de Brassens : ainsi la jeune mariée de Tonton Nestor [7] parait bien heureuse au jour de ses noces ; son émotion n’est pas équivoque :

"Les yeux baissés,
Des larmes plein les cils
(Jeannette) S’apprêtait à dire Oui da
A l’officier Civil"

Même scénario dans la Marche Nuptiale [8] avec "la Mariée en pleurs, berçant comme une poupée son gros bouquet de fleurs". Un tel début de vie à deux pourrait laisser présager de longs jours de bonheur mais cependant comme le dit Balzac "Le Mariage doit incessamment combattre un monstre qui dévore tout : l’habitude".(La physiologie du mariage). C’est cet ennemi qui va troubler les pensées de la plus fidèle des épouses, celle qui "n’a pas d’accro à sa robe de mariée" : Pénélope[9]. Son bonheur domestique est sans relief et cette monotonie engendre chez la femme-modèle des rêves d’aventures extraconjugales que l’auteur comprend parfaitement. La femme n’est pas la seule à être gagnée par l’ennui, le mari, lui aussi, peut prendre la clef des champs à force de lassitude. Le narrateur d’auprès de mon Arbre[10] nous le confie sans détour :

"D’avecques ma femme
J’ai foutu le camp
Parce que depuis temps d’années
C’était pas une sinécure
De lui voir tout l’temps le nez
Au milieu de la figure"

On remarque que le mariage est associé par Brassens à l’asservissement aux tâches culinaires. Ceci s’explique par le contexte de l’époque où le rôle de la femme mariée est avant tout de veiller aux taches ménagères. Cela a d’ailleurs valu bien des reproches à Brassens de la part des féministes, notamment à cause de la phrase : "De servante n'ai pas besoin, et du ménage et de ses soins, JE TE dispense". Le fait de pouvoir "dispenser" impliquait pour ses détractrices qu’il pouvait aussi "imposer". Brassens s’est fortement défendu de cette accusation en précisant qu’il ne s’agissait que d’un état de fait.

"Saturne[11]" est un hommage à la femme mûre que devient Püppchen à cinquante ans passés. "Je sais par coeur toutes tes grâces Et, pour me les faire oublier, Il faudra que Saturne en fasse Des tours d'horlog' de sablier !"On remarque également dans ce poème que Brassens comme souvent se plaît à employer des allusions mythologiques. Saturne, Dieu du Temps chez les romains, personnifie ici le temps. Ce texte constitue une exception dans la chanson française, puisqu’il est un des rares (le seul à ma connaissance) à rendre hommage à la femme d’âge mûr. On peut s’amuser à mettre en parallèle cette chanson avec le poème marquise [12] écrit par Corneille et mis en musique par Georges Brassens.

Une comptine d’un tout autre genre qui vient au contraire mettre en avant les effets du temps sur les corps, tant féminins que masculins…

Voyons maintenant l’importance que Georges Brassens accorde à la condition sociale des femmes qu’il évoque dans ses textes.[13]

Références[modifier | modifier le wikicode]

  1. Georges Brassens – La femme dans son Oeuvre 11/21
  2. Georges Brassens – La femme dans son Oeuvre 11/21
  3. 15 Annexes – p22 ; CD1 – plage 13
  4. 16 Annexes – p23 ; CD1 – plage 14
  5. 17 Annexes – p24 ; CD1 – plage 15
  6. 18 Annexes – p25 ; CD1 – plage 16
  7. 19 Annexes – p26 Georges Brassens – La femme dans son Oeuvre 13/21
  8. 20 Annexes – p28 ; CD1 – plage 17
  9. 21 Annexes – p29 ; CD1 – plage 18
  10. 22 Annexes – p31 ; CD1 – plage 19
  11. 23 Annexes – p33 ; CD1 – plage 20
  12. 24 Annexes – p34 ; CD1 – plage 23
  13. Georges Brassens – La femme dans son Oeuvre 14/21