La morphologie

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Ce cours de morphologie permet d'introduire des notions qui peuvent être communes à toutes les langues ou non, et nous nous intéresserons uniquement au cas de la langue française. Ce cours est enseigné en première année de licence de sciences du langage.

Introduction[modifier | modifier le wikicode]

Le morphème[modifier | modifier le wikicode]

La morphologie est une discipline de la linguistique qui vise à déterminer les éléments significatifs fonctionnels de la langue, autrement dit les éléments significatifs de base. Jusqu'au XVIIIe siècle, on pensait que ces éléments correspondaient aux mots, qui sont séparés les uns des autres par deux blancs.

Si l'on suit ce raisonnement, "faire" et "refaire" sont deux mots différents et constitueraient deux éléments significatifs de base, chacun porteur de sens. Pourtant, on remarque que le mot "refaire" comporte le mot "faire", qui signifie "réaliser quelque chose". L'intuition du locuteur nous indique donc que dans cet exemple, "faire" serait un élément significatif de base commun aux deux mots : "refaire" ne peut donc être un élément de base, il semble composé.

On peut étayer cette hypothèse en considérant la suite de mots suivante : "faire", "refaire", "défaire", "surfaire". Suivant notre intuition, on pourrait réaliser un découpage des trois mots comme suit :

  • "re-faire",
  • "dé-faire",
  • "sur-faire".

Que remarque t-on ? D'une part, le locuteur isole intuitivement un élément "faire" ; d'autre part, il isole les parties qui le précède, parties qui peuvent commuter, se substituer les unes aux autres. Si je substitue "dé" à "re", je crée un nouveau mot "défaire" qui existe dans la langue française, et qui semble ajouter un sens à la partie "faire" qui serait "annuler la réalisation de quelque chose". Idem pour "surfaire", qui change le sens de l'ensemble pour signifier "en faire trop". Ainsi, le mot ne peut être en tant que tel l'élément significatif de base de la langue, car certains semblent être composés.

En réalité, le plus petit élément significatif de base de la langue est le morphème, qui est un concept que l'on pourrait définir comme le plus petit élément significatif individualisé dans un énoncé que l'on ne peut diviser en unités plus petites sans passer par le niveau syllabique ou phonologique. Cette définition fait correspondre le morphème au signe linguistique défini par Ferdinand de Saussure dans son Cours de linguistique générale.

La double articulation du langage[modifier | modifier le wikicode]

André Martinet a été le premier à définir la double articulation du langage humain, ce qui le distingue de la communication animale. Imaginons un instant que nous soyons un animal qui souhaite communiquer à ses congénères des informations sur son environnement.

Je veux indiquer à mon congénère que j'ai vu des pastèques. Pour cela, je vais utiliser une suite de sons [lakapa], qui va signifier "Gros fruit vert à chair tendre, rouge et gorgée d'eau", et ce dans un contexte précis, en désignant une réalité, des fruits vus de mes yeux. On peut résumer cette communication par le triangle sémiotique suivant :

Triangle semiotique french.png

Maintenant, je veux indiquer que ces pastèques sont mûres. Je dois choisir une autre suite de sons que [lakapa] qui ne signfie que "pastèque" : je choisis donc [polopo]. Cela fait deux termes à connaitre, et le nombre total de ceux-ci peut croître de manière exponentielle en fonction de ce qui peut être désigné. Tous ces sons nécessitent en outre d'être connus par mes congénères, sinon ceux-ci n'y comprendront rien, et leur mémoire n'est pas infinie. De ce fait, la communication animale est nécessairement limitée.

La double articulation du langage humain est fondamentale : un énoncé peut être découpé en morphèmes, qui sont des signes linguistiques (par exemple "faire", "jeu", etc.), lesquels peuvent également être découpés en phonèmes, qui sont des sons dont la fonction est purement distinctive. Ainsi le langage humain est économique par sa première articulation en morphèmes : ceux-ci se regroupent en classes dans lesquelles ils peuvent se substituer les uns aux autres, formant ainsi des paradigmes. Ensuite, ces morphèmes peuvent être mis en série pour constituer des syntagmes.