Mujje Tulye en Côte d'Ivoire/la pêche en Côte d'Ivoire

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 Contexte[modifier | modifier le wikicode]

La pêche occupe une place de choix dans l'art culinaire de Côte d'Ivoire. Les fruits de la mer sont quasi-omni présents dans les recettes locales. Chez les peuples côtiers par exemple, le poisson est indissociable des saveurs culinaires. Bien qu'il soit en lui même un mets délicat, le poisson est un ingrédient présent dans plusieurs recettes populaires. D'ailleurs, plusieurs recettes à base de fruit de la pêche ont été confinées dans cet ouvrage (voir la section Recettes de cuisine).

Il s'agit entre autres de l'Attiéké, du Biêcosseu et de l'Alloco.

De l'attiéké à l'huile rouge accompagné d'une soupe de poisson.
Sauce Bièkosseu
De l'alloco accompagné de poisson frit.

Pêche et artisanat, des univers connexes[modifier | modifier le wikicode]

Les peuples côtiers sont réputés pêcheurs en général. Ceux de Côte d'Ivoire ne font pas exception. A la faveur de l'édition de ce Wikibook sur la cuisine Ivoirienne, les Wikimédiens Ivoiriens ont organisé une excursion photographique dans un village pêcheur, presqu'île de l'ouest de la capitale Abidjanaise : Ossibissah. Les Wikimédiens y ont été témoins de l'habileté de ces habitants pêcheurs et de leur artisanat raffiné.

Pêcheurs préparant leur filets.
Artisan confectionant un filet de pêche
Immense filet de pêche racommodé par un groupe de pêcheurs.
Débarcadère d'Ossibissah.

Levier économique de la Côte d'Ivoire[modifier | modifier le wikicode]

La Pêche en Côte d’Ivoire constitue un secteur important de l'économie nationale. Elle représente 3,1 % du PIB agricole et 0,74 % du PIB total (2001) mais aussi un solde commercial excédentaire de 30 milliards de franc CFA résultant de la filière d’exportation de produit à forte valeur ajoutée et notamment, des conserves. La consommation nationale annuelle varie entre 250 000 tonnes et 300 000 tonnes tandis que celle des ménages est estimée à 13,2 kg par habitant et par an. Elle est couverte à 67 % par les importations traduisant une forte dépendance du secteur vis-à-vis de l’extérieur.

En vue de réduire cette dépendance, et compte tenu des ressources maritimes nationales limitées, les pouvoirs publics orientent leurs actions vers le développement de la pêche artisanale et en particulier vers l’aquaculture. Ils espèrent ainsi générer des revenus dans le milieu rural, y fixer des jeunes, exploiter le potentiel considérable constitué par les 150 000 ha de lagunes, les 350 000 ha de lacs, les nombreux bas-fonds propices à l’aquaculture et la riche faune aquatique renfermant plus d’une centaine de familles de poissons de plusieurs espèces.

D'une manière générale, la Côte d’Ivoire développe, une pêche maritime articulée principalement sur le port de pêche d’Abidjan avec 156 570 tonnes de poissons débarqués et/ou transbordés des chalutiers, des sardiniers et des thoniers. Le port de San-Pédro avec ses 1 771 tonnes de capture vient en appoint. Il se pratique également dans le pays, le long des 500 Km de côte, une pêche maritime artisanale utilisant un grand nombre de débarcadères desservant les principaux marchés locaux. La Côte d’Ivoire connait enfin une pêche lagunaire pratiquée principalement sur la lagune Ebrié (566 km2), la lagune Aby (425 km2) et la lagune de Grand-Lahou (210 km2). La production lagunaire fournit environ 25 000 tonnes de poissons et de crustacés.

Historique[modifier | modifier le wikicode]

Representation de la Côte ouest africaine au XVIIIè siècle

Les différentes tribus de l’hinterland ivoirien pratiquent depuis de nombreux siècles, la pêche continentale traditionnelle orientée vers l’autosubsistance.

Sur le littoral, la pêche artisanale lagunaire ou maritime se révèle également, une pratique très ancienne et, à tout le moins, antérieure à l'arrivée des explorateurs Portugais au XVe siècle[1]. Particulièrement intenses sur l'embouchure du Rio de Laguoa (actuel Bandama en Côte d'Ivoire), les principaux foyers d’exploitation maritime restent actifs jusqu’à la fin du XVIe siècle à l’avènement de la concurrence des autres nations maritimes européennes.

