Astérix/Épinedecactus

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Épinedecactus

Il n’est pas surprenant d’apprendre qu’il n’y a jamais eu un préfet des Gaules qui s’appelait Épinedecactus. Évidemment, le nom vient de l’expression « l’épine du cactus ». Il appartient à ces noms pseudo-romains dans les bandes dessinées de Goscinny et d’Uderzo qui ne servent qu’à ridiculiser les Romains.

Le préfet aide Brutus à trouver le petit Césarion parce que le futur assassin de César lui a promis un poste de sénateur à Rome. Cette promesse évoque une question importante: est-il possible qu’Épinedecactus devienne sénateur? Normalement, on peut l’affirmer. Les membres du sénat étaient d’anciens magistrats et c’étaient d’anciens consuls et préteurs, donc d’anciens magistrats, qui devenaient préfet d’une province.

Déguisé en nourrice, le préfet se nomme Rosaépine. Comme tous les Romains déguisés essayant d’entrer dans le village d’Astérix au cours des albums, il n’abandonne pas totalement son nom mais garde le mot « épine ». Rosaépine fait allusion à une plante aussi, elle représente, proprement écrite, « la rose à épines ».

La caractéristique la plus frappante de cette fausse nourrice, ce sont les chansons qu’elle chante pour apaiser le bébé. Le lecteur français remarque tout de suite, le lecteur étranger peut facilement deviner, qu’il ne s’agit pas du tout de chansons antiques. En effet, l’auteur a essayé de rendre antique des chansons bien françaises. « Tiens, voilà du boudin » à la page 33, par exemple, est la marche d’une légion, mais d’une légion qui n’est pas vraiment romaine, de la Légion étrangère.

Tiens, voilà du boudin, voilà du boudin, voilà du boudin
Pour les Alsaciens, les Suisses et les Lorrains,
Pour les Belges, il n’y en a plus (bis)
Ce sont des tireurs au cul ;
Pour les Belges, il n’y en a plus (bis)
Ce sont des tireurs au cul.

Le chant suivant, à la page 34, ressemble fortement à une chanson paillarde, « Le grand défilé ». On voit aisément ce qu’Albert Uderzo a fait. Il a remplacé quelques mots par d’autres qui font penser à l’antiquité romaine et voilà un chant guerrier de 50 avant Jésus-Christ.

Traîne pas mon cousin
Prends ta b*** à deux mains mon cousin
Nous partons en guerre
Contre les putains du quartier latin.
Traîne pas légionnaire
Prends ton pilum à la main mon cousin
Nous partons en guerre
Contre les Germains.

« Le rêve passe », une chanson de 1906 qui glorifie les armées de Napoleon Ier, a été traitée de manière équivalente à la page 35: les hussards sont devenus les cohortes et les dragons ont été remplacés par les légions. Le refrain de « Le rêve passe » est indiqué là-dessous:

Les voyez-vous,
Les hussards, les dragons, la Garde,
Ils saluent tous
L’empereur qui les regarde.

La chanson de Rosaépine est un peu différente:

Les voyez-vous, les cohortes, les légions, la garde...

Après avoir entendu ce chant-là, Astérix demande à la fausse nourrice qui lui a appris à chanter de cette manière. Elle répond qu’elle a travaillé dans un camp romain où on l’appelait la mamelon de la légion. Bien sûr la chanson suivante fait allusion à ce surnom. Pour atteindre ce but, l’auteur a changé « La Madelon », écrit par Louis Bousquet et composé par Camille Robert en 1914.

Quand Madelon vient nous servir à boire
Sous la tonnelle on frôle son jupon
Et chacun lui raconte une histoire,
Une histoire à sa façon.

La « Mamelon de la légion » ne doit que laisser tomber Madelon en faveur d’elle-même:

Quand Mamelon vient nous servir à boire...

Rosaépine s’est occupé des guerres napoléoniennes, elle a chanté la guerre de 14, maintenant il est grand temps de se proposer un chant de la deuxième guerre mondiale. En fait, Uderzo a choisi la marche du corps expéditionnaire africain qui luttait à cette époque, « Les Africains » de Felix Boyer:

C’est nous les Africains
Qui arrivons de loin
Nous venons des colonies
Pour sauver la Patrie.

Il est clair que la nourrice du « fils d’Astérix » ne pense pas aux Africains quand elle loue de grands soldats. Pour elle, c’est son propre peuple qui arrive de loin pour battre les Gaulois:

C’est nous les braves Romains qui arrivons de loin...

Le répertoire de Rosaépine comprend des chansons supplémentaires. Pendant la nuit qui tombe à la page 36, elle semble se souvenir qu’elle travaille pour des Gaulois. Pour masquer les cris du bébé, elle entonne le chant national savoisien dans lequel une tribu gauloise joue un rôle important:

Allobroges vaillants!
Dans vos vertes campagnes
Accordez-moi toujours asile et sûreté,
Car j’aime à respirer
L’air pur de vos montagnes
Je suis la Liberté, la Liberté.

C’est en chantant que le préfet deguisé s’enfuit. À cette occasion, il interprète une marche lorraine dont Jules Jouy et Octave Pradel ont écrit les paroles et Louis Ganne a composé la musique:

Fiers enfants de la Lorraine
Des montagnes à la plaine
Sur nous plane, ombre sereine
Jeanne d’Arc, vierge souveraine!

Bien sûr, il ne manque pas de lui donner un texte un peu plus « antique »:

Fiers enfants de la Romaine...

Albert Uderzo a créé pour Rosaépine des chansons qui se révèlent très amusantes pour le lecteur qui connaît les originaux auxquels l’auteur fait allusion. Mais les allusions échappent à ceux qui ignorent les modèles dont il s’est servi où qui lisent une version traduite de cet album d’Astérix.

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