Plantes messicoles de l'Avesnois/Présentation des messicoles

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Définition[modifier | modifier le wikicode]

Etymologiquement, les messicoles sont des plantes qui « habitent dans les champs » (du latin messis, moissons et colere, habiter). Pour certains, une messicole est donc une « mauvaise » herbe, une "« saleté »" (une ordure dit-on parfois dans le nord de la France)
Pour d'autre elle est l'un des hôtes normaux de la communauté végétale normale d'un champs formant ce que les biologistes appellent une « agrophytocénose ».

Il convient en effet de ne pas confondre les messicoles avec les adventices (du latin aventium, supplémentaire).
Les premières sont considérées comme des commensales (du latin cum, avec et mensa, table), c'est-à-dire qu'elles poussent aux côtés des plantes cultivées sans leur tirer préjudice.

Selon M. Jauzein, spécialiste du sujet, les messicoles sont des plantes annuelles à germination préférentiellement hivernale habitant dans les moissons (voir la page wikipedia).
Le Plan national d'action en faveur des plantes messicoles, ajoute également :

  • des plantes annuelles commensales de cultures de plantes hivernales non céréalières, comme le colza, à germination hivernale ou printanière,
  • des plantes vivaces à bulbes poussant dans les moissons ou cultures sarclées.

Généralités[modifier | modifier le wikicode]

Les messicoles étaient en Europe et dans le monde autrefois très nombreuses. Elles ont co-évolué avec les cultures depuis plus de 10 000 ans.
Si l'on peut encore exceptionnellement trouver sur certains champs du sud de la France plus d'une centaines d'espèces différentes en fleur dans une même petite parcelle (culture extensive et/ou bio).

Les études de la « banque de graines » du sol de champs intensivement cultivés montrent qu'elle est presque exclusivement composée d'espèces annuelles (sélectionnées par le labour), et de quelques espèces seulement dont l'une dominante (ex : Thlaspi arvense)[1].
Certaines des ces espèces sont devenues plus ou moins résistantes à un ou plusieurs désherbants.

Origine des messicoles[modifier | modifier le wikicode]

S'agissant de plantes commensales des cultures, les messicoles ont la même origine que les plantes cultivées. Dès lors, elles peuvent être classées en deux groupes : les archéophytes sont arrivées avant la découverte du Nouveau-Monde (1492), les néophytes ensuite.

Les archéophytes[modifier | modifier le wikicode]

Les archéophytes proviennent pour la plupart du monde méditerranéen et des territoires voisins d'Europe du Moyen-Orient, le croissant fertile. Certaines sont arrivées naturellement après les glaciations. D'autres étaient mélangées aux graines des plantes cultivées. La plupart sont arrivées dès la période néolithique (-7500 à –2000 environ), marquée par le développement de l’agriculture[2]. Elles proviennent du Sud-Ouest de l’Europe (courant méditerranéen), l’Europe centrale (courant danubien), ou encore de l’Afrique du Nord.

Les néophytes[modifier | modifier le wikicode]

Elles sont venues des autres bassins agricoles du Monde : Amérique, Afrique du Sud...

Pour en savoir plus, consultez l'article de Wikipédia sur l'hémérochorie.

Les messicoles : des plantes menacées[modifier | modifier le wikicode]

« La flore associée aux cultures est de celles qui ont le plus souffert au cours des XIXe et XXe siècles.
Plus de 25 % des espèces disparues du Nord/Pas-de-Calais y étaient inféodées ! »

Ce constat est extrait de "Plantes protégées & menacées de la Région Nord/Pas-de-Calais"[3].

Le déclin de la diversité messicole a commencé au milieu du XIXe siècle, avec le développement de la rotation triennale :

  • une culture fourragère sarclée remplace la jachère ;
  • l'enrichissement des sols en azote par l'introduction de légumineuses dans l'assolement;
  • Les sols deviennent peu à peu eutrophes ; un état qui est défavorable à la plupart des messicoles.

L'urbanisation et l'industrialisation accroîssent la demande en viande, à laquelle répond un accroissement du cheptel.
L'apport plus important de fumier, puis lisier enrichit également les sols en azote et en phosphore et contribue à la réduction de la diversité commensale, ainsi que des microorganismes contribuant à l'humification du sol

Le matériel agricole s'améliore également. Les sols sont mieux travaillés. Les graines des messicoles enfoncées trop profondément ne peuvent plus germer et meurent. Les trieuses mécaniques permettent d'éliminer déjà une partie des graines indésirables. Le criblage élimine par exemple à cette époque toute la flore commensale du lin.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale s'accélère le glas des messicoles ;

  • Le remembrement en supprimant nombre de fossés, talus, mares, chemins et bords de champs limite le linéaire des bordures qui leur sont favorables.
  • Les désherbants chimiques suppriment toutes les dicotylédones des champs, donc toutes les adventices. Les fongicides diminuent les capacités de mycorization des sols cultivés.
  • Les fertilisants minéraux poursuivent l'eutrophisation des sols, et l'élevage hors sol devient une source croissante de lisiers qu'il faut épandre sur les champs.
  • les rotations sont simplifiées jusqu'à la monoculture...