Au XVIIe siècle, l'exploitation maritime connait une baisse de régime imposée par le développement des échanges et la traite esclavagiste[1]. Les rapports des administrateurs coloniaux du début du XXe siècle corroborés par les témoignages d’anciens dans les villages, mentionnent toutefois, toujours la présence de pêcheurs ivoiriens le long du littoral et permettent de constater que jusqu'à la fin des années quarante, seule une pêche dite "indigène" existe en Côte d'Ivoire[2].

Théodore Monod, naturaliste ayant participé aux premières missions de recherche halieutique sur la côte ouest africaine

Cette activité de pêche est principalement le fait du groupe des "lagunaires" "Gold Coastiens", notamment les Fante ainsi que les Nzema (parfois faussement orthographié N'Zima) et accessoirement les Alladian déployant en mer leurs petites pirogues. L’installation des Fante et des Nzema en qualité de pêcheurs est signalée dès le début du XIXe siècle sur la moitié Est du littoral et leurs activités commerciales dans le caoutchouc vers de la fin du siècle[3]. Les autorités coloniales peinent à drainer sur les marchés qu'ils contrôlent, la production de cette pêche. Ils en déduisent qu’elle relève du secteur de l'autosubsistance[4].

Pour autant, le pouvoir colonial considère les pêcheries comme un enjeu économique. Ainsi, en écho à la création par le Gouverneur Roume, en 1906, de l’Office de recherche et d’organisation des pêcheries de l’Afrique Occidentale Française, et dans la droite ligne des missions de recherche halieutique « Gruvel » et « Monod », les autorités coloniales de Côte d’Ivoire mettent en place un dispositif institutionnel comprenant des services administratifs et techniques ainsi que des instituts de recherche animés par des experts spécialistes du domaine, en particulier des biologistes et techniciens de pêches. L’administration coloniale diligente des études à des fins statistiques et commerciales sur la filière, mais encore, organise la connexion du dispositif institutionnel avec le secteur privé colonial[5].

La pêche industrielle, quant à elle, débute au milieu du XXe siècle peu après l'ouverture du canal de Vridi. Elle se développe assez rapidement puis avec l'adoption des Zones économiques exclusives (ZEE) et l'épuisement du gisement de la principale espèce, Sardinella aurita (« sardine »), l'activité de la flottille baisse fortement. Au même moment, et en partie pour contrebalancer le déficit de production, il est noté une importante augmentation des importations de poissons pêchés par les flottilles étrangères dans des eaux lointaines[6].

En parallèle à cette activité, dès 1955, le pouvoir colonial initie les premières tentatives d'aquaculture avec la création au sein du Service des Eaux et Forêts, d’une Section de pisciculture et l’établissement d’un centre de recherche en 1958, près de Bouaké. L'administration ivoirienne qui prend le relais en 1960, érige des cantonnements piscicoles en charge de l'encadrement des pisciculteurs, des stations étatiques d'alevinage ainsi que d’autres centres de recherche. Elle met également en œuvre de nombreux projets de développement aquacole[7].

Typologie[modifier | modifier le wikicode]

La pêche industrielle côtière[modifier | modifier le wikicode]

La pêche industrielle côtière comprend en Côte d'Ivoire, la pêche au chalut, la pêche sardinière, thonière et crevettière.

La pêche au chalut[modifier | modifier le wikicode]

Schema du principe de la pêche au chalut

Des chalutiers remorquant des filets de pêche en forme de vaste entonnoir font leur apparition de 1951 à 1954 à l’Est d’Abidjan, jusqu’à Bassam où ils effectuent des marées sur les fonds de - 15 à - 50 m ; et lorsque la pêche se révèle mauvaise dans le secteur Est, ils prolongent les traits de chaluts à Grand-Lahou sur les fonds de - 25m. Les secteurs de Fresco et Sassandra sont visités et exploités à partir de 1955 et deux ans plus tard, les bateaux équipés de sondeurs, élargissent leur aire d’activité au Ghana et au Libéria. L’extension des Zones économiques exclusives (ZEE) doublée d’une hausse de coût du carburant, entraîne une diminution de la fréquentation des eaux voisines qui, d’une manière générale, sont restées des zones peu importantes pour la production chalutière locale.

