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La documentation/Rédaction technique/Lisibilité

Un livre de Wikilivres.

Le but d'un document est d'être lu. La lisibilité est donc un problème fondamental en ce qui concerne la forme. L'invention de l'imprimerie à caractère mobile a donné un caractère systématique à la production de documents, et a donc accouché de règles chargées d'assurer une bonne lisibilité : les règles typographiques.

On remarquera tout d'abord que ces règles changent en fonction du format : une affiche, un quotidien, un magazine ou un roman ont des mises en forme très différentes. Mais cette mise en forme répond aussi à des codes visuels, des conventions arbitraires : on distingue d'un coup d'œil une affiche de publicité pour un film d'une affiche de publicité pour une pièce de théâtre ou pour un objet quelconque. On peut bien sûr jouer de ces conventions, mais encore faut-il s'assurer que l'on ne nuit pas à la lisibilité — ou bien qu'on le fait de manière voulue.

Pour le domaine particulier de la couleur, on lira De l'usage des couleurs dans un document.

Accessibilité

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Un document imprimé est définitif, mais un document électronique peut être « interprété » de différentes manières. Ainsi, une page Web peut être déchiffrée par un lecteur vocal pour malentendant, ou bien la police peut être modifiée par le navigateur pour s'adapter à un malvoyant (lettres plus grandes, couleurs différentes pour améliorer le contraste) ou un dyslexique (choix d'une couleur de fond et d'une police adaptées). Cela permet une accessibilité aux handicapés de la vue.

En la matière, il convient d'exploiter au maximum la séparation du fond et de la forme, pour laisser toute liberté au programme chargé de l'affichage de modifier la forme et ainsi de s'adapter au handicap.


Pour plus de détails voir : w:Accessibilité du Web.

Nous nous concentrerons ici sur les textes imprimés, donc par essence inaccessible aux malvoyants.

Physiologie de la lecture

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En français, on lit de gauche à droite et de haut en bas. Les lettres n'ont pas de signification individuellement, ce sont les mots formés par les lettres qui en ont. Par ailleurs, un mot prend pleinement son sens dans un contexte, une phrase, un paragraphe ; certains mots ont plusieurs sens (polysémie), ou bien pas de sens particulier (si « vert » ou « livre » ont un sens seul, « et » n'en a pas). En ce qui concerne la vision, seule la partie centrale de l'image, la macula et en particulier la fovéa, est nette ; la vision périphérique est floue.

De cela, il faut retenir que

  • si le mot est connu, le cerveau l'identifie de par sa forme globale, notamment les traits montant et descendant (hampes, jambages), les cercles et les bâtons ; un texte en bas-de-casse (minuscules) se lit plus facilement qu'un mot en capitales ;
  • l'œil balaie la page en zig-zag, de gauche à droite et de haut en bas ; lorsqu'il « butte » sur un blanc (marge droite de la page ou espace entre les colonnes de texte), il revient à gauche.


Pour plus de détails voir : w:Lecture.

Choix de la fonte

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Bien entendu, un paramètre important est la taille des caractères, déterminée par le corps. Le corps est la hauteur des lettres du jambage aux hampes ; il est exprimé en points (un point anglosaxon vaut environ 0,35 mm, un point métrique 0,4 mm). La largeur des caractères (chasse) et leur espacement (approche) sont déterminés par la police (famille de fonte : Times, Arial, …).

L'utilisation d'un grand corps est plus lisible de loin ou pour les personnes ayant une mauvaise vue, et il accroche la vue au sein d'un texte de corps plus petit. Par contre, cela réduit le nombre de mots que l'on va avoir sous l'œil, un mot risque plus souvent de se retrouver hors de son contexte (par exemple séparé du reste de la phrase par un saut de page), et cela complique la mise en page des textes longs.

