Physiologie de l’imagination et du langage : une définition de l’intelligence

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Un être est intelligent lorsqu’il est capable d’atteindre des buts difficiles en modifiant son comportement en fonction des circonstances.

Et le sens commun ?[modifier | modifier le wikicode]

On peut faire à cette définition beaucoup de reproches et trouver qu’elle est trop large ou trop étroite. La notion d’intelligence est trop riche de significations pour que l’on puisse attendre d’une définition qu’elle les prenne toutes en compte.

Cette définition est ici proposée parce qu’elle est assez proche des usages courants, parce qu’elle est assez générale et parce qu’elle semble féconde d’un point de vue théorique. Elle s’écarte des usages courants en qu’elle attribue l’intelligence à de nombreux systèmes pour lesquels cela est habituellement mis en doute : les plantes et les microbes comme tous les êtres vivants, de nombreuses machines, ...

Pourquoi une définition ?[modifier | modifier le wikicode]

La généralité peut être une force parce qu’en rassemblant dans un même domaine d’études de nombreux systèmes, ce qu’on apprend sur les uns peut servir à comprendre les autres. Bien sûr, il faut que tous les systèmes aient quelque chose en commun, et que ce soit substantiel, qu’il y ait de quoi développer une théorie conséquente sur ce sujet. Il me semble que cette condition est ici satisfaite. En particulier je crois que la compréhension du fonctionnement des ordinateurs peut rendre de grands services lorsqu’il s’agit de comprendre l’esprit humain. Par rapport à la nôtre l’intelligence des ordinateurs est très limitée, et elle le restera probablement, mais elle est cependant très remarquable et par certains aspects très semblable à la nôtre, ce qui n’est pas étonnant puisque les êtres humains ont créé les ordinateurs d’après l’image de calculateur qu’ils s’attribuent à eux-mêmes.

Et le sens moral ?[modifier | modifier le wikicode]

La capacité à atteindre des buts, c’est l’efficacité. La réussite est un signe suffisant d’intelligence tant qu’on ne se soucie pas de la valeur des buts atteints.

Pourquoi des buts difficiles ?[modifier | modifier le wikicode]

Il faut préciser que les buts doivent être difficiles, c’est à dire qu’un système pris au hasard n’est pas en général capable d’atteindre de tels buts. Tous les objets lourds atteignent le sol lorsqu’ils sont lachés d’un point élevé mais ils ne sont pas intelligents pour autant.

Efficacité et infaillibilité[modifier | modifier le wikicode]

L’efficacité n’est pas forcément l’infaillibilité. Dès que le taux de réussite est supérieur au taux obtenu par le seul hasard, on peut y voir un signe d’intelligence. Réduire les risques, c’est de l’intelligence.

Qui est l’auteur des actions ?[modifier | modifier le wikicode]

On parle de comportement quand un système peut être considéré comme l’auteur de ses actions. Quand on dit que les ordinateurs sont intelligents parce qu’ils font des choses très difficiles, on entend souvent répondre que les concepteurs des machines et des programmes sont intelligents mais pas les machines elles-mêmes. Celles-ci seraient seulement bêtes et disciplinées. Elles ne peuvent faire que ce qu’on leur dit de faire et rien de plus. Elles ne seraient donc pas intelligentes. Ce raisonnement n’est pas complètement dépourvu de vérité mais il n’est pas concluant. Oui les concepteurs sont beaucoup plus intelligents que leurs machines. Oui en un sens les ordinateurs ne font qu’obéir à des ordres, ils sont programmés et ils ne font qu’exécuter des programmes. Ils sont construits spécialement pour cela. Mais il y a un sens à dire qu’ils font beaucoup plus que ce qu’on leur dit de faire parce qu’ils sont souvent imprévisibles. Le concepteur ne fait que déterminer l’état initial et les autres conditions aux limites de l’exécution d’un programme, mais il ne peut pas imaginer tout ce qui va se passer. Les ordinateurs font des découvertes. Une des premières fois que cela s’est produit, une nouvelle démonstration d’un théorème connu de logique élémentaire, Simon et Newell ont envoyé un article au Journal of symbolic logic en joignant à leur signature celle de leur programme, Logic Theorist, mais cela n’a pas été accepté. Logic Theorist n’a pas protesté. La relative autonomie des ordinateurs est ensuite devenue un phénomène courant : les ordinateurs trouvent des solutions que leurs programmeurs sont incapables d’imaginer.

Comment distinguer les systèmes qui sont les auteurs de leurs actions des autres ? Si l’on s’en tient à l’observation des effets, il n’y a pas vraiment de critère. On réserve habituellement cette notion aux êtres vivants mais on peut l’étendre à de nombreux autres systèmes. Il y a un cas où il n’ y a pas beaucoup de sens à considérer que le système est l’auteur de ses actions, c’est celui des automates rigides, comme les horloges, pour lesquels toutes les étapes du mouvement ont été prévues et décidées par les concepteurs et sont toujours exécutées de la même façon et dans le même ordre, sans que l’automate réagisse à son environnement. Cette absence de capacité à s’adapter est d’ailleurs clairement un signe d’absence d’intelligence.