En tout état de cause, depuis 1990, les chalutiers ivoiriens exploitent exclusivement le plateau continental ivoirien, dans les zones de Grand-Bassam, Jacqueville, Fresco, San Pedro et Tabou ; et pour l’essentiel, sur la bande des - 25 à - 50 m de profondeur. L’interdiction du chalutage à l’intérieur du premier mile à compter du 6 décembre 1960 pour protéger les juvéniles et prévenir les naufrages causés par la barre, sera portée à une limite de 3 miles en avril 1967 [8].

Ainsi, la pêche au chalut exploite sur le plateau continental, un premier stock de poissons situé entre 10 et 50 m de profondeur et composé en majorité d’ombrines (Pseudotolithus senegalensis), de capitaines (Galeoides decadactylus) et de friture (Brachydeuterus auritus) ; ce stock fournit 75-80% des prises. Un second stock exploité plus en profondeur, entre 50 à 120 m est composé de poissons d’eaux froides, en majorité des Sparidés vivant en permanence sous la thermocline[8].

Il est cependant déploré, la petite taille des mailles des culs de chaluts utilisés en Côte d’Ivoire qui ne laissent pas échapper les plus petits poissons. Ceux-ci, en raison de leur forte capacité de croissance, auraient pu être capturés plus tard à un poids plus élevé[8].

Encouragés par la faiblesse du plateau continental qui abrite l'essentiel des ressources, mais aussi par la faible performance de leurs embarcations qui n'osent affronter les isobathes les plus profonds, les chalutiers effectuent souvent quelques incursions dans les zones habituellement réservées à la pêche artisanale. Ceci entraîne de fréquents conflits portant préjudice principalement aux pêcheurs artisans.

Une quarantaine d’espèces de poissons sont capturées. Cependant, 80 % de ces captures sont constituées par une dizaine d'espèces appartenant à 9 familles.

La pêche sardinière[modifier | modifier le wikicode]

Sardinella aurita

Le port de pêche d’Abidjan reste le seul point d’attache des sardiniers en Côte d'Ivoire. D'une manière générale, les sardiniers sont des embarcations construites en bois et vieilles de plus de 30 ans. Ils mesurent entre 19 et 28 m de long, avec une puissance motrice variant entre 280 et 500 CV pour un tonnage compris entre 49 et 113 TJB.

Les sardiniers équipés d’un sondeur, d’un radar et munis de senne coulissante longue de 1 200 à 1 300 m avec une chute de 50 à 70 m, effectuent leur pêche, sur la côte Est, à la frontière du Ghana, dans un rayon territorial circonscrit à une centaine de milles. Les prises connaissent une baisse en Côte d'Ivoire et au Ghana mais progressent au large de la Guinée et du Sénégal avec des unités plus modernes. Les captures sont conservées à bord, dans des caisses contenant de la glace en paillettes.

Les espèces de poissons couramment capturées par les sardiniers sont au nombre de 23 et appartiennent à 16 familles différentes. Cependant, seules 6 espèces, dominées par Sardinella aurita (69,73%), constituent 97% des prises[8].

La pêche thonière et crevettière[modifier | modifier le wikicode]

La pêche thonière et la pêche crevettière (qui concerne principalement la crevette rose Lemeus duorarum), sont pour l’essentiel, destinées à l'exportation. Au demeurant, la pêche thonière occupe une place particulière en raison de ses prises qui sont réalisées totalement en dehors des eaux réservées[8].

Par ailleurs, il n’existe plus d’armement crevettier ou thonier national. Le seul navire de pêche « Azur » a été, en 2000, délocalisé au Sénégal tandis que la flottille ivoirienne de pêche thonière (SIPAR) a disparu depuis 1986[9].

En 2001, les captures débarquées ou transbordées à Abidjan sont évaluées à 110 000 tonnes, loin devant celles du port de Téma au Ghana (53 000 tonnes) ou encore celles de Dakar au Sénégal, 51 000 tonnes (2000). Abidjan, est de ce fait, en 2001, le premier port thonier d'Afrique de l’Ouest avec des captures réalisées par une quarantaine des senneurs d’origine ghanéenne, française et espagnole[10].