« Cela se traduit à la fois par la raréfaction, voire la disparition locale d’espèces, et par des populations aux effectifs plus restreints, souvent localisées aux entrées et bordures de champs, aux angles de parcelles, où les traitements n’ont pas été appliqués avec la même intensité qu’au centre de la culture ». [4].

Un élément du patrimoine naturel, historique et culturel[modifier | modifier le wikicode]

La couronne de fleurs est un élément courant des relations galantes du Moyen Âge (et peut-être au Haut Moyen Âge et aux époques druidiques) (Enluminure du Codex Manesse, 1320)
Couronne de fleurs remise par une Dame à un chevalier qui s'apprête à entamer un Tournoi (Enluminure du Codex Manesse, 1320)


Beaucoup de messicoles ont probablement autrefois et durant des siècles servi à la fabrication de couronnes de fleurs (dites au moyen-âge « chapels » ou « chapelets », faites de fleurs sauvages (ou cultivées), traditionnellement fabriqués en France au Moyen Âge par des « herbiers » aussi appelés « chapeliers de fleurs », lesquels exerçaient un plein métier, cultivant dans des « courtils » (jardins) des fleurs qui à la belle saison, leur servaient à confectionner des coiffures délicates, appréciées tant par les hommes que par les femmes, selon les chroniqueurs médiévaux et les enluminures[5].
Le métier de chapelier de fleurs bénéficiait de privilèges[5] : Leur industrie était « franche », c'est-à-dire, ne faisant pas partie des métiers dont on devait acheter au roi le libre exercice.
Ces chapeliers de fleurs pouvaient travailler de jour comme de nuit ; Ils ne payaient rien à l'entrée et à la sortie de Paris pour leurs marchandises, et n'étaient pas tenus de faire le guet car, dit le registre d'Étienne Boileau, « leur mestier est frans et qu'il fut establi pour servir les gentilhommes ».
La tradition des chapels semble s’être peu à peu perdue (à partir du quatorzième siècle, au fur et à mesure du développement de la mode et « lorsque l'opulence, dédaignant une parure que tout le monde pouvait se procurer à peu de frais, y substitua des couronnes ornées de rubans, de bandes d'or ou d'argent et de pierreries »[5]). Quelques souvenirs de ces traditions semblent toutefois persister avec les couronnes de mariées ; les couronnes ornant les statues de la Vierge (et jusqu’au XIXe siècle celles dont on ornait la tête des saints, les jours consacrés de leur fête ; les couronnes ou bouquets de fleurs qu’on jetait au théâtre aux comédiennes ; les couronnes de feuillage qu'on distribue aux écoliers dans les collèges jusqu’au milieu du XXe siècle, en leur remettant les prix qu'ils ont obtenus ; les couronnes que les enfants tressaient au XIXe et début du XXe siècle avec le gaillet, le liseron, le lierre, les bluets (bleuet, aujourd’hui presque disparu) que l'on tresse en été pour les enfants, enfin, les couronnes d'immortelles ; et peut-être la couronne mortuaire, fortement présente dans les rites funéraires dits occidentaux.

Des plantes pourtant si utiles[modifier | modifier le wikicode]

Pour embellir nos paysages[modifier | modifier le wikicode]

Pour la faune sauvage[modifier | modifier le wikicode]

Pour les insectes auxiliaires[modifier | modifier le wikicode]

Plusieurs messicoles sont très nectarifères, voire mellifères, (Bleuet[6], coquelicot, moutarde blanche...)

Pour les oiseaux[modifier | modifier le wikicode]

Pour soulager nos petits maux[modifier | modifier le wikicode]

Pour nourrir le bétail[modifier | modifier le wikicode]

Comment favoriser les messicoles ?[modifier | modifier le wikicode]

Dans votre jardin[modifier | modifier le wikicode]

Vous appréciez la beauté des messicoles... Vous voulez participer à la protection de ce patrimoine végétal. Un espace de votre jardin, une jardinière, peut facilement accueillir ces plantes. Le guide sur les plantes messicoles[7] rédigé par le CPIE Bocage de l'Avesnois vous conseille pour cela.

Dans les champs[modifier | modifier le wikicode]

Voir aussi[modifier | modifier le wikicode]

Articles connexes ou complémentaires sur Wikipédia[modifier | modifier le wikicode]


Références[modifier | modifier le wikicode]

  1. F. Dessaint, R. Chadoeuf and G. Barralis, Spatial Pattern Analysis of Weed Seeds in the Cultivated Soil Seed Bank ; Journal of Applied Ecology Vol. 28, No. 2 (Aug., 1991), pp. 721-730 (résumé)
  2. d'après le Plan national d'action en faveur des plantes messicoles.
  3. voir la bibliographie
  4. Extrait du Plan national d'action en faveur des plantes messicoles
  5. 5,0 5,1 et 5,2 Dictionnaire encyclopédique de Philippe Le Bas, page 499 et 500
  6. voir le site internet "apisite".
  7. Ce guide est téléchargeable sur le site internet de la campagne "Quelle nature chez vous ?" apportant des conseils pour développer la biodiversité chez soi, que l'on habite en ville ou à la campagne.