Utilisateur:Dr.mbl/Brouillon/Sociobiologie. Une introduction/Chapitre 3 - Problématiques de base

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Altruisme en question[modifier | modifier le wikicode]

Un paradoxe[modifier | modifier le wikicode]

À l'approche d'un prédateur, le premier geai qui l'aperçoit pousse un cri spécial pour alerter ses congénères, et le lapin fait de même en tambourinant sur le sol ... comment expliquer ces conduites altruistes d'un individu qui s'expose en signalant sa présence, et risque donc d'être la première victime ? (Lévi-Strauss, 1983:54)

Autre questionnement, bien connu, comment expliquer qu'une abeille pique un intrus pour protéger sa ruche alors qu'elle ne survit pas à la perte de son dard ? Plus déroutant encore, comment l'altruisme d'une abeille infertile peut-il se transmettre de génération en génération ?

« Darwin était profondément troublé par le cas des abeilles ouvrières qui se sacrifient pour protéger leur ruche — exemple ultime de l’altruisme chez l'animal — . Si la reproduction accrue est la devise de la sélection naturelle, les individus altruistes devraient disparaître ... » (Dugatkin, 2007) [1]

Mais cela ne s'est pas produit. Darwin en était à ce point perplexe qu’il considérait l’altruisme comme

« une difficulté spéciale, laquelle, dans un premier temps, m’a paru être insurmontable et enfin létale pour la théorie en entier. » (Darwin 1859:236) « Je fais allusion aux sujets neutres ou femelles stériles dans les communautés d’insectes. Ces neutres sont souvent très différents, tant dans leur instinct que dans leur morphologie des mâles et des femelles fertiles de leur espèce et cependant ils ne peuvent pas se reproduire en tant que genre. [2]

En un mot,

« l'altruisme de reproduction a longtemps constitué un des plus importants paradoxes de l'évolution. » (Passera et Aron. 2009:26)

Si Darwin convenait en 1859 que l'altruisme entrait en contradiction avec son hypothèse sur la sélection naturelle [3], plus de cent ans plus tard, le fondateur de la sociobiologie naissante concluait que l'altruisme continuait de poser problème.

« Dans les années 1970, écrivait Wilson (1998), comme je l'ai souligné dans la publication de ma première synthèse, l'altruisme représentait le problème central de la Sociobiologie à la fois chez l'animal et l'humain.» [4]

Si, comme l'avance Wilson, la sélection naturelle « est le processus via lequel la représentation de certains gènes dans la génération suivante est supérieure à celle d'autres gènes situés sur le même chromosome » , [5] et que durant ce processus « tout agent capable d'introduire une proportion plus élevée de certains gènes dans les générations suivantes, en viendra à caractériser l'espèce » , [6] [...] ce qui nous amène au problème théorique central de la sociobiologie. » [7]

« Comment l'altruisme, lequel par définition réduit la capacité personnelle d'adaptation, peut-il possiblement évoluer par sélection naturelle ? » [8]

Autrement dit, « Comment la sélection naturelle peut-elle donner à un animal un comportement et une structure qui ne pourront jamais conduire cet animal à se reproduire ? » (Chandler Davis. 1981:535)

Par le biais de la parenté est la solution retenue par Wilson en 1975.

« La réponse est la parenté : si les gènes qui causent l'altruisme sont partagés par deux organismes [distribués également] en raison de leur descendance commune, et si l'acte altruiste par l'un des organismes augmente la contribution commune de ces gènes à la génération suivante, la propension à l'altruisme se répandra dans le pool génétique. » [9]

Plus simplement, explique Davis (1981) en paraphrasant Darwin (1859),

«  [...] le problème ne réside pas dans le nombre important d’individus stériles (si leur stérilité jouait à l’avantage de la reproduction globale de leur famille, les tendances produisant de nombreux rejetons stériles seraient préférées par la sélection) [...] mais dans Ie développement chez les ouvrières de traits spécialement adaptés « au soin de leurs soeurs » plutôt qu’au soin d’elles-mêmes et de leur progéniture. » (Davis. 1981:535-536)

Niveaux de sélection en question[modifier | modifier le wikicode]

La question de l'altruisme, tout comme celle de l'eusocialité et même de l'homosexualité, sont indissociables du problème concernant le niveau auquel opère la sélection naturelle. Agit-elle au niveau du gène, de l'individu, de la parenté, du groupe, de la population, de l'espèce ? Il s'agit ici de modèles proprement théoriques, souvent mathématiques, dont la valeur explicative serait l'enjeu principal.

Si la sélection de parentèle, préalablement hypothétisée et développée par W.D. Hamilton (1964), est, par hypothèse, une des solutions possibles au problème de l'altruisme, reste que la « sélection de groupe » s'avère une alternative non seulement envisageable mais envisagée en 2007 par les pionniers de la sociobiologie Edward Osborne Wilson et David Sloan Wilson. Ils publient alors un article centré sur la « sélection de groupe » versus la sélection de la parentèle, intitulé « Réévaluation des bases théoriques de la sociobiologie » . [10] À la lumière de leur analyse, ils optent dorénavant pour le principe de « sélection de groupe » dans l'esprit de supplanter celui de « sélection de parentèle ». Ce que Richard Dawkins (20102) oppose vertement à E.O. Wilson comme le rapporte David Sloan Wilson dans son article critique paru en 2015 « Richard Dawkins, Edward O. Wilson, And The Consensus Of The Many. » .

Références[modifier | modifier le wikicode]

  1. « The worker bees that sacrifice themselves to protect their hives—the ultimate example of animal altruism—were deeply troubling to Darwin. If increased reproduction is the currency of natural selection, then altruists should disappear—and fast. But they did not disappear, and Darwin was so puzzled by this that he spoke of altruism as a problem that he feared was “one special difficulty, which at first appeared to me to be insuperable, and actually fatal to the whole theory” (Darwin 1859, p. 236). Par Dugatkin dans Inclusive Fitness Theory from Darwin to Hamilton. Lee Alan Dugatkin. Genetics. July 1, 2007 vol. 176 no. 3 1375-1380 En ligne
  2. « The Origin of Species ». Chapitre 8 extrait cité dans Caplan, A.L. Ed. « The Sciobiology Debate ». 1978:17.22. Rapporté par Chandler Davis (article: La sociobiologie et son explication de l'humanité. 1981:536).
  3. Darwin, 1859, 1871
  4. « In the 1970's, as I stressed in my early syntheses, altruism was the central problem of Sociobiology in both animals and humans. » Wilson. 1998. Consilience. Chapitre 10. p. 170
  5. « Natural selection is the process whereby certain genes gain representation the following generations superior to that of other genes located at the same chromosome position. » Wilson. 1980:3
  6. « In the process of natural selection, [...] any device that can insert a higher proportion of certain genes into subsequent generations will come to caracterize the species. » Wilson, E.O. 1980:3
  7. « [...] This brings us to the central theoretical problem of sociobiology. » Wilson 1980. 1:3
  8. « How can altruism which by definition reduces personal fitness, possibly evolve by natural selection ? » Wilson.1980:3
  9. « The answer is kinship : if the genes causing the altruism are shared by two organisms because of common descent, and if the altruistic act by one organism increases the joint contribution of these genes to the next generation, the propensity to altruism will spread through the gene pool. » Wilson. 1975. 1980:3
  10. Rethinking the theoritical basis of sociobiology. Edward Osborne Wilson, David Sloan Wilson. (2007. V.82:4:327-348).