Utilisateur:Dr.mbl/Brouillon/Sociobiologie. Une introduction/Chapitre 5 - Panorama critique

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Éléments critiques de base[modifier | modifier le wikicode]

La sociobiologie suscite, pour l'essentiel, deux paires d'arguments critiques.

L'une de ces deux paires porte d'une part sur la rhétorique de la sociobiologie au regard de la science, et d'autre part, sur ses implications sociodynamiques, c'est-à-dire idéologiques, politiques, et sociales.

L'autre paire, aux développements sans cesse grandissants, se divise en deux plages, d'un côté la sociobiologie humaine et de l'autre la sociobiologie animale, excluant l'humain.

Par de-là ces ramifications, se déploient les discours généralistes qui portent sur la sociobiologie dans son ensemble, tant à titre de discipline scientifique et que de ses champs d'applications. Une ramification supplémentaire semble toutefois prédominer. Il s'agit de discours qui s'insurgent contre l'application de la sociobiologie aux sociétés humaines, notamment aux comportements sociaux de l'être humain.


En sciences de la vie, génétique, biologie ou biochimie pour ne citer que ces exemples, les critiques portent sur le flou théorique de la sociobiologie, sur la faiblesse des bases génétiques, sur l'imprécision de ses concepts, sur ses méthodes d'approche ad hoc et a posteriori, et sur la non-vérifiabilité de la plupart de ses hypothèses.


À titre d'exemple, citons entre autres les accusations d'abus de langage soutenues par l'anthropologue Marshall Sahlins (1980) ou celles infamantes proférées par l'historien Jacques G. Ruelland (2005. 2014). L'argumentaire y est centré sur l'attribut de pseudo-science qualifié de savoir organisé présenté comme une science, mais qui n'en a ni la rigueur ni toutes les propriétés (Veuille, Lewontin, Sahlins, Gould, et autres). [1], [2] ou encore sur le caractère fantaisiste de ses explications ad hoc (just-so stories [3], ou histoires comme ça [4]). [5]

Quant aux critiques d'ordre proprement sociodynamique, citons entre autres, Lewontin (1975), Lewontin et Gould (1976) ou encore le fameux « Sociology Study Group Of Science For The People » (1975, 1976) rassemblant des théoriciens aujourd'hui réputés, tels que des Gould, Lewontin et Sahlins, qui se sont ligués contre le schéma explicatif de la sociobiologie dont ils ont dénoncé avec fracas les effets pervers tant socio-politiques que scientifiques. [6] »

Principaux opposants[modifier | modifier le wikicode]

Richard C. Lewontin[modifier | modifier le wikicode]

Aux États-Unis, dès l'apparition en 1975 de la sociobiologie dans l'univers de la biologie, Richard C. Lewontin, éminent biologiste, généticien et épistémologue, s'élève contre cette discipline tant par un discours gauchiste à teneur socio-politique que par des critiques proprement scientifiques (1980:347-363) D'une part, déclare-t-il :

« La sociobiologie est une forme de déterminisme biologique selon lequel l'organisation sociale humaine résulte d'une contrainte des gènes sélectionnés durant l'évolution. En particulier, on fait référence à la domination du mâle, la hiérarchisation sociale, l'activité économique de l'entrepreneurship, la territorialité, l'agression comme conséquences de la génétique humaine » [7]

D'autre part, son argumentaire critique porte sur la science proprement dite (Lewontin. 1980:347-363):

« Il est démontré que la sociobiologie comme théorie est méticuleusement construite de manière à la rendre impossible à vérifier, qu'elle commet nombre d'erreurs fondamentales dans sa tentative de décrire la nature humaine , qu'il n'existe aucune preuve de l'héritabilité des traits sociaux, et que les arguments évolutionniste sont de simples fantaisies et des histoires d'adaptation. [8]

Claude Lévi-Strauss[modifier | modifier le wikicode]

Claude Lévi-Strauss de l'Académie française, célèbre ethnologue-anthropologue, livre son point de vue sur la sociobiologie (1983. Préface:16) : « cette prétendue science » - en critique «  le flou, les extrapolations imprudentes et les contradictions internes. » À ses yeux, qui plus est, la sociobiologie « récuse la notion même de condition humaine » (1983:53), « puisque, selon son fondateur Edward O Wilson (1975:4) : " la sociologie et les autres sciences sociales, comme aussi les sciences humaines, sont les dernières branches de la biologie qui restent encore à intégrer dans la synthèse moderne " . » En somme, se référant à la diversité des explications fournies par les sociobiologistes (1983:56),

« il est clair qu'avec ces hypothèses passe-partout, on peut expliquer n'importe quoi : aussi bien une situation que son contraire. C'est l'avantage et l'inconvénient des théories réductrices. La psychanalyse nous avait déjà habitués à ces exercices de voltige où, au prix d'une certaine agilité dialectique, on est assuré de retomber toujours sur ses pieds. »

Stephen Jay Gould[modifier | modifier le wikicode]