Le choix de la fonte n'est pas qu'une question de goût : si l'on peut préférer les polices avec ou sans empattement, en revanche,

  • les dessins de police fantaisie apportent une touche d'originalité, mais sont inconfortables à lire sur un long texte ;
  • les polices avec des pleins et des déliés importants (type Didot) sont très esthétiques en grande taille mais peu lisibles en petite taille, donc dans un ouvrage à plusieurs colonnes, on les réservera aux titres ;
  • les polices sans empattement (sans sérif) de type Liberation Sans, Arial, Helvetica ou Comic Sans sont réputées mieux adaptées aux dyslexiques[1] mais ce point ne fait pas consensus[2] ; les polices conçues pour les dyslexiques s'attachent surtout à ce que les lettres ne soient pas superposables, telles quelles, par rotation ou bien par symétrie[3], voir par exemple OpenDyslexic.

On peut avoir d'autres contraintes non liées à la lisibilité, comme la disponibilité des polices (sont-elles gratuites ?) ou une charte graphique. Voir l'article Du bon usage d'un traitement de texte/Quelques questions préliminaires.

Quelques exemples de mise en forme

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Voici quelques exemples montrant des règles typographiques, et notamment de mise en page, qui ont été établies pour améliorer la lisibilité.

Le code informatique, parfois appelé listing, doit pouvoir être relu par son auteur mais aussi par un tiers, pour permettre la maintenance : déverminage (deboguage) et amélioration. La mise en forme du code fait partie des bonnes pratiques de programmation.

On peut citer par exemple :

  • les noms de variable : ils doivent être explicites, et par là-même longs, mais doivent être d'un seul tenant ; selon les cas, on peut utiliser l'alternance bas-de-casse et capitales pour marquer les différentes parties du nom (CamelCase), ou bien des tirets de soulignement ; cela dépend essentiellement des règles syntaxiques du langage et des conventions de développement ;
  • les procédures : on se limite volontiers à une page de texte en hauteur, ce qui permet d'éviter de faire défiler le texte ; si la procédure est plus longue, on envisage de créer des sous-procédures ;
  • les lignes : on se limite à une instruction par ligne, une instruction peut même s'étaler sur plusieurs lignes ; on se limite à 80 caractères par lignes[4], voire à 72, pour éviter que la ligne soit coupée par le bord de la fenêtre (imposant un retour à la ligne ou un défilement horizontal), et tout simplement pour qu'elle soit lisible ;
  • les indentations (décalages de colonnes en début de ligne) : on utilise des tabulations en début de ligne pour marquer l'imbrication des structures ;
  • les commentaires : le code doit être abondamment commenté ; outre fournir des explications, les commentaires peuvent aussi servir à créer des pavés attirant l'attention sur un changement de partie.

Habituellement, un livre est lu en entier la première fois, puis il sert de référence : on voudra retrouver tel passage d'un roman, ou telle information dans un ouvrage technique. La mise en page doit donc faciliter la lecture longue. La recherche est facilitée par la table des matières, le titre courant (tête de page mentionnant le titre du chapitre) et les éventuels index.

Les quatre marges n'ont normalement pas la même dimension. De la plus petite à la plus grande (on indique entre parenthèse la dimension typique) :

  • la marge intérieure, située vers la pliure (marge de gauche sur une page impaire, marge de droite sur une page paire), ou « petit fond » (1/9 de la largeur de la page) ;
  • la marge du haut, ou « blanc de tête » (1/9 de la hauteur de la page) ;
  • la marge extérieure (marge de droite sur une page impaire, marge de gauche sur une page paire), ou « grand fond » (2/9 de la largeur) ;
  • la marge du bas, ou « blanc de pied » (2/9 de la hauteur).

Avec ces proportions, l'empagement — le rectangle dans lequel s'inscrit le texte — fait les 2/3 de la hauteur et les 2/3 de la largeur de la page. On utilise en général un corps allant de 9 à 12 points anglosaxons (8 à 11 points métriques) pour le corps de texte ; en largeur, l'empagement contient entre 50 et 80 caractères environ.

