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Introduire la biodiversité dans la construction et l'urbanisme/Où, quand et comment intégrer la biodiversité dans et autour du bâti ?/L'eau rendue à la vie

Un livre de Wikilivres.

Dans les zones construites, les terrasses végétalisées, les zones perméables et végétalisées et en particuliers noues et réseaux de zones humides peuvent contribuer à une gestion restauratoire de la ressource en eau et d'un microclimat urbain fixant mieux les poussières (dont via la rosée) et propice aux îlots de fraicheur plutôt qu'aux îlots de chaleur. Si l'aménagement se fait au profit de l'infiltration l'eau est généralement assez peu visible. Dans d'autres cas, des mares, étangs ou lacs, des ruisseaux peuvent être réintégrés dans le contexte bâti.

La mare de proximité, même très artificialisée comme ici (Rochdale, Lancashire) est un des lieux de découverte et d'apprentissage de la nature
Noue plantée d'essences locales et accompagnée d'une haie aidant à l'infiltration et épuration de l'eau ; ZAC de la Garenne, Arques, Pas-de-Calais.
Noue implantée entre route et trottoir dans une zone très urbaine (Seattle, États-Unis), jouant également une fonction de support ou abri pour la biodiversité. Les eaux de ruissellement pouvant par exemple contenir des métaux lourds, de l'amiante ou des sels de déneigement, il est utile de prévoir une bande tampon densément enherbée entre la route et la noue


Des milieux humides pour le climat et la biodiversité :

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Les zones humides de type tourbières, mégaphorbiaie et prairies humides sont d'excellents puits de carbone, tout en étant support de biodiversité et en ayant un effet-tampon sur les microclimats urbain.

Si des milieux humides sont déjà présents sur le site, il convient de préserver ou améliorer toutes les composantes propices (ou potentiellement propices) à la biodiversité caractéristique des zones humides. Selon le contexte, l'aménageur ou les habitants peuvent fixer des objectifs de gestion écologique spécifiques (amphibiens, libellules, plantes aquatiques seront alors de bons bioindicateurs…).
Ce réseau de zones humides peut être enrichi par l’implantation de bassins de rétention qui limiteront les crues en aval.

On évitera les plantations aquatiques et ligneuses artificielles, au profit d'une gestion restauratoire de la flore spontanée autochtone. Les profils de berges très doux sont généralement recommandé (pour éviter les terriers de rats musqués, limiter les risques de noyade), mais quelque berges verticale (si le milieu s'y prête) pourront accueillir de nids d'Hirondelle de rivages ou de Martin-pêcheur. Les berges seront idéalement sinueuses et le fond proche aura des profondeurs variables car les écotones complexes sont généralement plus riches et stables (plan de gestion à concevoir avec l'ingénieur écologue). On s’assurera que l’alimentation en eau sera suffisante la majorité de l’année. Les eaux de toitures par exemple, généralement peu ou faiblement polluées, peuvent alimenter les zones humides, idéalement après passage sur un filtre à sable et charbon de bois activé.

Jardins de pluie et d'eaux

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Des "jardins de pluie" peuvent accueillir des plantes de zones plus humides en aval des gouttières.

Par exemple des mégaphorbiaies peuvent être installées dans les noues recevant de grandes quantités d'eaux pluviales propres.

Des mares et zones humides peuvent accompagner ces dispositifs, avec d'éventuelles protection pour limiter les risques de chutes, noyades, etc. ou au contraire être ouvertes à la baignade.

Le cas des toitures ou terrasses végétalisées

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Une étude[1] publiée en 2004 a comparé les capacités de rétention/épuration d'engrais contenus dans l'eau de ruissellement, sur quatre types de systèmes commercialisés aux États-Unis contenant chacun au moins trois types distincts de plantes. L'eau ruisselant sur des plates-formes expérimentales végétalisées a été retenue par le substrat pour 38,6% (pour le support Xeroflor) à 58,1% (pour le support Siplast).
C'est l'épaisseur du substrat plutôt que de système de drainage ou le type de flore qui expliquait le mieux la capacité de rétention d'eau, ainsi que la teneur en humidité du substrat juste avant une pluie[1].
Le chauffage urbain et la Pollution routière étant sources de NOx pouvant former des nitrates en se combinant avec l'ozone, il était intéressant de mesurer la capacité des terrasses végétalisées à épurer les nitrates. Qualitativement ; dans l'eau de ruissellement, les taux de phosphores étaient comparables pour les 4 systèmes, mais 314 jours après l'application d'engrais, les taux de nitrates de l'eau de ruissellement n'étaient que de 0,22 ppm (après passage sur le Sarnafil planté de plantes indigènes) et de 22,7 ppm au sortir des dalles de Xeroflor ensemencés par du sédum[1].

Améliorer l’infiltration des eaux :

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L’étude du contexte géologique et hydrologique permet de connaître les voies de drainage naturel du site, et de savoir où l’eau tend à se collecter dans les zones basses. Ces informations représentées sur une carte permettent d’aider au choix des emplacements des routes, bâtiments et autres structures de façon à préserver ces voies naturelles de drainage (qui sont une partie de la "trame bleue" à préserver. Comme mentionné plus haut, le réseau de bassins « naturels » peut être enrichi par l’implantation de bassins de rétention.

En plus d’un bon réseau de bassins, il faut rechercher au maximum les possibilités d’infiltration à la parcelle. Typiquement, les eaux de parkings peuvent être infiltrées à la parcelle grâce à un revêtement poreux. Les eaux de toiture peuvent également être dirigées vers un revêtement poreux. De plus, une toiture végétale permettra d’absorber une partie des eaux et de ralentir le débit. Il existe aussi des techniques à mettre en œuvre au niveau des voiries (ex : chaussées réservoirs, trottoir-réservoir, noues...). Pour ne pas polluer les eaux souterraines, il faut toutefois veiller à reporter sur des bassins étanches les eaux de mauvaise qualité : parking très fréquentés sans prétraitement, abords des bâtiments industriels polluants…

Ces aménagements, associés à des espaces verts préservés, aident à intercepter l’eau à la source, permettent l’infiltration à travers le site plutôt que de dédier une zone pour le captage, et limitent le ruissellement. De plus, l’utilisation de bassins de drainage biologiques, de jardins de pluie, et de zones humides participe non seulement à la gestion des eaux pluviales. Ils peuvent aussi être des lieux d’accueil pour la biodiversité[2].


  1. 1,0 1,1 et 1,2 M.A. Monterusso, D.B. Rowe, C.L. Rugh, D.K. Russell, Runoff water quantity and quality from green roof systems ; ISHS Acta Horticulturae 639: XXVI International Horticultural Congress: Expanding Roles for Horticulture in Improving Human Well-Being and Life Quality, Toronto, Canada, 30 Juin 2004 ; ISBN:978-90-66057-27 (Résumé)
  2. [Integrating and Applying Conservation Development Principles to Commercial Sites : A Business Park in Bristol, TN. Bristol, Chandler 2011].