D'entrée de jeu, Stephen Jay Gould s'exprime en ces mots dans son article « Sociobiology : The Art of Story Telling » (2003:530) :

« Ludwig von Bertalanffy [biologiste] , un des fondateurs de la théorie des systèmes et un résistant du courant néo-Darwinien a souvent fait valoir que la sélection naturelle est vouée à l'échec comme théorie compréhensive parce qu’elle explique trop — un argument paradoxal, mais perspicace (Gould 2003:530). En 1969, rapporte Gould, Bertalanffy écrit :
« si la sélection est considérée comme un principe a priori et axiomatique, il est toujours possible d’imaginer des hypothèses auxiliaires — non prouvées et par nature indémontrables — pour la faire fonctionner dans n’importe quel cas spécial [...] Une valeur adaptative [...] peut toujours être interprétée ou imaginée.
« [...] le fait qu’une théorie si vague, si insuffisamment vérifiable et si loin des critères appliqués par ailleurs en sciences « dures », est devenue un dogme, ne peut s’expliquer que par des raisons sociologiques.
La société et la science ont été tellement ancrées dans les idées mécanicistes, utilitaristes et dans le concept économique de la libre concurrence, qu’au lieu de Dieu, la Sélection a été intronisée comme réalité ultime. » [9]

Et quelques autres[modifier | modifier le wikicode]

André Langaney
Jacques G. Ruelland 2001. 2005
Sociobiology Study Group of Science for the People
Marshall Shalins 1976

Principaux tenants[modifier | modifier le wikicode]

John Alcock
Richard D. Alexander (1978)
David P. Barash
Yves Christen
Richard Dawkins
William Donald Hamilton
Pierre Jaisson
Robert Trivers A forgé l'expression succès reproducteur (reproductive success pour remplacer inclusive fitness en raison de la connotation physique du terme fitness. « Over the preceding hundred years, ever since Darwin, fitness was used in this dual sense, and people slipped back and forth between fitness meaning simply reproductive success, or something that could be judged separately, like physically fit. So I coined the term reproductive success simply because it was more accurate. It caught on, and yet Hamilton who preceded me had already chosen 'inclu­sive fitness', and nobody, including me, uses 'inclusive reproductive success'. So we have parallel langua­ge usage. I do like the term reproductive success though, and I have no doubt that in teaching students it is beneficial to use that term, and not to use the term fitness.  » Entrevue conduite par Roes en 1995 Autre exemple souvent cité : « Tôt ou tard, la science politique, le droit, l'économie, la psychologie, la psychiatrie et l'anthropologie seront autant de branches de la sociobiologie. » Note « Sooner or later, political science, law, economics, psychology, psychiatry and anthropology will all be branches of sociobiology » Cité par Davis, C. 1981:531 et par Gould, S.J. 1977:533. Texte original dans Time, Why You Do What You Do Sociobiology A New Theory Of Behavior August 1, 1977:54 [2] (frais de consultation requis) ou pdf printout
David Sloan Wilson

Et quelques autres[modifier | modifier le wikicode]

Martin Daly et Margo Wilson
George Williams

Sarah Blaffer Hrdy

Napoleon Chagnon

Randolph Nessw

Randy Thornhill

Glenn Weisfeld


Serge Aron
Jacques van Helden
Pablo Servigne

Principaux historiens et auteurs critiques[modifier | modifier le wikicode]

Plusieurs historiens et auteurs critiques couvrent des aspects sociodynamiques et scientifiques importants de la sociobiologie, dont :

Arthur R. Caplan 1984
Chandler Davis. (1981)
Cronin (1993)
Michel Veuille
Georges Guille-Escuret (2013)
Régis Meyran (2013)
Ullica Segerstråle (2000)
John Alcock (2001)

Références[modifier | modifier le wikicode]

  1. Conférence « Les mécanismes raffinés de la pseudoscience pharmaceutique. Livrée le 13 octobre 2015 à l'association des Sceptiques du Québec, à Montréal. http://www.sceptiques.qc.ca/activites/conferences/octobre-2015
  2. Docteur Alain Vadeboncoeur, professeur agrégé de médecine et chef de l'urgence de l'Institut de cardiologie de Montréal, est un réputé vulgarisateur scientifique.
  3. just-so story
  4. histoires comme ça
  5. Arthur L. Caplan. Sociobiology as a strategy in science 1984:150 just-so story criticism [1]
  6. Paraphrase de dr.mbl, Wikipédia, Sociobiologie
  7. « Sociobiology is a form of biological determinism which argues that human social organization is constrained by genes that have been selected in evolution. In particular, it regards male dominance, hierarchical society, entrepreneurial economic activity, territoriality, and aggression as a consequences of human genes ».
  8. « It is shown that sociobiological theory is carefully constructed to make it impossible to test, that it makes a number of fundamental errors in attempting to describe "human nature," that there is no evidence for inheritance of human social traits, and that the evolutionary arguments used are merely fanciful, adaptive stories »
  9. Cité par Stephen Jay Gould. Dans Sociobiology : The art of story telling. 2003:530