En typographie française, la composition se fait en alinéa : le texte est justifié, la première ligne est rentrante, il n'y a pas d'interligne entre les paragraphes. Le premier paragraphe d'un chapitre comporte une lettrine (grande capitale d'une hauteur de 2 ou 3 ligne, paragraphe sans alinéa). Dans les ouvrages techniques, on compose souvent en pavé : texte justifié sans retrait de la première ligne, mais avec un interligne entre les paragraphes.

Le folio (numéro de page) peut être placé en tête ou en pied (dans le blanc), parfois dans la marge extérieure.

Le titre courant se place en tête (dans le blanc) ; en général, on met le titre de chapitre à gauche (page paire) et le titre de la subdivision (section, sous-section) à droite (page impaire).

Par rapport au livre, la lecture d'un quotidien est très différente. En général, le lecteur ne lit pas tous les articles, il survole le journal et s'arrête aux points qui l'intéressent. La titraille — titre, sur-titre, sous-titre, accroches, chapeau — sont là pour le guider, ce sont des éléments mis en exergue, et ce seront souvent les seuls éléments lu de l'article.

Une page est souvent partagée par plusieurs articles, et un article a souvent des inserts : photographies ou illustration, pavés de texte éclairant un point du sujet, apportant un commentaire, un témoignage, … Lorsqu'une colonne est coupée par un tel pavé, faut-il continuer à lire sous le pavé, ou bien passer à la colonne suivante ? Il est important de toujours garder la même convention au sein du journal, et pour les différents numéros.

Par défaut, on considère qu'un article ne prend pas plus d'une page. Lorsqu'il faut tourner une page ou passer à la page d'en face, cela est toujours indiqué explicitement. Dans certaines parutions, les fins d'articles dépassant la page sont toutes placées en fin de journal.

Notons enfin que du fait du procédé d'impression, les marges sont souvent variables, chaque page n'est pas exactement centrée comme les autres.

La mise en page est très variable selon les quotidiens. À titre d'exemple :

  • page de format D3 (38,5×27,2 cm2) ;
  • marges :
    • petit fond (intérieure) : 1,1 cm ;
    • blanc de tête (haut) : 3,5 cm, contenant le nom du quotidien, la date et le n° de page (titre courant) ;
    • grand fond (extérieure) : 2,9 cm ;
    • blanc de pied (bas) : 1,6 cm ;
  • texte sur 3 à 6 colonnes, avec une gouttière de 0,3 mm (espace entre les colonnes) ;
  • corps
    • de 9 points anglosaxon (7,5 points métriques) pour le corps de texte ; il y a entre 25 et 50 caractères par colonne ;
    • 57 points anglosaxons (50 points métriques) pour les titres des articles principaux, 24 pts anglosaxons (21 pts métriques) pour le chapeau, sous-titre, surtitre ;
    • de 43 pts anglosaxons (38 pts métriques) pour les titres d'articles secondaires, 19 pts anglosaxons (16 pts métriques) pour le chapeau, sous-titre, surtitre ;
    • de 29 pts anglosaxons (25 pts métriques) pour les titres d'articles de 3e ordre, 14 pts anglosaxons (13 pts métriques) pour le chapeau, sous-titre, surtitre ;
  • les titres de section sont simplement en gras, de même fonte et même corps que le texte ;
  • les accroches sont à cheval sur les colonnes, détourées avec un espacement de 3 mm horizontalement et de 5 mm verticalement, en gras, corps 10 pts anglosaxons (9 pts métriques) et de couleur différente.

La composition est en pavé sans interligne[5], parfois en drapeau au fer à gauche[6], avec une lettrine[7] de 4 à 5 lignes de hauteur. Le corps est dans une police avec empattement, la titraille est sans empattement.

Présentation projetée

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Maintenant, les présentations projetées se font quasiment toujours avec un vidéoprojecteur relié à un ordinateur. On peut toujours utiliser des diapositives ou des transparents (slides), imprimés ou écrits à la main : ce sont des solutions robustes (la conception est simple, les appareils ont une maintenance simple : ampoule et fusible). Nous parlerons de transparent de manière générique.

