Introduire la biodiversité dans la construction et l'urbanisme/Préalables ; principes généraux et transversaux/Pourquoi intégrer la biodiversité dans l'architecture ?

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L' Évaluation des écosystèmes pour le millénaire (EEM) (ou MEA pour « Millenium Ecosystems Assessment » pour les anglo-saxons) est la première et la seule évaluation globale jamais faite à l'échelle de la planète. Elle a conclu un travail entamé en 2001 et commandé un an plus tôt par le Secrétaire Général de l'ONU Kofi Annan, associant plus de 1 360 experts de près de 50 pays, pour évaluer - sur des bases scientifiques - l’ampleur et les conséquences des modifications subies par les écosystèmes dont dépend notre survie et le bien-être humain.
Il visait à prioriser les actions à entreprendre pour restaurer et conserver notre environnement et pour son utilisation durable par l’Homme. Ses conclusions ont été organisées autour de quatre items : Conditions et tendances, scénarios, réponses et évaluations aux échelles intermédiaires.
Toutes les parties de l’évaluation ont été examinées préalablement par les gouvernements, par des scientifiques indépendants et divers experts afin de garantir la crédibilité de ses conclusions, sous le contrôle d’un Conseil d’administration de l’Évaluation associant des représentants d’organisations dépendant de l’ONU et des gouvernements, travaillant déjà dans le cadre de diverses conventions internationales, ainsi que des représentants d’ONG, d’universités et du monde économique, ainsi que de représentants des populations autochtones.
Groupe de moutons de Soay utilisés par la ville de Lille pour la gestion restauratoire de la végétation couvrant le sommet d'une partie des fortifications (Citadelle de Lille, construite par Vauban). Ce mouton rustique, très à l'aise sur les pentes remplace idéalement les engins mécaniques et joue un rôle de « corridor écologique ambulant » en transportant des graines et propagules dans son pelage, son tube digestif et sous ses sabots. Sa présence est en outre apprécié du public.


Plusieurs raisons sont généralement avancées à ce besoin, chacune ayant ses arguments et ses revers et nuances.

  • Des raisons de droit. Un certain nombre de conventions internationales, de textes européens et de lois nationales ou régionales nous obligent ou nous invitent à protéger les espèces, les écosystèmes et les réseaux écologiques qui sont les conditions de leurs durabilité.
  • Des raisons éthiques et morales relevant du champ philosophique et moral de l'éthique environnementale
  • Des raisons esthétiques
  • Des raisons sociales, de qualité de vie, voire de santé (bien que ce dernier point soit complexe et délicat ; si les plantes par exemple épurent l'air et améliorent les microclimats, certaines espèces produisent des fruits ou exusats toxiques pour les enfants. Si les abeilles comptent parmi les meilleure pollinisatrices, elles peuvent aussi piquer ceux qui les importunent, éventuellement involontairement)
  • Des raisons économique et écologiques stratégiques, liées à l'importance fonctionnelles majeure de la biodiversité, avec comme enjeu la survie de l'humanité et de nombreuses espèces supérieures ; La biodiversité n'est pas seulement le moteur de l'évolution et un puissant facteur d'homéostasie de l'environnement et du climat. Elle est aussi la source de la plupart des ressources qui nous sont les plus vitales (l'oxygène que nous respirons, l'eau potable, notre nourriture, le bois et les fibres végétales dont nous sommes dépendants).
    Le bâti, particulièrement concentré dans les vallées, estuaires, littoraux et plaines fertiles s'est substitué à une partie importante des milieux naturels autrefois essentiels pour la faune (zones humides en particulier). Dans une perspective de remboursement de la dette écologique crée par l'artificialisation et la fragmentation, il semble donc devenu nécessaire et urgent de restaurer, protéger et gérer la biodiversité partout où cela est possible et à toutes les échelles territoriales.
    Or les surfaces artificialisées par l'agriculture et la sylviculture intensive, puis par un volume bâti de moins en moins accueillant pour les espèces sauvages ne cessent de s'étendre, à un rythme souvent supérieur à celui de l'accroissement de la population.
    L'urbanisme, la périurbanisation et l'agriculture distante qu'elles génèrent sont en grande partie responsable de cela. C'est pourquoi intégrer la biodiversité dans l'architecture et plus généralement dans le construit est devenu une nécessité.
    Certaines espèces migratrices (mammifères, oiseaux (à grande distance parfois[1], mais semble potentiellement important[2]), chauve souris, certains insectes, poissons, etc.) doivent se déplacer pour survivre et se reproduire, mais aussi peuvent elles-mêmes transporter les propagules d'autres espèces (on les qualifie parfois de « corridors ambulants ». Les urbanistes devraient en tenir compte en leur offrant un réseau conséquent et suffisant d’[w:fr:habitats de substitution.
  • Une demande sociale croissante : Ainsi, en France, une enquête UNEP (Union Nationale des Entreprises du Paysage)/Ipsos, réalisé sur 643 personnes, représentatif de la population française agée de 25 ans et plus, publié en février 2010 a montré qu'à leur domicile, dehors ou au travail, neuf Français sur dix estiment que le vert est essentiel à leur équilibre quotidien, et sept personnes sur dix disaient qu'il n'y a pas assez de végétation en ville, 50 % estimant que les espaces verts et jardins ont d'abord des vertus environnementales avant un rôle d'embellissement ou d'agrément ou loisirs ; pour 93,5% des répondants le lien avec les plantes, les végétaux et les jardins est devenu un aspect important de leur équilibre quotidien. 20% des répondants estimaient qu'ils ne pouvaient pas trouver autant de contact avec le végétal qu'ils le souhaitent[3]. Deux ans plus tôt, en 2008, la même enquête avait montré que 7 Français sur 10 choisissaient leur lieu d'habitation selon l'offre en espaces verts à proximité, que Près d'1/3 des répondants estimaient que les budgets consacrés par les élus aux espaces verts étaient insuffisants et que la moitié des répondants souhaitait la mise en place d'une obligation d'un taux minimal d'espaces verts dans les projets immobiliers et commerciaux[4]

L' Évaluation des écosystèmes pour le millénaire (voir graphique ci contre) montre que pour la plupart de espèces (autres que quelques invasives et des espèces très banales), les tendances sont à la régression ou à l'extinction.

À condition de respecter les conditions de la biodiversité, et donc d'éviter les situations de fragmentation écopaysagère et de « piège écologique », le bâti pourrait retrouver des fonctions de support à de nombreuses espèces.

En savoir plus :[modifier | modifier le wikicode]

Notes[modifier | modifier le wikicode]

  1. Jordi Figuerola & Andy J. Green ; Dispersal of aquatic organisms by waterbirds: a review of past research and priorities for future studies ; Freshwater Biology ;Volume 47 Issue 3, Pages 483 - 494 ; Published Online: 2002/01/25
  2. Green, A.J. & Figuerola, J. (2005) Recent advances in the study of long-distance dispersal of aquatic invertebrates via birds. Diversity and Distributions 11: 149-156.
  3. Creargos, article intitulé La culture du jardin, résultats de l'étude UNEP-IPSOS 2010, daté du samedi 1er Janvier 2011 (Lien vers l'article)
  4. Source : Les Français et leur jardin, Résultats de l'enquête Unep-Ipsos 2007, UNEP