La pêche artisanale[modifier | modifier le wikicode]

Les pêches artisanales ivoiriennes regroupent d'une part, des pêches individuelles pratiquées surtout par les Nanakrou et les Alladian, et d'autre part, des pêches collectives réalisées par des Fante, des Awran et des Apolloniens. 85 % des pêcheurs sont Ghanéens. Qu'elles soient individuelles ou collectives, ces pêches sont réalisées au moyen de pirogues monoxyles.

Traditionnellement, La pêche individuelle - ou par équipe de deux - s'effectue au moyen de pirogues légères n'excédant pas 6 m de longueur, en utilisant communément, des lignes et en particulier, des palangres flottantes, des palangres de fond ou encore des palangres verticales. Elle peut également s'effectuer avec des éperviers, des casiers et des nasses à crustacés.

Les filets maillants sont utilisés assez rarement par les pêcheurs individuels. En revanche, ils sont l'apanage des pêcheurs collectifs. De nombreux types de filets maillants ont été identifiés. Leurs dimensions et leur maillage sont adaptés aux différentes espèces visées. On distingue des filets maillants dérivant de surface, ou encore des filets maillants de fond, posés dans une position perpendiculaire au courant[11].

Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

  1. 1,0 et 1,1 Jean-Pierre Chauveau, « Une histoire maritime africaine est-elle possible ? Historiographie et histoire de la navigation et de la pêche africaines à la côte occidentale depuis le XVe siècle », dans Cahiers d'études africaines, vol. 26, no 101-102, 1986, p. 191 [texte intégral (page consultée le 7 octobre 2014)] 
  2. (Les pêches piroguières en Afrique de l'Ouest : dynamiques institutionnelles : pouvoirs, mobilités, marchés, 2000, p. 103)
  3. (Les pêches piroguières en Afrique de l'Ouest : dynamiques institutionnelles : pouvoirs, mobilités, marchés, 2000, p. 104)
  4. (Les pêches piroguières en Afrique de l'Ouest : dynamiques institutionnelles : pouvoirs, mobilités, marchés, 2000, p. 105)
  5. (Les pêches piroguières en Afrique de l'Ouest : dynamiques institutionnelles : pouvoirs, mobilités, marchés, 2000, p. 18)
  6. (fr) Olivier Pezennec, « Les espèces pélagiques côtières de Côte d'Ivoire - ressources et exploitation » sur http://horizon.documentation.ird.fr, p. 1. Consulté le 6 octobre 2014
  7. (fr) Vue générale du secteur aquacole national - Côte d'Ivoire sur http://www.fao.org/, 2 mars 2006. Consulté le 5 octobre 2014
  8. 8,0 8,1 8,2 8,3 et 8,4 A. Caveriviëlre, « La pêche industrielle en Côte d’Ivoire, Bilan et perspectives », dans La pêche maritime, août 1978, p. 2 [texte intégral (page consultée le 27 octobre 2014)] 
  9. Yolande Koffie-Bikpo, « Aspects de la Côte d’Ivoire, La pêche maritime en Côte-d’Ivoire face à la piraterie halieutique », dans Cahiers d’Outre-Mer, no 251, juillet-septembre 2011, p. 323 [texte intégral (page consultée le 9 novembre 2014)] 
  10. (fr) Informations sur l’aménagement des pêches dans la République de Côte d’Ivoirel sur www.fao.org, janvier 2001. Consulté le 9 novembre 2014
  11. Domingo Jean, « Aspects de l'évolution récente des pêches artisanales en Côte-d'lvoire », dans
    Norois, no 106, Avril-juin 1980, p. 181-198 [texte intégral (page consultée le 9 novembre 2014)] 

Bibliographie[modifier | modifier le wikicode]

  • Chauveau Jean-Pierre, Jul-Larsen E. et Chaboud Christian, Les pêches piroguières en Afrique de l'Ouest : dynamiques institutionnelles : pouvoirs, mobilités, marchés., Paris, Karthala, coll. « Hommes et Sociétés », , 386 p. (ISBN 2-84586-071-4, lire en ligne)