Dans tous les cas, les trois points principaux sont :

  • le transparent projeté doit être visible du dernier rang ;
  • il est toujours commenté, il faut donc réfléchir à la répartition entre ce qui est projeté et ce qui est dit ; cela est en général complémentaire, parfois redondant ;
  • il doit être appréhendable d'un coup d'œil.

Un transparent ne doit traiter que d'un seul sujet. Un humain peut appréhender environ 5 objets simultanément (plus ou moins 2 selon ses dispositions : fatigue, concentration, …).

On utilise souvent la mnémotechnique « 1664 » pour la conception d'un transparent : au maximum

  • 1 thème ;
  • 6 phrases ;
  • 6 mots par phrase ;
  • 4 couleurs.

Le corps de la police doit être suffisamment grand, les lettres doivent être suffisamment épaisses. Avec les logiciels de présentation, on utilise fréquemment des polices de taille supérieure à 20 points[8], en gras.

Mentionnons enfin l'importance des conditions de projection :

  • bonne luminosité de l'appareil, faible luminosité ambiante ;
  • pas d'obstacle à la projection ni à la vision, image suffisamment haute pour être vue au-dessus des têtes de devant ;
  • avoir un appareil entretenu, faire la mise au point de l'optique ;
  • éviter les sources de distraction, reflets, bruits parasites ;
  • avoir un œil sur l'écran, un œil sur le public ;
  • clarté d'élocution.

Comme toujours, il faut d'abord se poser la question du but de l'affiche.

Une affiche est là pour délivrer une information, mais dans un lieu passant, où elle est noyée par d'autres informations : autres affiches, mais aussi bruit ambiant (bruits de rue, annonces au haut-parleur d'une gare). Contrairement aux autres publications — livre, journal, présentation projetée —, le lecteur potentiel n'a pas décidé de lire avant de rencontrer l'affiche.

L'affiche doit d'abord attirer l'attention, elle comporte donc une accroche. L'information à délivrer doit être trouvable facilement, mais elle vient en second.

De fait, l'affiche ne comporte nécessairement que peu d'informations, celles-ci doivent être claires. Il ne s'agit pas d'une source d'information exhaustive, une fois intéressé, le lecteur doit pouvoir trouver des informations complémentaires. Elle comporte donc des références (adresse, numéro de téléphone, site Internet).

Lors de la disposition des différents éléments, il faut bien réfléchir au sens de lecture : les éléments seront également décryptés de gauche à droite et de haut en bas.

Un tract (prospectus, flyer), répond grosso modo aux même contraintes, mais le format est bien plus petit (souvent A5, parfois A4).

Ceci est valable également dans le cas de l'affiche de présentation de résultats scientifiques (poster de congrès). Le but n'est pas de délivrer la totalité de l'information, mais :

  • d'accrocher l'attention ;
  • d'indiquer le principal : cadre de l'étude, moyens utilisés, quelques résultats importants synthétisés, conclusion générale ;
  • au fond, le but est de susciter le contact avec l'auteur, ou d'inciter à lire le résumé publié dans les actes du congrès, qui est lui plus exhaustif.
  1. Emmanuelle Dal'Secco, « Dyslexiques : une nouvelle police pour mieux lire », sur handicap.fr, (consulté le 23 janvier 2018)
  2. (en) Alex Poole, « Which Are More Legible: Serif or Sans Serif Typefaces? », sur http://alexpoole.info, (consulté le 4 décembre 2018)
  3. Modèle:YouTube, Christian Boer, 26 avril 2011.
  4. à l'origine, les écrans affichaient 80 caractères par lignes ; mais il ne s'agit pas seulement d'une tradition liée aux limitations de l'époque, il s'agit bien d'une condition de lisibilité, de facilité de compréhension
  5. texte justifié sans retrait de la première ligne
  6. texte dit « aligné à gauche »
  7. la première lettre du premier paragraphe est une grande capitale que le reste du texte encadre
  8. bien que la notion de corps n'ait de sens que dans le cas de l'impression, les logiciels de présentation l'utilisent par analogie aux traitements de texte